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mercredi 30 août 2023

Néandertal est bien l’auteur des gravures pariétales de la grotte de la Roche-Cotard

Cette grotte située dans la vallée de la Loire, découverte au XIXe siècle, a livré des gravures pariétales non figuratives, que de nouvelles analyses attribuent à Néandertal, et qui pourraient remonter à 75 000 ans.

Pour la première fois, des motifs non figuratifs tracés du bout des doigts sur les parois de la grotte de la Roche-Cotard, situé à Langeais en Indre-et-Loire, peuvent être sans aucun doute possible attribués à Néandertal. Avant d’oser cette conclusion, l’équipe de Jean-Claude Marquet, de l’université de Tours, a mené une étude de grande ampleur de ces gravures, de leur contexte géologique et archéologique et de leur datation, ne laissant aucun détail de côté.

our autant, depuis qu’il a commencé l’étude du site dans les années 1970, Jean-Claude Marquet avait de solides raisons de soupçonner que Néandertal était à l’origine des gravures de la grotte de la Roche-Cotard. Connaissant par le menu son substrat géologique, ayant relevé les irruptions de la Loire dans cette cavité, il savait aussi que peu de temps après son utilisation par des clans néandertaliens, la grotte fut scellée par des sédiments fluviatiles et glaciaires, jusqu’en 1846, quand des carriers mirent au jour son entrée. Ce n’est qu’en 1912 que François d’Achon, le propriétaire du site, débarrassa la grotte de la masse de limons qui l’encombrait. Il découvrit alors des strates contenant des bifaces et autres éclats Levallois, des outils dits « moustériens », attribués à Néandertal. Comme par ailleurs aucun outil ni aucune trace de la présence d’Homo sapiens ne furent découverts dans les quatre zones archéologiques distinctes de ce site, il semblait clair que la grotte ne fut habitée que par des Néandertaliens et donc ses gravures réalisées par eux.

Celles-ci consistent en dix panneaux non figuratifs exécutés en posant ou en passant des doigts sur la mince couche altérée qui recouvre le haut des parois en tuffeau, la craie riche en grains de quartz typique de la Touraine. Ces dessins sont composés de lignes tracées à 1, 3 ou 4 doigts, complétées de points occupant des zones délimitées. Ces marques digitales sont parfois tracées en oblique, parfois horizontalement ou verticalement et dans un cas au moins constituent un motif compact délimité par deux lignes incurvées dessinant une ogive. Il semble aussi qu’un panneau fut exécuté à l’aide d’un outil lithique, sans doute celui, usé par un contact avec de la roche, que les chercheurs ont retrouvé face au panneau.

Le panneau circulaire. Les flèches indiquent dans quelle direction les Néandertaliens ont déplacé leurs doigts. Malheureusement, l'altération de la partie centrale inférieure est importante.

Pour être certains d’avoir affaire à des motifs intentionnels, les chercheurs ont effectué des modèles 3D des principaux panneaux de la grotte, de griffures laissées par des ours des cavernes ainsi que de tracés expérimentaux réalisés dans une cavité troglodytique. Après avoir comparé les trois types de motifs, ils ont conclu que les gravures pariétales furent dessinées par des doigts humains. C’est le « panneau triangulaire » qui atteste le plus clairement l’intentionnalité des gravures, illustrant notamment la grande application des artistes dans l’élaboration de la structure d’ensemble du motif.

Le panneau triangulaire est recouvert de traces de doigts régulièrement espacées. La zone verte correspond à la surface de rupture d'un cylindre de silex naturel.

Les chercheurs devaient aussi situer les gravures dans le temps, ce qui passait en particulier par la détermination de la date à laquelle la grotte a été condamnée. Pour cela, ils ont daté les couches sédimentaires entourant l’entrée de la grotte et celles qui étaient encore présentes à l’intérieur en évaluant la durée d’enfouissement de grains de quartz qu’elles contenaient par luminescence stimulée optiquement (OSL). Cette méthode mesure la luminescence résiduelle due à la désexcitation au fil du temps d’électrons du réseau cristallin originellement excités par la lumière solaire quand la roche était à l’air libre. Les chercheurs ont ensuite rapproché l’échelle chronologique obtenue des périodes pendant lesquelles la Loire a formé des dépôts sédimentaires distincts, ce qui leur a finalement permis de situer dans le temps les divers sols des zones archéologiques de la grotte. Il ressort de cette campagne de datation que les activités humaines dans la grotte de la Roche-Cotard se sont toutes déroulées il y a plus de 57 000 ans, bien avant l’arrivée en Europe des premiers Homo sapiens. La réalisation des gravures pourrait remonter jusqu’à 75 000 ans.

Les sites néandertaliens nous ont déjà livré nombre de traces d’activités symboliques, particulièrement des fragments d’os, de roches, de spéléothèmes ou encore, sur le sol d’une grotte de Gibraltar, des stries tracées de façon organisée. De même cette phalange de cerf géant d’Einhornhoehle, en Allemagne, qui présente un jeu de marques régulièrement espacées sur deux côtés, ou les huit serres et la phalange d’aigle trouvés dans la grotte de la Krapina, en Croatie, qui pourraient avoir servi à constituer un pendentif. Outre ce genre d’activités symboliques, la grotte de Los Aviones, en Murcie, en Espagne, a livré des coquilles percées qui pourraient avoir été des perles et celle d’Anton, également en Murcie, des colorants contenus au sein de coquillages. Cas plus frappants encore, les sites espagnols d’Ardales, de Maltravieso et de La Pasiega ont pour leur part livré ce qui ressemble à des peintures pariétales prenant la forme de marques rouges ou géométriques ou encore d’une main négative. La datation de la calcite recouvrant ces productions invite à les attribuer à Néandertal, mais cette hypothèse reste très controversée.

Dès lors, les gravures de la grotte de la Roche-Cotard sont bienvenues pour prouver définitivement que Néandertal réalisait des représentations graphiques. Quel en était le sujet ? Les dessins de la grotte de la Roche-Cotard font penser à ceux que nous poursuivons sans objectif figuratif conscient à partir d’un motif distraitement couché sur une feuille.

Source : Pour la Science du 30/08/2023

dimanche 20 mars 2022

Art rupestre : ces motifs ont été peints par des enfants, des nourrissons et leurs parents

Des chercheurs ont examiné 180 pochoirs de mains dans des grottes espagnoles et leur analyse suggère que ces peintures rupestres, datées d'il y a 20.000 ans, sont l'œuvre d'une activité de groupe impliquant de jeunes enfants.

Cela fait des années que les archéologues étudient avec attention les peintures rupestres. Beaucoup cherchent à en savoir plus sur les artistes qui les ont créées. Des chercheurs européens ont récemment découvert qu'ils étaient bien plus jeunes qu'on le pensait jusqu'à présent.

Verónica Fernández-Navarro, Edgard Camarós et Diego Garate affirment que des enfants, voire des nourrissons, sont à l'origine de certaines des peintures rupestres les plus connues à travers le monde. Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques se sont penchés sur 180 pochoirs de main peints dans des grottes espagnoles de Fuente del Salín, Castillo, La Garma, Maltravieso et Fuente del Trucho il y a près de 20.000 ans.

Un quart des pochoirs étudiés n'étaient pas assez grands pour correspondre à des mains d'adultes

Ils ont constaté que ces fresques préhistoriques ont été réalisées en soufflant des pigments colorés à travers un roseau ou un os creux, afin de tracer le contour de la main de l'artiste contre la paroi de la grotte. Ce procédé donne l'impression que la main est légèrement plus grande qu'elle ne l'est en réalité. Les chercheurs ont ainsi constaté qu'un quart des pochoirs étudiés n'étaient pas assez grands pour correspondre à des mains d'adultes ou d'adolescents. Mais plutôt à celles d'enfants âgés

Une activité familiale plutôt que l'œuvre d'un seul individu

« Notre étude nous a permis de déterminer que la proportion de mains de nourrissons, d'enfants et de jeunes est significativement élevée, ce qui atteste de la participation manifeste de ces groupes aux activités symboliques des groupes du Paléolithique supérieur dans le sud-ouest de l'Europe », peut-on lire dans l'étude, récemment publiée dans la revue Journal of Archaeological Science.

Cette découverte laisse penser que la création de peintures rupestres était une véritable activité familiale. Et pour cause, les plus jeunes enfants n'auraient pas pu souffler les pigments suffisamment fort pour marquer les contours de leur main sur la roche. Ils étaient forcément entourés de leurs parents ou d'un autre adulte pour les aider dans cette tâche. « Il semblerait que la pratique artistique ne soit pas une activité uniquement réservée aux individus mâles et à la survie du groupe, comme on le pensait jusqu'à présent », a expliqué Verónica Fernández-Navarrogical au Telegraph.

