mercredi 20 mars 2013

Le cerveau des Néadertaliens trop dévolu à la vision

Malgré une taille de cerveau similaire aux humains modernes qui leur étaient contemporains, les Néandertaliens présentaient une structure cérébrale différente, une partie importante étant dévolue à la vision, au détriment d'autres fonctions comme le lien social, montre une étude publiée mercredi.

Les hommes de Néandertal ont disparu d'Europe il y a quelque 30 000 ans après avoir cohabité pendant au moins 10 000 ans avec les hommes modernes (Homo sapiens). Et l'organisation de leur cerveau n'est peut-être pas étrangère à cette disparition.

La question des différences cognitives entre hommes de Néandertal et leurs contemporains humains modernes reste très controversée.

Eiluned Pearce et Robin Dunbar (Université d'Oxford) et Chris Stringer (Musée d'histoire naturelle de Londres) ont comparé les crânes fossiles de 32 humains modernes et 13 Néandertaliens, datant de 27 000 à 75 000 ans, principalement d'Europe et du Proche-Orient. Leur analyse est publiée en ligne dans la revue Proceedings B de la Royal Society britannique.

Ils ont constaté que si les Néandertaliens et les hommes modernes de cette époque avaient sensiblement la même taille de cerveau, en revanche leurs orbites étaient beaucoup plus grandes. Ils avaient donc de plus grands yeux. Leur masse corporelle était aussi plus importante.

Des liens sociaux limités

«Ceci suggère que le cerveau des Néandertaliens avait de plus grandes zones dédiées à la vision et à la maîtrise du corps», a expliqué Eiluned Pearce à l'AFP.

Si les Néandertaliens avaient de plus grands yeux, c'est probablement parce qu'ils ont évolué en Europe, à des latitudes où la lumière est rare, alors qu'Homo Sapiens émergeait d'Afrique.

Étant donné que leur cerveau était de même taille que celui des humains modernes, il restait logiquement aux Néandertaliens moins d'espace cérébral pour d'autres fonctions cognitives, en particulier la gestion des liens sociaux.

«Nous avançons que ces différences dans l'organisation du cerveau entre les Néandertaliens et les humains modernes auraient pu signifier des différences cognitives entre ces deux espèces», a poursuivi Eiluned Pearce.

Selon le chercheur, la taille du groupe social d'un individu est liée à la taille de zones spécifiques du cerveau. Or si le cerveau des Néandertaliens était essentiellement dévolu à la vision et au mouvement, «cela peut signifier qu'ils avaient de plus petites zones du cerveau associées au traitement de la complexité sociale».

Les Néandertaliens auraient ainsi été «cognitivement limités à de plus petits groupes que ne l'étaient les hommes modernes contemporains».

Ces différences dans la structure cérébrale ont pu dès lors avoir des conséquences importantes sur leur évolution : si les Néandertaliens avaient des liens sociaux moins étendus, cela voulait dire moins de possibilités de recours en cas, par exemple, de pénurie de ressources locales.

Les petits groupes sont également plus sujets à des fluctuations démographiques, d'où un plus grand risque d'extinction. Leurs capacités à préserver les connaissances culturelles sont également moindres et les innovations sont davantage susceptibles d'être perdues.

«En résumé, si les Néandertaliens avaient de plus petits groupes sociaux, cela aurait pu conduire à leur extinction de multiples manières», a souligné Eiluned Pearce.

Ils ont ainsi pu être «plus exposés que les hommes modernes, face aux défis écologiques de l'ère glaciaire», a relevé le Pr Robin Dunbar.

Source : La Presse du 12/03/2013

mardi 19 mars 2013

Des dents de oustitis suggèrent que l'Homme de Florès était bien une espèce naine

Reconstitution de l'homme de Florès
Publiant leurs travaux dans le Journal of Evolutionary Biology, des chercheurs britanniques ont étudié les différentes modalités de croissance chez certaines espèces naines de primates. L’un de ces modèles de développement pourrait-il s’appliquer au minuscule Homme de Florès, découvert il y a une dizaine d’années ?

Certaines espèces de primates, bien que dérivant d’espèces de taille ‘normale’, sont minuscules, tant chez le nouveau-né que chez l’adulte. Parmi ces formes de taille réduite, celles de la famille des Cheirogaleidae (les plus petits des primates) et celles de la famille des Callitrichidae (les plus petits des singes proprement dit). Stephen Montgomery et Nicholas Mundy, de l’université de Cambridge, ont étudié les processus de croissance chez ces deux groupes.

