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samedi 21 novembre 2020

Une étude inattendue suggère que Toumaï marchait à quatre pattes

La controverse sur le fémur de Toumaï rebondit : une analyse parue dans le Journal of Human Evolution suggère que l'espèce découverte en 2001 au Tchad était un quadrupède plus proche du chimpanzé. Le Sahelanthropus du Tchad, vieux de 7 ma, va t-il perdre son statut de plus vieil ancêtre des humains ? L'étude est déjà très critiquée...


 

Après plus d'une décennie dans l'ombre, un fossile crucial de Toumaï, réputé être le grand ancêtre de l'humanité, vient enfin d'être décrit scientifiquement et publié dans la revue Journal of Human Evolution (JHE). Cet os de la jambe suggèrerait que Sahelanthropus tchadensis, vieux de 7 millions d'années, ne marchait pas sur deux jambes et était plutôt apparenté à d'autres singes comme les chimpanzés, selon les auteurs ! Un choc qui vient nourrir la controverse autour de ce crâne superbe découvert par une mission franco-tchadienne dirigée par le paléoanthropologue Michel Brunet en 2002.

L'article scientifique publié par Journal of Human Evolution est signé par le paléoanthropologue Roberto Macchiarelli, de l'Université de Poitiers et du Département Homme & Environnement du CNRS et du Muséum National d'Histoire Naturelle, ainsi que par son ancienne étudiante Aude Bergeret : ils étaient les premiers, en 2004, à avoir repéré l'os de la jambe parmi les restes rapportés du Tchad avec le crâne et s'étonnaient qu'une pièce aussi importante pour déterminer la bipédie, -même si elle est déformée et cassée par endroits-  ne soit pas étudiée ou publiée.

L'article de Roberto Macchiarelli et Aude Bergeret prend de vitesse celui d'une équipe de Poitiers

Las d'attendre, ils ont décidé de publier leur propre analyse qui vient d'être acceptée par une revue de bonne tenue. En s'appuyant sur des photos et une pré-analyse conduite à l'époque... Roberto Macchiarelli admet d'ailleurs n'avoir tenu l'os en main que 3 mn au cours de sa vie avant de ne plus jamais y avoir accès.  Quoiqu'il en soit, l' article du JHE prend de vitesse celui de Frank Guy (CNRS/Université de Poitiers) et ses collègues tchadiens, qui entendent démontrer à l'inverse que le fémur atteste la bipédie de Toumaï, mais est toujours en cours de relecture et de validation par des pairs scientifiques.

Aude Bergeret-Medina et Roberto Macchiarelli  se sont associés au biomécanicien  italien Damiano Marchi , de l'Université de Pise et au célèbre paléontologue britannique Bernard Wood, de l'université Georges Washington (Etats-Unis), pour étudier la morphologie externe de l’os (sa morphologie interne est l’objet d’un article en cours de publication par une équipe de Poitiers).

Une courbure simiesque

Ils soutiennent au final que le fémur n'est pas celui d'un animal bipède. "Le degré de courbure de l’os, très arqué vers l'avant, est plutôt typique des chimpanzés", explique Roberto Macchiarelli. La tête du fémur (qui articule l’os avec la hanche) est liée au corps du fémur par un pont d’os, appelé le col, explique le paléoanthropologue. Le degré de cet "emmanchement" tête-corps du fémur n'est pas le fruit du hasard mais il est corrélé au comportement locomoteur. Pour assurer la transmission verticale des charges mécaniques en garantissant l'équilibre du corps, chez les bipèdes comme les humains actuels, ou encore les australopithèques fossiles, cet "emmanchement" tête-corps du fémur est en moyenne inférieure à 130°" .Une condition retrouvée aussi, selon lui chez Orrorin tugenensis,  très probablement un membre de la lignée humaine âgé de 6 millions d'années découvert au Kenya. Or, chez Sahelanthropus tchadensis, l’angle entre le col et le corps du fémur est très ouvert, approchant, voire dépassant même, les 140°, une condition retrouvée uniquement chez l'orang-outang, un grand singe arboricole.

Le statut d'ancêtre de Toumaï doit-il être révisé ?


Dès lors, c'est le statut d'ancêtre de l'humanité de Toumaï qui doit être révisé estiment les auteurs.

"La forme du fémur, sa morphologie générale ne ressemblent pas à celle d’un bipède", estime également Brigitte Senut au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris, France, co-découvreuse d’Orrorin, qui avait écrit dès 2002, à partir de l'analyse du crâne de Toumaï que ce dernier était plutôt à ranger du côté des ancêtres des grands singes.


Des critiques sur la méthode

D'autres scientifiques sont plus circonspects. "Il est difficile de donner un avis sur les aspects scientifiques liés à ce fossile, explique Antoine Balzeau, du Musée de l'Homme. L'article publié se limite à quelques mesures de zones fragmentées et déformées, comparées avec des échantillons qui ne sont pas équivalents. Le type d'analyse effectuée (des between-groups, méthode décriée) a pour objectif de maximiser les différences entre les groupes. Pourtant, ils restent très proches les uns des autres, le fémur tchadien tombant à chaque fois dans la variabilité des chimpanzés et des humains actuels. Il est impossible d'en conclure quelque chose. D'autant qu'un article bien plus complet, visible en préprint, est en cours d'expertise et qu'il apportera des éléments solides à discuter ". Trancher en l'état parait donc précipité.

Il subsiste également un doute concernant le fémur. "Appartient-il au même individu et à la même espèce que S. tchadensis? " s’interroge Martin Pickford, paléontologue au MNHN. Trouver en surface les restes de deux espèces de grands singes coté à cote, et de même taille me semble improbable. De surcroît, les fossiles ayant été ramassés à la surface (voir photo ci dessus) , il y un doute sur leur âge. Les proboscidiens (proches des éléphants) et suidés (cochons) trouvés dans le même secteur ont en effet entre 10 millions d’années et 4 millions d’années.

Une communauté sous le choc

Concentrée sur son article à paraitre et à peaufiner, l'équipe de Franck Guy  et Guillaume Daver à Poitiers décline tout commentaire pour le moment. Selon plusieurs sources, une partie de la communauté paléoanthropologique est sous le choc et s'interroge sur les conditions dans lesquelles Roberto Macchiarelli et son équipe ont eu accès au précieux fossile ainsi que sur les autorisations qu'ils auraient requises. L'équipe de Poitiers "est d'ailleurs en discussion avec ses tutelles CNRS/Université de Poitiers quand à la conduite à tenir."

"La question de l'accessibilité aux fossiles est d'importance, estime Antoine Balzeau. Ils font partie du patrimoine de l'humanité et résultent du travail minutieux de chercheurs de terrain. Mais cette thématique n'est nullement abordée dans cet article et ne justifie donc aucunement sa publication". 


Source : Science et Avenir du 20/11/2020

vendredi 9 octobre 2020

Controverse : l’énigmatique fémur de Toumaï bientôt publié

Après 20 ans de controverse et de polémiques, le fémur de Toumaï, 7 millions d’années, est enfin en cours de publication. Il prouverait la bipédie de l'hominidé, si toutefois la communauté scientifique valide sa pré-étude, disponible en ligne mais toujours en cours d’examen et objet de critiques. Explications. 


 

Une étude en cours de validation attesterait la bipédie de Toumaï, 7 millions d’années, considéré par ses découvreurs comme notre ancêtre, par d’autres comme un paléo-gorille. Mais le suspense demeure : l’article mis en ligne en pré-print (lire l'encadré), est toujours en cours de révision et n’a donc pas encore été validé par des pairs scientifiques. C’est un peu comme si on avait posté sur Internet un épisode alléchant mais inachevé de Game of Thrones, sans qu’il ait été approuvé par les producteurs, ni finalisé par le réalisateur. Et on parle ici d’un épisode capital, de ceux qui clôturent une saison, voire mettent fin en beauté à toute une série !

La fin d'une controverse scientifique ?

“Cet article sur le fémur de Toumaï est emblématique de l’impératif de transparence en science”, explique à Sciences et Avenir  l'un de ses premiers auteurs, Franck Guy, de l’université de Poitiers. Il est aussi révélateur de la façon dont la science se construit aujourd’hui à l’ère 2.0. (lire l'encadré). Accessible à tous, posté discrètement en septembre 2020 sur le site Research Square, il a été signalé le 2 octobre dernier aux journalistes par un tweet du paléanthropologue Jean-Jacques Hublin, du Collège de France et notre confrère suisse Heidi News .L’article était attendu avec impatience depuis des années. “Il est important, car il pourrait mettre fin à la fois à une controverse scientifique et à de longues polémiques”, explique ce dernier.

Le squelette des membres de Toumaï (Sahelanthropus) indique une forme de bipédie combinée à la persistance de déplacements dans les arbres, il y a 7 millions d’années, peu de temps après la séparation de la lignée des Hominines de celle des chimpanzés
    — Jean-Jacques Hublin (@jjhublin) October 2, 2020

Le pré-print, Kesaco ? Le pré-article sur le fémur de Toumaï est à l'étude dans une revue de Nature Research, qui décline de nombreux titres, à la réputation prestigieuse. Les pré-impressions sont des rapports préliminaires qui n'ont pas fait l'objet d'un examen par les pairs. Ils ne doivent pas être considérés comme concluants, utilisés pour informer la pratique clinique ou référencés par les médias comme des informations validées. Les revues de Nature se sont associées il y a quelques années au site d'open source (source ouverte) Research Square pour offrir en relecture un service de dépôt d'articles en pré-impression qu'ils pourraient ensuite choisir de publier ou non. Avec l’avènement d'Internet, la vénérable maison d’édition britannique a été bousculée par l’envie croissante de scientifiques de publier leurs articles en open source à la disposition de toute leur communauté. Les physiciens ont été les premiers, dès avant les années 2000, à soumettre gracieusement des articles en ligne, aux critiques de leurs confrères et consœurs, hors du processus de relecture parfois opaque, lent, frustrant des revues papier par ailleurs très onéreuses. Les paléontologues ont fondé à leur tour PCIPaleo (Peer community in Paleo) en 2016 dans un souci de transparence. Mais les articles de paléoanthropologie, qui traitent des origines humaines, y sont rarissimes. Et un article important, comme celui sur le fémur de Toumaï, peut prétendre à une publication finale dans une revue de rang A, les plus réputées.

La controverse dure depuis 20 ans, depuis la découverte même, au Tchad, des restes de Toumaï, alias Sahelanthropus tchadensis publiés dans Nature en 2001. Car alors — et jusqu’à présent —, seul le crâne de Toumaï avait été décrit, un crâne doté d’un trou à la base — le foramen magnum —, où vient s’attacher la colonne vertébrale et dont l’orientation, selon ses découvreurs, dont le professeur Michel Brunet, alors à l’Université de Poitiers, atteste qu’il était bipède. Or, la bipédie est un critère essentiel pour qualifier l'appartenance d'un fossile à la famille pré-humaine. Ce qui faisait de Toumaï, vieux de 7 millions d’années,  “le nouveau doyen du rameau humain”.  L’argument n’avait pas convaincu notamment la spécialiste des singes du miocène, Brigitte Senut, du Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN), découvreuse d’Orrorin tugenensis (un bipède de 6 millions d’années exhumé au Kenya en 2000), qui voit plutôt en Toumaï, un (superbe) “proto-gorille”. Faute de fossiles post-crâniens — du type bassin, jambe ou pied —, chacun campait sur ses positions.

