dimanche 28 février 2021

Vénus : des figures féminines qui conservent tout leur mystère

Présentes dans toute l'Europe, les vénus, ces figures féminines aux formes opulentes, conservent leur mystère.

Incarnations d'une déesse mère, amulettes de fécondité, figures protectrices des femmes enceintes, voire objets érotiques ? Façonnées dans la pierre, l'ivoire ou l'os, durant le gravettien (27.000 - 20.000 avant J.-C.) puis le magdalénien (13.000 - 9.000 avant J.-C.), les vénus disséminées des côtes atlantiques aux portes de la Russie semblent prendre un malin plaisir à brouiller les pistes.

Des Vénus aux silhouettes très hétérogènes

Les formes généreuses de la célèbre Vénus de Willendorf, découverte en 1908 en Autriche, contrastent ainsi avec la silhouette longiligne de la Vénus impudique de Laugerie-Basse, mise au jour en Dordogne en 1864. Et quand la Dame de Brassempouy, visage d'ivoire coiffé d'une capuche exhumée en 1894 dans les Landes, nous fixe de son regard absent, la Dame de Renancourt, retrouvée dans la Somme en 2019, est, elle, privée de traits. Quant à la Vénus de Lespugue, réapparue aux Eyzies en 1922, elle laisse voir une autre femme lorsqu'elle est tête en bas, mais, de côté, se transforme en phallus.

Les statuettes masculines entretiennent elles aussi le flou

Les statuettes masculines, moins nombreuses, entretiennent elles aussi le flou. Majoritairement en érection, elles pourraient aussi bien attester d'un culte de la virilité que d'un imaginaire homosexuel, ou encore de tentatives de remédier à des troubles érectiles. Et que dire des œuvres thérianthropes, mêlant humain et animal ? Oiseaux, cerfs, bisons ou mammouths…

Ces hybrides peuvent aussi bien esquisser un panthéon de divinités zoomorphes que témoigner de la puissance du lien unissant Sapiens à la nature, au point de vouloir, pourquoi pas, fusionner avec certaines espèces pour s'en approprier la force. Cela pourrait s'appliquer à l'homme-lion de la grotte de Hohlenstein-Stadel (Allemagne), sculpté dans une défense de mammouth et daté de 35.000 ans. Une hybridation singulière et toujours énigmatique.

Source : Sciences et Avenir du 28/02/2021

Extinction des dinosaures : affaire conclue ?

L’analyse de poussière d’astéroïde chargée en iridium sous le cratère de Chicxulub confirme qu’une roche spatiale est bel et bien à l’origine de la disparition des dinosaures il y a 66 millions d’années.

Si certains proposent une alternative cométaire ou volcanique à l’origine de l’extinction des dinosaures non aviens il y a 66 millions d’années, depuis quarante ans, l’hypothèse la plus largement acceptée reste celle de l’impact d’astéroïde. Nous devons cette idée à l’analyse des couches sédimentaires située à la limite Crétacé-Paléogène trouvées partout dans le monde. Elles présentent en effet des concentrations inhabituellement élevées d’iridium. Or, ce métal est plus couramment retrouvé dans certains astéroïdes et quasiment inexistant dans le reste de la croûte terrestre.

Quelques années plus tard, dans les années 90, les chercheurs ont identifié le site d’impact le plus probable : le cratère de Chicxulub, au Mexique. En 2016, un projet de forage a également souligné que la roche environnante avait été soumise à une immense pression en l’espace de quelques minutes.

Une étude le confirme

Dans le cadre d’une nouvelle étude, des chercheurs de l’Université du Texas (Austin) ont analysé 900 mètres d’échantillons de roches recueillis sous le cratère. Ces travaux ont permis de constater la présence de poussière d’astéroïdes à l’emplacement géologique précis qui marque le moment de l’extinction. “Des niveaux d’iridium trente fois supérieurs à la moyenne ont été trouvés à la limite “Crétacé / Tertiaire (KT) dans ce cratère“, écrivent les chercheurs.

Les concentrations les plus élevées d’iridium ont été trouvées dans une section de cinq centimètres du noyau rocheux récupéré au sommet du fameux “anneau de pointe” du cratère, formé lorsque les roches ont rebondi puis se sont effondrées par la force de l’impact.

Les dinosaures n’ont eu aucune chance

En plus de l’iridium, les carottes prélevées ont également livré de nombreux composés soufrés. Ces analyses montrent que de grandes quantités de soufre d’origine terrestre ont été soufflées dans l’atmosphère lors de l’impact. Notez que les résultats de quatre laboratoires indépendants du monde entier ont confirmé ces résultats. Selon les auteurs, il s’agit bien de la “preuve finale” que les dinosaures ont été anéantis par un astéroïde et que cet astéroïde a frappé à cet endroit précis.

Concrètement, cette poussière d’astéroïde s’est donc retrouvée vaporisée avec les roches environnantes, avant de dériver dans l’atmosphère et de se déposer au sol, formant la couche enrichie en iridium visible aujourd’hui dans le monde entier dans la couche géologique correspondant à cette époque.

D’après les auteurs, cette poussière soulevée par l’impact aurait circulé dans l’atmosphère pendant environ deux décennies. Autrement dit, c’était suffisamment long pour que tous ceux qui avaient survécu à l’impact et ses conséquences meurent finalement de faim.

Source : SciencePost du 26/02/2021Wikipedia

Dolní Věstonice : Tête Portrait XV

as de la femme de 26000 ans
Dolní Vestonice : Tête Portrait XV
Pavlovien / Gravettien. 25 000-29 000 ans
Cette tête de portrait en ivoire pourrait représenter un homme ou une femme mais cette dernière est généralement assumée. La tête est sculptée en rond pour que la forme ovale du visage soit courbée de manière réaliste. Les cheveux ne sont pas indiqués mais une ligne incisée marque le haut du front encadrant le visage. Les sourcils sont soigneusement dessinés au-dessus des yeux exceptionnellement détaillés; le nez et la bouche sont proportionnés avec précision. Il n'y a pas d'oreilles mais celles-ci peuvent être couvertes par les cheveux.
Dolní Vestonice, Moravie, République tchèque.
Musée de Brno, République tchèque.

Source :

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Il y a environ 26000 ans, à Dolni Vestonice (Moravie), ce visage sculpté dans un os de mammouth ivoire est considéré comme le plus ancien portrait de la planète.

samedi 27 février 2021

Comment s'habillait Homo sapiens ?

Après s'être longtemps couvert des fourrures de ses proies, Homo Sapiens a appris à coudre les peaux, puis les tissus, à l'aide d'aiguilles à chas.

Sapiens drapait-il sa pudeur dans des toisons douillettes ou se contentait-il de minimalistes lambeaux de peaux ? Si les humains ont sans doute commencé à se couvrir lorsqu'ils ont perdu leurs poils, entre 3 et 1,2 million d'années, difficile de dire exactement quand le pli a été pris ou quelles étaient leurs habitudes vestimentaires, fourrures et tissus se dégradant avant de fossiliser.

Pour y voir plus clair, l'étude de deux espèces de poux

Des amis de longue date nous aident néanmoins à y voir plus clair. Une étude publiée en 2011 dans la revue Molecular Biology and Evolution s'est penchée sur deux espèces de poux contemporaines : le pediculus humanus capitis, habitué de nos cuirs chevelus, et le pediculus humanus corporis, hôte de nos vêtements. En remontant le rythme de leurs mutations ADN, les chercheurs ont estimé que les parasites s'étaient différenciés il y a 170.000 à 83.000 ans, preuve que la nudité n'était déjà plus alors qu'un lointain souvenir.

Nos ancêtres n'étaient pas que frileux… Ils étaient aussi coquets !

L'observation des outils nous en apprend un peu plus. Des traces de racloir laissées sur des ossements d'animaux montrent ainsi que Néandertal récupérait déjà peaux et fourrures sur ses proies. Les premières aiguilles à chas en os ou en ivoire datent, elles, d'environ 20.000 ans. Muni de tendons d'animaux en guise de fil, Sapiens a pu assembler des pièces plus ajustées et donc plus protectrices, atout de taille au plus fort de cette époque de glaciation. Ian Gilligan, de l'université de Sydney, estime que ce talent de couturier a pu constituer un avantage décisif pour l'expansion de Sapiens. Mais nos ancêtres n'étaient pas que frileux… Ils étaient aussi coquets ! C'est ce que suggèrent les fibres de lin colorées vieilles de 30.000 ans identifiées dans la grotte géorgienne de Dzudzuana.

Source : Sciences et Avenir du 27/02/2021

Homo sapiens vivait-il vraiment dans des grottes ?

En Afrique, des grottes ont été occupées pendant des dizaines de milliers d'années.

Jusqu'au néolithique, Sapiens s'est déplacé au fil des saisons et des ressources disponibles. Ici, il occupait un abri sous roche ou une entrée de grotte, dont le fond était parfois dévolu à l'art et aux rites funéraires. Là, il bâtissait son propre refuge, à l'instar des autres hominines.

Le type d'habitat dépendait de l'environnement

Le type d'habitat dépendait de l'environnement : les grottes pouvaient être dangereuses, car déjà occupées par des animaux et, par ailleurs, toutes les régions n'en comportaient pas. Un certain nombre de sites africains témoignent d'une présence humaine prolongée. En 2018, des scientifiques ont publié dans la revue Nature Communications les résultats d'une découverte stupéfiante : la grotte de Panga ya Saidi, au Kenya, a abrité des populations humaines pendant 78.000 ans sans discontinuité !

Une grotte qui n'était pas qu'un simple dortoir

Quant à savoir comment vivaient nos ancêtres à l'intérieur de ces habitats, la conservation délicate du bois et des matières végétales rend la réponse très délicate. Cependant, en août 2020, une équipe internationale annonçait dans la revue Science avoir découvert dans la grotte de Border Cave, en Afrique du Sud, les traces de trois "lits" vieux de 200.000 ans. En réalité, des litières d'herbes posées sur une couche de cendres, sorte de matelas confortables qui permettaient également de se prémunir des piqûres d'insectes. Car ils portaient des traces de camphre, utilisé encore aujourd'hui pour ses vertus insecticides. Cette grotte n'était pas qu'un simple dortoir : des débris de pierre mélangés aux herbes y ont aussi été découverts. Selon les auteurs de cette découverte, Homo sapiens devait donc non seulement dormir ici, mais aussi y fabriquer des outils.

