C’est devenu une tradition. Chaque année, le très médiatique paléontologiste Yves Coppens passe une semaine dans la station des Angles. Président du conseil scientifique de la grotte de Lascaux, professeur honoraire au Collège de France, membre de l’Académie des sciences, l’homme est tombé sous le charme de ce village des Pyrénées catalanes.
Cela fait dix ans que ça dure. « En janvier 2001, j’avais été convié par le Festival du raid et de l’aventure qui se déroule dans la station. Moi, je suis né à Vannes en Bretagne, je vis à Paris et sur les lieux où je travaille, il n’y a pas souvent de neige. Alors, Les Angles, ça m’a beaucoup plu. Je suis donc revenu le mois suivant avec ma femme et mon fiston à qui j’ai voulu faire découvrir la montagne », raconte Yves Coppens.
La suite est histoire de rencontres et de coups de cœur. Si l’homme, aujour- d’hui âgé de 76 ans, a passé sa vie à faire parler des bouts d’os de lointains ancêtres d’Homo sapiens, il aime par-dessus tout discuter avec ses contemporains et transmettre ce qu’il sait.
Et Dieu sait si ses connaissances sont grandes ! N’avait-il pas participé à l’expédition internationale qui découvrit en 1974 les restes de Lucy, cette australopithèque vieille de 3,5 millions d’années, qui était à l’époque le plus ancien fossile de pré-humain exhumé par des paléontologistes ? Mais il y eut aussi Tchadanthropus uxoris (1 million d’années) et d’autres nombreuses contributions. La commune des Angles finit donc par lui demander de donner une conférence au cours de son séjour sur place, en échange de quoi il deviendrait son invité d’honneur. Yves Coppens accepta. Depuis, la régie de la station organise une journée préhistoire, qu’Yves Coppens cale quoi qu’il arrive sur son agenda très chargé. Car le paléontologiste voyage toujours beaucoup. « La semaine dernière, j’étais en Éthiopie », rappelle-t-il.
Bref, aux Angles, il se pose, transmet son savoir... et voit sa famille : Martine sa femme qui le décrit comme un courant d’air et son garçon de 16 ans. « Nous nous sommes attachés aux gens du village. Nous sommes bien ici », résume Yves Coppens.
Année Néandertal
Cette année, la journée de la préhistoire était consacrée à Néandertal. Une occasion pour Yves Coppens de retrouver Jacques Malaterre, le réalisateur d’Ao, un film sorti le 10 septembre dernier, et qui fut rediffusé au cours de cette journée. Yves Coppens avait travaillé avec lui sur un autre film qui rencontra un grand succès : L’Odyssée de l’espèce. Chaque édition de cette manifestation est aussi l’occasion pour le public de découvrir les techniques employées par nos ancêtres : lancement au propulseur, etc.
Coppens s’intéresse à Lézignan-la-Cèbe
Yves Coppens suit de près la découverte qu’ont faite des archéologues sur un site préhistorique de Lézignan-la-Cèbe, une commune à un jet de pierre de Béziers. Sur ce site, ont été retrouvées des pierres qui pourraient être des outils primitifs. Si tel est le cas, elles confirmeraient la présence de l’homme en Languedoc... il y a plus d’un million d’années (Midi Libre du 6 juin 2009). Ces pierres ont traversé les âges sous une coulée de basalte. Elles ont été mises au jour en même temps que des fossiles d’animaux, par Jean Rouvier, un amateur naturaliste qui a attendu de nombreuses années avant de les présenter à un professeur en sciences de la vie, Jérôme Ivorra.
Une équipe de fouilles fut ensuite coordonnée par Jean-Yves Crochet, maître de conférence honoraire à l’Université Montpellier 2. La découverte, si elle était avérée, serait un chaînon manquant dans la longue marche de l’homme depuis son départ du berceau africain il y a près de 2 millions d’années. Pour le moment, des restes d’Homo ergaster (qui signifie artisan) n’ont été retrouvés qu’en Géorgie, aux portes de l’Europe, ainsi qu’en Espagne. Pour autant, la découverte de Lézignan-la-Cèbe est encore contestée. Yves Coppens, lui, soutient l’équipe qui l’a faite. Ces pierres « confirmeraient la présence très ancienne de l’homme en Europe », explique-t-il. Il devrait se rendre sur place, en compagnie d’un éminent spécialiste de la datation.
Source : Midi Libre du 19/02/2011
mardi 22 février 2011
dimanche 20 février 2011
Le pied arqué de Lucy
L'analyse d'un os du pied d'un australopithèque suggère que la transition vers la station debout et la course était déjà réalisée il y a quelque 3,7 millions d'années.
Lucy allait débout, mais pouvait-elle courir ? Jusqu'à présent, en l'absence d'os fossiles du pied retrouvés, on ne pouvait pas savoir si Australopithecus Afarensis, qui a vécu entre -3,7 et -2,9 millions d'années, était, comme nous, capable de marcher ou de courir sur de grandes distances. L'analyse d'un os de pied d'australopithèque suggère aujourd'hui que les congénères de Lucy avaient un pied arqué comparable au nôtre, et donc adapté à la course.
Autour de Carol Ward, de l'Université du Missouri à Colombia aux États-Unis, une équipe vient d'étudier en détail le quatrième métatarsien – des os situés entre le tarse et les phalanges du pied – d'un australopithèque particulièrement bien conservé qui, comme Lucy, a été trouvé récemment sur le site de Hadar en Éthiopie. Les chercheurs ont établi que les deux extrémités de cet os vieux de 3,2 millions d'années ne se situent pas dans un axe, mais sont reliées par un arc osseux, dont la pente devient relativement grande vers l'orteil. Nombre des caractéristiques de ce métatarsien sont par ailleurs les mêmes que chez l'homme moderne. Ces observations suggèrent que les australopithèques avaient un pied arqué et suffisamment raide pour, d'une part amortir les chocs et, d'autre part, emmagasiner de l'énergie dans la plante du pied lors de chaque poussée au sol.
Ainsi, la transition depuis un mode de vie arboricole vers une station debout au sol incluant la course et une exploitation de l'environnement à plus grande échelle semble avoir été déjà accomplie il y a environ 3,7 millions d'années. Elle constitue l'une des grandes étapes de l'hominisation : la course est en effet nécessaire à la transformation de charognards-cueilleurs en chasseurs-cueilleurs.
Source : Pour la Science du 18/02/2011
Lucy allait débout, mais pouvait-elle courir ? Jusqu'à présent, en l'absence d'os fossiles du pied retrouvés, on ne pouvait pas savoir si Australopithecus Afarensis, qui a vécu entre -3,7 et -2,9 millions d'années, était, comme nous, capable de marcher ou de courir sur de grandes distances. L'analyse d'un os de pied d'australopithèque suggère aujourd'hui que les congénères de Lucy avaient un pied arqué comparable au nôtre, et donc adapté à la course.
