jeudi 23 avril 2020
vendredi 17 avril 2020
Il y a 2 millions d’années Homo erectus côtoyait 2 autres espèces d’hominidés en Afrique du Sud…
Drimolen un site riche en hominidés
Des années de fouilles intenses sur le site riche en fossiles de Drimolen, situé à 40 kilomètres au nord-ouest de Johannesburg, en Afrique du Sud, ont abouti à la découverte de plusieurs fossiles d’importance. En plus du nouveau crâne d’Homo erectus (découvert pendant les fouilles de 2015 -2018), on peut citer les restes de Paranthropus robustus, qui a déjà été identifié sur d’autres sites à proximité dans les mêmes couches archéologiques. Par ailleurs, une troisième espèce, Australopithecus sediba, a été découverte dans des dépôts vieux de deux millions d'années, dans une grotte pratiquement en bas de la route qui mène à Drimolen.
Andy Herries (université LaTrobe de Melbourne, Australie) et ses collègues ont évalué les restes trouvés dans le gisement de la grotte de Drimolen en utilisant plusieurs méthodes de datation : la résonance de spin électronique, le paléomagnétisme et la datation Uranium-Plomb. L’utilisation de plusieurs techniques simultanément permet de confirmer et d’assurer les résultats et les âges obtenus. Dans le cas de Drimolen, les chercheurs ont compilé toutes les dates de chacune de ces techniques et ont pu déterminer une période où ces hominidés se sont rencontrés. « Nous savons maintenant que le gisement principal de Drimolen et tous les fossiles qu'il contient sont datés de 2,04 à 1,95 millions d'années", a déclaré la co-auteure Stéphanie Baker (Université de Johannesburg).
Homo erectus de plus en plus vieux !
Le site de Drimolen, situé dans le berceau de l'humanité (Cradle of Humankind - un site du patrimoine mondial de l'UNESCO) a vu passer un grand nombre d’hominidés très différents les uns des autres. La découverte d’un Homo erectus dans des strates archéologiques n’était pas « attendue » et encore moins dans les plus anciennes. En effet, ce crâne appartient au plus ancien des Homo erectus au monde et au premier représentant de son espèce en Afrique du sud !
Le crâne (DNH 134) exhumé pendant les campagnes de fouilles entre 2015 et 2018, a été reconstruit à partir de plus de 150 fragments séparés. C’est un enfant probablement âgé entre trois et six ans, donnant aux scientifiques la chance rare de comprendre la croissance et le développement des petits Homo erectus. Daté de 2 millions d’années, c’est donc plus de 200 000 ans en arrière par rapport au plus ancien représentant de l’espèce connu jusqu’à présent.
Pour Stéphanie Baker, cela modifie les origines géographiques d’Homo erectus "Jusqu'à cette découverte, nous avons toujours supposé que l'Homo erectus était originaire d'Afrique de l'Est. Mais DNH 134 montre que l'Homo erectus, un de nos ancêtres directs, vient peut-être d'Afrique australe". Elle rajoute, comme pour confirmer le berceau africain, «Cela voudrait dire qu'ils se sont ensuite déplacés vers le nord, en Afrique de l'Est. De là, ils sont passés par l'Afrique du Nord pour peupler le reste du monde".
Le berceau de l’humanité porte bien son nom !
Trois espèces d’hominidés fossiles ont en effet été découvertes sur le même gisement, dans des couches stratigraphiques de la même période. . "Contrairement à la situation actuelle, où nous sommes la seule espèce humaine, il y a deux millions d'années, notre ancêtre direct n'était pas seul", a déclaré Andy Herries, directeur de projet et chercheur principal de l'Université de La Trobe, en Australie.
"C'est vraiment épatant de s'apercevoir que pendant cette même tranche de temps étroite, il y a environ deux millions d'années, il y avait trois types très différents d'ancêtres humains anciens parcourant le même petit paysage", a déclaré Schwartz.
"La découverte du premier Homo erectus marque une étape importante pour le patrimoine fossile sud-africain", a déclaré la codirectrice du projet et doctorante à l'Université de Johannesburg, Stephanie Baker.
Source : Hominidés.com du 10/04/2020
mercredi 15 avril 2020
Néandertal maîtrisait l’art du tissage bien avant l’Homme moderne
Des chercheurs ont récemment découvert un petit fragment de cordon fabriqué par Néandertal il y a plus de 41 000 ans. C’est à ce jour la plus ancienne preuve de technologie textile jamais découverte.
Autrefois considéré comme une brute sanguinaire, nous savons désormais que Néandertal n’était finalement pas si différent de l’Homme moderne. Il fabriquait de la colle, maîtrisait le feu, et plongeait en mer pour ramasser des coquillages. Nous savons également que nos anciens cousins prenaient soin de leurs femmes enceintes, de leurs blessés et même de leurs morts. Bref, Néandertal était plus intelligent et sensible qu’on ne le pensait.
Un fragment de cordon
Récemment, dans le sud de la France, des chercheurs ont découvert une autre preuve témoignant des capacités cognitives de Néandertal : un fragment de cordon. Mis au jour sur un éclat de silex vieux de plus de 41 000 ans, retrouvé sous l’Abri du Maras (Ardèche), le morceau de textile mesure environ 6,2 mm de long et 0,5 mm de large. Des analyses ont révélé qu’il se composait de trois faisceaux de fibres torsadées.
Pour les auteurs de l’étude, cette ficelle aurait été utilisée pour maintenir l’outil de chasse avec une poignée, de manière à mieux le manipuler. Il est également possible, disent-ils, que le cordon provienne d’une sorte de petit sac utilisé pour transporter l’outil de coupe. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Scientific Reports.
La puissance cérébrale de Néandertal
Cette découverte souligne ainsi que notre cousin avait une bonne compréhension du calcul nécessaire à l’enroulage des fibres.« Il savait donc compter et fractionner une chaîne opératoire », explique la directrice de recherche du CNRS Marie-Hélène Moncel, jointe par Sciences et Avenir.
L’archéologue Bruce Hardy, chercheur au Kenyon College (Ohio, États-Unis) et co-auteur de l’étude, ajoute que cette nouvelle découverte est une preuve supplémentaire que la puissance cérébrale de Néandertal était comparable à celle des humains anatomiquement modernes.
« La technologie des fibres est un exemple d’une utilisation infinie de moyens finis, explique-t-il à Gizmodo. Vous commencez par tordre un ensemble de fibres pour former des brins qui, au final, formeront une corde. Nous ne pouvons pas faire une corde sans les étapes précédentes. Les capacités cognitives ici en jeu sont finalement très similaires à celles nécessaires à la fabrication du langage, poursuit-il. Vous ne pouvez pas avoir de phrases sans mots; de la même manière que vous ne pouvez pas avoir de mots sans sons qui donnent un sens ».
Les analyses spectroscopiques ont également montré que la fibre utilisée était faite de cellulose, qui provenait probablement de l’écorce interne d’un arbre conifère non fleuri.