Source : Sciences et Avenir du 27/02/2021

vendredi 26 février 2021

Extinction des dinosaures : la "pièce manquante du puzzle" enfin trouvée par les chercheurs

Par le biais d'une anomalie en iridium relevée dans une carotte de forage, des chercheurs viennent de mettre en évidence pour la première fois de la poussière de l'astéroïde qui a conduit à l'extinction des dinosaures au sein même du cratère de Chicxulub, au Mexique.

Il y a 66 millions d’années, un astéroïde d’environ 12 kilomètres de diamètre s’écrasait sur la Terre et provoquait la disparition des trois quarts des espèces qui la peuplaient, dont les dinosaures non-aviaires. Ce tragique cataclysme allait entièrement remodeler la vie sur notre planète et permettre aux mammifères - l’Homme y compris - de prendre le dessus. Ce scénario, nous avons pu le réécrire grâce à de multiples observations et études menées par des scientifiques depuis des décennies.

Différentes hypothèses ayant pu causer cette extinction massive ont été émises, comme celle d'une activité volcanique intense ou la fameuse piste de l’impact d’astéroïde. La découverte qui fera basculer la communauté scientifique vers cette explication cosmique a lieu au début des années 1980, dans des couches de sédiments près de Gubbio, en Italie, et de Caravaca, en Espagne. Dans une très fine couche d’argile qui marque la limite entre le Crétacé et le Paléogène, les scientifiques mesurent des concentrations remarquablement élevées en iridium, un métal rare qui s’observe peu à la surface du globe mais que l’on trouve en quantité dans les météorites. Cette couche n’a donc pu se former qu’avec la poussière produite par l'impact et la vaporisation d’une météorite géante.

Lors de cet impact, nous savons que l’onde de choc a vaporisé l'astéroïde en poussière, qui fut éjectée dans l’atmosphère avec, de surcroît, la poussière des roches impactées. Celle-ci s’est alors répandue partout, et a créé ce que l’on appelle un hiver nucléaire : les rayons du Soleil ne parviennent plus à traverser l'atmosphère rendu ainsi opaque. Ainsi, à la surface de la Terre, plongée dans une quasi-obscurité permanente, certaines des espèces qui avaient échappé à l’impact et autres tsunamis vont à leur tour mourir. Jusqu’à ce que toute la poussière finisse par retomber au sol. Cela prendra plusieurs décennies.

Scène de crime incomplète

Cependant, faute de cratère de météorite, l’hypothèse qu’une activité volcanique intense a pu causer cette extinction massive va parallèlement continuer de convaincre de nombreux chercheurs. La preuve "ultime", elle, est trouvée au tout début des années 1990 : un cratère d'impact de 200 km de diamètre est localisé sous la péninsule du Yucatán au Mexique. Un cratère que seul la chute d'un astéroïde de 12 km de diamètre a pu causer. Il prend le nom de cratère de Chicxulub. Pourtant, la "scène de crime" n’est pas au complet. Certains affirment que Chicxulub a pu se former antérieurement ou ultérieurement à la disparition des dinosaures. Que manque-t-il encore pour convaincre, exactement ? De quoi relier sans équivoque cette couche contenant de la poussière de l'astéroïde, localisée à ce jour sur près de 350 sites dans le monde, et cet énorme cratère.

Mercredi 24 février 2021, dans une étude publiée dans la revue Science Advances, une équipe internationale de chercheurs dirigée par Steven Goderis, géochimiste à la Vrije Universiteit Brussel, en Belgique, a annoncée être enfin parvenue à retracer cette couche contenant la poussière de l'astéroïde jusqu'à l'intérieur du cratère d'impact de Chicxulub.

Un prélèvement au cœur du cratère

En mai 2016, l’équipe a foré au centre du cratère, dans une zone plus élevée appelée "peak ring". Pour bien comprendre à quoi correspond cet "anneau de collines", il faut imaginer une goutte d'eau tomber dans un verre déjà rempli : en tombant à la surface, cette goutte formera une dépression au centre de laquelle se dessinera une petite protubérance, se transformant elle-même ensuite en anneau. En tombant sur le sol mexicain il y a 66 millions d’années, notre astéroïde a créé un effet semblable. Et il s’avère qu’au centre de son cratère d’impact s’observe toujours cette zone de relief. Pourquoi avoir effectué un prélèvement à cet endroit précis ? "Parce que c’est un endroit très particulier, préservé, où le tsunami provoqué par l’impact n’a pas effacé toutes les traces de cet événement", explique Ludovic Ferrière, spécialiste des cratères d’impact, conservateur de la collection de météorites du muséum d’Histoire naturelle de Vienne, en Autriche, et troisième auteur de l’étude.

Les scientifiques en ont ainsi extrait 835 mètres de roche qui a permis d'obtenir une quantité considérable de nouvelles informations sur les processus intervenus dans la région du cratère avant, pendant et juste après l’impact. Sur la base d’analyses géochimiques approfondies, "les plus fortes concentrations en iridium ont été trouvées dans un intervalle riche en argile dans les sédiments juste en dessous du calcaire du Paléogène", affirme Ludovic Ferrière. "C’est vraiment un enregistrement sans précédent, la pièce manquante du puzzle."

"La préservation de la couche riche en iridium dans le cratère est tout simplement fantastique, elle constitue la preuve indiscutable que l'impact et l'extinction sont étroitement liés", conclut Philippe Claeys, professeur de géologie à la Vrije Universiteit Brussel et vétéran de la recherche sur l’extinction Crétacé-Paléogène, dans un communiqué. De son côté, Ludovic Ferrière espère que cette découverte relancera la recherche sur l'extinction massive du Crétacé-Paléogène, une période sur laquelle quantité d’informations reste encore à découvrir. "Et motivera les plus jeunes à se lancer dans une carrière de chercheur. Il y a encore tellement de choses à comprendre."

Source : Sciences et Avenir du 25/02/2021

jeudi 25 février 2021

Chronologie de l'évolution humaine : moments clés de l'émergence de notre espèce

Le long voyage évolutif qui a créé les humains modernes a commencé par un seul pas - ou plus exactement - avec la capacité de marcher sur deux jambes. L'un de nos premiers ancêtres connus, Sahelanthropus, a commencé la lente transition d'un mouvement ressemblant à des singes il y a environ six millions d'années, mais Homo sapiens ne se manifestait pas avant plus de cinq millions d'années. Pendant cette longue période, une ménagerie de différentes espèces humaines a vécu, évolué et s'est éteinte, se mélangeant et parfois se reproduisant en cours de route. Au fil du temps, leur corps a changé, tout comme leur cerveau et leur capacité à penser, comme en témoignent leurs outils et leurs technologies.

Pour comprendre comment l' Homo sapiens a finalement évolué à partir de ces anciennes lignées d'hominidés, le groupe comprenant les humains modernes et nos plus proches parents et ancêtres éteints, les scientifiques déterrent d'anciens os et outils en pierre, creusant dans nos gènes et recréant les environnements changeants qui ont contribué à façonner nos ancêtres. 'monde et guider leur évolution.

Ces éléments de preuve indiquent de plus en plus que H. sapiens est originaire d'Afrique, mais pas nécessairement en un seul moment et en un seul lieu. Au lieu de cela, il semble que divers groupes d'ancêtres humains vivaient dans des régions habitables autour de l'Afrique, évoluant physiquement et culturellement dans un isolement relatif, jusqu'à ce que les changements climatiques des paysages africains les incitent à mélanger et à échanger de manière intermittente tout, des gènes aux techniques d'outils. Finalement, ce processus a donné naissance à la constitution génétique unique des humains modernes.

«L'Afrique de l'Est a été un lieu de fomente - propice aux migrations à travers l'Afrique pendant la période où l' Homo sapiens est apparu», déclare Rick Potts , directeur du programme des origines humaines du Smithsonian. «Cela semble avoir été un cadre idéal pour le mélange de gènes provenant de populations migrantes largement répandues à travers le continent. L'implication est que le génome humain est né en Afrique. Tout le monde est africain, et pourtant pas d'une seule partie de l'Afrique.»

Les nouvelles découvertes ajoutent toujours des points de cheminement clés à la carte de notre voyage humain. Cette chronologie d'Homo sapiens présente certaines des meilleures preuves documentant notre évolution.

lundi 22 février 2021

Traces

Il y a 36 000 ans, dans les gorges de l'Ardèche, un animal dessiné est un animal chassé. Quand revient le temps de la Chasse et de la Trace, Gwel prend la tête du groupe des chasseurs tandis que Karou le Traceur et son apprentie Lani partent dessiner dans la grotte monumentale. Ce périple est bouleversé par un lion des cavernes.

Il pourrait être l’un des représentants de la France aux prochains Oscars. « Traces », court-métrage d’animation de 13 min, résultat de cinq ans de travail, retourne à l’époque de la Préhistoire. Il conte l’histoire imaginaire de l’artiste ayant dessiné les lions préhistoriques de la grotte Chauvet en Ardèche.

Ils exhument l'un des plus anciens symboles abstraits tracés par des humains

Il s'agit de six rainures parallèles espacées de 0,5 à 2 cm, imprimées sur un fragment d'os d'auroch, un ancêtre disparu de nos bovins. Et la datation de la couche sédimentaire où il se trouvait, dans le site de Nesher Ramla en Israël, lui attribue un âge d'environ 120 000 ans.

Il existe des inscriptions plus anciennes que celle-ci, reconnues comme symboles par les paléoanthropologues. Et elles ne sont pas l'œuvre d'Homo sapiens (nous) ! Telle celle attribuée à Homo erectus sur le site de Trinil dans l'île de Java en Indonésie, datée d'entre 540 et 430 mille ans, avant même l'avènement de notre espèce (300 000 ans).

Mais là c'est l'une des plus anciennes dans la région du Proche-Orient. Et selon l'équipe de paléontologues qui l'a découverte et analysée sous toutes les coutures il s'agit de symboles gravés intentionnellement par un représentant de la lignée Homo.

