vendredi 31 juillet 2015

Une dent trouvée à Tautavel devient «le plus vieux reste humain de France»

DÉCOUVERTE Ce vestige humain, âgé de 550 000 ans, est bien plus vieux que les os et crânes humains déjà découverts dans cette grotte des Pyrénées-Orientales.


C’est par un tweet que le musée de Tautavel a annoncé la nouvelle hier : «Découverte. Une dent de 550 000 ans, le plus vieux reste humain trouvé en France.» Ce vestige absolument exceptionnel a été mis au jour dans la Caune de l’Arago, site archéologique situé aux environs de Perpignan (Pyrénées-Orientales).

Les fouilles ont commencé dans les années 1960 à la grotte de Tautavel, qui surplombe les gorges du Verdouble. Juste au-dessus de la rivière, proche d’un gué où passaient de délicieux herbivores, c’était un abri de rêve pour les chasseurs-cueilleurs du Pléistocène moyen, période de la préhistoire courant entre -781 000 ans et -126 000 ans.

Plus spécifiquement, l’homme préhistorique qui habitait la grotte il y a 300 000 à 450 000 ans a été nommé «homme de Tautavel» après la découverte par l’archéologue Henry de Lumley et son équipe de dizaines de fragments fossiles, provenant notamment de crânes. La star des restes humains porte le surnom d’Arago 21 : c’est un crâne remarquablement complet, sorti en 1971 et complété en 1979 par un os pariétal qui s’y emboîtait à la perfection, comme dans un puzzle. A l’époque de leur découverte, ils marquaient à -450 000 ans les plus anciennes preuves d’une présence d’hominidés en France.



La Caune de l’Arago est toujours fouillée chaque été. Outre des kilos de restes d’animaux des climats froids et des outils en pierre, les travaux de ces dernières années ont permis de mettre au jour des mandibules humaines (os de la mâchoire inférieure), un humérus, un fémur et un péroné, puis une incisive l’an dernier… Les trouvailles dépendent de la strate fouillée. Principe de base en archéologie : plus c’est profond, plus c’est vieux.

«Cette année, les niveaux les plus anciens en cours de fouille correspondent à une période froide, sèche, ventée, d’environ 560 000 ans», explique le site de Tautavel dans un communiqué. A cette époque, «les chasseurs acheuléens ont abandonné dans la grotte les restes de leurs repas : chevaux, rennes, bisons, rhinocéros, mouflons… Ces niveaux d’occupation sont jonchés d’ossements d’animaux désarticulés, fracturés et de pierres taillées utilisées sur place. Or, jeudi, c’est une dent humaine qui est apparue parmi ces vestiges.»

D’un âge estimé à 560 000 ans, elle est donc 100 000 ans plus vieille que les premières traces de l’homme de Tautavel dont on disposait. D’où le caractère exceptionnel de sa découverte. C’est une incisive inférieure centrale, provenant d’un corps d’adulte, bien usée. «Cette dent permettra aux chercheurs, via l’étude des caractères internes par imagerie 3D entre autres, de mieux caractériser la morphologie des premiers européens», précise-t-on à Tautavel. Sur place, les fouilleurs bénévoles espèrent bien dégager d’autres fossiles du même type cachés derrière la dent. L’excitation est à son comble.

Source : Libération du 28/07/2015

Une dent humaine de 560 000 ans découverte à Tautavel

De jeunes archéologues bénévoles français ont découvert la semaine dernière à Tautavel, dans le sud-est de la France, une dent d'un individu adulte qui vivait il y a 560 000 ans, ce qui constitue une «découverte majeure», selon les chercheurs sur place.

L'incisive, dont on ne sait si elle appartenait à un homme ou une femme, date de 560 000 ans environ, soit 100 000 ans environ avant le célèbre Homme de Tautavel, âgé de 450 000 ans et retrouvé sur le même site, a expliqué mardi à l'AFP la paléoanthropologue Amélie Viallet.