Une pièce essentielle du puzzle dormait dans un tiroir

C'est ainsi que la polémique naît un peu plus tard. Une étudiante, Aude Bergeret et son enseignant l'anthropologue Roberto Marchielli, travaillant tous deux dans le même laboratoire que Michel Brunet, identifient en 2004, parmi les restes découverts en 2001, un morceau de fémur appartenant à un primate. Mais l’os n’est pas décrit et publié. Et l’existence de ce morceau de choix, qui permet de déterminer si son propriétaire se dressait ou non sur ses deux jambes, est tenue quasi secrète pendant de longues années. De premières photos sont publiées par le géographe Alain Beauvillain, en conflit avec Michel Brunet qui l'a exclu de la mission franco-tchadienne, et le mensuel La Recherche [qui a fusionné avec Sciences et Avenir cette année NDLR] évoque l’existence du fémur en juillet 2009. En 2017, Roberto Marchielli, qui a rejoint le MNHN, évente le secret de polichinelle dans un colloque du CNRS, Et s’interroge : “Pourquoi cet os n’a pas été publié au cours de ces 15,5 dernières années ? ”

Face aux interrogations croissantes, Michel Brunet promettait le 25 janvier 2018 — en exclusivité à Sciences et Avenir — de  publier l’étude du fémur dans les meilleurs délais. “Je dirige et coordonne l’étude anatomique et phylogénétique en cours, détaillait alors le professeur émérite du Collège de France. J’ai déjà rencontré les collègues d’Amérique du Nord qui ont mis le matériel original ou des moulages de fossiles de différents primates à ma disposition pour une comparaison à Harvard, Tempe, Berkeley, Kent State University, etc.” Pourtant, c’est simplement une équipe poitevine et tchadienne, menée par le paléontologue Franck Guy qui signe l’article. Sans les laboratoires anglo-saxons que Michel Brunet disait avoir mis à contribution. Et sans lui. Pour le moment. Même s’il est crédité dans les remerciements. Sollicité à nouveau par Sciences et Avenir, Michel Brunet n’a pas répondu à nos questions.

L'analyse montre que la créature serait bien un hominidé bipède mais aussi arboricole

Que dit l’étude en question, que Franck Guy a refusé de commenter “avant la fin du processus de révision”, signalant simplement que son équipe répondait actuellement “aux critiques et questions de trois relecteurs scientifiques anonymes” ? Les ossements proviendraient d’un individu appartenant à la même espèce que Toumaï, même si on ne peut pas garantir qu’il s’agisse d’une partie de son corps. La créature serait bien un hominidé bipède, après analyse d’un fémur (os de la jambe), mais pas un bipède exclusif, puisque que deux cubitus (os du bras) montrent qu’elle était encore arboricole, ce qui n’a rien d’étonnant pour l’époque. Des millions d’années plus tard, les australopithèques marchaient et grimpaient toujours aux arbres.

Le fémur est malheureusement fragmentaire, dépourvu de ses extrémités, dont le col qui aurait pu montrer comment il s’emboîtait dans la hanche. Mais l’aplatissement de l’os dans sa partie supérieure suggère qu’il était allongé. Une “tubérosité” , ainsi qu'une ligne âpre à l'arrière suggère même l’insertion de muscles importants.  Les parois épaisses du fémur en certains points spécifiques seraient conforme aux contraintes mécaniques qu'impose la bipédie.

“Cet article n'est qu'un préprint et sa version finale sera probablement différente suite aux retours des relecteurs”, prévient Franck Guy. On a hâte, mais le processus pourrait prendre encore des mois...“Il faut laisser le temps à la science de se faire”, rétorque à Sciences et Avenir Brigitte Sénut, qui n'a pas encore lu l'article. “Moi aussi j'ai des ossements que n'ai pas encore eu le temps de publier !” avance-t-elle... “Dans 20 ans, tout le monde se fichera de savoir combien d'années il a fallu pour publier cet os”, ajoute en réponses à nos questions Jean-Jacques Hublin, qui, lui, a épluché l'étude et la juge “dotée d'arguments raisonnables. Ce qui importe, ce sont les résultats, validés.”


Source : Science et Avenir du 07/10/2020

mardi 11 février 2020

Les grandes découvertes d’hominidés

1856 Dans la vallée de Néander, en Allemagne, on trouve des ossements et un crâne… Mais l’espèce ne sera pas identifiée tout de suite : Homo neanderthalensis.

1868 Aux Eyzies-de-Tayac, dans le Périgord, les fouilles d'un abri sous roche permettent d'exhumer les premiers restes de l'Homme de Cro-Magnon.

1921 Dans la région de Zhoukoudian, les premiers restes de sinanthropes ont été découverts par J. Gunnar Andersson.

1925 Raymond Dart décrit une nouvelle espèce :Australopithecus africanus, qu'il assimile même à un sorte de « chaînon manquant »… qui aurait vécu il y a 3 millions d’années.

1974 Découverte d’un fossile très bien conservé d’australopithèque par Maurice Taieb et Yves Coppens. La célèbre Lucy va se voir décerner provisoirement le titre de grand-mère de l’humanité : Australopithecus afarensis…

2000 En Georgie, à Dmanisi, tout un groupe humain a laissé ses traces. Plusieurs crânes ont permis de définir une nouvelle espèce : Homo georgicus.

2000 Brigitte Senut découvre un fémur et des dents qui ne correspondent à rien de connu. C’est donc une nouvelle espèce qui est décrite : Orrorin tugenensis. C’est un bipède très ancien, 6 millions d’années.

2002 Au Tchad, une équipe de chercheurs, sous la direction de Miche Brunet, découvre le crâne d’un hominidé de 7,5 millions d’années : Sahelanthropus tchadensis. C’est pour l’instant le plus ancien hominidé.

2004 En Indonésie, sur l’île de Flores, des ossements d’une « petite femme » sont découverts dans une grotte. Homo floresiensis est né ! Il vivait ici il y a 50 000 ans.

2010 En cherchant à quelle espèce un petit bout de doigt appartenait, les généticiens ont découvert une nouvelle espèce : l’Homme de Denisova. Il parcourait les plaines de l’Altaï il y a 50 000 ans.

2016 Dans une grotte en Afrique du Sud, est mis au jour les restes de plusieurs individus qui amènent à la création d’une nouvelle espèce, Homo naledi. Un peu plus tard les fossiles ont pu être datés de 120 000 ans…

2017 Les plus vieux fossiles d’Homo sapiens sont retrouvés au Maroc à Djebel Irhoud, ils ont 300 000 ans. Cela repousse de 100 000 ans les origines de cette espèce…

2019 En asie, aux Philipines, un nouvel homininé est découvert sur l'ile de Luçon. Homo luzonensis vivait il y à 50 000 ans. C'est donc un contemporain de Néandertal et Sapiens.

Source : Hominidés.com

vendredi 23 janvier 2015

Aux origines de l'homme, du nouveau

De nos lointains ancêtres à Sapiens, fouilles, découvertes et techniques récentes ont conduit les paléontologues à revisiter la grande galerie de notre évolution. Elle se révèle beaucoup plus foisonnante qu'ils ne l'imaginaient. En commençant par ces hominidés qui ont donné naissance au genre Homoet dont les derniers fossiles exhumés viennent enrichir notre arbre généalogique.

Durant les vacances scolaires, les parents ont toutes les peines du monde à faire garder leur progéniture. Certains, comme Lee Berger, les emmènent alors sur leur lieu de travail. Le bureau du paléoanthropologue américain se trouve dans une grotte à ciel ouvert située non loin de Johannesburg (Afrique du Sud). Ce matin-là, son fils Matthew, 9 ans, gambade avec son chien, Tau, lorsqu'il trébuche sur un rondin. "Mon enfant a crié : "Papa, j'ai trouvé un fossile !"" se souvient le chercheur.


Après une étude minutieuse, le petit bout d'os se révèle être l'élément d'une clavicule d'hominidé vieux de 1,977 million d'années ! Cinq ans après cette découverte, l'équipe de fouilleurs de l'Institut de l'évolution humaine de l'université du Witwatersand a exhumé 219 autres ossements -dans un excellent état de conservation- appartenant à deux individus : une femelle et son petit. Problème : alors qu'il a fait l'objet de 35 publications scientifiques et a été examiné par 125 des plus éminents spécialistes internationaux, cet ensemble, baptisé Sediba, ne ressemble à rien de connu.

L'ancêtre du genre Homo ?

"Il possède des caractères primitifs et d'autres plus évolués, explique Lee Berger. Je ne dis pas qu'il s'agit de l'ancêtre du genre Homo, mais il reste un bon candidat." L'ancêtre du genre Homo? L'expression est lâchée. Depuis que l'homme est homme, il n'a cessé de partir à la recherche de ses origines. Une quête sans fin qui a toujours tourné à l'obsession.

Au XVIIIe siècle, le Suédois Carl von Linné invente la systématique, qui range les êtres vivants en classes, ordres, genres et espèces. Sur cette jolie étagère, l'homme -baptisé Homo sapiens- se situe dans l'ordre des primates, "à côté" des grands singes. Un peu plus tard, en 1859, Charles Darwin ne se contente plus de poser les deux espèces "à côté", mais évoque leur lien de parenté. Scandale ! Et pourtant, aujourd'hui, sa théorie fait l'unanimité dans la communauté scientifique. "L'évolution n'est plus à débattre, c'est un fait, tranche Yves Coppens. Ce qui se discute, ce sont ses modalités."

Le professeur au Collège de France n'en oublie pas pour autant de pointer la principale erreur de Darwin : nous ne descendons pas du singe, mais sommes ses cousins. En effet, durant une bonne partie du miocène (entre 23 et 5 millions d'années), les grands singes et nos ancêtres cheminèrent au sein de la même famille, celle des hominidés. Les scientifiques estiment que nos lignées se sont séparées voici 8 à 10 millions d'années. La première a évolué vers les chimpanzés, les gorilles et les bonobos, lorsque la seconde, elle, a fini par déboucher sur le genre Homo. A cette époque, nous partagions donc, juste avant que les deux branches divergent, un "dernier ancêtre commun" (DAC), qui demeure le Graal de la paléoanthropologie.

Michel Brunet, professeur à l'université de Poitiers, a longtemps cru qu'il avait mis la main dessus en 2001. Au coeur du désert tchadien, balayé par d'incroyables tempêtes de sable et soumis à de fortes amplitudes thermiques quotidiennes, il a exhumé le crâne (et le fémur) de Toumaï, toujours considéré comme le préhumain le plus ancien. Son âge, estimé entre 6,9 et 7,2 millions d'années, a repoussé la fameuse dichotomie entre les lignées, puisqu'il est né après la divergence d'avec les chimpanzés.

La petite bête mesurait près de 1 mètre de hauteur et pesait autour de 30 kilos. Un avorton, en somme, mais il possédait une bipédie partielle qui le rendait un peu humain. "Toumaï appartient à notre famille, mais il ne représente qu'une branche parmi d'autres, ce qui n'en fait pas l'ancêtre de l'humanité, explique Michel Brunet. Aujourd'hui, nous manquons cruellement de fossiles pour tirer des conclusions définitives."

Dans le monde entier, une incroyable course à l'os

Sur l'échelle de l'évolution, une autre branche, remontant à 6 millions d'années, a été décrite par Brigitte Senut (avec le Britannique Martin Pickford), du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) de Paris, en la personne -si l'on peut dire, lorsqu'il s'agit des dents, des phalanges et d'un fémur- du Kényan Orrorin. Un peu plus imposant que Toumaï (140 centimètres pour une cinquantaine de kilos), lui aussi possède les caractéristiques d'une bipédie partielle, comme l'a corroboré ultérieurement un article publié dans la revue Science par l'anthropologue américain Richard Richmond. Pour autant, précise l'étude, Orrorin ne possède pas de liens directs avec le genre Homo. "Ces découvertes montrent que notre vision linéaire de l'arbre de l'évolution est définitivement caduque.

Avant l'apparition du genre Homo, on doit déjà parler d'un buissonnement d'espèces", précise Brigitte Senut. Un raisonnement étayé par la mise au jour, en Ethiopie, à 230 kilomètres au nord d'Addis-Abeba, d'une femelle âgée de 4,4 millions d'années. Là encore, cette découverte vient bouleverser les connaissances et montre que plus la science avance, plus l'arbre généalogique se complexifie.

Elle témoigne, par ailleurs, de l'incroyable "course à l'os" que se livrent les paléontologues du monde entier. Cette région du Middle Awash, dans la vallée du Rift, dans l'est de l'Afrique, est l'un de leurs terrains de jeux privilégiés depuis le milieu des années 1980. Une terre aride arpentée notamment par l'Américain Tim White, de l'université de Californie, considéré à juste titre comme l'un des papes de la discipline. En trente ans de fouilles, il a notamment trouvé le squelette relativement complet d'un individu. "Il était dans un très mauvais état, mais nous avons vite compris que nous avions affaire à une nouvelle espèce", raconte l'intéressé.

