SCIENCE - La découverte d'une calotte crânienne datant de 55.000 ans avant notre ère dans une grotte en Israël est la première preuve concrète de la présence de l'homme moderne au Moyen-Orient à une époque où les hommes de Néanderthal étaient également présents dans la région.
Ce n'est pas qu'un simple fossile, qui est présenté dans cette étude publiée dans la revue Nature. Ce crâne pourrait bien être un indice de l'endroit où l'homme moderne a eu ses premiers rapports sexuels avec ses cousins du Néandertal.
Expansion de l'homme moderne
C'est un événement clé de l'évolution de l'humanité. Il y a 60.000 - 40.000 l'ans, l'histoire assistait en effet à l'expansion de l'homme moderne (Homo sapiens) d'origine africaine à travers l'Eurasie, remplaçant toutes les autres formes d'hominidés dont l'Homo neanderthalis.
Toutefois, ces ancêtres de toutes les populations non-africaines d'aujourd'hui restent largement énigmatiques en raison de la pénurie de fossiles humains datant de cette période.
La découverte en Galilée, dans le nord-ouest d'Israël, d'une partie de crâne datant de 55.000 avant notre ère lors de la fouille de la grotte de Manot apporte ainsi un nouvel éclairage sur la migration des "hommes anatomiquement modernes" en dehors d'Afrique. Et donc de leurs premières rencontres avec les hommes de Néandertal.
Une bosse qu'on retrouve chez le Néandertal et chez l'homme moderne
Les chercheurs n'ont découvert qu'une partie du crâne, mais sa forme distinctive - avec une "bosse" sur la région occipitale que l'on retrouve autant chez les Néanderthaliens européens que chez une majorité des premiers hommes modernes du paléolithique supérieur - le rattachent aux crânes d'hommes modernes d'Afrique et d'Europe.
Pour le chercheur Israel Hershkovitz et ses collègues, cela suggère que l'Homme de Manot pourrait "être relié de près aux premiers hommes modernes qui ont par la suite colonisé avec succès l'Europe".
Les auteurs reconnaissent toutefois que l'étude de la morphologie crânienne n'est pas suffisante pour affirmer que l'homme de Manot est un hybride entre les "hommes anatomiquement modernes" et les hommes de Néanderthal du Moyen-Orient.
Le crâne de Manot est cependant bien la preuve que les hommes modernes et leurs cousins néanderthaliens habitaient au même moment le sud de cette région durant le Paléolithique moyen et supérieur "à peu de distance de la période durant laquelle les deux groupes d'hominidés se sont probablement hybridés", souligne l'étude.
Des preuves de deux autres peuplements à l'époque paléolithique ont été découverts en Israël: des crânes sur les sites de Skhul et de Qafzeh témoignent d'une première dispersion d'hommes anatomiquement modernes entre 120.000 et 90.000 ans avant notre ère, tandis que des fossiles néanderthaliens on été trouvés dans les sites d'Amud, Kebara ou Dederiyeh.
Source : Huffington Post du 29/01/2015
vendredi 30 janvier 2015
jeudi 29 janvier 2015
mercredi 28 janvier 2015
La longue marche de Sapiens: ce que nous apprend la génétique
Depuis deux décennies, la génétique a bouleversé nos connaissances sur l'apparition et le peuplement de l'espèce Homo. En cinq questions clefs, voici ce qu'elle nous apprend.
1. Le scénario des origines
Jusqu'à présent, deux théories à propos de l'apparition de l'homme moderne s'opposaient. La première, dite "multirégionaliste", soutient que les populations ancestrales auraient quitté l'Afrique voilà 2 millions d'années, engendrant simultanément diverses espèces locales comme Homo neanderthalensis en Europe ou Homo erectus. Toutes auraient évolué de façons différentes avant de donner naissance à Homo sapiens sapiens. La seconde, dite "Out of Africa", se situant il y a environ 200 000 ans, affirme qu'une seule et même espèce (la nôtre) serait apparue en Afrique, avant de migrer dans le reste du monde en supplantant toutes les autres sans se mélanger.
"Le modèle multirégionaliste a été abandonné, tranche Henry de Lumley, directeur de l'Institut de paléontologie humain de Paris, car il souffrait d'une faiblesse originelle. Comment voulez-vous que des êtres aussi différents que Neandertal et Homo heidelbergensis, que nous avons trouvé à Tautavel, aient abouti à une seule espèce, Homo sapiens?"
Pour autant, la théorie "Out of Africa" ne l'a pas définitivement emporté. Disons que la génétique l'a d'abord amendée, puis complexifiée. En 1987, des travaux sur l'ADN mitochondrial (transmis par les femmes) confirment effectivement l'origine africaine de l'homme, et laisse entendre qu'il existe un berceau géographique commun à l'humanité (on parle alors de jardin d'Eden) ainsi qu'un ancêtre commun.
Mais d'autres études (portant notamment sur le chromosome Y) ont, depuis, montré qu'un "Sapiens archaïque" a vraisemblablement essaimé un peu partout sur le continent africain avant de partir à la conquête du monde. "Il n'y a pas eu une sortie d'Afrique, mais plusieurs, et à des époques différentes", précise Gaspard Guipert, chercheur associé au Centre européen de recherche et d'enseignement de géosciences de l'environnement (Cerege), à Aix-en-Provence.
Des résultats confirmés par le séquençage du génome humain, achevé en 2003, qui a montré que toutes les "lignées se branchent bien sur le rameau africain", ajoute Jean-Jacques Hublin, directeur du département de l'évolution humaine de l'Insti tut Max-Planck, à Leipzig (Allemagne). Avant de préciser que la biologie moléculaire conforte aussi le mouvement migratoire: "Les chercheurs ont clairement montré que plus les populations se trouvent géographiquement loin de l'Afrique et moins elles ont de diversité génétique." D'où des phénomènes extrêmes dans les contrées les plus reculées, comme le nanisme insulaire, dont a été victime l'homme de Flores, découvert en 2003, et dont les restes, datés autour de -18000 ans, en faisaient un descendant direct d'Homo erectus.
2. La longue migration
Depuis l'Afrique, quelles routes nos ancêtres ont-ils pu emprunter ? Le couloir du Levant reste le plus souvent évoqué, avec la Turquie et le contournement de la mer Noire en direction de l'Europe et de l'Asie. "Chez nous, les premières traces du genre Homo remontent à entre -1,6 et -1,8 million d'années dans le bassin de Nihewan (nord-est de la Chine), où une dizaine de sites fossilifères ont été identifiés", explique Shen Guanjun, de l'université de Nankin. D'autres ossements exhumés ces dernières années, notamment à Damnisi (Géorgie), où a été découvert le plus ancien Européen, vont aussi dans ce sens.
Mais, si l'on se positionne autour de -2 millions d'années (période de glaciation, avec un niveau des mers plus bas), différentes voies ont pu être utilisées : celle qui va de la Tunisie au sud de l'Italie, celle qui passe par le Bosphore ou bien le détroit de Gibraltar. Des déplacements de populations liés non pas simplement à l'esprit aven tureux des premiers hommes modernes, mais à la contrainte climatique et à l'abondance du gibier.