Les chercheurs s'interrogent encore sur la signification de ses motifs

Toutefois, les chercheurs s'interrogent encore sur la signification de ses motifs. Étaient-ils une forme de communication non verbale ? Le mystère reste entier pour le moment. Mais il pourrait rapidement être levé, comme celui du dessin rouge qui orne l'intérieur de la grotte de Pinwheel en Californie. Une équipe internationale de chercheurs affirme qu'il représente une fleur de datura, une plante toxique aux propriétés hallucinogènes, se déployant en forme de tourbillon au crépuscule. Si les archéologues ne savent toujours pas dans quelles conditions exactes cette illustration a été créée, ils estiment qu'elle indique que le site était un endroit approprié pour la consommation de datura en groupe. Et ce, à l'occasion de cérémonies d'initiation, ou durant la préparation des expéditions de chasse.

Source : Futura Sciences du 19/03/2022

jeudi 16 septembre 2021

Le plus ancien exemple d’art pariétal découvert au Tibet

Ces empreintes sont les exemples les plus anciens d'art pariétal au monde.

Une série de cinq empreintes de mains et cinq empreintes de pieds préservées dans du calcaire d'eau douce déposé autour d'une source chaude a été découverte près d'un affluent de la rivière Xiong Qu, près du village de Quesang, à environ 80 km au nord-ouest de Lhassa, au Tibet.

Ses découvreurs, des archéologues de l'Université de Guangzhou, en Chine, et de l'Université de Bournemouth, au Royaume-Uni, estiment que ces empreintes datant de 169 000 à 226 000 ans sont les plus anciennes traces d’art pariétal jamais découvertes.

Par comparaison, les plus anciennes peintures pariétales connues ont été découvertes sur l'île indonésienne de Sulawesi et datent de 39 900 et 43 900 ans.

Les premières analyses des empreintes tibétaines tendent à montrer qu’elles ont été soigneusement réalisées par des enfants âgés de sept à douze ans en raison de leur taille et de leur hauteur.

"On peut imaginer des enfants qui jouent dans la boue près d'une source d'eau chaude. On peut les voir placer leurs mains et leurs pieds avec précaution pour former des empreintes qui ont été préservées pendant des milliers d'années avant que nous ne les trouvions", explique dans un communiqué le Pr Matthew Bennett de l’Université Bournemouth au Royaume-Uni.

Le modèle 3D des empreintes de mains et de pieds de Quesang avec des couleurs montrant la profondeur des empreintes dans les roches.

Remonter le temps

Les chercheurs ont réussi à établir le moment de la création des empreintes à l'aide d'une méthode radiométrique basée sur la désintégration de l'uranium présent dans le calcaire.

En outre, ces empreintes constituent la preuve de la plus ancienne de l’occupation du plateau tibétain par les hominidés.

"Il s'agit d'une découverte incroyable, surtout si l'on considère l'altitude du site sur le plateau, où il devait faire très froid et où l'oxygène devait être rare."

La question est maintenant de déterminer à quelle espèce du genre Homo appartiennent ces empreintes.

Une piste de réponse pourrait se trouver dans la découverte de restes de squelettes découverts récemment sur le plateau tibétain et qui appartiendraient à des Homo denisovensis.

Source : Radio Canada du 15/09/2021

mercredi 24 mars 2021

Tan Zoumaïtak Tassili-n-Ajjer

Le parc culturel du Tassili (72 000 km2) est inscrit depuis 1982 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO et classé réserve de biosphère depuis 1986. Des animaux en voie de disparition tels que le mouflon et des gazelles y ont trouvé refuge.

Il est considéré aussi comme l'un des plus grands et anciens « musées rupestres à ciel ouvert » du monde, au même titre que les fresques des aborigènes d'Australie ou des khoïsan de Namibie. Il abrite notamment les gravures rupestres de l'Oued Djerat et sur le celles du plateau de Sefar datant d'environ 9 à 10 000 ans avant le présent, rappelant qu'à l'époque où le Sahara était verdoyant et fertile, des populations de chasseurs et de pasteurs y vivaient : nombreux sont les dessins représentant des troupeaux de bovins menés par des bergers. Leurs œuvres d'art figurent des scènes de chasse, de danse et d'affrontements, ainsi que de nombreux restes de poteries ou de pierres taillées. Les peintures rupestres ont été décrites par Henri Lhote dont les travaux ont été d'une part considérés, depuis l'indépendance de l'Algérie, comme un pillage et une dégradation du site et d'autre part utilisés par l'auteur sensationnaliste Erich von Däniken, pour étayer sa théorie des anciens astronautes qui interprète les masques rituels africains comme des combinaisons d'extraterrestres.

Source : Wikipedia

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nom :
âge : 4 ka
découverte :
date :
espèce :

samedi 13 mars 2021

Zuojiang Huashan

L'art rupestre de Huashan est un vaste ensemble de peintures rupestres sur la falaise de Huashan, dans le Guangxi (sud de la Chine). La falaise est située sur la rive ouest de la rivière Ming, un affluent de la rivière Zuo. La zone où se situent les peintures fait partie de la réserve naturelle de Nonggang, qui se situe sur le territoire de la ville de Yaoda, dans le comté de Ningming. Le 15 juillet 2016, lors de la 40e session du Comité du patrimoine mondial, l'art rupestre de Huashan a été classé comme le 49e site chinois du patrimoine mondial de l'UNESCO, sous le nom de Paysage culturel de l’art rupestre de Zuojiang Huashan.

Descriptif

La zone principale où se trouvent les peintures se situe le long d’une falaise d’une largeur d'environ 170 m et d’une hauteur d'environ 40 m. C'est l'une des plus grandes peintures rupestres de Chine. Les peintures sont situées entre 30 et 90 m au-dessus du niveau de la rivière. La zone principale contient autour de 1 900 peintures réparties en environ 110 groupes. Les peintures de couleur rouge ont été exécutées en utilisant un mélange d'ocre rouge (hématite), de colle d'origine animale et de sang. Elles représentent des figures humaines, des animaux, ainsi que des tambours en bronze, des couteaux, des épées, des cloches et des navires. Les peintures humaines mesurent généralement entre 60 et 150 cm de haut, mais une peinture atteint les trois mètres de haut.

Datation

Une datation récente au carbone 14 suggère que les peintures les plus anciennes datent d’il y a environ 16 000 ans, alors que les plus récentes ont environ 690 ans. La période de leurs créations s'étend de la période des Royaumes combattants à la fin de la dynastie Han. Beaucoup de peintures sont censées illustrer la vie et les rituels du peuple Luo Yue, qui constituerait les ancêtres du peuple Zhuang actuel et qui habitait la vallée de la rivière Zuo à cette période.

Source : Wikipedia

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nom : Falaise de Huashan
âge : 16 ka
découverte :
date :
espèce :

dimanche 21 février 2021

De Chauvet à Lascaux : sur les parois des grottes, bien plus que des scènes de chasse

Bison, ours, lion, cheval… De Chauvet à Lascaux, l'animal est une figure omniprésente des grottes ornées.

Isolés, groupés, en troupeaux... Sur les 900 animaux qui caracolent sur les parois de la grotte de Lascaux (Corrèze), plus de 350 sont des chevaux.

De Chauvet à Lascaux, l'animal est une figure omniprésente des grottes ornées. Bison, ours, lion, cheval… aucun n'a échappé aux "pinceaux" d'Homo sapiens. Ils ont été fixés sur les parois avec un tel souci du détail qu'il est possible de déterminer leur espèce. Mais ces animaux ne sont-ils qu'une représentation de la faune au sein de laquelle vivaient les Hommes, une sorte de guide de chasse ?

Une pratique réglée et ancrée dans des valeurs symboliques, voire spirituelles

Dépeints dans un éventail précis de poses, ils ne représentent pas le gibier le plus traqué. Par ailleurs, la présence d'hybrides (cheval-aurochs) et la prédominance, dans les peintures, de certaines espèces en fonction des régions (cheval en France, biche en Espagne cantabrique) tendent à montrer que cette pratique était réglée et ancrée dans des valeurs symboliques, voire spirituelles.

Chaque animal convoyait une notion particulière, comme un esprit ou une force de la nature

Pour Marc Groenen, professeur de préhistoire à l'Université libre de Bruxelles, chaque animal convoyait une notion particulière, comme un esprit ou une force de la nature. À cela s'ajoute un rôle... pratique : la répartition codifiée des animaux au sein des systèmes de cavernes laisse supposer qu'ils véhiculaient des indications permettant de s'orienter dans les grottes, dont chaque chambre pouvait remplir une fonction précise, pratique ou rituelle.

Source : Sciences et Avenir du 21/02/2021

mardi 9 février 2021

"Pour peindre les lions de la grotte de Chauvet, il fallait une maturité sociale et cognitive certaine"

Carole Fritz, Préhistorienne, responsable du Creap (Centre de recherche et d'étude pour l'art préhistorique Émile Cartailhac), directrice de l'équipe scientifique de la grotte Chauvet-Pont d'Arc (Ardèche) depuis 2018

Si l'on attribue à Néandertal la paternité des premiers dessins abstraits, c'est bien Sapiens qui est l'auteur des chefs-d'œuvre de l'art pariétal. Des peintures qui témoignent d'une pensée symbolique élaborée, explique la préhistorienne Carole Fritz, celle d'individus capables de produire - et reproduire - des mythes.

Sciences et Avenir : À partir de quand les Hommes ont-ils orné les parois des grottes ?