Baptisé Ardipithecus ramidus, ou Ardi ("sur le sol" en afar) pour les intimes, le petit bonhomme mesurait 1,20 mètre pour 45 à 50 kilos. Il intrigue, avec sa boîte crânienne minuscule (300 centimètres cubes) inférieure à la taille de celle d'un chimpanzé, mais se différencie de ce dernier à tous points de vue. A la fois par la forme de son crâne, par ses petites canines révélant un régime alimentaire différent, par sa face prognathe mais non projetée vers l'avant (comme celle des grands singes), par son bassin allongé sous-entendant de puissantes cuisses pour grimper aux arbres et par ses hanches larges, annonciatrices d'un début de bipédie. A la fois arboricole et coureur, en somme. "Ardi est emblématique de cette période où grands singes et hominidés ont divergé", conclut Tim White.

"Nous sommes nés en Afrique, sous des cieux tropicaux"

Le Middle Awash renferme mille autres trésors. Certains passés à la postérité, à l'instar de la célèbre Lucy, exhumée en 1974 par Yves Coppens. Au total, 25300 ossements y ont été récoltés (dont 370 d'hominidés) en un demi-siècle ! Nulle part ailleurs on a trouvé autant de restes d'australopithèques. Australopithecus afarensis -comme Lucy et son "fils" Selam (2000)-, Australopithecus anamensis (2006), ou encore Australopithecus garhi (1997)... tous vivaient là, grosso modo entre 4 et 3 millions d'années.

Tous partagent aussi des caractéristiques semblables : petit cerveau, bipédie, larges molaires, petite taille, bras longs et doigts courbés. Tous sont également considérés aujourd'hui comme les premiers représentants directs de la lignée humaine. Voilà qui explique, rétrospectivement, le succès planétaire de Lucy, même si cette dernière a longtemps véhiculé la théorie d'Yves Coppens selon laquelle l'est de l'Afrique aurait été le berceau de l'humanité ; les préhumains bipèdes seraient donc nés là, dans un paysage de savane, tandis qu'à l'ouest se seraient ébroués les grands singes dans des forêts plus denses.

A un détail près : depuis, d'autres australopithèques ont été trouvés ailleurs, au Kenya, en Tanzanie, au Tchad, mais aussi en Afrique du Sud, où le squelette de Little Foot, le plus complet et le mieux conservé, pourrait atteindre l'âge canonique de 3,4 millions d'années. "L'East Side Story aura tenu vingt ans, c'est pas mal, philosophe le professeur Coppens. Aujourd'hui, on peut juste affirmer que nous sommes nés en Afrique et sous des cieux tropicaux."

Résumons les principales informations de notre passeport, délivré par les manuels scolaires. Age : 6 millions d'années. Nationalité : éthiopienne. Parents : australopithèques. Des informations qu'il convient d'actualiser, à la lumière des découvertes récentes. Toumaï, par exemple, nous donne un sacré coup de vieux, puisqu'il a plus de 7 millions d'années. En ce qui concerne la "nationalité", nous sommes bien africains, mais peut-être issus du sol de la patrie de Nelson Mandela ou d'Idriss Déby (Tchad).

Enfin, à propos de notre filiation directe, les découvertes de Sediba et d'autres montrent que notre parenté avec les australopithèques n'est pas si simple. Entre 2 et 3 millions d'an nées, Lucy et ses petits frères ont eu comme descendance les premiers représentants du genre Homo. Mais là encore, les scientifiques ne sont pas d'accord. S'agit-il d'Habilis ou d'Ergaster ? Le premier tient la corde parce qu'il fabrique des outils, dispose d'une boîte crânienne relativement grosse laissant supposer les prémices d'un langage articulé, mais aussi parce qu'il possède des jambes puissantes le rendant plus mobile.

Son concurrent Ergaster, arrivé un peu plus tard (vers 2 millions d'années contre 2,4 pour Habilis), ne manque pas non plus d'atouts. Avec une taille proche de la nôtre (1,70 mètre), un cerveau de 850 centimètres cubes, un régime alimentaire très énergique (il mange de la viande) et une cage thoracique qui se développe, il peut courir plus longtemps, donc échapper à ses poursuivants, et s'affranchit ainsi définitivement du monde des arbres.

Seul l'aventurier Homo sapiens aurait quitté l'Afrique ?

Une chose est sûre, en revanche -et là tout le monde est d'accord-, Ergaster donne ensuite naissance à Erectus, le premier à posséder sous le "capot" 1000 centimètres cubes. De quoi le rendre toujours plus humain. D'ailleurs, il maîtrise le feu et s'impose déjà comme un excellent chef cuisinier, car il cuit ses aliments. Le stade ultime de l'évolution ? Pas vraiment puisque, ensuite, autour de 200 000 ans, arrive Homo sapiens, dont le premier squelette a été déterré en Ethiopie (Omo 1). Plus intelligent que tous les autres réunis, lui seul aurait eu l'esprit suffisamment aventurier pour quitter l'Afrique.

"A trop inventer de lignées peut-être nous compliquons-nous la tâche", suggère David Lordkipanidze, directeur du Musée national géorgien. Voilà quelques mois, cet anthropologue a publié dans la revue Science un article qui a fait l'effet d'une bombe au sein de la communauté scientifique. Il concerne une série de crânes (cinq au total) découverts dans le petit village médiéval de Dmanisi, situé à 80 kilomètres de Tbilissi (Géorgie). "Ces ossements sont vieux de 1,8 million d'années et peuvent être considérés comme appartenant aux premiers représentants du genre Homo en Europe", explique le spécialiste. Avant d'inviter ses pairs à revisiter et à simplifier l'arbre de l'évolution : "Qu'ils se nomment Ergaster, Habilis, Rudolfensis ou Gerogicus, tous devraient être aujourd'hui classés sous l'appellation Homo erectus."

Une théorie iconoclaste qui revient à suggérer qu'une seule et même espèce a évolué du pléistocène à l'homme moderne. D'autre part, elle postule que le genre Homo apparaît en Europe, et ailleurs dans le monde, dès 2 millions d'années, donc bien avant la migration de Sapiens, voilà 200 000 ans ! Une hypothèse confortée par des recherches récentes, puisque, au-delà de la Géorgie, des ancêtres de l'homme ont été trouvés en Chine (-1,8 million d'années), en Turquie (-1,2 million d'années) et, plus près de nous, en Espagne (-1,2 million d'années), à Atapuerca, non loin de Burgos.

Si Homo sapiens est bien sorti d'Afrique, donc, d'autres ont, avant lui, tenté de partir à la conquête du monde. Décidément, de nombreux chapitres du livre de nos origines restent à écrire. Ce que résume Yves Coppens, vieux sage du Collège de France : "Plus les paléontologues fouillent, plus ils font des découvertes, plus ils accumulent de connaissances et plus ils doivent faire preuve de prudence."

Source : L'Express du 17/01/2015

mercredi 18 juin 2014

Little Foot, nouvel "ancêtre de l'humanité" ?

Son squelette est mieux conservé et plus complet que celui de l’australopithèque Lucy. Plus beau et plus âgé ? Ce Sud-Africain d’au moins 3 millions d’années pourrait ravir à sa célèbre cousine le titre d’« ancêtre de l’humanité ». Histoire d’une rocambolesque découverte.

Un boyau sans fin dans une pénombre inquiétante qui tord l’estomac… Voilà trente-six heures que Stephen Motsumi et Nkwane Molefe scrutent les moindres recoins de la grotte de Sterkfontein, située au nord de Johannesburg (Afrique du Sud). Ignorent-ils que, jadis, un ouvrier s’est perdu dans cette mine-labyrinthe de 12 kilomètres de galeries et qu’il n’en est jamais ressorti ? Faisant fi du danger, les deux hommes progressent lentement par une chaleur étouffante et à la faible lumière de leur lampe. Même Hergé, le père de Tintin, n’aurait pu imaginer scénario aussi haletant. « Eurêka ! » s’exclame l’un des paléontologues, à l’instar du héros de la célèbre bande dessinée, lorsque, tout à coup, à 25 mètres de profondeur, alors qu’il se trouve en haut d’une marche poussiéreuse, il tombe nez à nez avec le trésor tant convoité : un bout d’os de 3 centimètres de long, encastré dans la roche !

Les pièces s’emboîtent comme un puzzle de 3 millions d’années

De sa poche, il sort le moulage d’un demi-tibia que lui a religieusement confié son supérieur, le Pr Ronald Clarke, de l’Institut de l’évolution humaine à l’université du Witwatersrand. « Et c’est là qu’a opéré la magie du destin, s’enthousiasme Yves Coppens, paléoanthropologue au Collège de France, qui aime raconter l’histoire de ce fossile qu’il connaît bien. Les deux extrémités se sont parfaitement assemblées comme les pièces d’un puzzle. » Sans le savoir, en ce début du mois de juillet 1997, Motsumi et Molefe viennent de mettre la main sur le squelette d’australopithèque le plus complet exhumé à ce jour, un genre d’hominidé que l’on pouvait croiser sur notre terre il y a plus de trois millions d’années, et que nombre de spécialistes estiment être à l’origine de la lignée humaine. Celui-là, baptisé « Little Foot », concourt donc au titre très convoité d’« ancêtre de l’humanité ».

Cette découverte marque l’épilogue d’une très, très longue histoire. Au début des années 1900, Johannesburg se développe grâce au filon aurifère : pour extraire l’or, les mineurs ont besoin de chaux, qu’ils vont chercher à 45 kilomètres, dans la vallée de la Blaauwbankspruit, où se trouve la grotte de Sterkfontein. La roche y est si dure que le travail s’effectue à la dynamite. Mais rapidement, et malgré les dégâts irréversibles causés par l’explosif, de nombreux os attirent l’attention des scientifiques dépêchés sur place. Ils les récupèrent, souvent dans la précipitation, et se contentent de les stocker. « D’abord au British Museum, à Londres, ensuite au musée du Transvaal, à Pretoria, puis à l’université du Witwatersrand », explique Francis Thackeray, professeur en anthropologie, qui dirige aujourd’hui l’Institut de l’évolution humaine. Peu à peu se constitue ainsi l’une des plus formidables collections anthropologiques de la planète, à partir des fossiles de Sterkfontein et de ceux trouvés dans le reste de la vallée de la Blaauwbankspruit. En 1925, l’anthropologue Raymond Dart se plonge dans ce trésor, y découvre le crâne d’un enfant provenant de la grotte de Taung ; un jeune garçon qui devait marcher debout en raison de la position de son occipital. Pour Dart, cette caractéristique fait de cet « enfant de Taung » le premier représentant de l’espèce humaine, que l’anthropologue nomme Australopithecus africanus. Très critiquée, l’hypothèse de Dart est confirmée en 1947 après le déterrement d’un autre fossile que l’on prend, à tort, pour celui d’une femme, appelé « Mrs Ples ». Son crâne quasi complet au volume imposant (485 centimètres cubes) est différent de celui des grands singes et confirme l’existence d’une forme ancienne d’hominidés. « A partir de là, l’idée que l’Afrique du Sud puisse être le berceau de l’humanité commence à s’imposer au sein de la communauté scientifique », raconte José Braga, anthropobiologiste à l’université Paul-Sabatier, à Toulouse.

Avec l’apartheid, les recherches migrent vers l’Afrique de l’Est

L’après-Seconde Guerre mondiale marque l’arrêt de l’exploitation minière dans une bonne partie du pays. Grâce à ses nombreux sites – Sterkfontein, Swartkrans, Kromdraai, Malapa, Taung et Makapansgat –, la région devient pour les paléontologues la « vallée aux fossiles », comme il existe, pour les égyptologues, une « Vallée des Rois ». Sauf que, dès 1948, le Parti national instaure l’apartheid. « Cette période de repli s’est traduite pour les chercheurs par une difficulté d’obtenir des permis de fouilles », se souvient Brigitte Senut, du Muséum d’histoire naturelle de Paris, qui a longtemps travaillé en Afrique du Sud. Les recherches se déplacent ailleurs sur le continent africain, surtout dans l’Est avec, en 1974, la découverte, par Yves Coppens, de la célèbre Lucy. Un événement planétaire puisque la petite boule de poils (1,20 mètre pour 25 kilos) a acquis une surprenante popularité auprès du public. Au point de faire de l’Afrique de l’Est le lieu d’origine de l’espèce humaine. « Vouloir imposer un endroit précis alors que les préhumains ont connu une évolution dans le temps et dans l’espace n’a pas de sens », estime Brigitte Senut.