« Pour obtenir cette fibre, vous devez retirer l’écorce externe d’un arbre pour gratter l’écorce interne, poursuit le chercheur. Il vaut mieux le faire au printemps ou au début de l’été. Souvent, ces fibres sont ensuite trempées dans l’eau pendant un certain temps avant d’être décomposées en fibres individuelles. À ce stade, elles peuvent être tordues en ficelle ou en corde ».
Ces informations, encore une fois, témoignent des capacités cognitives des Néandertaliens. Ces derniers devaient en effet avoir une compréhension approfondie de ces arbres et de leurs modes de croissance ainsi qu’un sens de la saisonnalité pour mener à bien leurs tissages.
Source : Sciencepost du 13/04/2020
Improbable : des singes auraient traversé l'océan sur des radeaux il y a 34 millions d'années
Quatre petites dents cachées sur le site d'Ucayali, au Pérou. Elles appartiendraient à une nouvelle espèce de singe, éteinte il y a plusieurs millions d'années, dont l'histoire surprenante est racontée dans une étude publiée dans Science. Les chercheurs ont nommé ce singe Ucayalipithecus perdita. Un nom barbare mais plein d'humour. « Ucayali » fait référence à la région de l'Amazonie péruvienne dont proviennent les dents, « pithikos » signifie « singe » en grec, et « perdita »... « Perdu », en latin.
Perdu, c'est le moins que l'on puisse dire. De la taille d'un ouistiti moderne, cette espèce aurait parcouru près de 1.500 kilomètres sur des radeaux de végétation, probablement détachés des côtes par une tempête. Et, en dépit de leur volonté, ils auraient migré de l'Afrique à l'Amérique du Sud. Une véritable épopée.
Les chercheurs estiment que la migration se serait déroulée il y a 34 millions d'années, durant la transition entre l'Éocène et l'Oligocène. « Une période entre deux époques géologiques, lorsque la calotte glaciaire de l'Antarctique a commencé à se constituer et que le niveau de la mer a chuté » détaille Erik Seiffert, coauteur de l'étude, dans un communiqué. « Cela aurait pu jouer un rôle en facilitant un peu la traversée de l'océan Atlantique par ces primates. »
Et ce ne serait pas la première espèce découverte à s'être aventurée par-delà l'océan. Les singes du Nouveau Monde, ou singes platyrrhiniens, ainsi que les rongeurs dits caviomorphes auraient également effectué un périple transatlantique de l'Afrique à l'Amérique du Sud. Ce qui ferait, en tout, trois espèces de mammifères.
« La chose qui me frappe dans cette étude [...] est à quel point tout cela est improbable » s'émerveille Erik Steiffert. « Le fait qu'il s'agisse de ce site isolé au milieu de nulle part, que les chances de trouver ces pièces soient extrêmement faibles, au fait que nous révélions ce voyage très improbable qui a été fait par ces premiers singes, c'est tout à fait remarquable. »
Source : Futura Sciences du 14/04/2020
mardi 14 avril 2020
Homo erectus est apparu au moins 200.000 ans plus tôt qu'on ne le pensait
Les sites des hominidés fossiles d'Afrique du Sud, à proximité de Johannesburg, sont célèbres et connus sous le surnom de « berceau de l'humanité » (Cradle of Humankind en anglais). On y trouve dans des grottes calcaires de nombreux fossiles d'hominines dont les plus connus sont sans doute ceux d'Homo naledi récemment découverts et ceux d'Australopithecus africanus (un jeune cousin des Australopithecus afarensis tels la fameuse Lucy) et qui ont été trouvés en Afrique de l'Est, principalement en Éthiopie, au Kenya et en Tanzanie.
Les recherches dans le berceau de l'humanité se poursuivent et un article publié dans Science par une équipe internationale de paléoanthropologues vient de bouleverser quelque peu l'arbre généalogique de l'Humanité tout en tendant à confirmer que le genre Homo est bien né en Afrique. On peut en effet se poser la question car c'est en Indonésie, en 1891 précisément, que le géologue et anatomiste Eugène Dubois a fait la découverte des premiers fossiles d'Homo erectus, le premier hominine à se dresser sur ses jambes comme l'Homme moderne, ou peu s'en faut, à utiliser le feu -- mais pas le premier à utiliser des outils. Les plus vieux fossiles d'Homo erectus avaient toutefois été trouvés à Dmanisi, en Georgie, et étaient âgés d'environ 1,8 million d'années alors que ceux Australopithecus africanus ont des âges compris entre 2 et 3,5 millions d'années.
Les chercheurs, venant d'universités en Australie, Afrique du Sud, Italie et États-Unis, ont en effet daté un ensemble de 150 fragments appartenant à un crâne d'Homo erectus découvert au cours de cinq années de fouilles sur le site connu sous le nom de carrière principale de Drimolen. Ils appartenaient à un Homo erectus âgé d'environ 2 à 3 ans au moment de sa mort survenue il y a 2 millions d'années environ. La trouvaille a été baptisée « Simon », du prénom d'un technicien, Simon Mokobane, hélas décédé en 2018, et qui a beaucoup contribué au succès des fouilles ; plus prosaïquement, les paléontologues le désignent sous le terme DNH 134.
Trois espèces d'hominines confrontées à un changement climatique
C'est à ce jour le plus vieux fossile d'Homo erectus découvert et c'est en Afrique. Le site de Drimolen contient également des restes de Paranthropus robustus, encore appelé Australopithecus robustus, ce qui veut dire qu'au moins trois hominines (rappelons que ce terme regroupe les représentants du genre Homo et du genre Australopithecus) se côtoyaient en Afrique du Sud il y a deux millions d'années.
Pour Justin Adams, de l'Université Monash, l'un des auteurs de l'article publié dans Science, cette constatation soulève des questions intrigantes sur la façon dont ces trois espèces ont vécu et survécu dans le même environnement à la même époque. Il explique ainsi que « l'une des questions qui nous intéresse est de savoir quel rôle les changements d'habitats, de ressources et les adaptations biologiques uniques des premiers Homo erectus ont pu jouer dans l'extinction d'Australopithecus sediba en Afrique du Sud. Des tendances similaires sont également observées chez d'autres espèces de mammifères au même moment. Par exemple, il y a plus d'une espèce de tigre à dents de sabre, Dinofelis, sur le site - dont l'une s'est éteinte après deux millions d'années. Nos données renforcent le fait que l'Afrique du Sud représentait un mélange vraiment unique de lignées évolutives, une communauté mixte d'espèces de mammifères anciens et modernes qui évoluait à mesure que les climats et les écosystèmes changeaient ».
Les chercheurs se demandent aussi finalement, avec cette découverte, si Australopithecus sediba pouvait vraiment être l'ancêtre d'Homo erectus comme il a été récemment proposé.