«C'est une découverte majeure parce qu'on a très peu de fossiles humains à cette période-là en Europe», a-t-elle souligné, hormis la mandibule de Mauer, découverte en 1907 en Allemagne et datée autour de 600 000 ans.

«On avait déjà trouvé l'an dernier, en juin, une dent dans ce même carré qui date de 560 000 ans», rappelle Tony Chevalier, autre paléoanthropologue au Centre de recherches de Tautavel.

Mais cette découverte, qui était alors passée inaperçue, n'enlève rien à la trouvaille de la semaine dernière, et vient au contraire la conforter. «Cela pourrait être les dents d'un même individu adulte», selon la paléoanthropologue Marie-Antoinette de Lumley. «C'est prometteur, on attend la mandibule», espère Christian Perrenoud, le responsable des fouilles.

Le site de Tautavel, un village proche de Perpignan, est l'un des plus importants gisements préhistoriques du monde.

Sur ce site - fouillé depuis 50 ans par des milliers de bénévoles du monde entier -, plus de 140 restes de squelette de «l'homme de Tautavel», un pré-néandertalien vivant il y a 450 000 ans, avaient déjà été découverts.

Jeudi après-midi, la dent humaine a été découverte par deux jeunes bénévoles français, Camille, 16 ans, et Valentin, âgé d'une vingtaine d'années, qui travaillent au pinceau sur un carré de fouilles, a relaté Mme Viallet.

Cette dent et celle découverte l'an dernier sont «des éléments extrêmement importants, car on se rapproche de l'origine de l'espèce», a déclaré à l'AFP Tony Chevalier. Elles vont «contribuer à éclaircir un peu le débat» qui fait actuellement rage sur l'Homo Heidelbergensis, l'ancêtre de l'Homme de Néandertal, explique-t-il.

«L'Homo Heidelbergensis est-il simplement européen ou également africain? C'est un débat très important», ajoute-t-il.

La dent retrouvée la semaine dernière, qui date de 560.000 ans, «rappelle ce qu'on a déjà sur l'espèce et qui date de 450 000 ans». «Donc, on peut dire que cette espèce se prolonge dans le temps. Si on trouve une mandibule entière, on pourra dire s'il y a eu une évolution ou non», explique-t-il.

«À Tautavel, on a une présence humaine qui va probablement jusqu'à 690 000 ans, ce qui dépasse l'origine de l'espèce», l'Homo Heidelbergensis remontant entre 600 et 650 000 ans, selon M. Chevalier.

«Pour être franc, je suis très curieux de savoir ce qu'ils entendent par ''découverte majeure''. Cela mérite une explication», confie pour sa part à l'AFP Matthew Skinner, paléoanthropologue à l'Université du Kent (Grande-Bretagne).

«Si c'est simplement parce qu'il n'y a que très peu de fossiles humains de cette période en Europe, c'est vrai, mais je ne dirais pas que retrouver une seule dent constitue une découverte majeure, malheureusement», ajoute-t-il.

Source : La Presse du 28/07/2015

jeudi 30 juillet 2015

La dent de Tautavel est le plus vieux reste humain jamais trouvé en France

Cette dent de 550 000 ans, découverte par deux apprentis archéologues dans les Pyrénées orientales, appartenait probablement à un pré-néandertalien. Elle pourrait livrer de précieuses informations sur une période encore pauvre en fossiles humains.

Un sacré coup de vieux ! C'est une découverte qui nous ramène à l'aube de l'humanité. Une équipe de fouilles a mis à jour à Tautavel, petit village des Pyrénées-Orientales, une dent d'adulte vielle d'au moins 550 000 ans. Ce qui fait de cette incisive fossilisée le plus vieux reste humain jamais trouvé en France.

Ce sont deux jeunes bénévoles, qui ont fait la trouvaille, jeudi 23 juillet, en fin d'après-midi, dans la Caune de l'Arago, célèbre grotte qui surplombe le Verdouble. Camille et Valentin, 16 et 20 ans, y fouillent depuis plusieurs jours un petit carré de terre daté de 550 000 avant Jésus-Christ. «Une heure avant j'avais trouvé des dents de cervidés, qui ressemblent beaucoup à celles des humains. Alors, quand Valentin a sorti la dent du sol, je n'ai pas vraiment réalisé» raconte la jeune fille.

