En retrouvant un crâne humain fracturé vieux de 430.000 ans, des chercheurs espagnols ont conclu qu'il s'agissait d'un meurtre, le plus ancien connu à ce jour.
Voici un assassinat dont la justice ne se saisira pas. Mais des scientifiques espagnols ont étudié ce fossile de crâne découvert au fond d'une grotte, au nord de l'Espagne. Un morceau de squelette qui montre des signes révélateurs d'une attaque meurtrière: deux fractures ont été donné avec la même arme, d'après une étude publiée dans la revue scientifique Plos One. Le crâne, appartenant à un membre de la lignée primitive de Neandertal, a été retrouvé dans la Sima de los Huesos («Grotte des Os»), située sur le site préhistorique d'Atapuerca, en Espagne, qui contient les restes d'au moins 28 personnes. Ce site est donc très prisé des chercheurs pour tenter de démêler l'histoire de l'origine humaine. Ce lieu funéraire est étudié depuis plus de trois décennies mais en 2013, un ADN a été extrait d'un os conservé, ce qui conduit certains experts à suggérer que les habitants de cette grotte ont été les premiers représentants de la lignée de Neanderthal.
Un acte intentionnel
«Cranium 17» est composé de 52 fragments d'os, avec un squelette facial et une dentition complète qui appartiennent à un jeune adulte, d'après Juan Luis Arsuaga, professeur de paléontologie à l'Université Complutense de Madrid et principal auteur de ces travaux. Mais on ignore encore s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. «Nous avons examiné les os au microscope et utilisé la tomodensitométrie», déclare le paléontologue. Les chercheurs ont observés les blessures de près de deux centimètres de large en utilisant des méthodes médico-légales comme celles employées par la police.
Leur reconstitution virtuelle a montré que les deux fractures clairement visibles, au-dessus de l'œil gauche, sont presque identiques, ce qui suggère fortement qu'elles ont été causées par le même objet. «Basé sur les similitudes de formes et de taille des blessures, nous croyons que le résultat des coups répétés avec le même objet et infligés par une autre personne, était sûrement une rencontre en face-à-face», explique Nohemi Sala, chercheuse à l'Université Complutense de Madrid qui déclare aussi que l'arme était peut-être une lance en bois, une pointe de lance en pierre ou un pierre biface. «Le crâne indique qu'il n'y a pas eu de cicatrisation, ce qui prouve que la personne est décédée par la suite», indique Marylène Patou-Mathis, préhistorienne au Muséum national d'Histoire naturelle (MHNN) et directrice de recherche au CNRS. «Les deux blessures identiques de cet Homo erectus montrent que les coups étaient intentionnels», ajoute-t-elle.
Le crâne a été déposé volontairement
Cependant, le motif précis du décès et le meurtrier ont peu de chances d'être connus un jour. «Malheureusement, il est impossible d'interpréter la motivation de l'assassinat. Même Sherlock Holmes ne peut pas nous aider», déclare Nohemi Sala. «Il faut cependant faire attention avec le mot meurtre, c'est peut-être une querelle interpersonnelle qui a mal tourné», confie Marylène Patou-Mathis. Cette affaire, vieille de 430.000 ans, est sûrement le meurtre mystérieux le plus vieux du monde.
Les scientifiques disent que l'étude fournit la preuve macabre que la violence est une partie intrinsèque de la culture humaine. Homo sapiens ne peut donc clamer le monopole de la violence. «Ils sont comme nous finalement», déclare Marylène Patou-Mathis. Cependant, la préhistorienne assure que la violence était rare à cette époque prénéandertalienne, car pour se reproduire, il fallait une bonne entente et des échanges entre les hommes. «Ce qui est le plus intriguant, c'est que le crâne a été déposé volontairement sans le reste du corps, comme un rituel. Ce n'est pas anodin», poursuit-elle.
Source : Le Figaro du 29/05/2015
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dimanche 31 mai 2015
jeudi 14 octobre 2010
Les hommes préhistoriques s'occupaient des «seniors»
Un vieillard infirme, qui vivait il y a 500.000 ans en Espagne, n'aurait jamais pu survivre sans les soins de ses proches.
La solidarité entre générations ne date pas d'hier. Même s'ils n'avaient pas inventé le système de retraite par répartition, des chercheurs de l'université de Madrid, viennent de montrer que les «premiers Européens», découverts sur le site d'Atapuerca, près de Burgos, dans le nord de l'Espagne, prenaient soin de leurs aînés.
