dimanche 31 octobre 2010

Des fossiles de nos lointains ancêtres découverts en Libye

Libye - Une équipe de chercheurs franco-libyenne a découvert des dents fossilisées de petits anthropoïdes datant de 38 à 39 millions d'années. Certains de ces fossiles seraient ceux de nos ancêtres les plus lointains.

L'origine des anthropoïdes, des primates incluant les singes et les humains, fait débat au sein des paléontologues. Si l'hypothèse d'une origine africaine a longtemps été admise, de récentes recherches tendent à prouver que cette famille est apparue en Asie il y a plus de 55 millions d'années.

Les fossiles trouvés au Dur At-Talah, au centre de la Libye, viennent révéler l'existence de trois formes d'anthropoïdes africains, les plus anciennes jamais découvertes sur ce continent. Et l'un de ces groupes serait celui de nos ancêtres les plus lointains, indique l'étude publiée dans la revue Nature.

"Jusqu'à présent on ne connaissait qu'une forme de primates anthropoïdes, vieux de 37 millions d'années pour les plus anciens, là on passe à 39 ou 38 millions d'années et on en a trois", s'enthousiasme Jean-Jacques Jaeger, chercheur de l'université de Poitiers qui plaide en faveur d'une origine asiatique. Les fossiles de Libye, 22 dents minuscules, révèlent que "deux millions d'années auparavant, il y en a déjà trois, l'histoire est donc plus compliquée. Et parmi les trois, il y a une forme asiatique reconnue comme telle par les spécialistes. Donc, ça signe le sens de migration de l'Asie vers l'Afrique" explique-t-il à l'AFP.

Très petits, les anthropoïdes apparus en Asie auraient migré vers l'Afrique dont les conditions plus favorables leur auraient permis de se diversifier et de grossir en taille. Mais reste à savoir si les groupes identifiés en Libye ont fait le voyage depuis l'Asie, ou s'ils sont issus d'une diversification qui aurait eu lieu sur le continent colonisé.

Source : Maxisciences du 28/10/2010

samedi 30 octobre 2010

Découverte de nos ancêtres très lointains ?

Des chercheurs du CNRS ont découvert, en Libye, des fossiles d'anthropoïdes vieux de 38 à 39 millions d'années. Ces fossiles appartiennent à trois groupes distincts, dont l'un serait celui de nos ancêtres les plus lointains.

La découverte en Libye de plusieurs espèces de primates anthropoïdes datant de 38 à 39 millions d’années semble indiquer que les très anciens ancêtres de l’Homme sont originaires d’Asie.

Le site de Dur At-Talah où ont été découverts les fossiles

Les hominidés sont nés et ont évolué en Afrique, à partir d'un groupe de singes, les anthropoïdes. Jusqu’à présent peu de choses étaient connues de leur histoire et de l'évolution d'une de leur lignée qui donnera naissance au premier hominidé, Toumaï, il y a 7 millions d'années.

La mise au jour, par une équipe franco-libyenne, à laquelle ont participé les chercheurs de l'Institut international de paléoprimatologie (CNRS/Université de Poitiers) de ces restes apporte des éléments permettant de mieux comprendre l’histoire de nos origines.

Ces fossiles, 22 dents minuscules, appartiennent à trois groupes distincts, dont l'un serait celui de nos ancêtres les plus lointains. Ils ont été extraits d’un site situé dans le désert Dur de At-Talah, au centre de la Libye. Ils représentent les plus anciennes traces d’anthropoïdes en Afrique.

Pour les paléontologues, qui publient leur découverte dans la revue Nature, cela renforce l’hypothèse d'une migration vers l'Afrique de primates venus d'Asie, où des fossiles similaires ont été découverts, notamment en Birmanie.

Reste maintenant à déterminer quand cette migration a eu lieu. Et selon quel scénario. Un seul ancêtre unique a-t-il fait le voyage pour ensuite diverger en Afrique ? Ou alors est-ce un groupe déjà diversifié d’anthropoïdes qui a colonisé ce continent ?

Les auteurs suggèrent que de nouvelles explorations paléontologiques dans des couches de terrains contenant des fossiles vieux de 40 à 50 millions d’années, en Afrique et en Asie seront nécessaires pour mieux comprendre cette période importante mais mal connue de l'histoire évolutive des primates.

Image d'artiste représentant les primates découverts Afrotarsius (en haut à gauche), Karanesia (en haut à droite), Biretia (en bas à gauche), et Talahpithecus (en bas à droite).

Source : Sciences et Avenir du 28/10/2010

vendredi 29 octobre 2010

On a retrouvé l'ancêtre africain de Toumaï, aïeul de l'homme

Vingt-deux dents microscopiques et fossilisées de primates, présentées mercredi à Paris, permettent de dater encore plus précisément l'origine de l'homme et pourraient, à terme, conduire à trancher le débat scientifique sur son lieu de naissance, Asie ou Afrique.

Découverts dans le désert du Sahara, côté Libye, ces restes sont les plus anciens fossiles d'anthropoïdes africains connus jusqu'alors: ils datent d'il y a 38 voire 39 millions d'années.

Aussi minuscules soient-ils, ils font le lien, à 32 millions d'années de distance, avec Toumaï, considéré par les paléoanthropologues comme le plus vieil hominidé au monde, âgé de sept millions d'années, explique le professeur Jean-Jacques Jaeger, de l'Institut international de paléoprimatologie, paléontologie humaine, évolution et paléoenvironnement (IPHEP).

