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mercredi 21 septembre 2022

Mal aimé de la recherche, l’âne domestique vient de trouver son berceau d’origine

L’âne suscite un intérêt scientifique inversement proportionnel aux services qu’il a pu rendre dans l’histoire des civilisations. A Toulouse, des chercheurs viennent d’identifier la région du monde où il a été domestiqué. Bien avant le noble cheval

Bonnet d’âne, âne bâté, coup de pied de l’âne. On ne peut pas franchement dire que l’âne soit le plus glamour des animaux. Il est tout juste bon dans l’imaginaire populaire à mourir tout seul au fond d’une étable ou à faire de la figuration. Peu importe qu’il soit docile, endurant, capable de se coltiner des chargements titanesques et de rendre encore « des services colossaux » dans certaines économies pastorales.

Et cette désaffection générale se retrouve jusque dans les travaux des scientifiques. « Ces biais de représentation se sont propagés dans la recherche, si bien qu’il y a très peu d’études génétiques sur cet animal alors qu’il y en a énormément sur son cousin très proche le cheval », remarque Ludovic Orlando du Centre d’anthropologie et de génomique de Toulouse (CAGT)*. Cet « archéologue moléculaire » est bien placé pour faire amende honorable, il est connu pour ses travaux sur les équidés aujourd’hui éteints et sur l’origine de la domestication des chevaux.

Des milliers d’années plus tôt que le cheval

Mais l’heure de la vengeance de l’âne a sonné. En collaboration avec 37 autres scientifiques mondiaux, l’équipe a mis à profit les techniques développées dans le cadre des recherches sur le noble cheval pour lancer la plus vaste étude génétique jamais produite sur les baudets. Elle a passé au crible les génomes complets de 207 ânes vivants, du monde entier. Mais elle a aussi remonté le temps avec 31 ânes anciens, dont un, médiéval, retrouvé près du Vieux Port à Marseille et un autre paissant à la même époque dans une bourgade de la Meuse.

Le groupe vient de publier ses résultats à la une de la célèbre revue Science. Il y dévoile que, contrairement aux scénarios échafaudés jusqu’ici faute d’éléments concrets et qui laissaient penser qu’il pouvait y avoir plusieurs foyers de domestication, il n’y en a qu’un : « L’Afrique de l’est, plus exactement la corne du continent et au Kenya », précise Ludovic Orlando. Ce, « il y a 7.000 ans », soit plus de 2.000 ans plus tôt que la domestication du cheval cousin dans les steppes de Russie.

L’équipe relève aussi la coïncidence entre l’apparition du premier foyer de l’âne domestique et la désertification du Sahara au sens large. « Elle arrive au moment où la région devient moins verdoyante, plus hostile. Est-ce pour cela que les hommes se sont mis à utiliser une bête robuste comme l’âne ? C’est un modèle de travail dont nous n’apportons pas la preuve », explique le génomicien toulousain. « Il reste maintenant à nos collègues archéologues de passer le terrain au peigne fin pour trouver les preuves tangibles de cette civilisation qui a commencé à manipuler l’âne », ajoute-t-il.

En attendant la mule

L’équipe a aussi eu confirmation que dans la Meuse par exemple, même dans l’Antiquité, il y avait déjà chez les éleveurs une science intuitive des croisements génétiques, et de leur rentabilité. Ils sélectionnaient déjà des ânes hauts au garrot pour les croiser avec des juments et obtenir des mules ayant l’endurance de leurs pères et la rapidité de leurs mères. Mules, par définition stériles, et dont les Romains ont pourtant fait un instrument de domination de leur gigantesque empire pour déplacer armées ou munitions, ou communiquer des messages.

Après avoir identifié le foyer de domestication du cheval puis maintenant celui des ânes, l’équipe de Ludovic Orlando veut maintenant s’intéresser à la façon dont « les grandes civilisations ont modifié leurs chevaux et leurs ânes », et à expliquer cet engouement des Romains pour les mules qui pourrait avoir une importance bien plus grande qu’il n’y paraît dans le cours de l’histoire.