Ce qu'il faut retenir
Homo erectus est le premier hominine à se dresser sur ses jambes comme l’Homme moderne, ou peu s’en faut, et à utiliser le feu mais il n'est pas le premier à utiliser des outils.
La découverte de ses plus vieux restes connus à ce jour, âgés de 2 millions d'années, tend bien à confirmer qu'il est né en Afrique et qu'il la quittera pour aller coloniser le reste de la planète jusqu'en Indonésie.
Ces restes prouvent également qu'il côtoyait en Afrique du Sud au moins trois espèces d'Australopithèques dans le fameux « berceau de l'humanité » (Cradle of Humankind en anglais).
lundi 13 avril 2020
Les bébés australopithèques avaient une croissance cérébrale lente comme les humains
Grâce à des scanners ultraprécis de crânes et dents fossiles, des paléontologues ont découvert qu’il y a 3 millions d’années, les bébés de Lucy dépendaient plus longuement de leurs parents que les singes. Comme les bébés humains.
Il avait 2 ans et quatre mois. C’était un tout petit membre de la célèbre famille des Australopithecus afarensis, celle de Lucy, qui vivait en Afrique de l’Est il y a plus de 3 millions d’années. Les paléontologues qui l’ont découvert en 2000, sur le terrain de Dikika, en Éthiopie l’ont baptisé Selam (paix en amharique). À l’époque, il avait fait sensation, car il était - et reste - le plus vieil enfant du monde. Aujourd’hui, il refait l’actualité scientifique, avec un article paru dans ScienceAdvances. "Des analyses ultrafines du crâne et des dents de Selam viennent de révéler comment le cerveau de ces hominidés s'est développé et organisé, se réjouit aujourd’hui Zeresenay Alemseged de l'université de Chicago (États-Unis), qui dirige les fouilles de Dikika . Elles ont même permis de résoudre deux questions controversées depuis la fin des années 1970." A savoir : observe-t-on un début d’organisation cérébrale de type humain chez les Australopithecus afarensis ? Et la croissance de son cerveau évoque-t-elle davantage celle des chimpanzés ou celle des hommes ? "Le cerveau ne se fossilise pas, mais au fur et à mesure qu’il se développe et se dilate avant et après la naissance, les tissus entourant sa couche externe laissent une empreinte dans la boîte crânienne", précise Philip Gunz, de l’Institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne). À partir de moulages de la voûte crânienne, les chercheurs peuvent mesurer le volume, les circonvolutions des lobes du cerveau et en déduire des aspects clés de l'organisation cérébrale (voir les images ci-dessous).
Les fossiles ont fourni des informations inédites
Le fossile a été scanné en utilisant la microtomographie au Synchrotron de Grenoble (ESRF), en France. Cette technologie de pointe a permis tout d’abord de préciser l’âge de son décès, à partir des lignes de croissance de ses dents. En l’occurrence 2 ans et 4 mois. Sept autres crânes fossiles bien conservés des sites éthiopiens de Dikika et Hadar sont passés par la tomographie classique à haute résolution. Il aura fallu pas moins de sept ans aux chercheurs pour reconstituer tout le puzzle (voir la vidéo ci-dessous). Mais les fossiles d’Australopithecus afarensis adultes et enfants les mieux préservés, croisés à des données comparatives de plus de 1600 humains et chimpanzés modernes, ont livré des informations inédites.
Contrairement à ce que l’on pensait auparavant, les empreintes endocrâniennes d’Australopithecus afarensis révèlent une organisation cérébrale semblable à celle d’un singe, sans aucune caractéristique humaine. Même si le volume cérébral était 20% plus gros que celui d’un chimpanzé. En revanche, la comparaison des volumes endocrâniens de l’enfant et de l’adulte indique que la croissance du cerveau, chez Australopithecus afarensis, était lente, prolongée, ce qui induit probablement une plus longue période d’apprentissage du jeune afarensis, un peu comme chez Homo sapiens, précisent les scientifiques dans un communiqué du Max Planck
Un sillon lunaire dans le cerveau
Une différence clé entre les singes et les humains concerne l'organisation des lobes pariétaux et occipitaux du cerveau. "Dans tous les cerveaux de grands singes, un sillon lunaire, profond, bien défini, forme une séparation entre les aires de la vision et le reste du néocortex où se jouent des processus plus complexes ", explique la coauteure Dean Falk de l’université de Floride (États-Unis), spécialiste de l'interprétation des empreintes endocrâniennes.
Ce sillon ou sulcus lunaire a disparu chez l’homme. En existait-il une version atténuée ou déplacée chez les A. afarensis ? Hypothétiquement, une telle réorganisation cérébrale aurait pu être liée à des comportements plus complexes que ceux de leurs ancêtres simiesques (par exemple, la fabrication d'outils, la mentalisation et la communication vocale). Mais jusqu’alors, les moulages ne permettaient pas de trancher. L'endocaste exceptionnellement lisible de l'enfant Dikika imprime sans équivoque un sillon lunaire de singe. De même, de nouveaux relevés tomodensitométries montrent un sulcus lunaire jusqu’alors passé inaperçu chez un fossile adulte de Hadar (Éthiopie).
Enfance prolongée
Qu’a appris la dentition - qui forme des lignes de croissance lisibles, comme chez les arbres - de Sélam, outre son âge ? Le rythme de développement dentaire du nourrisson Dikika était largement comparable à celui des chimpanzés et donc plus rapide que chez l'homme moderne précisent les scientifiques. Cependant, étant donné que le cerveau des adultes d'Australopithecus afarensis était environ 20% plus gros que celui des chimpanzés, le petit volume endocrânien de l'enfant Dikika suggère une période de développement cérébral prolongée par rapport aux chimpanzés. Plus proche de celle des humains d’aujourd’hui. Chez les primates, différents taux de croissance et de maturation sont associés à différentes stratégies de soins aux nourrissons, ce qui suggère que la période prolongée de croissance cérébrale chez Australopithecus afarensis aurait été liée à une longue dépendance à l'égard de ses parents. Une croissance lente du cerveau pourrait aussi avoir été un moyen de répartir les besoins énergétiques des petits dépendants sur plusieurs années dans des environnements où la nourriture n'est pas abondante, ni régulière. Dans les deux cas, la croissance cérébrale prolongée chez Australopithecus afarensis annonçait l’évolution d'une longue période d'apprentissage de l'enfant chez les hominidés.
Source : Sciences et Avenir du 11/04/2020
Il y a 32 millions d’années, des singes ont rejoint l’Amérique du Sud en radeau
Des dents fossilisées découvertes au Pérou fournissent de nouvelles preuves que des singes ont traversé l’océan Atlantique depuis l’Afrique pour finalement rejoindre l’Amérique du Sud.