Les mouvements de migration plus tardifs, qui amènent Homo sapiens à conquérir le monde entre -150 000 et -45 000 ans, sont mieux connus. La géné tique a même permis de trancher un débat ancien : le peuplement de l'Amérique. Celui-ci semble bien d'origine asiatique (nombre de gènes sont communs avec ceux des Sibériens) et se déroule via le détroit de Béring (par voie terrestre ou maritime). En Europe, cette expansion ne se fait pas sans difficulté. L'équipe de l'Institut Max-Planck, à Leipzig, a publié au mois d'octobre 2014, dans la revue Nature, les résultats d'une étude du génome d'un fémur trouvé près d'Ust'-Ichim, en Sibérie occidentale.
Contrairement aux premières investigations, la datation au carbone 14 révèle qu'il s'agit bien d'un individu Homo sapiens et non d'un néandertalien dont le décès date d'il y a 45000 ans, ce qui en fait le plus ancien représentant de notre espèce jamais trouvé hors de l'Afrique et du Proche-Orient. Surtout, en comparant ce génome avec ceux qu'ils avaient à leur disposition, les chercheurs font de l'homme d'Ust'-Ichim un gaillard plus proche des non-Africains que des Africains et plus lié aux Européens anciens qu'aux Asiatiques. Pour les paléontologues, cette découverte apporte la preuve irréfutable que la lignée de Sapiens non-africains provient d'un groupe qui a quitté son continent il y a 60 000 ans, donc plus tôt que ce qu'ils croyaient jusque-là. Des individus modernes qui ont trouvé en face d'eux une espèce plus ancienne et plus forte, Homo neanderthalensis.
3. Neandertal réhabilité
S'il en est un dont l'image a totalement été révisée grâce à la biologie moléculaire, c'est bien l'homme de Neandertal, qui doit son nom à la vallée de Neander, près de Düsseldorf (Allemagne), où fut découvert le premier individu, en 1856. A l'époque, vu ses caractéristiques -arrière-crâne développé, bourrelets suborbitaux protubérants et silhouette robuste-, les chercheurs le prennent pour... un ours. D'où l'image de balourd qu'il se traîne au XIXe, puis au XXe siècle. "Trapu, petit, sans menton, avec une visière de casque au-dessus des yeux, il a longtemps été considéré comme un être inférieur", regrette Marylène Patou-Mathis, chercheuse au CNRS, qui connaît Neandertalmieux que personne et oeuvre à sa réhabilitation.
Cette réputation ne s'arrange guère avec la découverte, plus tard, de l'homme de Cro-Magnon, cet être gracile au port altier. Un Sapiens qui en impose, avec ses manières, puisqu'il invente le principe des sépultures et pratique l'art et la chasse. Pourtant, en un peu plus d'une décennie, notre cousin Neandertal a regagné un à un ses galons de "moderne". D'abord, lui aussi travaille avec des outils élaborés. Mieux, il a inventé une technique de coupe dite "Levallois", qui réclame certaines capacités cognitives. Lui aussi enterre ses morts, et ce, dès -80000 ans, démontrant ainsi son sens de l'empathie et le développement de pensées métaphysiques. Lui aussi utilise certaines plantes médicinales, comme le prouvent des restes de pollen trouvés dans ses tombes. Lui aussi chasse, jusqu'à élaborer des stratégies d'encerclement du gibier. Lui aussi a développé l'art de la parure (bijoux, tatouages, coiffure). Lui aussi, à l'instar d'un Kandinsky ou d'un Kupka, au XXe siècle, était maître en art abstrait, comme l'a révélé une gravure découverte en septembre 2014 dans la grotte de Gorham (Gibraltar), située à flanc de falaise, devant la mer Méditerranée.
Pour les spécialistes anglais, espagnols et français (CNRS-université de Bordeaux), auteurs de l'article publié dans la revue PNAS, ces lignes horizontales et verticales creusées dans la paroi, voilà 39 000 ans, servaient à marquer l'espace d'habitation. Elles caractérisent un geste technique sans lien avec un but matériel immédiat que l'on croyait être l'apanage de l'homme moderne. Enfin, les généticiens ont montré qu'Homo neanderthalensis utilisait une forme de langage (gène FOXP-2). Et que sa peau était moins basanée que ce que l'on croyait jusqu'ici. "Difficile, à la lumière des découvertes récentes, de ne pas faire de Neandertal l'égal de Sapiens, conclut Marylène Patou-Mathis. Je pense même qu'il a aidé ce dernier à découvrir le territoire européen qui était pour lui une terra incognita."
4. Y a-t-il eu hybridation entre Homo sapiens et d'autres espèces ?
La question est longtemps restée une des énigmes majeures de la paléontologie : en comparant crânes et ossements, les chercheurs n'ont jamais pu conclure à l'existence d'une espèce intermédiaire. Souvent trompés par une prétendue supériorité de l'homme moderne, nombre d'entre eux estimaient que Sapiens n'aurait pas pu fricoter avec son cousin.
Et l'absence de gisement fossilifère où l'on aurait pu trouver les deux espèces a longtemps entretenu l'idée d'une impossible hybridation. Mais ce serait oublier un peu vite que ces deux populations cohabitèrent durant près de 12 000 ans ! Aujourd'hui, la science prouve qu'il y a bien eu métis sage, puisque le génome de Neandertal, décrypté en 2010 par l'Institut Max-Planck, montre que nous avons tous en nous quelque chose de lui : Européens et Asiatiques possèdent de 1 à 4% de ses gènes ! Toutefois, ces croisements sont restés plus que restreints.
Et pour cause ! Nombre de clans de Sapiens et de Neanderthalensis ont tout à fait pu ne jamais se rencontrer, notamment en Europe. D'autant qu'ils ne représentaient que quelques dizaines de milliers d'individus éparpillés sur de grands espaces. D'autres ont pu s'apercevoir, tout en restant à distance, selon une technique d'évitement somme toute compréhensible. Enfin, une poignée d'entre eux ont fini par se mêler, il y a 70 000 ou 80 000 ans.
5. Pourquoi Sapiens s'est-il retrouvé seul sur Terre ?
D'abord parce qu'à son époque il avait peu de concurrents : le genre Homo comptait un nombre infime de branches. Outre Sapiens, il y a donc Neandertal et l'homme de Flores, disparu de la surface de son île, peut-être à la suite d'une éruption volcanique. A moins que celui que les médias ont affectueusement surnommé le "Hobbit", en référence au Seigneur des anneaux, ne fût né avec le syndrome de Down (trisomie 21) comme le suggèrent les Drs Henneberg et Eckhardt dans une étude scientifique parue au mois d'août 2014. Reste, enfin, une espèce inédite, les dénisoviens, définie en mars 2010 par les généticiens. Cette fois, non grâce à un crâne, mais à partir d'une étude d'ADN, puisque l'individu se résume à un seul... fragment d'auriculaire, trouvé par les Russes dans la région de l'Altaï.
Les paléogénéticiens de l'Institut Max-Planck, toujours eux, ont révélé que cet Homo, vieux de 40000 ans, ne ressemblait à aucun autre. Mais, faute d'ossements supplémentaires, l'homme de Denisova reste bien mystérieux. Difficile, donc, de lancer des hypothèses sur les causes de sa disparition, alors que l'affaire semble un peu plus simple en ce qui concerne Neandertal.