Autour de Carol Ward, de l'Université du Missouri à Colombia aux États-Unis, une équipe vient d'étudier en détail le quatrième métatarsien – des os situés entre le tarse et les phalanges du pied – d'un australopithèque particulièrement bien conservé qui, comme Lucy, a été trouvé récemment sur le site de Hadar en Éthiopie. Les chercheurs ont établi que les deux extrémités de cet os vieux de 3,2 millions d'années ne se situent pas dans un axe, mais sont reliées par un arc osseux, dont la pente devient relativement grande vers l'orteil. Nombre des caractéristiques de ce métatarsien sont par ailleurs les mêmes que chez l'homme moderne. Ces observations suggèrent que les australopithèques avaient un pied arqué et suffisamment raide pour, d'une part amortir les chocs et, d'autre part, emmagasiner de l'énergie dans la plante du pied lors de chaque poussée au sol.
Ainsi, la transition depuis un mode de vie arboricole vers une station debout au sol incluant la course et une exploitation de l'environnement à plus grande échelle semble avoir été déjà accomplie il y a environ 3,7 millions d'années. Elle constitue l'une des grandes étapes de l'hominisation : la course est en effet nécessaire à la transformation de charognards-cueilleurs en chasseurs-cueilleurs.
Source : Pour la Science du 18/02/2011
samedi 19 février 2011
L'apparence humaine d'Ötzi, la momie des glaces maudite, va être reconstituée
A l'occasion du 20e anniversaire de sa découverte, une nouvelle reconstitution de l’apparence humaine de la momie Ötzi va être présentée au public.
Une nouvelle reconstitution de l’apparence humaine d’Ötzi, la célèbre momie congelée retrouvée dans les Alpes italiennes en 1991, va être présentée à partir du 1er mars au Musée d’archéologie de Bolzano (Haut-Adige/Sud Tyrol) pour le 20e anniversaire de sa découverte.
Cette oeuvre est signée par deux artistes néerlandais, Alfons et Adrie Kennis, déjà à l’origine d’une reconstitution d’un homme de Néandertal. Leur travail se fonde sur des résultats scientifiques et des prises de vue en 3D du squelette d’Ötzi, inhumé en montagne il y a près de 5.300 ans, au début de l’âge de pierre, après être probablement mort au combat.
Les chercheurs ont pu par exemple établir qu’Ötzi, mort à environ 45 ans, avait les yeux marrons, et non bleus comme on l’a longtemps cru. S’il avait vécu de nos jours, Ötzi aurait porté des chaussures de taille 38. Avec 1,60 m et environ 50 kg, il est dans la moyenne des humains de son époque.
Les techniques ayant évolué, le Musée archéologique de Bolzano va aussi modifier la méthode de conservation de la momie, préservée à une température de -6,5 degrés. La dépouille va ainsi être prochainement traitée avec de l’azote pur pour éviter sa détérioration.
Objet de fascinations, Ötzi est aussi entouré de rumeurs de malédiction: les décès de plusieurs personnes à son contact depuis sa découverte le 19 septembre 1991 par un couple d’alpinistes allemands sur le glacier du Val Senales ont alimenté ce phénomène. Ainsi l’archéologue australien Tom Loy est mort alors qu’il était en train de rédiger un livre sur Ötzi en 2005. Avant lui, un des experts ayant analysé la momie avait eu un accident mortel en se rendant à une conférence sur le mystérieux homme des glaces.
L’exposition au Musée archéologique de Bolzano doit durer jusqu’au 15 janvier 2012.
Source : Tribune de Genève du 16/02/2011
Une nouvelle reconstitution de l’apparence humaine d’Ötzi, la célèbre momie congelée retrouvée dans les Alpes italiennes en 1991, va être présentée à partir du 1er mars au Musée d’archéologie de Bolzano (Haut-Adige/Sud Tyrol) pour le 20e anniversaire de sa découverte.
Cette oeuvre est signée par deux artistes néerlandais, Alfons et Adrie Kennis, déjà à l’origine d’une reconstitution d’un homme de Néandertal. Leur travail se fonde sur des résultats scientifiques et des prises de vue en 3D du squelette d’Ötzi, inhumé en montagne il y a près de 5.300 ans, au début de l’âge de pierre, après être probablement mort au combat.
Les chercheurs ont pu par exemple établir qu’Ötzi, mort à environ 45 ans, avait les yeux marrons, et non bleus comme on l’a longtemps cru. S’il avait vécu de nos jours, Ötzi aurait porté des chaussures de taille 38. Avec 1,60 m et environ 50 kg, il est dans la moyenne des humains de son époque.
Les techniques ayant évolué, le Musée archéologique de Bolzano va aussi modifier la méthode de conservation de la momie, préservée à une température de -6,5 degrés. La dépouille va ainsi être prochainement traitée avec de l’azote pur pour éviter sa détérioration.
Objet de fascinations, Ötzi est aussi entouré de rumeurs de malédiction: les décès de plusieurs personnes à son contact depuis sa découverte le 19 septembre 1991 par un couple d’alpinistes allemands sur le glacier du Val Senales ont alimenté ce phénomène. Ainsi l’archéologue australien Tom Loy est mort alors qu’il était en train de rédiger un livre sur Ötzi en 2005. Avant lui, un des experts ayant analysé la momie avait eu un accident mortel en se rendant à une conférence sur le mystérieux homme des glaces.
L’exposition au Musée archéologique de Bolzano doit durer jusqu’au 15 janvier 2012.
Source : Tribune de Genève du 16/02/2011
mercredi 16 février 2011
Lucy était probablement une bonne marcheuse
Les Australopithecus afarensis, bien connus de tous de nos jours grâce au squelette de Lucy, marchaient-ils presque comme des Hommes ? La question est toujours débattue mais un os de pied récemment découvert fait pencher la balance en faveur d’une bipédie déjà bien présente il y a 3,2 millions d’années chez Lucy et ses congénères.
De 1976 à 1977, la paléontologue Mary Leakey a fait une découverte qui l’a rendue très célèbre. Il s’agissait de traces de pas laissées par des Hominidés dans de la cendre volcanique, qui devait être humide, il y a 3,5 millions d’années. Trouvées sur le site de Laetoli en Tanzanie, à 45 kilomètres au sud des gorges d'Olduvai, elles montrent des individus se déplaçant comme des bipèdes. On les attribue généralement à un Hominine bien connu, Australopithecus afarensis.
En effet, on sait que cette espèce d’australopithèque vivait dans la région à cette époque. L’un des plus célèbres fossiles d’Australopithecus afarensis est celui de Lucy, qui utilisait peut-être des outils. Un peu plus jeune que la piste de Laetoli, le squelette de Lucy a été trouvé à Hadar, une localité située dans la vallée de l'Aouach, dans le triangle de l'Afar exploré par Haroun Tazieff.
De 1976 à 1977, la paléontologue Mary Leakey a fait une découverte qui l’a rendue très célèbre. Il s’agissait de traces de pas laissées par des Hominidés dans de la cendre volcanique, qui devait être humide, il y a 3,5 millions d’années. Trouvées sur le site de Laetoli en Tanzanie, à 45 kilomètres au sud des gorges d'Olduvai, elles montrent des individus se déplaçant comme des bipèdes. On les attribue généralement à un Hominine bien connu, Australopithecus afarensis.