Chez le premier, la petite taille est liée à une réduction de la durée des phases de croissance (par rapport aux familles voisines, comprenant des espèces plus grandes). Chez le second groupe, en revanche, la réduction de taille est due presque exclusivement à une altération du taux (donc de la vitesse) de la croissance prénatale. Au sein de cette dernière catégorie, le ouistiti pygmée (Callithrix pygmaea) possède, en conséquence, un phénotype (un aspect) plutôt atypique, disent les chercheurs.

Une petite taille liée à une pression environnementale ?

Or, cet aspect (dents de faible hauteur, notamment) et cette ascendance (il est issu d’une espèce de plus grande taille), selon les auteurs, rapprochent ce singe d’un des 2 modèles - antagonistes - proposés pour expliquer la taille et l’apparence du Hobbit, l’Homme de Florès (Homo floresiensis). Un homininé (contemporain de l’Homme dit 'de Cro-Magnon', notre ancêtre) dont les fossiles ont été découverts en Indonésie en 2003. Selon ce modèle, le Hobbit dériverait du ‘grand’ Homo erectus.

Selon les chercheurs, c’est sous la pression environnementale de son habitat insulaire réduit qu’il aurait évolué pour devenir ce petit homme d’environ 1 mètre. Trouver chez une autre espèce naine de primate un mode de développement compatible avec ce scénario pourrait donc renforcer les arguments des partisans de cette hypothèse. Le modèle alternatif, soutenu par d’autres anthropologues, suggère lui que les Hobbits n’étaient que des Homo sapiens atteints d’une forme de nanisme pathologique.

Source : MaxiSciences du 16/03/2013

lundi 18 mars 2013

Les Hommes de Florès étaient bien des nains, selon des ouistitis

Les ossements d’Homo floresiensis appartiennent-ils bien à une espèce d’hominidés nains ? Certains en doutent, car le cerveau et les dents des Hommes de Florès seraient anormalement petits. Une étude réalisée sur des ouistitis pygmées permettrait maintenant d’expliquer ces caractéristiques, mais tout le monde ne sera pas convaincu.

Voilà dix ans, le monde faisait la connaissance d’Homo floresiensis, un hominidé qui a vécu voilà 18.000 ans sur l'île de Florès en Indonésie, où des ossements ont été trouvés dans la grotte de Liang Bua. À cette époque, Homo sapiens avait déjà conquis le monde tandis qu’Homo erectus et Homo neanderthalensis n’existaient plus depuis longtemps. Nous ne le savions pas encore, mais cette découverte allait donner naissance à d’intenses conflits et débats entre anthropologues. Plusieurs détails morphologiques empêchent en effet une classification précise de l’Homme de Florès.

Des caractéristiques le rendent en effet unique pour son époque. Ainsi, ces hominidés mesuraient environ 1 m de haut (ce qui explique leur surnom de « Hobbits », en référence aux célèbres personnages de J. R. R. Tolkien) et possédaient une boîte crânienne relativement petite (environ 400 cm3, contre plus de 1.650 cm3 pour Homo sapiens). Pour certains spécialistes, ces caractères s’expliquent par diverses maladies, tels le crétinisme ou la microcéphalie, ayant touché des Hommes modernes, ce qui signifierait alors que nous n’avons pas affaire à une nouvelle espèce. Pour d’autres, Homo floresiensis aurait fait l’objet d’un long processus évolutif de nanisme. Il s’agit alors bien d’une nouvelle espèce dont les ancêtres doivent être de plus grande taille.

L’Homo erectus figurerait parmi ces derniers, car les deux espèces partagent plusieurs caractères morphologiques au niveau du crâne, mais un problème se pose. Proportionnellement parlant, le cerveau et les dents des Hommes de Florès sont tellement petits qu’ils ne pourraient être issus d’un processus de nanisme. Stephen Montgomery et Nicholas Mundy de l’université de Cambridge auraient trouvé une explication. La clé du mystère repose sur l’étude d’un autre primate toujours bien vivant : le ouistiti pygmée (Callithrix pygmaea).

Une vitesse de croissance ralentie

Les espèces devenues naines au cours de l’évolution ont bien souvent suivi deux voies différentes. Leur temps de gestation et donc de développement du fœtus peut s’être raccourci progressivement, ou ce sont les premiers stades de vie postnatals qui ont perdu en longueur. L’animal devient alors adulte tout en ayant toujours sa taille d’enfant. Une troisième piste a cependant été découverte dernièrement : les temps de gestation et la durée des premiers stades de vie peuvent rester inchangés et c’est alors la vitesse de croissance qui diminue.

Or, les chercheurs viennent justement de montrer que le ouistiti pygmée, le deuxième plus petit primate de la planète, suivait cette troisième voie. Nous savions déjà que cette espèce avait des ancêtres de plus grande taille, mais ici aussi la petite hauteur des dents posait question, car elle ne pouvait être expliquée par les voies évolutives « habituelles » du nanisme. L’étude a été publiée dans le Journal of Evolutionary Biology.