Polissage et retouches

Pour arriver à cette conclusion, l'équipe a dû écarter la piste d'un marquage accidentel suite au dépeçage de la bête - à l'aide de "couteaux" très aiguisés en silex par exemple - ou dû aux conditions naturelles auquel l'objet a été exposé durant tout ce temps.

Pour cela, les chercheurs l'ont analysé en profondeur, notamment à l'aide d'un microscope électronique à balayage, afin d'essayer de saisir le geste du graveur. Les six marques font entre 3,8 et 4,2 cm Puis ont eux-mêmes procédé à des essais sur des os afin de reproduire le même type de marque.

L'objet à été trouvé dans un site rempli d'outils en silex et d'os d'animaux, possiblement un camp de chasseurs(-cueilleurs) qui équarrissaient sur place les animaux chassés - principalement les aurochs et des tortues terrestres.

Côté gestes, l'œuvre aurait été produite par un seul individu droitier au cours d'une seule séance. Et l'évidente attention aux détails pour obtenir des marques si régulières en longueur et profondeur - on trouve même les traces d'un polissage et de retouches - excluent pour les chercheurs un acte involontaire et/ou utilitaire ou encore lié aux éléments naturels.

Lien spirituel

Quelqu'un a donc volontairement tracé sur cet os, avec un silex taillé tranchant, un jeu de symboles, au sens d'"une pratique dans laquelle les individus comprennent qu'un artefact peut posséder un sens, et que ce sens est construit sur et dépend de croyances partagées collectivement" comme le définissent les chercheurs dans l'article.

Néanmoins, la distinction entre une intention symbolique et une intention utilitaire est toujours un point de débat en paléontologie, car de tels signes ont pu servir pour marquer la propriété d'un objet.

"Nous postulons, écrivent les auteurs, que le choix de cet os particulier était lié au statut de cet animal dans cette communauté de chasseurs et est révélateur du lien spirituel que les chasseurs entretenaient avec les animaux qu'ils tuaient."

En revanche, la signification symbolique et spirituelle de ces signes demeure une énigme. "Même s'il est impossible de déterminer le sens exact de ces symboles, a déclaré à la presse Yossi Zaidner, cosignataire de l'article, nous espérons que la suite des recherches nous dévoilera des détails clés".

Source : Sciences et Vie du 22/02/2021

dimanche 21 février 2021

Morphométrie 3D : une révolution dans la paléontologie

Examiner, au micron près, le sosie d'une boîte crânienne fossile ? Reconstituer les parties manquantes de celle-ci, y compris le cerveau ? Rien de plus simple… ou presque.

"Quand j'ai démarré ma carrière, à la fin des années 1970, on faisait surtout de l'anatomie comparée, en étudiant les os humains, des grands singes, des hominines", se souvient Jean-Jacques Hublin. Depuis, les méthodes ont considérablement évolué avec l'irruption, à la fin des années 1990, des outils de modélisation en 3D. "Toucher les fossiles les abîme. Les muséums n'aiment pas qu'on manipule leurs collections, et on les comprend : à force d'avoir été mesuré au compas métallique, l'os frontal du crâne de l'homme de la Chapelle-aux-Saints a fini par être creusé !"

Avant l'essor de l'informatique, les mesures se limitaient à des dimensions linéaires ou à des angles. "Aujourd'hui, avec les scanners on peut entièrement visualiser un crâne en trois dimensions à partir de ses fragments, reconstruire les parties manquantes et surtout analyser bien plus finement et de façon quantitative les variations de forme", souligne le paléoanthropologue.

"Ce sont des outils extraordinaires", s'enthousiasme Philipp Gunz, de l'institut Max-Planck. En avril dernier, son groupe a décrit avec une précision remarquable un crâne d'A. afarensis, vieux de 3,3 millions d'années, découvert à Dikika (Éthiopie) en 2000. "Nous avons pu compter les lignes de croissance d'une dent : 824, ce qui signifie que cet australopithèque avait deux ans et demi au moment de son décès !"

Une résolution de l'ordre de 5 micromètres

Aux débuts de cette révolution, les scientifiques utilisaient des scanners médicaux. "Mais ils sont conçus pour une irradiation minimale, un temps d'exposition très court et ont une résolution assez faible puisqu'un millimètre suffit souvent au diagnostic, précise Jean-Jacques Hublin. Pour les fossiles, on a tout le temps qu'on veut ! On essaie quand même de limiter l'irradiation pour ne pas dégrader l'ADN susceptible d'être récupéré." La résolution couramment atteinte avec des instruments de microtomographie est de l'ordre de 5 micromètres. Et les synchrotrons, tel celui de Grenoble (ESRF), permettent de visualiser des structures plus fines encore.

De Chauvet à Lascaux : sur les parois des grottes, bien plus que des scènes de chasse

Bison, ours, lion, cheval… De Chauvet à Lascaux, l'animal est une figure omniprésente des grottes ornées.

Isolés, groupés, en troupeaux... Sur les 900 animaux qui caracolent sur les parois de la grotte de Lascaux (Corrèze), plus de 350 sont des chevaux.

De Chauvet à Lascaux, l'animal est une figure omniprésente des grottes ornées. Bison, ours, lion, cheval… aucun n'a échappé aux "pinceaux" d'Homo sapiens. Ils ont été fixés sur les parois avec un tel souci du détail qu'il est possible de déterminer leur espèce. Mais ces animaux ne sont-ils qu'une représentation de la faune au sein de laquelle vivaient les Hommes, une sorte de guide de chasse ?

Une pratique réglée et ancrée dans des valeurs symboliques, voire spirituelles

Dépeints dans un éventail précis de poses, ils ne représentent pas le gibier le plus traqué. Par ailleurs, la présence d'hybrides (cheval-aurochs) et la prédominance, dans les peintures, de certaines espèces en fonction des régions (cheval en France, biche en Espagne cantabrique) tendent à montrer que cette pratique était réglée et ancrée dans des valeurs symboliques, voire spirituelles.

Chaque animal convoyait une notion particulière, comme un esprit ou une force de la nature

Pour Marc Groenen, professeur de préhistoire à l'Université libre de Bruxelles, chaque animal convoyait une notion particulière, comme un esprit ou une force de la nature. À cela s'ajoute un rôle... pratique : la répartition codifiée des animaux au sein des systèmes de cavernes laisse supposer qu'ils véhiculaient des indications permettant de s'orienter dans les grottes, dont chaque chambre pouvait remplir une fonction précise, pratique ou rituelle.

Source : Sciences et Avenir du 21/02/2021

jeudi 18 février 2021

L'ADN de mammouths vieux d'un million d'années a livré quelques secrets sur leur évolution

C'est la première fois que des chercheurs arrivent à analyser des génomes aussi vieux, ce qui devrait entraîner de futures découvertes.

SCIENCE - C’est dans des molaires plus grandes qu’une main que se cache un nouvel exploit scientifique. Une équipe de chercheurs du centre de paléogénétique de Stockholm a réussi à analyser l’ADN de mammouths vieux de plus d’un million d’années.

En séquençant l'ADN de mammouths vieux de plus d'un million d'années, les chercheurs ouvrent la voie à de nouvelles découvertes

Une découverte qui permet de mieux éclairer l’évolution des diverses espèces de ces éléphants bien particuliers qui ont peuplé la Terre ces 4 derniers millions d’années avant de s’éteindre au début de notre ère, l’Holocène, il y a 12.000 ans.

L’ADN, qui contient l’ensemble de nos gènes, est un morceau de choix pour mieux comprendre l’évolution d’une espèce. Mais il se conserve plutôt mal dans le temps. Le précédent record, établi en 2013 avec le génome d’un cheval vieux de 780.000 ans, semblait déjà énorme. Mais avec “Adycha” et “Krestovka”, les deux spécimens de mammouths analysés, les auteurs de cette étude, parue dans Nature ce mercredi 17 février, explosent ce record.

L’ADN récolté dans les molaires de ces mammouths était clairement en mauvais état. “Les fragments d’ADN étaient dispatchés en de nombreux morceaux. Mais lesquels appartenaient au mammouth et lesquels à des microorganismes qui l’ont colonisé?” C’était l’un des plus gros problèmes à résoudre, a raconté Tom van der Valk, du centre de paléontologie de Stockholm, dans une conférence de presse.

Les chercheurs ont utilisé des outils élaborés ainsi qu’un algorithme bien particulier qui a comparé les fragments d’ADN récoltés à ceux d’éléphants classiques ou de mammouths plus récents. Cela a permis, petit à petit, de reconstituer le puzzle du génome d’Adycha et Krestovka en triant les pièces qui en font vraiment partie.

C'est dans ces molaires de mammouths que l'ADN vieux de plus d'un million d'années a été découvert.

Après analyse, les chercheurs se sont donc rendus compte qu’Adycha, vieux d’environ 1,3 million d’années, est un ancêtre des mammouths laineux, l’espèce la plus connue (et l’une des plus récentes) qui était présente dans toute la Sibérie ainsi qu’en Alaska.

Krestovka, vieux de 1,6 million d’années, est plus étonnant. Il n’est pas lié aux mammouths laineux, c’est une espèce à part. Les auteurs de l’étude se demandent s’il n’aurait pas pu être l’ancêtre du mammouth de Colomb, un cousin des laineux qui a migré en Amérique du Nord il y a quelque 1,5 million d’années avant de s’éteindre il y a 10.000 ans.

Mais cette plongée dans le passé des mammouths est encore partielle et ces hypothèses doivent être vérifiées. Et justement, cette nouvelle technique pourrait permettre d’analyser l’ADN d’autres espèces anciennes. A condition qu’elles aient été conservées dans un environnement gelé, tel le permafrost.

Source : Huffington Post du 17/02/2021

mercredi 17 février 2021

L’ADN de mammouths de plus d’un million d’années a été décodé

Des scientifiques ont pu séquencer le génome de mammouths découverts dans le permafrost sibérien, et cela a amené son lot de révélations.