«Lorsque Camille m'a apporté la dent, tout de suite, j'ai eu un choc, raconte Amélie Vialet, paléoanthropologue et chef des fouilles, c'est vraiment une grande émotion, l'espace-temps se réduit et on se sent presqu'en communion avec ces hommes qui vivaient il y a plus de 500 000 ans.» Étonnante coïncidence: la mère de l'adolescente avait participé à la campagne de 1979, lors de laquelle avaient été mis à jour des fragments du crâne d'un premier «homme de Tautavel», un Néandertalien qui foulait le sol français il y a 450 000 ans.

La dent trouvée la semaine dernière, une incisive latérale droite, appartient à un prédécesseur plus âgé de 100 000 ans. «L'année dernière nous avions trouvé, dans la même parcelle, une incisive latérale gauche. À l'époque nous avions choisi de ne pas prévenir les médias. Il se peut que ces dents appartiennent au même individu. En tous cas, ça laisse augurer de la richesse en restes humains qu'abrite cette couche de sédiments», explique la scientifique.

Une victime du cannibalisme ?

«C'est une découverte d'autant plus importante qu'on a très peu de données fossiles pour cette période de la Préhistoire», relève Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France. La dent pourrait livrer de précieux renseignements sur le régime alimentaire de son propriétaire. Pour l'instant, son état d'usure extérieur indique que ce régime était plutôt abrasif, mais aussi que l'individu se servait de sa dentition comme d'un outil, pour mâcher le cuir ou couper des tendons.

Amélie Vialet compte sur de prochaines découvertes qui, mises en parallèle avec les restes exhumés dans les années 1970, pourraient éclairer l'évolution de ce très lointain cousin de l'homme moderne. «Nous avons affaire à des individus qui ont vécu au même endroit, à 100 000 ans de différence, mais à chaque fois en période glaciaire. L'idée c'est de suivre leur évolution, et surtout de voir si on a affaire à la même lignée ou à deux groupes différents.» Pascal Picq souligne également que l'homme de Tautavel découvert dans les années 1970, et celui auquel appartient la dent retrouvée, «se situent chronologiquement de part et d'autre de la dichotomie génétique entre deux espèces, homo heidelbergensis et Néandertal».

La Caune de l'Arago formait un poste d'observation privilégié pour le chasseur-cueilleur préhistorique. «Ils arrivaient avec leur proie, les désarticulaient, les écorchaient, et laissaient les ossements», raconte Amélie Vialet. La présence de restes humains interroge, car à cette époque les morts ne sont pas encore enterrés. «Le traitement subi par les ossements trouvés dans les années 1970, identique à celui des restes d'animaux, nous permet de penser qu'ils ont été victime de cannibalisme. Pour les dents nous ne pouvons pas l'affirmer, mais c'est l'une des questions auxquelles nous espérons répondre: pourquoi trouve-t-on des restes humains dans les poubelles de la préhistoire?»

Source : Le Figaro du 28/07/2015

L’agriculture serait-elle apparue il y a 23.000 ans ?

Des plantes céréalières pourraient avoir été cultivées dès moins 23.000 ans, en Israël, reportant de 11.000 ans les prémices de l’agriculture.

MILLÉNAIRES. C’est sur les rives du lac de Tibériade, en Galilée, dans le nord d’Israël, que les hommes auraient, pour la première fois, tenté de cultiver des céréales sauvages il y a 23.000 ans… soit 11.000 ans plus tôt que ne le pensaient jusqu’à lors les archéologues ! Un bon impressionnant dans le temps qui fait reculer de façon spectaculaire l’apparition de l’agriculture… et qui vaudra sans doute la révision de tous les manuels de préhistoire si cette découverte était confirmée.