Nous savons qu’il y a entre 35 et 40 millions d’années, les ancêtres des singes sud-américains modernes sont arrivés une première fois dans le Nouveau Monde, flottant à travers l’océan Atlantique sur des tapis de végétation. Mais, selon une nouvelle étude, ils n’ont pas été les seuls à faire le voyage. Quatre nouvelles dents fossilisées découvertes sur le même site, dans les profondeurs de l’Amazonie péruvienne, suggèrent en effet qu’une autre famille de primates a effectué la même traversée quelques millions d’années plus tard.
Ces dents, retrouvées sur les rives du Río Yurúa, près de la frontière du Pérou et du Brésil, appartenaient à un groupe de singes disparu appelé parapithécides. L’espèce, nouvelle pour la science, vient d’être baptisée Ucayalipithecus perdita. Physiquement, expliquent les chercheurs, ces primates ressemblaient probablement aux ouistitis modernes.
Un monde bien différent
Sur la base de l’âge du site et de la proximité d’Ucayalipithecus avec ses parents fossiles retrouvés en Égypte, les paléontologues estiment que la migration a dû se produire il y a environ 32 millions d’années.
Bien évidemment, rien de tout ça n’était intentionnel. Ces primates n’ont pas fabriqué eux-mêmes les radeaux. Les structures, formées naturellement au niveau des côtes, se sont probablement détachées lors d’une tempête alors que les primates évoluaient dessus.
Le monde était également très différent à l’époque. C’est en effet durant cette période que s’est produite la Grande Coupure Éocène-Oligocène, un événement climatique et paléontologique qui, entre autres conséquences, a favorisé la formation de la calotte glaciaire de l’Antarctique. De ce fait, le niveau marin a considérablement baissé, probablement de plus de 50 mètres. De quoi faciliter les communications entre les continents africain et sud-américain, et donc le mélange d’espèces.
Ainsi, les singes, expliquent les chercheurs, ont probablement parcouru moins de 1500 km en mer, se laissant flotter au gré des courants. C’est environ un quart de la distance actuelle séparant le probable point de départ de ce voyage et l’arrivée. On imagine que, malgré tout, la traversée a dû être pénible.
« Il s’agit d’une découverte tout à fait unique, a déclaré Erik Seiffert, de l’Université de Californie du Sud (États-Unis). Cela montre qu’en plus des premiers singes du Nouveau Monde et d’un groupe de rongeurs connus sous le nom de caviomorphes, il y a cette troisième lignée de mammifères qui a, en quelque sorte, fait ce voyage transatlantique très improbable pour aller de l’Afrique vers l’Amérique du Sud ».
Source : SciencPost du 11/04/2020
dimanche 12 avril 2020
Homo antecessor, un ancêtre majeur de la lignée Homo il y a 800 000 ans
A la limite de la génétique…
L’étude génétique de l’ADN est actuellement l’une des techniques les plus utilisées par les chercheurs pour identifier les espèces d’hominidés, mais également les interactions entre espèces. L’ADN peut ainsi permettre de remonter l’arbre généalogique des espèces et comprendre les différentes branches de l’évolution de l’humanité. Les dernières grandes avancées en anthropologie sont génétiques, comme la découverte des rapports plus qu’amicaux entre Néandertal et Sapiens, ou l’identification d’une nouvelle espèce comme l’Homme de Dénisova. Mais cette méthode a également un revers : après environ un demi-million d’années, même dans les meilleures conditions possibles, l’ADN se dégrade et devient illisible. Donc les fossiles au-delà de 500 000 ans ne peuvent plus être génétiquement analysés. Cela laisse une grande partie de notre généalogie dans l’ombre depuis 7,5 millions d’années.
… la protéomique se profile !
Une équipe de scientifiques dirigée par Enrico Cappellini (Professeur Associé au Globe Institute, Université de Copenhague) a développé un nouveau processus utilisant la spectrométrie de masse. Cette technique permet de trier la composition chimique d'un échantillon, y compris les peptides qui composent les protéines. Ces dernières présentent l’énorme avantage d’être beaucoup plus résistantes que l’ADN dans le temps. Elles peuvent ainsi être retrouvées dans des fossiles de presque 2 millions d’années (dans des conditions favorables). Revers de la médaille : elles contiennent également moins d'informations génétiques que l'ADN et sont beaucoup moins variables d'une espèce à l'autre.
Cappellini et son équipe, en utilisant cette méthode, ont permis, au cours des 6 derniers mois, de publier des protéines anciennes trouvées sur des fossiles de rhinocéros de -1,77 million d'années et de primate de 1,9 million d'années, Gigantopithecus blacki.
Homo antecessor est localisé !
Jusqu’à présent les caractéristiques physiques d’Homo antecessor ne permettaient pas de déterminer ses relations avec les autres hominidés. Il avait une forte dentition, tout comme les membres les plus anciens de notre genre tels que Homo erectus, mais d’un autre côté on pouvait associer la forme de son visage à celle des humains modernes. Faute de preuve formelle, les scientifiques n’étaient pas d’accord entre eux concernant la place exacte d'Homo antecessor sur l’arbre de notre évolution.
L’équipe de Cappellini s’est donc attelée aux ossements d’Homo antecessor. Elle a donc analysé les protéines contenues dans un fragment d'émail d'une molaire de l’hominidé de 800 000 ans trouvée à Gran Dolina (Sierra d’Atapuerca – Espagne).
Les chercheurs ont identifié des séquences peptidiques de sept protéines dans l'émail des dents fossiles - essentiellement toutes les protéines qui s'y trouvent - y compris un peptide spécifique au chromosome Y qui identifie l'individu en tant que mâle. Ensuite, l’équipe a comparé ces séquences de protéines avec leurs équivalents chez Homo sapiens, avec des singes actuels, des Néandertaliens et des Denisoviens.
Les comparaisons des séquences de protéines démontrent que Homo antecessor était, il y a 800 000 ans, un proche parent (une espèces sœur) du dernier ancêtre commun aux hommes modernes, aux Néandertaliens et aux Denisoviens, d'après les chercheurs qui ont publié leur analyse dans la revue Nature.
«Nous voyons que cet ancêtre appartient à une espèce, proche, très proche de la branche qui mène à notre propre espèce », explique Cappellini. Je suis satisfait que l'étude sur les protéines prouve qu’Homo antecessor peut être étroitement apparenté au dernier ancêtre commun de l'Homo sapiens, des Néandertaliens et des Denisoviens", indique José María Bermúdez de Castro, co-auteur de l'étude et co-directeur scientifique de la fouilles à Atapuerca, "Les caractéristiques partagées par Homo antecessor avec ces hominidés sont clairement apparues beaucoup plus tôt que prévu."
Des réactions
La nouvelle étude est «un document historique», explique Mark Collard, un archéologue de l'Université Simon Fraser qui n’appartenait pas à cette équipe de chercheurs. "L'analyse des protéines anciennes promet d'être aussi excitante que l'analyse de l'ADN ancienne pour faire la lumière sur l'évolution humaine."
