mardi 18 juin 2013
Le plus ancien fossile de primate livre ses secrets
De radiographie en radiographie
Complet, ce fossile est exceptionnellement bien conservé. Mais il est aussi très fragile car, enchevêtré dans de la roche de calcaire marneux, il se trouve sur deux plaques différentes à la fois. « Étant donné sa petite taille, il était trop risqué de dégager le squelette manuellement », explique Paul Tafforeau, l'un des auteurs de l'étude.
Xijun Ni et son équipe ont d'abord essayé d'utiliser des techniques d'imagerie traditionnelle, par absorption de rayons X, pour analyser l'objet sans l'abîmer. Néanmoins, les résultats n'étaient pas satisfaisants, « le fossile était trop plat pour être scanné, précise le chercheur. C'est alors qu'ils se sont tournés vers nous, au synchrotron de Grenoble (ESRF) ».
Paul Tafforeau est paléoanthropologue de formation. En travaillant à l'ESRF, il a adapté la technologie du synchrotron à l'observation des fossiles. Chargé d'examiner les plaques de Xijun Ni, il a utilisé « l'imagerie en contraste de phase à rayonnement synchrotron ». Un procédé totalement non invasif qui dévoile d'infimes détails. Les simulations 3D sont réalisées à partir des clichés obtenus.
Diurne et minuscule
Grâce à ces vues en trois dimensions du squelette, il est possible de déterminer l'allure que devait avoir Archicebus achilles. Avec un tronc d'environ 71 mm et un crâne de près de 25 mm de long pour 17 mm de large, sa taille devait avoisiner les 13 cm. En se basant sur les équations reliant la masse corporelle à la surface des molaires pour les primates actuels, les chercheurs estiment son poids entre 20 et 30 grammes. Il serait donc aussi petit que le lémurien microcèbe pygmé de Madagascar !
Ses petites dents pointues montrent qu'il était probablement insectivore. Constat plus surprenant, la largeur des cavités orbitales du squelette indique que l'animal menait ses activités le jour, alors que la vie des primates primitifs était supposée nocturne.
« C'est un fossile intéressant, qui révèle des choses inattendues, souligne Marc Godinot, responsable du laboratoire d'évolution des primates à l'École pratique des hautes études (EPHE). C'est une surprise de découvrir une si petite espèce avec une morphologie adaptée aux sauts, à une époque si précoce. » Certaines particularités de l'ossature suggèrent en effet qu'Archicebus sautait sur ses quatre membres pour se déplacer. « Un nouveau squelette, un nouveau primate et un nouveau mode de locomotion : autant d'éléments qui prouvent une évolution rapide. »
Simiiformes ou tarsiiformes
Chaque découverte d'espèce fossilisée soulève la même question : où la placer sur l'arbre phylogénétique ? Selon les scientifiques chargés de l'étude, ce primate présente « une mosaïque de caractéristiques des haplorhiniens », la famille dont descendent les singes et les hommes. Cependant, il possède également des traits spécifiques aux deux sous-familles de ce groupe. Au niveau du pied, la forme de l'os calcanéen et les proportions du métatarse rappellent les simiiformes (lignée de l'homme) alors que le crâne ou la dentition indiqueraient plutôt une appartenance aux tarsiiformes (lignée des tarsiers). Finalement, la comparaison de caractères morphologiques et de données moléculaires permet de situer Archicebus achilles au tout début de la branche des tarsiiformes.
Cette découverte pourrait remettre en cause des datations retenues à ce jour. Ce spécimen est en effet proche des deux familles et donc de l'embranchement entre les deux. Or il est daté de l'Éocène et plus précisément de 55,8 à 54,8 millions d'années, une date antérieure à celle jusqu'alors retenue pour la divergence entre les tarsiiformes et les simiiformes. L'évolution divergente entre ces groupes a donc peut-être débuté plus tôt qu'on ne le pensait. Mieux encore, c'est la distinction des haplorhiniens avec les ancêtres des lémuriens qui pourrait devoir être revue. Marc Godinot invite cependant à ne pas tirer de conclusions hâtives : « C'est un fossile très difficile à étudier. J'attends avec impatience une monographie détaillée de la façon dont ils ont procédé ».