Carole Fritz : En Europe occidentale, cela s'est produit aux alentours de 37 000 ans. La plus belle illustration en est, en France, la grotte de Chauvet-Pont d'Arc (Ardèche). D'autres sites contemporains ont été récemment signalés en Asie du Sud, en particulier à Sulawesi, en Indonésie. Ils pourraient être, hors d'Europe, les plus anciens du monde.

Qui serait le premier artiste ?

Il ne fait pour moi aucun doute que les auteurs des œuvres pariétales sont des Homo sapiens. Des controverses existent dans la communauté scientifique pour accorder à l'Homme de Néandertal la paternité de quelques graphismes sur des coquillages, ou une grille gravée sur un rocher… Mais cela n'a absolument rien à voir avec les spectaculaires productions de Sapiens. Pour réaliser des œuvres picturales de la qualité de celle des lions ou des chevaux de la grotte Chauvet, il fallait que celui-ci ait atteint une maturité sociale et cognitive certaine.

C'est-à-dire ?

Homo sapiens a atteint l'Europe il y a environ 45 000 ans. Or, il ne s'est pas mis tout de suite à décorer les parois des grottes. Les premiers témoignages d'art rupestre sont plus récents de quelques milliers d'années. On peut donc penser qu'une certaine maturation a fait émerger des besoins sociaux élaborés, touchant à la projection du soi individuel et collectif vers un aliud (autre). Une projection vers des images animales, pour l'essentiel. Quand Sapiens s'est mis à peindre dans les cavités profondes ou à façonner des sculptures sur ivoire, à l'instar des lions, chevaux, ou mammouths retrouvés à Hohle Fels, un site du Jura souabe en Allemagne, il avait atteint cette maturité.

Est-ce à dire que sans l'émergence d'une société complexe, Homo sapiens ne serait jamais devenu l'artiste que l'on connaît ?

Absolument. Inscrire des figures sur les parois des grottes était à mon avis, pour ces sociétés de chasseurs-cueilleurs-collecteurs, une façon de consigner leurs mythes ! Des histoires qui structuraient leurs relations sociales, expliquaient leur passé, organisaient leur futur. Bien sûr, nous n'en connaîtrons jamais la teneur. Mais il ne fait aucun doute que ces fresques composent une narration, que ce soit sur les parois de la grotte Chauvet ou, vingt mille ans plus tard, sur celles de Lascaux, en Dordogne.

L'art pariétal est donc le vecteur d'une pensée symbolique…

Indubitablement, et l'on peut d'ailleurs tenter d'en suivre le développement. L'art des chasseurs du paléolithique supérieur, qui œuvraient en Europe dans les grottes profondes, est assez différent de celui des premiers agro-pasteurs qui, des milliers d'années plus tard, orneront les parois d'innombrables abris sous roche, en Afrique, Asie ou Amérique. On assiste à un changement flagrant du positionnement de la figure humaine. Entre 40 000 ans et 10 000 ans, celle-ci ne représente que 5 % de l'ensemble du corpus des peintures - c'est l'animal qui est le principal vecteur des mythes. Alors qu'aux périodes beaucoup plus tardives, on constate une explosion de la représentation des humains. Sans doute le témoignage d'autres visions du monde.

Les mythes racontés ne sont plus les mêmes ?

Je dirai que, entre 35 000 et 15 000 ans, les messages véhiculés sont identiques. Mais pas après. L'anthropologue Claude Lévi-Strauss (1908-2009) a montré qu'au cours des siècles, les mythes américains qui circulaient du nord au sud du continent ont évolué sans que l'histoire change, sinon les protagonistes. Pour l'art pariétal, on peut dire la même chose. Ce qui, par exemple, pouvait être raconté dans les temps anciens à travers une association animale telle que le cheval-bison a pu l'être plus tard via un aurochs et un cheval. Vers 12 000-10 000 ans, tout cela s'est modifié. Avec le changement climatique consécutif à la dernière glaciation, les Hommes du paléolithique supérieur ont perdu leurs références environnementales. Les mammouths et bisons n'étaient plus là. Les rennes non plus. Un monde avait disparu, remplacé par un vaste couvert forestier, avec l'installation d'autres populations. Les chasseurs du paléolithique supérieur, et leurs idéaux formulés à travers les peintures dans les grottes profondes, n'étaient plus.

Leurs narrations se sont-elles éteintes avec eux ?

Oui et non, car les Hommes ont continué à raconter d'autres histoires, en utilisant d'autres supports. À la place des parois des grottes, les habitants du mésolithique - cette période de transition qui succède au paléolithique en Europe - ont utilisé des plaquettes gravées, des fragments de pierre décorés, autant qu'ils ont orné à travers le monde des centaines de milliers d'abris sous roche, rochers, etc.

Ces réalisations étant un acte social, n'importe qui pouvait-il s'exprimer en ornant les parois ?

Paraphrasant Claude Lévi-Strauss, je dirai que si cela avait été le cas, il y aurait eu une dissolution des symboles et donc du message. Alors que ce qui caractérise justement l'art paléolithique, c'est sa stabilité dans le temps. De 37 000 ans jusqu'à 12 000 ans - ce qui en termes de générations est absolument considérable -, sur le continent ouest-européen, on constate que le bestiaire ne change pas. Une telle stabilité symbolique ne peut être maintenue sans une certaine forme de contrôle social. Tout le monde ne pouvait pas exécuter de grandes fresques au cœur des cavernes. Certains ont peut-être bénéficié d’un statut particulier, mais aucune trace archéologique ne peut le prouver à ce jour. Et des femmes autant que des Hommes ont pu exécuter ces œuvres.

Quels sont les axes de recherche dans ce domaine d'étude ?

Depuis les travaux d'André Leroi-Gourhan (1911-1986), qui a été pendant des décennies un véritable "pape" de la préhistoire. Il y a une sorte d'hésitation à explorer le terrain de la signification de l'art préhistorique… Or je pense qu'il faut arrêter de se réfugier dans les études descriptives, statistiques - tuer le père ! - pour s'aventurer dans le champ des interprétations, un domaine certes beaucoup plus complexe ! Un domaine qu'on ne peut investir sans faire appel à d'autres disciplines telles que l'anthropologie, la psychologie des formes ou les sciences cognitives.

Source : Sciences et Avenir du 07/02/2021

lundi 25 janvier 2021

Comment les peintures rupestres sont datées

Comme les enquêteurs sur les crimes médico-légaux dans un certain nombre de programmes d’application de la loi, les archéologues n’ont besoin que d’une pincée de calcite, également connue sous le nom de “pop-corn des cavernes”, pour commencer à percer les mystères d’une peinture rupestre.

Des couches de calcite se forment souvent dans des grottes calcaires lorsque l’eau de pluie s’infiltre à travers la roche, dissolvant de petites quantités de calcium, qui précipite parfois sur les peintures rupestres.

Si les archéologues ont la chance de trouver ces peintures, ils peuvent déterminer l’âge de l’œuvre d’art grâce à un processus connu sous le nom de datation à l’uranium, a déclaré le professeur de sciences archéologiques Maxime Aubert de l’Université Griffith en Australie.

La technologie permet aux chercheurs de dater des peintures qui ont jusqu’à 600 000 ans.

Le professeur Aubert a déclaré au Straits Times: «Lorsque l’eau de la grotte se précipite sur le tableau, elle contient également une petite quantité d’uranium, car l’uranium est soluble dans l’eau.

“Avec le temps, il commence à se décomposer en un élément appelé thorium.”

Le thorium n’est pas soluble dans l’eau, donc l’élément n’aurait pas été présent au point de formation des cristaux, a-t-il ajouté.

Puisque le taux de décomposition de l’uranium en thorium est «précisément connu», les archéologues peuvent prélever un échantillon de pop-corn de la grotte et mesurer les proportions de thorium et d’uranium qui s’y trouvent.

Cette information leur permet de calculer quand la couche de calcite sur la peinture a été initialement formée, en lui donnant un âge minimum.

“Ainsi, quand nous disons que la calcite formée dans le tableau a au moins 45 500 ans, (la peinture) pourrait être essentiellement beaucoup plus ancienne, peut-être 50 000 ou 60 000 ans”, a déclaré le professeur Aubert. “Nous ne savons pas avec certitude”.

Mais connaître l’âge approximatif d’une peinture particulière suffit pour donner aux archéologues un aperçu des artistes qui les ont créés.

«Cela nous dit que les gens qui ont créé cette œuvre d’art à Bornéo et à Sulawesi étaient complètement humains, ils sont comme nous», a-t-il déclaré.

Les îles indonésiennes de Bornéo et de Sulawesi sont considérées comme cruciales sur la route de migration humaine de l’Afrique vers l’Australie, où les gens s’étaient installés il y a environ 65 000 ans.

“Donc, si l’art est passé de quelque chose de simple à quelque chose de plus complexe, cela doit être arrivé il y a longtemps, probablement en Afrique”, a déclaré le professeur Aubert.

“Les humains qui ont émigré d’Afrique étaient complètement modernes et avaient la capacité de faire tout l’art qu’ils voulaient.”