Du moins sur le papier, car paléo-anthropologues et généticiens ont apporté des explications pas toujours convaincantes. La plus ancienne voudrait que le gros balourd eût été trop stupide pour s'habituer aux changements climatiques. Un argument qui manque indubitablement de fond, d'autant que lui vécut plus de 300000 ans, soit, à l'heure actuelle, au moins 100 000 de plus que nous... Pas sûr, donc, que nous ayons des leçons d'adaptabilité à lui donner ! L'idée d'une pandémie a aussi été avancée dans la revue Current Biology à la fin de l'année 2013 montrant notamment que notre ADN contient des virus qui étaient communs à nos espèces.
"L'une des deux n'y aurait pas survécu", explique Marylène Patou-Mathis. Sans y croire vraiment : "Cela peut s'entendre sur des aires géographiques limitées, mais pas à grande échelle." Restent les thèses, assez hasardeuses, d'un régime insuffisamment diversifié et d'une extermination massive par des hordes d' "Attila-Sapiens" -sauf qu'il n'existe aucune trace de massacre. Ou encore l'idée selon laquelle une dilution génétique aurait conduit notre lointain cousin à se fondre avec la branche Homo sapiens.
La réponse pourrait être plus prosaïque et se réduire à un problème démographique : les dernières études génétiques montrent un goulet d'étranglement autour de - 60 000 ans, avec une forte baisse de la natalité et une mortalité féminine importante. D'ailleurs, à ce jour, peu de squelettes de néandertaliennes âgées ont été exhumés. La lignée se serait donc éteinte progressivement, ses dernières traces datant d'entre -40000 ans et -28000.
"Peut-être était-il trop conservateur, suggère aussi la chercheuse. Et, lorsqu'il a fallu s'adapter, il a pu manquer de sens de l'innovation et ne pas savoir se projeter dans l'avenir." La leçon vaut pour toutes les espèces humaines, d'hier et d'aujourd'hui.
Source : L'Express du 18/01/2015
1. Le scénario des origines
Jusqu'à présent, deux théories à propos de l'apparition de l'homme moderne s'opposaient. La première, dite "multirégionaliste", soutient que les populations ancestrales auraient quitté l'Afrique voilà 2 millions d'années, engendrant simultanément diverses espèces locales comme Homo neanderthalensis en Europe ou Homo erectus. Toutes auraient évolué de façons différentes avant de donner naissance à Homo sapiens sapiens. La seconde, dite "Out of Africa", se situant il y a environ 200 000 ans, affirme qu'une seule et même espèce (la nôtre) serait apparue en Afrique, avant de migrer dans le reste du monde en supplantant toutes les autres sans se mélanger.
"Le modèle multirégionaliste a été abandonné, tranche Henry de Lumley, directeur de l'Institut de paléontologie humain de Paris, car il souffrait d'une faiblesse originelle. Comment voulez-vous que des êtres aussi différents que Neandertal et Homo heidelbergensis, que nous avons trouvé à Tautavel, aient abouti à une seule espèce, Homo sapiens?"
Pour autant, la théorie "Out of Africa" ne l'a pas définitivement emporté. Disons que la génétique l'a d'abord amendée, puis complexifiée. En 1987, des travaux sur l'ADN mitochondrial (transmis par les femmes) confirment effectivement l'origine africaine de l'homme, et laisse entendre qu'il existe un berceau géographique commun à l'humanité (on parle alors de jardin d'Eden) ainsi qu'un ancêtre commun.
Mais d'autres études (portant notamment sur le chromosome Y) ont, depuis, montré qu'un "Sapiens archaïque" a vraisemblablement essaimé un peu partout sur le continent africain avant de partir à la conquête du monde. "Il n'y a pas eu une sortie d'Afrique, mais plusieurs, et à des époques différentes", précise Gaspard Guipert, chercheur associé au Centre européen de recherche et d'enseignement de géosciences de l'environnement (Cerege), à Aix-en-Provence.
Des résultats confirmés par le séquençage du génome humain, achevé en 2003, qui a montré que toutes les "lignées se branchent bien sur le rameau africain", ajoute Jean-Jacques Hublin, directeur du département de l'évolution humaine de l'Insti tut Max-Planck, à Leipzig (Allemagne). Avant de préciser que la biologie moléculaire conforte aussi le mouvement migratoire: "Les chercheurs ont clairement montré que plus les populations se trouvent géographiquement loin de l'Afrique et moins elles ont de diversité génétique." D'où des phénomènes extrêmes dans les contrées les plus reculées, comme le nanisme insulaire, dont a été victime l'homme de Flores, découvert en 2003, et dont les restes, datés autour de -18000 ans, en faisaient un descendant direct d'Homo erectus.
2. La longue migration
Depuis l'Afrique, quelles routes nos ancêtres ont-ils pu emprunter ? Le couloir du Levant reste le plus souvent évoqué, avec la Turquie et le contournement de la mer Noire en direction de l'Europe et de l'Asie. "Chez nous, les premières traces du genre Homo remontent à entre -1,6 et -1,8 million d'années dans le bassin de Nihewan (nord-est de la Chine), où une dizaine de sites fossilifères ont été identifiés", explique Shen Guanjun, de l'université de Nankin. D'autres ossements exhumés ces dernières années, notamment à Damnisi (Géorgie), où a été découvert le plus ancien Européen, vont aussi dans ce sens.
Mais, si l'on se positionne autour de -2 millions d'années (période de glaciation, avec un niveau des mers plus bas), différentes voies ont pu être utilisées : celle qui va de la Tunisie au sud de l'Italie, celle qui passe par le Bosphore ou bien le détroit de Gibraltar. Des déplacements de populations liés non pas simplement à l'esprit aven tureux des premiers hommes modernes, mais à la contrainte climatique et à l'abondance du gibier.
Les mouvements de migration plus tardifs, qui amènent Homo sapiens à conquérir le monde entre -150 000 et -45 000 ans, sont mieux connus. La géné tique a même permis de trancher un débat ancien : le peuplement de l'Amérique. Celui-ci semble bien d'origine asiatique (nombre de gènes sont communs avec ceux des Sibériens) et se déroule via le détroit de Béring (par voie terrestre ou maritime). En Europe, cette expansion ne se fait pas sans difficulté. L'équipe de l'Institut Max-Planck, à Leipzig, a publié au mois d'octobre 2014, dans la revue Nature, les résultats d'une étude du génome d'un fémur trouvé près d'Ust'-Ichim, en Sibérie occidentale.
Contrairement aux premières investigations, la datation au carbone 14 révèle qu'il s'agit bien d'un individu Homo sapiens et non d'un néandertalien dont le décès date d'il y a 45000 ans, ce qui en fait le plus ancien représentant de notre espèce jamais trouvé hors de l'Afrique et du Proche-Orient. Surtout, en comparant ce génome avec ceux qu'ils avaient à leur disposition, les chercheurs font de l'homme d'Ust'-Ichim un gaillard plus proche des non-Africains que des Africains et plus lié aux Européens anciens qu'aux Asiatiques. Pour les paléontologues, cette découverte apporte la preuve irréfutable que la lignée de Sapiens non-africains provient d'un groupe qui a quitté son continent il y a 60 000 ans, donc plus tôt que ce qu'ils croyaient jusque-là. Des individus modernes qui ont trouvé en face d'eux une espèce plus ancienne et plus forte, Homo neanderthalensis.