On les a baptisés Chukochya, Adycha et Krestovka. Découverts dans les sols gelés de Sibérie, les restes de ces trois mammouths font aujourd’hui avancer nos connaissances sur cette espèce éteinte depuis des millénaires, mais ils représentent également un record pour la paléogénétique, cette science qui étudie les gènes du passé.

Ces trois mammouths sont en effet âgés de plus d’un million d’années et cependant les scientifiques ont réussi à séquencer leur génome. Le précédent record avait permis de décoder les gènes de chevaux dont l’ancienneté se situait dans une fourchette assez incertaine de 780 000 à 560 000 ans d’âge.

L’équipe internationale emmenée par Tom van der Valk, du centre de paléogénétique de Stockholm (Suède), qui publie ce mercredi les résultats de ses travaux dans la revue « Nature », a réussi à extraire suffisamment de matériel génétique des molaires des trois mammouths pour reconstituer leur ADN. De quoi fournir des informations à la fois sur leur âge, mais aussi sur l’évolution de la lignée de ces pachydermes que chassaient nos ancêtres.

Si l’on en croit les dépôts géologiques dans lesquels on les a trouvés, deux des trois mammouths, Krestovka et Adycha, ont plus d’un million d’années. Les gènes, eux, permettent aussi une datation et ils estiment Krestovka à 1,65 million d’années, Adycha à 1,34 million et le plus jeune, Chukochya, aurait « seulement » autour de 700 000 ans, ce qui en ferait tout de même l’un des plus anciens mammouths laineux connus.

« Cet ADN est incroyablement vieux, » assure Love Dalén, professeur de génétique évolutionnaire au centre de paléogénétique de Stockholm et co-auteur de l’étude. « Ces échantillons sont mille fois plus vieux que les restes des Vikings, et prédatent l’existence des humains et des Néandertaliens. »

Deux lignées de mammouths différentes

De ces données génétiques, les chercheurs ont déduit des enseignements précieux sur l’histoire de l’espèce. Si Adycha et Chukochya appartiennent à la lignée qui a donné naissance au mammouth laineux, dont le territoire s’étendait sur une grande partie de l’hémisphère nord, Krestovka appartient à une sous-espèce différente, inconnue jusqu’ici. « Cela a été une surprise totale pour nous, » reconnaît Tom van der Valk. « Toutes les études précédentes indiquaient qu’il n’y avait qu’une seule espèce de mammouths en Sibérie à cette époque, le mammouth des steppes. Mais nos analyses ADN montrent qu’il y avait deux lignées génétiques différentes. »

Les gènes ont révélé que cette nouvelle espèce avait divergé des autres mammouths entre 2,66 et 1,78 millions d’années dans le passé, et que cette lignée était l’ancêtre des mammouths qui ont franchi les glaces du détroit de Béring (entre Sibérie et Alaska actuels) pour aller coloniser l’Amérique. Selon les auteurs, le mammouth de Colomb, dont on a retrouvé des spécimens en Amérique du Nord, serait « le produit d’un croisement entre le mammouth laineux et une ancienne lignée de mammouths précédemment inconnue, représentée par le spécimen Krestovka. »

« C’est une découverte importante, » précise Patrícia Pečnerová, co-autrice de l’étude. « Il semble que le mammouth de Colomb, l’une des figures les plus emblématiques de l’âge glaciaire en Amérique du Nord, a évolué par une hybridation qui s’est déroulée voici approximativement 420 000 ans. »

Ces scientifiques ont aussi découvert que les gènes qui ont permis aux mammouths de s’adapter aux froids des glaciations étaient déjà présents voici un million d’années.

Un tel record est bien sûr un grand pas en avant pour la génétique. « L’une des grandes questions désormais est de savoir jusqu’où nous pouvons aller dans le passé, » commente Anders Götherström, professeur d’archéologie moléculaire et co-auteur de l’étude. « Nous n’avons pas encore atteint la limite. Une supposition éclairée serait que nous pourrions récupérer de l’ADN de deux millions d’années, et peut-être même aller aussi loin que 2,6 millions. Avant cela, il n’y avait pas de permafrost où l’ancien ADN pourrait avoir été préservé. » Cela veut tout de même dire que le record établi aujourd’hui pourrait un jour être battu…

Source : Le Nouvel Obs du 17/02/2021

De l'ADN de mammouth vieux de plus d'un million d'années, un record

Cette molécule qui porte le code génétique a été récupérée sur trois spécimens de mammouths de Sibérie.

Il y a un million d'années, les mammouths laineux (Mammuthus primigenius) n'existaient pas encore mais leurs prédécesseurs, les mammouths des steppes (Mammuthus trogontherii) occupaient eux la plus grande partie de l'Eurasie, y compris les plaines glacées de Sibérie. Quels liens existent-ils entre les deux ? Comment la spéciation, l'apparition d'une nouvelle espèce, se déroule-telle ? Pour comprendre l'évolution des espèces, l'ADN, la molécule qui porte le code génétique, s'avère être d'une précieuse aide. Malheureusement, elle se conserve très mal et passé quelques centaines de milliers d'années, il n'est plus possible d'en retrouver la trace dans les fossiles, ce qui au passage invalide totalement la possibilité d'un jour visiter un Jurassic Park avec des dinosaures ressuscités par une quelconque technique de génie génétique. Mais dans la quête du plus vieil ADN exploitable, une équipe du Centre de paléogénitique de Stockholm, en association avec des chercheurs de neuf autres institutions, vient de faire faire un bond de près de 500.000 ans à la science !

L'ADN, une molécule fragile

En 2012, dans une étude publiée dans la revue Proceeding of the Royal Society B, une équipe américano-australienne avait essayé d'évaluer le temps de survie d'un brin d'ADN. Leur conclusion était sans appel : une molécule d'ADN se désagrège à moitié en 521 ans. La moitié de ce qui reste disparait à son tour en 521 ans... Bref en à peu près 1,5 million d'années, il n'en reste quasiment aucune trace. Voilà pour la théorie. En pratique, les conditions de préservation ou de fossilisation raccourcissent encore cette limite. Ainsi jusqu'à cette nouvelle découverte du plus vieil ADN connu provenant d'un cheval de Przewalski dont l'âge a été estimé à environ 700.000 ans. Extraites du permafrost du nord-est sibérien, des molaires provenant de trois spécimens de mammouths ont livré de l'ADN mitochondrial datant de 700.000 à 1,2 million d'années ! C'est une infime quantité de matériau très dégradé que les scientifiques ont pu récupérer mais l'exploit est de taille : "les échantillons sont mille fois plus vieux que les restes des Vikings et sont même antérieurs à l'existence des humains et des Néandertaliens", souligne dans un communiqué Love Dalén, professeur de génétique de l'évolution au Centre de paléogénétique de Stockholm.

L'âge des trois mammouths a été déterminé grâce aux données géologiques des sites desquels ils ont été extraits ainsi qu'avec l'aide d'analyses moléculaires.

Les différentes méthodes convergent vers les mêmes résultats : deux des animaux ont plus d'un million d'années tandis que le troisième à environ 700.000 ans. C'est l'un des premiers représentants des mammouths laineux. Le plus ancien, surnommé Krestovka, a un âge estimé à 1,2 million d'années (et jusqu'à 1,65 million d'années selon la technique de datation) et il appartient à une lignée génétique de mammouths jusque-là inconnue désormais appelée "mammouths de Krestovka". Elle aurait divergé des autres mammouths sibériens il y a plus de 2 millions d'années et sa découverte est une surprise car les paléontologues pensaient jusqu'ici qu'une seule espèce de mammouths occupait à cette époque la Sibérie. Toutefois, il est pour le moment impossible d'affirmer que Krestovka constitue bien une espèce différente, car seule une fraction de son génome a pu être reconstitué. Les données génétiques indiquent aussi que ce sont les mammouths qui appartenaient à la lignée Krestovka qui ont colonisé l'Amérique du Nord, il y a environ 1,5 million d'années. De plus, les analyses montrent que le mammouth de Colomb (Mammuthus columbi) qui s'épanouissait en Amérique du Nord pendant la dernière période glaciaire était un hybride. Environ la moitié de son génome proviendrait de la lignée Krestovka et l'autre moitié du mammouth laineux. L'hybridation se serait produite il y a environ 420.000 ans.

L'adaptation au froid du mammouth laineux

Le deuxième spécimen le plus ancien, appelé Adycha, est âgé de 1,2 à 1,0 million d'années (et jusqu'à 1,34 million d'années selon la technique). Pour celui-ci il n'y a pas de doute : presque 25% de son ADN a pu être reconstitué, ce qui permet d'affirmer qu'il s'agit bien d'un mammouth des steppes et que c'est un ancêtre direct du mammouth laineux représenté par le troisième spécimen, Tchoukochya, âgé de 700.000 ans environ. C'est le plus ancien mammouth laineux découvert et les chercheurs ont pu comparer son génome, dont presque 80% a pu être reconstitué, ont expliqué les auteurs lors d'une visioconférence organisée par la revue Nature qui publie leur étude, avec celui d'Adycha et de mammouths laineux plus récents.

"Notre étude confirme que le mammouth laineux est un descendant direct du mammouth des steppes et nous pouvons maintenant comprendre comment les mammouths se sont adaptés à une vie dans des environnements froids et dans quelle mesure ces adaptations ont évolué au cours du processus de spéciation", explique à Sciences et Avenir Love Dalén. Les analyses ont montré que des variants génétiques associés à la vie dans l'Arctique, tels que la croissance des poils, la thermorégulation, les amas graisseux, la tolérance au froid et des adaptations des rythmes circadiens, étaient déjà présents chez le mammouth vieux d'un million d'années, bien avant l'essor du mammouth laineux. Ces résultats indiquent que la plupart des adaptations des mammouths se sont produites lentement et progressivement au fil du temps. "Retracer les changements génétiques à travers un événement de spéciation est unique. Nous ne trouvons aucune preuve que la sélection naturelle était plus rapide pendant le processus de spéciation", explique David Díez-del-Molino un des co-auteurs.

