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mercredi 15 avril 2020

Improbable : des singes auraient traversé l'océan sur des radeaux il y a 34 millions d'années

Quatre petites dents cachées sur le site d'Ucayali, au Pérou. Elles appartiendraient à une nouvelle espèce de singe, éteinte il y a plusieurs millions d'années, dont l'histoire surprenante est racontée dans une étude publiée dans Science. Les chercheurs ont nommé ce singe Ucayalipithecus perdita. Un nom barbare mais plein d'humour. « Ucayali » fait référence à la région de l'Amazonie péruvienne dont proviennent les dents, « pithikos » signifie « singe » en grec, et « perdita »... « Perdu », en latin.

Perdu, c'est le moins que l'on puisse dire. De la taille d'un ouistiti moderne, cette espèce aurait parcouru près de 1.500 kilomètres sur des radeaux de végétation, probablement détachés des côtes par une tempête. Et, en dépit de leur volonté, ils auraient migré de l'Afrique à l'Amérique du Sud. Une véritable épopée.

Les chercheurs estiment que la migration se serait déroulée il y a 34 millions d'années, durant la transition entre l'Éocène et l'Oligocène. « Une période entre deux époques géologiques, lorsque la calotte glaciaire de l'Antarctique a commencé à se constituer et que le niveau de la mer a chuté » détaille Erik Seiffert, coauteur de l'étude, dans un communiqué. « Cela aurait pu jouer un rôle en facilitant un peu la traversée de l'océan Atlantique par ces primates. »

Et ce ne serait pas la première espèce découverte à s'être aventurée par-delà l'océan. Les singes du Nouveau Monde, ou singes platyrrhiniens, ainsi que les rongeurs dits caviomorphes auraient également effectué un périple transatlantique de l'Afrique à l'Amérique du Sud. Ce qui ferait, en tout, trois espèces de mammifères.

« La chose qui me frappe dans cette étude [...] est à quel point tout cela est improbable » s'émerveille Erik Steiffert. « Le fait qu'il s'agisse de ce site isolé au milieu de nulle part, que les chances de trouver ces pièces soient extrêmement faibles, au fait que nous révélions ce voyage très improbable qui a été fait par ces premiers singes, c'est tout à fait remarquable. »

Source : Futura Sciences du 14/04/2020

lundi 13 avril 2020

Il y a 32 millions d’années, des singes ont rejoint l’Amérique du Sud en radeau

Des dents fossilisées découvertes au Pérou fournissent de nouvelles preuves que des singes ont traversé l’océan Atlantique depuis l’Afrique pour finalement rejoindre l’Amérique du Sud.

Nous savons qu’il y a entre 35 et 40 millions d’années, les ancêtres des singes sud-américains modernes sont arrivés une première fois dans le Nouveau Monde, flottant à travers l’océan Atlantique sur des tapis de végétation. Mais, selon une nouvelle étude, ils n’ont pas été les seuls à faire le voyage. Quatre nouvelles dents fossilisées découvertes sur le même site, dans les profondeurs de l’Amazonie péruvienne, suggèrent en effet qu’une autre famille de primates a effectué la même traversée quelques millions d’années plus tard.

Ces dents, retrouvées sur les rives du Río Yurúa, près de la frontière du Pérou et du Brésil, appartenaient à un groupe de singes disparu appelé parapithécides. L’espèce, nouvelle pour la science, vient d’être baptisée Ucayalipithecus perdita. Physiquement, expliquent les chercheurs, ces primates ressemblaient probablement aux ouistitis modernes.

Un monde bien différent

Sur la base de l’âge du site et de la proximité d’Ucayalipithecus avec ses parents fossiles retrouvés en Égypte, les paléontologues estiment que la migration a dû se produire il y a environ 32 millions d’années.

Bien évidemment, rien de tout ça n’était intentionnel. Ces primates n’ont pas fabriqué eux-mêmes les radeaux. Les structures, formées naturellement au niveau des côtes, se sont probablement détachées lors d’une tempête alors que les primates évoluaient dessus.

Le monde était également très différent à l’époque. C’est en effet durant cette période que s’est produite la Grande Coupure Éocène-Oligocène, un événement climatique et paléontologique qui, entre autres conséquences, a favorisé la formation de la calotte glaciaire de l’Antarctique. De ce fait, le niveau marin a considérablement baissé, probablement de plus de 50 mètres. De quoi faciliter les communications entre les continents africain et sud-américain, et donc le mélange d’espèces.

Ainsi, les singes, expliquent les chercheurs, ont probablement parcouru moins de 1500 km en mer, se laissant flotter au gré des courants. C’est environ un quart de la distance actuelle séparant le probable point de départ de ce voyage et l’arrivée. On imagine que, malgré tout, la traversée a dû être pénible.

« Il s’agit d’une découverte tout à fait unique, a déclaré Erik Seiffert, de l’Université de Californie du Sud (États-Unis). Cela montre qu’en plus des premiers singes du Nouveau Monde et d’un groupe de rongeurs connus sous le nom de caviomorphes, il y a cette troisième lignée de mammifères qui a, en quelque sorte, fait ce voyage transatlantique très improbable pour aller de l’Afrique vers l’Amérique du Sud ».

Source : SciencPost du 11/04/2020