L'équipe dirigée par Alejandro Bonmatí est parvenue à cette conclusion en examinant les restes d'un bassin et d'une partie de la colonne vertébrale d'un homme vieux de plus de 500.000 ans, retrouvés dans ces célèbres grottes, inscrites en 2000 au patrimoine mondial de l'humanité.
Ces ossements appartenaient à un mâle de forte corpulence «qui souffrait de plusieurs maladies dégénératives bien longtemps avant de mourir», écrivent les auteurs dans la revue de la National Academy of Sciences des États-Unis (Pnas). Selon eux, l'individu avait plus de 45 ans au moment de son décès, un âge canonique pour l'époque.
Les pathologies multiples dont souffrait ce vieillard de la préhistoire l'«obligeaient à adopter une posture courbée» voire à «utiliser un bâton pour se tenir debout» , notent les chercheurs madrilènes. Du coup, elles «l'empêchaient probablement de chasser » et d'assurer sa propre subsistance.
Des nomades cannibales
«Sa survie pendant une période aussi longue avec un tel handicap laisse supposer que le groupe nomade dont il faisait partie prenait particulièrement soin de ses anciens», concluent Alejandro Bonmatí et ses collègues. Pas question pour autant de sombrer dans le mythe du «bon sauvage», cher à Rousseau. L'an passé, une précédente étude réalisée sur ce même gisement avait montré que ces mêmes hommes étaient des cannibales n'hésitant pas à consommer de la chair d'enfants ou d'adolescents.
Découverts à partir de 1994, les restes fossiles d'Atapuerca correspondent aux premiers êtres humains ayant séjourné en Europe, il y a environ 800.000 ans, soit bien avant Neandertal et Homo sapiens. Baptisés Homo antecessor, partis d'Afrique, ils se sont installés dans la péninsule Ibérique au terme d'une longue migration via le Proche-Orient, le nord de l'Italie et la France.
À noter que cet exemple de prise en charge d'individus âgés n'est pas isolé. Vieux, impotent, édenté, l'homme de la Chapelle-aux-Saints, un Néandertalien datant de - 45.000 ans, dont on a retrouvé en 1908 le squelette quasi complet dans une grotte de ce petit village de Corrèze, aurait été lui aussi incapable de survivre sans la protection et les soins constants de ses proches.
Source : Le Figaro du 13/10/2010
La solidarité entre générations ne date pas d'hier. Même s'ils n'avaient pas inventé le système de retraite par répartition, des chercheurs de l'université de Madrid, viennent de montrer que les «premiers Européens», découverts sur le site d'Atapuerca, près de Burgos, dans le nord de l'Espagne, prenaient soin de leurs aînés.
L'équipe dirigée par Alejandro Bonmatí est parvenue à cette conclusion en examinant les restes d'un bassin et d'une partie de la colonne vertébrale d'un homme vieux de plus de 500.000 ans, retrouvés dans ces célèbres grottes, inscrites en 2000 au patrimoine mondial de l'humanité.
Ces ossements appartenaient à un mâle de forte corpulence «qui souffrait de plusieurs maladies dégénératives bien longtemps avant de mourir», écrivent les auteurs dans la revue de la National Academy of Sciences des États-Unis (Pnas). Selon eux, l'individu avait plus de 45 ans au moment de son décès, un âge canonique pour l'époque.
Les pathologies multiples dont souffrait ce vieillard de la préhistoire l'«obligeaient à adopter une posture courbée» voire à «utiliser un bâton pour se tenir debout» , notent les chercheurs madrilènes. Du coup, elles «l'empêchaient probablement de chasser » et d'assurer sa propre subsistance.
Des nomades cannibales
«Sa survie pendant une période aussi longue avec un tel handicap laisse supposer que le groupe nomade dont il faisait partie prenait particulièrement soin de ses anciens», concluent Alejandro Bonmatí et ses collègues. Pas question pour autant de sombrer dans le mythe du «bon sauvage», cher à Rousseau. L'an passé, une précédente étude réalisée sur ce même gisement avait montré que ces mêmes hommes étaient des cannibales n'hésitant pas à consommer de la chair d'enfants ou d'adolescents.
Découverts à partir de 1994, les restes fossiles d'Atapuerca correspondent aux premiers êtres humains ayant séjourné en Europe, il y a environ 800.000 ans, soit bien avant Neandertal et Homo sapiens. Baptisés Homo antecessor, partis d'Afrique, ils se sont installés dans la péninsule Ibérique au terme d'une longue migration via le Proche-Orient, le nord de l'Italie et la France.