Parmi les questions encore en suspens, la localisation géographique d'Archicebus achilles : « Beaucoup de chercheurs situaient l'origine des primates en Afrique et non en Chine », explique Paul Tafforeau. Une hypothèse qui devra désormais être revue.
Source : NewsPress du 12/06/2013
mardi 11 juin 2013
Un petit dinosaure chinois, nouvel ancêtre des oiseaux
On ne compte plus les découvertes de fossiles de dinosaures à plumes dans le gisement de Tiaojishan, situé dans la province de Liaoning, dans le nord-est de la Chine. Le nouveau spécimen, enseveli sous les cendres lors d'une éruption volcanique, gisait dans une couche du jurassique moyen datant de 155 millions d'années. Cette catastrophe l'a très bien conservé. L'empreinte des os est parfaitement visible, ce qui est idéal pour les paléontologues. Celle des plumes est en revanche incomplète et abîmée. «Cet animal est l'oiseau le plus primitif connu au monde», affirme Pascal Godefroit, de l'Institut royal des sciences naturelles de Bruxelles, premier auteur de l'étude publiée dans la revue Nature datée du 30 mai 2013.
Le nouveau venu se nomme Aurornis xui (oiseau de l'aube), «xui» en hommage au paléontologue chinois Xu Xing qui a décrit de nombreux dinosaures à plumes au cours des quinze dernières années. De la taille d'un dindon, Aurornis mesurait 50 cm du bec à l'extrémité de la queue. Il devait gambader dans les marécages et grimper aux arbres mais ne pouvait pas voler. Ses petites dents laissent penser qu'il était insectivore.
Au début de l'année, Pascal Godefroit et son équipe avaient déjà consacré une étude à un autre petit dinosaure à plumes chinois, l'Eosinopteryx brevipenna. Ils lui avaient alors trouvé une place dans l'arbre généalogique des ancêtres des oiseaux, mais ne sont pas parvenus à y ranger leur dernière découverte. «On a dû repartir complètement à zéro», confie le chercheur belge.
Là où la classification traditionnelle prend en compte 370 caractères anatomiques, les chercheurs en ont sélectionné pas moins de 1500. Pour Pascal Godefroit, la révision est nécessaire. «Quand on trouve un crâne, on ne sait même pas si c'est un crâne de dinosaure ou d'oiseau», souligne-t-il. Il s'attend à ce que le nouveau modèle de classification ne fasse pas l'unanimité. «Nos collègues vont nous haïr, s'amuse-t-il à l'avance, mais nous avons fait le boulot et nous avons été séduits par nos résultats.» Les choses sont désormais plus claires: les dinosaures à plumes et les ancêtres des oiseaux ont cohabité pendant des millions d'années. Ils avaient beaucoup de traits communs mais ils étaient déjà différenciés.
Aurornis fait partie des ancêtres des oiseaux, à côté de l'étrange Anchiornis à la grande huppe, qui pratiquait le vol plané comme le font les écureuils volants. Archeopteryx, que les découvertes chinoises des dernières années avaient relégué parmi les dinosaures à plumes, fait aussi son grand retour dans l'arbre généalogique des oiseaux. Eosinopteryx, comme beaucoup d'autres découvertes chinoises récentes, est logé dans la lignée des dinosaures carnivores à plumes. Le tableau est posé, en attendant une prochaine découverte importante. «Cette fois, elle ne viendra peut-être pas de Chine», glisse Pascal Godefroit, sans en dire plus.
Source : Le Figaro du 04/06/2013
lundi 10 juin 2013
Découverte de l'Archicebus, le plus vieux primate connu à ce jour
C'est une découverte capitale dans l'histoire des primates, leur évolution et par connexion logique, celle de l'Homme que la revue britannique Nature a dévoilée mercredi. Une équipe de paléontologues chinois menée par le chercheur Xijun Ni est parvenue à identifier le plus vieux primates connu à ce jour. L'heureux élu a été baptisé Archicebus achilles : Archicebus pour "premier singe à queue" et achilles en référence au célèbre guerrier grec et à l'anatomie un peu particulière des chevilles du petit primate.