Ces résultats, qui ont nécessité un travail très pointu sur les morceaux d'ADN retrouvés pour rétablir les séquences protéiques pour lesquels ils codaient et les comparer aux génomes d'animaux actuels et proches des mammouths comme les éléphants des savanes et ceux d'Asie, peuvent-ils être appliqués à l'étude d'autres espèces disparues ? Oui, selon les chercheurs qui estiment même pouvoir pousser plus en arrière la recherche d'ADN et obtenir du code génétique vieux de 2 à 2,6 millions d'années à partir de fossiles extraits du permafrost et avec beaucoup de chance !

Source : Sciences et Avenir du 17/02/2021

Clé des abréviations de sites d'hominidés fossiles couramment utilisées

AL or A.L.                               Afar Locality - Ethiopie
ARA-VP                                 Aramis Vertebrate Paleontology - Ethiopie
BAR                                        Baringo - Kenya
BC                                           Baringo (Chemeron Formation)
BK                                           Baringo (Kapthurin)
BOU-VP                                  Bouri Vertebrate Paleontology - Ethiopie
D                                              Dmanissi - Georgie
ER                                            East Rudolf (Koobi Fora, or East Turkana) - Kenya
GVH                                        Gladysvale Hominin
HCRP RC                                Hominid Corridor Research Project Malema
HCRP UR                               Hominid Corridor Research Project Uraha
KB                                           Kromdraai SiteB–Fossils discovered after 1955
KGA                                        Konso Gardula - Ethiopie
KNM-                                      Kenya National Museum (+ ER,(East Rudolf) ou WT (West Turkana))
KP                                           Kanapoi - Kenya
KT                                           Koro Toro - Tchad
LB                                           Liang Bua - Indonésie
LH or L.H.                              Laetoli Hominin - Tanzanie
MAK-VP                                Maka–Vertebrate Paleontology
MLD                                       Makapansgat Limeworks Dumps
NG                                          Ngandong  - Indonésie
OH or O.H.                             Olduvai Hominin - Tanzanie
Omo                                        Designation for fossils recovered by the French-led group, from the Shungura Formation, Ethiopia
SE                                           Sterkfontein `Extension Site '
SH                                           Shungura Formation
SK                                           Swartkrans Hominin (SKW–SwartkransWits ; SKX–Swartkrans Excavation, refers to specimens recovered by C. K. Brain since 1965) - Afrique du Sud
Sts                                           Specimens recovered fromSterkfontein TypeSite between 1947 and 1949
Stw, StW, Stw}H, or StW}H  Sterkfontein Wits Hominin–specimens recovered from any part and any member of the Sterkfontein Formation after 1968 - Afrique du Sud
TM                                          Transvaal Museum – the catalogue designation of the following : Sterkfontein–fossils discovered between 1936 and 1938 - Afrique du Sud;
                                                Kromdraai–fossils discovered between 1938 and 1955
TM                                          Toros-Menalla - Tchad
UA                                          Uadi Aalad site
WT                                          West Turkana (including Nariokotome) - Kenya

lundi 15 février 2021

Où, quand, pourquoi, comment est apparu l’Homme ?

Marche du Progrès

Marche du Progrès, en anglais March of Progress, est une illustration de vulgarisation représentant l'histoire évolutive des homininés sous la forme d'une file indienne de plusieurs figures de plus en plus humanoïdes en marche de gauche à droite. Conçue par l'artiste Rudolph Zallinger pour un ouvrage de Francis Clark Howell paru en 1965, elle correspond à une vision scaliste anthropocentrique de l'évolution humaine, qui fait obstacle au développement de la connaissance relative à la vision phylogénétique des êtres vivants. Elle est depuis devenue une représentation archétypale de l'évolution et une icône de la culture populaire abondamment détournée.

Jusque dans les années 1990, la présentation de la lignée humaine via cette image devenue iconique a véhiculé l'implicite finalité de l'évolution. Même si l'on retrouve souvent cette représentation sur les couvertures de livres de vulgarisation ou sur Internet où elle fait l'objet de nombreuses parodies, elle n'est en rien scientifique. Elle est un apriori qui veut que l'évolution soit linéaire allant du plus simple au plus complexe et est désormais infirmée par de nombreuses données archéologiques. Dans Le mythe du progrès, Stephen Jay Gould met en lumière l'idée reçue qui entoure cette représentation. La complexité de l'homme est rare par rapport à la globalité de la vie dans laquelle les structures restent simple. Le progrès n'est pas la finalité de la vie ou même une fatalité.

Source : Wikipedia

dimanche 14 février 2021

Lukenya Hill

Musées nationaux du Kenya Lukenya Hill Hominid 1 (KNM-LH 1) est une calvaria partielle Homo sapiens du site GvJm-22 sur la colline de Lukenya, au Kenya, associée à des gisements archéologiques de l'âge de pierre plus tardif (LSA). KNM-LH 1 est daté en toute sécurité du Pléistocène supérieur et échantillonne une époque et une région importantes pour comprendre les origines de la diversité humaine moderne. Une chronologie révisée basée sur 26 dates au radiocarbone par spectrométrie de masse par accélérateur sur des coquilles d'œufs d'autruche indique une tranche d'âge de 23 576 à 22 887 ans B.P. pour KNM-LH 1, confirmant l'attribution préalable au dernier maximum glaciaire. Des dates supplémentaires prolongent l'âge maximum des gisements archéologiques de GvJm-22 à> 46000 ans avant notre ère. (> 46 kya). Ces dates sont cohérentes avec de nouvelles analyses identifiant à la fois les technologies lithiques de l'âge de pierre moyen et de la LSA sur le site, faisant du GvJm-22 un enregistrement rare en Afrique de l'Est des changements majeurs de comportement humain au cours du Pléistocène tardif. Les analyses morphométriques comparatives du crâne KNM-LH 1 documentent la complexité temporelle et spatiale de la variabilité morphologique humaine moderne. Les caractéristiques de la forme crânienne distinguent KNM-LH 1 et d'autres fossiles africains du Pléistocène moyen et tardif des crânes d'Africains récents et des échantillons provenant de sites de l'Holocène LSA et du Paléolithique supérieur européen.

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22 ka

Kenya

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Homo sapiens est-il violent par nature ?

Violent par nature, Sapiens ? Les traces d'affrontements, bien réelles, sont trop rares pour pouvoir l'affirmer.

Difficile de dater le début des guerres. Si l'on prend comme point de départ le moment où l'Homme commence à dédier tout un pan de son activité et de son savoir à la fabrication d'objets dont l'unique but est de tuer d'autres humains, la naissance de l'épée, entre 1700 et 1600 avant J.-C., pourrait constituer une étape importante. Mais des conflits meurtriers ont fait rage bien avant l'âge du bronze. Selon l'archéologue Anne Lehoërff, ils restaient cependant rares. Pour tuer, les guerriers détournaient alors des objets de leur fonction première - arc du chasseur ou bien hache.

Os humains mayas découvert au Mexique. Il s'agit d'un dépôt de plus de 120 squelettes.

La sédentarisation responsable du début des conflits ?

Certains paléoanthropologues soulignent d'ailleurs qu'il n'existe aucune preuve de conflits entre les groupes de chasseurs-cueilleurs, suggérant qu'ils ne seraient apparus qu'avec la sédentarisation, lorsque les Hommes se sont mis à défendre leur propriété. C'est notamment le cas de la préhistorienne Marylène Patou-Mathis, qui explique que "trop d'interrogations subsistent pour affirmer l'existence de conflits intra ou intercommunautaires. D'autant plus qu'une bonne entente entre ces petites communautés était indispensable pour assurer leur protection". Mais pour d'autres chercheurs, il n'y a aucune raison de penser que les comportements actuels soient différents de ceux du paléolithique.

Un coup porté à l'aide d'une pierre

Le plus ancien fossile portant les stigmates d'un acte violent date d'entre 200.000 et 150.000 ans. Il s'agit d'un Homo non identifié découvert en Chine, qui présente une fracture au niveau temporal droit, résultat d'un coup porté à l'aide d'une pierre. On peut aussi citer cet enfant mort d'une flèche dans le dos il y a 27.000 ans en Italie. Accidents de chasse ? Règlements de comptes ? C'est en fait un débat philosophique qui resurgit, une opposition entre Thomas Hobbes et Jean-Jacques Rousseau : l'Homme est-il intrinsèquement violent ou naturellement bon et craintif ?

Source : Sciences et Avenir du 14/02/2021

Kozarnika

Kozarnika, « Abri de la chèvre » est une grotte du nord-ouest de la Bulgarie qui a été utilisée comme abri par des groupes de chasseurs-cueilleurs dès le Paléolithique inférieur. La séquence stratigraphique commence il y a 1,6 million d'années et se poursuit jusqu'au Moyen Âge. La grotte a livré des ossements fossiles d'animaux portant des incisions régulières, datées de plus d'un million d'années, et interprétées par certains chercheurs comme les plus anciennes preuves de comportement symbolique découvertes à ce jour. Elle a également fourni les plus anciens assemblages connus d'outils lithiques du Gravettien.

Historique

Les recherches archéologiques dans la grotte de Kozarnika ont débuté en 1984. Depuis 1996, les fouilles sont dirigées par Nikolay Sirakov (Institut archéologique et musée de l'académie des Sciences bulgare, Sofia, Bulgarie) et Jean-Luc Guadelli (IPGQ - UMR5199 du CNRS, Bordeaux, France).

Les fouilles de la grotte se poursuivent à travers des campagnes annuelles.

Séquence stratigraphique

Au cours des deux dernières décennies, 21 couches archéologiques ont été reconnues. Elles contiennent, de bas en haut, des complexes archéologiques du début du Paléolithique inférieur (niveau 13 - 11a), du Paléolithique moyen (niveau 10b - 9a), du début du Paléolithique supérieur (niveau 6/7), une séquence d'une industrie de lames à dos que les chercheurs ont nommé le Kozarnikien (niveau 5c - 3a), du Néolithique ancien, de l'âge du cuivre tardif, de l'âge du bronze tardif, du Moyen Âge et du Moyen Âge tardif.

Paléolithique inférieur

Pour les niveaux anciens, la chronologie est basée sur le paléomagnétisme (évaluation de l'âge à partir des inversions du champ magnétique terrestre enregistrées dans les sédiments) et les analyses de la microfaune et de la grande faune.

