mercredi 28 décembre 2016

vendredi 23 décembre 2016

Des empreintes découvertes en Tanzanie montrent que certains australopithèques étaient baraqués

Une seconde piste d'australopithèques a été découverte sur le site mythique de Laetoli, en Tanzanie. Ces empreintes auraient été laissées par deux cousins de Lucy possiblement un mâle, une femelle. L'un des deux est l'australopithèque le plus costaud jamais découvert.

GÉANT. C’était un géant pour son espèce. L’australopithèque le plus costaud jamais découvert dans la famille de Lucy l’Australopithecus afarensis chaussait du 42 avec ses pieds de 27 cm! Et il pouvait manger la soupe sur la tête de ses congénères, "puisqu’il les dépassait tous au minimum d’une bonne vingtaine de centimètres, avec ses 1,m 65 pour 44 à 48 kg". Sans parler de Lucy, qui frôlait à peine les 1,06 m et fait désormais figure de naine de la famille. Telles sont les conclusions des chercheurs italiens et éthiopiens qui ont analysé les empreintes que cet hominidé a laissé il y a 3,66 millions d’années sur le site de Laetoli, en Tanzanie aux côtés de celles d'un individu plus petit.

De nouvelles traces de pas ont été découvertes dans les laves de Laetoli, en Tanzanie, vieilles de 3,66 millions d'années. Celles ci, mesurant 27 cm, appartiendraient à un mâle. les couleurs, du bleu vers le rouge, indiquent la profondeur de l'empreinte.

Elles se trouvaient à 150 mètres à peine de l’endroit où la célèbre paléontologue britannique Mary Leakey avait déjà exhumé, il y a 40 ans, une première série d’empreintes, appartenant à trois A. afarensis de taille différente. "Les nouvelles traces ont probablement été laissées par des individus du même groupe", estime Fidelis Masao, de l’université Daar es Salaam, en Tanzanie premier signataire de l’étude. Les deux séries d’empreintes appartiennent à des individus marchant dans la même direction, vers le nord-ouest, et ont été découvertes dans la même couche de tuf datée de 3,66 millions d’années. Du coup, les chercheurs imaginent un clan d’hominidés fuyant une éruption du volcan Sadiman (aujourd'hui éteint), tout comme des dizaines d’autres animaux dont on a retrouvé les pas. La cendre, mêlée à de l’eau, a formé une sorte de ciment, avant d’être recouverte par d’autres couches de cendres.

Surnommé Chewie en hommage à Chewbacca de "Star Wars"

Les empreintes laissées par le géant"Chewbacca" en gris foncé et un individu plus petit, ont été découvertes sur le site de Laetolie en Tanzanie déjà célèbre pour ses traces de pas.

La nouvelle piste, découverte à l’occasion de travaux visant à la création d’un musée et à la préservation du site, fait 32 mètres de long et comporte 12 traces de pas du grand gaillard, surnommé Chewie, (en référence à Chewbacca, le gigantesque personnage velu de la saga Star Wars) mais aussi une empreinte d’un individu plus petit, mesurant 1,46 m pour 39 kg. Pour parvenir à ces estimations, les chercheurs ont utilisé des modèles qui analysent notamment la profondeur des empreintes et la forme des pieds, comparée avec ceux d'autres ossements exhumés dans la région. La famille des Australopithecus afarensis est réputée avoir vécu entre -3,8 millions d'années et -3,2 millions d'années dans ce qui forme aujourd'hui l'Éthiopie et la Tanzanie, en Afrique de l'Est.

