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lundi 10 mai 2021

Découverte de la plus ancienne sépulture humaine d’Afrique

Une équipe internationale d’archéologues vient de faire une découverte spectaculaire : ils ont mis au jour une sépulture humaine âgée d’environ 78 000 ans, soit la plus ancienne sépulture jamais découverte en Afrique ! Cette dernière reposait dans les hautes terres tropicales de la plaine côtière du Kenya, à environ 16 kilomètres du rivage.

En réalité, ces ossements ont été découverts pour la première fois en 2013. Mais ils étaient alors si fragiles qu’il était impossible de les prélever pour effectuer des analyses. Les scientifiques ont mis plusieurs années avant de pouvoir examiner ces précieux vestiges du passé. Pour ce faire, ils ont dû creuser tout autour de la fosse circulaire, puis emprisonner l’ensemble de la sépulture dans du plâtre afin de pouvoir la transporter en toute sécurité au Musée national de Nairobi et dans un laboratoire spécialisé en Espagne.

L’équipe s’est réjouie de cette découverte inédite. « C’est la plus ancienne sépulture humaine en Afrique. Cela nous apprend quelque chose sur notre cognition, notre socialité et nos comportements, qui nous sont tous si familiers aujourd’hui », a déclaré Michael Petraglia, professeur d’évolution humaine et de préhistoire à l’Institut Max Planck pour la science de l’histoire de l’Homme, à Jena, en Allemagne.

La preuve de croyances autour de la mort

La tombe était relativement petite (40 cm de large sur 13 cm de profondeur). Les ossements ont été soigneusement examinés à l’aide d’un équipement à rayons X 3D. Deux petites dents retrouvées à proximité des os indiquent qu’il s’agissait d’un enfant, âgé de deux ans et demi à trois ans ; d’autres dents étaient encore incrustées dans sa mâchoire inférieure. Les scientifiques ont également pu identifier la colonne vertébrale, les côtes et d’autres os de l’épaule et des membres. La datation des ossements a permis d’estimer l’âge de la sépulture à 78 000 ans environ.

L’équipe a également découvert des outils en pierre — vraisemblablement taillés pour le grattage, l’alésage et la gravure — dans et autour de cette tombe, à côté de pointes de pierre qui auraient pu être emmanchées sur des morceaux de bois pour fabriquer des lances.

L’imagerie à rayons X a révélé que l’enfant était couché sur le côté droit, les genoux repliés sur la poitrine ; la position du crâne suggère par ailleurs qu’il reposait sur une sorte d’appui-tête ou d’oreiller. Les chercheurs ont remarqué que les os articulés, tels que la colonne vertébrale, ne s’étaient pas effondrés dans la tombe ; de ce fait, ils pensent que le corps avait été étroitement enveloppé dans un linceul avant l’enterrement.

Pour Nicole Bovin, la chercheuse principale du projet, c’est une nouvelle preuve de l’émergence précoce, chez l’Homme, de systèmes de croyances autour de la mort. Une caractéristique fondamentale qui nous différencie des autres primates. L’experte souligne toutefois que ces croyances, tout comme les façons de traiter les morts, sont très variables d’une culture à l’autre ; il est donc impossible de déterminer ce que signifiait exactement l’acte d’enterrement il y a près de 80 000 ans. En revanche, il est clair que les liens émotionnels avec les morts et le fait de comprendre et de donner un sens à la mort se sont établis très tôt dans l’histoire de l’humanité. « Contrairement à d’autres espèces, nous avons des systèmes de croyances cosmologiques qui donnent un sens à l’expérience et à des événements comme la mort d’un être cher », explique la chercheuse.

De nouvelles données sur l’évolution biologique et socioculturelle de H. sapiens

S’il s’agit de la plus ancienne sépulture mise au jour sur le sol africain, d’autres sites funéraires humains encore plus anciens ont été découverts ailleurs dans le monde. Les restes humains retrouvés dans les sépultures de la grotte de Skhul, sur les pentes du mont Carmel en Israël, et de la grotte de Qafzeh près de Nazareth, ont entre 90 000 et 130 000 ans. Mais cette récente découverte reste exceptionnelle : « Les premières sépultures africaines sont particulièrement rares, malgré le fait que l’Afrique soit le berceau de notre espèce », souligne Bovin.

La chercheuse souligne que cela ne fait que refléter les préjugés qui guident les domaines de recherche : il se trouve que les régions où des sépultures antérieures ont été découvertes ont fait l’objet de recherches beaucoup plus approfondies que l’Afrique. Jusqu’à présent, les deux sépultures les plus anciennes découvertes en Afrique se trouvaient à Taramsa, en Égypte, et à Border Cave, en Afrique du Sud.

À Taramsa, des archéologues ont mis au jour le squelette d’un enfant daté de 68 600 ans (± 8ka). À Border Cave, c’est un bébé qui a été découvert en 1941, daté d’environ 74 000 (±4ka). Mais la documentation sur ces sépultures sont limitées, notamment celle de Border Cave : aucune information n’est disponible sur le degré d’articulation ou la position des restes dans la fosse, et l’âge a été déduit d’une corrélation stratigraphique avec une section datée par résonance magnétique électronique située à plus de 10 mètres de la tombe ; une chronologie plus précise du squelette n’est pas disponible.

La sépulture découverte au Kenya représente ainsi la plus ancienne preuve connue d’un enterrement intentionnel en Afrique effectué il y a près de 80 000 ans, une preuve qui démontre que l’Homo sapiens se livrait à un traitement complexe des morts. Cette tombe révèle par ailleurs l’association directe de l’H. Sapiens et de la technologie du Middle Stone Age. En conclusion, les chercheurs estiment que leur étude corrobore l’hypothèse selon laquelle l’évolution biologique et socioculturelle de H. sapiens a été un processus complexe et régionalement diversifié.