Source : 20 minutes du 21/09/2022

mercredi 14 avril 2021

La domestication des animaux en Asie centrale remonte à au moins 8 000 ans

Une nouvelle étude interdisciplinaire vieillit de plus de 3000 ans la présence d'espèces domestiques au cœur de l'Asie Centrale.

Le long des chaînes de montagnes du Tian Shan et de l'Alay, en Asie centrale, les moutons et autres animaux domestiques constituent le coeur de l'économie contemporaine. Bien que les mouvements de leurs anciens prédécesseurs aient contribué à façonner les grands réseaux commerciaux de la route de la soie, on pensait que les animaux domestiques étaient arrivés relativement tard dans la région. Une nouvelle étude, publiée aujourd'hui dans la revue Nature: Human Behavior, révèle que les racines de la domestication des animaux en Asie centrale remontent à au moins 8 000 ans, faisant de la région l'un des plus anciens paysages pastoraux continuellement habités au monde.

La domestication des moutons, des chèvres et des bovins a eu lieu pour la première fois dans le Croissant fertile de la Mésopotamie et dans les zones montagneuses voisines de l'Asie occidentale il y a environ 10 000 ans, parallèlement à la domestication des cultures végétales comme le blé et l'orge. Cette innovation dans la subsistance humaine, connue sous le nom de "révolution néolithique", s'est propagée vers le nord en Europe et vers le sud en Afrique et en Inde, transformant les sociétés humaines sur trois continents. Mais jusqu'à récemment, il semblait que cette expansion spectaculaire des plantes et des animaux domestiques n'avait pas atteint les riches zones montagneuses d'Asie centrale vers l'est, où - malgré leur importance considérable dans les derniers millénaires de l'âge du bronze et au-delà - il y avait peu de preuves d'une dispersion néolithique.

Cela a changé lorsqu'une équipe internationale de scientifiques, dirigée par le Dr. Svetlana Shnaider désormais au sein du Laboratoire International de Recherche ZooSCAn du CNRS et de l'Institut d'Archéologie et d'Ethnographie de la Branche Sibérienne de l'Académie des Sciences de Russie (Novossibirsk, Russie) et le Dr. Aida Abdykanova de l'Université Américaine d'Asie Centrale (Kirghizstan), a décidé de revisiter l'abri sous roche Obishir V, niché dans un précipice montagneux le long de la frontière sud du Kirghizstan avec l'Ouzbékistan. Le site, qui avait été découvert et fouillé pour la première fois par des archéologues soviétiques au XXe siècle, avait livré un assemblage d'outils lithiques, dont certains semblaient avoir été utilisés pour le traitement des céréales.

Pour le vérifier, les Dr. Shnaider et Abykanova se sont associées à l'auteur principal, le Dr W. Taylor, spécialiste de la domestication des animaux au Musée d'Histoire Naturelle de l'Université du Colorado-Boulder et à l'Institut Max Planck pour la Science de l'Histoire Humaine, ainsi qu'à une équipe d'experts internationaux, incluant des chercheurs de deux laboratoires du CNRS, l'UMR PACEA et l'IRL ZooSCAn.

La couche culturelle la plus ancienne du gisement d'Obishir a été datée aux environs de 6 000 avant notre ère, soit vieille de plus de 8 000 ans, trois millénaires avant l'arrivée connue des animaux domestiques en Asie centrale. Elle livre des ossements attestant de la consommation sur place des animaux et l'étude des marqueurs de croissance dans le cément de leurs dents établit leur abattage à l'automne, comme c'est le cas dans de nombreuses sociétés d'élevage. Mais de par la forte fragmentation des ossements, les espèces n'ont pas pu être identifiées à l'aide d'une analyse anatomique standard.

"Cette découverte ne fait qu'illustrer le nombre de mystères qui subsistent concernant la préhistoire de l'Asie intérieure - le carrefour culturel du monde antique"

Au lieu de cela, les chercheurs ont appliqué une approche interdisciplinaire utilisant à la fois la paléogénomique et l'empreinte peptidique du collagène pour identifier les restes d'animaux. En comparant leurs résultats avec les génomes d'espèces de moutons sauvages et domestiques de toute l'Eurasie, les chercheurs ont fait une découverte surprenante: "Avec chaque nouvelle preuve, il est devenu de plus en plus clair qu'il ne s'agissait pas de moutons sauvages, mais d'animaux domestiques", explique Taylor.