Pour Dr Aida Gomez-Robles (UCL Anthropology), "Si le moment de divergence entre les Néandertaliens et les hommes modernes avait moins de 800 000 ans cela aurait indiqué une évolution dentaire étonnamment rapide pour les premiers Néandertaliens de la Sima de los Huesos". Les conclusions de cette étude lui permettent d’ajouter que «l’explication la plus simple est que l’ancêtre commun a plus de 800 000 ans. Cela rend les taux d'évolution des premiers Néandertaliens de la Sima de los Huesos similaires à ceux d'autres espèces."
« Cela renforce ce que beaucoup soupçonnaient, mais c'est loin d'être concluant, déclare l’anthropologue Tim Weaver (Université de Californie à Davis)
vendredi 10 avril 2020
Il y a 2 millions d’années, en Afrique australe, Australopithecus, Paranthropus et… Homo erectus ?
Il y a près de 2 millions d'années, australopithèques, paranthropes et Homo erectus cohabitaient sur le site riche en fossiles de Drimolen, dans l’actuelle Afrique du Sud. C’est ce qui ressort de la nouvelle évaluation chronologique réalisée par une équipe internationale, qui a fait l’objet d’une publication hier dans la revue Science.
En soi, la cohabitation d’espèces différentes d’hominines ne constitue pas une nouveauté : elle est connue – et débattue – depuis plusieurs décennies. Ce qui est plus neuf, c’est l’important effort de datation déployé par l’équipe : les fossiles crâniaux d’Homo erectus et Paranthropus robustus dateraient de 2,04 à 1,95 millions d’années, un âge qui en fait les plus anciens spécimens de leurs espèces respectives. Et qui recule de 100 000 ans les premières apparitions dans le temps de ces deux espèces. Or si la présence d’erectus est admise en Afrique de l’Est à des dates aussi anciennes – mais sous l’appellation plus courante d’Homo ergaster – elle n’avait pas encore été documentée dans le sud du continent.
Une méthode de datation novatrice
C’est tout d’abord l’effort de datation que salue en premier lieu Florent Détroit, paléoanthropologue au Muséum National d’Histoire Naturelle. « Les sites karstiques [qui se développent dans les régions où prédominent les roches sédimentaires sensibles à la dissolution, comme les calcaires, ndlr]d’Afrique du Sud sont compliqués à dater : ce sont des cavités qui se remplissent de sédiments et d’ossements, lesquels peu à peu se dissolvent partiellement et disparaissent, avant d’être recouverts par de nouveaux sédiments, explique-t-il. On a donc des mélanges de plusieurs phases temporelles à l’intérieur d’une même couche géologique. Dans cette publication, pourtant, la provenance des restes fossiles est très bien documentée ».
Pour reconstituer une chronologie précise du site de Drimolen, l’équipe a combiné plusieurs méthodes de datation : résonance de spin électronique — qui mesure la dose de radiation reçue par un échantillon depuis sa formation ou son enfouissement —, paléomagnétisme et datation uranium-plomb — qui étudie les isotopes radioactifs enfermés dans l’échantillon étudié. Cette dernière méthode a permis de dater les « spéléothèmes » ou planchers stalagmitiques du site, c’est-à-dire les couches continues de calcite, et ainsi de distinguer des lignes successives de dates : un fossile donné peut ainsi être daté par les « tranches » supérieure et inférieure du « sandwich » dans lequel il se trouve inséré. « Cette méthode pourrait être appliquée dans d’autres sites d’Afrique australe », souligne Florent Détroit.
Quel Homo erectus ?
Ce qui semble plus sujet à discussion, c’est le rattachement d’un des deux crânes étudiés par l’équipe à Homo erectus, attribué à un enfant. « On connaît peu de caractères taxonomiques pertinents de crâne enfantin d’Homo ancien, puisqu’on ne dispose que d’un fossile de ce type, en Indonésie », signale le chercheur. Découvert sur l’île de Java, ce fossile, dit « de Mojokerto », est à ce jour le seul attribué à un erectus immature. La publication, de fait, justifie le rattachement du crâne à erectus plutôt par défaut. Dans un commentaire joint à l’étude, l’anthropologue Susan C. Antón, de l’université de New York, explique en effet que « la taille et la forme de la boîte crânienne excluent son affiliation aux deux espèces d’Homo vivant sur le continent à l’époque, rudolfensis et habilis ».
Cela justifie-t-il pour autant le classement de ce fossile parmi l’espèce erectus ? La difficulté d’une telle question n’est pas propre au site sud-africain de Drimolen, souligne Florent Détroit : « Nous disposons de peu de fossiles d’Homo anciens en Afrique australe et leur attribution est en général très discutée : erectus ? habilis ? ergaster ? rudolfensis ? naledi ? ou même une espèce encore inconnue ? »
Resterait donc à confirmer l’hypothèse de la présence, en Afrique australe, il y a deux millions d’années, d’Homo erectus. À cet égard, le titre de l’article sur le caractère « contemporain » des trois espèces pourrait donc être un peu trompeur. Il est d’ailleurs plus affirmatif que le contenu de la publication.
Sauf à donner d’erectus une définition très large. « Sur erectus, il y a deux écoles, explique Florent Détroit. Pour la première, erectus est l’ancêtre de l’Homme sur toute la planète et les variantes anciennes d’Homo — ergaster, georgicus, rudolfensis, antecessor — n’en sont que des variantes géographiques. L’auteur du commentaire, Susan C. Antón, s’y rattache clairement.La seconde école — à laquelle j’appartiens —, distingue plusieurs espèces selon leur provenance spatiale et privilégie une acception moins large d’Homo erectus ».
Une telle question, aujourd’hui ouverte, en évoque d’autres, du même ordre : également découvert en Afrique du Sud, sediba relève-t-il du genre Homo ou australopithecus ? Comment trancher ? Plus largement, comment définir le genre Homo, reconnaître ses premiers représentants et le distinguer des genres proches ? Cette nouvelle étude enrichit un débat passionné et loin d’être clos.
Source : Le Blob du 03/04/2020
jeudi 9 avril 2020
«Homo antecessor», notre très vieux cousin à la dent dure
Grâce à l’analyse des protéines d’une dent fossile, des paléogénéticiens suggèrent que le plus vieux représentant connu du genre «Homo» sur le continent européen n’est pas un ancêtre mais un cousin des Néandertaliens et de l’homme moderne.
S’il y a bien une chose sur laquelle les paléoanthropologues s’accordent, c’est qu’on ne sait presque rien de lui. Nommé antecessor à partir de 170 fragments fossiles (des bouts de crânes, des dents et une phalange de six individus) découverts au beau milieu des années 90 dans la sierra d’Atapuerca, en Espagne, le plus vieux représentant connu du genre Homo en Europe ne fait d’ailleurs toujours pas consensus. S’agit-il d’une espèce humaine éteinte ? Ou de restes fossiles de spécimens de Homo erectus ?