Source : Trust my science du 06/05/2021

jeudi 6 mai 2021

Découverte de la plus ancienne sépulture humaine en Afrique

Au Kenya, des chercheurs ont excavé un jeune enfant. Très jeune, puisque âgé de trois ans, mais témoignant de la plus ancienne sépulture du continent africain. Une première en Afrique de l'Est.

Mtoto est la plus ancienne personne découverte dans une sépulture en Afrique. Son nom signifie « enfant » en swahili, car elle n'aurait eu que trois ans à sa mort. Son corps a été enfoui dans une fosse et recouvert d'un linceul. Il s'agit de la plus vieille preuve d'un rite funéraire sur le continent africain, et de la première en Afrique de l'Est. Puisque Mtoto a été déniché au Kenya, dans une grotte nommée Panga Ya Saidi.

Cet enfant aurait vécu il y a environ 78.000 ans, durant l'âge de pierre moyen. Les chercheurs l'ayant exhumé, dont l'étude paraît aujourd'hui dans Nature, n'ont pas d'indice sur la cause de son décès. Mais, lui, révèle plusieurs indices sur notre passé. La composition de la sépulture de Mtoto ne laisse que peu de doute. L'enfant n'est pas tombé dans un trou, cette fosse a été volontairement creusée.

Non seulement son jeune corps était enveloppé d'un linceul, mais il était disposé dans une position recroquevillée, sa tête reposant sur un support. Ce qui indique un rite funéraire. Probablement complexe, plaide les scientifiques, et sollicitant la participation de plusieurs membres de la communauté. Cette sépulture est la preuve de pratiques mortuaires intentionnelles pendant le Pléistocène supérieur (-126.000 à -11.700 ans), en Afrique. Une composante importante de l'évolution culturelle humaine.

Voici la sépulture de Mtoto, au Kenya, ainsi qu'une reconstruction 3D de sa disposition, accompagnée d'une reconstruction artistique.

Mystère levé, mystère reste entier

À cette époque, l'inhumation des morts est un comportement partagé entre les populations africaines et les populations eurasiennes. Bien que des sépultures aussi anciennes soient rares sur le continent africain. Le fossile de Mtoto rejoint seulement deux individus : un autre enfant, égyptien, daté de quelque 68.000 ans, et un nourrisson d'Afrique du Sud dont l'estimation de l'âge s'avère délicate. Il aurait entre 58.000 et 74.000 ans, selon les données actuelles.

Ces fossiles soulignent le soin apporté aux jeunes humains, morts prématurément. Mais ils mettent aussi en évidence la difficulté de dégoter des sépultures humaines, de cette période, en Afrique. Car des scientifiques ont déjà mis la main sur de nombreux sites funéraires chez Néandertal, et chez Homo sapiens en Eurasie. Remontant jusqu'à plus de 120.000 ans.

De là, les chercheurs soulèvent plusieurs hypothèses. Évidemment, il est possible que la culture du deuil ait été très différente entre toutes ces populations, au point d'être absente dans certaines d'entre elles. Mais il est aussi envisagé que cette culture ait été aussi présente en Afrique qu'en Eurasie, et que le peu de preuves soit dû à des rites ne laissant que peu de traces archéologiques. Si tel est le cas... Nous ne le saurons jamais.

Source : FuturaSciences du 06/05/2021

La plus ancienne tombe d’Homo Sapiens en Afrique est celle d’un enfant

Il y a environ 78 000 ans, au fond d’une grotte de l’actuel Kenya, le corps d’un petit enfant d’environ trois ans a été soigneusement placé dans une tombe. Il y a quelques années, des chercheurs ont retrouvé sa dépouille. Celle-ci représente le plus ancien enterrement délibéré d’un humain moderne en Afrique.

En 2017, la minuscule tombe retrouvée au fond de la grotte Panga ya Saidi, au nord de Mombasa, était excavée pour être transportée en Allemagne, à Léna, toujours incrustée dans son bloc de sédiments. Dirigés par la paléoanthropologue Maria Martinón-Torres, Directrice du Centre national de recherche sur l’évolution humaine (CENIAH) à Burgos (Espagne), les chercheurs savaient que ce bloc de matières contenait des ossements.

Des mois d’analyses complexes, impliquant notamment l’utilisation de la tomodensitométrie (Micro-CT) pour l’examiner avec des rayons X et créer un modèle 3D détaillé de son contenu, ont finalement révélé le crâne et les os d’un petit Homo Sapiens. Ce petit homme, les scientifiques l’ont baptisé “Mtoto”, ce qui signifie “enfant” en swahili.

Un enterrement délibéré et très soigné

D’après les analyses, dont les résultats sont publiés dans Nature, Mtoto aurait été enterré dans la grotte il y a environ 78 300 ans, couché sur le côté droit en position fœtale. Son corps était enveloppé d’un matériau périssable (une sorte de linceul), en témoigne une compression forte du haut de son corps indiquant une enveloppe très serrée. Sa tête était également distinctement inclinée, ce qui suggère qu’elle a été placée sur un appui-tête qui a depuis lui aussi pourri.

En outre, les chercheurs n’ont isolé quasiment que des os provenant de la partie haute du corps. Les autres se sont entièrement décomposés.

Dans son étude, l’équipe souligne également qu’une fosse entourant le corps de l’enfant a bel et bien été creusée délibérément, montrant qu’il s’agissait d’un véritable enterrement et non d’une simple “mise en cache funéraire” d’un cadavre dans une niche disponible.

D’après les auteurs, l’inhumation de ce corps a sans doute eu lieu dans le contexte d’un rite funéraire élaboré auquel ont pu prendre part plusieurs individus.