Mais la découverte ne date pas d'hier : les paléontologues ont étudié le spécimen pendant plus de dix avant de publier enfin leur trouvaille. Le fossile de l'animal a été trouvé dans la carrière proche de Jingzhou (près du fleuve Yang-Tsé) par un paysan. L'objet a été extrait d'une roche fendue en deux et montré à Xijun Ni qui menait des fouilles dans la province chinoise du Hubei. Ce dernier l'a alors étroitement étudié pendant plusieurs années via notamment de nombreux scanner 3D qui ont permis d'aboutir à une image complète et détaillée du spécimen.
Aujourd'hui, l'équipe en charge du projet peut affirmer que ce spécimen est le plus vieux primate jamais découvert, datant d'environ 55 millions d'années et détrônant ainsi de 7 millions d'années le Darvinius découvert à Messel en Allemagne et à Notharctus aux Etats-Unis. Jusqu'ici, ce primate était tenu comme le plus ancien de l'ordre et son fossile fut découvert en 1983 avant d'être publié en 2009. "Ce squelette va nous dire une grande partie de l'histoire sur les origines des primates et nos lointains ancêtres", explique Ni cité par l'AFP.
Le plus vieux et le plus petit
Mais ce primate n'est pas que le plus vieux, c'est aussi le plus petit jamais répertorié. Si le record est tenu aujourd'hui par l'actuel lémurien pygmée de Madagascar le "microcèbe de Mme Berthe" (Microcebus Berthae) avec 9 centimètres, l'Archicebus lui mesurait environ 7 cm et ne pesait pas plus de 30 grammes, selon les paléontologues.
Il était doté d'une longue queue et de doigts osseux facilitant le déplacement arboricole. Comme l'ont souligné les scientifiques, son squelette presque complet est visiblement adapté à une vie dans les arbres, notamment au vu de ses membres élancés. Il suggère que l'animal était "actif durant le jour" et se nourrissait "essentiellement d'insectes".
Ce petit primate est "radicalement différent de tous les primates connus vivants ou fossiles", comme un "hybride bizarre, avec les pieds d'un petit singe, les bras, les jambes et les dents d'un primate très primitif et un crâne doté d'yeux étonnamment petits", décrit Chris Beard du Carnegie Museum of Natural History de Pittsburg aux Etats-Unis ayant travaillé sur le projet.
Un témoin de l'évolution des primates
Avec son statut de plus vieux primate connu, l'Archicebus est important pour les paléontologues car il pourrait donner de nouvelles et précieuses informations sur l'évolution de les primates. En effet, l'animal a vécu à la période de l'Eocène lorsque les différentes espèces de primates ont commencé à diverger donnant d'un côté les tarsiers actuels (des primates nocturnes arboricoles aux yeux exorbités) et de l'autre les anthropoïdes ou singes sans queue comme les chimpanzés, l'orang-outan ou encore le gorille.
L'Eocène était une "période formidable pour les primates", estime Beard. Pour ce spécialiste, la découverte d'Archicebus en Chine n'est d'ailleurs pas le fruit du hasard. A l'Eocène, la région était un "point chaud" de la biodiversité qui a très probablement donné naissance aux premiers primates, estime-t-il. "Les dernières découvertes paléontologiques indiquent que les premiers pas décisifs dans l'évolution des primates, y compris l'évolution vers les anthropoïdes, ont vraisemblablement été accomplis en Asie, et non pas en Afrique comme on le pensait encore voici vingt ans", assure encore le chercheur.
Les premiers primates seraient ainsi apparus en Asie avant que les anthropoïdes ne migrent vers l'Afrique il y a 38 millions d'années. Les humains eux auraient divergé des primates il y a 5 ou 10 millions d'années.
Une mine de trésors pour les paléontologues
La carrière dans laquelle l'Archicebus a été découvert est devenue un vrai vivier pour les paléontologues qui ont depuis retrouvé de nombreux fossiles d'oiseaux et de poissons datant de la même époque. A cette période très chaude, l'Asie était une grande serre où les palmiers s'étendaient jusqu'en Alaska.