"L'un des fossiles que nous présentons est certainement très proche de l'origine de Toumaï, découvert au Tchad, et de tous ses cousins", déclare-t-il à Reuters.

"On est là au début de l'histoire qui, à force de diversification, d'adaptation, de spécialisation dans des conditions de milieux particuliers, conduisent à Toumaï et aux grands singes comme les babouins. On est au tout début de notre histoire en Afrique", ajoute le scientifique.

Longtemps après Toumaï (Sahelanthropus tchadensis), vinrent l'australopithèque, l'Homo habilis (entre trois et deux millions d'années), l'Homo erectus (entre deux et un millions d'années) puis l'homme de Néanderthal et enfin l'Homo sapiens.

L'équipe franco-libyenne dirigée par Michel Brunet, du Collège de France, a effectué cinq campagnes d'un mois dans le désert entre 2006 et 2009, au terme de nombreux et difficiles accords entre Paris et Tripoli.

"VAGUE D'IMMIGRATION" D'ASIE VERS L'AFRIQUE

Elle tire trois grands enseignements de ses découvertes.

La présence de ces fossiles "signifient que nos ancêtres sont arrivés en Afrique il y a au moins 39 millions d'années" et qu'ils sont très probablement d'origine asiatique, explique Jean-Jacques Jaeger.

Lors de sa découverte par des chercheurs français au Tchad en 2001, Toumaï avait battu en brèche l'East Side Story du paléoanthropologue Yves Coppens, situant l'apparition de la lignée humaine en Afrique de l'Est.

Les fossiles libyens renforcent, eux, l'hypothèse d'une migration vers l'Afrique de primates venus d'Asie, où des fossiles similaires ont été découverts, notamment en Birmanie.

Vers 45 millions d'années, "je pense qu'il y a eu une vague d'immigration qui a amené trois groupes de rongeurs et de primates d'Asie vers l'Afrique mais, pour le moment, ce n'est qu'une hypothèse de travail. Ce n'est pas une preuve et c'est ce que nous allons chercher à l'avenir", dit Jean-Jacques Jaeger.

Physiquement, la surprise est venue de la très petite taille de ces primates libyens, dont le poids oscillait entre 150 et 470 grammes seulement.

Jusqu'alors, les scientifiques n'avaient étudié des primates anthropoïdes africains qu'à partir de 34 millions d'années et ils faisaient alors entre un et trois kilos.

Ils ont continué, pour certains, à grandir et prendre du poids pendant des millions d'années pour aboutir à Toumaï qui mesurait environ un mètre et pesait 35 kilos.

Ils avaient alors retrouvé un crâne quasiment complet, quoique déformé, mais à Dur At-Talah les dix scientifiques n'ont mis au jour que des molaires et des pré-molaires d'un ou deux millimètres de long, au prix de longs tamisages à l'eau avec des grilles d'un millimètre de maillage.

Source : Le Point du 27/10/2010

jeudi 28 octobre 2010

L'homme moderne pourrait avoir des ancêtres asiatiques

Des fossiles vieux de 100.000 ans mettent en doute l'origine africaine exclusive de notre lignée. Reste à confirmer la datation.

Une mandibule et deux dents fossiles, d'au moins 100.000 ans, trouvées dans une grotte du sud de la Chine, pourraient bien bouleverser l'histoire de la lignée humaine. Découverts en 2007, à Zhirendong par une équipe de paléontologues chinois et américains, «leur âge et leur morphologie suggèrent une possible émergence de l'homme moderne dans l'est de l'Asie», écrivent les auteurs dans un article publié mardi dans les «comptes rendus de l'Académie américaine des sciences» (Pnas). En clair, le berceau de notre espèce Homo sapiens ne se situerait pas exclusivement en Afrique, comme le veut le scénario privilégié jusqu'ici par les scientifiques. En outre, l'ancienneté des fossiles de Zhirendong, si elle est confirmée, signifie que nos lointains ancêtres asiatiques auraient cohabité pendant au moins 50.000 ans avec les hommes de Neandertal, une espèce cousine de la nôtre, soit plus du double que la durée admise pour l'instant.

La mandibule découverte par l'équipe dirigée par Xin-Zgi Wu, de l'Académie des sciences chinoise, et Erik Trinkaus, de l'université Washington à Saint Louis (États-Unis), présente indiscutablement des caractères modernes. Comme ce menton osseux, qui est l'une des principales caractéristiques d'Homo sapiens comparé à Neandertal, par exemple, qui en était dépourvu. Les auteurs notent toutefois que l'épaisseur et la robustesse de ladite mandibule montrent que son propriétaire était également morphologiquement proche d'humains archaïques plus anciens.

«Une bombe !»

Mais il est vrai que ces ossements ont plus de 100.000 ans: du jamais vu dans la partie orientale de l'Asie, où les plus vieux restes d'hommes modernes trouvés jusque-là n'avaient que 40.000 ans. Soit un bond de plus de 60.000 ans en arrière! Sachant que le départ des premiers Homo sapiens d'Afrique vers le Moyen-Orient puis l'Europe et le continent asiatique s'est produit il y a environ 90.000 ans, l'irruption de l'homme de Zhirendong vient remettre en question la théorie de l'«Out of Africa», qui veut que tous les hommes modernes actuels descendent en ligne directe d'ancêtres africains.