À noter que cet exemple de prise en charge d'individus âgés n'est pas isolé. Vieux, impotent, édenté, l'homme de la Chapelle-aux-Saints, un Néandertalien datant de - 45.000 ans, dont on a retrouvé en 1908 le squelette quasi complet dans une grotte de ce petit village de Corrèze, aurait été lui aussi incapable de survivre sans la protection et les soins constants de ses proches.
Source : Le Figaro du 13/10/2010
mercredi 13 octobre 2010
Hommes préhistoriques : savaient-ils faire preuve de compassion ?
Royaume-Uni - Publiée dans le journal Time and Mind et dans un livre dont des extraits feront l'objet d'une lecture publique le 19 octobre prochain, l'étude de chercheurs de l'université de York se propose de "tracer" le sentiment de compassion chez les hominidés fossiles.
"Première étape d'une nécessaire archéologie préhistorique de la compassion", comme elle la définit elle-même, l'étude du Dr Penny Spikins, du département d'archéologie de l'université de York (Royaume-Uni) et de ses collègues, cherche à montrer que les pré-humains et les hommes préhistoriques ressentaient la compassion. Pour ce faire, ils proposent un scénario en quatre étapes.Il y 6 millions d'années, l'ancêtre commun à l'homme et au chimpanzé, par de simples gestes de réconfort par exemple, commence à témoigner de la sollicitude à ses congénères. Puis, il y a 1,8 million d'années, nôtre ancêtre Homo erectus commence à intégrer cette compassion dans un début de pensée rationnelle : en prenant soin des individus malades, en réservant un traitement spécial aux défunts, manifestations du chagrin et du souci d'alléger la peine d'autrui. En Europe, entre -500.000 et -40.000 ans, les restes d'un enfant atteint d'une anomalie congénitale du cerveau témoignent : loin d'avoir été abandonné, l'enfant a vécu jusqu'à l'âge de 5 ans. Ceux d'un Néandertalien possédant un bras atrophié, un pied déformé et aveugle d'un oeil ayant vécu jusqu'à vingt ans témoignent eux de l'attention portée aux individus faibles par leurs congénères. Enfin, chez l'homme anatomiquement moderne, apparu il y a 120.000 ans, la compassion s'étend aux étrangers et aux animaux. L'imagerie médicale utilisée sur des crânes fossilisés pourrait être un outil permettant d'appréhender cette caractéristique pourtant intangible qu'est la compassion. "Les données archéologiques ont encore une histoire à nous raconter" conclut le Dr Spikins.
Source : Yahoo Actualités du 09/10/2010
"Première étape d'une nécessaire archéologie préhistorique de la compassion", comme elle la définit elle-même, l'étude du Dr Penny Spikins, du département d'archéologie de l'université de York (Royaume-Uni) et de ses collègues, cherche à montrer que les pré-humains et les hommes préhistoriques ressentaient la compassion. Pour ce faire, ils proposent un scénario en quatre étapes.Il y 6 millions d'années, l'ancêtre commun à l'homme et au chimpanzé, par de simples gestes de réconfort par exemple, commence à témoigner de la sollicitude à ses congénères. Puis, il y a 1,8 million d'années, nôtre ancêtre Homo erectus commence à intégrer cette compassion dans un début de pensée rationnelle : en prenant soin des individus malades, en réservant un traitement spécial aux défunts, manifestations du chagrin et du souci d'alléger la peine d'autrui. En Europe, entre -500.000 et -40.000 ans, les restes d'un enfant atteint d'une anomalie congénitale du cerveau témoignent : loin d'avoir été abandonné, l'enfant a vécu jusqu'à l'âge de 5 ans. Ceux d'un Néandertalien possédant un bras atrophié, un pied déformé et aveugle d'un oeil ayant vécu jusqu'à vingt ans témoignent eux de l'attention portée aux individus faibles par leurs congénères. Enfin, chez l'homme anatomiquement moderne, apparu il y a 120.000 ans, la compassion s'étend aux étrangers et aux animaux. L'imagerie médicale utilisée sur des crânes fossilisés pourrait être un outil permettant d'appréhender cette caractéristique pourtant intangible qu'est la compassion. "Les données archéologiques ont encore une histoire à nous raconter" conclut le Dr Spikins.
Source : Yahoo Actualités du 09/10/2010
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