De même, est-ce l’ancêtre commun de l’homme de Néandertal et de l’homme anatomiquement moderne, ce que laissent penser ses traits, proches de notre espèce concernant sa face mais aussi semblables à ceux de Homo neandertalensis pour la silhouette ? «L’attribution de ces fossiles à une espèce antecessor et son existence même sont encore parfois débattues, explique à Libération la paléoanthropologue Christine Verna. Mais c’est surtout sa position phylogénétique comme ancêtre commun des Néandertaliens et des Homo sapiens (qui lui vaut son nom) qui est beaucoup discutée. Certains membres de l’équipe espagnole travaillant sur Atapuerca ont d’ailleurs souligné il y a quelques années que la morphologie dentaire de Homo antecessor ne "collait" pas avec ce qui est attendu pour cet ancêtre.»
Protéines des tissus osseux
Pour trancher ce débat sur ce tas de vieux os d’environ 820 000 ans, et en l’absence de nouvelles découvertes fossiles sur le terrain, que pouvaient donc faire les scientifiques ? Retrouver de l’ADN ancien pour déterminer les liens de parenté avec les espèces humaines dont on connaît intégralement (ou partiellement) le génome, à l’instar de Homo sapiens, des Néandertaliens et des Dénisoviens ? Le problème de cette méthode c’est que l’ADN fossile se dégrade très facilement au fil des millénaires si les conditions environnementales de sa conservation ne lui sont pas propices.
Alors comment obtenir de telles informations ? En étudiant la structure des protéines anciennes dans les tissus osseux (ce que l’on appelle dans le jargon scientifique la paléoprotéomique) ? «Les protéines sont issues de l’expression des gènes et, à ce titre, portent un ensemble de caractéristiques "dérivées" de l’ADN, confirme à ce propos Louise Le Meillour, doctorante au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et spécialiste de la discipline. Dans le cas de fossiles datés de la fin du pléistocène, les analyses paléoprotéomiques sont donc particulièrement intéressantes dans le sens où l’ADN est rarement préservé et que les protéines, parce qu’elles sont liées à une matrice minérale (l’hydroxyapatite), peuvent subsister à l’épreuve de l’enfouissement et du temps.»
Lignée sœur
Concernant Homo antecessor, cette piste de recherche, nouvelle et prometteuse pour identifier les fossiles, était donc tout indiquée ; et livre désormais des résultats enthousiasmants, comme le suggère une étude publiée début avril dans Nature, qui permet d’en savoir un peu plus sur l’identité du plus vieil hominine d’Europe occidentale. En effet, le séquençage, par des paléogénéticiens de l’université de Copenhague, des protéines contenues dans l’émail d’une molaire d’un des fossiles d’Atapuerca, en plus de révéler qu’il s’agissait d’un mâle, suggère que Homo antecessor est en fait une lignée sœur de celle englobant Homo sapiens, Homo neandertalensis et Homo denisovensis.
Autrement dit, il ne s’agit ici pas d’un tout dernier ancêtre commun avec notre cousin Néandertal mais d’une sorte de vieux cousin éloigné qui a disparu il y a bien longtemps. Autre conclusion : ce lien de parenté, compte tenu des caractères morphologiques de cet hominine éteint du pléistocène inférieur, permet par ailleurs d’affirmer que l’apparition d’une face moderne, semblable à la nôtre, est apparue plus précocement qu’on ne le pensait au sein du genre Homo, tandis que les traits faciaux des Néandertaliens, plus prononcés – souvenez-vous ses arcades imposantes ! –, sont des dérivés et sont donc plus récents. La démonstration que la paléoprotéomique est l’avenir de la paléoanthropologie ? «Il faut noter la petitesse de l’échantillon analysé dans cette étude, tempère toutefois Louise Le Meillour. Je serais donc prudente quant aux implications phylogénétiques qui en découlent.» Et de conclure : «En revanche, et en l’absence d’ADN préservé, il faut reconnaître que nos collègues permettent d’apporter des informations tout à fait bienvenues concernant un représentant de la lignée humaine dont on n’avait, jusqu’alors, que peut de représentants.»
Source : Libération du 07/04/2020
Découverte : trois espèces d'hommes en Afrique du Sud il y a 2 millions d'années
Il y a deux millions d'années, l'Afrique du Sud change : le climat se modifie, des prairies aparaissent, les forêts reculent. Tout cela à un effet majeur sur les habitants de l'époque.
Renaud Joannes-Boyau est le coauteur de cette étude. C'est le directeur du laboratoire de géo-archéologie et d'archéométrie à l'université de Southern Cross en Australie :
« On a un remplacement dans les grands singes de la région, explique-t-il. C'est-à-dire que pendant le million d'années précédent, on a Australopithecus qui domine l'environnement. On a aussi Paranthropus qui apparait et on voit Homo erectus qui apparait aussi aux alentours de 2 millions d'années. C'est ce qu'on prouve dans ce papier. À la suite de ça, Australopithecus, on ne le trouve plus dans les couches fossiles, donc on sait qu'on a un changement climatique qui a certainement favorisé Homo erectus par rapport à Australopithecus. »
Mais pour les chercheurs c'est une surprise de voir Homo erectus si tôt en Afrique du Sud : « On ne sait pas d'où vient Homo erectus. Il a été proposé par exemple qu'Australopithecus sediba a été un de ses ancêtres, mais malheureusement, on voit dans le papier que l'on vient de publier, que sediba vit au même moment que Homo erectus. »
D'autres espèces sont suspectées d'être les ancêtres au genre homo, il y a Australopithecus africanus, lui aussi vivait en Afrique du Sud.
Source :RFI du 02/04/2020
dimanche 5 avril 2020
Trois types humains vivaient côte à côte dans l'ancienne Afrique
Il y a deux millions d'années, trois espèces différentes de type humain vivaient côte à côte en Afrique du Sud, comme le montre une étude.
Les résultats soulignent une prise de conscience croissante du fait que la situation actuelle, où une seule espèce humaine domine le globe, peut être inhabituelle par rapport au passé évolutif.
Les nouvelles preuves proviennent des efforts déployés pour dater les os découverts dans un complexe de grottes près de Johannesburg.
Ces recherches ont été publiées dans la revue Science.
Les nouveaux travaux ont également révélé le plus ancien exemple connu d'Homo erectus, une espèce que l'on pense être un ancêtre direct de l'homme moderne (Homo sapiens).
Les trois groupes d'hominines (créatures ressemblant à des humains) appartenaient à l'Australopithèque (le groupe rendu célèbre par le fossile "Lucy" d'Ethiopie), au Paranthropus et à l'Homo - plus connu sous le nom d'humain.
Andy Herries, de l'université LaTrobe de Melbourne, en Australie, et ses collègues ont évalué les restes trouvés dans le complexe de la grotte de Drimolen en utilisant trois techniques de datation scientifique différentes : la résonance de spin électronique, le paléomagnétisme et la datation uranium-plomb.