La plus ancienne tombe d’Homo Sapiens en Afrique

Des sépultures anciennes de nos ancêtres ont bel et bien déjà été retrouvées, mais celle-ci est un peu particulière. C’est en effet la plus ancienne isolée en Afrique à ce jour d’après l’anthropologue Michael Petraglia. Deux autres exemples, l’un découvert à Taramsa, en Égypte, l’autre dans la Border Cave, en Afrique du Sud, paraissent également très anciens, mais ils ne sont pas datés assez précisément pour concurrencer Mtoto.

Enfin, même si la découverte de cet enfant semble attester des pratiques d’inhumation chez notre espèce à cette époque, les auteurs soulignent que l’absence de preuves plus anciennes n’implique pas nécessairement leur inexistence. Homo Sapiens pratiquait en effet peut-être ce type de rites il y 90 000, voire 100 000 ans.

Ces preuves peuvent avoir disparu ou peut-être ne sont-elles pas encore identifiées. Michael Petraglia souligne en effet que l’archéologie paléolithique est encore relativement récente en Afrique par rapport à l’Europe et à l’Asie, bien que l’Afrique soit la maison d’origine de notre espèce.

Cette nouvelle découverte confirme en tout cas que notre espèce disposait de capacités cognitives suffisantes pour penser et mettre en pratique ce type d’approche funéraire il y a au moins 80 000 ans.

Source : SciencePost du 06/05/2021

mercredi 5 mai 2021

L'enfant Mtoto, inhumé il y a 78 000 ans : les archéologues mettent au jour la plus ancienne sépulture d'homme moderne d'Afrique

Trouvé au Kenya, l'enfant est mort il y a 78 000 ans, vers l'âge de trois ans à Panga ya Saidi, une vaste grotte nichée au cœur d'une forêt, près de la côte kényane. Son corps a été enfoui dans une fosse.

Le petit défunt reposait là depuis 78 000 ans, soigneusement enterré par les siens : au Kenya, les archéologues viennent de mettre au jour la plus ancienne sépulture d'un homme moderne en Afrique, au terme d'une folle épopée scientifique révélée le 5 mai. "Mtoto" ("enfant" en swahili), comme l'ont baptisé les chercheurs, était enterré enveloppé dans un linceul et couché en position foetale, évoquant un rituel funéraire élaboré au sein de sa communauté, des Homo sapiens chasseurs-cueilleurs qui résidaient là il y a 78 000 ans.

Plâtrage

Il s'agit de la plus ancienne sépulture connue en Afrique, où l'homme moderne est apparu. Sa mise au jour, décrite le 5 mai dans la revue Nature, est le fruit d'un long processus jalonné de surprises. Tout commence en 2013. Une équipe d'archéologues fouille la grotte, un gisement connu où ont déjà été trouvés maints outils préhistoriques. Ils identifient une cavité inhabituelle, où apparaissent des ossements, mais qui se désintègrent dès qu'ils veulent les extraire.

Ça n'est qu'en 2017 qu'interviennent des fouilles supplémentaires, exposant la totalité de la fosse, une petite tombe creusée à trois mètres sous terre contenant un amas d'os décomposés. Nul ne sait s'il s'agit de restes humains ou animaux - "vu la taille de la fosse, certains pensaient à un singe", a raconté Michael Petraglia, de l'Institut Max Planck, l'un des auteurs de l'étude, lors d'une conférence de presse.

Cette fois, pas question de laisser filer les fragiles os : ils sont consolidés, plâtrés dans un bloc. Et partent en toute sécurité au Musée d'histoire naturelle à Nairobi, où les scientifiques extraient délicatement des dents semblant appartenir à un homininé. Les spécimens prennent alors le chemin, dans les mains d'un chercheur kényan, d'un laboratoire spécialisé dans la conservation, à Burgos, en Espagne. Là, une technique d'imagerie (tomographie) permet de voir à l'intérieur du bloc, sans le dégrader. "Progressivement, nous avons découvert une partie d'un petit squelette de notre espèce", se souvient avec émotion Maria Martinon-Torres, auteure principale.

"Une attention délicate" de la part de sa communauté

Le squelette, encore articulé, indique que l'enfant a été disposé sur le côté droit, jambes repliées sur la poitrine. Il présente une rare connexion anatomique, preuve que les os n'ont pas bougé et que le cadavre s'est décomposé in situ. Seul le crâne s'est disloqué du reste du corps : Mtoto devait reposer sur un oreiller en matière périssable, qui a fini par laisser une béance dans laquelle la tête est tombée. Un mouvement de rotation des clavicules dit aussi que le corps aurait été enveloppé dans un linceul, végétal ou en peau d'animal.

Conclusion: "cet enfant a délibérément été placé là, et a fait l'objet d'une attention délicate de la part de sa communauté", décrypte la chercheuse du Centre national sur l'évolution humaine à Burgos. Elle concède que l'interprétation est difficile. La position fléchie, assez commune dans les sépultures d'Homo sapiens ou de Néandertal, peut notamment signifier un simple souci pratique de gain de place. Mais avoir couché Mtoto "comme s'il dormait", protégé d'un linceul, suggère à ses yeux "une tendresse, un geste d'adieu donnant de la chaleur dans le plus froid des moments".

Ce comportement prouve selon elle "que les anciens humains en Afrique vivaient aussi dans un monde symbolique", et étaient donc déjà dotés d'une cognition complexe, dont on cherche à comprendre quand et comment elle est née. Trouver un corps d'enfant aussi bien conservé est extrêmement rare en Afrique, "où les fossiles humains anciens se comptent sur les doigts d'une main", commente Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Muséum national d'Histoire naturelle à Paris, qui n'a pas participé à l'étude.