En Afrique du Sud, les fouilles suivent les évolutions politiques. A peine les dernières lois ségrégationnistes sont-elles abolies que les recherches s’accélèrent, notamment dans les dépôts les plus anciens de Sterkfontein, d’où différents os, difficilement identifiables – bovidés, rongeurs, félins, singes –, se trouvent à nouveau exhumés, en 1992, et conservés à l’université du Witwatersrand. Les boîtes s’entassent jusqu’à ce qu’un soir de septembre 1994 Ron Clarke décide d’en ouvrir une au hasard, dont il vide le contenu sur son bureau. Au milieu du fatras, il distingue quatre petits os provenant du pied gauche d’un hominidé. Ce remarquable anatomiste continue à fouiner frénétiquement dans les cartons et découvre d’autres morceaux. Sur la base de ces quelques osselets naît Little Foot, décrit en 1995 comme un australopithèque dans la revue Science. « A l’époque, son étude, fondée sur si peu de preuves, avait provoqué quelques grincements de dents, raconte José Braga. C’était compter sans son éclair de génie. » Clarke s’interroge benoîtement : et si la grotte de Sterkfontein, dont l’exploitation a cessé en 1939 et où, depuis, rien n’a bougé, recelait toute l’ossature de Little Foot ? Ron Clarke confie donc un moulage de tibia à deux de ses élèves, Stephen Motsumi et Nkwane Molefe, qu’il envoie sur place. On connaît la suite…

Mais si la mise au jour du squelette d’australopithèque le plus complet du monde tient au hasard et à l’intuition d’un homme, il est aussi un gros coup de chance. Au moment où les mineurs stoppent l’exploitation du site, ils s’arrêtent, on peut le dire, au pied de Little Foot. « Un tiers de dynamite en plus, et il se trouvait totalement désintégré, un tiers en moins, et on ne mettait jamais la main dessus », analyse Laurent Bruxelles. Ce chercheur de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) est appelé à la rescousse par Ron Clarke en 2007. Il est karstologue, autrement dit spécialiste des grottes, une discipline à la frontière de l’archéologie et de la spéléologie, que les Sud-Africains, excellents géologues, goûtent peu. Or, depuis la découverte de Little Foot, l’âge de l’australopithèque pose un problème aux scientifiques. Clarke lui attribue 3,3 millions d’années (Ma), ce qui rend son protégé un peu plus vieux que la célèbre Lucy (3,2 Ma). Mais l’on ne détrône pas si facilement une idole, et les autres estimations effectuées depuis n’ont cessé d’ajouter du doute à la confusion… Une première datation, réalisée selon la méthode dite « cosmonucléide » – les chercheurs analysent les éléments de quartz tombés dans la grotte et évaluent la dernière fois qu’ils ont vu le jour –, a repoussé cet âge à 4 millions d’années. Une deuxième, plus classique, dite « radiométrique », reposant sur l’examen des couches de calcite situées sous le fossile, a fourni celui de… 2,2 millions d’années.

Pourquoi un tel écart chronologique ? Le paysage géologique de l’Est du continent africain n’a rien à voir avec celui du Sud. Le premier demeure facilement lisible avec des strates sédimentaires sagement déposées. « En Afrique du Sud, les dépôts ne sont pas horizontaux mais très chaotiques », précise Francis Thackeray. D’où l’appel adressé à Laurent Bruxelles, le chercheur de l’Inrap, qui s’est lancé dans une étude plus large du site afin de préciser les conditions de formation des grottes et leur développement. Son équipe a même réalisé une reconstitution en 3D de Sterkfontein en vue de mieux évaluer les différents niveaux stratigraphiques et de garder une mémoire du site après l’excavation des ossements. « Je me suis arrêté sur la couche de calcite qui se situe juste au-dessus du squelette et qui l’a emprisonné, à l’abri de l’eau, le figeant, comme l’ambre pour certains insectes », précise Laurent Bruxelles. En la datant, le Français vient de conclure définitivement que Little Foot est âgé d’au moins 3 millions d’années, ce qui en fait un contemporain de Lucy. Mieux, d’ici à quelques semaines, il espère prouver qu’il en est l’aîné, grâce à des examens plus poussés effectués par le laboratoire du Cerege (Centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement), situé à Aix-en-Provence.

Le squelette de Little Foot est devenu un enjeu national

L’Afrique du Sud a pris la mesure des trésors que renferme son sol. Au total, un tiers des fossiles anciens exhumés sur le continent proviennent de ce pays. Notamment de cette fameuse vallée de la Blaauwbankspruit, dont les 25 000 hectares ont été classés par l’Unesco « berceau de l’humanité ». Les autorités politiques ont encouragé la création d’un nouveau centre de recherche au sein de l’université du Witwatersrand. « Et moi, je rêve de voir notre gouvernement offrir à toutes les écoles du pays des moulages de nos fossiles, tant pour encourager les vocations que pour que nos enfants prennent conscience de ce patrimoine unique », s’enflamme Francis Thackeray. En ce sens, le squelette de Little Foot est devenu un enjeu national. Et un trésor inestimable. Parce qu’il apparaît comme le mieux conservé au monde et parce qu’il est le plus complet. « Jusqu’ici, les chercheurs ont exhumé des ossements épars à l’exemple de la carcasse de Lucy, dont on possède 40 %. Là, on a le haut et le bas », résume d’un ton amusé Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France. Un miracle qui, cette fois-ci, tient non à la nature, mais aux circonstances de la mort de Little Foot. Bruxelles passe aux aveux : « C’est un accident. Il a fait une chute vertigineuse de 20 mètres dans la grotte sans que l’on en connaisse la raison. » Il faut imaginer le terrain de jeu d’il y a 3 millions d’années : une savane arborée avec des bosquets, des arbres assez élevés (on a retrouvé des fossiles de lianes), un marécage (restes d’hippopotames et de crocodiles). Little Foot se comportait en chasseur et en charognard, mais était aussi la proie des félins. Les fouilleurs ont d’ailleurs exhumé un crâne avec un morceau de tigre à dents de sabre fiché dedans ! C’est ballot, mais l’australopithèque a chuté, au mieux en cherchant à échapper à un adversaire, au pire parce qu’il avait du mal à mettre un pied devant l’autre… Après le choc, son corps a sans doute roulé, au vu de la position un peu vrillée du fossile. « Sa main se trouve recroquevillée avec son pouce à l’intérieur, note Yves Coppens. Un dernier geste, emprisonné dans la pierre, émouvant et terrible, qui peut laisser croire à une lente agonie. »

Aujourd’hui, au terme de treize années d’une minutieuse excavation, effectuée à la fraise de dentiste, le squelette extrait de sa gangue va pouvoir parler. Sa découverte a prouvé qu’il existait voici de 2,5 millions à 3,5 millions d’années deux lignées d’australopithèques en Afrique du Sud : Australopithecus africanus (l’enfant de Taung et Mrs. Ples) et Australopithecus prometheus (Little Foot). « La devise de tous les préhumains, c’est : “Jamais loin de mon arbre”, résume Pascal Picq. Il se tient debout, marche en permanence et grimpe encore dans les branches. » Or, avec ce squelette complet, les paléontologues devraient avoir des détails sur la bipédie. Sa dentition permettra aussi d’en savoir plus sur son régime alimentaire et sur son âge. Enfin, son crâne, parfaitement conservé, offrira des indications sur la répartition des lobes, sa capacité cérébrale, et donc sur son évolution comportementale. « Celle-ci diffère considérablement selon l’aire géographique et dans le temps », estime Yves Coppens. Alors, 3,5 ou 3,2 millions d’années ? Ancêtre ou cousin de Lucy ? Sur l’échelle de l’évolution, la différence peut sembler minime. A notre aune d’Homo sapiens sapiens, ce n’est pas rien. Après tout, nous n’avons même pas 200 000 ans.

Source : Le vif.be du 16/06/2014

vendredi 9 mai 2014

Préhistoire : dans les pas de Little Foot, nouveau doyen de l'humanité ?

Son squelette est mieux conservé et plus complet que celui de l'australopithèque Lucy. Plus beau et plus âgé ? Ce Sud-Africain d'au moins 3 millions d'années pourrait ravir à sa célèbre cousine le titre d'"ancêtre de l'humanité". Histoire d'une rocambolesque découverte.

Un boyau sans fin dans une pénombre inquiétante qui tord l'estomac... Voilà trente-six heures que Stephen Motsumi et Nkwane Molefe scrutent les moindres recoins de la grotte de Sterkfontein, située au nord de Johannesburg (Afrique du Sud). Ignorent-ils que, jadis, un ouvrier s'est perdu dans cette mine-labyrinthe de 12 kilomètres de galeries et qu'il n'en est jamais ressorti? Faisant fi du danger, les deux hommes progressent lentement par une chaleur étouffante et à la faible lumière de leur lampe.

Les os du pied ont permis d'identifier Little Foot en tant qu'australopithèque.

Même Hergé, le père de Tintin, n'aurait pu imaginer scénario aussi haletant. "Eurêka!" s'exclame l'un des paléontologues, à l'instar du héros de la célèbre bande dessinée, lorsque, tout à coup, à 25 mètres de profondeur, alors qu'il se trouve en haut d'une marche poussiéreuse, il tombe nez à nez avec le trésor tant convoité : un bout d'os de 3 centimètres de long, encastré dans la roche!

Les pièces s'emboîtent comme un puzzle de 3 millions d'années

De sa poche, il sort le moulage d'un demi-tibia que lui a religieusement confié son supérieur, le Pr Ronald Clarke, de l'Institut de l'évolution humaine à l'université du Witwatersrand. "Et c'est là qu'a opéré la magie du destin, s'enthousiasme Yves Coppens, paléo-anthropologue au Collège de France, qui aime raconter l'histoire de ce fossile qu'il connaît bien. Les deux extrémités se sont parfaitement assemblées comme les pièces d'un puzzle."

Sans le savoir, en ce début du mois de juillet 1997, Motsumi et Molefe viennent de mettre la main sur le squelette d'australopithèque le plus complet exhumé à ce jour, un genre d'hominidé que l'on pouvait croiser sur notre terre il y a plus de trois millions d'années, et que nombre de spécialistes estiment être à l'origine de la lignée humaine. Celui-là, baptisé "Little Foot", concourt donc au titre très convoité d'"ancêtre de l'humanité".

Cette découverte marque l'épilogue d'une très, très longue histoire. Au début des années 1900, Johannesburg se développe grâce au filon aurifère : pour extraire l'or, les mineurs ont besoin de chaux, qu'ils vont chercher à 45 kilomètres, dans la vallée de la Blauawbankspruit, où se trouve la grotte de Sterkfontein. La roche y est si dure que le travail s'effectue à la dynamite.

L'Afrique du Sud, berceau de l'humanité ?

Mais rapidement, et malgré les dégâts irréversibles causés par l'explosif, de nombreux os attirent l'attention des scientifiques dépêchés sur place. Ils les récupèrent, souvent dans la précipitation, et se contentent de les stocker. "D'abord au British Museum, à Londres [Grande-Bretagne], ensuite au musée du Transvaal, à Pretoria, puis à l'université du Witwatersrand", explique Francis Thackeray, professeur en anthropologie, qui dirige aujourd'hui l'Institut de l'évolution humaine.

Peu à peu se constitue ainsi l'une des plus formidables collections anthropologiques de la planète, à partir des fossiles de Sterkfontein et de ceux trouvés dans le reste de la vallée de la Blauawbankspruit. En 1925, l'anthropologue Raymond Dart se plonge dans ce trésor, y découvre le crâne d'un enfant provenant de la grotte de Taung; un jeune garçon qui devait marcher debout en raison de la position de son occipital.

Pour Dart, cette caractéristique fait de cet "enfant de Taung" le premier représentant de l'espèce humaine, que l'anthropologue nomme Australo-pithecus africanus. Très critiquée, l'hypothèse de Dart est confirmée en 1947 après le déterrement d'un autre fossile que l'on prend, à tort, pour celui d'une femme, appelé "Mrs Ples". Son crâne quasi complet au volume imposant (485 centimètres cubes) est différent de celui des grands singes et confirme l'existence d'une forme ancienne d'hominidés. "A partir de là, l'idée que l'Afrique du Sud puisse être le berceau de l'humanité commence à s'imposer au sein de la communauté scientifique", raconte José Braga, anthropobiologiste à l'université Paul-Sabatier, à Toulouse.