En effet, on sait que cette espèce d’australopithèque vivait dans la région à cette époque. L’un des plus célèbres fossiles d’Australopithecus afarensis est celui de Lucy, qui utilisait peut-être des outils. Un peu plus jeune que la piste de Laetoli, le squelette de Lucy a été trouvé à Hadar, une localité située dans la vallée de l'Aouach, dans le triangle de l'Afar exploré par Haroun Tazieff.
Homo sapiens : pas de métissage avec les Néandertaliens ?
Le métissage avec des espèces humaines plus archaïques ne peut, à lui seul, expliquer la présence de gènes très anciens dans notre génome. D'autres scénarios sont possibles.
Notre espèce, Homo sapiens, serait apparue il y a 100 000 à 200 000 ans. C'est du moins l'âge attribué à la femme qui portait le plus récent ancêtre commun des mitochondries de nos cellules (organites d'origine uniquement maternelle, qui contiennent de l'ADN), et à l'homme qui portait le plus récent ancêtre de nos chromosomes Y. L'homme moderne aurait ensuite entamé un voyage hors de son Afrique natale pour peupler les autres continents, supplantant les populations humaines préexistantes.
Toutefois, la présence de lignées beaucoup plus anciennes de gènes, cette fois sur le chromosome X et les chromosomes non sexuels, a conduit certains scientifiques à invoquer une hybridation entre Homo sapiens et des populations locales « archaïques », tel l'homme de Neandertal, en Europe et en Asie. Seule une telle hybridation était à même, pensait-on, de rendre compte de la présence de ces gènes anciens dans notre génome.
Michael Blum, chercheur du CNRS à Grenoble, et Mattias Jakobsson, de l'Université d'Uppsala, en Suède, réfutent aujourd'hui ce scénario et proposent deux autres explications. Ils invoquent d'une part un morcèlement de la population africaine initiale en groupes isolés génétiquement, et d'autre part la pression exercée par l'environnement sur les populations africaines il y a environ 150 000 ans.
Notre espèce, Homo sapiens, serait apparue il y a 100 000 à 200 000 ans. C'est du moins l'âge attribué à la femme qui portait le plus récent ancêtre commun des mitochondries de nos cellules (organites d'origine uniquement maternelle, qui contiennent de l'ADN), et à l'homme qui portait le plus récent ancêtre de nos chromosomes Y. L'homme moderne aurait ensuite entamé un voyage hors de son Afrique natale pour peupler les autres continents, supplantant les populations humaines préexistantes.
Toutefois, la présence de lignées beaucoup plus anciennes de gènes, cette fois sur le chromosome X et les chromosomes non sexuels, a conduit certains scientifiques à invoquer une hybridation entre Homo sapiens et des populations locales « archaïques », tel l'homme de Neandertal, en Europe et en Asie. Seule une telle hybridation était à même, pensait-on, de rendre compte de la présence de ces gènes anciens dans notre génome.
Michael Blum, chercheur du CNRS à Grenoble, et Mattias Jakobsson, de l'Université d'Uppsala, en Suède, réfutent aujourd'hui ce scénario et proposent deux autres explications. Ils invoquent d'une part un morcèlement de la population africaine initiale en groupes isolés génétiquement, et d'autre part la pression exercée par l'environnement sur les populations africaines il y a environ 150 000 ans.
lundi 14 février 2011
Lucy n'avait pas les pieds plats
Un os, et voici que les membres de la famille de Lucy - les Australopithecus Afarensis - montrent qu'ils avaient des pieds de bons marcheurs. Et non des pieds plats de chimpanzés et de gorilles.
C'est publié ce matin dans la revue Science, sous la signature de trois paléo-anthropologues... dont Donald Johanson, l'un des co-découvreur de Lucy, la célèbre australopithèque qui vivait il y a plus de 3 millions d'années dans la région de l'Hadar en Ethiopie. Aujourd'hui, elle est considérée comme une cousine plutôt qu'une ascendante directe de la lignée humaine.
Cet os, c'est un métatarse (le quatrième) du pied gauche d'un individu de la même espèce que Lucy. Découvert lui aussi dans la région de l'Hadar, il a été minutieusement étudié et comparé à des os d'humains actuels, de chimpanzés et de gorilles.
Or, sa morphologie montre, quel que soit l'angle d'observation, une parenté étroite avec la forme du Comparaison os fossile, sapiens, chimpanzé et gorille métatarse de votre pied, et s'éloigne de celle des gorilles et chimpanzés (voir image à droite - où AL 333-160 désigne l'os fossile, tirée de l' article de Science).
Pour les paléoanthropologues cette similitude de forme indique une adaptation à la marche à pied intensive et donc à un mode de vie essentiellement bipède, où l'usage des arbres et de la locomotion par les bras entre branches n'est plus qu'occasionnelle.
Cette découverte vient nourrir le dossier déjà très rempli de la marche bipède des A. Afarensis. Des équipes de plusieurs pays, dont Brigitte Senut au Muséum national d'histoire naturelle ont abondamment étudié cet aspect de la question. Avec la découverte, en 2000 d'Orrorin, au Kenya, Brigitte Senut avait même montré que la bipédie permanente remonte jusqu'à environ 6 millions d'années chez les hominidés. La bipédie de Toumaï, plus âgé d'un bon million d'années, est supposée à partir de l'analyse de la base de son crâne mais pas démontrée par manque d'os fossiles le permettant.
L'étude publiée dans Science confirme donc que la bipédie n'est pas une spécialité humaine, ni un caractère tardivement survenu dans l'évolution qui a conduit à l'espèce humaine et qu'elle a pu se perpétuer durant plusieurs millions d'années sans pour autant diriger l'évolution vers ce qui sera l'homme, en particulier l'augmentation de la taille et de la complexité du cerveau. Autrement dit, l'histoire du singe qui se met debout pour courir plus vite dans la savanne et qui - du coup et automatiquement - développe son cerveau et devient un homme est une belle histoire... à ne pas raconter aux enfants.
Source : Sciences2 du 11/02/2011
C'est publié ce matin dans la revue Science, sous la signature de trois paléo-anthropologues... dont Donald Johanson, l'un des co-découvreur de Lucy, la célèbre australopithèque qui vivait il y a plus de 3 millions d'années dans la région de l'Hadar en Ethiopie. Aujourd'hui, elle est considérée comme une cousine plutôt qu'une ascendante directe de la lignée humaine.
Cet os, c'est un métatarse (le quatrième) du pied gauche d'un individu de la même espèce que Lucy. Découvert lui aussi dans la région de l'Hadar, il a été minutieusement étudié et comparé à des os d'humains actuels, de chimpanzés et de gorilles.
Or, sa morphologie montre, quel que soit l'angle d'observation, une parenté étroite avec la forme du Comparaison os fossile, sapiens, chimpanzé et gorille métatarse de votre pied, et s'éloigne de celle des gorilles et chimpanzés (voir image à droite - où AL 333-160 désigne l'os fossile, tirée de l' article de Science).