"Nous avons rassemblé toutes les dates de chacune de ces techniques et, ensemble, elles ont montré que nous avions un âge très précis. Nous savons maintenant que la carrière principale de Drimolen et tous les fossiles qu'elle contient sont datés de 2,04 à 1,95 millions d'années", a déclaré la co-auteure Stephanie Baker, de l'Université de Johannesburg.
Le complexe de Drimolen a produit de nombreux fossiles anciens au fil des ans, y compris ceux d'hominidés anciens.
Mais il y a quelques années, les chercheurs ont découvert deux nouvelles calottes. L'une d'entre elles appartenait à l'espèce relativement primitive Paranthropus robustus. L'autre était d'apparence plus moderne et a été identifiée comme Homo erectus. Ils ont nommé la calotte crânienne H. erectus DNH 134.
L'Homo erectus est l'un de nos ancêtres humains directs et a peut-être été la première espèce humaine à migrer d'Afrique vers le reste du monde. Non seulement c'est le plus ancien exemple de l'espèce dans le monde, mais c'est aussi le seul spécimen connu d'Afrique du Sud.
"Jusqu'à cette découverte, nous avons toujours supposé que l'Homo erectus était originaire d'Afrique de l'Est. Mais la DNH 134 montre que l'Homo erectus, un de nos ancêtres directs, vient peut-être plutôt d'Afrique australe", a déclaré Stephanie Baker.
"Cela voudrait dire qu'ils se sont ensuite déplacés vers le nord, en Afrique de l'Est. De là, ils sont passés par l'Afrique du Nord pour peupler le reste du monde".
Nous pensions autrefois à l'évolution humaine comme à une progression linéaire, l'homme moderne émergeant à la fin comme le sommet du développement évolutif. Mais partout où nous regardons, il est de plus en plus clair que le tableau réel était beaucoup plus désordonné.
À titre d'exemple, une autre étude publiée cette semaine dans la revue Nature a utilisé des techniques modernes pour dater un crâne bien préservé trouvé dans une carrière à Kabwe, en Zambie, en 1921. Le crâne, qui est plus primitif que ceux des humains modernes, mais plus avancé que l'Homo erectus, était considéré comme ayant environ 500 000 ans d'après son anatomie.Le crâne archaïque de Kabwe, ou Broken Hill, en Zambie, est plus jeune que ce que les scientifiques soupçonnaient auparavant
Il est considéré par de nombreux chercheurs comme appartenant à une espèce appelée Homo heidelbergensis - un ancêtre commun des humains modernes et des Néandertaliens.
Mais les scientifiques qui ont daté de petits échantillons d'os et de dents du crâne, ainsi que d'autres matériaux associés au spécimen, ont montré qu'il est beaucoup plus jeune - entre 324 000 et 276 000 ans.
L'auteur principal, le professeur Chris Stringer, du Musée d'histoire naturelle de Londres, au Royaume-Uni, a déclaré "C'est étonnamment jeune, car un fossile d'environ 300 000 ans devrait présenter des caractéristiques intermédiaires entre H. heidelbergensis et H. sapiens. Mais Broken Hill ne montre aucune caractéristique significative de notre espèce".
Cette découverte implique qu'au moins trois espèces différentes d'Homo coexistaient à cette époque en Afrique.
Le professeur Stringer a ajouté : "Auparavant, le crâne de Broken Hill était considéré comme faisant partie d'une séquence évolutive progressive et étendue en Afrique, de l'homme archaïque à l'homme moderne. Mais maintenant, il semble que l'espèce primitive Homo naledi ait survécu en Afrique australe, que H. heidelbergensis se trouvait en Afrique centrale du sud, et que les premières formes de notre espèce aient existé dans des régions comme le Maroc et l'Ethiopie".
Dans le cadre d'une autre étude importante sur l'évolution humaine, les chercheurs ont analysé cette semaine d'anciennes protéines provenant de fossiles d'Homo erectus vieux de 1,9 million d'années trouvés à Dmanisi en Géorgie et d'une espèce connue sous le nom d'Homo antecessor, qui serait présente en Espagne depuis 1,2 million d'années jusqu'à il y a 800 000 ans.
L'analyse des protéines a permis d'établir des relations entre les deux espèces et d'autres hominines pour lesquels nous disposons de données ADN. L'utilisation des protéines contribue à étendre notre connaissance des relations évolutives au-delà des âges où il devient difficile d'obtenir des preuves d'ADN, en raison de la dégradation de la molécule au fil du temps.
L'étude a montré que H. antecessor, dont la validité en tant qu'espèce distincte a été remise en question dans le passé, est une proche lignée sœur de l'homme moderne et d'autres espèces récentes d'Homo, comme les Néandertaliens et les Denisoviens.
Source : BBC News du 03/04/2020
Il y a 2 millions d’années, en Afrique australe, Australopithecus, Paranthropus et… Homo erectus ?
Il y a près de 2 millions d'années, australopithèques, paranthropes et Homo erectus cohabitaient sur le site riche en fossiles de Drimolen, dans l’actuelle Afrique du Sud. C’est ce qui ressort de la nouvelle évaluation chronologique réalisée par une équipe internationale, qui a fait l’objet d’une publication hier dans la revue Science.
En soi, la cohabitation d’espèces différentes d’hominines ne constitue pas une nouveauté : elle est connue – et débattue – depuis plusieurs décennies. Ce qui est plus neuf, c’est l’important effort de datation déployé par l’équipe : les fossiles crâniaux d’Homo erectus et Paranthropus robustus dateraient de 2,04 à 1,95 millions d’années, un âge qui en fait les plus anciens spécimens de leurs espèces respectives. Et qui recule de 100 000 ans les premières apparitions dans le temps de ces deux espèces. Or si la présence d’erectus est admise en Afrique de l’Est à des dates aussi anciennes – mais sous l’appellation plus courante d’Homo ergaster – elle n’avait pas encore été documentée dans le sud du continent.
Une méthode de datation novatrice
C’est tout d’abord l’effort de datation que salue en premier lieu Florent Détroit, paléoanthropologue au Muséum National d’Histoire Naturelle. « Les sites karstiques [qui se développent dans les régions où prédominent les roches sédimentaires sensibles à la dissolution, comme les calcaires, ndlr]d’Afrique du Sud sont compliqués à dater : ce sont des cavités qui se remplissent de sédiments et d’ossements, lesquels peu à peu se dissolvent partiellement et disparaissent, avant d’être recouverts par de nouveaux sédiments, explique-t-il. On a donc des mélanges de plusieurs phases temporelles à l’intérieur d’une même couche géologique. Dans cette publication, pourtant, la provenance des restes fossiles est très bien documentée ».