Avec l'apartheid, les recherches migrent vers l'Afrique de l'Est


L'après-Seconde Guerre mondiale marque l'arrêt de l'exploitation minière dans une bonne partie du pays. Grâce à ses nombreux sites - Sterkfontein, Swartkrans, Kromdraai, Malapa, Taung et Makapansgat -, la région devient pour les paléontologues la "vallée aux fossiles", comme il existe, pour les égyptologues, une "Vallée des Rois". Sauf que, dès 1948, le Parti national instaure l'apartheid.

"Cette période de repli s'est traduite pour les chercheurs par une difficulté d'obtenir des permis de fouilles", se souvient Brigitte Senut, du Muséum d'histoire naturelle de Paris, qui a longtemps travaillé en Afrique du Sud. Les recherches se déplacent ailleurs sur le continent africain, surtout dans l'Est avec, en 1974, la découverte, par Yves Coppens, de la célèbre Lucy.

Un événement planétaire puisque la petite boule de poils (1,20 mètre pour 25 kilos) a acquis une surprenante popularité auprès du public. Au point de faire de l'Afrique de l'Est le lieu d'origine de l'espèce humaine. "Vouloir imposer un endroit précis alors que les préhumains ont connu une évolution dans le temps et dans l'espace n'a pas de sens", estime Brigitte Senut.

En Afrique du Sud, les fouilles suivent les évolutions politiques. A peine les dernières lois ségrégationnistes sontelles abolies que les recherches s'accélèrent, notamment dans les dépôts les plus anciens de Sterkfontein, d'où différents os, difficilement identifiables - bovidés, rongeurs, félins, singes -, se trouvent à nouveau exhumés, en 1992, et conservés à l'université du Witwatersrand.

Une découverte qui tient au hasard et à l'intuition d'un homme

Les boîtes s'entassent jusqu'à ce qu'un soir de septembre 1994 Ron Clarke décide d'en ouvrir une au hasard, dont il vide le contenu sur son bureau. Au milieu du fatras, il distingue quatre petits os provenant du pied gauche d'un hominidé. Ce remarquable anatomiste continue à fouiner frénétiquement dans les cartons et découvre d'autres morceaux. Sur la base de ces quelques osselets naît Little Foot, décrit en 1995 comme un australopithèque dans la revue Science.

"A l'époque, son étude, fondée sur si peu de preuves, avait provoqué quelques grincements de dents, raconte José Braga. C'était compter sans son éclair de génie." Clarke s'interroge benoîtement : et si la grotte de Sterkfontein, dont l'exploitation a cessé en 1939 et où, depuis, rien n'a bougé, recelait toute l'ossature de Little Foot? Ron Clarke confie donc un moulage de tibia à deux de ses élèves, Stephen Motsumi et Nkwane Molefe, qu'il envoie sur place. On connaît la suite...

Mais si la mise au jour du squelette d'australopithèque le plus complet du monde tient au hasard et à l'intuition d'un homme, il est aussi un gros coup de chance. Au moment où les mineurs stoppent l'exploitation du site, ils s'arrêtent, on peut le dire, au pied de Little Foot. "Un tiers de dynamite en plus, et il se trouvait totalement désintégré, un tiers en moins, et on ne mettait jamais la main dessus", analyse Laurent Bruxelles.

Ce chercheur de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) est appelé à la rescousse par Ron Clarke en 2007. Il est karstologue, autrement dit spécialiste des grottes, une discipline à la frontière de l'archéologie et de la spéléologie, que les Sud-Africains, excellents géologues, goûtent peu. Or, depuis la découverte de Little Foot, l'âge de l'australopithèque pose un problème aux scientifiques. Clarke lui attribue 3,3 millions d'années (Ma), ce qui rend son protégé un peu plus vieux que la célèbre Lucy (3,2 Ma).

Little Foot est âgé d'au moins 3 millions d'années


Mais l'on ne détrône pas si facilement une idole, et les autres estimations effectuées depuis n'ont cessé d'ajouter du doute à la confusion... Une première datation, réalisée selon la méthode dite "cosmonucléide" - les chercheurs analysent les éléments de quartz tombés dans la grotte et évaluent la dernière fois qu'ils ont vu le jour -, a repoussé cet âge à 4 millions d'années. Une deuxième, plus classique, dite "radiométrique", reposant sur l'examen des couches de calcite situées sous le fossile, a fourni celui de... 2,2millions d'années.

Pourquoi un tel écart chronologique? Le paysage géologique de l'Est du continent africain n'a rien à voir avec celui du Sud. Le premier demeure facilement lisible avec des strates sédimentaires sagement déposées. "En Afrique du Sud, les dépôts ne sont pas horizontaux mais très chaotiques", précise Francis Thackeray. D'où l'appel adressé à Laurent Bruxelles, le chercheur de l'Inrap, qui s'est lancé dans une étude plus large du site afin de préciser les conditions de formation des grottes et leur développement.

Son équipe a même réalisé une reconstitution en 3D de Sterkfontein en vue de mieux évaluer les différents niveaux stratigraphiques et de garder une mémoire du site après l'excavation des ossements. "Je me suis arrêté sur la couche de calcite qui se situe juste au-dessus du squelette et qui l'a emprisonné, à l'abri de l'eau, le figeant, comme l'ambre pour certains insectes", précise Laurent Bruxelles.

En la datant, le Français vient de conclure définitivement que Little Foot est âgé d'au moins 3 millions d'années, ce qui en fait un contemporain de Lucy. Mieux, d'ici à quelques semaines, il espère prouver qu'il en est l'aîné, grâce à des examens plus poussés effectués par le laboratoire du Cerege (Centre européen de recherche et d'enseignement des géosciences de l'environnement), situé à Aix-en-Provence.

Le squelette de Little Foot est devenu un enjeu national


L'Afrique du Sud a pris la mesure des trésors que renferme son sol. Au total, un tiers des fossiles anciens exhumés sur le continent proviennent de ce pays. Notamment de cette fameuse vallée de la Blauawbankspruit, dont les 25 000 hectares ont été classés par l'Unesco "berceau de l'humanité". Les autorités politiques ont encouragé la création d'un nouveau centre de recherche au sein de l'université du Witwatersrand.

"Et moi, je rêve de voir notre gouvernement offrir à toutes les écoles du pays des moulages de nos fossiles, tant pour encourager les vocations que pour que nos enfants prennent conscience de ce patrimoine unique", s'enflamme Francis Thackeray. En ce sens, le squelette de Little Foot est devenu un enjeu national. Et un trésor inestimable. Parce qu'il apparaît comme le mieux conservé au monde et parce qu'il est le plus complet.

Little Foot, à la fois chasseur et charognard


"Jusqu'ici, les chercheurs ont exhumé des ossements épars à l'exemple de la carcasse de Lucy, dont on possède 40 %. Là, on a le haut et le bas", résume d'un ton amusé Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France. Un miracle qui, cette fois-ci, tient non à la nature, mais aux circonstances de la mort de Little Foot. Bruxelles passe aux aveux : "C'est un accident. Il a fait une chute vertigineuse de 20 mètres dans la grotte sans que l'on en connaisse la raison."

Il faut imaginer le terrain de jeu d'il y a 3 millions d'années : une savane arborée avec des bosquets, des arbres assez élevés (on a retrouvé des fossiles de lianes), un marécage (restes d'hippopotames et de crocodiles). Little Foot se comportait en chasseur et en charognard, mais était aussi la proie des félins. Les fouilleurs ont d'ailleurs exhumé un crâne avec un morceau de tigre à dents de sabre fiché dedans !

C'est ballot, mais l'australopithèque a chuté, au mieux en cherchant à échapper à un adversaire, au pire parce qu'il avait du mal à mettre un pied devant l'autre... Après le choc, son corps a sans doute roulé, au vu de la position un peu vrillée du fossile. "Sa main se trouve recroquevillée avec son pouce à l'intérieur, note Yves Coppens. Un dernier geste, emprisonné dans la pierre, émouvant et terrible, qui peut laisser croire à une lente agonie."

Les préhumains "jamais loin de leur arbre"


Aujourd'hui, au terme de treize années d'une minutieuse excavation, effectuée à la fraise de dentiste, le squelette extrait de sa gangue va pouvoir parler. Sa découverte a prouvé qu'il existait voici de 2,5 millions à 3,5 millions d'années deux lignées d'australopithèques en Afrique du Sud : Australopithecus africanus (l'enfant de Taung et Mrs. Ples) et Australopithecus prometheus (Little Foot).

"La devise de tous les préhumains, c'est : "Jamais loin de mon arbre", résume Pascal Picq. Il se tient debout, marche en permanence et grimpe encore dans les branches." Or, avec ce squelette complet, les paléontologues devraient avoir des détails sur la bipédie. Sa dentition permettra aussi d'en savoir plus sur son régime alimentaire et sur son âge.

Enfin, son crâne, parfaitement conservé, offrira des indications sur la répartition des lobes, sa capacité cérébrale, et donc sur son évolution comportementale. "Celle-ci diffère considérablement selon l'aire géographique et dans le temps", estime Yves Coppens. Alors, 3,5 ou 3,2 millions d'années? Ancêtre ou cousin de Lucy? Sur l'échelle de l'évolution, la différence peut sembler minime. A notre aune d'Homo sapiens sapiens, ce n'est pas rien. Après tout, nous n'avons même pas 200000 ans.

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/prehistoire-dans-les-pas-de-little-foot-nouveau-doyen-de-l-humanite_1536109.html#qF0JD3JcYiCyjBbw.99

Source : L'Express du 08/05/2014

vendredi 26 octobre 2012

Lucy l'australopithèque, un bipède qui aime grimper aux arbres

Pour un australopithèque, être bipède ne signifiait pas pour autant renoncer à la vie dans les arbres - contrairement aux hommes modernes. L'analyse des omoplates d'un jeune australopithèque, publiée dans la revue Science datée du 26 octobre, montre que ces hominidés qui vivaient il y a environ 3 millions d'années en Afrique étaient autant grimpeurs que marcheurs.

Cette aptitude à vivre dans les arbres ne surprend pas Brigitte Senut, du Muséum national d'histoire naturelle de Paris. "C'est une chose que j'avais dite en 1978", réagit la paléontologue, interrogée par Sipa. "J'étais la première à dire que Lucy était une femelle qui grimpait aux arbres, donc l'arboricolisme chez les australopithèques ne me surprend pas du tout. On s'est surtout intéressé à la marche et aux membres inférieurs, beaucoup moins aux membres supérieurs!"

Un mode de locomotion qui n'existe plus

Pour la première fois, un élément clé des grimpeurs, l'omoplate, a pu être étudié en détail sur le fossile d'un jeune australopithèque (Australopithecus afarensis). Retrouvé il y a quelques années à Dikika, dans l'Afar éthiopien, ce fossile baptisé Selma, possède ses deux omoplates en bon état. L'orientation de cet os, où s'exercent les plus fortes pressions mécaniques quand un individu grimpe dans les arbres, est similaire à celle des grands singes, expliquent David Green, de l'Université du Middle West (Illinois), et Zeresenay Alemseged, de l'Académie des Sciences de Californie, dans la revue Science.

"Certains collègues pensaient que ces caractères d'arboricolisme, acquis il y a très longtemps, n'étaient plus fonctionnels" précise Brigitte Senut. "Les australopithèques étaient bipèdes mais pas libérés du milieu arboricole, c'est un mode de locomotion qui n'existe plus aujourd'hui", poursuit la paléontologue. "Il faut imaginer un animal d'un mètre vingt maximum, qui se déplace dans un milieu plus ou moins ouvert, où il y a des prédateurs. A un moment donné, il faut qu'il trouve un refuge, soit pour manger, soit pour dormir, et l'arbre est l'endroit où il trouve les deux".

Source : le Nouvel Obs du 25/10/2012

vendredi 20 janvier 2012

«98 % du génome commun avec le chimpanzé, et alors ?»

La préhistorienne Brigitte Senut, parmi 100 personnalités scientifiques, répond pour Sciences et Avenir à la question «Qu’est-ce que l’homme?».

A quel carrefour de l’évolution l’Homme s’est-il singularisé ? La réponse se trouve peut-être aux origines de la bipédie.

Par Brigitte Senut, préhistorienne.