Le raccourci est alors vite pris. Après tout, l’Homme de Florès est lui aussi un primate. Il aurait très bien pu suivre cette troisième voie, comme le ouistiti pygmée, ce qui expliquerait alors son petit cerveau et des dents de taille réduite. Homo floresiensis pourrait donc bien être, selon les chercheurs, une nouvelle espèce dont les ancêtres étaient de plus grande taille.

Cette approche ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté scientifique. Des spécialistes ont déjà fait savoir dans diverses revues qu’ils ne croyaient pas à cette hypothèse et qu’ils considéraient toujours les Homo floresiensis comme étant des Homo sapiens atteints de maladies. Précisons enfin que les restes exhumés dans la grotte de Liang Bua devaient appartenir à sept personnes. Étaient-elles toutes malades ?

Source : Futura Sciences du 12/03/2013

mardi 5 mars 2013

Le déclin de l’Homme de Néandertal lié à des lapins ?

C’est parce qu’il n’a pas su chasser les lapins que l’Homme de Néandertal aurait décliné voilà 30.000 ans ! C’est du moins ce que suggèrent l’étude et le dénombrement de restes de mammifères trouvés dans des grottes du sud de l'Europe (France, Espagne et Portugal).

La disparition de l’Homme de Néandertal suscite toujours de nombreuses interrogations, ce qui a donné naissance à un certain nombre de théories. Les Hommes anatomiquement modernes (Homo sapiens) sont ainsi régulièrement accusés d’avoir causé le déclin de leurs cousins de manière indirecte (par exemple dans le contexte d’une concurrence pour l’espace vital) ou directe (génocide). Ces hypothèses ne satisfont cependant pas tous les spécialistes, à l’image de John Fa du Durrell Wildlife Conservation Trust à Trinity (Royaume-Uni). Pour ce chercheur, c’est le régime alimentaire spécifique de notre cousin qui aurait causé sa perte.

Les Hommes de Néandertal se nourrissaient principalement de grands mammifères capturés lors de chasses. Les cerfs et les mammouths faisaient très bien l’affaire, mais des indices trouvés en 2008 ont également montré que les phoques et les dauphins constituaient parfois des mets de choix. Mais comment opéraient-ils lorsque ces proies venaient à manquer ? Pouvaient-ils se rabattre sur des animaux de plus petite taille ? Vraisemblablement non, selon le chercheur britannique qui vient de publier, en compagnie d’autres collaborateurs, un article à ce sujet dans le Journal of Human Evolution.

L’Homme moderne a su s’adapter et manger du lapin

John Fa a retracé l’évolution de la biomasse (en kg/km2) et du poids moyen (en kg) des grands mammifères ayant vécu sur la péninsule Ibérique et dans le sud de la France sur une période d'environ 50.000 ans, entre la fin du Moustérien et le Mésolithique, il y a une petite dizaine de millénaires. Pour ce faire, il a dénombré et mesuré les restes d’animaux trouvés dans des grottes habitées par des hominidés. D’importantes diminutions ont été soulignées pour les deux critères étudiés voilà 30.000 ans, ce qui soulignerait une importante raréfaction des grands mammifères à cette période.

En revanche, un mammifère plus petit semble s’être porté à merveille à l’époque : le lapin. De plus en plus de restes de lagomorphes ont en effet été trouvés dans les grottes… mais après la disparition des Hommes de Néandertal à la fin de l’époque moustérienne voilà 30.000 ans. Il n’en fallait pas plus à l’auteur pour valider sa théorie : l’Homme de Néandertal aurait disparu à cause de son incapacité à capturer des lapins lorsque le gros gibier s'est raréfié ! Ainsi, il n’aurait pas réussi à adapter ses techniques de chasse et son régime alimentaire.

Cette hypothèse risque de faire polémique, notamment car la viande ne devait pas constituer le seul aliment consommé par les Homo neanderthalensis, comme l’ont déjà souligné certains chercheurs. Il est difficile d’expliquer pourquoi ils n’ont pas su s’adapter. Selon John Fa, cela pourrait résulter d’un manque de coopération entre les individus. Les Hommes de Néandertal utilisaient peut-être encore des lances pour capturer leurs proies quand Homo sapiens s’organisait pour encercler ses cibles avec des feux, de la fumée ou des chiens. Des études isotopiques devraient être réalisées sur des ossements d’hominidés pour confirmer ou infirmer la théorie de John Fa.

Source : Futura Sciences du 04/03/2013