En savoir plus: http://www.maxisciences.com/primate/decouverte-de-l-039-archicebus-le-plus-vieux-primate-connu-a-ce-jour_art29752.html
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samedi 8 juin 2013
Découverte de l'Archicebus, le plus vieux primate connu à ce jour
Mercredi, une étude chinoise a annoncé la découverte en Chine du plus vieux primate connu à ce jour, l'Archicebus achilles. Ce petit tarsier primitif aurait vécu il y a 55 millions d'années et présente une importance capitale pour une meilleure compréhension de l'évolution des primates.
C'est une découverte capitale dans l'histoire des primates, leur évolution et par connexion logique, celle de l'Homme que la revue britannique Nature a dévoilée mercredi. Une équipe de paléontologues chinois menée par le chercheur Xijun Ni est parvenue à identifier le plus vieux primates connu à ce jour. L'heureux élu a été baptisé Archicebus achilles : Archicebus pour "premier singe à queue" et achilles en référence au célèbre guerrier grec et à l'anatomie un peu particulière des chevilles du petit primate.
Mais la découverte ne date pas d'hier : les paléontologues ont étudié le spécimen pendant plus de dix avant de publier enfin leur trouvaille. Le fossile de l'animal a été trouvé dans la carrière proche de Jingzhou (près du fleuve Yang-Tsé) par un paysan. L'objet a été extrait d'une roche fendue en deux et montré à Xijun Ni qui menait des fouilles dans la province chinoise du Hubei. Ce dernier l'a alors étroitement étudié pendant plusieurs années via notamment de nombreux scanner 3D qui ont permis d'aboutir à une image complète et détaillée du spécimen.
Aujourd'hui, l'équipe en charge du projet peut affirmer que ce spécimen est le plus vieux primate jamais découvert, datant d'environ 55 millions d'années et détrônant ainsi de 7 millions d'années le Darvinius découvert à Messel en Allemagne et à Notharctus aux Etats-Unis. Jusqu'ici, ce primate était tenu comme le plus ancien de l'ordre et son fossile fut découvert en 1983 avant d'être publié en 2009. "Ce squelette va nous dire une grande partie de l'histoire sur les origines des primates et nos lointains ancêtres", explique Ni cité par l'AFP.
Le plus vieux et le plus petit
Mais ce primate n'est pas que le plus vieux, c'est aussi le plus petit jamais répertorié. Si le record est tenu aujourd'hui par l'actuel lémurien pygmée de Madagascar le "microcèbe de Mme Berthe" (Microcebus Berthae) avec 9 centimètres, l'Archicebus lui mesurait environ 7 cm et ne pesait pas plus de 30 grammes, selon les paléontologues.
Il était doté d'une longue queue et de doigts osseux facilitant le déplacement arboricole. Comme l'ont souligné les scientifiques, son squelette presque complet est visiblement adapté à une vie dans les arbres, notamment au vu de ses membres élancés. Il suggère que l'animal était "actif durant le jour" et se nourrissait "essentiellement d'insectes".
Ce petit primate est "radicalement différent de tous les primates connus vivants ou fossiles", comme un "hybride bizarre, avec les pieds d'un petit singe, les bras, les jambes et les dents d'un primate très primitif et un crâne doté d'yeux étonnamment petits", décrit Chris Beard du Carnegie Museum of Natural History de Pittsburg aux Etats-Unis ayant travaillé sur le projet.
Un témoin de l'évolution des primates
Avec son statut de plus vieux primate connu, l'Archicebus est important pour les paléontologues car il pourrait donner de nouvelles et précieuses informations sur l'évolution de les primates. En effet, l'animal a vécu à la période de l'Eocène lorsque les différentes espèces de primates ont commencé à diverger donnant d'un côté les tarsiers actuels (des primates nocturnes arboricoles aux yeux exorbités) et de l'autre les anthropoïdes ou singes sans queue comme les chimpanzés, l'orang-outan ou encore le gorille.
L'Eocène était une "période formidable pour les primates", estime Beard. Pour ce spécialiste, la découverte d'Archicebus en Chine n'est d'ailleurs pas le fruit du hasard. A l'Eocène, la région était un "point chaud" de la biodiversité qui a très probablement donné naissance aux premiers primates, estime-t-il. "Les dernières découvertes paléontologiques indiquent que les premiers pas décisifs dans l'évolution des primates, y compris l'évolution vers les anthropoïdes, ont vraisemblablement été accomplis en Asie, et non pas en Afrique comme on le pensait encore voici vingt ans", assure encore le chercheur.