Source : Cosmosonic du 25/01/2021

mardi 19 janvier 2021

Un sanglier d’Indonésie, le plus ancien dessin réalisé par Homo sapiens

Depuis quelques années, les découvertes en matière d’art pariétal préhistorique s’accumulent en Indonésie, particulièrement dans l’île de Sulawesi (nom indonésien des Célèbes). C’est donc sans surprise qu’une équipe associant des chercheurs d’universités australienne et indonésienne révèle l’existence de nouvelles représentations de cochons sauvages, une espèce ancienne et endémique, dans deux grottes d’une vallée du sud de l’île. Dans un état plus altéré que la scène de chasse découverte il y a plus d’un an à proximité, dans la grotte de Leang Bulu' Sipong 4, ces peintures repoussent cependant pour l’une d’entre elles, la datation à 45 500 ans, -1500 ans plus tôt que la précédente –, devenant ainsi la représentation animale la plus ancienne connue à ce jour, probablement réalisée par Homo sapiens.

Sulawesi est la plus grande île (174 000 km2) de Wallacea (ou Wallacées), une zone bio-géographiquement distincte d’îles océaniques, située entre l’Asie continentale et l’Australie. Elle a une longue histoire d’occupation humaine : les preuves archéologiques les plus anciennes, des artefacts en pierre associés à des fossiles de méga-faune datés de 194 000 à 118 000 ans pourraient refléter une colonisation par un hominine archaïque non encore identifié. En outre, certains modèles de peuplement humain primitif de Sahul – plateau continental dont les parties émergées sont aujourd’hui l’Australie, la Tasmanie et la Nouvelle-Guinée – reposent sur l’hypothèse que l’île aurait constitué le premier « arrêt » d’une série de traversées océaniques à travers le nord de Wallacea jusqu’à la pointe ouest de la Nouvelle-Guinée.

Mais c’est surtout le grand nombre de fresques préhistoriques retrouvées dans des grottes qui mobilise l’attention des archéologues. Depuis 70 ans, au fil du temps, quelque 300 grottes et abris avec des représentations pariétales ont été répertoriées à Maros-Pangkep, une plaine karstique (calcaire) d’environ 450 km2 dans la péninsule sud-ouest de l’île. Deux sites d’art rupestre sont également connus, à environ 35 km à l’est dans le département de Bone. « Et chaque année on en découvre de nouvelles » témoigne Maxime Aubert, archéologue à l’université Griffith en Australie, fin connaisseur de la région et co-auteur de l’étude.

jeudi 14 janvier 2021

Découverte du plus vieux dessin d'animal au monde, un cochon daté d’au moins 45.500 ans

Bien plus vieille que les peintures rupestres trouvées à Chauvet ou à Lascaux, cette représentation d'un sanglier des Célèbes semble être la plus ancienne illustration d'un animal — et le plus ancien dessin figuratif — jamais identifié.e.

Après les incroyables peintures vieilles de 12.500 ans découvertes en Colombie en décembre 2020, c’est au tour d’une représentation datant d'au moins 45.500 ans d'être révélée dans la grotte Leang Tedongnge, à Sulawesi, une île indonésienne. Plus encore, il s’agit du plus ancien dessin d’un animal connu à ce jour. Un cochon, dessiné à l’ocre minérale rouge, avec les contours de deux mains humaines peintes au-dessus de sa croupe, comme décrit dans Science Advances ce 13 janvier 2021.

Un sanglier qui existe toujours

En décembre 2017, le professeur d'archéologie au Research Center of Human Evolution de l'Université Griffith (Australie) Adam Brumm ainsi que ses collègues australiens et indonésiens descendent dans une vallée, à proximité de la grande ville de Makassar. Dans une grotte, ils découvrent finalement plusieurs dessins, restés secrets sur les murs depuis des milliers d’années. Et pour cause, pour y parvenir, une randonnée ardue était inévitable et nul chercheur n’y avait ainsi mis les pieds auparavant.

Ces œuvres rupestres représentent probablement des sangliers des Célèbes (Sus celebensis), animaux sauvages proches des porcs et originaires de l'île de Sulawesi. Des bêtes toujours présentes sur son sol 45.500 ans après, bien que la population s’amenuise de jour en jour. "Ainsi, il semble clair que les premiers humains ont interagit étroitement avec [eux] à différents niveaux, pendant une très longue période de temps", les chassant et même les domestiquant, explique à LiveScience Adam Brumm.

Un endroit riche en art rupestre

Ce n’est ainsi pas si étonnant que de (très) nombreuses représentations de ces sangliers aient été identifiées. Auparavant, la plus ancienne ébauche d’un animal dépeignait aussi l’un de ces cochons, trouvé dans une autre grotte de l'île Sulawesi par la même équipe et daté d'au moins 43.900 ans. Les mêmes archéologues qui, en 2019, avaient identifié la plus vieille scène de chasse sur des murs âgée de 44.000, représentant des créatures mi-humaines mi-animales poursuivant des bêtes sauvages.

Les premières traditions de l'art rupestre ne sont probablement pas apparues dans l'Europe de l'ère glaciaire, comme on l'a longtemps supposé, suggère Adam Brumm.

La plus vieille estampe jamais révélée de l’art rupestre, quant à elle, est pour le moment des lignes entrecroisées rouges, dessinées par un Homo sapiens sur une roche de l'actuelle Afrique du Sud il y a 73.000 ans.

Source : MaxiScience du 14/01/2021

Cette peinture rupestre figurative est la plus ancienne jamais mise au jour

Représentant des sangliers, cette fresque vieille de 45 500 ans vient s'ajouter à la liste grandissante de peintures rupestres découvertes en Indonésie.

Il y a 45 500 ans, nos ancêtres se sont aventurés dans une grotte de l’île indonésienne de Sulawesi (ou Célèbes). Ils ont ensuite peint la forme replète d’un sanglier appartenant à une espèce endémique, au dos et à la tête recouverts respectivement de poils raides et de verrues. Selon les archéologues, cette peinture rupestre d’une créature porcine serait la plus ancienne jamais découverte à ce jour.

Une photographie du dessin a été publiée dans une étude parue dans la revue Science Advances. On y voit l’animal, qui semble observer deux autres sangliers en train de se chamailler. Les contours de deux mains humaines sont visibles à proximité de l’arrière-train de la créature porcine, tandis qu’un quatrième spécimen se trouverait au centre de la scène, comme le suggère un carré à l’apparence hirsute.

Réalisée à l’ocre rouge sur les parois intérieures de la grotte, la peinture a été découverte en décembre 2017 par l’archéologue local Basran Burhan, doctorant à l’université Griffith en Australie. C’est sur le site de Leang Tedongnge qu’il a aperçu cette œuvre rupestre d’un sanglier, alors qu’il était parti explorer avec sa petite équipe les grottes du sud de Sulawesi, à la recherche d’anciennes traces d’activités humaines.

Selon Adam Brumm, auteur principal de la nouvelle étude et archéologue à l’université Griffith, cette peinture représenterait des trophées de chasse.

« Ce sont des sangliers de très petite taille, et pourtant les artistes de l’époque les ont dépeints sous des traits très corpulents. J’imagine que cela avait un lien avec l’intérêt de nos ancêtres à tuer les porcins les plus grands et les plus gros qu’ils pouvaient trouver, car ils fournissaient davantage de viande et de protéines », explique-t-il.

Cette fresque n’est pas la plus vieille au monde, mais il s’agit de la plus ancienne peinture rupestre figurative. « Tout dépend de la définition que vous avez de l’art », confie Maxime Aubert, co-auteur de l’étude et archéologue à l’université Griffith. D’anciennes manifestations remarquables de créativité ont été récemment identifiées. Ce fut notamment le cas d’un gribouillage vieux de 73 000 ans semblable à un hashtag découvert en Afrique du Sud, qui est considéré par certains comme le plus ancien dessin au monde.

Une chose est sûre, les peintures récemment découvertes s’ajoutent à une liste de plus en plus longue de peintures rupestres découvertes à travers l’Indonésie. Rien qu’à Sulawesi, les scientifiques ont identifié des œuvres dans quelque 300 grottes en 70 ans. Parmi elles figure la seconde peinture rupestre figurative la plus ancienne au monde, une vignette d’au moins 44 000 ans qui représente l’excitation suscitée par la chasse. On y voit deux humanoïdes mesurant 5 et 10 cm de haut pourchassant des sangliers et des parents de petite taille du buffle d’eau.

Les nombreuses découvertes faites en Indonésie ont conduit les scientifiques à s’interroger sur la période, le lieu et la manière dont les premières lueurs de créativité humaine se sont manifestées. Ils se sont ainsi détournés de la « perspective eurocentrique du monde » qu’ils avaient, selon laquelle de telles peintures raffinées n’ont été réalisées qu’à l’arrivée des humains en Europe, explique Maxime Aubert.