Pour reconstituer une chronologie précise du site de Drimolen, l’équipe a combiné plusieurs méthodes de datation : résonance de spin électronique — qui mesure la dose de radiation reçue par un échantillon depuis sa formation ou son enfouissement —, paléomagnétisme et datation uranium-plomb — qui étudie les isotopes radioactifs enfermés dans l’échantillon étudié. Cette dernière méthode a permis de dater les « spéléothèmes » ou planchers stalagmitiques du site, c’est-à-dire les couches continues de calcite, et ainsi de distinguer des lignes successives de dates : un fossile donné peut ainsi être daté par les « tranches » supérieure et inférieure du « sandwich » dans lequel il se trouve inséré. « Cette méthode pourrait être appliquée dans d’autres sites d’Afrique australe », souligne Florent Détroit.
Quel Homo erectus ?
Ce qui semble plus sujet à discussion, c’est le rattachement d’un des deux crânes étudiés par l’équipe à Homo erectus, attribué à un enfant. « On connaît peu de caractères taxonomiques pertinents de crâne enfantin d’Homo ancien, puisqu’on ne dispose que d’un fossile de ce type, en Indonésie », signale le chercheur. Découvert sur l’île de Java, ce fossile, dit « de Mojokerto », est à ce jour le seul attribué à un erectus immature. La publication, de fait, justifie le rattachement du crâne à erectus plutôt par défaut. Dans un commentaire joint à l’étude, l’anthropologue Susan C. Antón, de l’université de New York, explique en effet que « la taille et la forme de la boîte crânienne excluent son affiliation aux deux espèces d’Homo vivant sur le continent à l’époque, rudolfensis et habilis ».
Cela justifie-t-il pour autant le classement de ce fossile parmi l’espèce erectus ? La difficulté d’une telle question n’est pas propre au site sud-africain de Drimolen, souligne Florent Détroit : « Nous disposons de peu de fossiles d’Homo anciens en Afrique australe et leur attribution est en général très discutée : erectus ? habilis ? ergaster ? rudolfensis ? naledi ? ou même une espèce encore inconnue ? »
Resterait donc à confirmer l’hypothèse de la présence, en Afrique australe, il y a deux millions d’années, d’Homo erectus. À cet égard, le titre de l’article sur le caractère « contemporain » des trois espèces pourrait donc être un peu trompeur. Il est d’ailleurs plus affirmatif que le contenu de la publication.
Sauf à donner d’erectus une définition très large. « Sur erectus, il y a deux écoles, explique Florent Détroit. Pour la première, erectus est l’ancêtre de l’Homme sur toute la planète et les variantes anciennes d’Homo — ergaster, georgicus, rudolfensis, antecessor — n’en sont que des variantes géographiques. L’auteur du commentaire, Susan C. Antón, s’y rattache clairement. La seconde école — à laquelle j’appartiens —, distingue plusieurs espèces selon leur provenance spatiale et privilégie une acception moins large d’Homo erectus ».
Une telle question, aujourd’hui ouverte, en évoque d’autres, du même ordre : également découvert en Afrique du Sud, sediba relève-t-il du genre Homo ou australopithecus ? Comment trancher ? Plus largement, comment définir le genre Homo, reconnaître ses premiers représentants et le distinguer des genres proches ? Cette nouvelle étude enrichit un débat passionné et loin d’être clos.
Source : Le Blob du 03/04/2020
L’analyse (inédite) d’un jeune représentant de l’espèce Homo naledi
L’analyse d’un jeune représentant de l’espèce Homo naledi met en lumière la manière dont ce cousin disparu passait de l’enfance à l’âge adulte.
De nombreuses recherches ont été faites sur l’évolution des anciens homininés, mais on en sait encore très peu sur leur croissance et leur développement. La plupart des fossiles retrouvés et analysés représentent en effet des individus matures, dont les os, plus durs et moins poreux, sont plus susceptibles de survivre à l’épreuve du temps.
Ce manque de données a donc limité notre compréhension de la façon dont nos anciens parents sont passés de l’enfance à l’âge adulte. D’où l’importance de cette nouvelle étude, publiée dans la revue Plos One.
L’analyse d’un juvénile
Il y a plus de 200 000 ans, dans le système de grottes Rising Star, en Afrique du Sud, un enfant d’environ 90 centimètres de haut est décédé. Son corps est ensuite resté tapis dans l’ombre aux côtés de 16 autres individus. En 2013, des spéléologues explorant les environs sont finalement tombés sur les restes de ces homininés. L’analyse des fragments d’os et de dents retrouvés sur place ont alors permis de comprendre que ces individus représentaient une toute nouvelle espèce, nommée Homo naledi.
Jusqu’à présent, nous n’avions eu l’occasion d’analyser que des spécimens adultes, mais il y a quelques mois, des anthropologues ont finalement réussi à reconstituer le squelette partiel de cet enfant. Bien que les restes de ce jeune individu – nommé DH7 – soient incomplets, ils présentent un mélange de modèles de maturité – notamment des os bien développés mais non fusionnés – suggérant qu’il s’agissait d’un juvénile tardif.
Entre 8 et 15 ans
Pourvoir déterminer son âge exact reste en revanche aujourd’hui très compliqué dans la mesure où la vitesse de maturation de l’espèce est inconnue.
Si Homo Naledi mûrissait à la vitesse des homininés, plus primitifs et qui ressemblaient davantage à des singes, alors les modèles de maturité suggèrent que DH7 est mort à l’âge de 8 ou 9 ans. En revanche, il est également possible que DH7 ait mûri à un rythme plus lent, à la manière d’Homo sapiens et de Neandertal, présents à la même époque. Si tel était le cas, alors ce juvénile est décédé un peu plus tard, vers l’âge de 15 ans.
Difficile de se prononcer pour le moment donc. Mesurer le taux de développement de cette espèce nécessite pourtant que l’on détermine l’âge de ce juvénile au moment de sa mort. Mais tout n’est pas perdu. L’équipe de recherche dispose en effet de tout ce qu’elle a besoin pour pouvoir le faire : les dents de DH7.
Au fur et à mesure qu’elles se développent, les dents forment en effet des lignes minuscules au niveau de l’émail, qui ressemblent à des anneaux d’arbre. En comptant ces lignes, les chercheurs pourraient potentiellement déterminer, quasiment au jour près, l’âge de DH7.
Le problème est que, pour le faire, les chercheurs doivent soit entailler et détruire l’une des dents du spécimen, soit la soumettre à de puissants rayons X, ce qui pourrait détruire toutes les protéines préservées à l’intérieur. Et nous savons que ces protéines pourraient nous en apprendre davantage sur la relation de Homo naledi avec d’autres homininés, dont Homo Sapiens.
Les chercheurs vont devoir être très méticuleux et choisir la bonne pièce, afin de pouvoir se donner les moyens à la fois de déterminer l’âge de DH7, mais aussi de s’autoriser d’autres recherches à l’avenir à partir de ces échantillons dentaires.
Source : Sciencepost du 03/04/2020