Les premiers primates seraient ainsi apparus en Asie avant que les anthropoïdes ne migrent vers l'Afrique il y a 38 millions d'années. Les humains eux auraient divergé des primates il y a 5 ou 10 millions d'années.
Une mine de trésors pour les paléontologues
La carrière dans laquelle l'Archicebus a été découvert est devenue un vrai vivier pour les paléontologues qui ont depuis retrouvé de nombreux fossiles d'oiseaux et de poissons datant de la même époque. A cette période très chaude, l'Asie était une grande serre où les palmiers s'étendaient jusqu'en Alaska.
Source : MaxiSciences du 06/06/2013
Le plus ancien squelette de primate connu
Qu’y a-t-il de commun entre le tarsier, un minuscule primate asiatique d’une quinzaine de centimètres (sans la queue), et l’homme ? Un ancêtre ! Une collaboration internationale menée par Xijun Ni, de l’Académie des sciences chinoises, a découvert un fossile vieux de 55 millions d’années, qui ressemblerait à cet ancêtre commun, voire aux premiers primates.Le fossile se trouvait en Chine centrale, près du fleuve Yangtzé. Il s’agit d’un squelette de primate quasi complet, le plus ancien connu : auparavant, seules quelques dents fossiles isolées datant de cette époque avaient été découvertes et les plus anciens squelettes étaient plus récents de sept millions d’années. Le nouveau fossile a été nommé Archicebus achilles, d’après le grec arche (signifiant le premier) et le latin cebus (signifiant singe). Le nom d’espèce, achilles, souligne la forme particulière de son talon, qui ressemble à ceux des anthropoïdes – la branche évolutive comprenant notamment les grands singes et les humains.
Le fossile a d’abord été scanné aux rayons X au synchrotron européen (ESRF, pour European Synchrotron Radiation Facility), à Grenoble. Selon Paul Tafforeau, un membre de la collaboration qui travaille sur cet instrument, il s’agit de la meilleure machine au monde pour l’imagerie de tels fossiles. Les paléoanthropologues ont ainsi extrait virtuellement le squelette de sa gangue rocheuse, c’est-à-dire qu’ils en ont reconstitué une image en trois dimensions. Ils ont alors pu l’analyser en détail et déterminer le mode de vie de l’animal, ainsi que sa place dans l’arbre évolutif.
Archicebus achilles vivait au début de l’Éocène, une époque chaude où une grande partie des terres était couverte de forêts tropicales. L'animal était minuscule, avec un corps d’environ sept centimètres et une queue de treize centimètres. Il ne pesait qu’une vingtaine de grammes, un peu moins que le plus petit primate actuel, le microcèbe pygmée de Madagascar (un lémurien).
Certains éléments anatomiques, tels la souplesse de son coude, ses longues jambes et son gros orteil opposable, suggèrent qu’il se déplaçait en bondissant de branches en branches. La forme et la taille de ses dents indiquent un régime constitué d’insectes. Il vivait le jour, comme le montre la taille de ses orbites – assez grandes, traduisant une bonne vision, favorable à la chasse, mais pas hypertrophiées comme celles des animaux nocturnes.
Pour déterminer sa place sur l’arbre évolutif des primates, les paléoanthropologues ont répertorié et comparé plus de 1000 caractères anatomiques, collectés sur 157 animaux. Archicebus achilles présente un mélange unique de caractères d’anthropoïdes et de tarsiers. Il appartiendrait à la même famille que ces derniers et serait né peu après la divergence avec les anthropoïdes.
X. Ni et son équipe pensent d’ailleurs qu’il ressemble à l’ancêtre commun des anthropoïdes et des tarsiers. Cet ancêtre serait donc de petite taille, et non pas grand comme les singes actuels, comme le croyaient certains paléoanthropologues. Archicebus achilles pourrait même être assez proche des premiers primates, qui auraient donc été petits, arboricoles et insectivores.