Le Croissant Fertile au Moyen Orient, a toujours été considéré comme le "berceau de la civilisation". C’est là en effet, au Levant, quelque part entre l’actuelle Turquie, la Syrie, l’Irak et Israël que nos ancêtres chasseurs-cueilleurs se sont sédentarisés et où sont apparues les premières grandes communautés agricoles, qui ont conduit à ce que les chercheurs appellent la "révolution néolithique" il y a environ 12.000 ans. Mais en fouillant un ancien campement préhistorique de chasseurs-cueilleurs-pécheurs (Ohalo II), un groupe d’archéologues et de botanistes des universités de Bar-Ilan, Haïfa, Tel-Aviv, Ben Gourion (Israël) et de Harvard (Etats-Unis) ont découvert des vestiges d’orge et de blé cultivés il y a 23 000 ans, comme le rapporte la revue PLOS One.

De quoi remettre toute la chronologie en question… Plusieurs campagnes de fouilles archéologiques menées dans cette région par Dani Nadel, de l’Université d’Haïfa (Israël) y ont en effet mis au jour six abris, une tombe, une importante collection de restes d’animaux, des parures de coquillages, des outils de pierre taillés - dont des lames de faucilles parmi les plus anciennes trouvées à ce jour - et surtout des vestiges de nombreuses plantes comestibles. Ce site, découvert en 1989 à 9 km au sud de l’actuelle ville de Tibériade, avait été mis au jour lors d’une baisse significative du niveau des eaux du lac au cours d’un grave épisode de sécheresse.

Selon le Professeur Ehud Weiss, de l’université Bar Ilan, un des auteurs de la publication, ces restes organiques ont été conservés dans un état exceptionnel, car ils ont été brûlés et scellés par les sédiments lacustres. C’est ainsi que plus de 140 espèces de plantes ont pu être identifiées parmi les milliers de vestiges végétaux recueillis. Une aubaine pour les scientifiques, qui ont pu alors étudier la façon dont ces céréales avaient été semées, récoltées et utilisées. Parmi celles-ci figuraient de nombreuses graines d’amidonnier sauvage (un ancêtre du blé, Triticum), de l’avoine et de l’orge. La présence sur le site d’une meule rudimentaire montre que certains grains ont été broyés pour faire de la farine.

MAUVAISES HERBES. Parmi les céréales étudiées se trouvaient également 13 "proto-mauvaises herbes", ces plantes adventices ancêtres des mauvaises herbes actuelles. Particularité : Elles prospèrent uniquement dans des champs où des plantes sont cultivées, ce qui est pour les botanistes un indice supplémentaire de culture céréalière ayant entraîné une perturbation humaine de l’écosystème naturel environnant Ohalo II.

Une découverte "unique"

Cela signifie-t-il pour autant que l’agriculture a débuté il y a 23.000 ans ?Pour les chercheurs, il convient de rester prudent. "Ce qui a été découvert à Ohalo II est pour l’instant unique, précise Georges Willcox, archéobotaniste, directeur de recherche au CNRS, (Laboratoire Archéorient), spécialiste des restes végétaux du début du Néolithique (entre 11 500 et 10 000 ans avant notre ère). Il s’agit de premières tentatives de cultures de plantes par de petites communautés". L’agriculture à grande échelle se serait bien développée beaucoup plus tard, vers 11 000 ans. Cette invention (avec l’élevage) a modifié tous les comportements humains et a été un des événements les plus décisifs de l’histoire de l’humanité, l’homme commençant alors pour la première fois à vouloir dominer la nature.

Source : Sciences et Avenir du 28/07/2015

mercredi 29 juillet 2015

Une dent humaine de 560 000 ans découverte dans les Pyrénées

Selon les archéologues français qui ont trouvé la dent à Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales, il s'agit d'une découverte majeure

De jeunes archéologues bénévoles français ont découvert la semaine dernière à Tautavel (Pyrénées-Orientales) une dent humaine de 560 000 ans. Soit 100 000 ans plus vieille que le célèbre Homme de Tautavel.