Dans les couches profondes, datées de 1,4 à 1,6 million d'années AP, les archéologues ont découvert une molaire humaine, qui est considérée comme le plus ancien vestige fossile humain connu en Europe. Elle est associée à une industrie lithique à éclats de type oldowayen. On a trouvé un peu plus haut dans la séquence stratigraphique des ossements fossiles d'animaux portant des incisions régulières, qui pourraient être les plus anciens témoignages de comportement symbolique humain.

Paléolithique moyen

Les couches du Paléolithique moyen, datant de 300 000 à 50 000 ans AP, ont livré des nucléus Levallois, des racloirs et de rares pointes moustériennes présentant des affinités avec l'est des Balkans, ainsi que quelques pointes foliacées bifaciales. Ces industries sont peut-être liées à la présence de groupes de chasseurs néandertaliens.

Paléolithique supérieur

Les couches du Paléolithique supérieur ont livré les plus assemblages d'outils lithiques :

Cultures de Paléolithique supérieur

Stratigraphie   Datations (non calibrées)  Culture
Niveau VII        36000 à 39000 AP               Industrie de transition "Kozarnikien"
Niveau IV-VI    25000 à 26500 AP               Gravettien
Niveau I-III       20000 à 115000 AP             Épigravettien

Analyse

Kozarnika se trouve sur un itinéraire de peuplement humain de l'Europe via les Balkans en provenance du Proche-Orient, qui est manifestement antérieur à celui emprunté par les porteurs de l'Acheuléen via le détroit de Gibraltar, bien qu'à ce jour rien ne démontre qu'une des séquences archéologiques aurait ses racines hors d'Europe. Kozarnica contribue à montrer un peuplement de l'Europe très ancien, bien antérieur au million d'années, et bien plus ancien que les premières manifestations de l'Acheuléen en Europe.

Source : Wikipedia

Sima del Elefante

La Sima del Elefante, ou Trinchera del Elefante (TE), signifie en espagnol « gouffre » ou « tranchée de l'éléphant » et désigne un ancien aven creusé dans un grès du Crétacé par une rivière souterraine dans la sierra d'Atapuerca en Espagne. On y a découvert deux fossiles humains parmi les plus anciens d'Europe, datés de plus de 1,22 Ma. Pendant le Pléistocène, l'effondrement d'un puits au sommet de l'aven a laissé s'accumuler les sédiments, lui donnant un rôle de piège naturel. La stratigraphie a finalement été découpée au XIXe siècle par le creusement d'une voie ferrée qui l'a portée à affleurement.

Elle appartient au système karstique de la Cueva Mayor d'Atapuerca. Comme l'ensemble de la sierra d'Atapuerca elle est classée au patrimoine mondial. Les recherches y ont débuté en 1992 et les fouilles de l'affleurement sont systématiques depuis 1996. Outre les restes humains, on y a découvert des os d'herbivores qui ont été travaillés et une centaine d'outils de pierre de mode 1 ou oldowayens, l'un d'entre eux se trouvant même dans le niveau stratigraphique précédent5.

Les fossiles humains de la Sima del Elefante permettent de constater la présence de l'homme en Europe au cours du Calabrien, avec les gisements de la région d'Orce (Espagne), et les sites de Pirro Nord (Italie) et de Kozarnika (Bulgarie), un peu plus anciens. La phalange fossile concourt à montrer l'évolution de la main au cours de l'histoire du genre Homo, tandis que les restes de faune et d'industrie lithique fournissent des éléments quant aux modes de vie des premiers européens.

Fossiles humains

Mandibule ATE9-1

En 2007 les fouilles dans le niveau TE9c ont enfin livré une dent puis une mandibule humaine exceptionnelle, avec sept dents encore en place. Une hypercémentose a même été mise en évidence sur la mâchoire, montrant que son propriétaire, un adulte, devait beaucoup en souffrir. Avec un âge d'au moins 1,22 Ma, cette mandibule est considérée comme un des plus anciens restes humains d'Europe.

Phalange ATE9-2

C'est dans la saison de fouille de l'été 2008 que la phalange a été découverte, dans le niveau TE9c comme la mandibule, à moins de 2 m d'elle. C'est la phalange proximale d'un auriculaire gauche, d'un individu d'environ 16 ans, sur la base du développement de cet os chez les hommes modernes.

Source : Wikipedia

Attirampakkam

Attirampakkam ou Athirampakkam est un village situé à 60 kilomètres de Chennai, Tamil Nadu, Inde. Les plus anciens outils en pierre connus en Inde ont été découverts près du village, qui est devenu le site type de la culture madrasienne.

Découverte et datation des artefacts

Le Geological Survey de William King de la Compagnie des Indes orientales a trouvé les premiers outils de pierre primitifs à Attiampakkam au début des années 1860. Plus tard, d'autres outils en pierre ont été récupérés d'Attirampakkam sur une période de 20 ans par des archéologues du Sharma Center for Heritage Education en Inde et d'autres institutions indiennes. En raison de la rareté de tous les fossiles ou os d'hominidés récupérés encore du site ou de l'Asie du Sud dans son ensemble, il n'est actuellement pas possible de conclure quelles espèces d'hominidés ont créé ces outils.

En effectuant une méthode de datation par luminescence appelée luminescence post-infrarouge stimulée (pIR-IRSL) sur environ 7200 artefacts trouvés à Attirampakkam, les chercheurs ont fait une chronologie de la technologie des outils de pierre Attirampakkam avec une durée d'environ 200 000 ans. Les dernières études indiquent que la technologie Levallois utilisée à Attirampakkam est apparue il y a environ 385 000 (± 64 000) ans, à une époque où des processus signifiant la fin de la culture acheulienne se sont produits et une culture du Paléolithique moyen avait émergé.

Source : Wikipedia

Ubeidiya

Tel Ubeidiya, situé à quelque 3 km au sud du lac de Tibériade, dans la vallée du Jourdain en Israël, est un site préhistorique du Pléistocène inférieur, daté d'environ 1,5 million d'années. Le site a été découvert en 1959 et fouillé entre 1960 et 1974, principalement sous la direction d'Ofer Bar-Yosef et de Naama Goren-Inbar. Il a livré des outils lithiques caractéristiques de l'industrie acheuléenne, constituant une trace des premières migrations d'Homo ergaster hors d'Afrique.

Historique

Le site d'Ubeidiya fut découvert en mai 1959 près du tel, au sud de la rivière Yavne'el, par un membre du kibboutz Afikim qui préparait le sol pour l'agriculture. Les fouilles sur le site débutèrent en 1960, conduites par Moshe Stekelis, assisté par le zoologue Georg Haas, les géologues Leo Picard et Nachman Shulman, et plusieurs étudiants en archéologie parmi lesquels Ofer Bar-Yosef et Naama Goren-Inbar (he). Après la mort de Stekelis en 1967, Bar-Yosef et Goren-Inbar reprirent la direction des fouilles.

Description du site

Tel Ubeidiya est situé entre le village de Ménahamia et le kibboutz de Beit Zera, à un kilomètre au nord-ouest de Beit Zera. Les vestiges préhistoriques ont été trouvés au nord-ouest du tel.

Le site présente des surfaces rocheuses sur lesquelles vivait l'homme préhistorique du Pléistocène. À la suite de l'activité géologique, les roches se sont soulevées et présentent un pendage de 70 degrés dont le décapage systématique a permis de dégager de grandes zones d'habitat, adaptées selon les différentes couches au milieu lacustre ou deltaïque proche du lac de Tibériade et du Jourdain.

Quatre formations, alternativement marécageuses et fluviatiles, regroupées en deux cycles, chacune composée de plusieurs couches, ont été identifiées. L'analyse paléomagnétique montre que le site est antérieur à l'inversion Brunhes-Matuyama (781 ka). Il a sans doute été occupé de façon intermittente sur des durées relativement longues. Les vestiges de présence humaine ont été conservés sur des sols d'habitat aménagés au bord d'un ancien lac.

Sur le monticule se trouvait autrefois une ville fortifiée qui contrôlait le passage sur la route entre le plateau du Golan et le port d'Acre.

Découvertes

Des vestiges préhistoriques furent mis au jour sur environ 60 niveaux de sols, composés d'ossements humains, de restes d'animaux et de plus de 10 000 outils de pierre.

Avec des bifaces rudimentaires on a trouvé des outils massifs, d'autres plus légers, en basalte, silex ou calcaire, adaptés pour certains à la chasse au gros gibier. La présence de galets aménagés semble indiquer que le site appartiendrait aux premiers stades de l'Acheuléen. L'analyse des fossiles de paléofaune trouvés dans la même couche que les outils lithiques a permis de proposer une datation d'environ 1,5 million d'années.

Les outils lithiques acheuléens d'Ubeidiya sont, avec ceux d'Attirampakkam en Inde, les plus anciens vestiges acheuléens découverts à ce jour hors d'Afrique.

Dans les mêmes niveaux stratigraphiques ont été trouvées des dents fossiles humaines très usées et difficiles à attribuer précisément, au-delà de leur appartenance à l'une des espèces humaines du Pléistocène inférieur. La localisation du site et l'époque concernée conduisent à les attribuer logiquement à Homo ergaster, considéré comme l'initiateur de l'Acheuléen en Afrique de l'Est il y a 1,76 million d'années.

Source : Wikipedia

Trépanation : Homo sapiens pratiquait-il des opérations chirurgicales complexes ?

L'analyse de crânes et de dents a révélé une grande connaissance des plantes médicinales et la pratique d'opérations chirurgicales complexes.

En matière de témérité, les chirurgiens d’autrefois n’avaient rien à envier à ceux d’aujourd’hui ! Ils n’hésitaient pas, en effet, à trépaner leurs patients. À partir du mésolithique, on retrouve ainsi de nombreux crânes volontairement ouverts. Une opération peut-être destinée à soulager des maux de tête, mais qui a pu aussi avoir une visée symbolique, voire religieuse. Les travaux de Paul Broca (médecin français, 1824-1880) ont suggéré que l’objectif d’un tel acte pouvait être non pas de pratiquer un trou, mais de prélever un morceau d’os sur le crâne. Des "volets osseux" ont en effet été retrouvés dans plusieurs sépultures, témoignant peut-être d’un certain prestige de l’individu ayant affronté victorieusement l’opération. Car une chose est certaine : la cicatrisation des os atteste qu’un grand nombre de trépanés survivaient.