3. Neandertal réhabilité
S'il en est un dont l'image a totalement été révisée grâce à la biologie moléculaire, c'est bien l'homme de Neandertal, qui doit son nom à la vallée de Neander, près de Düsseldorf (Allemagne), où fut découvert le premier individu, en 1856. A l'époque, vu ses caractéristiques -arrière-crâne développé, bourrelets suborbitaux protubérants et silhouette robuste-, les chercheurs le prennent pour... un ours. D'où l'image de balourd qu'il se traîne au XIXe, puis au XXe siècle. "Trapu, petit, sans menton, avec une visière de casque au-dessus des yeux, il a longtemps été considéré comme un être inférieur", regrette Marylène Patou-Mathis, chercheuse au CNRS, qui connaît Neandertalmieux que personne et oeuvre à sa réhabilitation.
Cette réputation ne s'arrange guère avec la découverte, plus tard, de l'homme de Cro-Magnon, cet être gracile au port altier. Un Sapiens qui en impose, avec ses manières, puisqu'il invente le principe des sépultures et pratique l'art et la chasse. Pourtant, en un peu plus d'une décennie, notre cousin Neandertal a regagné un à un ses galons de "moderne". D'abord, lui aussi travaille avec des outils élaborés. Mieux, il a inventé une technique de coupe dite "Levallois", qui réclame certaines capacités cognitives. Lui aussi enterre ses morts, et ce, dès -80000 ans, démontrant ainsi son sens de l'empathie et le développement de pensées métaphysiques. Lui aussi utilise certaines plantes médicinales, comme le prouvent des restes de pollen trouvés dans ses tombes. Lui aussi chasse, jusqu'à élaborer des stratégies d'encerclement du gibier. Lui aussi a développé l'art de la parure (bijoux, tatouages, coiffure). Lui aussi, à l'instar d'un Kandinsky ou d'un Kupka, au XXe siècle, était maître en art abstrait, comme l'a révélé une gravure découverte en septembre 2014 dans la grotte de Gorham (Gibraltar), située à flanc de falaise, devant la mer Méditerranée.
Pour les spécialistes anglais, espagnols et français (CNRS-université de Bordeaux), auteurs de l'article publié dans la revue PNAS, ces lignes horizontales et verticales creusées dans la paroi, voilà 39 000 ans, servaient à marquer l'espace d'habitation. Elles caractérisent un geste technique sans lien avec un but matériel immédiat que l'on croyait être l'apanage de l'homme moderne. Enfin, les généticiens ont montré qu'Homo neanderthalensis utilisait une forme de langage (gène FOXP-2). Et que sa peau était moins basanée que ce que l'on croyait jusqu'ici. "Difficile, à la lumière des découvertes récentes, de ne pas faire de Neandertal l'égal de Sapiens, conclut Marylène Patou-Mathis. Je pense même qu'il a aidé ce dernier à découvrir le territoire européen qui était pour lui une terra incognita."
4. Y a-t-il eu hybridation entre Homo sapiens et d'autres espèces ?
La question est longtemps restée une des énigmes majeures de la paléontologie : en comparant crânes et ossements, les chercheurs n'ont jamais pu conclure à l'existence d'une espèce intermédiaire. Souvent trompés par une prétendue supériorité de l'homme moderne, nombre d'entre eux estimaient que Sapiens n'aurait pas pu fricoter avec son cousin.
Et l'absence de gisement fossilifère où l'on aurait pu trouver les deux espèces a longtemps entretenu l'idée d'une impossible hybridation. Mais ce serait oublier un peu vite que ces deux populations cohabitèrent durant près de 12 000 ans ! Aujourd'hui, la science prouve qu'il y a bien eu métis sage, puisque le génome de Neandertal, décrypté en 2010 par l'Institut Max-Planck, montre que nous avons tous en nous quelque chose de lui : Européens et Asiatiques possèdent de 1 à 4% de ses gènes ! Toutefois, ces croisements sont restés plus que restreints.
Et pour cause ! Nombre de clans de Sapiens et de Neanderthalensis ont tout à fait pu ne jamais se rencontrer, notamment en Europe. D'autant qu'ils ne représentaient que quelques dizaines de milliers d'individus éparpillés sur de grands espaces. D'autres ont pu s'apercevoir, tout en restant à distance, selon une technique d'évitement somme toute compréhensible. Enfin, une poignée d'entre eux ont fini par se mêler, il y a 70 000 ou 80 000 ans.
5. Pourquoi Sapiens s'est-il retrouvé seul sur Terre ?
D'abord parce qu'à son époque il avait peu de concurrents : le genre Homo comptait un nombre infime de branches. Outre Sapiens, il y a donc Neandertal et l'homme de Flores, disparu de la surface de son île, peut-être à la suite d'une éruption volcanique. A moins que celui que les médias ont affectueusement surnommé le "Hobbit", en référence au Seigneur des anneaux, ne fût né avec le syndrome de Down (trisomie 21) comme le suggèrent les Drs Henneberg et Eckhardt dans une étude scientifique parue au mois d'août 2014. Reste, enfin, une espèce inédite, les dénisoviens, définie en mars 2010 par les généticiens. Cette fois, non grâce à un crâne, mais à partir d'une étude d'ADN, puisque l'individu se résume à un seul... fragment d'auriculaire, trouvé par les Russes dans la région de l'Altaï.
Les paléogénéticiens de l'Institut Max-Planck, toujours eux, ont révélé que cet Homo, vieux de 40000 ans, ne ressemblait à aucun autre. Mais, faute d'ossements supplémentaires, l'homme de Denisova reste bien mystérieux. Difficile, donc, de lancer des hypothèses sur les causes de sa disparition, alors que l'affaire semble un peu plus simple en ce qui concerne Neandertal.
Du moins sur le papier, car paléo-anthropologues et généticiens ont apporté des explications pas toujours convaincantes. La plus ancienne voudrait que le gros balourd eût été trop stupide pour s'habituer aux changements climatiques. Un argument qui manque indubitablement de fond, d'autant que lui vécut plus de 300000 ans, soit, à l'heure actuelle, au moins 100 000 de plus que nous... Pas sûr, donc, que nous ayons des leçons d'adaptabilité à lui donner ! L'idée d'une pandémie a aussi été avancée dans la revue Current Biology à la fin de l'année 2013 montrant notamment que notre ADN contient des virus qui étaient communs à nos espèces.
"L'une des deux n'y aurait pas survécu", explique Marylène Patou-Mathis. Sans y croire vraiment : "Cela peut s'entendre sur des aires géographiques limitées, mais pas à grande échelle." Restent les thèses, assez hasardeuses, d'un régime insuffisamment diversifié et d'une extermination massive par des hordes d' "Attila-Sapiens" -sauf qu'il n'existe aucune trace de massacre. Ou encore l'idée selon laquelle une dilution génétique aurait conduit notre lointain cousin à se fondre avec la branche Homo sapiens.
La réponse pourrait être plus prosaïque et se réduire à un problème démographique : les dernières études génétiques montrent un goulet d'étranglement autour de - 60 000 ans, avec une forte baisse de la natalité et une mortalité féminine importante. D'ailleurs, à ce jour, peu de squelettes de néandertaliennes âgées ont été exhumés. La lignée se serait donc éteinte progressivement, ses dernières traces datant d'entre -40000 ans et -28000.
"Peut-être était-il trop conservateur, suggère aussi la chercheuse. Et, lorsqu'il a fallu s'adapter, il a pu manquer de sens de l'innovation et ne pas savoir se projeter dans l'avenir." La leçon vaut pour toutes les espèces humaines, d'hier et d'aujourd'hui.