Pour les paléoanthropologues cette similitude de forme indique une adaptation à la marche à pied intensive et donc à un mode de vie essentiellement bipède, où l'usage des arbres et de la locomotion par les bras entre branches n'est plus qu'occasionnelle.
Cette découverte vient nourrir le dossier déjà très rempli de la marche bipède des A. Afarensis. Des équipes de plusieurs pays, dont Brigitte Senut au Muséum national d'histoire naturelle ont abondamment étudié cet aspect de la question. Avec la découverte, en 2000 d'Orrorin, au Kenya, Brigitte Senut avait même montré que la bipédie permanente remonte jusqu'à environ 6 millions d'années chez les hominidés. La bipédie de Toumaï, plus âgé d'un bon million d'années, est supposée à partir de l'analyse de la base de son crâne mais pas démontrée par manque d'os fossiles le permettant.
L'étude publiée dans Science confirme donc que la bipédie n'est pas une spécialité humaine, ni un caractère tardivement survenu dans l'évolution qui a conduit à l'espèce humaine et qu'elle a pu se perpétuer durant plusieurs millions d'années sans pour autant diriger l'évolution vers ce qui sera l'homme, en particulier l'augmentation de la taille et de la complexité du cerveau. Autrement dit, l'histoire du singe qui se met debout pour courir plus vite dans la savanne et qui - du coup et automatiquement - développe son cerveau et devient un homme est une belle histoire... à ne pas raconter aux enfants.
Source : Sciences2 du 11/02/2011
Lucy marchait déjà comme un homme
Le métatarse, retrouvé à proximité du squelette de Lucy, vu sous différents angles.
Les pieds de l'australopithèque étaient aussi arqués que les nôtres.
Longtemps considérée comme la «grand-mère» de l'humanité, Lucy n'en finit pas de surprendre. La découverte, en 1974, dans la région de l'Afar (Éthiopie), des restes de cette femelle australopithèque qui arpentait la savane africaine il y a 3,2 millions d'années, avait eu un grand retentissement. Pour la première fois, des paléontologues mettaient la main sur le squelette relativement complet d'un pré-humain très ancien. L'étude des os de son bassin et de son crâne révéla que Lucy était déjà une authentique bipède mais qu'elle gardait, à l'instar de ses ancêtres singes, la faculté de vivre dans les arbres.
Jusqu'à ce que des chercheurs trouvent, sur un site voisin, un os du pied ayant appartenu à l'un de ses congénères. La description de cette relique, présentée vendredi dans la revue Science, montre que les pieds de ces hominidés étaient aussi arqués que les nôtres. Et que Lucy passait plus de temps à courir sur ses deux jambes qu'à grimper aux arbres. En clair, elle marchait déjà aussi bien que nous. Preuve que la bipédie serait apparue plus tôt et plus vite qu'on ne le pensait. Mais le Pr Yves Coppens, codécouvreur de Lucy, note que des fossiles d'une autre espèce d'australopithèques, plus évoluée (dont l'homme descend en ligne directe), ont été découverts sur ce même site. Et que le fameux os pourrait tout aussi bien lui appartenir…
Source : Le Figaro du 11/02/2011
dimanche 13 février 2011
Evolution : Lucy marchait presque aussi bien que nous
Publiée dans Science par une équipe américaine, l’étude de l’os fossilisé du pied d’un Australopithèque de la même espèce que la célèbre Lucy, découvert comme elle en Ethiopie, prouve la présence d’une voûte plantaire, signe d’une bipédie proche de la nôtre.
Ce morceau d’os de 3,2 millions d’années, découvert à Hadar, en Ethiopie, éclaire d’un jour nouveau tout un pan de l’évolution de la lignée humaine. Il s’agit du 4e os du métatarse (os de la plante du pied, connecté au 4e orteil) d’un Australopithecus afarensis, l’espèce à laquelle appartenait Lucy. Une pièce anatomique qui manquait jusqu’ici aux paléoanthropologues. Sa structure indique que son propriétaire avait un pied doté d’une voûte plantaire, fait pour marcher au sol et non pour grimper aux arbres.
Cet élément complète et renforce le schéma d’une Lucy largement bipède, déjà esquissé depuis les années 1970 par la hanche et le genou du célèbre fossile. Si les os des mains incurvés des précédents fossiles d’afarensis montrent également une adaptation à l’arboricolisme, il s’avère donc que grimper aux arbres était pour lui une activité occasionnelle : "Je suis sûre qu’ils allaient parfois dans les arbres, mais ils ne devaient pas le faire beaucoup mieux que vous et moi !", conclut Carol Ward, paléontologue à l’Université du Missouri à Columbia.
Source : MaxiSciences du 11/01/2011
Ce morceau d’os de 3,2 millions d’années, découvert à Hadar, en Ethiopie, éclaire d’un jour nouveau tout un pan de l’évolution de la lignée humaine. Il s’agit du 4e os du métatarse (os de la plante du pied, connecté au 4e orteil) d’un Australopithecus afarensis, l’espèce à laquelle appartenait Lucy. Une pièce anatomique qui manquait jusqu’ici aux paléoanthropologues. Sa structure indique que son propriétaire avait un pied doté d’une voûte plantaire, fait pour marcher au sol et non pour grimper aux arbres.
Cet élément complète et renforce le schéma d’une Lucy largement bipède, déjà esquissé depuis les années 1970 par la hanche et le genou du célèbre fossile. Si les os des mains incurvés des précédents fossiles d’afarensis montrent également une adaptation à l’arboricolisme, il s’avère donc que grimper aux arbres était pour lui une activité occasionnelle : "Je suis sûre qu’ils allaient parfois dans les arbres, mais ils ne devaient pas le faire beaucoup mieux que vous et moi !", conclut Carol Ward, paléontologue à l’Université du Missouri à Columbia.
Source : MaxiSciences du 11/01/2011
samedi 12 février 2011
Le pas souple de Lucy
Comment marchaient les australopithèques, dont la célèbre Lucy ? A peu près comme nous, affirment des paléontologues, grâce à la découverte d’un élément crucial, un petit os du pied.
C’est un petit os qui n’a l’air de rien mais qui donne à Lucy et ses semblables, les australopithèques, un pas similaire au nôtre -à peu de choses près. Un métatarse, un os du pied vieux de 3,2 millions d’années, découvert dans l’Afar éthiopien, démontre en effet que ces homininés qui vivaient en Afrique il y a environ 3 millions d’années avaient un pied cambré.
Une voûte essentielle pour les bipèdes
Ceux qui souffrent de pieds plats comprendront tout de suite l’enjeu de cette conclusion. Les arches sur lesquels repose notre pied, qui lui donnent sa cambrure, sont des caractéristiques essentielles des hommes modernes qui passent tout leur temps sur deux jambes. Cette voûte plantaire absorbe les chocs, fait levier, permet au pied de s’adapter à des terrains variés et irréguliers. Sans elle, pas de courses rapides ou de longues distances parcourues.