"Une grosse dent d'adulte - d'homme ou de femme, on ne peut pas le dire - a été trouvée pendant des fouilles dans un niveau de sol dont on sait qu'il remonte à 550 000 ans, parce qu'on a utilisé de nombreuses méthodes de datation différentes", a expliqué mardi la paléoanthropologue Amélie Viallet. "C'est une découverte majeure parce qu'on a très peu de fossiles humains à cette période-là en Europe", a-t-elle commenté.

Une pièce du puzzle "Néandertal"

"C'est une pièce du puzzle qui nous manquait pour contribuer à répondre à la question cruciale : est-ce que l'homme de Néandertal, à 120 000 ans, provient d'une lignée unique ?", a ajouté la paléoanthropologue qui travaille au centre de recherches de Tautavel et est également maître de conférence au Muséum naturel d'histoire à Paris.

La trouvaille a été faite dans la grotte ou "caune" de l'Arago, près du village de Tautavel, à 34 km au nord-ouest de Perpignan, considérée comme un poste d'observation idéal pour les chasseurs de la Préhistoire. Il s'agit de l'un des plus importants gisements préhistoriques du monde.


Sur ce site - fouillé depuis 50 ans par des milliers de bénévoles du monde entier -, plus de 140 restes de squelette de "l'homme de Tautavel", à 450 000 ans, avaient déjà été découverts.

Selon le Midi Libre, jeudi après-midi, la dent humaine a été découverte par deux jeunes bénévoles français, Camille, adolescente de 16 ans, et Valentin, âgé d'une vingtaine d'années, qui travaillent au pinceau sur un carré de fouilles.

Un débat qui fait rage

Cette dent et celle découverte l'an dernier sont "des éléments extrêmement importants car on se rapproche de l'origine de l'espèce", a déclaré de son côté Tony Chevalier. Elles vont "contribuer à éclaircir un peu le débat" qui fait actuellement rage sur l'Homo Heidelbergensis, l'ancêtre de l'Homme de Néandertal, explique cet expert de l'Université de Perpignan. "L'Homo Heidelbergensis est-il simplement européen ou également africain ? C'est un débat très important" auquel contribue Tautavel, ajoute-t-il.

La dent retrouvée la semaine dernière "rappelle ce qu'on a déjà sur l'espèce et qui date de 450 000 ans". "Donc, on peut dire que cette espèce se prolonge dans le temps. Si on trouve une mandibule entière, on pourra dire s'il y a eu une évolution ou non", explique-t-il, anticipant d'autres découvertes à venir.

Le site de fouilles de Tautavel n'a en effet pas fini de livrer ses secrets. "On a l'espoir de trouver d'autres restes. A Tautavel, on a une présence humaine qui va probablement jusqu'à 690 000 ans, ce qui dépasse l'origine de l'espèce", l'Homo Heidelbergensis remontant entre 600 et 650 000 ans, selon lui.

L'expert n'a qu'un regret : que la dent retrouvée soit une incisive inférieure. "Ce n'est pas l'élément le plus important. Ce sont des dents très simples et avec peu de caractéristiques. Si nous avions eu une prémolaire ou une molaire, on aurait eu plus d'informations sur l'espèce".

Source : Sud-Ouest du 28/07/2015

mardi 28 juillet 2015

Dent de Tautavel : Trois questions pour comprendre l’intérêt de la découverte

L’archéologie à la une de l’actualité, même en été, c’est une rareté ; raison de plus pour bien comprendre de quoi il retourne. Alors que la récente découverte à Tautavel, près de Perpignan, d’une dent humaine vieille de 560.000 ans, défraye la chronique, 20 Minutes répond à trois questions clés pour bien saisir l’intérêt de la trouvaille – mais aussi ses limites.

A qui appartient la dent ?