"Cette découverte ne fait qu'illustrer le nombre de mystères qui subsistent concernant la préhistoire de l'Asie intérieure - le carrefour culturel du monde antique", déclare le Dr. Robert Spengler, de l'Institut Max Planck - coauteur de l'étude et auteur de Fruits from the Sands: The Silk Road origins of the foods we eat.

Des travaux futurs seront nécessaires pour comprendre tout l'impact des résultats de l'étude et leurs implications pour le reste de l'Eurasie ancienne. Appuyée désormais par le laboratoire international du CNRS, le Dr. Shnaider prévoit de retourner à Obishir V l'été prochain pour y chercher des indices et déterminer si d'autres animaux domestiques, ou des plantes domestiques, comme le blé et l'orge, se sont également répandus au Kirghizstan depuis la Mésopotamie dans un passé lointain. Grâce à une bourse du Conseil européen de la recherche, Christina Warinner (Harvard/MPI-SHH), partenaire et co-auteur du projet, est à la tête d'un effort visant à déterminer si ces premiers moutons d'Asie centrale se sont répandus ailleurs dans la région et s'ils étaient utilisés pour produire du lait ou de la laine.

"Ce travail n'est qu'un début", déclare Taylor. "En appliquant ces techniques interdisciplinaires, nous commençons à dévoiler les indices du passé de l'Asie centrale."

Source : Techno-science du 14/04/2021

mercredi 29 février 2012

L’ancêtre du cheval rétrécissait avec la chaleur

Il y a plus de 55 millions d'années, un cheval primitif n'était pas plus gros qu'un chat... En cause: la hausse des températures à la surface du globe.

Un cheval actuel nasaux contre nasaux avec son plus lointain ancêtre connu, le Sifrhippus sandrae.

Certes, ce lointain ancêtre du cheval qui vivait il y a plus de 50 millions d’années en Amérique du Nord n’avait pas la taille d’un étalon de champ de course. Le Sifrhippus sandrae ne pesait guère plus de 5,6 kg. Il a même rétréci jusqu’à peser moins de 4 kg : le poids d’un chat. Qu’est-ce qui l’a fait ainsi rétrécir ? La hausse de la température, expliquent aujourd’hui des chercheurs dans la revue Science.

L’équipe coordonnée par Ross Secord (University of Nebraska) et Jonathan Bloch (University of Florida) a reconstitué l’évolution de la taille du Sifrhippus au cours d’une période de réchauffement de la Terre connue comme le maximum thermique du Paléocène-Eocène. Entre -55,5 millions et –54,5 millions d’années, la température à la surface des océans a grimpé de 5°C. La quantité de carbone dans l’atmosphère aurait été de 2.000 à 3.000 ppm contre 380 ppm (parties par milion) actuellement. Les écosystèmes ont donc été fortement bouleversés.

Grâce à l’analyse de fossiles appartenant à 44 individus adultes de Sifrhippus, l’équipe de Secord et Bloch a pu reconstituer l’évolution de la taille de l’équidé au cours de cette période chaude. Il perd 30% de sa taille au début, passant de 5,5 kg en moyenne à 3,8 kg ; puis regagne 75% à la fin de la période, atteignant 6,8 kg.

Restait à déterminer la cause principale de cette évolution : est-elle directement liée à la température ou plutôt à la nourriture disponible (la productivité de l’écosystème)? La courbe des températures, reconstituée à partir des analyses isotopiques, est directement corrélée à la taille des petits chevaux : plus il fait chaud, plus ils rétrécissent. En revanche, les chercheurs n’ont pas retrouvé cette corrélation avec la productivité de l’écosystème dans lequel vivaient les Sifrhippus.

Ces résultats témoignent d’une évolution de la taille d’un mammifère à court terme à l’échelle de l’histoire de la Terre. Des données importantes pour essayer de comprendre quelles pourraient être les conséquences du réchauffement climatique en cours sur les espèces actuelles.