Revers de la médaille : nous sommes devenus de piètres grimpeurs. Le pied est moins souple et n’a plus le pouce mobile qui permet aux grands singes de s’agripper aux branches avec leurs pieds aussi bien qu’avec leurs mains.
De bons grimpeurs
Les australopithèques (Australopithecus afarensis), qui vivaient il y a -2,9 à -3,7 millions d’années, étaient bipèdes. Plusieurs traits du squelette de Lucy l’attestent, notamment la forme de son bassin. Cependant Lucy a aussi des phalanges plus courbées, une articulation du coude ou du genou plus proche de celle des grands singes, le tout bien adapté à la grimpette. Les os des pieds étant absents du fossile découvert en 1974, il n’était pas possible de conclure sur la démarche réelle de Lucy. Avec un pied plat, l’australopithèque ne serait pas allé bien loin et aurait passé beaucoup de temps dans les arbres.
Après avoir étudié le métatarse mis au jour près d’Hadar, Carol Ward, William Kimbel et Donald Johanson (co-découvreur de Lucy) affirment aujourd’hui dans la revue Science que les australopithèques étaient de bons marcheurs. La forme de l’os -la torsion d’une extrémité par rapport à l’autre- indique que le pied était arqué, donnant au marcheur le ressort typique du bipède accompli, expliquent les chercheurs américains.
Mystérieuses empreintes
Cette découverte pourrait-elle enfin résoudre le mystère des empreintes de Laetoli ? Ces traces de pas découvertes en Tanzanie en 1976, conservées par un dépôt de cendres volcaniques, ont été laissées par un bipède il y a 3,7 millions d’années. L’étude des zones de pression révèlent même qu’il s’agirait d’un pied arqué. Un australopithèque serait-il passé par là ?
Source : Sciences et Avenir du 11/02/2011
L'os découvert en Ethiopie, vieux de plus de 3 millions d'années, est le premier métatarse d'australopithèque connu aussi complet.
C’est un petit os qui n’a l’air de rien mais qui donne à Lucy et ses semblables, les australopithèques, un pas similaire au nôtre -à peu de choses près. Un métatarse, un os du pied vieux de 3,2 millions d’années, découvert dans l’Afar éthiopien, démontre en effet que ces homininés qui vivaient en Afrique il y a environ 3 millions d’années avaient un pied cambré.
Une voûte essentielle pour les bipèdes
Ceux qui souffrent de pieds plats comprendront tout de suite l’enjeu de cette conclusion. Les arches sur lesquels repose notre pied, qui lui donnent sa cambrure, sont des caractéristiques essentielles des hommes modernes qui passent tout leur temps sur deux jambes. Cette voûte plantaire absorbe les chocs, fait levier, permet au pied de s’adapter à des terrains variés et irréguliers. Sans elle, pas de courses rapides ou de longues distances parcourues.
C'est le 4ème métatarse d'un australopithèque qui a été découvert.
Revers de la médaille : nous sommes devenus de piètres grimpeurs. Le pied est moins souple et n’a plus le pouce mobile qui permet aux grands singes de s’agripper aux branches avec leurs pieds aussi bien qu’avec leurs mains.
De bons grimpeurs
Les australopithèques (Australopithecus afarensis), qui vivaient il y a -2,9 à -3,7 millions d’années, étaient bipèdes. Plusieurs traits du squelette de Lucy l’attestent, notamment la forme de son bassin. Cependant Lucy a aussi des phalanges plus courbées, une articulation du coude ou du genou plus proche de celle des grands singes, le tout bien adapté à la grimpette. Les os des pieds étant absents du fossile découvert en 1974, il n’était pas possible de conclure sur la démarche réelle de Lucy. Avec un pied plat, l’australopithèque ne serait pas allé bien loin et aurait passé beaucoup de temps dans les arbres.
Après avoir étudié le métatarse mis au jour près d’Hadar, Carol Ward, William Kimbel et Donald Johanson (co-découvreur de Lucy) affirment aujourd’hui dans la revue Science que les australopithèques étaient de bons marcheurs. La forme de l’os -la torsion d’une extrémité par rapport à l’autre- indique que le pied était arqué, donnant au marcheur le ressort typique du bipède accompli, expliquent les chercheurs américains.
Mystérieuses empreintes
Cette découverte pourrait-elle enfin résoudre le mystère des empreintes de Laetoli ? Ces traces de pas découvertes en Tanzanie en 1976, conservées par un dépôt de cendres volcaniques, ont été laissées par un bipède il y a 3,7 millions d’années. L’étude des zones de pression révèlent même qu’il s’agirait d’un pied arqué. Un australopithèque serait-il passé par là ?
Source : Sciences et Avenir du 11/02/2011
vendredi 11 février 2011
Il y a 3,2 millions d'années, Lucy et ses semblables étaient déjà bipèdes
Un os du pied d'un hominidé similaire à la célèbre Lucy, un ancêtre de l'homo sapiens vieux de 3,2 millions d'années, montre que cette espèce était bipède comme l'homme, selon une découverte publiée jeudi et qui pourrait modifier l'histoire de l'évolution humaine.
La forme de cet os fossilisé --un métatarsien-- retrouvé à Hadar en Ethiopie montre que ces hominidés, Australopithecus afarensis (A. afarensis) avaient des pieds arqués, une caractéristique physiologique indispensable pour se tenir debout sur deux jambes et marcher.
"Le quatrième métatarsien est le seul connu ayant appartenu à un A. afarensis et constitue une indication clé de l'évolution d'une façon de marcher unique à l'humain", explique William Kimbel, paléontologue à l'Université d'Arizona (sud-ouest), l'un des co-auteurs de cette découverte parue dans la revue américaine Science datée du 11 février.
Comme le pied humain, celui de l'afarensis comptait aussi cinq métatarsiens formant le métatarse, la partie du pied située entre le tarse (ensemble de sept os situés entre les extrémités du tibia et du péroné) et les orteils.
"Le développement d'un pied arqué a marqué un changement fondamental dans l'évolution vers la condition humaine, à savoir la disparition de la capacité d'utiliser le gros orteil pour s'accrocher aux branches, indiquant que ces ancêtres avaient finalement abandonné la vie dans les arbres pour vivre sur le sol", poursuit ce chercheur.
"Maintenant que nous savons que Lucy et ses semblables avaient un métatarse arqué, cela change beaucoup la manière dont nous voyons cette espèce d'hominidés car cela nous révèle où ils vivaient, ce qu'ils mangeaient et comment ils évitaient les prédateurs", souligne Carol Ward, professeur d'anatomie à l'Université du Missouri (sud), un autre co-auteur de ces travaux.
Les A. afarensis ont représenté dans l'évolution une nouvelle espèce d'hominidé, fondamentalement différente de celles qui ont précédé, comme l'Ardipithecus ramidus ou Ardi, qui ne marchait pas debout, en tout cas pas de façon permanente.