Source : L'Express du 18/01/2015
lundi 26 janvier 2015
Bourgogne : découverte d'un outil multi-fonction fabriqué par Néandertal
Des paléoanthropologues ont découvert un outil en os taillé par l'homme de Néandertal, dont les fonctions étaient multiples. La trouvaille a été faite dans la grotte du Bison, en Bourgogne (France).
Un couteau suisse préhistorique, taillé par l'homme de Néandertal il y a 55 000 à 60 000 ans. C'est ni plus ni moins ce qu'on découvert des paléoanthropologues dans la grotte du Bison (Bourgogne, France), alors qu'ils fouillaient ce site préhistorique.
Et pour cause, puisque cet outil, un os taillé provenant du fémur gauche d'un renne, remplissait au moins trois fonctions : il servait en effet à dépecer le gibier et à en extraire la moelle, à affûter des outils de pierre, et était enfin utilisé comme grattoir.
Selon Luc Doyon (Université de Montréal, Canada), co-auteur de la découverte, c'est la première fois qu'un outil multifonctionnel datant de cette période est découvert.
Au-delà de la dimension "multi-fonction" de cet outil, cette découverte vient confirmer encore un peu plus que les facultés cognitives de l'homme de Néandertal étaient très probablement équivalentes à celles de l'homme moderne : "La présence de cet outil dans un contexte où les outils de pierre sont abondants suggère qu'il s'agit du choix opportuniste d'un fragment d'os et de sa transformation en outil par Néandertal", explique Doyon dans un communiqué publié par l'université de Montréal. "Il a longtemps été supposé qu'avant Homo sapiens, les autres espèces n'avaient pas la capacité de produire ce type d'artefact. Cette découverte réduit le décalage entre les deux espèces".
La trouvaille a fait l'objet d'une publication dans le Bulletin de la Société préhistorique française, sous le titre "Un outil en os à usages multiples dans un contexte moustérien".
Source : Le Journal de la Science du 15/01/2015
Un couteau suisse préhistorique, taillé par l'homme de Néandertal il y a 55 000 à 60 000 ans. C'est ni plus ni moins ce qu'on découvert des paléoanthropologues dans la grotte du Bison (Bourgogne, France), alors qu'ils fouillaient ce site préhistorique.
Et pour cause, puisque cet outil, un os taillé provenant du fémur gauche d'un renne, remplissait au moins trois fonctions : il servait en effet à dépecer le gibier et à en extraire la moelle, à affûter des outils de pierre, et était enfin utilisé comme grattoir.
Selon Luc Doyon (Université de Montréal, Canada), co-auteur de la découverte, c'est la première fois qu'un outil multifonctionnel datant de cette période est découvert.
Au-delà de la dimension "multi-fonction" de cet outil, cette découverte vient confirmer encore un peu plus que les facultés cognitives de l'homme de Néandertal étaient très probablement équivalentes à celles de l'homme moderne : "La présence de cet outil dans un contexte où les outils de pierre sont abondants suggère qu'il s'agit du choix opportuniste d'un fragment d'os et de sa transformation en outil par Néandertal", explique Doyon dans un communiqué publié par l'université de Montréal. "Il a longtemps été supposé qu'avant Homo sapiens, les autres espèces n'avaient pas la capacité de produire ce type d'artefact. Cette découverte réduit le décalage entre les deux espèces".
La trouvaille a fait l'objet d'une publication dans le Bulletin de la Société préhistorique française, sous le titre "Un outil en os à usages multiples dans un contexte moustérien".
Source : Le Journal de la Science du 15/01/2015
vendredi 23 janvier 2015
Aux origines de l'homme, du nouveau
De nos lointains ancêtres à Sapiens, fouilles, découvertes et techniques récentes ont conduit les paléontologues à revisiter la grande galerie de notre évolution. Elle se révèle beaucoup plus foisonnante qu'ils ne l'imaginaient. En commençant par ces hominidés qui ont donné naissance au genre Homoet dont les derniers fossiles exhumés viennent enrichir notre arbre généalogique.
Durant les vacances scolaires, les parents ont toutes les peines du monde à faire garder leur progéniture. Certains, comme Lee Berger, les emmènent alors sur leur lieu de travail. Le bureau du paléoanthropologue américain se trouve dans une grotte à ciel ouvert située non loin de Johannesburg (Afrique du Sud). Ce matin-là, son fils Matthew, 9 ans, gambade avec son chien, Tau, lorsqu'il trébuche sur un rondin. "Mon enfant a crié : "Papa, j'ai trouvé un fossile !"" se souvient le chercheur.
Après une étude minutieuse, le petit bout d'os se révèle être l'élément d'une clavicule d'hominidé vieux de 1,977 million d'années ! Cinq ans après cette découverte, l'équipe de fouilleurs de l'Institut de l'évolution humaine de l'université du Witwatersand a exhumé 219 autres ossements -dans un excellent état de conservation- appartenant à deux individus : une femelle et son petit. Problème : alors qu'il a fait l'objet de 35 publications scientifiques et a été examiné par 125 des plus éminents spécialistes internationaux, cet ensemble, baptisé Sediba, ne ressemble à rien de connu.
L'ancêtre du genre Homo ?
"Il possède des caractères primitifs et d'autres plus évolués, explique Lee Berger. Je ne dis pas qu'il s'agit de l'ancêtre du genre Homo, mais il reste un bon candidat." L'ancêtre du genre Homo? L'expression est lâchée. Depuis que l'homme est homme, il n'a cessé de partir à la recherche de ses origines. Une quête sans fin qui a toujours tourné à l'obsession.
Au XVIIIe siècle, le Suédois Carl von Linné invente la systématique, qui range les êtres vivants en classes, ordres, genres et espèces. Sur cette jolie étagère, l'homme -baptisé Homo sapiens- se situe dans l'ordre des primates, "à côté" des grands singes. Un peu plus tard, en 1859, Charles Darwin ne se contente plus de poser les deux espèces "à côté", mais évoque leur lien de parenté. Scandale ! Et pourtant, aujourd'hui, sa théorie fait l'unanimité dans la communauté scientifique. "L'évolution n'est plus à débattre, c'est un fait, tranche Yves Coppens. Ce qui se discute, ce sont ses modalités."
Le professeur au Collège de France n'en oublie pas pour autant de pointer la principale erreur de Darwin : nous ne descendons pas du singe, mais sommes ses cousins. En effet, durant une bonne partie du miocène (entre 23 et 5 millions d'années), les grands singes et nos ancêtres cheminèrent au sein de la même famille, celle des hominidés. Les scientifiques estiment que nos lignées se sont séparées voici 8 à 10 millions d'années. La première a évolué vers les chimpanzés, les gorilles et les bonobos, lorsque la seconde, elle, a fini par déboucher sur le genre Homo. A cette époque, nous partagions donc, juste avant que les deux branches divergent, un "dernier ancêtre commun" (DAC), qui demeure le Graal de la paléoanthropologie.
Michel Brunet, professeur à l'université de Poitiers, a longtemps cru qu'il avait mis la main dessus en 2001. Au coeur du désert tchadien, balayé par d'incroyables tempêtes de sable et soumis à de fortes amplitudes thermiques quotidiennes, il a exhumé le crâne (et le fémur) de Toumaï, toujours considéré comme le préhumain le plus ancien. Son âge, estimé entre 6,9 et 7,2 millions d'années, a repoussé la fameuse dichotomie entre les lignées, puisqu'il est né après la divergence d'avec les chimpanzés.