Si l’on parle de l’individu, l’aspect usé de cette incisive inférieure droite laisse penser qu’elle appartenait à un homme ou une femme de 25 ou 30 ans (assez âgé, pour l’époque). Une autre dent, une incisive inférieure gauche, aussi vieille et retrouvée l’an dernier mais dont la trouvaille avait été plus discrète, pourrait appartenir au même individu. Si on parle de l’espèce, la dent est un reste d’Homo heidelbergensis, un hominidé européen qui est l’ancêtre de l’Homme de Neandertal. « Certains pensent qu’il était également présent en Asie et en Afrique, nous précise depuis le Centre de recherches de Tautavel Tony Chevalier, de l’Université de Perpignan. Et dans ce cas, il aurait pu donner Neandertal sur notre continent, et Homo sapiens en Afrique. » Ce qui n’est à l’heure actuelle qu’une supposition, mais qui souligne l’intérêt de l’étude d’Homo heidelbergensis.

Que nous apprend-elle ?

L’intérêt principal de cette dent est le bond dans le passé qu’elle fait faire aux chercheurs, ramenés 100.000 ans en arrière par rapport aux restes humains les plus vieux du site de Tautavel. « Avec cette dent, on s’approche du début d’Homo heidelbergensis en Europe, explicite Tony Chevalier. On va pouvoir compléter nos connaissances sur cette espèce, dont l’origine est très mal connue. » D’autant plus que la grotte de Tautavel a un double intérêt : dévoiler l’anatomie de ces hommes préhistoriques, mais aussi leur environnement, grâce aux nombreux restes d’animaux et d’outils retrouvés près des fossiles humains. Et comprendre l’évolution sur des centaines de milliers d’années de cette espèce, c’est en savoir plus sur l’apparition de notre cousin Neandertal – voire, si l’on admet qu’heidelbergensis ait aussi été africain, sur la nôtre.

Quelles sont ses limites ?

« Je ne dirais pas que retrouver une seule dent constitue une découverte majeure, malheureusement » : ce manque d’enthousiasme, recueilli par l’AFP, vient du paléoanthropologue britannique Matthew Skinner. Et il est vrai qu’une dent, c’est bien, mais une incisive inférieure, c’est plutôt moyen. « Une incisive supérieure, ou une prémolaire, aurait livré plus d’informations, regrette Tony Chevalier. Ce qui serait formidable, ce serait de trouver, dans ces niveaux d’ancienneté, une mandibule, ou même un crâne. » Et même un humérus ou un fémur, pourquoi pas : n’importe quel os plus parlant que cette incisive, et comparable à des restes humains moins âgés, ravirait les chercheurs. Ces découvertes récentes sont au moins un espoir : si deux dents ont été mises au jour en un an, d’autres ossements pourraient suivre.

Source : 20 minutes du 28/07/2015

Une dent humaine de 550.000 ans à Tautavel

Sur le site préhistorique de la Caune de l'Arago, près de Perpignan, on a trouvé une dent humaine 100.000 ans plus vieille que l'Homme de Tautavel !

TAUTAVEL. Une dent humaine vieille de 550.000 ans a été découverte sur le célèbre site préhistorique de Tautavel, une grotte perchée au-dessus des gorges du Verdouble, non loin de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales. Si son âge était confirmé, elle deviendrait un des plus vieux fossiles humains trouvé en France avec une canine du même âge, seul autre vestige de même époque retrouvé dans l’aven de Vergranne, dans le Doubs.

La Caune (grotte en Catalan) de l’Arago où a été trouvée cette précieuse "incisive centrale inférieure", est un gisement exceptionnel, puisque depuis près d’un demi-siècle y ont été mis au jour des milliers de vestiges datés de 80.000 à 550.000 ans. Cette dent constitue d’ailleurs le 149e reste d’hominidé découvert dans la cavité occupée pendant plus de 600 000 ans, soit une grande partie du Pleistocène moyen (781.000 à 126.000 ans). Parmi la centaine de vestiges humains exhumés depuis 1971 par le préhistorien Henry de Lumley et son équipe, se trouvait surtout un crâne. Celui de l’Homme de Tautavel (450.000 ans), témoins des plus anciennes présences d’hominidés en France (Prénéandertaliens ou Homo heidelbergensis). Cette dent humaine d’adulte (plus vieille de 100.000 ans que l’illustre crâne), se trouvait dans des niveaux riches en restes fossiles d’espèces adaptées aux périodes froides (bison, bœuf musqué, ou cheval etc.). La campagne de fouilles bat actuellement son plein et pourrait bien réserver d’autres surprises.