Les Ardipithecus vivaient il y a 4,4 millions d'années dans ce qui est aujourd'hui l'Ethipie. Ils sont les plus anciens hominidés connus et constituent un jalon vers l'ancêtre commun à l'homme et au singe.
Avec un pied arqué, les A. afarensis pouvaient sans problème sillonner la campagne et quitter la forêt en quête de nourriture quand ils en avaient besoin.
Dotés d'une solide mâchoire, ces hominidés pouvaient manger différents types de nourriture dont des fruits, des graines, des noix et des racines, relèvent les auteurs de l'étude.
Combinant la puissance de leur mâchoire et de leurs nouvelles capacités de marcher, Lucy et ses semblables pouvaient à loisir vivre dans des zones ouvertes de savane aussi bien que dans la forêt, en déduisent-ils.
Cette forme arquée du métatarse agit comme un ressort et une plateforme solide pour se propulser vers l'avant, ce qui permet de se tenir debout en marchant, précisent ces chercheurs.
"C'est une caractéristique clé de la marche chez les humains et ceux qui aujourd'hui ont les pieds plats ont de nombreux problèmes d'articulation dans tout leur squelette", note Carol Ward.
"Savoir que cette forme arquée du pied est apparue très tôt dans notre évolution montre que cette structure unique est fondamentale à la locomotion humaine", poursuit-elle.
"Si nous pouvons comprendre les raisons de la conception de notre corps et la sélection naturelle qui a façonné le squelette humain, nous avons un nouvel éclairage sur son fonctionnement aujourd'hui", ajoute cette spécialiste de l'anatomie.
Source : 20 mn du 10/02/2011
La forme de cet os fossilisé --un métatarsien-- retrouvé à Hadar en Ethiopie montre que ces hominidés, Australopithecus afarensis (A. afarensis) avaient des pieds arqués, une caractéristique physiologique indispensable pour se tenir debout sur deux jambes et marcher.
"Le quatrième métatarsien est le seul connu ayant appartenu à un A. afarensis et constitue une indication clé de l'évolution d'une façon de marcher unique à l'humain", explique William Kimbel, paléontologue à l'Université d'Arizona (sud-ouest), l'un des co-auteurs de cette découverte parue dans la revue américaine Science datée du 11 février.
Comme le pied humain, celui de l'afarensis comptait aussi cinq métatarsiens formant le métatarse, la partie du pied située entre le tarse (ensemble de sept os situés entre les extrémités du tibia et du péroné) et les orteils.
"Le développement d'un pied arqué a marqué un changement fondamental dans l'évolution vers la condition humaine, à savoir la disparition de la capacité d'utiliser le gros orteil pour s'accrocher aux branches, indiquant que ces ancêtres avaient finalement abandonné la vie dans les arbres pour vivre sur le sol", poursuit ce chercheur.
"Maintenant que nous savons que Lucy et ses semblables avaient un métatarse arqué, cela change beaucoup la manière dont nous voyons cette espèce d'hominidés car cela nous révèle où ils vivaient, ce qu'ils mangeaient et comment ils évitaient les prédateurs", souligne Carol Ward, professeur d'anatomie à l'Université du Missouri (sud), un autre co-auteur de ces travaux.
Les A. afarensis ont représenté dans l'évolution une nouvelle espèce d'hominidé, fondamentalement différente de celles qui ont précédé, comme l'Ardipithecus ramidus ou Ardi, qui ne marchait pas debout, en tout cas pas de façon permanente.
Les Ardipithecus vivaient il y a 4,4 millions d'années dans ce qui est aujourd'hui l'Ethipie. Ils sont les plus anciens hominidés connus et constituent un jalon vers l'ancêtre commun à l'homme et au singe.
Avec un pied arqué, les A. afarensis pouvaient sans problème sillonner la campagne et quitter la forêt en quête de nourriture quand ils en avaient besoin.
Dotés d'une solide mâchoire, ces hominidés pouvaient manger différents types de nourriture dont des fruits, des graines, des noix et des racines, relèvent les auteurs de l'étude.
Combinant la puissance de leur mâchoire et de leurs nouvelles capacités de marcher, Lucy et ses semblables pouvaient à loisir vivre dans des zones ouvertes de savane aussi bien que dans la forêt, en déduisent-ils.
Cette forme arquée du métatarse agit comme un ressort et une plateforme solide pour se propulser vers l'avant, ce qui permet de se tenir debout en marchant, précisent ces chercheurs.
"C'est une caractéristique clé de la marche chez les humains et ceux qui aujourd'hui ont les pieds plats ont de nombreux problèmes d'articulation dans tout leur squelette", note Carol Ward.
"Savoir que cette forme arquée du pied est apparue très tôt dans notre évolution montre que cette structure unique est fondamentale à la locomotion humaine", poursuit-elle.
"Si nous pouvons comprendre les raisons de la conception de notre corps et la sélection naturelle qui a façonné le squelette humain, nous avons un nouvel éclairage sur son fonctionnement aujourd'hui", ajoute cette spécialiste de l'anatomie.
Source : 20 mn du 10/02/2011
jeudi 10 février 2011
Expansion de l'homme moderne : la voie arabe
D'après la forme et l'âge de pierres taillées découvertes dans la péninsule Arabique, l'homme serait sorti de son berceau africain bien plus tôt qu'on ne le pensait.
« D'Afrique sort toujours quelque chose de neuf », a écrit Pline l'Ancien (23-79). Cet adage pourrait s'appliquer à la découverte de Hans-Peter Uerpmann, de l'Université de Tübingen, et de ses collègues de divers pays : ils ont daté à –125 000 ans des pierres taillées, selon eux, par une technique issue d'Afrique. Or ces objets ont été trouvés dans le Djebel Faya, une montagne calcaire située au milieu de la corne de la péninsule Arabique, près de Dubaï.
Les haches et autres grattoirs trouvés au sein de la strate A de la grotte nommée Fay-Ne1 ont été produits par la technique dite levalloisienne, utilisée par les hommes anatomiquement modernes qui peuplaient à l'époque l'Afrique de l'Est. En revanche, les pierres taillées de la strate B, qui surmonte la strate A de 40 centimètres de sable, relèvent d'une technique de taille locale. D'où l'hypothèse que des Homo sapiens africains sont passés dans la péninsule Arabique il y a plus de 125 000 ans.
Jusqu'à présent, on ne connaissait que trois sorties d'Afrique des Homo sapiens, toutes censées s'être faites depuis le corridor du Nil vers le Levant. Les deux premières datent de 120 000 et 90 000 ans ; la troisième, il y a environ 40 000 ans, aurait été à l'origine de l'arrivée de l'homme moderne en Europe.
D'après H.-P. Uerpmann et son équipe, des hommes modernes auraient traversé le détroit de Bab-el-Mandeb, qui sépare l'Afrique de la péninsule Arabique (au niveau de Djibouti), au cours d'un maximum glaciaire, il y a environ 135 000 ans.