La seule question «Qu’est-ce que l’Homme ?» est ambiguë car, dans le monde vivant, le terme «Homme» peut faire référence à ce que nous sommes aujourd’hui: Homo sapiens, ou au genre auquel nous appartenons dans le règne animal: Homo. Le paléontologue parle plutôt de la dichotomie entre l’Homme et les singes, ou de la divergence entre l’Homme et le chimpanzé, ou bien des différences entre l’Homme et les australopithèques, ou encore de l’évolution de l’Homme. A chaque niveau, la réponse est différente et dépend du cadre dans lequel on considère l’Homme, car on se trouve à des carrefours évolutifs distincts. Le paléontologue, encore lui, mettra davantage l’accent sur les caractères anatomiques dérivés, alors que le préhistorien aura tendance à utiliser le concept de manipulation et d’outils et que le biologiste fera référence aux caractères du vivant comme les molécules, le génome...

Si l’idée que l’Homme partage 98% de son matériel génétique codant avec le chimpanzé est très médiatisée, il n’en reste pas moins que cette valeur ne veut absolument rien dire. Nous partageons 35% de notre génome avec certaines fleurs, et alors?

Un grand singe modifié

La référence du paléontologue est le temps géologique?: parler d’Homme concerne donc ses origines et celle de sa famille. Mais les frontières de cette famille deviennent de plus en plus floues. Une mode récente regroupe sous le terme hominidés les singes de grande taille africains (chimpanzés, gorilles) et asiatiques (orangs-outans), impliquant l’idée que l’Homme est un grand singe modifié. Cette notion, issue des travaux de biologie moléculaire, a tendance à s’imposer chez les paléontologues, alors que les données du passé sont loin d’être claires. Le problème posé par l’étude des grands singes vivants est que ce sont des êtres reliques d’une biodiversité beaucoup plus importante dans le passé (plus de 250 espèces dans le miocène, entre 23 et 5,5 millions d’années) et qu’ils ont tendance à être de plus en plus isolés. Ce «pseudo-endémisme», loin de refléter la variation et la variabilité dans l’histoire du groupe, traduit probablement un appauvrissement des génomes.
C’est pourquoi je préfère restreindre le terme hominidés à l’Homme et à ses proches parents fossiles, celui de pongidés aux orangs-outans asiatiques, et garder deux familles, gorillidés et panidés, pour les grands singes africains, qui pourraient aussi être regroupés sous le vocable gorillidés. Si l’idée que l’Homme partage 98% de son matériel génétique codant avec le chimpanzé est très médiatisée, il n’en reste pas moins que cette valeur ne veut absolument rien dire. Nous partageons 35% de notre génome avec certaines fleurs, et alors?


Grands singes et hommes sont réunis dans la grande super-famille des hominoïdes, dont l’explosion s’est produite au cours du miocène. De tous les caractères anatomiques qui permettent de distinguer la famille des hominidés au sein des primates, la locomotion apparaît pertinente. En effet, l’Homme est le seul capable de marcher longtemps pendant de longues distances sur ses deux pattes arrière, ce que l’on nomme la bipédie. Certes, tous les primates sont bipèdes, mais la bipédie permanente de l’Homme, exprimée dans ses caractères musculo-squelettiques, est unique (colonne vertébrale en forme de «S», fémur au corps oblique et allongé, bassin court et large, pied à voûte plantaire marquée et au gros orteil parallèle et collé aux autres orteils). On recherche donc des traces au moins partielles de ces caractères chez les fossiles.

Les prémices de la bipédie

C’est à la fin du miocène moyen ou au début du miocène supérieur que semble s’être isolée la famille des hominidés. Des données de plus en plus nombreuses en Afrique montrent que des grands singes de type moderne sont présents à cette époque?: dent aux caractères de chimpanzé à 12,5 millions d’années au Kenya, fragment de mandibule de proto-chimpanzé au Niger (entre 11,5 et 6 millions d’années), formes proches des gorilles aux environs de 10 millions d’années (Nakalipithecus au Kenya, Chororapithecus en Ethiopie) et de 9 millions d’années, Samburupithecus (Kenya) et restes vieux de 6 millions d’années dans les collines Tugen au Kenya. Quant aux prémices de la bipédie, on les trouve dans des niveaux vieux de 6 millions d’années, avec Orrorin tugenensis, dont le fémur présente de nombreux caractères anatomiques proches de ceux des hominidés ultérieurs. Sa bipédie n’est pas encore moderne car elle est associée à une forme de grimper arboricole; toutefois, elle apparaît plus évoluée que celle des australopithèques.
C’est avec le genre Homo que l’on voit apparaître une forme quasi moderne de bipédie. Il faut également évoquer Oreopithecus, qui aurait pu pratiquer un déplacement bipède au sol, mais ses caractères anatomiques développés en milieu insulaire sont très différents de ceux des hominidés.

Pour le paléontologue, l’Homme est donc un être inféodé à la nature, résultat d’une évolution de plusieurs millions d’années, plutôt naturelle jusque vers 2 millions d’années. Le changement culturel a, depuis, pris le dessus. Aujourd’hui, c’est l’espèce la plus invasive et prédatrice de la planète.

article publié dans le Hors Série de Sciences et Avenir de janvier-février 2012 (n°169)

Brigitte Senut est préhistorienne, professeur au département Histoire de la Terre du Muséum national d’histoire naturelle. Chercheur au laboratoire de paléobiodiversité et paléo-environnement,
ses travaux portent sur les origines de l’Homme et des grands singes.
• Et le singe se mit debout... Aventures africaines d’une paléontologue, Albin Michel, 2011
• Grands singes / homme : quelles origines? 20 millions d’années d’évolution des hominoïdes, Vuibert, 2009
Pour en savoir +
Espèces d’espèces, un film de Denis van Waerebeke, 2008. En DVD, http://www.lcj-editions.com/
Une «Rencontre» publiée dans Sciences et Avenir n° 760, juin 2010

Source : Sciences et Avenir du 16/01/2012

lundi 3 octobre 2011

Brigitte Senut : "je compte bien découvrir les restes de notre Ugandapithecus major !"

Brigitte Senut, Professeur au Museum national d'Histoire naturelle (MNHN) et Martin Pickford, paléontologue au Collège de France, ont présenté le 19 septembre au MNHN, en présence du professeur Yves Coppens, le crâne d'un grand singe, vieux de 20 millions d'années qu'ils ont découvert le 18 juillet dernier sur les flancs du volcan Napak en Ouganda.

jeuneafrique.com : c’est votre professeur, Yves Coppens, à son retour d’Ethiopie qui vous a transmis la passion de la recherche sur le terrain ?

Brigitte Senut : Oui sûrement mais j’avais déjà le virus depuis toute petite. Quand on partait en vacances quelque part, déjà je fouillais les sols… Et mes parents ont eu l’intelligence de m’encourager dans cette voie

Pouvez-vous nous raconter comment s’est passé l’accès au site de Napak XV ?

Le site de Napak XV se situe dans une région reculée, dans le Karamoja, au Nord-Est de l’Ouganda. En juillet, qui est censé être la période la plus sèche de l’année, il a beaucoup plu, ce qui ne nous a pas facilité les choses. Pour accéder au site sur les flancs du volcan Napak, nous devons monter une piste abrupte et marcher 45 minutes. C’est un véritable don de soi. De plus, les pluies diluviennes ont rendu la piste toute boueuse et nous n’avions aucune visibilité car elle est parsemée de hautes herbes. Nous étions accompagnés d’une vingtaine d’ouvriers pour dégager le site.

Nous y sommes retournés avec un pincement au cœur car en 1985, nous étions tombés dans une embuscade. On nous avait tiré dessus et nous nous étions cachés sous notre véhicule. Heureusement, maintenant c’est beaucoup plus  sécurisé, nous n'avons plus besoin d'escorte militaire.

Qui a découvert en premier les ossements du grand singe fossile ?

Ah, ce n’est pas moi, c’est Martin ! J’étais en bas du site et lui en haut. Je préfère toujours commencer par le bas. Et j’ai trouvé deux dents de ruminant. Je suis alors montée pour lui montrer et là il me dit qu’il vient de découvrir deux molaires de primates. J’étais folle, je l’aurais bouffé !

Comment s’est déroulée l’extraction et quelle a été votre réaction en découvrant qu’il s’agissait d’un crâne quasi complet ?

Un paléontologue qui découvre une dent de primate est déjà très heureux, alors vous imaginez notre satisfaction en découvrant un palais puis un crâne ! L’extraction a été longue et minutieuse. Dent par dent, morceau par morceau, à l’aide d’une aiguille. Puis on a tamisé à sec et pour le nettoyage on a utilisé du vinaigre d'alcool. Enfin nous avons tout reconstitué avant de le présenter aux instances ougandaises. Cette découverte n’a été possible que grâce à l’aide financière du gouvernement français, et à la collaboration étroite avec l’équipe du Museum de Kampala. C’est le fruit de longs efforts qui ont payé au bout de 25 ans !

Que va vous apporter le nouvel outil d'imagerie ultra-performant du MNHN, le scanner CT Scan ?

Le CT SCAN va permettre de reconstituer le volume du cerveau sur la face-arrière du crâne. Cela facilitera l’étude du rapport cerveau-corps.

Il doit rester beaucoup de travail sur le site. Quand reprenez-vous les fouilles ?

Oui, sur le site, Il y a du travail encore pour cinquante ans, voire plus ! On repart en janvier-février 2012 et là, je compte bien découvrir les restes de notre Ugandapithecus major !

Source : Jeune Afrique du 28/09/2011

vendredi 30 septembre 2011

Yves Coppens : le singe découvert "précède la grande bifurcation entre pré-chimpanzés et pré-humains"

On lui doit la découverte de Lucy en 1974. C'est donc tout naturellement qu'Yves Coppens, l'un des plus grands spécialistes de l'évolution humaine, a assisté lundi 19 septembre au Museum national d'Histoire naturelle (MNHN) à la présentation exceptionnelle du crâne d'un grand singe vieux de 20 millions d'années, découvert le 18 juillet 2011 dans la région de Karamoja au Nord-Est de l'Ouganda. Un moment doublement important, puisqu'une ancienne élève, la professeur Brigitte Senut, fait partie de l'équipe qui a découvert le crâne. Entretien.

jeuneafrique.com : pouvez-vous dire aujourd’hui que l’élève Brigitte Senut a  dépassé le maître ? De quelle manière l’avez-vous influencée ?

Yves Coppens : C’est toujours sympa de voir ses élèves travailler sans relâche et faire des découvertes et vous dépasser. Oui c’est ça l’élève a dépassé le maître, il ne faut pas avoir peur de le dire ! Je crois que Brigitte avait été frappée par mes grandes expéditions dans le sud de l’Ethiopie. C’était avant que je découvre Lucy et déjà je lui ai transmis en quelque sorte cette passion de la recherche sur le terrain,

Quel est l’intérêt de cette récente découverte ?

L’intérêt est triple. D’abord, il s’agit d’un crâne presque complet, ce qui est rare. Ensuite, il appartient à un primate et de grande taille de surcroît ! Il est vieux de 20 millions d’années et précède donc la grande bifurcation probable entre les pré-chimpanzés et les pré-humains. C’est un ancêtre commun : africain et tropical. Tout le travail d’analyse reste à faire maintenant, et cela est du ressort des scientifiques.

Le Museum national d’Histoire naturelle vient d’acquérir justement le scanner le plus performant dans le monde des sciences naturelles, que va-t-il apporter ?

Quand j’ai découvert Lucy avec d’autres chercheurs en 1974, il a fallu faire avec les moyens de l’époque ! Nous avions pu identifier qu’il s’agissait d’un australopithèque seulement 4 ans plus tard, en 1978. Le fait d’avoir un tel équipement à disposition permet indéniablement de gagner du temps ! L’analyse d’une tranche virtuelle est tout aussi fiable et beaucoup plus rapide. Ce scanner spécifique permet d’étudier les structures internes sans aucune coupe. A mon époque, j’avais déjà imaginé une sorte de palpeur qui livrerait une somme d’informations indispensables car les ossements sont remplis de mémoire.

Vous avez alors beaucoup à apprendre encore de Lucy. Allez-vous la faire revenir pour de nouvelles analyses  dans ce scanner ultra moderne et performant ?