Premières manifestations artistiques

Afin d’en savoir plus sur la période de réalisation de ce gros sanglier, une équipe internationale de chercheurs a eu recours à la méthode de datation par l'uranium-thorium (qui se forme naturellement dans la roche calcaire). Lorsque l’eau s’infiltre dans la grotte, elle dissout des morceaux de calcaire et l’uranium que la roche contient. Les éléments chimiques vont ensuite former des dépôts très fins le long des parois de la grotte. Comme le taux de décomposition de l’uranium en thorium est connu des scientifiques, ces derniers peuvent estimer l’âge minimum de l’œuvre en analysant les quantités relatives de ces deux éléments.

À l’aide d’un petit burin, les chercheurs ont prélevé un amas bosselé de minéraux qui s’était déposé sur la patte arrière du sanglier le plus complet. Les résultats de la datation à l’uranium et au thorium ont indiqué que la peinture avait au moins 45 500 ans. Il se peut également qu’elle soit plus ancienne, car cette méthode de datation n’analyse que les dépôts de minéraux qui se sont formés sur l’œuvre, et non la peinture en elle-même.

Tant que la datation des autres éléments de la scène n’a pas été réalisée, les auteurs de l’étude ne peuvent confirmer si la fresque a été effectuée en une seule fois. L’un des sangliers incomplets présente deux pigments de couleur différents, ce qui pourrait indiquer plusieurs périodes de peinture selon les auteurs de l’étude.

Adhi Agus Oktaviana, co-auteur de l’étude et chercheur au Pusat Penelitian Arkeologi Nasional de Jakarta en Indonésie, confie avoir éprouvé un respect renouvelé pour les artistes anciens au moment de décalquer numériquement les photographies des silhouettes pour l’étude.

« Je trouve que c’est incroyable. Ils savaient parfaitement se servir d’outils pour dessiner, gérer la composition des pans de mur », souligne Adhi Agus Oktaviana, également doctorant à l’université Griffith.

L’archéologue April Nowell est spécialiste du Paléolithique à l’université de Victoria en Colombie-Britannique. Bien qu’elle n’ait pas pris part à l’étude, elle estime que ces premières manifestations artistiques reflètent un changement vital dans la manière dont nos ancêtres communiquaient avec leur environnement et le paysage alentour. « Ils imprègnent leur lieu de vie, de sens, d’importance et peut-être même d’une dimension symbolique », déclare-t-elle.

La nouvelle étude parue dans Science Advances révèle également l’âge d’une autre peinture de sanglier réalisée dans une grotte située non loin, celle de Leang Balangajia 1. Cette œuvre rupestre a été découverte par l’équipe lors d’une expédition en 2018 et a au moins 32 000 ans. La datation des activités humaines sur l’île de Sulawesi avait précédemment été confirmée par la présence d’outils utilisés pour la transformation de l’ocre sur le site voisin de Leang Bulu Bettue. Ces derniers avaient été mis au jour dans des couches de sédiments vieilles d’au moins 40 000 ans.

« Ils utilisaient peut-être ce pigment pour l’art rupestre, mais nous ne sommes pas parvenus à trouver un lien direct entre les [outils] et les peintures elles-mêmes », souligne Adam Brumm. Selon lui, l’existence d’un tel lien est cependant probable au vu du nombre de peintures rupestres à la datation similaire dans la région.

Un développement artistique indépendant

Il n’y a pas si longtemps encore, l’Europe était au cœur de la plupart des discussions portant sur les peintures rupestres raffinées. Les ménageries qui courent sur les parois de la grotte de Chauvet-Pont-d’Arc dans le sud de la France datent d’il y a environ 36 000 ans. Le troupeau de bisons dansant au-dessus de nos têtes dans la grotte d’Altamira dans le nord de l’Espagne a été peint à la même période. Quant aux nombreuses mains tendues et aux disques rouges de la grotte espagnole d’El Castillo, ils auraient plus de 40 800 ans.

Mais tout a changé en 2014, lorsqu’une équipe dont faisaient partie Maxime Aubert et Adam Brumm a annoncé la découverte de peintures rupestres vieilles d’au moins 39 900 ans sur l’île de Sulawesi. Jusqu’alors, les scientifiques pensaient que les œuvres rupestres n’avaient pas plus de 12 000 ans.

« Cela a vraiment mis à mal l’idée selon laquelle l’évolution humaine s’était achevée en Europe », remarque April Nowell. Bien que cette peinture de sangliers soit un tantinet plus ancienne que la précédente détentrice du record, sa découverte donne encore plus d’importance à l’art rupestre de la région.

« Certaines personnes peuvent dire qu’il ne s’agit que d’un autre sanglier, mais là n’est pas la question. Cette fresque exprime un changement comportemental plus conséquent et durable », poursuit la scientifique.

Le nombre grandissant de ce type de découvertes en Indonésie laisse penser qu’un sens artistique complexe s'est développé de manière indépendante en Europe et en Asie, estime Maxime Aubert. Les Hommes étaient peut-être déjà capables de réaliser de telles œuvres d’art lorsqu’ils ont quitté le continent africain et « nous commençons désormais à en retrouver des traces partout où ils sont allés », précise l’archéologue.

La datation de cette peinture rupestre récemment mise au jour contribue également à combler un vide de 20 000 ans dans les données archéologiques, période au cours de laquelle nos ancêtres auraient sauté d’île en île pour se rendre en Australie. Des fouilles récentes menées dans le nord de l’Australie y ont révélé la présence des Hommes modernes il y a au moins 65 000 ans, alors que les preuves d’activité humaine en Indonésie semblent dater de 20 000 ans plus tard.

Un vide chronologique subsiste toujours malgré cette trouvaille. Maxime Aubert considère qu’il n’y a aucune raison de penser que les habitants de Sulawesi ont soudainement commencé à peindre il y a 45 500 ans. Il y a donc fort à parier que d’autres peintures rupestres seront mises au jour.

Adam Brumm est sûr d’une chose : d’autres surprises nous attendent. « Cela montre simplement que de nombreuses peintures rupestres attendent d’être découvertes sur cette île. Elles sont cachées à la vue de tous », conclut-il.

Source : National Geographic du 14/01/2021

La plus ancienne peinture rupestre préhistorique trouvée en Indonésie

Vieille de plus de 45 000 ans selon les chercheurs, une représentation de cochon sauvage a été découverte dans une grotte de Sulawesi, en Indonésie. Peut-être le plus vieil art rupestre du monde.

C’est le plus vieux cochon sauvage connu. Des archéologues de l’Université de Griffith (Australie) ont fait savoir qu’ils avaient découvert une peinture rupestre représentant cet animal vieille de 45.500 ans, lors de recherches menées dans le sud de l’île de Sulawesi, la plus grande et la plus ancienne île de la Wallacea, une zone biogéographique qui sépare l’Asie continentale de l’Australie et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Cette figure peinte à l’ocre rouge est celle d’un cochon verruqueux de Sulawesi (Sus celebensis), un suidé endémique de la région. Son antiquité en ferait la représentation rupestre la plus ancienne datée à ce jour. Par comparaison, les réalisations pariétales de la grotte Chauvet (Ardèche), en France, remonte à 36.000 ans.

Une peinture haute de 54 cm pour 1,36 mètre de long

Dans l’étude publiée dans la revue Science Advances, les chercheurs révèlent que la découverte a été faite en 2017 dans la grotte de Leang Tedongnge, une cavité située dans les massifs karstiques d’une vallée isolée du sud de l’île. Haute de 54 cm pour 1,36 mètre de long, la figure de ce suidé à courtes pattes est représentée avec des excroissances faciales typiques de celles que portent les adultes mâles de l’espèce. En 2019, cette même équipe d’archéologues avait déjà publié des résultats pour une scène d’art rupestre d’au moins 43.900 ans, localisée dans la grotte de Bulu Sipong 4, au cœur de cette même région. On y voyait des personnages hybrides en train de chasser une bande de cochons sauvages.

Des preuves archéologiques de l’ancienneté de la présence humaine dans ces îles océaniques

L’ocre des peintures rupestres ne pouvant être daté directement, les scientifiques ont prélevé des échantillons de calcite (spéléothèmes) qui recouvrent les figures, des dépôts de carbonate de calcium qui se forment naturellement sur la surface des parois rocheuses. Ils en ont ensuite fait l’analyse par la méthode de l’uranium-thorium. C’est ainsi que Maxime Aubert de l’Université de Griffith (Australie), l’auteur des datations et cosignataire de l’article, a pu établir que la peinture figurant en dessous était au moins aussi ancienne que les 45.500 ans d’âge du dépôt de calcite. Parallèlement, des fouilles archéologiques menées dans deux sites d’art rupestre locaux, à Leang Bulu et Leang Burung2, ont révélé, dans des niveaux de sédiments anciens, la présence de pigments et fragments d’ocre de plus de 40.000 ans.

Ces datations très importantes pour l’histoire des premières créations artistiques humaines le sont aussi comme preuves archéologiques de l’ancienneté de la présence humaine dans cette vaste zone d’îles océaniques, porte d’entrée du continent australien, où les Hommes anatomiquement modernes sont arrivés il y a 65.000 ans. Elles comblent des lacunes dans l’histoire des migrations humaines anciennes autant que dans celle de l’art rupestre préhistorique.