La petite bête mesurait près de 1 mètre de hauteur et pesait autour de 30 kilos. Un avorton, en somme, mais il possédait une bipédie partielle qui le rendait un peu humain. "Toumaï appartient à notre famille, mais il ne représente qu'une branche parmi d'autres, ce qui n'en fait pas l'ancêtre de l'humanité, explique Michel Brunet. Aujourd'hui, nous manquons cruellement de fossiles pour tirer des conclusions définitives."
Dans le monde entier, une incroyable course à l'os
Sur l'échelle de l'évolution, une autre branche, remontant à 6 millions d'années, a été décrite par Brigitte Senut (avec le Britannique Martin Pickford), du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) de Paris, en la personne -si l'on peut dire, lorsqu'il s'agit des dents, des phalanges et d'un fémur- du Kényan Orrorin. Un peu plus imposant que Toumaï (140 centimètres pour une cinquantaine de kilos), lui aussi possède les caractéristiques d'une bipédie partielle, comme l'a corroboré ultérieurement un article publié dans la revue Science par l'anthropologue américain Richard Richmond. Pour autant, précise l'étude, Orrorin ne possède pas de liens directs avec le genre Homo. "Ces découvertes montrent que notre vision linéaire de l'arbre de l'évolution est définitivement caduque.
Avant l'apparition du genre Homo, on doit déjà parler d'un buissonnement d'espèces", précise Brigitte Senut. Un raisonnement étayé par la mise au jour, en Ethiopie, à 230 kilomètres au nord d'Addis-Abeba, d'une femelle âgée de 4,4 millions d'années. Là encore, cette découverte vient bouleverser les connaissances et montre que plus la science avance, plus l'arbre généalogique se complexifie.
Elle témoigne, par ailleurs, de l'incroyable "course à l'os" que se livrent les paléontologues du monde entier. Cette région du Middle Awash, dans la vallée du Rift, dans l'est de l'Afrique, est l'un de leurs terrains de jeux privilégiés depuis le milieu des années 1980. Une terre aride arpentée notamment par l'Américain Tim White, de l'université de Californie, considéré à juste titre comme l'un des papes de la discipline. En trente ans de fouilles, il a notamment trouvé le squelette relativement complet d'un individu. "Il était dans un très mauvais état, mais nous avons vite compris que nous avions affaire à une nouvelle espèce", raconte l'intéressé.
Baptisé Ardipithecus ramidus, ou Ardi ("sur le sol" en afar) pour les intimes, le petit bonhomme mesurait 1,20 mètre pour 45 à 50 kilos. Il intrigue, avec sa boîte crânienne minuscule (300 centimètres cubes) inférieure à la taille de celle d'un chimpanzé, mais se différencie de ce dernier à tous points de vue. A la fois par la forme de son crâne, par ses petites canines révélant un régime alimentaire différent, par sa face prognathe mais non projetée vers l'avant (comme celle des grands singes), par son bassin allongé sous-entendant de puissantes cuisses pour grimper aux arbres et par ses hanches larges, annonciatrices d'un début de bipédie. A la fois arboricole et coureur, en somme. "Ardi est emblématique de cette période où grands singes et hominidés ont divergé", conclut Tim White.
"Nous sommes nés en Afrique, sous des cieux tropicaux"
Le Middle Awash renferme mille autres trésors. Certains passés à la postérité, à l'instar de la célèbre Lucy, exhumée en 1974 par Yves Coppens. Au total, 25300 ossements y ont été récoltés (dont 370 d'hominidés) en un demi-siècle ! Nulle part ailleurs on a trouvé autant de restes d'australopithèques. Australopithecus afarensis -comme Lucy et son "fils" Selam (2000)-, Australopithecus anamensis (2006), ou encore Australopithecus garhi (1997)... tous vivaient là, grosso modo entre 4 et 3 millions d'années.
Tous partagent aussi des caractéristiques semblables : petit cerveau, bipédie, larges molaires, petite taille, bras longs et doigts courbés. Tous sont également considérés aujourd'hui comme les premiers représentants directs de la lignée humaine. Voilà qui explique, rétrospectivement, le succès planétaire de Lucy, même si cette dernière a longtemps véhiculé la théorie d'Yves Coppens selon laquelle l'est de l'Afrique aurait été le berceau de l'humanité ; les préhumains bipèdes seraient donc nés là, dans un paysage de savane, tandis qu'à l'ouest se seraient ébroués les grands singes dans des forêts plus denses.
A un détail près : depuis, d'autres australopithèques ont été trouvés ailleurs, au Kenya, en Tanzanie, au Tchad, mais aussi en Afrique du Sud, où le squelette de Little Foot, le plus complet et le mieux conservé, pourrait atteindre l'âge canonique de 3,4 millions d'années. "L'East Side Story aura tenu vingt ans, c'est pas mal, philosophe le professeur Coppens. Aujourd'hui, on peut juste affirmer que nous sommes nés en Afrique et sous des cieux tropicaux."
Résumons les principales informations de notre passeport, délivré par les manuels scolaires. Age : 6 millions d'années. Nationalité : éthiopienne. Parents : australopithèques. Des informations qu'il convient d'actualiser, à la lumière des découvertes récentes. Toumaï, par exemple, nous donne un sacré coup de vieux, puisqu'il a plus de 7 millions d'années. En ce qui concerne la "nationalité", nous sommes bien africains, mais peut-être issus du sol de la patrie de Nelson Mandela ou d'Idriss Déby (Tchad).
Enfin, à propos de notre filiation directe, les découvertes de Sediba et d'autres montrent que notre parenté avec les australopithèques n'est pas si simple. Entre 2 et 3 millions d'an nées, Lucy et ses petits frères ont eu comme descendance les premiers représentants du genre Homo. Mais là encore, les scientifiques ne sont pas d'accord. S'agit-il d'Habilis ou d'Ergaster ? Le premier tient la corde parce qu'il fabrique des outils, dispose d'une boîte crânienne relativement grosse laissant supposer les prémices d'un langage articulé, mais aussi parce qu'il possède des jambes puissantes le rendant plus mobile.
Son concurrent Ergaster, arrivé un peu plus tard (vers 2 millions d'années contre 2,4 pour Habilis), ne manque pas non plus d'atouts. Avec une taille proche de la nôtre (1,70 mètre), un cerveau de 850 centimètres cubes, un régime alimentaire très énergique (il mange de la viande) et une cage thoracique qui se développe, il peut courir plus longtemps, donc échapper à ses poursuivants, et s'affranchit ainsi définitivement du monde des arbres.
Seul l'aventurier Homo sapiens aurait quitté l'Afrique ?
Une chose est sûre, en revanche -et là tout le monde est d'accord-, Ergaster donne ensuite naissance à Erectus, le premier à posséder sous le "capot" 1000 centimètres cubes. De quoi le rendre toujours plus humain. D'ailleurs, il maîtrise le feu et s'impose déjà comme un excellent chef cuisinier, car il cuit ses aliments. Le stade ultime de l'évolution ? Pas vraiment puisque, ensuite, autour de 200 000 ans, arrive Homo sapiens, dont le premier squelette a été déterré en Ethiopie (Omo 1). Plus intelligent que tous les autres réunis, lui seul aurait eu l'esprit suffisamment aventurier pour quitter l'Afrique.