La mer Rouge était alors au plus bas et le climat très aride. Leur expansion vers l'Est de la péninsule Arabique aurait eu lieu au cours de la phase humide qui a suivi, et une population d'hommes modernes, parvenue dans la corne de la péninsule Arabique, y aurait été ensuite isolée par le retour de la sécheresse. La persistance humaine dans cette région est attestée par les strates A et B de Fay-Ne1. Il y a quelque 75 000 ans le niveau des eaux du golfe Persique (profond de seulement 40 mètres) a commencé à baisser, ce qui aurait permis à cette population d'atteindre la plaine mésopotamienne, puis, de là, l'Asie ainsi que le Levant.
La découverte d'une sortie d'Afrique par la péninsule Arabique pourrait donc jouer un grand rôle dans la reconstitution de l'histoire du peuplement de la planète par Homo sapiens. Mais elle est loin d'être admise par tous les préhistoriens ; certains nient le caractère levalloisien des outils de Fay-Ne1 et refusent d'y voir l'œuvre d'hommes modernes.

Le doute persistera tant que l'on n'aura pas mis au jour de restes d'humains modernes présents dans la péninsule Arabique il y a 125 000 ans. La chasse aux fossiles est ouverte.
Source : Pour la Science du 08/02/2011
« D'Afrique sort toujours quelque chose de neuf », a écrit Pline l'Ancien (23-79). Cet adage pourrait s'appliquer à la découverte de Hans-Peter Uerpmann, de l'Université de Tübingen, et de ses collègues de divers pays : ils ont daté à –125 000 ans des pierres taillées, selon eux, par une technique issue d'Afrique. Or ces objets ont été trouvés dans le Djebel Faya, une montagne calcaire située au milieu de la corne de la péninsule Arabique, près de Dubaï.
Les haches et autres grattoirs trouvés au sein de la strate A de la grotte nommée Fay-Ne1 ont été produits par la technique dite levalloisienne, utilisée par les hommes anatomiquement modernes qui peuplaient à l'époque l'Afrique de l'Est. En revanche, les pierres taillées de la strate B, qui surmonte la strate A de 40 centimètres de sable, relèvent d'une technique de taille locale. D'où l'hypothèse que des Homo sapiens africains sont passés dans la péninsule Arabique il y a plus de 125 000 ans.
Jusqu'à présent, on ne connaissait que trois sorties d'Afrique des Homo sapiens, toutes censées s'être faites depuis le corridor du Nil vers le Levant. Les deux premières datent de 120 000 et 90 000 ans ; la troisième, il y a environ 40 000 ans, aurait été à l'origine de l'arrivée de l'homme moderne en Europe.
D'après H.-P. Uerpmann et son équipe, des hommes modernes auraient traversé le détroit de Bab-el-Mandeb, qui sépare l'Afrique de la péninsule Arabique (au niveau de Djibouti), au cours d'un maximum glaciaire, il y a environ 135 000 ans.
La mer Rouge était alors au plus bas et le climat très aride. Leur expansion vers l'Est de la péninsule Arabique aurait eu lieu au cours de la phase humide qui a suivi, et une population d'hommes modernes, parvenue dans la corne de la péninsule Arabique, y aurait été ensuite isolée par le retour de la sécheresse. La persistance humaine dans cette région est attestée par les strates A et B de Fay-Ne1. Il y a quelque 75 000 ans le niveau des eaux du golfe Persique (profond de seulement 40 mètres) a commencé à baisser, ce qui aurait permis à cette population d'atteindre la plaine mésopotamienne, puis, de là, l'Asie ainsi que le Levant.
La découverte d'une sortie d'Afrique par la péninsule Arabique pourrait donc jouer un grand rôle dans la reconstitution de l'histoire du peuplement de la planète par Homo sapiens. Mais elle est loin d'être admise par tous les préhistoriens ; certains nient le caractère levalloisien des outils de Fay-Ne1 et refusent d'y voir l'œuvre d'hommes modernes.

Le doute persistera tant que l'on n'aura pas mis au jour de restes d'humains modernes présents dans la péninsule Arabique il y a 125 000 ans. La chasse aux fossiles est ouverte.
Les différent sites attestant des vagues successives de l’expansion d’Homo sapiens hors d’Afrique sont représentés sur cette carte. En pointillés, la ligne d’équiprofondeur à –120 mètres correspondant à la baisse maximale du niveau des mers durant les glaciations.
Source : Pour la Science du 08/02/2011
mardi 1 février 2011
L’homme moderne aurait émigré d’Afrique plus tôt qu’on ne le pensait
Des archéologues affirment que « Homo sapiens » a quitté le continent africain plus tôt qu’on ne le croyait et qu’il aurait gagné la péninsule arabique en franchissant la mer Rouge alors quasiment à sec
Si l’on est sûr que l’Afrique est bien le berceau de l’homme moderne, reste à savoir par où il a pu quitter ce continent pour conquérir le monde. Une équipe internationale d’archéologues, menée par Hans-Peter et Margarethe Uerpmann de l’université de Tübingen, vient de jeter un pavé dans la mare. Ou plutôt dans la mer Rouge !
Selon leur publication, parue dans la revue Science , l’homme moderne a émigré d’Afrique il y a au moins 100 000 ans au vu des outils de pierre découverts, de l’autre côté de la mer Rouge, dans la péninsule arabique. Jusqu’à maintenant, on considérait que Homo sapiens, apparu en Afrique il y a environ 200 000 ans, avait migré le long des côtes de la Méditerranée et d’Arabie, il y a environ 60 000 ans.
Mais en 2003, les chercheurs allemands ont eu la chance de mettre la main sur des outils du paléolithique moyen (–300 000 à –30 000 ans) sur le site du djebel Faya aux Émirats arabes unis, à l’extrémité Est de la péninsule arabique, face à l’Iran.
« Les silex bifaces, taillés sur les deux faces pour couper, creuser et racler, des haches sans manche et des grattoirs ont été analysés selon la technique de luminescence, qui permet de mesurer depuis quand des matériaux n’ont pas été exposés à la lumière », a expliqué Simon Armitage, géographe à l’université Holloway de Londres.
«On manque de restes fossiles humains»
Résultat : ces outils de pierre remontent à une période allant de 100 000 à 125 000 ans. Mais surtout, ils montrent que les techniques utilisées pour les fabriquer ressemblent à celles auxquelles recouraient les premiers hommes modernes d’Afrique de l’Est, berceau de l’humanité, estime-t-il.
Les chercheurs ont aussi déterminé que cette migration s’est faite juste après la fin d’un refroidissement climatique, une période glaciaire (de – 200 000 jusqu’à – 130 000 ans), à un moment où le niveau de la mer Rouge avait baissé de 100 mètres par rapport à ce qu’il est aujourd’hui, rendant le détroit de Bab-El-Mandeb, entre Djibouti et le Yémen, suffisamment étroit pour être franchi à pied.
Tous les archéologues ne sont pas pour autant convaincus par ces conclusions. Paul Mellars, de l’université de Cambridge (Grande-Bretagne), souligne que les auteurs n’ont pas totalement exclu que les outils auraient pu être fabriqués par des hommes de Neandertal, voire des Homo erectus.