C'est sur ce continent que les plus vieux fossiles d'Homo sapiens (300 000 ans) ont été découverts. Pourtant, c'est en Europe et au Proche-Orient qu'on a trouvé les plus anciennes sépultures (plus de 100 000 ans). Est-ce dû à un biais de la recherche archéologique ? Existe-t-il des tombes africaines antérieures à celle de Mtoto ? "Nous ne savons pas, mais nous espérons bien en trouver à l'avenir", souhaite Michael Petraglia.

Source : France Info du 05/05/2021

mardi 9 mars 2021

Depuis quand l'humain pratique-t-il des rites funéraires ?

Pour accompagner les morts, des rituels funéraires de plus en plus sophistiqués.

L'Homme cherche à apprivoiser la mort depuis des millénaires. C'est ainsi que des traces de rites funéraires d'il y a 100.000 ans ont été découvertes en Israël, dans la grotte de Skhul : des corps d'adultes et d'enfants, en position repliée.

Une tombe de Néandertalien

Non loin de là, à Qafzeh, ont été exhumés 25 squelettes âgés de 92.000 ans. Deux d'entre eux, ceux d'une femme de vingt ans et d'un enfant de six ans, avaient été enterrés ensemble. Mais Homo sapiens n'est pas le seul à avoir pratiqué de tels rituels. En France, à la Chapelle-aux-Saints, une tombe de Néandertalien, découverte en 1908 et vieille d'environ 60.000 ans, est la plus ancienne du territoire, avec la nécropole de La Ferrassie datée de 60.000 à 75.000 ans.

La pratique de l'inhumation témoigne notamment d'une conception symbolisée du trépas

Au fil du temps, les sépultures ont peu à peu gagné en solennité, en particulier celles de Sapiens, avec l'apparition de tumulus surmontant les tombes ou de dalles tapissant ces dernières. Bien plus tard, les rites se sont complexifiés, lorsque l'Homme s'est sédentarisé il y a environ 10.000 ans. À côté de la crémation qui fait alors son apparition, des espaces ont été dédiés à l'inhumation, les défunts étant parfois enterrés avec des objets représentatifs de leur vie passée. La présence de pollen sur les ossements montre que certains étaient allongés sur des lits de fleurs. La pratique de l'inhumation témoigne d'une conception symbolisée du trépas, d'une volonté d'honorer le corps du mort et d'accompagner son esprit vers une forme d'au-delà.

Source : Sciences et Avenir du 07/03/2021

samedi 12 décembre 2020

Néandertal enterrait bien ses morts

La datation des couches sédimentaires dans lesquelles un squelette d’enfant néandertalien a été mis au jour sur le site de la Ferrassie, en Dordogne, démontre que celui-ci a été enterré il y a environ 41 000 ans.

On a longtemps pensé que l’inhumation, à l’instar de l’art, était l’apanage d’Homo sapiens. En effet, cette pratique rituelle sous-entend une conceptualisation symbolique de la mort et nécessite un certain degré de développement cognitif. Les Néandertaliens avaient-ils aussi de telles pratiques ? Encore aujourd’hui, la question fait débat. Mais un flot d’études nouvelles offre un éclairage de plus en plus net de l’image broussailleuse d’Homo neanderthalensis. On sait aujourd’hui qu’il pêchait, qu’il peignait… et désormais qu’il enterrait bel et bien ses morts. Plusieurs sites le suggéraient déjà : en Irak, dans la grotte de Shanidar et sa « tombe aux fleurs », ou en France, à la Chapelle-aux-Saints, où l’on a découvert ce qui a été interprété comme des tombes de Néandertaliens vieilles de 60 000 ans. Aucun de ces sites, cependant, n’apporte une preuve aussi solide que celle qui vient d’être obtenue à La Ferrassie, un abri-sous-roche situé en Dordogne et connu des archéologues depuis la fin du xixe siècle. Une équipe de paléoanthropologues dirigée par Antoine Balzeau, du Museum national d’histoire naturelle, et Asier Gómez-Olivencia, de l’université du Pays basque, a pour la première fois démontré qu’un Néandertalien y a été volontairement enterré par les siens il y a environ 41 000 ans.

Le site de La Ferrassie a livré six squelettes de Néandertaliens au début du xxe siècle puis un septième en 1973. Cette dernière découverte est étonnante : les ossements sont ceux d’un enfant de 2 ans, particulièrement bien conservé, allongé dans un axe est-ouest dans une couche sédimentaire archéologiquement stérile, c’est-à-dire dépourvue de tout autre objet archéologique. À l’époque, cette absence d’artefacts aux alentours du fossile a laissé les scientifiques dubitatifs, car on trouve d’habitude d’autres restes, animaux ou humains, près des vestiges humains. Ces os ont été soigneusement consignés, avant d’être stockés puis plus ou moins oubliés.

Ce n’est qu’en 2014, à l’occasion de nouvelles fouilles, qu’Antoine Balzeau et son équipe se sont intéressés au contexte archéologique inhabituel de cette trouvaille. Grâce aux cahiers de recherche datant des années 1970 et à leurs propres analyses sur place, les paléoanthropologues ont été capables de reconstituer la distribution spatiale des différents restes humains du site. La datation des sédiments par luminescence optiquement stimulée a révélé que la couche stérile située au même niveau que l’enfant avait plus de 60 000 ans, alors que les sédiments qui l’entouraient directement étaient datés de seulement 41 000 ans. Un fragment osseux millimétrique, qui a fourni assez d’ADN mitochondrial pour être identifié comme néandertalien et que les paléoanthropologues estiment appartenir à cet enfant, a quant à lui été daté au carbone 14, et serait aussi âgé de 41 000 ans. Un âge plus récent que celui des restes de faune trouvés dans une couche supérieure.