"A trop inventer de lignées peut-être nous compliquons-nous la tâche", suggère David Lordkipanidze, directeur du Musée national géorgien. Voilà quelques mois, cet anthropologue a publié dans la revue Science un article qui a fait l'effet d'une bombe au sein de la communauté scientifique. Il concerne une série de crânes (cinq au total) découverts dans le petit village médiéval de Dmanisi, situé à 80 kilomètres de Tbilissi (Géorgie). "Ces ossements sont vieux de 1,8 million d'années et peuvent être considérés comme appartenant aux premiers représentants du genre Homo en Europe", explique le spécialiste. Avant d'inviter ses pairs à revisiter et à simplifier l'arbre de l'évolution : "Qu'ils se nomment Ergaster, Habilis, Rudolfensis ou Gerogicus, tous devraient être aujourd'hui classés sous l'appellation Homo erectus."
Une théorie iconoclaste qui revient à suggérer qu'une seule et même espèce a évolué du pléistocène à l'homme moderne. D'autre part, elle postule que le genre Homo apparaît en Europe, et ailleurs dans le monde, dès 2 millions d'années, donc bien avant la migration de Sapiens, voilà 200 000 ans ! Une hypothèse confortée par des recherches récentes, puisque, au-delà de la Géorgie, des ancêtres de l'homme ont été trouvés en Chine (-1,8 million d'années), en Turquie (-1,2 million d'années) et, plus près de nous, en Espagne (-1,2 million d'années), à Atapuerca, non loin de Burgos.
Si Homo sapiens est bien sorti d'Afrique, donc, d'autres ont, avant lui, tenté de partir à la conquête du monde. Décidément, de nombreux chapitres du livre de nos origines restent à écrire. Ce que résume Yves Coppens, vieux sage du Collège de France : "Plus les paléontologues fouillent, plus ils font des découvertes, plus ils accumulent de connaissances et plus ils doivent faire preuve de prudence."
Source : L'Express du 17/01/2015
Durant les vacances scolaires, les parents ont toutes les peines du monde à faire garder leur progéniture. Certains, comme Lee Berger, les emmènent alors sur leur lieu de travail. Le bureau du paléoanthropologue américain se trouve dans une grotte à ciel ouvert située non loin de Johannesburg (Afrique du Sud). Ce matin-là, son fils Matthew, 9 ans, gambade avec son chien, Tau, lorsqu'il trébuche sur un rondin. "Mon enfant a crié : "Papa, j'ai trouvé un fossile !"" se souvient le chercheur.
Après une étude minutieuse, le petit bout d'os se révèle être l'élément d'une clavicule d'hominidé vieux de 1,977 million d'années ! Cinq ans après cette découverte, l'équipe de fouilleurs de l'Institut de l'évolution humaine de l'université du Witwatersand a exhumé 219 autres ossements -dans un excellent état de conservation- appartenant à deux individus : une femelle et son petit. Problème : alors qu'il a fait l'objet de 35 publications scientifiques et a été examiné par 125 des plus éminents spécialistes internationaux, cet ensemble, baptisé Sediba, ne ressemble à rien de connu.
L'ancêtre du genre Homo ?
"Il possède des caractères primitifs et d'autres plus évolués, explique Lee Berger. Je ne dis pas qu'il s'agit de l'ancêtre du genre Homo, mais il reste un bon candidat." L'ancêtre du genre Homo? L'expression est lâchée. Depuis que l'homme est homme, il n'a cessé de partir à la recherche de ses origines. Une quête sans fin qui a toujours tourné à l'obsession.
Au XVIIIe siècle, le Suédois Carl von Linné invente la systématique, qui range les êtres vivants en classes, ordres, genres et espèces. Sur cette jolie étagère, l'homme -baptisé Homo sapiens- se situe dans l'ordre des primates, "à côté" des grands singes. Un peu plus tard, en 1859, Charles Darwin ne se contente plus de poser les deux espèces "à côté", mais évoque leur lien de parenté. Scandale ! Et pourtant, aujourd'hui, sa théorie fait l'unanimité dans la communauté scientifique. "L'évolution n'est plus à débattre, c'est un fait, tranche Yves Coppens. Ce qui se discute, ce sont ses modalités."
Le professeur au Collège de France n'en oublie pas pour autant de pointer la principale erreur de Darwin : nous ne descendons pas du singe, mais sommes ses cousins. En effet, durant une bonne partie du miocène (entre 23 et 5 millions d'années), les grands singes et nos ancêtres cheminèrent au sein de la même famille, celle des hominidés. Les scientifiques estiment que nos lignées se sont séparées voici 8 à 10 millions d'années. La première a évolué vers les chimpanzés, les gorilles et les bonobos, lorsque la seconde, elle, a fini par déboucher sur le genre Homo. A cette époque, nous partagions donc, juste avant que les deux branches divergent, un "dernier ancêtre commun" (DAC), qui demeure le Graal de la paléoanthropologie.
Michel Brunet, professeur à l'université de Poitiers, a longtemps cru qu'il avait mis la main dessus en 2001. Au coeur du désert tchadien, balayé par d'incroyables tempêtes de sable et soumis à de fortes amplitudes thermiques quotidiennes, il a exhumé le crâne (et le fémur) de Toumaï, toujours considéré comme le préhumain le plus ancien. Son âge, estimé entre 6,9 et 7,2 millions d'années, a repoussé la fameuse dichotomie entre les lignées, puisqu'il est né après la divergence d'avec les chimpanzés.
La petite bête mesurait près de 1 mètre de hauteur et pesait autour de 30 kilos. Un avorton, en somme, mais il possédait une bipédie partielle qui le rendait un peu humain. "Toumaï appartient à notre famille, mais il ne représente qu'une branche parmi d'autres, ce qui n'en fait pas l'ancêtre de l'humanité, explique Michel Brunet. Aujourd'hui, nous manquons cruellement de fossiles pour tirer des conclusions définitives."
Dans le monde entier, une incroyable course à l'os
Sur l'échelle de l'évolution, une autre branche, remontant à 6 millions d'années, a été décrite par Brigitte Senut (avec le Britannique Martin Pickford), du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) de Paris, en la personne -si l'on peut dire, lorsqu'il s'agit des dents, des phalanges et d'un fémur- du Kényan Orrorin. Un peu plus imposant que Toumaï (140 centimètres pour une cinquantaine de kilos), lui aussi possède les caractéristiques d'une bipédie partielle, comme l'a corroboré ultérieurement un article publié dans la revue Science par l'anthropologue américain Richard Richmond. Pour autant, précise l'étude, Orrorin ne possède pas de liens directs avec le genre Homo. "Ces découvertes montrent que notre vision linéaire de l'arbre de l'évolution est définitivement caduque.
Avant l'apparition du genre Homo, on doit déjà parler d'un buissonnement d'espèces", précise Brigitte Senut. Un raisonnement étayé par la mise au jour, en Ethiopie, à 230 kilomètres au nord d'Addis-Abeba, d'une femelle âgée de 4,4 millions d'années. Là encore, cette découverte vient bouleverser les connaissances et montre que plus la science avance, plus l'arbre généalogique se complexifie.