Source : Science et Avenir du 14/01/2021

Découverte de la plus ancienne fresque figurative connue au monde

Une équipe d’archéologues annonce la découverte de la plus ancienne fresque figurative connue au monde. Réalisée il y a au moins 45 500 ans en Indonésie, elle dépeint un porc sauvage, fournissant au passage les plus anciennes preuves d’un établissement humain dans la région.

La plus ancienne œuvre d’art figurative jamais créée par les humains représente un porc verruqueux de Célèbes (Sus celebensis), également appelé porc de Sulawesi, une espèce originaire d’Indonésie. Elle a été identifiée en 2017 par l’archéologue Maxime Aubert et son doctorant Basran Burhan, de l’Université australienne de Griffith. Vous la retrouverez dans la grotte de Leang Tedongnge, nichée dans une vallée isolée entourée de falaises et accessible uniquement pendant la saison sèche.

Les agriculteurs locaux connaissaient l’existence de cette grotte depuis longtemps. Toutefois, ils n’avaient encore jamais remarqué la présence du dessin à l’intérieur. « Quand j’ai vu l’oeuvre pour la première fois, j’ai été époustouflé », a déclaré à IFLScience Adam Brumm. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Science Advances.

Une scène narrative

Mesurant 136 par 54 centimètres, cette œuvre a été peinte avec un pigment ocre rouge foncé. On distingue également au moins deux paires de verrues faciales (caractéristiques des mâles adultes de l’espèce), ainsi qu’une bande sombre mi-dorsale qui s’étend de la crête vers la queue.

Vous remarquerez également deux empreintes de mains situées au-dessus de l’arrière-train du porc. On ne les distingue pas réellement de notre point de vue, mais les chercheurs soulignent aussi la présence de deux autres cochons qui ne sont que partiellement conservés. Ils évoquent alors une possible scène narrative. « Le cochon semble observer un combat ou une interaction sociale entre deux autres porcs verruqueux », imagine Adam Brumm.

Au moins 45 500 ans

Grâce à une méthode de datation par l’uranium, les chercheurs ont pu dater un gisement de calcite formé juste au-dessus de la peinture à environ 45 500 ans. Aussi, ils suggèrent que cette œuvre est tout aussi ancienne, voire probablement un peu plus. Avant elle, la fresque figurative la plus ancienne, découverte par la même équipe à Sulawesi, était datée à environ 43 900 ans. Elle représentait un groupe de figures mi-humaines, mi-animales chassant des mammifères.

La capacité de créer de telles œuvres témoigne d’une capacité de pensée complexe et abstraite. Jusqu’à présent, les recherches sur la façon dont ces traits comportementaux et cognitifs ont émergé avaient tendance à se concentrer sur le continent européen, où les archives montrent une explosion de l’art rupestre à partir d’environ 40 000 ans. Toutefois, cette nouvelle découverte remet cette idée en question, suggérant que des traditions artistiques tout aussi remarquables se sont probablement développées quelques milliers d’années plus tôt en Asie, ou plus probablement en Afrique.

Quant à ses auteurs, l’équipe suggère que l’œuvre d’art a été réalisée par Homo sapiens, et non pas d’anciens cousins éteints comme les Denisovans. Nous savons en effet que nos ancêtres sont arrivés en Australie il y a environ 65 000 ans, et qu’ils ont probablement dû traverser les îles indonésiennes pour y parvenir. En revanche, les chercheurs ne peuvent le dire avec certitude.

Source : SciencePost du 14/01/2021

Une peinture de sanglier trouvée dans une grotte d'Indonésie est la plus ancienne connue au monde

Grâce à une datation du dépôt de calcite qui s'est formé dessus, on sait qu'une peinture rupestre de sanglier trouvée en Indonésie a été réalisée il y a plus de 45 500 ans et que c'est donc la plus ancienne connue dans le monde.

Une peinture rupestre découverte par des archéologues en 2017 sur l'île de Sulawesi en Indonésie est la plus ancienne connue dans le monde : cette image à taille réelle d'un sanglier a été réalisée il y a au moins 45 500 ans, selon les datations effectuées. La découverte, décrite dans l'édition de mercredi 13 janvier de la revue Science Advances, fournit également la preuve la plus ancienne d'une présence humaine dans la région.

Un co-auteur de l'article, Maxime Aubert, de l'université Griffith en Australie, a raconté à l'AFP que la peinture avait été découverte sur l'île de Sulawesi en 2017 par Basran Burhan, un étudiant doctorant, dans le cadre de fouilles archéologiques que l'équipe effectuait avec les autorités indonésiennes.

La grotte Leang Tedongnge est située dans une vallée isolée, cernée de falaises calcaires abruptes, et à environ une heure de marche de la route la plus proche. Elle n'est accessible que durant la saison sèche, en raison de crues pendant la saison des pluies. Des membres de la communauté isolée des Bugis ont affirmé à l'équipe que c'était la première fois que des Occidentaux y accédaient.

Un sanglier des Célèbes rouge foncé

Mesurant 54 cm de haut et 1,36 m de large, cette peinture d'un sanglier des Célèbes a été réalisée grâce à un pigment d'ocre rouge foncé. Le sanglier est représenté avec une courte crinière de poils dressés, ainsi qu'une paire d'excroissances faciales ressemblant à des défenses, typiques des adultes mâles de l'espèce.

Deux contours de mains sont visibles au-dessus de la partie arrière du porcin et semblent faire face à deux autres sangliers qui n'ont été préservés que partiellement. Le tout ressemble à une scène narrative. "Le porcin semble observer un combat ou une interaction sociale entre deux autres sangliers", a déclaré un autre co-auteur, Adam Brumm.

Les hominidés ont chassé les sangliers des Célèbes sur l'île de Sulawesi pendant des dizaines de milliers d'années, et ces derniers sont souvent représentés dans l'art préhistorique de la région, particulièrement celui de l'ère glaciaire.

Une découverte qui éclaire l'histoire des migrations

Maxime Aubert, spécialiste de la datation, a identifié un dépôt de calcite qui s'est formé au-dessus de la fresque, puis a utilisé une méthode de datation par uranium pour affirmer que le dépôt était vieux de 45 500 ans. La fresque est donc au moins aussi ancienne "mais elle pourrait être bien plus vieille car la datation que nous utilisons ne date que le calcite" et non la peinture elle-même, a expliqué le chercheur.

"Les gens qui l'ont réalisée étaient complètement modernes, ils étaient comme nous, ils possédaient toutes les capacités et les outils pour réaliser n'importe quelle peinture qu'ils souhaitaient", a-t-il ajouté.

Avant celle-ci, la peinture rupestre la plus ancienne connue avait été découverte par la même équipe, également sur l'île de Sulawesi. Elle représentait un groupe de personnages mi-humains mi-animaux chassant des mammifères, et s'était avérée ancienne d'au moins 43 900 ans. A titre de comparaison, en France les peintures de Lascaux sont datées à près de 20 000 ans et celles de la grotte Chauvet à environ 35 000.

Les fresques de grottes comme celles-ci permettent de combler les trous dans notre connaissance des anciennes migrations humaines. On sait que des populations ont atteint l'Australie il y a près de 65 000 ans, et elles ont probablement dû, auparavant, traverser l'archipel indonésien oriental de Wallacea, dont Sulawesi fait partie.

Les peintures pourraient avoir été réalisées par des Homo sapiens

Le site archéologique représente désormais la preuve la plus ancienne de présence humaine à Wallacea, mais les chercheurs espèrent que des fouilles plus approfondies permettront de démontrer que des peuplades étaient présentes dans la région bien avant, et de résoudre ainsi le mystère du peuplement de l'Australie.

L'équipe pense que la peinture a été réalisée par des Homo sapiens, et non par des espèces humaines aujourd'hui éteintes comme les Dénisoviens, mais elle ne peut l'affirmer avec certitude.

Pour réaliser les contours de main, les artistes préhistoriques ont dû placer leurs mains sur la surface rocheuse avant de cracher des pigments par-dessus. L'équipe espère ainsi pouvoir extraire des échantillons d'ADN d'un reliquat de salive.

Source : FranceInfo du 14/01/2021

La plus ancienne peinture rupestre connue au monde trouvée en Indonésie

Les archéologues ont découvert la plus ancienne peinture rupestre connue au monde – une image grandeur nature d’un cochon sauvage qui a été réalisée il y a au moins 45 500 ans en Indonésie.

La découverte, décrite dans la revue Science Advances mercredi, fournit les premières preuves de l’établissement humain dans la région.

Le co-auteur Maxime Aubert, de l’Université Griffith d’Australie, a déclaré à l’AFP qu’il avait été retrouvé sur l’île de Sulawesi en 2017 par le doctorant Basran Burhan, dans le cadre d’enquêtes menées par l’équipe auprès des autorités indonésiennes.

La grotte Leang Tedongnge est située dans une vallée isolée entourée de falaises calcaires abruptes, à une heure de marche de la route la plus proche.

Il n’est accessible que pendant la saison sèche en raison des inondations pendant la saison des pluies, et des membres de la communauté isolée de Bugis ont déclaré à l’équipe que les Occidentaux ne l’avaient jamais vu auparavant.