«Si la datation de 100.000 ans est confirmée, c'est une bombe!, s'exclame Jean-Jacques Hublin, chercheur à l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionnaire à Leipzig (Allemagne). Malheureusement, ce n'est pas la première fois que des collègues chinois trouvent des hommes modernes très anciens avant d'être démentis par la suite.»

En l'occurrence, l'équipe de Xin-Zgi Wu a daté de la calcite située au-dessus du niveau où les fossiles ont été mis au jour avec des restes d'animaux vivant au pléistocène ancien, soit il y a 100.000 ans. Il ne s'agit donc pas d'une datation directe. «En outre, les grottes ont souvent une histoire géologique mouvementée, si bien que le niveau étudié peut fort bien être plus récent que ce que les auteurs avancent.» Une chose est sûre: l'homme de Zhirendong n'a pas fini de faire parler de lui.

Soource : Le Figaro du 27/10/2010

mercredi 27 octobre 2010

Cent grottes peintes cachées en Paca

Les historiens s'imposent le silence pour ne pas exposer les sites aux vandales. Du coup, le grand public ignore l'existence de ce patrimoine.

Une porte blindée condamne l'accès à la grotte Chauvet en Ardèche. Et pour faire bonne mesure, une caméra vidéo fonctionne 24 h/24. L'un des chefs-d'oeuvre de l'art pariétal en France est sous bonne garde. À Marseille, l'accès sous-marin à la grotte Cosquer a, lui, été muré.

Quel contraste avec l'abri Alain, dans les gorges varoises du Carami... Que l'envie prenne à un promeneur de tagger « Riri aime Zézette » par dessus « L'Homme couché » et c'est un témoignage vieux de presque 5 000 ans qui disparaîtrait. Parano ? Au Val, une main anonyme a gribouillé quatre lettres capitales S-B-V-C sur une peinture multimillénaire.

Sur le même site, « une dizaine de figures ont été détruites au burin dans les années 1990 », déplore Philippe Hameau, spécialiste reconnu des grottes ornées du Néolithique pour tout le sud-est de la France. Le vandalisme, c'est sa hantise numéro 1.

mardi 26 octobre 2010

La grotte Cosquer bientôt ouverte à la visite... virtuelle

Près de vingt ans après que sa découverte a été rendue publique - c'était en octobre 1991 -, la grotte Cosquer pourrait être finalement ouverte à la visite. De façon virtuelle s'entend. Depuis le début de l'année, le service régional de l'archéologie (SRA) a en effet conduit trois campagnes de mesures à l'intérieur de la cavité, avec du matériel capable de restituer le relief des parois et le détail des ornements avec une précision inframillimétrique. Avec ces données, deux entreprises spécialisées dans la réalité virtuelle et la valorisation du patrimoine travaillent, en ce moment, à la reconstitution de la grotte jusque dans ses moindres replis rocheux.

Henri Cosquer (à droite, ici avec Jean Courtin) plongeur et découvreur de la grotte sous-marine qui aujourd'hui porte son nom.

À l'heure de lancer ce vaste chantier, Xavier Delestre, conservateur régional de l'archéologie, nous avait expliqué que ce travail répondait à un triple objectif. D'abord, enregistrer, avec la plus grande précision possible, la topographie de la grotte et l'ensemble des peintures et gravures qui y ont été tracées entre - 29 000 et - 17000 ans avant notre ère. La seule façon de se prémunir contre une éventuelle et brutale disparition de la cavité, par écroulement ou remontée des eaux. Outre cet objectif de conservation, l'idée était aussi de permettre aux préhistoriens qui ne savent pas plonger de travailler sur les oeuvres dans des conditions très proches du réel. Et, enfin, permettre au grand public d'approcher au plus près la réalité de ce véritable musée d'art pariétal immergé.

Pour l'heure, la forme définitive que cette grotte virtuelle prendra n'est pas arrêtée. La seule hypothèse qui semble d'ores et déjà écartée est celle d'une réplique à l'identique, comme celle réalisée à Lascaux au début des années 80. Pour le reste, tout semble ouvert. Même si les experts de la réalité virtuelle poussent pour la solution la plus spectaculaire actuellement envisageable avec le système Panrama 3D. Il s'agit, schématiquement, de projeter sur une demi-sphère des images en trois dimensions qui donnent au spectateur le sentiment d'être dans l'écran. Donc dans la grotte si les images projetées sont celles réalisées in situ. En attendant qu'une décision soit prise -et que les budgets nécessaires soient trouvés-, le travail continue pour les préhistoriens, qui ne cessent de faire de nouvelles découvertes.

Source : La Provence du 24/10/2010

lundi 25 octobre 2010

Le “Lascaux“ africain dévoilé par un archéologue héraultais

Dans le cadre du festival montpelliérain Cinémed, le réalisateur sétois Claude-Timon Gaignaire présente “Les silences de Laas Geel “, film qui fait part de la découverte du chercheur et archéologue héraultais Xavier Gutherz. Ce dernier et son équipe ont en effet mis à jour le “Lascaux “de l’Afrique. Soit une vingtaine de peintures, bien conservées, datant du néolithique, trésor inestimable de l’état autoproclamé de Somaliland. Cette mise en lumière est d’autant plus insolite que ce territoire, très riche en traces du passé, reste ignoré du reste du monde.