Cette « poche temporelle » dans les sédiments montre donc qu’un trou a bien été volontairement creusé, afin d’accueillir le corps de cet enfant. « La force de cette preuve, c’est qu’elle démontre une intentionnalité, explique Antoine Balzeau. Ces Néandertaliens ont délibérément inhumé l’un des leurs et c’est la première fois qu’on arrive à le démontrer avec un tel faisceau de données archéologiques. »

Cette découverte devrait faire pencher en faveur des Néandertaliens le débat qui dure depuis des décennies quant à leurs capacités cognitives. Tout comme Homo sapiens, ils avaient « domestiqué » la mort et, en pratiquant des rites funéraires, se sont eux aussi symboliquement approprié le concept de la fin de la vie.

Source : Pour la science du 10/12/2020

vendredi 11 décembre 2020

La preuve définitive que les Néandertaliens enterraient leurs morts

L'analyse des sédiments entourant les restes d'un enfant de 2 ans découverts sous l'abri de la Ferrassie (Dordogne) confirme l'existence d'une sépulture.

Depuis des décennies, les paléontologues se disputent pour savoir si Néandertal enterrait ses morts. En effet, la plupart des fossiles en notre possession ne peuvent rien nous apprendre car ils ont été exhumés voilà plus d'un siècle quand les archéologues n'étaient guère plus que des « terrassiers » ne s'embarrassant pas de passer le sol au peigne fin.

Des découvertes récentes en Israël ou encore en Irak ont mis en évidence la présence de tombes néandertaliennes, mais il manquait encore une certitude scientifique. Eh bien la voici ! Deux chercheurs, deux paléoanthropologues, Antoine Balzeau (CNRS/MNHN) et Asier Gómez‐Olivencia (Université du pays basque), fournissent, dans la revue Scientific Reports, la preuve définitive que Néandertal enterrait ses morts. Pourtant, en 2012, quand les deux compères décident d'examiner les squelettes de Néandertaliens trouvés dans l'abri de La Ferrassie, en Dordogne, ils n'avaient aucune idée de l'aboutissement de leurs recherches. Ce site découvert en 1896 avait connu deux campagnes de fouille. La première, qui s'acheva en 1923, avait mis au jour six squelettes de Néandertaliens (un couple, des fœtus et des enfants) et beaucoup de matériel prouvant une occupation sur plusieurs dizaines de millénaires. La deuxième, entre 1968 et 1973, avait dégagé un huitième fossile, celui d'un enfant de 2 ans. À cette époque, les paléontologues avaient bien évoqué la présence de tombes, mais sans avoir la moindre confirmation scientifique.

Un concours de circonstances

« En fait, tout démarre grâce à un magnifique concours de circonstances », confie Antoine Balzeau. « Avec Asier, nous examinions une boîte contenant des artefacts ramassés sur le terrain lors de la seconde campagne de fouilles quand nous avons trouvé la prémolaire d'un Néandertal adulte enfermée dans un tube avec un numéro. Aucune information ne l'accompagnait. Ce qui est inhabituel. » Pour en savoir davantage sur cette dent mystérieuse, les deux hommes se rendent au Musée d'archéologie national de Saint-Germain-en-Laye, qui détient tout le matériel des fouilles de La Ferrassie. « Nous avons eu là l'énorme surprise de trouver des dizaines de caisses contenant tout ce qui avait été prélevé sur le terrain lors de la deuxième campagne de fouilles. » L'examen du cahier des fouilles et des cartes du site leur permet d'identifier rapidement l'endroit de la découverte de la dent. Dans le carré no 1. Le même où l'enfant de 2 ans a été découvert en 1969 ! Ils se rendent compte alors, avec surprise, que celui-ci n'avait fait l'objet d'aucun programme de recherche.

Un oubli qu'ils décident de combler. Ils commencent donc par examiner le matériel prélevé sur le carré no 1 et conservé dans une caisse. « Nous y trouvons un petit sachet marqué M pour Moustérien. Nous étalons son contenu sur une table. Immédiatement, sans même avoir besoin d'échanger un mot, nous avons identifié de très nombreux fragments osseux humains. Des fragments de vertèbres, d'os temporal, de mâchoire… que les chercheurs de l'époque avaient totalement ratés », raconte Balzeau avec de l'émotion dans la voix. Les deux paléontologues ont vite fait de vérifier qu'ils appartenaient tous au squelette de l'enfant de 2 ans ! Se disant que leurs prédécesseurs avaient peut-être raté d'autres ossements, notamment ceux des bras et des jambes qui manquaient, ils entament des fouilles de l'abri en 2014. Malheureusement, ils font chou blanc. Du coup, Antoine et Asier soumettent l'ensemble des échantillons de sédiments collectés entre 1968 et 1973 à une batterie de tests sophistiqués. Une datation précise des ossements de l'enfant donne le chiffre de 41 000 ans. Nous sommes donc très près de la date supposée de la disparition des Néandertaliens. D'autres squelettes ont été datés de moins de 40 000 ans, jusqu'à même 28 000 ans, mais ces chiffres sont largement contestés en raison de défauts méthodologiques dans la datation.

Fin de la polémique

Mais le plus important, c'est que les deux chercheurs du Musée de l'homme ont trouvé les preuves que le gamin (ou la gamine, la pauvreté du matériel génétique n'a pas permis de déterminer son sexe avec certitude) avait été enterré dans une tombe creusée à cet effet : « L'étude du cahier de fouille et l'analyse des matériaux prélevés par nos prédécesseurs indiquent que l'enfant a été enfoui dans un niveau où il n'y avait rien d'autre, mais aussi que les sédiments entourant la fosse étaient plus anciens que le fossile. Tout ceci démontre que les hommes avaient dû creuser pour enterrer le corps », explique Balzeau. Cette découverte devrait mettre fin à la polémique concernant l'existence de tombes néandertaliennes. Oui, nos cousins enterraient leurs morts, du moins ceux qui vivaient voilà 40 000 ans !