Mesurant 136 cm sur 54 cm, le porc verruqueux de Sulawesi a été peint avec un pigment ocre rouge foncé et a une courte crête de poils dressés, ainsi qu’une paire de verrues faciales en forme de corne caractéristiques des mâles. adultes de l’espèce.

Il y a deux empreintes de mains sur l’arrière-train du cochon, et il semble être devant deux autres cochons qui ne sont que partiellement conservés, dans le cadre d’une scène narrative.

“Le cochon semble observer un combat ou une interaction sociale entre deux autres porcs verruqueux”, a déclaré le co-auteur Adam Brumm.

Les humains ont chassé les cochons verruqueux de Sulawesi pendant des dizaines de milliers d’années, et ils sont une caractéristique clé des œuvres d’art préhistoriques de la région, en particulier pendant la période glaciaire.

Aubert, un spécialiste des datations, a identifié un gisement de calcite qui s’était formé sur le dessus du tableau, puis a utilisé un isotope datant de la série uranifère pour dire avec certitude que le gisement avait 45 500 ans.

Cela rend la peinture au moins aussi ancienne, “mais elle pourrait être beaucoup plus ancienne car la datation que nous utilisons ne date que de la calcite sur le dessus”, a-t-il expliqué.

“Les gens qui l’ont fait étaient complètement modernes, ils étaient comme nous, ils avaient toutes les compétences et tous les outils pour faire ce qu’ils voulaient”, at-il ajouté.

La peinture d’art rupestre datée précédemment a été trouvée par la même équipe à Sulawesi. Il représentait un groupe de figures en partie humaine et en partie animale chassant des mammifères, et il a été constaté qu’il avait au moins 43 900 ans.

Les peintures rupestres comme celles-ci aident également à combler les lacunes dans notre compréhension des premières migrations humaines.

On sait que les gens sont venus en Australie il y a 65 000 ans, mais ils auraient probablement dû traverser les îles d’Indonésie, connues sous le nom de “Wallacea”.

Ce site représente maintenant la plus ancienne preuve d’humains à Wallacea, mais des recherches supplémentaires devraient aider à montrer que les gens se trouvaient dans la région beaucoup plus tôt, ce qui résoudrait le puzzle des colonies australiennes.

L’équipe pense que l’œuvre d’art a été réalisée par homo sapiens, contrairement aux espèces humaines aujourd’hui éteintes comme les Denisoviens, mais je ne peux pas le dire avec certitude.

Pour faire des empreintes de mains, les artistes devraient placer leurs mains sur une surface, puis cracher du pigment dessus, et l’équipe espère essayer d’extraire des échantillons d’ADN de la salive résiduelle.

Source : Cosmosonic du 14/01/2021

Cette fresque a été peinte il y a plus de 45.000 ans !

En Indonésie, sur l'île de Sulawesi, des archéologues australiens ont découvert le plus ancien dessin fait de la main d'Homo sapiens connu à ce jour. Il s'agit d'un sanglier des Célèbes qui date d'au moins 45.500 ans.

En Indonésie, dans une vallée isolée de l'île de Sulawesi, située à une heure de marche de la première route et seulement accessible durant la saison sèche, se cache la grotte de Leang Tedongnge. Lors d'une expédition menée en 2017, deux archéologues australiens de l'université de Griffith dans le Queensland et leurs homologues indonésiens ont découvert des animaux peints sur les murs de Leang Tedongnge, notamment des sangliers des Célèbes (Sus celebensis), une espèce encore vivante aujourd'hui.

À la suite de la datation par l'uranium-thorium des pigments minéraux ayant servi au traçage du dessin, il apparaît qu'un de ces cochons à défense est la peinture préhistorique la plus ancienne connue de l'île de Sulawesi, et la plus ancienne au monde ! Elle a été peinte par Homo sapiens il y a au moins 45.500 ans. Les détails de cette incroyable découverte sont parus dans Science Advances.

Le sanglier des Célèbes, le plus ancien sujet dessiné par Homo sapiens

Les scientifiques ne savent pas précisément quand l'Homme moderne est arrivé en Asie du Sud-Est, il est couramment admis qu'il a fait ses premiers pas dans cette région entre -73.000 et -63.000 ans. Son arrivée sur l'île de Sulawesi est un peu plus récente, estimée entre -69.000 et -59.000 ans. La découverte du dessin du sanglier des Célèbes atteste de la présence d'Homo sapiens il y a au moins 45.500 ans. Surnommé cochon 1, il mesure 136 centimètres de long sur 54 centimètres de haut et est accompagné de deux autres cochons aux dimensions similaires. Les archéologues ont identifié un quatrième dessin, plus abîmé, qui semble aussi représenter un sanglier des Célèbes.

Ces animaux semblent avoir été peints en train d'interagir entre eux : « Le cochon semble combattre ou avoir une interaction sociale avec les deux autres », indique Adam Brunn, l'un des auteurs de l'étude. Lors d'une seconde expédition menée en 2018, les archéologues ont exploré la grotte de Leang Balangajia, située dans la même vallée. Sur le plafond de celle-ci, il y a également un dessin de cochon de 187 centimètres sur 110 centimètres, identifié comme étant un sanglier des Célèbes. Ce dernier est plus récent que celui de Leang Tedongnge, il date d'au moins 32.000 ans.

Des Hommes et des cochons

Que sait-on des Hommes qui ont représenté ces animaux ? Martin Aubert, qui s'est chargé des datations, explique : « Les personnes qui les ont faits étaient complètement modernes, ils étaient juste comme nous, ils avaient toutes les capacités et tous les outils pour peindre ce qu'ils voulaient. » Apparement, ils aimaient beaucoup les cochons puisque c'est l'animal le plus représenté dans les grottes de Sulawesi, ce qui témoigne de leur importance dans leur vie, probablement comme source de nourriture.

L'équipe qui a mené ce travail n'en est pas à son coup d'essai, puisqu'il s'agit de la même qui avait découvert la plus ancienne scène de chasse. Elle espère maintenant découvrir des peintures encore plus âgées, d'environ 65.000 ans, pour apporter des preuves concrètes de la présence d'Homo sapiens dans la région à cette époque. Des artéfacts faits en pierre ont été découverts sur l'île de Sulawesi, mais ces derniers datent d'entre -194.000 et -118.000 ans et ne sont donc pas l'œuvre d'Homo sapiens, mais celle d'une espèce plus archaïque aujourd'hui disparue.

Source : Futura Sciences du 14/01/2021

mardi 12 janvier 2021

À quoi servait l'art pariétal ?

Neandertal peut-il avoir été l'auteur de peintures rupestres ?

Pendant des dizaines de milliers d'années, les humains de la préhistoire ont orné les parois de grottes et abris-sous-roche. Quelle signification donner à ces créations apparues au paléolithique supérieur ? Éléments de réponse avec la préhistorienne Carole Fritz et l'archéo-anthropologue australien Bruno David.

Sciences et Avenir : Pourquoi les sociétés du paléolithique supérieur se sont-elles soudain mises à orner les parois des grottes et abris-sous-roche ?

Carole Fritz : Le phénomène est multifactoriel. Je suis une fervente partisane de l'interprétation mythologique des dessins du paléolithique supérieur en Europe occidentale. Nous sommes un certain nombre à penser que ce besoin est né d'une maturation sociale et cognitive d' Homo sapiens aux alentours de -38 000/-40 000 ans. Les humains ont ressenti la nécessité d'inscrire en images leur mythologie sur les parois rocheuses. Et ces mythes ont organisé le fait social.

Bruno David : Ces représentations sociales, avec leur symbolisme, sont en effet toujours situées dans des cosmologies. Carole parle de mythes, moi, de cosmologie.

mardi 8 décembre 2020

“La Chapelle Sixtine des anciens” : des dessins préhistoriques découverts en Amazonie

C’est une découverte majeure qu’a faite un groupe d’archéologues britanno-colombiens en plein cœur de la forêt Amazonienne. Des milliers de dessins peints durant la préhistoire ont été mis au jour. Ils seront relevés au public prochainement dans un documentaire.

C’est dans le parc national de Chiribiquete, non loin de la capitale colombienne, qu’une équipe d’archéologue a découvert, l’année dernière, l’impensable. Sur les parois des falaises, huit kilomètres murs, couverts de peintures préhistoriques, les attendaient. Une œuvre magistrale qui a été renommée “la Chapelle Sixtine des anciens.”

Peintes avec des pigments rouge vif et orange, ses esquisses sont le témoignage artistique mais surtout historique des premiers hommes de la région. Situés parfois à des hauteurs extrêmes, on découvre des dessins de scènes de la vie quotidienne comme la chasse ou la cueillette, mais aussi des figures humaines et l’empreinte de leurs mains. Les animaux peints, comme le mastodonte, un parent préhistorique de l’éléphant disparu durant la période de l’ère glaciaire, permettent de dater les dessins d’au moins 12 000 ans.

Même si les archéologues ne peuvent pas encore formellement attribuer ces peintures rupestres à un groupe en particulier, ils pensent qu’elles ont été faites par l’une des deux principales tribus indigènes présentes en Amazonie depuis des milliers d’années : les Yanomami et les Kayapo. Ces tribus seraient des descendants de la première vague de migrants sibériens, qui auraient rejoint l’Amazonie par le pont terrestre de Béring, il y 17 000 ans.