Le lieu-dit se nomme Laas Geel ; que l’on traduit par le petit puits des chameaux. Car si l’on creuse cette terre située à 80 kilomètres d’Hargeisa, la capitale du Somaliland, état autoproclamé d’Afrique, on y trouve de l’eau pour faire boire les bêtes. C’est là qu’Osman, un berger, s’est un jour assis. Face à un imposants amas rocheux. Son regard est attiré par les peintures qui le couvrent. Certainement des dessins esquissés par les Britanniques, qui ont occupé un temps le territoire, a-t-il pensé. Rien de cela. L’homme a découvert sans le vouloir le “Lascaux“ africain. L’équipe de chercheurs français, menée par Xavier Gutherz, archéologue héraultais, enseignant à l’université Paul-Valéry à Montpellier, l’a esnuite mis en lumière. Le 4 décembre 2002, précisément. Non sans émotion, explique le coordinateur du groupe : « Les richesses archéologiques du Somaliland se savaient, grâce aux publications de Clark, militaire anglais et préhistorien. Or la guerre du Golfe, puis les conflits civils, ne nous permettaient pas d’y aller ».

L’équipe embarque, une fois le calme revenu, à bord d’un vieil avion russe. Le voyage s’avère folklorique. Sur le même vol, une femme écoute la conversation, y prend part. L’heureux hasard veut qu’elle soit le ministre des affaires étrangères du Somaliland. « Elle nous a facilité les choses, présenté le président de l’époque », poursuit Xavier Gutherz. Cap sur le site de Laas Geel, repéré par le berger. Sur les parois de la vingtaine d’abris rocheux, des merveilles, signes et témoins des temps, se dévoilent : « Ces peintures rupestres sont de toute beauté, bien conservées alors qu’elles datent de 3 000 avant Jésus-Christ. A l’extérieur, on en distingue aussi, abîmées par les pluies ». Les missions sont courtes, les prospections se font au compte-gouttes. D’autres foyers sont mis à jour, dont un millier de sépultures mégalithiques, pas encore datées. Il reste à faire. Il faut pour cela réunir les conditions de travail et de sécurité idéales.

Depuis 2007, Xavier Gutherz n’est pas retourné à Laas Geel. Mais il sait que le site est hautement protégé et considéré. Quelque 150 visiteurs du monde entier s’y rendent chaque année. Peu certes face à l’instabilité du lieu, or la cathédrale rocheuse a fédéré nombre de fidèles attachés à sa conservation. « Le gouvernement et la population ont conscience de sa valeur ». Ce patrimoine leur importe d’autant plus que pour ce pays ignoré par le reste du monde, une preuve irréfutable de « sa culture, de son identité ». Le film de Claude-Timon Gagnaire, qui retrace le travail de l’archéologue héraultais et de son équipe, est un témoignage tout aussi significatif de ce territoire chargé d’histoire. Le 19 novembre prochain, Xavier Gutherz retourne au Somaliland. A la fois impatient et sur la réserve. Le pays est dans la ligne de mire des islamistes. « Quand on sait tout ce qu’ils ont détruit en Afghanistan... ». C’est pour cela qu’il faut en parler.


(1) Le festival Cinémed à suivre dans Midi Plus, à la fin du premier cahier. (2) “Les silences de Laas Geel “est projeté aujourd’hui, à 16 h, à l’Auditorium du musée Fabre, à Montpellier ; et le samedi 30 octobre à 16 h, au Corum, salle Einstein.

Source : Midi Libre du 23/10/2010

vendredi 22 octobre 2010

La marche néandertalienne reconstituée

La reconstitution de la marche des Néandertaliens ne fait apparaître aucune différence notable avec celle des hommes actuels, hors, peut-être, une robustesse et une puissance légèrement supérieures.

Le LABO, c'est-à-dire le Laboratoire d'anatomie, biomécanique et organogénèse de la faculté de Médecine de l'Université Libre de Bruxelles vient de démontrer  que les Néandertaliens marchaient comme les hommes modernes. A priori, la question paraît curieuse, car lorsqu'ils furent contemporains, Homo neanderthalensis et Homo sapiens eurent des modes de vie proches : celui de chasseurs-cueilleurs. Ils devaient donc marcher beaucoup, et même courir.

Pour autant, les membres inférieurs néandertaliens auraient pu fonctionner différemment des jambes de l'homme moderne. Pour tester cette possibilité, Tara Chapman, Serge Van Sint Jan, Patrick Semal et des collègues ont créé un modèle de jambes néandertaliennes à partir des os fossiles de Spy II (découvert en Belgique), de Kebara 2 (Israël) et de Néanderthal 1 (Allemagne). Après avoir tomographié les os de membres inférieurs nécessaires pour en obtenir la configuration précise, ils ont procédé à une restitution en trois dimensions de ces os sur ordinateur ; une mise à l'échelle et certains réglages leurs ont permis d'accorder en une seule forme cohérente les tailles et les configurations de ces os de provenances différentes. Les jambes néandertaliennes virtuelles ainsi obtenues ont ensuite été mises en mouvement à l'aide d'un logiciel développé au LABO pour analyser la marche de patients souffrant de troubles musculosquelettiques. La marche néandertalienne reproduite a ensuite été comparée aux mouvements des membres inférieurs d'individus modernes et même de bonobos, l'espèce de primates actuels anatomiquement la plus proche de nous.