Les deux hommes n'ont pas manqué d'analyser la terre jetée sur la dépouille de l'enfant. Ils y ont identifié de nombreux fragments d'os carbonisés, surtout de bisons, confirmant ainsi la présence proche d'un foyer sur lequel les occupants de l'abri de La Ferrassie cuisaient leur gibier. En revanche, ils n'ont rien découvert de ce qui pourrait s'apparenter à une offrande. Les pratiques funéraires de Néandertal restent donc inconnues.

Quant aux sept autres squelettes, ont-ils eux aussi mérité une tombe ? Impossible de l'affirmer avec certitude car, eux, ils ont été sortis de terre dans les années 1900, à une époque où les archéologues ne s'embarrassaient pas de relevés minutieux...

Source : Le Point du 09/12/2020

jeudi 10 décembre 2020

Une preuve de plus que Néandertal inhumait ses morts

Un petit enfant néandertalien, mort il y a 41.000 ans, fut inhumé par les siens sur le célèbre site préhistorique de la Ferrassie en Dordogne, révèle mercredi une étude qui apporte une nouvelle preuve robuste que l'enterrement n'était pas l'apanage de notre espèce, Homo sapiens.

Des dizaines de squelettes d'hommes et de femmes de Néandertal, nos anciens cousins disparus, ont déjà été découverts en Eurasie, avec des indices laissant clairement penser qu'ils avaient été volontairement enfouis. Mais certains archéologues demeurent sceptiques quant à l'existence d'une telle pratique, considérée comme fondatrice du comportement humain et qui ne colle pas avec cette image de brute primitive que Néandertal a longtemps traînée.

Une étude parue dans la revue Scientific Reports, menée par une équipe internationale pluridisciplinaire, pourrait trancher définitivement le débat.

"C'est une histoire de chercheurs d'or !", raconte à l'AFP le paléoanthropologue Antoine Balzeau du CNRS, qui a codirigé l'étude avec Asier Gomez-Olivencia, de l'Université du Pays basque (Espagne).

Dans les collections du Musée de l'Homme à Paris, où il travaille, il tombe récemment sur une boîte contenant les ossements de cet enfant de deux ans, trouvés en 1973 dans l'abri sous roche de la Ferrassie, vaste gisement préhistorique dont on sait depuis le début du XXe siècle qu'il fut habité par Néandertal, et fouillé à plusieurs reprises.

Le squelette du bébé avait bien été identifié dans les années 1970, mais sans contextualisation géologique. La boîte contenait aussi une dent d'adulte, isolée, sans description mais portant un numéro.

Muni de cet indice, le chercheur prend la direction du Musée national d'archéologie de Saint-Germain en Laye (Yvelines), où dormaient toutes les collections des fouilles anciennes. "Il y a avait des dizaines de cahiers, de caisses, de rapports.... J'ai ouvert le premier cahier et au bout d'une minute, j'ai trouvé la description de la dent", et sa provenance précise, poursuit-il.

Son équipe passe alors en revue tout le matériel récolté sur le même carré que celui de la dent - et donc de l'enfant - et révèle 47 nouveaux ossements humains, récoltés rapidement lors des fouilles mais non identifiés.

Les scientifiques décident alors de retourner à La Ferrassie pour mieux comprendre leurs découvertes. Sur place, ils parviennent à dater la couche sédimentaire située au même niveau que l'enfant: 60.000 ans. Les restes du bébé en ont 41.000, "ce qui prouve que le niveau a bien été creusé pour déposer le corps, et refermé ensuite", selon Antoine Balzeau.

- "Démonstration géologique" -

L'existence de ces sépultures était supposée puisque sept squelettes différents avaient déjà été trouvés à La Ferrassie, mais "cela relevait de l'interprétation de données; il n'y avait aucune démonstration géologique de la présence d'une fosse", développe le scientifique.

Par un faisceau de techniques modernes, l'étude montre "pour la première fois de manière aussi robuste qu'on a affaire à un enfouissement", ajoute-t-il.

Un minuscule ossement du squelette a pu être identifié comme humain grâce aux protéines conservées en son sein, révélées par la science "protéomique"; puis comme Néandertalien par son ADN mitochondrial, et enfin daté directement par la méthode du carbone 14.

La conservation des vestiges, meilleure que celle des os de bison et d'autres herbivores retrouvés dans la même strate, indique un enfouissement rapide après la mort, précise le CNRS dans un communiqué en marge de l'étude.

"Beaucoup d'archéologues aujourd'hui sont opposés à l'idée que Néandertal enterrait ses morts, arguant qu'on n'avait pas la capacité de le démontrer. Mais aussi parce qu'ils font une différence de valeur avec Homo sapiens", dont on sait qu'il a cohabité avec Néandertal, analyse le chercheur.

"C'est ancré dans notre mode de pensée que Sapiens était supérieur et c'est malheureusement souvent par ce biais qu'on étudie l'histoire, alors qu'il faut commencer par étudier les données archéologiques", poursuit-il.

Depuis plusieurs années, on découvre combien Néandertal, qui vécut entre 400.000 ans et 40.000 ans avant notre ère, était une humanité complexe, aux pratiques modernes comme l'ornementation du corps, la fabrication d'outils sophistiqués.