L’équipe à l’origine de cette découverte est composée d’archéologues de l’Université Nationale de Colombie et de l’Université d’Exeter, en Angleterre. Elle a été financée par le Conseil Européen de la Recherche dans le cadre du projet Last Journey, qui a pour but de déterminer à quel moment les premiers Hommes se sont installés en Amazonie et quel a été leur impact sur la biodiversité de la région.

Une telle découverte récompense beaucoup d’années de travail et de courage. Le site étant vraiment en plein cœur de la Colombie, il a fallu que l’équipe de recherche conduise deux heures dans la forêt avant de continuer à pied pendant quatre heures pour l’atteindre. Au cours de leur escapade périlleuse, les archéologues se retrouvés nez-à-nez avec certains des prédateurs les plus dangereux de la région. Ils se souviennent par exemple de leur rencontre avec “le maître de la brousse”, la vipère la plus meurtrière d’Amérique. La seule option pour l’équipe était de passer devant le serpent en priant très fort pour ne pas être attaqués, parce qu’ils savaient que s’ils se faisaient mordre, il y avait très peu de chance d’arriver à temps à l’hôpital.

Mais les risques encourus valaient tous le coup, d’après le professeur Jose Iriarte, à la tête de l’expédition. Il a partagé son émotion au magazine The Observer : ” Quand vous êtes là, vos émotions coulent… Nous parlons de plusieurs dizaines de milliers de peintures. Il faudra des générations pour les enregistrer… À chaque tour que vous faites, c’est un nouveau mur de peintures. “ L’archéologue est d’ailleurs convaincu que la région n’a pas encore dévoilée tous ses secrets et il espère pouvoir reprendre les fouilles avec son équipe dès que la pandémie se sera un peu calmée.

Si cette trouvaille a été gardée secrète jusqu’à maintenant c’est parce qu’elle va faire l’objet d’une série documentaire inédite. Intitulée “Jungle Mystery : Lost Kingdom of Amazon”, la série sera disponible sur la chaine britannique Channel 4 à partir du mois de décembre.

“La Chapelle Sixtine des anciens” est une découverte fascinante, pleine de secrets, qui devrait occuper les archéologues sur place probablement pour quelques années encore.

Source : Beware du 02/12/2020

samedi 5 décembre 2020

Une « Chapelle Sixtine des anciens » découverte en Amazonie

Au cœur de la forêt amazonienne, loin de toute civilisation, des milliers de dessins peints durant la préhistoire sont parvenus jusqu'à nous. Découverte par une équipe d'archéologues britanno-colombienne, cette « Chapelle Sixtine des anciens » se dévoilera au monde dans un tout prochain documentaire.

C'est une véritable machine à remonter le temps qui se cachait dans la forêt amazonienne en Colombie. Sur les parois rocheuses de la Serranía de La Lindosa, des archéologues ont découvert plusieurs milliers de dessins, peints avec un pigment rouge vif, qui témoignent de la vie et de la vision du monde des premiers humains à s'établir dans la région. L'ensemble des parois rocheuses décorées a été surnommé « La Chapelle Sixtine des anciens ».

Des dessins vieux de 12.000 ans

Les archéologues de l'Universidad Nacional de Colombia et de l'Université d'Exeter, à l'origine de cette découverte, estiment que ces peintures datent d'entre 12.600 et 11.800 ans. Ils se sont basés sur les animaux peints : des créatures qui ressemblent aux paresseux géants, aux mastodontes ou encore à des camélidés. Ces animaux maintenant éteints composaient la mégafaune du dernier épisode glaciaire. Les peintures décrivent aussi des scènes de chasse, des hommes interagissant avec des plantes ou des animaux, des figures humaines et l'empreinte de leur main.

Certains dessins ont été faits en hauteur, ce qui suggère que leurs auteurs ont sûrement dû fabriquer des échelles avec du bois de la forêt

L'étude du sol a permis aux archéologues d'en savoir un peu plus sur les Hommes qui ont vécu dans ces abris rocheux. Ces communautés ancestrales étaient composées de chasseurs-cueilleurs qui pêchaient dans la rivière située à proximité des abris. Des restes de piranhas, d'alligators, de serpents ou encore de capybaras ont été extraits du sol de l'abri.

Cette découverte a été faite dans le cadre du projet Last Journey qui cherche à savoir quand les premiers Hommes se sont installés en Amazonie et leur impact sur la biodiversité de la région. Elle est détaillée dans une publication parue dans Quartenary International, le 29 avril 2020.

En a. un paresseux géant, en b. un mastodonte, en c. un camélidé, en d. et en e. des chevaux, en f. peut-être un macrauchéniides

Si elle n'est partagée que maintenant, c'est parce qu'elle est le sujet principal d'une série documentaire qui sera présentée sur Channel 4, une chaîne publique britannique, durant le mois de décembre, sous le nom de « Jungle Mystery : Lost Kingdom of Amazon ». Le premier épisode sera diffusé le 5 décembre et le second le 12 décembre.

Source : Futura Sciences du 01/12/2020

mardi 16 juin 2020

Le plus vieux dessin du monde découvert en Afrique du Sud

Il s’agit du plus ancien exemplaire connu de dessin abstrait réalisé au crayon d’ocre. Découvert sur un fragment de roche dans la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, il renouvelle notre connaissance de l’usage symbolique des signes par les premiers Homo sapiens.

De prime abord, l’objet ne paie pas de mine : un fragment de roche portant sur un côté neuf traits de couleur formant un croisillon. Découvert sur le site de la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, il a été prélevé dans une couche archéologique datée de 73 000 ans avant notre ère, en même temps que différents outils lithiques et d’autres témoignages de la vie des anciens occupants du lieu. Il fallait toute l’expérience d’un archéologue pour déceler dans ce morceau de roche sans prétention la promesse d’une découverte exceptionnelle…

Fragment de silcrète portant sur l’une de ses faces un dessin composé de neuf lignes tracées au crayon d’ocre

De fait, ce motif, tracé au crayon d’ocre, constitue dorénavant le plus ancien exemplaire connu de dessin abstrait. La découverte, qui nous ramène aux sources de l’art et de la représentation, vient d’être confirmée par une étude du laboratoire Pacea (CNRS/Université de Bordeaux/Ministère de la Culture) et du laboratoire Traces (CNRS/Université Toulouse – Jean Jaurès/Ministère de la Culture), parue il y a seulement quelques heures.

Dessin ou gribouillage ?

Les analyses chimiques et microscopiques des pigments ont tout d’abord démontré que ces lignes étaient bien de main d’homme et qu’elles avaient été tracées volontairement, sur une surface préalablement polie de la roche. Il y a donc bien une intention à l’œuvre dans cette représentation symbolique dont on ignore cependant la signification. Le site de la grotte de Blombos, fouillé depuis le début des années 1990 par des équipes norvégiennes et sud-africaines, a livré en 2011, dans la même couche archéologique, un morceau d’ocre gravé d’un motif de croisillon similaire. La reproduction d’une même forme sur différents supports témoigne de la capacité des premiers Homo sapiens à la symbolisation, c’est-à-dire à la représentation d’une réalité, abstraite ou concrète, à l’aide de symboles, qu’il s’agisse aussi bien d’images mentales que de signes graphiques.

Morceau d’ocre gravé d’un motif abstrait découvert dans la grotte de Blombos, dans la même couche archéologique qui a livré le fragment de silcrète portant le dessin

Du spirituel dans l’art… préhistorique

Pendant longtemps, les chercheurs ont considéré que les premiers symboles étaient apparus vers – 40 000, au moment où les premiers hominidés ont colonisé les territoires européens. Puis des exemples de motifs abstraits datés du Paléolithique ont été découverts dans plusieurs sites d’Afrique, d’Asie ou d’Europe. La plus ancienne gravure connue à ce jour, un zigzag incisé sur une moule d’eau douce, a notamment été découverte à Trinil, sur l’île de Java, dans des couches archéologiques datant de 540 000 ans.

Différents sites de fouilles africains ont également révélé l’existence d’objets de parure incisés, datés entre 120 000 et 70 000 ans avant notre ère. Mais il s’agit cependant uniquement de témoignages gravés. Pour ce qui concerne le dessin, les plus anciens exemplaires avaient été découverts dans des sites à datation bien plus récente, comme la grotte Chauvet (France), la grotte d’El Castillo (Espagne), la grotte Apollo 11 (Namibie) ou encore celle Maros caves (Indonésie).

Le fragment découvert à Blombos témoigne donc d’une utilisation bien plus ancienne de la technique du dessin pour traduire des représentations abstraites. En 2011, l’équipe de fouilles avait déjà mis au jour une véritable trousse d’artiste abritant notamment des coquilles d’escargots contenant des résidus de peinture riches en ocre. La grotte de Blombos peut dorénavant être considérée comme le lieu de naissance du dessin, une forme d’art nouvelle apparue il y 73 000 ans.

Source : Connaissance des Arts du 14/06/2020