Qu'en ressort-il ? Tout d'abord, que le marcheur néandertalien virtuel a la même amplitude articulaire qu'un marcheur actuel, très supérieure à celle des bonobos. Tous les comportements des différentes composantes de la jambe sont en adéquation avec le fonctionnement d'une jambe moderne. Cela dit, à taille égale, le squelette néandertalien reconstitué suggère une robustesse plus élevée que celui des humains modernes. Cette robustesse constitutive entraîne un placement différent de nombreuses insertions musculaires. Les chercheurs ont constaté que ces placements mettent les muscles en situation d'exercer des couples parfois nettement plus importants sur les articulations que dans la configuration moderne. À puissance égale, un Néandertalien dépensait moins d'énergie mécanique, explique ainsi Serge Van Sint Jan. Dans un environnement froid où se procurer de la nourriture était difficile, cela a pu représenter un avantage. Il est cependant difficile d'en être sûr, car cela dépend de l'efficacité physiologique du corps néandertalien, qui n'est pas connue.

Pour autant, l'agilité de la jambe dépend aussi de l'entraînement et du cerveau qui la contrôle. Il est donc probable que puisque la fonctionnalité des jambes des deux espèces sont comparables, les hommes modernes contemporains des Néandertaliens présentaient une mobilité similaire. Du reste, un autre facteur – l'usage de chaussures – a pu jouer un rôle : Erik Trinkaus, de l'Université de Washington à Saint Louis, aux États-Unis, pense avoir mis en évidence que les phalanges des petits orteils sont devenues de plus en plus graciles au cours d'une période allant du début du Paléolithique supérieur (il y a entre 35 000 et 8 000 ans) jusqu'à l'époque moderne. En outre, cette tendance s'est accentuée alors que les Européens devaient endurer un climat plus froid, constatation qui expliquerait le port de chaussures. En effet, celui-ci atténue la réaction du sol supportée par le petit orteil, ce qui expliquerait l'évolution de la forme de ce dernier. Puisque la jambe néandertalienne fonctionnait comme la jambe moderne, il est probable (même si cela n'est pas prouvé!) que le pied néandertalien, comme le pied moderne, avait aussi besoin de se protéger du froid… Dès lors, même si le mocassin n'est attesté que depuis quelque 12000 ans par une trace de pieds chaussés dans la Grotte de Fontanet en Ariège, il est vraisemblable que les Néandertaliens, qui ont traversé trois glaciations, l'avaient déjà inventé, et que cela influa sur leur mobilité…

Source : Pour la Science du 13/10/2010

mardi 19 octobre 2010

lundi 18 octobre 2010

Histoire des découvertes

L'Homme ne sait que depuis un siècle et demi qu'il a une histoire, ce qui à l'échelle même de cette histoire représente une période très brève. Toumai (Sahelanthropus tchadensis), découvert en 2001 en Afrique centrale, est actuellement le plus lointain de nos ancêtres connus ; il a 7 millions d'années.

Première période de découvertes

Au début du XIXe siècle, l'Ancien testament est l'ouvrage de référence qui décrit l'histoire de l'Homme sur la Terre. Il est alors lu littéralement, et pour une très grande majorité l'aventure humaine est avant tout céleste, dans son origine comme dans son évolution. En l'espace d'un demi-siècle, l'association de la théorie de l'évolution de Charles Darwin et de découvertes allant dans son sens vont progressivement modifier cette vision que l'Homme a de lui, l'amenant à considérer les écrits bibliques comme plus allégoriques, et le poussant surtout à concevoir le fait qu'il a bel et bien un passé terrestre, qui est peut-être beaucoup plus étendu dans le temps que ce qui aurait pu être imaginé.

En 1836, Philippe-Charles Schmerling, médecin belge, découvre à Engis plusieurs ossements fossiles, dont un crâne humain qui sera bien plus tard identifié comme celui d'un enfant néandertalien. Mais il est à l'époque encore trop tôt pour admettre l'existence passée d'une autre espèce humaine. En 1848, un crâne d'adulte, beaucoup plus caractéristique, sera découvert à Gibraltar ; il subira le même sort que son ami belge.

En 1856, dans une carrière de la vallée allemande de Neander, des ouvriers mettent au jour des ossements et un fragment de crâne qu'ils remettent à Johann Carl Fuhlrott, un passionné d'histoire naturelle. Celui-ci remarque immédiatement la particularité de ces ossements qui, bien qu'étant visiblement différents de ceux d'un homme actuel, en possèdent tout de même certaines caractéristiques. Mais là encore, on ne va pas admettre immédiatement la parenté de l'hominidé auquel a appartenu ce crâne avec notre espèce. Le nom du lieu de la découverte va pourtant devenir célèbre, après que dans les années suivantes, les découvertes d'ossements de ce genre se sont multipliées. L'espèce Homo neanderthalensis est décrite en 1864 et il s'agit du premier hominidé fossile identifié. Les autres découvertes anciennes concernent à la fois des fossiles d'Homo sapiens (Cro-Magnon en 1868) et d'Homme de Néandertal, dont les squelettes de la Grotte de Spy en 1886 et de la Chapelle-aux-Saints en 1908.