Les trois premiers australopithèques analysés par Mary Leakey dans les années 1970 mesurent, eux, entre 1,10 et 1,45 m et pèsent entre 20 et 35 kg. Au total, ce sont donc cinq individus de taille différente dont disposent désormais les scientifiques sur ce site situé non loin du lac Turkana. Conclusions ? "Il existait chez les hominidés des variations de taille plus importantes qu’on ne le pensait", souligne Marco Cherin, de l’université de Pérouse, en Italie, cosignataire de l'article. Ce qui bouscule une idée selon laquelle la corpulence des hominidés s’est développée plus tardivement, au moment de l’accroissement du cerveau, il y a 2,5 millions d’années. Pour les chercheurs, les plus grandes empreintes auraient pu être laissées par des mâles, les plus petites par des femelles ou des juvéniles. Ce qui leur fait penser que "ces australopithèques avaient une structure sociale similaire à celles des gorilles où un mâle dominant — le dos argenté — règne sur un harem de femelles plus petites".

Source : Sciences et Avenir du 21/12/2016

dimanche 18 décembre 2016

Les traces du plus grand Australopithèque connu

De nouvelles empreintes d'Australopithèque découvertes sur le site de Laetoli, en Tanzanie, auraient été laissées par un individu bien plus grand que ses congénères.

Le son ressemblait plus à un « sploutch » qu'à un bruit sourd, alors que le grand Australopithèque mâle traversait la savane d'Afrique de l'Est. Une éruption volcanique avait laissé une patine de cendre grise sur le sol, et les orages qui avaient suivi avaient transformé la terre en ciment humide. Sploutch, sploutch. Quatre individus plus petits marchaient non loin derrière. Sploutch, sploutch, sploutch. Un peu plus tard, la cendre tomberait encore du ciel, couvrant leurs traces durant les 3,66 millions d'années suivantes.

Les premières traces de ce voyage - les empreintes de pas de trois individus, qui sont les plus anciennes connues parmi tous les parents de la famille humaine - ont été découvertes dans les années 1970 au nord de la Tanzanie par l'anthropologue Mary Leakey et son équipe. Quelque 40 ans plus tard, les chercheurs ont mis au jour d’autres d'empreintes d'homininés sur le même site, désormais célèbre, de Laetoli. Elles rassemblent les traces de deux autres individus, dont celles d'un mâle qui aurait pesé environ 48 kilogrammes pour 1,65 mètre de haut, ce qui en fait de loin le plus grand Australopithèque connu dans le registre fossile. Les chercheurs l'ont nommé Chewie, en référence à Chewbacca, le personnage poilu de 2 mètres de haut de la saga Star Wars (le mot swahili signifiant léopard, chui, se prononce de façon similaire).

Les nouvelles empreintes de Laetoli, décrites dans un article publié le 14 décembre dans la revue eLife, suggèrent que les premiers homininés avaient peut-être une structure sociale semblable à celle des gorilles, où un grand mâle domine un groupe de petites femelles. Ces empreintes posent également la question épineuse de leur préservation.

Des empreintes fragiles

Les nouvelles empreintes ont en effet été découvertes lors des travaux entrepris pour préserver la piste d’empreintes originales, de 23 mètres de long. Menacées par l’érosion, l’eau et la végétation, les empreintes ont été recouvertes de terre l’essentiel du temps depuis les années 1990 pour être protégées. Le gouvernement tanzanien a approuvé un projet visant à construire un musée sur le site, comportant notamment un revêtement protecteur pour la première piste d’empreintes. Lors des travaux préparatoires, l'archéologue Fidelis Masao, de l'université de Dar es-Salaam en Tanzanie, a creusé des tranchées pour explorer le site et a découvert à cette occasion, en octobre 2014, une grande empreinte d'homininé. D'autres fouilles dans une zone située à 150 mètres des empreintes originales ont mis au jour 12 traces de pas plus grandes appartenant au même individu, formant une piste de 32 mètres de long, et une empreinte supplémentaire d'un autre individu plus petit.


Les premières empreintes découvertes sur le site de Laetoli ont été attribuées à Australopithecus afarensis – la même espèce que Lucy, qui a vécu il y a 3,2 millions d'années en Éthiopie. L'équipe de Fidelis Masao pense que les nouvelles traces ont probablement été laissées par des individus du même groupe. Les deux séries d'empreintes appartiennent en effet à des individus marchant dans la même direction nord-ouest. Elles ont été trouvées dans la même couche de cendres volcaniques et, par conséquent, ont probablement été créées dans des conditions identiques, durant un seul et même voyage, suggèrent Masao et ses collègues.