Source : Challenges du 09/12/2020

mercredi 9 décembre 2020

En Dordogne, et par-delà, l’homme de Néandertal enterrait bien ses morts

Une nouvelle étude publiée dans «Scientific reports» confirme que notre cousin le plus proche, éteint il y a 40 000 ans, inhumait aussi les défunts. Enfoui volontairement sous l’abri de la Ferrassie, un enfant néandertalien de 2 ans est le représentant le plus récent connu de cette espèce humaine.

Il faut imaginer, quelque part au centre de la Dordogne, dans la vallée de la Vézère, une espèce de falaise, disons une paroi rocheuse, au pied de laquelle des hommes préhistoriques ont trouvé refuge. Ici, sous cet «abri sous-roche», l’homme de Néandertal, humanité cousine de la nôtre mais aujourd’hui disparue, a même partagé de bons repas et confectionné des outils complexes en pierre taillée. C’était il y a environ 41 000 ans, sur le site que les préhistoriens nomment de nos jours la Ferrassie, à Savignac de Miremont. Et l’on sait tout cela car depuis plus d’un siècle, des fouilles archéologiques ont mis au jour des restes fossiles d’au moins sept néandertaliens.

Parmi ces individus, le squelette d’un enfant de 2 ans, découvert au tout début des années 70 par le professeur Henri Delporte, a cependant récemment attiré l’attention d’une équipe franco-espagnole de paléoanthropologues. Et l’analyse des restes combinée à un nouvel examen du site depuis 2014 va aujourd’hui dans le sens d’une hypothèse longtemps et ardemment discutée par les spécialistes en raison de tombes sépultures supposées en France et en Irak : oui, l’homme de Néandertal enterrait bien ses morts.

Fossiles placardisés depuis les années 70

L'«aventure» de cette nouvelle découverte, raconte le paléoanthropologue Antoine Balzeau (CNRS) qui signe avec l’Espagnol Asier Gomez-Olivencia (université de Bilbao) une étude à paraître jeudi dans la revue Scientific reports, commence il y a quelques années. A l’époque, les deux chercheurs réétudient les fossiles placardisés du Musée de l’homme et tombent, entre autres, sur une dent humaine qui renvoie vers les collections du Musée d’archéologie nationale, à Saint-Germain-en-Laye. Là-bas, les cahiers de fouilles font référence à du matériel archéologique du grand-abri périgourdin et, surprise, livrent des restes fossiles, dont ceux du jeune néandertalien, nommés «LF8», jamais examinés ces cinquante dernières années. «On s’est retrouvé avec un squelette qu’on complétait avec 47 nouveaux fossiles et des notes qui expliquaient comment était positionné l’enfant et les fossiles tout autour», narre au téléphone le chercheur du laboratoire Histoire naturelle de l’homme préhistorique, un des spécialistes français d’Homo neandertalensis. De quoi fournir des pistes de recherches intéressantes pour de nouvelles fouilles.

En Dordogne, l’examen du gisement de la Ferrassie, que d’autres scientifiques avaient aussi entrepris de passer à nouveau au peigne fin, révèle alors le passé de la dépouille de l’enfant néandertalien – principalement les os du crâne au bassin. «On n’a rien trouvé de spectaculaire, complète Jean-Jacques Hublin, paléoanthropologue de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig, lui aussi impliqué dans l’étude. Mais tout n’était pas perdu parce qu’on a des méthodes moléculaires pour détecter des restes humains non identifiables.» Si rien d’inédit à part une molaire néandertalienne n’émerge du site, plusieurs techniques de datation, par luminescence stimulée optiquement (OSL) et au carbone 14, donnent cependant un âge précis au fossile : 41 000 ans. Ce qui fait de ce spécimen le représentant de son espèce le plus récent désormais connu. Mais c’est environ 20 000 ans de moins que la datation de la couche de terre stérile d’où les préhistoriens ont par le passé exhumé «LF8».

Etude de l’ADN et des protéines anciennes

Ces découvertes «montrent bien que des Néandertaliens étaient là il y a 41 000 ans, qu’ils ont creusé un trou, déposé le corps et remblayé avant de continuer leur vie, résume Antoine Balzeau. Pour la première fois, on a des données robustes qui montrent un enfouissement volontaire d’un mort chez Néandertal». L’addition des méthodes d’analyse, qui étaient beaucoup moins précises il y a cinq décennies, a également permis d’affiner la découverte. La paléogénétique d’abord, qui, si l’on retrouve un peu d’ADN ancien dans les restes humains, permet de donner l’identité des individus. Ici, elle permet de dire que l’enfant est bien un homme de Néandertal puisque l’on connaît depuis une dizaine d’années le génome de cette espèce humaine disparue il y a environ 40 000 ans en Europe. En revanche, incomplète, la séquence ADN ne permet pas de connaître son sexe. «Quand les résultats génétiques sont tombés, j’espérais un peu plus, fait mine de soupirer Antoine Balzeau. Mais cela montre surtout que ces techniques sont intéressantes quand elles sont combinées. Ainsi, elles permettent de raconter la vraie histoire d’un site.»

Discipline toute récente, mais prometteuse, la paléoprotéomique, soit l’étude de la structure des protéines anciennes dans les tissus osseux, permet aux chercheurs d’écarter des fossiles d’animaux, principalement de bisons, tombés dans la sépulture au moment de l’inhumation de l’enfant par des congénères. «C’est assez formidable, cela ramène de l’eau au moulin des débats autour des sépultures néandertaliennes, un sujet longtemps controversé, poursuit le professeur au Collège de France Jean-Jacques Hublin. Aujourd’hui, il peut être admis qu’il y a eu des inhumations néandertaliennes, pas partout et tout le temps. Mais comment on interprète ça ? Là, les avis divergent et il faut être prudent.» Car il ne faudrait pas projeter sur notre vieux cousin disparu des intentions qui n’auraient pas été les siennes. Et sans le réduire à une brute épaisse – il avait quand même un cerveau plus volumineux que le nôtre et peut-être même un goût pour les parures – l’homme de Néandertal a dessiné sa propre humanité, plus ou moins éloignée (d’autres diraient semblable) de celle d’Homo sapiens. Et Antoine Balzeau de conclure : «Notre découverte contribue à montrer que les comportements des néandertaliens leur étaient propres et complexes, qu’il s’agissait d’une humanité différente mais qu’on n’était pas supérieurs».