En 1859, première date cruciale pour la théorie de l'évolution, Charles Darwin publie L'Origine des espèces. Suite aux théories énoncées dans cet ouvrage, le biologiste et philosophe allemand Ernst Haeckel proposa un arbre généalogique théorique de l’homme dans lequel il fait apparaître un « chaînon manquant », un être intermédiaire entre le singe et l’homme. Dans son ouvrage L’histoire de la création naturelle paru en 1868, il nomma cette créature hypothétique Pithecanthropus alalus. Le nom de genre est formé à partir des racines grecques πίθηκος, píthēkos, « singe » et ἄνθρωπος, anthropos, « homme ». Le nom d’espèce est formé sur le préfixe privatif « a- » et le λαλέω / laleô, « parler » : l’absence de langage articulé était en effet considérée comme l’une des caractéristiques nécessaires du Pithécanthrope.

Cette théorie entrainera à son tour l'anatomiste néerlandais Eugène Dubois dans des expéditions vers la Malaisie et l'Indonésie. À partir de 1891, ce dernier découvrira sur l'île de Java des ossements fossiles ayant appartenu à ce fameux Pithecanthropus. Il définit alors l'espèce Pithecanthropus erectus, unfémur mis au jour appartenant incontestablement à un être bipède.

En 1921, le géologue suédois Johan Gunnar Andersson (en) découvre à Zhoukoudian en Chine, près de Pékin, des fossiles que le professeur canadien Davidson Black décrit en 1927 comme appartenant à une nouvelle espèce contemporaine de Pithecanthropus erectus, le Sinanthrope. Pierre Teilhard de Chardin découvre par la suite, au même endroit, un nombre impressionnant de restes d'hominines du même type, qui seront cependant perdus pendant la Deuxième Guerre mondiale, alors qu'ils sont en route pour l'Amérique.

Aujourd'hui, le Sinanthrope et le Pithécanthrope sont regroupés au sein de l'espèce Homo erectus, cantonnée à l'Asie selon certains paléoanthropologues.

En 1871, Darwin publie La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe, ouvrage dans lequel il avance que, dans la nature actuelle, les chimpanzés et les gorilles sont les plus proches de l'espèce humaine et qu'un jour, on trouvera des ancêtres communs aux deux et qui seront africains. paléoanthropologie.

En 1912, on annonce la découverte sensationnelle en Angleterre, à Piltdown, d'un crâne d'homme qui a toutes les caractéristiques de l'homme actuel, excepté une mâchoire primitive. On voit en ce fossile le « chaînon manquant » tant recherché entre le singe et l'Homme. Il a 600 000 ans environ ; il est alors décrit comme le véritable ancêtre de l'Homme moderne, au détriment de l'Homme de Néandertal. Il faudra attendre 1953 pour que l'on démontre que l'homme de Piltdown est une supercherie.

Deuxième période de découvertes

En 1924, Raymond Dart découvre le fossile de l'enfant de Taung en Afrique du Sud ; c'est le premier australopithèque connu. Mais à ce moment-là, l'homme de Piltdown est considéré comme l'ancêtre de l'homme et faire accepter à la communauté que l'enfant de Taung, âgé de plus de 2 millions d'années, africain de surcroît, est le véritable ancêtre n'est pas chose facile. Dart va se battre jusqu'en 1953, date à laquelle les restes de Piltdown sont analysés plus précisément, et où est révélée la supercherie. On découvrira dans les années suivantes d'autres australopithèques en Afrique du Sud.

En 1959, Louis et Mary Leakey trouvent le premier australopithèque robuste en Afrique centrale. Ils créent l'espèce Australopithecus boisei, datant d'1,75 millions d'années.

En 1967, Wilson et Sykes, biologistes moléculaires, affirment qu'entre les bonobos, espèce de chimpanzé, et l'Homme, il n'y a pas plus de 2 % d'écart au niveau génétique. La prévision de Darwin de 1871 est alors en partie vérifiée. Ils évaluent la date de la dichotomie entre le chimpanzé et l'Homme aux alentours de 3 millions d'années ; il y a 3 millions d'années aurait vécu un ancêtre commun au singe et à l'Homme, qui aurait donné naissance à ces deux branches.

En 1974, Lucy (Australopithecus afarensis) est découverte, toujours en Afrique orientale ; elle a 3,2 millions d'années et bouscule les prévisions. Yves Coppens popularise l'East Side Story quelques années plus tard, théorie qui localise le berceau de l'humanité à l'est du Grand rift africain. Depuis ces découvertes, les biologistes ont réévalué l'époque de la dichotomie et estiment qu'elle pourrait avoir eu lieu il y a 6,3 Ma. Selon Michel Brunet, dont l'équipe a mis au jour Toumaï, la séparation entre l'Homme et le singe à partir de l'ancêtre commun aurait eu lieu aux alentours de 8 Ma, ce qui reste une hypothèse à vérifier.

En 1982, David Pilbeam découvre une face d'hominoïde au Pakistan datant d'environ 10 Ma ; elle est attribuée à une nouvelle espèce de primates, le Ramapithecus ; ce fossile est aujourd'hui considéré comme la femelle d'une espèce déjà connue, le Sivapithecus, espèce apparentée à l'orang-outan actuel.

En 1995, un fragment de mandibule d'un individu surnommé Abel (Australopithecus bahrelghazali) est retrouvé au Tchad ; le fossile date de 3,5 à 3 Ma et est plus ou moins contemporain de Lucy. Le sensationnel de cette découverte réside dans le fait qu'Abel est situé à 2500 km à l'ouest du Grand Rift, en Afrique centrale, ce qui remet en question la théorie de l'East Side Story.