Oui, il faudra voir avec les autorités éthiopiennes. L’Ethiopie nous avait demandé de la rendre en 1980. Mais effectivement, nous avons encore beaucoup à apprendre de Lucy.

Quels sont vos projets ?

J’ai un chantier en Mongolie, où il reste de homo-sapiens. C’est un chantier important pour l’étude des origines de l’homme moderne. Et aussi une opération internationale en Sibérie avec la fonte du permafrost (dû au réchauffement climatique) ; il y a des bestioles qui remontent à la surface  et j’aimerais trouver un bonhomme ! Un chasseur qui se serait fait prendre dans le sous-sol gelé…ou une chasseresse !

Source : Jeune Afrique du 28/09/2011

mercredi 28 septembre 2011

L'Ugandapithecus : des caractéristiques communes avec des singes asiatiques

Lundi 19 septembre, les scientifiques du Muséum d’Histoire naturelle ont présenté à Paris le crâne d'Ugandapithecus major, un primate fossile, qu’ils ont découvert en juillet en Ouganda, et dans lequel ils ont d’ores et déjà retrouvé des traits physiques que partagent aujourd’hui des singes…  asiatiques.

Si l’espèce était déjà connue des paléontologues, grâce notamment à des fragments déjà découverts au même endroit par la même équipe, qui travaille depuis 25 ans sur ces pentes du volcan Napak, au nord-est de l'Ouganda, Ugandapithecus major n’avait encore jamais offert son crâne à leur curiosité scientifique. C’est désormais chose faite avec le spécimen mis au jour en juillet dernier, présenté en public lundi par Brigitte Senut, du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris (MNHN).

"On sait qu'il s'agit d'un jeune adulte car ses canines sont déjà fortes mais ses molaires ne sont pas encore usées", a précisé la paléontologue, expliquant que les ossements avaient été fossilisés par la lave crachée par le Napak, vraisemblablement situé à l'époque dans un environnement tropical humide et fortement boisé, comme l'attestent les nombreux fossiles de plantes et d'animaux. Les chercheurs ne désespèrent donc pas de trouver le squelette du spécimen lors d'une prochaine campagne de fouilles

De la taille d’un gibbon, ce grand singe arboricole vieux de 20 millions d’années, antérieur à la séparation des lignées homme-grands singes actuels, apportera sa moisson d’informations sur l’évolution de la lignée commune d’avant cette bifurcation. Les chercheurs ont déjà repéré sur ce crâne fossile – pourtant africain – des ‘creux’ caractéristiques des grands singes asiatiques actuels, notamment les orangs-outangs, et non des chimpanzés ou des gorilles. "Mieux connaître le ‘vivier’ qui précède l'histoire de notre famille, c'est particulièrement précieux", a précisé le paléoanthropologue Yves Coppens, qui a assisté à la présentation.

Source : MaxiSciences du 20/09/2011

Ugandapithecus major, un cousin de 20 millions d’années, se découvre

Un crâne remarquablement bien conservé vient d’être présenté au Muséum national d’histoire naturelle, à Paris : c’est celui d’un primate vieux de 20 millions d’années découvert en Ouganda dans les cendres d’un volcan, parmi d’autres restes de la même espèce.

La découverte ne doit rien au hasard : voilà vingt-cinq ans que l’équipe creuse la lave du volcan Napak, au nord-est de l’Ouganda. Déposées il y a 19 à 20 millions d’années, ces cendres ont conservé les fossiles qui s’y trouvaient, ensevelis au Miocène. L’équipe, c’est celle de Brigitte Senut, du Muséum d’histoire naturelle, et son collègue Martin Pickford, du Collège de France, découvreurs en 2000 des premiers restes d’Orrorin, un hominidé de 6 millions d’années.

Dans cette région, celle de la vallée du grand rift, qui joue un rôle de premier plan dans la théorie dite de l’East Side Story (remise en cause depuis), de nombreux restes d’hominidés ont été découverts, datant du Miocène notamment, c’est-à-dire avant la séparation, il y a 6 millions d'années, entre la lignée conduisant aux humains et celle conduisant aux grands singes actuels (chimpanzés, gorilles, orang-outans). Durant cette Uganda Palaeontology Expedition, menée depuis 1985 avec l’Uganda Museum, les paléontologues ont exhumé de nombreux ossements de grands singes. En 2000, Brigitte Senut a ainsi décrit une nouvelle espèce, baptisée Ugandopithecus major. Ce grand singe, de la taille d’un gibbon et d’abord identifié par des morceaux de fémurs, devait être arboricole et de forme humanoïde.

Histoire de famille

Le 18 juillet dernier, l’équipe a mis au jour des dents puis un crâne très bien conservé, de la taille de celle d’un chimpanzé : U. major commençait à se montrer bien plus généreusement. Ses canines puissantes, qui évoquent plutôt celles du gorille, sont interprétées par l’équipe comme la preuve qu’il s’agissait d’un mâle. Ses molaires sont celles d’un herbivore et leur faible usure montre que l’individu était plutôt jeune.

Les autres fossiles mis au jour sur les différents sites de fouilles des environs montrent que le milieu était alors une forêt tropicale. C’est là qu’évoluait ce singe grimpeur, cousin des hominidés tout autant que des grands singes actuels. L’étude de son squelette se poursuit. Taille et forme du cerveau, alimentation, modes de vie… : voilà des caractéristiques dont on sait mal comment elles se sont transmises dans les différentes lignées. Les paléontologues espèrent ainsi écrire quelques paragraphes supplémentaires de l’histoire complexe des grands primates du Miocène, parmi lesquels figurent les ancêtres des humains.

Source : Futura Sciences du 20/09/2011

mardi 27 septembre 2011

Un très vieux singe découvert en Ouganda

Un crâne fossile vieux de 20 millions d'années a été découvert en Ouganda : il appartenait à un grand singe, lointain cousin des grands singes actuels et des hominidés.

Des fragments de crâne et de mâchoire d’un grand singe vieux de 19 à 20 millions d’années ont été découverts en Ouganda par une équipe franco-ougandaise. C’est Brigitte Senut, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, et Martin Pickford, du Collège de France, qui ont présenté le fossile ce lundi au Muséum, en présence de leurs collègues ougandais.

Ce crâne d’Ugandapithecus major a été mis a jour le 18 juillet dernier sur les flancs du volcan Napak, dont les cendres ont permis la conservation de nombreux fossiles. Des fragments de mâchoire inférieure avaient déjà été trouvés sur le site et ils appartiennent sans doute au même individu, précisent les paléontologues. Il s’agit d’un mâle, d’après la taille des canines, adulte mais jeune car la dentition est complète mais peu usée.

Ce très ancien grand singe avait un crâne d’une taille comparable à celle d’un chimpanzé, selon les chercheurs, mais ses dents sont de la taille de celles des gorilles. Et il était probablement plus petit qu’un chimpanzé, plus proche du gibbon en gabarit.

Ugandapithecus major vivait au Miocène, bien avant la séparation entre la lignée des grands singes et celle des hominidés (les pré-humains). Sa découverte va permettre d’en savoir plus sur l’origine des primates anthropoïdes, ancêtres des deux lignées, dont les racines plongent en Afrique mais aussi en Asie, où des fossiles de primates vieux de 30 millions d’années ont été découverts.

Source : Sciences et Avenir du 19/09/2011

lundi 26 septembre 2011

Le crâne d’un lointain cousin des hominidés mis au jour

Le crâne presque complet d’un grand singe vivant il y a vingt millions d’années a été trouvé dans le nord-est de l’Ouganda par une équipe franco-ougandaise.

En paléontologie, la persévérance peut être payante. La preuve : chaque année depuis 2007, Brigitte Senut, professeur de paléontologie, et Martin Pickford, maître de conférences (Muséum, Collège de France, CNRS, UPMC), fouillent, en étroite collaboration avec l’Uganda National Council for Science and Technology, un gisement particulièrement fécond.

Situé dans le Karamoja (nord-est de l’Ouganda), il se situe sur les flancs du volcan Napak, actif il y a dix-neuf à vingt millions d’années, dont il reste un piton rocheux et dont les pentes sont recouvertes d’une végétation herbacée. Un élément important, car la nature chimique des cendres volcaniques, ni trop acide ni trop basique, est un excellent conservateur pour les os.

C’est ainsi qu’ils ont mis la main sur le crâne presque complet d’un grand singe. « Au vu de ses imposantes canines peu usées, il s’agit d’un jeune mâle, explique Martin Pickford. Comme nous étions sur la même pente, un peu au-dessus de l’endroit où, l’année dernière, nous avions découvert des fragments de mâchoire inférieure, nous pensons qu’il s’agit du même individu », poursuit-il.

Un Ugandapithecus major

Le crâne étant d’une taille similaire à celle d’un crâne de grand chimpanzé mâle, mais ses dents ayant la taille de celles d’un gorille, il s’agit d’un grand singe intermédiaire, un Ugandapithecus major, lointain cousin des hominidés, dont le premier spécimen a été trouvé par les mêmes auteurs en 2000.

C’est la première fois qu’un crâne complet de ce genre est retrouvé et son étude fournira une mine d’informations sur les caractéristiques de cette espèce : taille de son cerveau, forme de ses orbites et de sa cavité nasale ou encore spécificités de son alimentation.

« L’étude de la boîte crânienne et donc de la taille du cerveau devrait nous indiquer le degré d’encéphalisation de l’animal qui, même s’il a vécu il y a vingt millions d’années, soit bien avant la séparation entre la branche des hommes et celle des grands singes (1), nous renseignera sur l’évolution du cerveau des primates », indique Martin Pickford.

(1) Estimée à quatre millions d’années pour les uns, douze millions pour les autres.

Source : La Croix du 19/09/2011 

jeudi 4 août 2011

Un crâne de grand singe vieux de 20 millions d'années découvert en Ouganda

Une équipe de paléontologues ougandais et français a annoncé mardi avoir découvert dans le nord de l'Ouganda le crâne d'un grand singe vieux de 20 millions d'années qui pourrait apporter un éclairage sur l'histoire de l'évolution dans cette région du monde.

"C'est la première fois que l'on découvre le crâne complet d'un grand singe de cette époque (...) c'est un fossile très important et il va certainement inscrire l'Ouganda sur la carte du monde scientifique", a déclaré à des journalistes Martin Pickford, paléontologue au Collège de France à Paris.

Le crâne fossilisé provient d'un singe mâle Ugandapithecus Major, lointain cousin des grands singes d'aujourd'hui qui peuplaient cette région il y a environ 20 millions d'années.

L'équipe a fait sa découverte le 18 juillet en cherchant des fossiles aux abords d'un volcan éteint dans la région reculée de Karamoja, dans le nord-est de l'Ouganda.

Un premier examen du fossile a établi que le singe, un herbivore grimpant aux arbres, était âgé d'environ 10 ans à sa mort et avait la taille d'un chimpanzé mais le cerveau de la taille (plus petite) de celui du babouin, a indiqué Martin Pickford.

Sa collègue Brigitte Senut, professeur au Museum national d’histoire naturelle, a annoncé que le fossile sera transporté à Paris pour l'étudier et y subir un examen aux rayons x avant de retourner en Ouganda.

"Il sera nettoyé en France, préparé en France (...) et puis, dans à peu près un an, il retournera dans le pays" où il a été découvert, a-t-elle dit.

Le paléontologues français s'intéressent depuis 25 ans à l'Ouganda où ils viennent faire des recherches de terrain grâce à des fonds du gouvernement français, a précisé la scientifique.

La plaine aride de Karamoja, la région la moins développée d'Ouganda, a été récemment largement pacifiée après des décennies d'insécurité liée à des conflits armés entre communautés nomades d'éleveurs.

Source : 20 mn du 02/08/2011

lundi 14 février 2011

Lucy n'avait pas les pieds plats

Un os, et voici que les membres de la famille de Lucy - les Australopithecus Afarensis - montrent qu'ils avaient des pieds de bons marcheurs. Et non des pieds plats de chimpanzés et de gorilles.

C'est publié ce matin dans la revue Science, sous la signature de trois paléo-anthropologues... dont Donald Johanson, l'un des co-découvreur de Lucy, la célèbre australopithèque qui vivait il y a plus de 3 millions d'années dans la région de l'Hadar en Ethiopie. Aujourd'hui, elle est considérée comme une cousine plutôt qu'une ascendante directe de la lignée humaine.