Selon Vincent Charpentier, archéologue Inrap-CNRS, qui fouille lui-même aux Émirats arabes unis et collabore avec les chercheurs allemands, « on manque de restes fossiles humains pour pouvoir affirmer que l’on a affaire à l’homme moderne ».
Source : La Croix du 31/01/2011
Si l’on est sûr que l’Afrique est bien le berceau de l’homme moderne, reste à savoir par où il a pu quitter ce continent pour conquérir le monde. Une équipe internationale d’archéologues, menée par Hans-Peter et Margarethe Uerpmann de l’université de Tübingen, vient de jeter un pavé dans la mare. Ou plutôt dans la mer Rouge !
Selon leur publication, parue dans la revue Science , l’homme moderne a émigré d’Afrique il y a au moins 100 000 ans au vu des outils de pierre découverts, de l’autre côté de la mer Rouge, dans la péninsule arabique. Jusqu’à maintenant, on considérait que Homo sapiens, apparu en Afrique il y a environ 200 000 ans, avait migré le long des côtes de la Méditerranée et d’Arabie, il y a environ 60 000 ans.
Mais en 2003, les chercheurs allemands ont eu la chance de mettre la main sur des outils du paléolithique moyen (–300 000 à –30 000 ans) sur le site du djebel Faya aux Émirats arabes unis, à l’extrémité Est de la péninsule arabique, face à l’Iran.
« Les silex bifaces, taillés sur les deux faces pour couper, creuser et racler, des haches sans manche et des grattoirs ont été analysés selon la technique de luminescence, qui permet de mesurer depuis quand des matériaux n’ont pas été exposés à la lumière », a expliqué Simon Armitage, géographe à l’université Holloway de Londres.
«On manque de restes fossiles humains»
Résultat : ces outils de pierre remontent à une période allant de 100 000 à 125 000 ans. Mais surtout, ils montrent que les techniques utilisées pour les fabriquer ressemblent à celles auxquelles recouraient les premiers hommes modernes d’Afrique de l’Est, berceau de l’humanité, estime-t-il.
Les chercheurs ont aussi déterminé que cette migration s’est faite juste après la fin d’un refroidissement climatique, une période glaciaire (de – 200 000 jusqu’à – 130 000 ans), à un moment où le niveau de la mer Rouge avait baissé de 100 mètres par rapport à ce qu’il est aujourd’hui, rendant le détroit de Bab-El-Mandeb, entre Djibouti et le Yémen, suffisamment étroit pour être franchi à pied.
Tous les archéologues ne sont pas pour autant convaincus par ces conclusions. Paul Mellars, de l’université de Cambridge (Grande-Bretagne), souligne que les auteurs n’ont pas totalement exclu que les outils auraient pu être fabriqués par des hommes de Neandertal, voire des Homo erectus.
Selon Vincent Charpentier, archéologue Inrap-CNRS, qui fouille lui-même aux Émirats arabes unis et collabore avec les chercheurs allemands, « on manque de restes fossiles humains pour pouvoir affirmer que l’on a affaire à l’homme moderne ».
Source : La Croix du 31/01/2011
L'homme aurait émigré d'Afrique 65.000 ans plus tôt
Les premiers hommes ont sans doute quitté le continent africain à destination de la péninsule arabique 65.000 ans plus tôt qu'on ne le pensait, et leur migration a été due à des facteurs liés à l'environnement et non à des innovations technologiques, ont rapporté jeudi des scientifiques.
Leurs conclusions laissent penser que les populations ont émigré directement vers l'Arabie, sans transiter par la vallée du Nil ou par le Proche-Orient comment le laissaient penser de précédentes études.
Une équipe internationale de chercheurs a étudié des outils préhistoriques exhumés sur le site archéologique de Djebel Faya aux Emirats arabes unis.
"Nos conclusions devraient inciter à réexaminer les moyens par lesquels, nous, homo sapiens, sommes devenus une espèce mondiale", explique Simon Armitage, de l'Université de Londres, qui a travaillé à cette étude.
En utilisant une méthode de datation par la luminescence - technique utilisée pour déterminer quand des échantillons minéraux ont été exposés à la lumière du jour pour la dernière fois - ils ont établi que les outils en pierre retrouvés à Djebel Faya dataient de 100.000 à 125.000 ans.
Les outils en question, déclare Hans-Peter Ürpmann, de l'université Eberhard Karls de Tübingen, qui a dirigé les recherches, ressemblent à ceux des premiers hommes de l'Afrique de l'Est, ce qui laisse penser qu'"aucun bouleversement culturel n'a été nécessaire pour que les humains quittent l'Afrique".
Ces recherches, publiées dans la revue Science, laissent penser que les facteurs environnementaux ont été plus importants que les innovations technologiques pour que cette migration devienne possible. Il se pourrait, d'après les recherches, que le niveau des mers ait baissé voici 130.000 ans - la dernière période interglaciaire - entre l'Arabie et la Corne de l'Afrique, au niveau du détroit de Bab al Mandab, permettant un franchissement par les humains.
Jusqu'à présent, on pensait que la migration avait eu lieu le long de la côte méditerranéenne ou de la côte d'Arabie voici 60.000 ans.
Source : Reuters du 28/01/2011
Leurs conclusions laissent penser que les populations ont émigré directement vers l'Arabie, sans transiter par la vallée du Nil ou par le Proche-Orient comment le laissaient penser de précédentes études.
Une équipe internationale de chercheurs a étudié des outils préhistoriques exhumés sur le site archéologique de Djebel Faya aux Emirats arabes unis.
"Nos conclusions devraient inciter à réexaminer les moyens par lesquels, nous, homo sapiens, sommes devenus une espèce mondiale", explique Simon Armitage, de l'Université de Londres, qui a travaillé à cette étude.
En utilisant une méthode de datation par la luminescence - technique utilisée pour déterminer quand des échantillons minéraux ont été exposés à la lumière du jour pour la dernière fois - ils ont établi que les outils en pierre retrouvés à Djebel Faya dataient de 100.000 à 125.000 ans.
Les outils en question, déclare Hans-Peter Ürpmann, de l'université Eberhard Karls de Tübingen, qui a dirigé les recherches, ressemblent à ceux des premiers hommes de l'Afrique de l'Est, ce qui laisse penser qu'"aucun bouleversement culturel n'a été nécessaire pour que les humains quittent l'Afrique".
Ces recherches, publiées dans la revue Science, laissent penser que les facteurs environnementaux ont été plus importants que les innovations technologiques pour que cette migration devienne possible. Il se pourrait, d'après les recherches, que le niveau des mers ait baissé voici 130.000 ans - la dernière période interglaciaire - entre l'Arabie et la Corne de l'Afrique, au niveau du détroit de Bab al Mandab, permettant un franchissement par les humains.
Jusqu'à présent, on pensait que la migration avait eu lieu le long de la côte méditerranéenne ou de la côte d'Arabie voici 60.000 ans.
Source : Reuters du 28/01/2011
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