En 2000, Orrorin tugenensis est retrouvé au Kenya ; il a 6 Ma.

En 2001, Ardipithecus kadabba (5,8 à 5,2 Ma) et Toumaï (Sahelanthropus tchadensis, 7 Ma) sont découverts, respectivement en Éthiopie et au Tchad.

Ces trois derniers hominidés du Miocène supérieur découverts récemment suscitent encore de nombreux débats, en particulier concernant leur éventuelle appartenance à la sous-tribu des hominines.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Paléoanthropologie de Wikipédia en français (auteurs)

jeudi 14 octobre 2010

Les hommes préhistoriques s'occupaient des «seniors»

Un vieillard infirme, qui vivait il y a 500.000 ans en Espagne, n'aurait jamais pu survivre sans les soins de ses proches.

La solidarité entre générations ne date pas d'hier. Même s'ils n'avaient pas inventé le système de retraite par répartition, des chercheurs de l'université de Madrid, viennent de montrer que les «premiers Européens», découverts sur le site d'Atapuerca, près de Burgos, dans le nord de l'Espagne, prenaient soin de leurs aînés.

L'équipe dirigée par Alejandro Bonmatí est parvenue à cette conclusion en examinant les restes d'un bassin et d'une partie de la colonne vertébrale d'un homme vieux de plus de 500.000 ans, retrouvés dans ces célèbres grottes, inscrites en 2000 au patrimoine mondial de l'humanité.

Ces ossements appartenaient à un mâle de forte corpulence «qui souffrait de plusieurs maladies dégénératives bien longtemps avant de mourir», écrivent les auteurs dans la revue de la National Academy of Sciences des États-Unis (Pnas). Selon eux, l'individu avait plus de 45 ans au moment de son décès, un âge canonique pour l'époque.

Les pathologies multiples dont souffrait ce vieillard de la préhistoire l'«obligeaient à adopter une posture courbée» voire à «utiliser un bâton pour se tenir debout» , notent les chercheurs madrilènes. Du coup, elles «l'empêchaient probablement de chasser » et d'assurer sa propre subsistance.


Des nomades cannibales

«Sa survie pendant une période aussi longue avec un tel handicap laisse supposer que le groupe nomade dont il faisait partie prenait particulièrement soin de ses anciens», concluent Alejandro Bonmatí et ses collègues. Pas question pour autant de sombrer dans le mythe du «bon sauvage», cher à Rousseau. L'an passé, une précédente étude réalisée sur ce même gisement avait montré que ces mêmes hommes étaient des cannibales n'hésitant pas à consommer de la chair d'enfants ou d'adolescents.

Découverts à partir de 1994, les restes fossiles d'Atapuerca correspondent aux premiers êtres humains ayant séjourné en Europe, il y a environ 800.000 ans, soit bien avant Neandertal et Homo sapiens. Baptisés Homo antecessor, partis d'Afrique, ils se sont installés dans la péninsule Ibérique au terme d'une longue migration via le Proche-Orient, le nord de l'Italie et la France.

À noter que cet exemple de prise en charge d'individus âgés n'est pas isolé. Vieux, impotent, édenté, l'homme de la Chapelle-aux-Saints, un Néandertalien datant de - 45.000 ans, dont on a retrouvé en 1908 le squelette quasi complet dans une grotte de ce petit village de Corrèze, aurait été lui aussi incapable de survivre sans la protection et les soins constants de ses ­proches.

Source : Le Figaro du 13/10/2010

mercredi 13 octobre 2010

Hommes préhistoriques : savaient-ils faire preuve de compassion ?

Royaume-Uni - Publiée dans le journal Time and Mind et dans un livre dont des extraits feront l'objet d'une lecture publique le 19 octobre prochain, l'étude de chercheurs de l'université de York se propose de "tracer" le sentiment de compassion chez les hominidés fossiles.

"Première étape d'une nécessaire archéologie préhistorique de la compassion", comme elle la définit elle-même, l'étude du Dr Penny Spikins, du département d'archéologie de l'université de York (Royaume-Uni) et de ses collègues, cherche à montrer que les pré-humains et les hommes préhistoriques ressentaient la compassion. Pour ce faire, ils proposent un scénario en quatre étapes.Il y 6 millions d'années, l'ancêtre commun à l'homme et au chimpanzé, par de simples gestes de réconfort par exemple, commence à témoigner de la sollicitude à ses congénères. Puis, il y a 1,8 million d'années, nôtre ancêtre Homo erectus commence à intégrer cette compassion dans un début de pensée rationnelle : en prenant soin des individus malades, en réservant un traitement spécial aux défunts, manifestations du chagrin et du souci d'alléger la peine d'autrui. En Europe, entre -500.000 et -40.000 ans, les restes d'un enfant atteint d'une anomalie congénitale du cerveau témoignent : loin d'avoir été abandonné, l'enfant a vécu jusqu'à l'âge de 5 ans. Ceux d'un Néandertalien possédant un bras atrophié, un pied déformé et aveugle d'un oeil ayant vécu jusqu'à vingt ans témoignent eux de l'attention portée aux individus faibles par leurs congénères. Enfin, chez l'homme anatomiquement moderne, apparu il y a 120.000 ans, la compassion s'étend aux étrangers et aux animaux. L'imagerie médicale utilisée sur des crânes fossilisés pourrait être un outil permettant d'appréhender cette caractéristique pourtant intangible qu'est la compassion. "Les données archéologiques ont encore une histoire à nous raconter" conclut le Dr Spikins.