La piste complète d'empreintes de « Chewie » s'étend sur 32 mètres (de haut en bas). En bas à gauche, on distingue la trace d'un autre individu plus petit.

« C'est vraiment fascinant d’imaginer ce groupe marchant dans la même direction à la même vitesse », dit Marco Cherin, paléontologue à l'université de Pérouse, en Italie, qui a co-dirigé l'étude. « Vers où ? Nous ne le savons pas. Ils marchaient sans doute simplement comme tous les autres animaux qui ont laissé leurs empreintes à Laetoli. »

Les empreintes de Chewie sont plus grandes que les autres : elles mesurent 27 centimètres de long, l’équivalent d’une pointure 42. Selon Marco Cherin, ces empreintes imposantes signifient qu’il existait chez les premiers homininés des variations de taille beaucoup plus importantes que ce que l'on pensait jusqu'ici. Cela remet aussi en cause l’idée que la corpulence des homininés s’est développée seulement à mesure que leur cerveau devenait plus grand durant les 2,5 derniers millions d'années. L’équipe de paléontologues estime que les autres individus de Laetoli mesuraient entre 1,11 et 1,49 mètre de haut.

Des petits et des grands

La gamme de taille des individus de Laetoli pourrait aussi se rapporter à la structure sociale de ces homininés. Les chercheurs suggèrent que les plus grandes empreintes ont été laissées par un mâle adulte, tandis que les autres appartiennent à deux femelles adultes et deux jeunes ou femelles plus petites. Les groupes de gorilles, dans lesquels un mâle à dos argenté chapeaute un harem de femelles beaucoup plus petites et leur progéniture, montrent un éventail de tailles aussi large, note Marco Cherin, qui pense que les australopithèques ont pu adopter une organisation similaire.

Cependant, pour Neil Roach, paléoanthropologue à l’université Harvard, cette relation entre la structure sociale et les différences de taille entre les sexes n'est pas si claire. Il est néanmoins d'accord pour dire que ces nouvelles empreintes appuient l’idée que Australopithecus afarensis vivait en groupes composés de multiples mâles et femelles, et qu'il y avait des différences de corpulence importantes entre les sexes.

Bruce Latimer, paléoanthropologue à l'Université Case Western Reserve à Cleveland (Ohio), convient que les conclusions sur les groupes sociaux des australopithèques devraient être prises avec prudence. Mais Latimer, qui a travaillé sur les traces de pas originales, juge néanmoins extraordinaire la découverte de cette nouvelle piste d’empreintes, qui apporte en outre des preuves supplémentaires que les individus de Laetoli avaient des pieds qui n'étaient pas si différents de ceux des humains actuels. « Les empreintes de Laetoli ne dépareraient pas sur une plage aujourd'hui », résume-t-il.

Le projet de musée est momentanément suspendu tandis que les chercheurs cherchent d’autres empreintes et examinent l'état des pistes d'origine, explique Charles Musiba, anthropologue à l'université du Colorado à Denver, qui participe aux travaux de conservation. Le projet actuel est de construire des installations de recherche et d'éducation à l'extérieur d'un périmètre de 1,5 kilomètre autour du site, tout en étudiant le meilleur endroit pour bâtir un musée pour protéger et montrer les empreintes, qui ont toutes été ré-enterrées. « Nous allons les laisser en l’état pour l'instant », précise Charles Musiba.

Après avoir découvert les nouvelles empreintes, la première personne à qui Fidelis Masao a téléphoné est Richard Leakey, l'un des fils de Mary Leakey (décédée en 1996). Celui-ci lui aurait dit : « Je vous félicite et je vous plains en même temps. La nature a conservé ces empreintes pendant 4 millions d'années. Comment allez-vous faire en sorte qu'elles restent intactes pendant les millions d'années à venir ? » Fidelis Masao est resté sans réponse…

Source : Pour la Science du 16/12/2016