Source: Sciences et Avenie du 24/02/2012

mercredi 10 août 2011

Le chien et l’Homme, des amis de 33.000 ans

Le squelette d’un canidé découvert dans une grotte de Sibérie, repousse à 33.000 ans les débuts de la domestication du chien. Une découverte qui apporte également des informations sur le mode de vie de nos ancêtres durant le dernier maximum glaciaire.

Meilleur ami de l’Homme et premier animal à avoir été domestiqué, le chien s’est intégré dans notre quotidien depuis fort longtemps. Mais depuis quand exactement ? Jusqu’ici les paléontologues avaient les preuves d’une domestication certaine il y a environ 14.000 ans. Elle serait apparue dans plusieurs endroits en même temps, en Europe, au Moyen Orient et en Chine à la fin du dernier maximum glaciaire. L’étude d’un crâne de canidé découvert récemment dans une grotte des montagnes de l’Altaï donne une autre perspective...

Le squelette sibérien a été daté par radiocarbone à 33.000 ans. L’étude poussée de ses caractéristiques morphologiques montre entre autres des dents plus petites et un museau plus court et large que ceux des loups, modernes ou préhistoriques. Pourtant, s’ils y ressemblent, ces paramètres ne sont pas non plus tout à fait ceux des chiens domestiques plus tardifs. Des observations qui font dire aux chercheurs qu’il s’agit là d’un animal témoin des débuts de la domestication. Un processus favorisé par un habitat majoritairement sédentaire.

Une période de froid entre Homme et chien

Mais le chien de l’Altaï n’est pas le grand-père des toutous modernes. Ce serait plutôt le témoin d'une des multiples tentatives de domestication, qui aurait avorté, fauchée dans son élan par l’arrivée de conditions climatiques très rudes il y a 26.500 ans. Pour les paléontologues ce changement climatique appelé dernier maximum glaciaire aurait imposé aux communautés humaines de la région un retour à plus de nomadisme. Et cette mobilité aurait empêché les interactions prolongées entre mêmes groupes d’animaux et d’humains, condition nécessaire à une coévolution modifiant en profondeur la morphologie des canidés pour donner une nouvelle espèce, le chien.

Le crâne russe montre donc qu’il y a 33.000 ans, la cohabitation rapprochée avec les Hommes sédentaires a déjà bien commencé à transformer des loups en chiens compagnons. Mais ce n’est que 14.000 ans plus tard, avec le retour de conditions climatiques plus clémentes, que la lignée des chiens modernes pourra s’établir définitivement.

Source : Futura-Sciences du 07/08/2011

mercredi 4 août 2010

Découverte dans une caverne suisse des plus anciens fossiles de chien

Des chercheurs ont découvert dans une caverne en Suisse des fragments de crâne et de dents d'un chien remontant à plus de 14.000 ans et qui pourraient être les plus anciens fossiles connus de ce mammifère.

"Au cours d'une nouvelle analyse de restes de faune, nous avons identifié des fragments de crâne et de dents d'un chien d'espèce domestique. Un grand fragment de maxillaire a été tout de suite daté de 14.100 à 14.600 ans avant J-C", précisent ces chercheurs dans International Journal of Osteoarchaeology.

"Nous soutenons que ce fragment de maxillaire doit maintenant être considéré comme la première preuve indiscutable que nous ayons de l'existence d'un chien domestique à cette date", ajoutent les chercheurs de l'Université allemande de Tübingen dans leur article.

Ces os fossilisés font partie d'un ensemble archéologique découvert en 1873 dans la caverne de Kesslerloch dans le canton de Schaffhausen (nord), indique lundi l'agence suisse ATS.

Mais c'est seulement l'an dernier que des chercheurs de l'Université de Tübingen se sont intéressés de près aux fragments fossilisés de l'ensemble.

Des archéologues belges avaient annoncé avoir découvert un crâne de chien datant de 30.000 ans mais le chercheur Hannes Napierala a exprimé ses doutes à l'agence ATS: "Nous sommes sceptiques parce que les dents ressemblent beaucoup à celles d'un loup".

Selon les chercheurs, les fragments trouvés à Schaffhausen se distinguent nettement de ce que pourraient être des fragments de loups.

Source : Sciences et Avenir du 02/08/2010