Source : Yahoo Actualités du 09/10/2010

jeudi 7 octobre 2010

Actualité Archéo & paléo - Sciences et Avenir

Bénéficiant de la palteforme commune au Nouvel Obs, voici les infos quotidiennes sur l'archéo et la paléo
http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/archeo-paleo/

Un tour que je vous recommande à faire très régulièrement.

samedi 2 octobre 2010

Neandertal mon amour

Sur vos écrans cette semaine: un film naturaliste, AO le dernier Neandertal imagine sa rencontre avec Homo sapiens.

Trente ans après La Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud, voici l’amour avec Neandertal! C’est une belle déclaration que le réalisateur Jacques Malaterre adresse à cet homme préhistorique, mystérieusement disparu il y a 30.000 ans en Europe. Et une revanche tardive pour ce mal-aimé dont on a longtemps moqué le faciès de brute… avant que des fouilles ne montrent qu’il enterrait ses morts ou prodiguait des soins aux handicapés.

Ao et Oa

Inspirée du roman de Marc Klapczynski (Aô, l'homme ancien, Ed. Aubéron, 2003), la trame du film est un peu naïve. Seul survivant de son clan, Ao le néandertalien –sorte de bon sauvage en harmonie avec la nature- rencontre Aki, une Homo sapiens. Tous deux fuient devant de cruels sapiens, traversent l’Europe à la recherche d’Oa, le jumeau d’Ao, apprennent à communiquer, partagent leur culture, et même plus… car ils se découvrent des affinités.

Une voix off –un brin pompeuse- détaille les pensées intérieures de nos héros qui s’expriment chacun dans des langages aux sonorités différentes. Quelques invraisemblances –un combat avec un ours blanc, un sacrifice humain avec arrachage de cœur, un cheval apprivoisé en trente secondes- sautent aux yeux du public averti. Les puristes, enfin, pointeront que si Neandertal et sapiens se sont bien hybridés, c’était au Moyen-Orient, pas en Europe, et beaucoup plus tôt, il y a environ 80.000 ans, ainsi que viennent de le révéler des études d’ADN.

Quatre mois de répétitions

Cela dit, impossible de ne pas être happé par les images de paysage à couper le souffle. Difficile de bouder la puissante performance de Simon Paul Sutton: il fait corps avec son personnage, Ao, et réussit à rendre Neandertal, mais oui, craquant! Les acteurs ont affronté des conditions de tournage extrêmes dans la toundra ukrainienne par -20 ou -30°C, ou dans des marécages infestés de moustiques. Ils ont répété huit heures par jour pendant quatre mois pour apprendre la langue du film, apprendre à chasser, à tailler les pierres, car le réalisateur voulait un résultat naturaliste.

C’est réussi : les scènes de vie quotidienne sont extrêmement crédibles. D’autant que Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS, est intervenue sur les aspects matériels: armes, habits, campements, façon de vivre, de chasser, se déplacer et même… sac de peau pour trimballer bébé. Et l’on ressent ce que cela devait être, au paléolithique, d’affronter cette nature et de camper, le soir, à l’abri d’une paroi de roche.

Source : Sciences et Avenir du 30/09/2010

vendredi 1 octobre 2010

Homme de Florès, un déficit en iode comme origine ?

A peine un mètre de hauteur, un cerveau de la taille d’un chimpanzé, l’homme de Florès bat tous les records de petitesse. C’est sur une petite île d’Indonésie, Florès, que cette surprenante découverte a été faite par une équipe scientifique internationale. L’homme de Florès a été décrit à partir d’un squelette relativement bien conservé (le crane est presque intact) et de quelques restes d’un autre individu, mis au jour en septembre 2003 dans la grotte de Liang Bua.

Plusieurs théories tentent d’expliquer la présence de l’homme de Florès. La plus séduisante, raconte l’histoire d’un Homo erectus, qui peuplait l’Asie il y a 1 à 1,5 millions d’années, ayant réussi à atteindre les îles indonésiennes rendues accessibles par l’abaissement du niveau de la mer. Lorsque le niveau des eaux remonte, il se retrouve isolé et aurait évolué vers le nanisme. « Les conditions insulaires peuvent conduire à une réduction de taille chez les mammifères » expliquait à l’époque de sa découverte Marie-Hélène Moncel, préhistorienne au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Cette évolution fût si prononcée qu’elle a abouti à la naissance de cette nouvelle espèce.

Une autre hypothèse, présentée en 2008 par Charles Oxnard professeur à l’université d’Australie Occidentale, fait de d’Homo floresiensis un homme moderne souffrant d’une grave carence en iode à l’origine de sa petite taille, une maladie connue sous le nom de crétinisme congénital. Une proposition qui est loin d’avoir fait consensus à l’époque. Dans PLoS ONE, le chercheur présente cette semaine de nouveaux arguments en faveur de cette théorie.

Il a recompilé des données concernant le squelette de ce « hobbit » et a ensuite établi des comparaisons mathématiques avec les os de patients atteints de crétinisme, de chimpanzés et d’humains sains. Selon lui, cette étude confirme son hypothèse qui fait de l’homme de Florès un Homo sapiens atteint d’une forme de crétinisme endémique sur l’île.

Source : Sciences et Avenir du 29/09/2010