Le mode de vie des chasseurs-cueilleurs les exposait aux blessures

Quant aux pathologies dont souffraient les premiers Sapiens, elles devaient être semblables à celles qui nous affectent. On date cependant l’apparition des grandes épidémies aux débuts de l’agriculture et à la construction des premières villes. En revanche, le mode de vie des chasseurs-cueilleurs les exposait davantage aux blessures. De nombreuses données archéologiques attestent ainsi de l’existence d’actes médicaux. Des particules de feuilles de peuplier – qui produit de l’acide salicylique, le principe actif de l’aspirine – ont été retrouvées à Spy (Belgique), dans la plaque dentaire de Néandertaliens souffrant d’abcès buccaux. D’autres analyses ont permis de découvrir, dans les couches de tartre, des traces de plantes médicinales comme la camomille (qui a un effet apaisant et cicatrisant) ou l’achillée millefeuille. Cette dernière, cicatrisante et coagulante, pouvant aussi servir d’anti-inflammatoire.

Les actes médicaux étaient quotidiens

En chirurgie dentaire, les plus vieilles traces de perforation volontaire datent de 14.000 ans. Elles sont portées par une molaire découverte en Italie. Quant à la première obturation, faite de cire d’abeille, elle a été découverte en Slovénie et date d’environ 6500 ans. Une canine fracturée a ainsi été refaite. De manière générale, l’acte médical semble faire partie du quotidien et les malades étaient bien intégrés à la communauté, dont ils avaient besoin pour survivre durant leur convalescence.

Source : Sciences et Avenir du 13/02/2021

Pirro Nord

Pirro Nord est un site préhistorique du Pléistocène inférieur, situé à Apricena (province de Foggia), dans les Pouilles, en Italie. Il a livré des restes fossiles de faune ancienne et des outils lithiques de mode 1. Le site est daté d'environ 1,5 million d'années par la biostratigraphie, et représente un des plus anciens sites de peuplement humain en Europe.

Les fouilles, dirigées par des chercheurs de l'université de Ferrare, ont permis de mettre au jour plus de 300 outils en silex de type oldowayen, et des milliers d'ossements fossiles appartenant à près d'une centaine d'espèces différentes.

Datation

La datation de la fissure Pirro 13 a été faite par la biostratigraphie. Les fossiles sont ainsi attribués à la première moitié du Calabrien, entre 1,7 et 1,3 Ma. L'analyse paléomagnétique du site donne une polarité inverse, que les chercheurs placent entre les épisodes d'Olduvaï (1,78 Ma) et de Cobb Mountain (1,19 Ma).

Vestiges lithiques

De 2006 jusqu'à aujourd'hui, plus de 300 artéfacts taillés à partir de petits galets de silex ont été trouvés, ramassés en position secondaire dans les zones limitrophes du site. Les chaines opératoires, bien qu'incomplètes, attestent de toutes les phases de la production, du décorticage jusqu'à l'abandon du nucléus. Les méthodes de débitage adoptées ont pour objectif l'obtention d'éclats avec au moins un bord fonctionnel. Les galets de moyennes et grandes dimensions ont été exploités avec une méthode de débitage opportuniste qui prévoit l'exploitation de plusieurs surfaces du plan de frappe orthogonales, au moyen d'un débitage unipolaire. Les nucléus ont été exploités jusqu'à l'épuisement total de la matière première, dans la majeure partie des cas. Les galets de petite dimension ont été exploités selon une modalité centripète et les produits obtenus (éclats) présentent des morphologies "standardisées" : éclats de forme triangulaire avec une pointe déjetée et un débordement opposé à la pointe.

Contexte des premiers peuplements européens

L'industrie lithique découverte à Pirro Nord est comparable à celle de tous les sites européens datés de plus de 800 000 ans, ainsi qu'aux assemblages lithiques plus anciens découverts en Afrique et attribués à l'Oldowayen. En Europe, des techniques lithiques similaires (chaines opératoires courtes et opportunistes visant la production d'éclats) sont attestées notamment sur les sites de Pont-de-Lavaud (France), Gran Dolina et Sima del Elefante dans la Sierra d'Atapuerca (Espagne), Le Vallonnet (France), et Cà Belvedere du Mont Poggiolo (Italie).

Source : Wikipedia

Kada Gona

Les plus vieux outils connus à ce jour qui soient contemporains du genre Homo ont été découverts à Kada Gona en Éthiopie. Comme certains outils de Masol, ils ont été collectés initialement sur des sédiments fraichement érodés, avant d'être découverts en place et associés à des traces de boucherie. Ces assemblages sont néanmoins plus récents (2,55 Ma), car ils sont situés juste au-dessus de la limite plio-pléistocène (2,58 Ma).

Homo ergaster (1,2 Ma) : 2001

Industrie lithique (2,55 Ma) : avant 2000

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Gona est une région du triangle Afar de l'Éthiopie. Il est principalement connu comme une zone d'étude paléoanthropologique et se trouve à proximité des zones Middle Awash et Hadar. La formation Adu-Asa à Gona contient le plus ancien de ces fossiles anthropodaux.

Géographie

La région de Gona se situe entre le drainage As Bole au sud, la rivière Awash à l'est, la route Mille-Bati au nord et à l'ouest s'élève sur l'escarpement éthiopien occidental. Son noyau couvre le bassin de drainage du Kada Gona, un affluent de l'Awash.

Source : Wikipedia (en)

Khoratpithecus / Khoratpithèque

Khoratpithecus est un genre éteint de singes appartenant à la sous-famille des ponginés. Il vivait en Asie du Sud-Est durant le Miocène moyen et supérieur, il y a entre 12,2 et 7 millions d'années.

Arbre phylogénétique

Khoratpithecus fait partie de la sous-famille des ponginés, que l'on trouvait au Miocène dans toute l'Asie méridionale, de la Turquie jusqu'à la Chine. D'après sa morphologie, il est, parmi les différents ponginés fossiles, le genre le plus proche de l'Orang-outan actuel.

Espèces

Le genre Khoratpithecus comprend trois espèces, qui vivaient au Miocène en Asie du Sud-Est :

  • † Khoratpithecus piriyai : de 9 à 7 Ma, Thaïlande
  • † Khoratpithecus chiangmuanensis : 12,2 Ma, Thaïlande
  • † Khoratpithecus ayeyarwadyensis : de 10,4 à 8,8 Ma, Birmanie.

Source : Wikipedia

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nom :
âge : 12,2-7 Ma
découverte :
date :
espèce : Khoratpithecus

Indopithecus / Indopithèque

Indopithecus est un genre éteint de primates de la famille des hominidés, qui vivait en Asie du Sud durant le Miocène supérieur, il y a 8 à 9 millions d'années.

Découverte

Les premiers restes fossiles d'Indopithèque ont été découverts au début du XXe siècle au nord du sous-continent indien, dans la chaine des Siwaliks qui forme le piémont himalayen en Inde et au Pakistan.

Dans la même région ont été trouvés à la même époque des fossiles de Sivapithèque, un genre apparenté.

Espèce

Le genre Indopithecus ne comprend qu'une seule espèce, mais qui a été connue sous différents noms selon les époques. L'appellation retenue dans cet article correspond à la priorité donnée aux dénominations antérieures telles qu'adoptées par les spécialistes dans leurs études les plus récentes :

  • Indopithecus giganteus

La morphologie du genre Indopithecus étant proche de celle du genre Gigantopithecus, l'espèce est aussi connue sous ses anciennes appellations :

  • Gigantopithecus giganteus ;
  • Gigantopithecus bilaspurensis.

Description

Cette espèce est attestée entre 8,9 et 8,6 millions d'années, durant l'étage du Tortonien.

De la taille d'un gros orang-outan, elle est la plus grande espèce connue de primates du sous-continent indien durant le Miocène, d'où le choix de son appellation.

Classification phylogénétique

Indopithecus appartient à la sous-famille des Ponginae, dont le seul genre subsistant est l'Orang-outan.

Source : Wikipedia

samedi 13 février 2021

Homo sapiens, homo destructor ?

Tigres à dents de sabre ou marsupiaux géants ont disparu de la surface de la Terre au moment où Sapiens l'a colonisée. Coïncidence ? Non, affirment de nombreux scientifiques, qui accusent l'homme moderne de détruire son environnement… depuis toujours.

Pyromane, viandard et destructeur. Voilà le portrait peu reluisant qui émerge des travaux de paléontologie les plus récents. Homo sapiens n’a jamais été en paix avec son environnement. Pire, alors qu’il en dépend pour sa survie, il le violente depuis ses origines. "L’espèce humaine a deux caractéristiques principales, détaille Jean-Jacques Hublin, professeur au Collège de France. Elle s’attaque à des animaux plus gros qu’elle, et s’oriente de préférence vers des proies jeunes – ce qui n’est pas le cas des autres prédateurs." Il n’existe pas de meilleur moyen d’éradiquer une espèce occupant le haut de la chaîne alimentaire que de tuer ses jeunes. Les plus gros animaux se reproduisent peu, en effet : les gestations sont longues, très espacées dans le temps, et ne donnent naissance qu’à un ou deux petits à la fois. Qu’une génération s'affaiblisse, et toute l'espèce est menacée. Or, la colonisation de la planète par l'Homme, à partir de la dernière sortie d'Afrique (- 70.000 ans), coïncide avec la disparitions en quelques milliers d'années de la mégafaune : tigres à dent de sabre, marsupiaux géants, ours des cavernes… les victimes ?

La question divise la communauté scientifique depuis plus de soixante ans… sans être tranchée. Les uns, comme Stephen Wroe de l'université de Sydney (Australie), estiment que la principale cause de ces extinctions est le changement climatique, et notamment la remontée des températures du début de l'Holocène il y a 11.500 ans, après un maximum glaciaire particulièrement froid. Impossible, selon eux, que le peu d'hommes peuplant alors la Terre - les estimations de la population européenne lors de ce dernier maximum glaciaire oscillent entre 11.000 et 28.000 individus ! - puissent être responsables de la disparition de dizaines de milliers de grands mammifères. L'inadaptation de cette mégafaune à l'élévation des températures, l'incapacité de changer de diète alors que le couvert végétal se modifie paraissent être des explications plus raisonnables.

