lundi 16 avril 2018

Découverte du plus vieil os humain hors d'Afrique

Un morceau de phalange vieux de 85.000 ans appartenant à notre ancêtre Homo sapiens, a été retrouvé dans le désert d'Arabie Saoudite. Il s'agit du plus vieux reste humain découvert hors d'Afrique et du Levant.

C'est un petit fragment de phalange, probablement celle d'un majeur, retrouvé au cœur du désert de Néfoud en Arabie Saoudite. Il ne mesure guère plus de trois centimètres mais donnerait des indications primordiales pour comprendre l'exode de nos ancêtres sapiens et le peuplement du globe. Dans un article publié dans Nature ecology and evolution , le 9 avril dernier, une équipe internationale de chercheurs menée par Michael Petraglia, du département d'Évolution humaine à l'Institut Max Planck de Jena (Allemagne), présente ce petit bout d'os comme le plus vieux reste d'Homo sapiens découvert hors d'Afrique et du Levant en le datant d'il y a 85.000 ans.


Une des forces de cette découverte est d'avoir réussi à dater l'os directement, et non les sédiments qui l'entouraient. C'est donc une certitude absolue: il y a 85.000 ans, le désert de Néfoud (qui devait être beaucoup plus hospitalier qu'aujourd'hui), à plus de 2.000 km des côtes africaines, était peuplé de certains de nos ancêtres. Jusqu'à maintenant, aucune preuve ne permettait d'affirmer que sapiens avait été plus loin que les côtes méditerranéennes du Levant à cette date. C'est une nouvelle pièce qui est apportée au puzzle, encore très incomplet, du peuplement de la planète.

«Sans mauvais jeu de mots, cette phalange est une découverte majeure,» explique David Pleurdeau, chercheur au Musée de l'Homme. «D'une part parce qu'elle ne souffre d'aucune contestation possible, d'autre part car elle nous permet de confirmer le schéma qui se dessine sur le peuplement du globe par Homo sapiens.» Depuis plusieurs années, les découvertes s'enchaînent, repoussant sans cesse dans le temps la sortie d'Afrique de nos ancêtres. En janvier dernier, c'était le magazine Science qui reculait cette date de plus de 60.000 ans avec la découverte d'une mâchoire datant d'une période comprise entre 177 000 et 194 000 ans sur le site archéologique de Mislya, dans le nord d'Israël, près de la ville d'Haïfa. «L'ensemble de ces découvertes permettent de remettre petit à petit en cause la théorie dominante,» rajoute David Pleurdeau. «Jusqu'à maintenant on parlait de deux sorties. Une première, il y a 130.000 ans mais qui aurait avorté car les populations se seraient contentées de rester sur le pas de la porte (au Levant NDLR). Et une deuxième, la bonne, il y a 60.000 ans. Désormais, on se rend compte que ce schéma ne fonctionne plus.»

«La sortie d'il y a 60 000 ans n'est pas la seule qui ait fonctionné.»

Aucun reste de sapiens datant d'avant 194.000 ans n'a jamais été retrouvé hors d'Afrique. En dehors de cette date, plusieurs découvertes permettent de dresser une carte encore parcellaire de l'histoire des premières migrations humaines. En 2015, une dent a été retrouvée en Chine datée entre 80.000 et 120.000 ans. On a retrouvé des traces humaines en Australie datant d'il y a 65.000 ans, des dents sur l'île de Sumatra datant d'il y a 68.000 ans. «Le vide entre les deux sorties commence peu à peu à se combler,» rajoute David Pleurdeau. «Il est évident qu'en trouvant des restes humains vieux de 65.000 ans en Australie, le principe de la sortie d'il y a 60.000 ans ne pouvait plus tenir très longtemps. La solidité scientifique de cette découverte permet désormais de passer à l'étape suivante. La sortie d'il y a 60 000 ans n'est pas la seule qui ait fonctionné.»

Beaucoup de choses restent à découvrir pour terminer cet immense puzzle. À commencer par comprendre les chemins empruntés par les ancêtres du propriétaire de cette phalange. Sont-ils passés par le sud en franchissant le détroit Bab-el-Mandeb qui sépare le Yémen et Djibouti? Ou bien sont-ils passés par le désert du Sinaï, puis ont repiqué vers le sud? Dans leur publication, les auteurs de l'étude ne tranchent pas directement la question, mais semblent pencher pour la deuxième hypothèse. Rappelons que d'autres «hommes» avaient emprunté des chemins similaires plusieurs dizaines de milliers d'années auparavant. En empruntant ces routes, nos ancêtres ne sont pas tombés sur des territoires inhabités mais ont croisé, au moins, deux de leurs cousins, l'homme de Néandertal et l'homme de Denisova.

Source : Le Figaro du 13/04/2018

vendredi 13 avril 2018

Un os de doigt d'Homo sapiens, vieux de 85.000 ans, trouvé bien loin d'Afrique

Un os de doigt, mis au jour dans le désert de Nefud en Arabie Saoudite, suggère que les Homo sapiens avaient déjà gagné l'intérieur de la péninsule il y a 85.000 ans, selon une étude publiée aujourd'hui dans Nature Ecology & Evolution.

L'Homo sapiens, également appelé l'homme moderne, est apparu en Afrique, il y a plus de 300.000 ans. On a longtemps estimé qu'il n'avait quitté "son berceau" que bien plus tard, il y a environ 60.000 ans. Mais depuis quelques années, des découvertes, comme celle annoncée aujourd'hui, remettent en cause cette théorie. Selon cette dernière étude, l'os qui "appartenait incontestablement à un homme moderne", aurait au moins 85.000 ans, peut-être même 90.000 ans. Une découverte qui implique que "notre espèce s'était dispersée hors d'Afrique beaucoup plus tôt qu'on ne le pensait auparavant", déclare Huw Groucutt de l'Université d'Oxford, coauteur de l'étude.

D'une longueur de seulement 3,2 centimètres, le fossile, probablement l'os médian d'un majeur, a été découvert en 2016. Pour définir son âge, Huw Groucutt et son équipe ont utilisé la datation radiométrique, la mesure de la variation régulière au cours du temps d'éléments radioactifs. Cet os serait le plus vieux fossile d'Homo sapiens "directement daté" découvert hors d'Afrique, selon l'équipe qui argue que les autres pouvant lui faire concurrence ne l'ont été que via les sédiments les entourant.

"Il y a eu de multiples dispersions d'êtres humains hors d'Afrique, le mouvement migratoire et la colonisation de l'Eurasie ont été beaucoup plus compliqués que ne le disent nos manuels", juge Michael Petraglia, du département d'Evolution humaine à l'Institut Max Planck en Allemagne, également coauteur. Selon la théorie dominante, les Homo sapiens ont quitté l'Afrique en une vague majeure il y a 60.000 ans, en longeant les côtes de la mer Méditerranée vers l'Est. Mais ce doigt montre "que les hommes modernes se déplaçaient dans les terres d'Eurasie, pas le long des côtes", déclare Michael Petraglia.

Source : Le Figaro du 09/04/2018