Elle témoigne, par ailleurs, de l'incroyable "course à l'os" que se livrent les paléontologues du monde entier. Cette région du Middle Awash, dans la vallée du Rift, dans l'est de l'Afrique, est l'un de leurs terrains de jeux privilégiés depuis le milieu des années 1980. Une terre aride arpentée notamment par l'Américain Tim White, de l'université de Californie, considéré à juste titre comme l'un des papes de la discipline. En trente ans de fouilles, il a notamment trouvé le squelette relativement complet d'un individu. "Il était dans un très mauvais état, mais nous avons vite compris que nous avions affaire à une nouvelle espèce", raconte l'intéressé.
Baptisé Ardipithecus ramidus, ou Ardi ("sur le sol" en afar) pour les intimes, le petit bonhomme mesurait 1,20 mètre pour 45 à 50 kilos. Il intrigue, avec sa boîte crânienne minuscule (300 centimètres cubes) inférieure à la taille de celle d'un chimpanzé, mais se différencie de ce dernier à tous points de vue. A la fois par la forme de son crâne, par ses petites canines révélant un régime alimentaire différent, par sa face prognathe mais non projetée vers l'avant (comme celle des grands singes), par son bassin allongé sous-entendant de puissantes cuisses pour grimper aux arbres et par ses hanches larges, annonciatrices d'un début de bipédie. A la fois arboricole et coureur, en somme. "Ardi est emblématique de cette période où grands singes et hominidés ont divergé", conclut Tim White.
"Nous sommes nés en Afrique, sous des cieux tropicaux"
Le Middle Awash renferme mille autres trésors. Certains passés à la postérité, à l'instar de la célèbre Lucy, exhumée en 1974 par Yves Coppens. Au total, 25300 ossements y ont été récoltés (dont 370 d'hominidés) en un demi-siècle ! Nulle part ailleurs on a trouvé autant de restes d'australopithèques. Australopithecus afarensis -comme Lucy et son "fils" Selam (2000)-, Australopithecus anamensis (2006), ou encore Australopithecus garhi (1997)... tous vivaient là, grosso modo entre 4 et 3 millions d'années.
Tous partagent aussi des caractéristiques semblables : petit cerveau, bipédie, larges molaires, petite taille, bras longs et doigts courbés. Tous sont également considérés aujourd'hui comme les premiers représentants directs de la lignée humaine. Voilà qui explique, rétrospectivement, le succès planétaire de Lucy, même si cette dernière a longtemps véhiculé la théorie d'Yves Coppens selon laquelle l'est de l'Afrique aurait été le berceau de l'humanité ; les préhumains bipèdes seraient donc nés là, dans un paysage de savane, tandis qu'à l'ouest se seraient ébroués les grands singes dans des forêts plus denses.
A un détail près : depuis, d'autres australopithèques ont été trouvés ailleurs, au Kenya, en Tanzanie, au Tchad, mais aussi en Afrique du Sud, où le squelette de Little Foot, le plus complet et le mieux conservé, pourrait atteindre l'âge canonique de 3,4 millions d'années. "L'East Side Story aura tenu vingt ans, c'est pas mal, philosophe le professeur Coppens. Aujourd'hui, on peut juste affirmer que nous sommes nés en Afrique et sous des cieux tropicaux."
Résumons les principales informations de notre passeport, délivré par les manuels scolaires. Age : 6 millions d'années. Nationalité : éthiopienne. Parents : australopithèques. Des informations qu'il convient d'actualiser, à la lumière des découvertes récentes. Toumaï, par exemple, nous donne un sacré coup de vieux, puisqu'il a plus de 7 millions d'années. En ce qui concerne la "nationalité", nous sommes bien africains, mais peut-être issus du sol de la patrie de Nelson Mandela ou d'Idriss Déby (Tchad).
Enfin, à propos de notre filiation directe, les découvertes de Sediba et d'autres montrent que notre parenté avec les australopithèques n'est pas si simple. Entre 2 et 3 millions d'an nées, Lucy et ses petits frères ont eu comme descendance les premiers représentants du genre Homo. Mais là encore, les scientifiques ne sont pas d'accord. S'agit-il d'Habilis ou d'Ergaster ? Le premier tient la corde parce qu'il fabrique des outils, dispose d'une boîte crânienne relativement grosse laissant supposer les prémices d'un langage articulé, mais aussi parce qu'il possède des jambes puissantes le rendant plus mobile.
Son concurrent Ergaster, arrivé un peu plus tard (vers 2 millions d'années contre 2,4 pour Habilis), ne manque pas non plus d'atouts. Avec une taille proche de la nôtre (1,70 mètre), un cerveau de 850 centimètres cubes, un régime alimentaire très énergique (il mange de la viande) et une cage thoracique qui se développe, il peut courir plus longtemps, donc échapper à ses poursuivants, et s'affranchit ainsi définitivement du monde des arbres.
Seul l'aventurier Homo sapiens aurait quitté l'Afrique ?
Une chose est sûre, en revanche -et là tout le monde est d'accord-, Ergaster donne ensuite naissance à Erectus, le premier à posséder sous le "capot" 1000 centimètres cubes. De quoi le rendre toujours plus humain. D'ailleurs, il maîtrise le feu et s'impose déjà comme un excellent chef cuisinier, car il cuit ses aliments. Le stade ultime de l'évolution ? Pas vraiment puisque, ensuite, autour de 200 000 ans, arrive Homo sapiens, dont le premier squelette a été déterré en Ethiopie (Omo 1). Plus intelligent que tous les autres réunis, lui seul aurait eu l'esprit suffisamment aventurier pour quitter l'Afrique.
"A trop inventer de lignées peut-être nous compliquons-nous la tâche", suggère David Lordkipanidze, directeur du Musée national géorgien. Voilà quelques mois, cet anthropologue a publié dans la revue Science un article qui a fait l'effet d'une bombe au sein de la communauté scientifique. Il concerne une série de crânes (cinq au total) découverts dans le petit village médiéval de Dmanisi, situé à 80 kilomètres de Tbilissi (Géorgie). "Ces ossements sont vieux de 1,8 million d'années et peuvent être considérés comme appartenant aux premiers représentants du genre Homo en Europe", explique le spécialiste. Avant d'inviter ses pairs à revisiter et à simplifier l'arbre de l'évolution : "Qu'ils se nomment Ergaster, Habilis, Rudolfensis ou Gerogicus, tous devraient être aujourd'hui classés sous l'appellation Homo erectus."
Une théorie iconoclaste qui revient à suggérer qu'une seule et même espèce a évolué du pléistocène à l'homme moderne. D'autre part, elle postule que le genre Homo apparaît en Europe, et ailleurs dans le monde, dès 2 millions d'années, donc bien avant la migration de Sapiens, voilà 200 000 ans ! Une hypothèse confortée par des recherches récentes, puisque, au-delà de la Géorgie, des ancêtres de l'homme ont été trouvés en Chine (-1,8 million d'années), en Turquie (-1,2 million d'années) et, plus près de nous, en Espagne (-1,2 million d'années), à Atapuerca, non loin de Burgos.
Si Homo sapiens est bien sorti d'Afrique, donc, d'autres ont, avant lui, tenté de partir à la conquête du monde. Décidément, de nombreux chapitres du livre de nos origines restent à écrire. Ce que résume Yves Coppens, vieux sage du Collège de France : "Plus les paléontologues fouillent, plus ils font des découvertes, plus ils accumulent de connaissances et plus ils doivent faire preuve de prudence."
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jeudi 15 janvier 2015
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