Source : Pour la Science du 06/06/2013
vendredi 7 juin 2013
Découverte en Chine de l'ancêtre de tous les primates
DÉCOUVERTE. Selon les paléontologues à l'origine de la découverte publiée mercredi 5 juin dans la revue Nature, ce fossile unique aidera les chercheurs à compléter l'arbre généalogique de l'évolution des primates, dont l'Homme est un représentant parmi d'autres.
"Ce squelette va nous dire une grande partie de l'histoire sur les origines des primates et nos lointains ancêtres", a résumé lors d'une téléconférence le chercheur Xijun Ni, de l'Académie des Sciences de Pékin, qui a dirigé cette étude.
La découverte remonte à une dizaine d'années, lorsque M. Ni organisait des fouilles dans la province chinoise du Hubei. On vint alors lui montrer un fossile découvert par un paysan dans une carrière proche de Jingzhou, non loin du fleuve Yang-Tsé. Ce fossile était enfermé dans une roche qui était fendue en deux, révélant le squelette et son impression laissée dans les deux parties de sa gangue minérale.
Il fallut toutefois des années de travail acharné et l'utilisation de scanners 3D pour aboutir à une image complète et détaillée du spécimen, telle que celle présentée ci-dessus.
Un primate aussi étrange que minuscule, plus petit encore que le "microcèbe de Mme Berthe" (Microcebus berthae), un lémurien pygmée de Madagascar qui, avec ses 9 cm, est le plus petit primate vivant au monde.
Le squelette découvert en Chine montre que l'animal disparu était particulièrement bien adapté à la vie dans les arbres.
Avec ses membres élancés, sa longue queue et ses doigts fins, "il devait être un excellent sauteur arboricole, actif durant la journée et se nourrissant essentiellement d'insectes", estime M. Xijun Ni.
L'ancêtre de tous les primates a été baptisé Archicebus achilles.
"Archicebus" signifie "premier singe à queue", tandis qu'"achilles" est une référence au mythique guerrier grec et à l'anatomie particulière de la patte du petit singe.
"Archicebus est radicalement différent de tous les autres primates connus, vivants ou fossiles", précise Chris Beard, du Carnegie Museum of Natural History de Pittsburgh (USA), qui a participé à l'étude. "Il ressemble à un hybride bizarre, avec les pieds d'un petit singe, les bras, jambes et dents d'un primate très primitif, et un crâne avec des yeux étonnamment petits", explique-t-il.
RECORD. Ce squelette quasi-complet est à ce jour le plus ancien jamais découvert. Il bat de quelques sept millions d'années le record des précédents tenants du titre (Darwinius, trouvé en Allemagne à Messel, et Notharctus, trouvé aux États-Unis dans le Wyoming).
Si Archicebus est tellement important pour les chercheurs, c'est qu'il vivait au moment où les différentes espèces de primates ont commencé à diverger.
Au fil de l'évolution, une branche a abouti d'un côté aux tarsiers actuels, des petits primates nocturnes et arboricoles aux grands yeux exorbités. Une autre a donné naissance aux anthropoïdes (grands singes sans queue), un vaste groupe qui inclut notamment les chimpanzés, les gorilles, les orang-outans et les humains.La carrière où l'Archicebus a été découvert était à l'époque un lac, devenu aujourd'hui la caverne d'Ali Baba des paléontologues, avec une profusion de fossiles d'oiseaux et de poissons de l'Eocène. À l'époque, la Terre était une serre gigantesque, avec des palmiers jusqu'en Alaska.
"C'était vraiment une période formidable pour les primates", résume M. Beard. Et pour lui, la découverte d'Archicebus en Chine n'est pas le fruit du hasard. A l'Eocène, la région était un "point chaud" de la biodiversité qui a très probablement donné naissance aux premiers primates, estime-t-il.
"Les dernières découvertes paléontologiques indiquent que les premiers pas décisifs dans l'évolution des primates, y compris l'évolution vers les anthropoïdes, ont vraisemblablement été accomplis en Asie, et non pas en Afrique comme on le pensait encore voici vingt ans", dit le chercheur.
Les premiers anthropoïdes auraient migré ensuite vers l'Afrique, l'atteignant voici quelque 38 millions d'années. Quant aux grands singes et aux humains, ils auraient bien divergé en différentes lignées en Afrique, voici cinq à dix millions d'années.
Source : Sciences et Avenir du 06/06/2013