Les ancêtres des Aborigènes utilisaient des armes à manche pour chasser il y a 50.000 ans

D'autres chercheurs désignent Homo sapiens comme le coupable idéal… avec des arguments plutôt convaincants. Ils soulignent, d'une part, que certaines espèces ont disparu bien avant le réchauffement du climat, d'autre part, que les sites archéologiques montrent que l'Homme se nourrissait bel et bien de ces animaux. Les preuves les plus convaincantes sont à chercher du côté de l'Australie et de l'Amérique du Nord, là où l'extinction de la mégafaune coïncide parfaitement avec l'arrivée des premiers hommes. Ailleurs, et notamment en Europe, le rôle de Sapiens n'est pas établi.

Alors que les estimations précédentes le voyaient débarquer sur l'île-continent il y a 40.000 ans, les plus récentes stipulent que notre grand ancêtre a posé le pied en Australie autour de -50.000. C'est la première information sensationnelle livrée lors de sa découverte, au début des années 2010, par le gisement archéologique de Warratyi, une grotte située dans le centre-est de l'Australie : 4300 objets divers, 200 fragments d'os issus de 16 mammifères différents et d'un reptile. Mieux, dans un article paru dans Nature en novembre 2016, l'archéologue Giles Hamm, de l'université de La Trobe à Melbourne, montre que ces ancêtres des Aborigènes utilisaient déjà des outils et des armes à manche pour chasser. Des os de diprotodon ou wombat géant, un marsupial de trois mètres de long pour deux de haut, ont été retrouvés sur le site, ainsi que des coquilles d'œufs d'un oiseau immense. Cette découverte assoit les convictions des tenants d'une Blitzkrieg - la destruction, en moins d'un millier d'années, d'une mégafaune australienne sans défense face à un nouveau prédateur - sans pour autant convaincre toute la communauté scientifique ! Stephen Wroe réfute cette hypothèse, estimant qu'elle "repose sur des interprétations simplistes de phénomènes biogéographiques et anthropologiques complexes".

Réexaminant les outils découverts sur les sites archéologiques, les données paléoclimatiques, les connaissances sur la végétation de ces époques, les chercheurs les plus sceptiques concluent que "ni les premiers Australiens, ni leurs descendants immédiats n'ont chassé la mégafaune avec l'efficacité requise pour provoquer une extinction de masse aussi rapide". Et de déplorer que ce débat scientifique ait été instrumentalisé au sein du monde politique comme une preuve que les Aborigènes actuels ne sont pas les défenseurs de la nature qu'ils revendiquent être.

La préhistoire revue et corrigée par la génétique

Séquençage de génomes anciens, analyse de l'ADN et des protéines extraites des fossiles… Les progrès inouïs de la paléogénétique bouleversent notre vision de Sapiens et de ses relations.

"Les progrès de la génomique sont extraordinaires", s’enthousiasme la paléogénéticienne Eva-Maria Geigl, de l’institut Jacques-Monod du CNRS, à Paris. Moins d’une dizaine d’années après le premier séquençage d’un génome humain, en 2001, la paléontologie est entrée dans l’ère de la génétique avec, en 2008, le séquençage complet d’un ADN mitochondrial, ou ADNmt, de Néandertal. En 2010, on apprend de l’ADNmt qu’une phalange non identifiée découverte deux ans plus tôt dans la grotte de Denisova appartient à une femme d’une population inconnue, baptisée Dénisoviens. Quelques mois plus tard, l’ADN nucléaire de Néandertal est décodé, suivi en 2012 de celui de la fille de Denisova, qui montre que cette dernière possède un ancêtre commun avec Néandertal et Sapiens ! "Aujourd'hui, nous disposons d'une centaine de génomes anciens, dont quatre de haute qualité : trois pour les Néandertaliens, un pour les Dénisoviens", rappelle la généticienne. Nos ancêtres Sapiens n'en fournissent, eux, qu'une vingtaine, et incomplets.

Outre la connaissance des lignées humaines, la génétique nous renseigne sur les migrations et les métissages. "C'est ainsi qu'on a découvert en 2015, à notre grande surprise, que des pasteurs des steppes ont migré vers l'Europe à l'âge du bronze , poursuit la chercheuse. Ils étaient porteurs d'un variant génétique qui leur permettait de digérer le lactose, alors que la population européenne n'en était pas capable après le sevrage." Ce variant, qui s'est propagé jusqu'au Moyen Âge, explique pourquoi jusqu'à 95 % de la population du nord de l'Europe est tolérante au lactose, contre seulement 25 % des Italiens.

La multiplication des séquençages de génomes anciens pourrait laisser penser qu'ils relèvent de la routine. "C'est loin d'être le cas, corrige la généticienne. Nous améliorons constamment nos méthodes, notamment pour réduire les contaminations avec de l'ADN moderne." Dans les laboratoires, on porte une combinaison intégrale, on désinfecte à tour de bras et l'odeur de javel n'est jamais loin. On chasse le moindre contaminant, jusque dans les réactifs utilisés pour le séquençage.

Un million de fragments différents d'ADN sur une seule puce !

Car l'ADN de nos ancêtres est rare : cette molécule organique est fragile et peut s'altérer parfois en quelques heures. "Qu'il subsiste à l'échelle de milliers ou dizaines de milliers d'années relève plus d'un accident favorable que de la normalité", insiste Eva-Maria Geigl. Ce sont surtout les conditions climatiques qui conditionnent la préservation de la double hélice. Quand la température - ou l'humidité - est élevée, il ne reste généralement pas d'ADN. Tous les os ne sont pas logés à la même enseigne. "Le graal, c'est l'os pétreux, celui qui abrite la cochlée dans l'oreille interne, car l'ADN y est bien isolé de l'extérieur", souligne la généticienne. Et les chercheurs rivalisent d'ingéniosité pour réduire la quantité d'ADN nécessaire aux études afin d'altérer aussi peu que possible les ossements.

Les paléogénéticiens ont également adopté les puces à ADN des start-ups de biotechnologies. Le principe en est simple : on synthétise et dépose sur une puce de petits fragments d'ADN représentatifs de marqueurs génétiques identifiés sur les humains modernes, porteurs d'une molécule fluorescente. Il peut y en avoir plus d'un million de différents sur une seule puce ! Au contact des fragments d'ADN d'un échantillon, ceux qui trouvent leur homologue sur la puce s'y accrochent ; il ne reste plus qu'à détecter, par fluorescence, les sites caractéristiques des marqueurs présents dans l'échantillon ! "On peut par exemple rechercher des mutations dans des régions du génome connues pour leur variabilité, ou des marqueurs associés à des phénotypes comme la couleur des yeux, même si l'on en connaît encore peu, explique Eva-Maria Geigl. La limite de ces puces est que l'on ne trouve que ce que l'on cherche...".

Quand l'ADN n'est pas ou peu présent, tout n'est pas perdu : car certains vestiges peuvent également contenir des protéines, porteuses, elles aussi, d'information génétique. "Moins fragiles que l'ADN, elles s'accumulent dans les os et l'émail dentaire, où elles sont protégées par la matrice minérale , explique Enrico Cappellini, professeur de génétique de l'évolution à l'université de Copenhague, qui a publié, en 2019, l'analyse de protéines recueillies dans une dent de rhinocéros de 1,77 million d'années dénichée à Dmanisi (Géorgie). Elles pourraient y survivre au-delà de deux millions d'années !". En avril 2020, le chercheur a co-signé une étude sur des protéines de dents d'un Homo découvert à Atapuerca (Espagne) : il a ainsi été identifié comme étant du genre antecessor et vivant il y a 800.000 ans. Un record pour de l'information génétique d'une lignée humaine.

"Bien sûr, l'information que l'on peut déduire des protéines est beaucoup plus limitée que ce qu'on apprend de l'ADN , note Jean-Jacques Hublin, de l'Institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne). Mais par exemple, il existe dans les dents une protéine qui est codée par un gène des chromosomes X et Y, et nous informe sur le sexe de l'individu." Une étude a également identifié en 2016, à partir de résidus de protéines emprisonnées dans les fissures de pierres taillées vieilles de 250.000 ans (oasis d'Azraq, Jordanie), que ces outils avaient servi à préparer de la viande de rhinocéros, canard, cheval, bovin et chameau.

"Sur des os de quelques dizaines de milliers d'années, on peut retrouver plusieurs centaines de protéines, insiste Enrico Cappellini. Par contre, dans un os plus ancien, on ne peut pour le moment en récupérer que deux, de la famille du collagène." C'est pour cette raison que les ossements de Djebel Irhoud n'ont pas encore été passés au crible protéomique. "Il faut d'abord améliorer la sensibilité de nos méthodes pour dénicher plus de protéines. Car celles du collagène n'ont pas assez de variabilité pour en tirer des comparaisons intéressantes avec Néandertal, Denisova et nous" , détaille le chercheur.

L'ADN environnemental disséminé dans les sédiments

Les scientifiques se penchent également sur le matériel génétique disséminé dans les sédiments, "l'ADN environnemental", longtemps considéré comme contaminant. En 2003, le Danois Eske Willerslev, généticien à l'université de Copenhague, a retrouvé des traces biologiques de la présence de mammouths, chevaux et plantes dans le pergélisol du Groenland. Et en 2017, l'équipe de Matthias Meyer (institut Max-Planck) a retrouvé de l'ADN humain dans quatre grottes, notamment celle de Denisova, dans des couches sans os. "C'est une méthode séduisante, notamment pour les sites sans fossiles, mais difficile à interpréter, rappelle Eva-Maria Geigl. Par exemple, l'ADN contenu dans l'urine d'un humain peut se retrouver dans d'autres couches, plusieurs mètres en dessous." Autrement dit, dans des strates d'un autre âge que celui qui, un jour, s'est soulagé au fond de sa grotte...

Source : Sciences et Avenir du 13/02/2021