Source : Libération du 09/12/2020

vendredi 24 janvier 2020

Préhistoire : les rites funéraires ne dépendraient pas du statut social

Les humains enterraient-ils leurs congénères selon le statut social qu'ils occupaient au sein de leur communauté ? C'est ce qui est communément admis, mais une nouvelle étude favorise l'idée que les rites funéraires sont plutôt liés à la culture de l'ensemble de la communauté.

Deux communautés d'Hommes du Néolithique se sont côtoyées dans la région de Rioja Alavesa en Espagne. Bien que séparées seulement de quelques kilomètres (entre 4 et 6,5 kilomètres), leur mode de vie divergeait. Comment pouvons-nous le savoir ? Grâce à des dents retrouvées sur des restes humains inhumés selon deux rites funéraires distincts. C'est la conclusion émise dans une étude parue dans Science Advances, le 22 janvier 2020. Celle-ci reconsidère l'idée que le statut social d’un individu détermine la façon dont son corps sera traité après sa mort chez nos ancêtres du Néolithique.

Des rites funéraires culturels ?

Malgré leur proximité géographique, les deux populations humaines ne partageaient pas les mêmes mœurs. Les scientifiques ont prélevé des dents sur des restes humains reposant sous le sol d'une caverne ou dans des tombes mégalithiques. Les premiers Hommes enterrés dans des grottes sont datés d'une époque allant de 3.500 à 2.900 avant notre ère, tandis que l'utilisation des pierres tombales mégalithiques s'étend sur une période similaire à quelques centaines d'années près, à la fois plus tôt et plus tard.

Pour en savoir plus sur leur mode de vie, les scientifiques ont examiné 27 molaires adultes. L'analyse des isotopes des atomes du carbone et d'azote, présents dans le collagène de la dentine, suggère aussi un régime alimentaire différent. La population qui préfère placer ses morts dans des tombes en pierre semble avoir un régime riche en plantes. De nombreuses caries ont été retrouvées sur les dents, témoignant, selon les chercheurs, d'une consommation importante de plantes sucrées.

L'analyse des isotopes du carbone, du strontium et de l'oxygène dans l'émail permet d'estimer l'âge auquel les enfants ne se nourrissent plus du lait maternel. Sur ce point aussi, les deux communautés examinées divergent. Les dents retrouvées dans les grottes montrent que les jeunes enfants étaient sevrés plus tôt que ceux enterrés dans des pierres tombales.

Selon les auteurs de cette étude, les restes retrouvés dans les deux tombes témoignent d'une culture propre à chaque population. Les rites funéraires ne seraient alors pas dus à un statut social au sein de la communauté, mais à un mode de vie particulier. Les coutumes décrites ici semblent être un témoin d'une différence culturelle ancienne entre deux populations proches.

Source : Futura Science du 23/01/2020

dimanche 1 mars 1992

Skhul V

Es Skhul, Es Skhoul, ou Skhul (littéralement « la chèvre »), est une grotte située à Hadera, sur le mont Carmel, à environ 20 kilomètres au sud d'Haifa (Israël) et à environ 3 kilomètres de la mer Méditerranée. Elle abrite un site préhistorique fouillé initialement par les préhistoriens anglais Dorothy Garrod et américain Theodore McCown à partir de l'été 1928.

Homo sapiens

La grotte d'Es Skhul a livré une industrie moustérienne datée d'environ 115 000 ans avant le présent, associée à des restes humains correspondant à dix individus (7 adultes et 3 enfants). Il s'agit des plus anciennes sépultures connues au monde.

Les fossiles humains sont attribués à l'espèce Homo sapiens sous une forme encore archaïque. Le crâne présente la forme globulaire d'un crâne moderne, mais la face montre un torus sus-orbitaire qui reste relativement volumineux.

Les niveaux paléolithiques ont également livré des perles en coquillage perforé qui comptent parmi les plus anciennes connues au monde.

Source : Wikipedia

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118 ka
Homo sapiens
1933
Es Skhul, Haïfa, Israël
Theodore McCown et Hallam Movius

mercredi 1 mai 1991

Homme d'Es Skhul

Es Skhul, Es Skhoul, ou Skhul (littéralement « la chèvre »), est une grotte située à Hadera, sur le mont Carmel, à environ 20 kilomètres au sud d'Haifa (Israël) et à environ 3 kilomètres de la mer Méditerranée. Elle abrite un site préhistorique fouillé initialement par les préhistoriens anglais Dorothy Garrod et américain Theodore McCown à partir de l'été 1928.

La grotte d'Es Skhul a livré une industrie moustérienne datée d'environ 115 000 ans avant le présent, associée à des restes humains correspondant à dix individus (7 adultes et 3 enfants). Il s'agit des plus anciennes sépultures connues au monde.

Les fossiles humains sont attribués à l'espèce Homo sapiens sous une forme encore archaïque. Le crâne présente la forme globulaire d'un crâne moderne, mais la face montre un torus sus-orbitaire qui reste relativement volumineux.

Les niveaux paléolithiques ont également livré des perles en coquillage perforé qui comptent parmi les plus anciennes connues au monde.

Source : Wikipedia