Cet os, c'est un métatarse (le quatrième) du pied gauche d'un individu de la même espèce que Lucy. Découvert lui aussi dans la région de l'Hadar, il a été minutieusement étudié et comparé à des os d'humains actuels, de chimpanzés et de gorilles.
Or, sa morphologie montre, quel que soit l'angle d'observation, une parenté étroite avec la forme du  Comparaison os fossile, sapiens, chimpanzé et gorille métatarse de votre pied, et s'éloigne de celle des gorilles et chimpanzés (voir image à droite - où AL 333-160 désigne l'os fossile, tirée de l' article de Science).

Pour les paléoanthropologues cette similitude de forme indique une adaptation à la marche à pied intensive et donc à un mode de vie essentiellement bipède, où l'usage des arbres et de la locomotion par les bras entre branches n'est plus qu'occasionnelle.

Cette découverte vient nourrir le dossier déjà très rempli de la marche bipède des A. Afarensis. Des équipes de plusieurs pays, dont Brigitte Senut au Muséum national d'histoire naturelle ont abondamment étudié cet aspect de la question. Avec la découverte, en 2000 d'Orrorin, au Kenya, Brigitte Senut avait même montré que la bipédie permanente remonte jusqu'à environ 6 millions d'années chez les hominidés. La bipédie de Toumaï, plus âgé d'un bon million d'années, est supposée à partir de l'analyse de la base de son crâne mais pas démontrée par manque d'os fossiles le permettant.

L'étude publiée dans Science confirme donc que la bipédie n'est pas une spécialité humaine, ni un caractère tardivement survenu dans l'évolution qui a conduit à l'espèce humaine et qu'elle a pu se perpétuer durant plusieurs millions d'années sans pour autant diriger l'évolution vers ce qui sera l'homme, en particulier l'augmentation de la taille et de la complexité du cerveau. Autrement dit, l'histoire du singe qui se met debout pour courir plus vite dans la savanne et qui - du coup et automatiquement - développe son cerveau et devient un homme est une belle histoire... à ne pas raconter aux enfants.

Source : Sciences2 du 11/02/2011

mercredi 21 avril 2010

Les grandes découvertes de fossiles de nos ancêtres

1856
En Allemagne, dans la vallée de Neander, mise à jour d'ossements... c'est bien sûr le premier homme de néanderthal !

1891
C'est le Néerlandais Eugène Dubois qui découvre le pithécanthrope de Java.
Il est aujourd'hui classé dans l'espèce Homo erectus.

1924
En Afrique du sud, Raymond Dart paléontologue découvre le premier australopithèque : l'enfant de Taung.

1955
Encore des autralopithèques... mais d'Odulvai... découverts en Tanzanie par Louis Leakey.

1974
Yves Coppens et Maurice Taieb découvrent la fameuse Lucy, une australopthèque afarensis, en Afrique dans la région de l'Afar.

1991
Découverte d'Homo rudolfensis au Malawi.

1992
C'est Ardipithecus ramidis qui est trouvé (ardi signifiant «sol» et ramid, «racine» dans la langue de la population afar)

1995
Découverte d'Australopithecus anamensis au Kenya par Meave Leakey.
Abel, Australopithecus bahrelghazali est découvert au Kenya par Michel Brunet.

2000
En Géorgie, à Dmanissi, découverte de Geogicus, le premier européen par Davis Lordkipanidzé et Léo Gabounia.

Découverte d'Orrorin Tugenensis par Brigitte Senut. Surnommé Millenium ancestor.

2001
Meave Leakey découvre Kenyanthropus playtops au Kenya

2002
Toumaï (Sahelanthropus tchadensis) fait une entrée remarquée chez les hominidés... C'est Michel Brunet qui a fait cette découverte controversée.

2004
Découverte d'un nouvel hominidé sur l'île de Flores (Indonésie) : Homo floresiensis

Source : Hominidés.com

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Histoire
L'Homme ne sait que depuis un siècle et demi qu'il a une histoire, ce qui à l'échelle même de cette histoire représente une période très brève. Toumai (Sahelanthropus tchadensis), découvert en 2001 en Afrique centrale, est actuellement le plus lointain de nos ancêtres connus ; il a 7 millions d'années.

Première période de découvertes
Au début du XIXe siècle, l'Ancien testament est l'ouvrage de référence qui décrit l'histoire de l'Homme sur la Terre. Il est alors lu littéralement, et pour une très grande majorité l'aventure humaine est avant tout céleste, dans son origine comme dans son évolution. En l'espace d'un demi-siècle, l'association de la théorie de l'évolution de Charles Darwin et de découvertes allant dans son sens vont progressivement modifier cette vision que l'Homme a de lui, l'amenant à considérer les écrits bibliques comme plus allégoriques, et le poussant surtout à concevoir le fait qu'il a bel et bien un passé terrestre, qui est peut-être beaucoup plus étendu dans le temps que ce qui aurait pu être imaginé.

En 1836, Philippe-Charles Schmerling, médecin belge, découvre à Engis plusieurs ossements fossiles, dont un crâne humain qui sera bien plus tard identifié comme celui d'un enfant néandertalien. Mais il est à l'époque encore trop tôt pour admettre l'existence passée d'une autre espèce humaine. En 1848, un crâne d'adulte, beaucoup plus caractéristique, sera découvert à Gibraltar ; il subira le même sort que son ami belge.

En 1856, dans une carrière de la vallée allemande de Neander, des ouvriers mettent au jour des ossements et un fragment de crâne qu'ils remettent à Johann Carl Fuhlrott, un passionné d'histoire naturelle. Celui-ci remarque immédiatement la particularité de ces ossements qui, bien qu'étant visiblement différents de ceux d'un homme actuel, en possèdent tout de même certaines caractéristiques. Mais là encore, on ne va pas admettre immédiatement la parenté de l'hominidé auquel a appartenu ce crâne avec notre espèce. Le nom du lieu de la découverte va pourtant devenir célèbre, après que dans les années suivantes, les découvertes d'ossements de ce genre se sont multipliées. L'espèce Homo neanderthalensis est décrite en 1864 et il s'agit du premier hominidé fossile identifié. Les autres découvertes anciennes concernent à la fois des fossiles d'Homo sapiens (Cro-Magnon en 1868) et d'Homme de Néandertal, dont les squelettes de la Grotte de Spy en 1886 et de la Chapelle-aux-Saints en 1908.

En 1859, première date cruciale pour la théorie de l'évolution, Charles Darwin publie L'Origine des espèces. Suite aux théories énoncées dans cet ouvrage, le biologiste et philosophe allemand Ernst Haeckel proposa un arbre généalogique théorique de l’homme dans lequel il fait apparaître un « chaînon manquant », un être intermédiaire entre le singe et l’homme. Dans son ouvrage L’histoire de la création naturelle paru en 1868, il nomma cette créature hypothétique Pithecanthropus alalus. Le nom de genre est formé à partir des racines grecques πίθηκος, píthēkos, « singe » et ἄνθρωπος, anthropos, « homme ». Le nom d’espèce est formé sur le préfixe privatif « a- » et le λαλέω / laleô, « parler » : l’absence de langage articulé était en effet considérée comme l’une des caractéristiques nécessaires du Pithécanthrope.

Cette théorie entrainera à son tour l'anatomiste néerlandais Eugène Dubois dans des expéditions vers la Malaisie et l'Indonésie. À partir de 1891, ce dernier découvrira sur l'île de Java des ossements fossiles ayant appartenu à ce fameux Pithecanthropus. Il définit alors l'espèce Pithecanthropus erectus, unfémur mis au jour appartenant incontestablement à un être bipède.

En 1921, le géologue suédois Johan Gunnar Andersson découvre à Zhoukoudian en Chine, près de Pékin, des fossiles que le professeur canadien Davidson Black décrit en 1927 comme appartenant à une nouvelle espèce contemporaine de Pithecanthropus erectus, le Sinanthrope. Pierre Teilhard de Chardin découvre par la suite, au même endroit, un nombre impressionnant de restes d'hominines du même type, qui seront cependant perdus pendant la Deuxième Guerre mondiale, alors qu'ils sont en route pour l'Amérique.

Aujourd'hui, le Sinanthrope et le Pithécanthrope sont regroupés au sein de l'espèce Homo erectus, cantonnée à l'Asie selon certains paléoanthropologues.

En 1871, Darwin publie La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe, ouvrage dans lequel il avance que, dans la nature actuelle, les chimpanzés et les gorilles sont les plus proches de l'espèce humaine et qu'un jour, on trouvera des ancêtres communs aux deux et qui seront africains. paléoanthropologie.

En 1912, on annonce la découverte sensationnelle en Angleterre, à Piltdown, d'un crâne d'homme qui a toutes les caractéristiques de l'homme actuel, excepté une mâchoire primitive. On voit en ce fossile le « chaînon manquant » tant recherché entre le singe et l'Homme. Il a 600 000 ans environ ; il est alors décrit comme le véritable ancêtre de l'Homme moderne, au détriment de l'Homme de Néandertal. Il faudra attendre 1953 pour que l'on démontre que l'homme de Piltdown est une supercherie.

Deuxième période de découvertes
En 1924, Raymond Dart découvre le fossile de l'enfant de Taung en Afrique du Sud ; c'est le premier australopithèque connu. Mais à ce moment-là, l'homme de Piltdown est considéré comme l'ancêtre de l'homme et faire accepter à la communauté que l'enfant de Taung, âgé de plus de 2 millions d'années, africain de surcroît, est le véritable ancêtre n'est pas chose facile. Dart va se battre jusqu'en 1953, date à laquelle les restes de Piltdown sont analysés plus précisément, et où est révélée la supercherie. On découvrira dans les années suivantes d'autres australopithèques en Afrique du Sud.

En 1959, Louis et Mary Leakey trouvent le premier australopithèque robuste en Afrique centrale. Ils créent l'espèce Australopithecus boisei, datant d'1,75 millions d'années.

En 1967, Wilson et Sykes, biologistes moléculaires, affirment qu'entre les bonobos, espèce de chimpanzé, et l'Homme, il n'y a pas plus de 2 % d'écart au niveau génétique. La prévision de Darwin de 1871 est alors en partie vérifiée. Ils évaluent la date de la dichotomie entre le chimpanzé et l'Homme aux alentours de 3 millions d'années ; il y a 3 millions d'années aurait vécu un ancêtre commun au singe et à l'Homme, qui aurait donné naissance à ces deux branches.

En 1974, Lucy (Australopithecus afarensis) est découverte, toujours en Afrique orientale ; elle a 3,2 millions d'années et bouscule les prévisions. Yves Coppens popularise l'East Side Story quelques années plus tard, théorie qui localise le berceau de l'humanité à l'est du Grand rift africain. Depuis ces découvertes, les biologistes ont réévalué l'époque de la dichotomie et estiment qu'elle pourrait avoir eu lieu il y a 6,3 Ma. Selon Michel Brunet, dont l'équipe a mis au jour Toumaï, la séparation entre l'Homme et le singe à partir de l'ancêtre commun aurait eu lieu aux alentours de 8 Ma, ce qui reste une hypothèse à vérifier.

En 1982, David Pilbeam découvre une face d'hominoïde au Pakistan datant d'environ 10 Ma ; elle est attribuée à une nouvelle espèce de primates, le Ramapithecus ; ce fossile est aujourd'hui considéré comme la femelle d'une espèce déjà connue, le Sivapithecus, espèce apparentée à l'orang-outan actuel.

En 1995, un fragment de mandibule d'un individu surnommé Abel (Australopithecus bahrelghazali) est retrouvé au Tchad ; le fossile date de 3,5 à 3 Ma et est plus ou moins contemporain de Lucy. Le sensationnel de cette découverte réside dans le fait qu'Abel est situé à 2500 km à l'ouest du Grand Rift, en Afrique centrale, ce qui remet en question la théorie de l'East Side Story.

En 2000, Orrorin tugenensis est retrouvé au Kenya ; il a 6 Ma.

En 2001, Ardipithecus kadabba (5,8 à 5,2 Ma) et Toumaï (Sahelanthropus tchadensis, 7Ma) sont découverts, respectivement en Éthiopie et au Tchad.

Ces trois derniers hominidés du Miocène supérieur découverts récemment suscitent encore de nombreux débats, en particulier concernant leur éventuelle appartenance à la sous-tribu des hominines.

Source : Wikipedia