Source : Sciences et Avenir du 28/07/2015

mercredi 22 juillet 2015

Découverte du plus ancien cas de chirurgie dentaire

Le dentiste travaillait au silex... C'était au temps du paléolithique supérieur, il y a 14.000 ans !

Il avait 25 ans et a dû souffrir le martyre en offrant sa mâchoire aux mains expertes d’un "dentiste"… préhistorique ! L’analyse d’une molaire d’un squelette âgé de 14.000 ans, et conservé à l’université de Ferrare (Italie), prouve en effet que celle-ci a été forée de façon méthodique à l’aide d’un outil en silex. Ce qui constitue la plus ancienne intervention chirurgicale dentaire jamais décrite à ce jour ! Cette étonnante séance chez le dentiste a eu lieu au paléolithique supérieur, dans le nord de l’Italie, selon Stefano Benazzi, paléoanthropologue à l’université de Bologne (Italie). C’est en utilisant un microscope électronique à balayage que les chercheurs ont fait cette découverte stupéfiante sur cette mâchoire mise au jour en 1988 dans un des abris sous-roche de Ripari Villabruna, dans le Val du Cismòn, au cœur des Dolomites (Vénétie). "La cavité présente sur la molaire avait jusqu’alors été décrite comme une lésion carieuse, mais il s’agissait en fait de tout autre chose !", explique Stefano Benazzi. Des stries particulières ont en effet été relevées sur la surface interne de la perforation de cette molaire inférieure. Et prouvent l’usage d’un microlithe -un petit outil de pierre taillée- pour le creusement de la dent afin que le "praticien" puisse accéder aux tissus infectés.

Une fissure dentaire colmatée à la cire d'abeille

Si ce cas de chirurgie dentaire est le plus ancien jamais décrit, il n’est cependant pas le premier découvert chez nos aïeux de la préhistoire. En 2006, d’autres chercheurs italiens avaient pu observer, sur une dent provenant d’une mâchoire néolithique vieille de 6500 ans trouvée en Slovénie au 19e siècle, la présence d’une fissure colmatée à la cire d’abeille. Une substance connue pour ses propriétés antibactériennes. Sans oublier les manipulations dentaires mises en évidence sur des molaires vieilles de 9000 ans et retrouvées au Pakistan en 2006 : Les habitants de Mehrgarh semblent en effet avoir fait appel à d’habiles tailleurs de perles pour soulager leurs maux. Ces artisans, connus pour la finesse de leurs travaux de polissage, avaient en effet appliqué leur immense savoir-faire à la dentisterie comme le montre l’étude de 4000 dents provenant de 225 sépultures de la nécropole de cette cité du Balouchistan. Les chercheurs y ont mis en évidence des traces de perforations d’à peine 1,3 à 3,2 mm réalisées in vivo sur des dents postérieures. Un petit perçoir en bois muni d’une pointe de silex actionné par un archet faisait office de roulette. Des restes de bitume retrouvés dans certaines cavités, traduisaient peut-être aussi l’usage d’antalgiques. Souhaitons que les tous premiers hommes du paléolithique supérieur aient pu, eux aussi, bénéficier de quelques remèdes contre la douleur... Quant au patient de Ripari Villabruna, il semble avoir survécu à cette roulette préhistorique !

Source : Sciences et Avenir du 20/07/2015

mercredi 15 juillet 2015

Un métissage tardif entre sapiens et néandertal en Europe

Le génome d'un homo sapiens découvert en Roumanie suggère que la première vague de peuplement de l'homme moderne en Europe s'est métissée avec les néandertaliens, mais sans que cela laisse de traces notables dans nos gènes…

Il y a entre 45 000 et 30 000 ans, Homo sapiens se répand en Europe, tandis que la lignée néandertalienne, présente depuis 300 000 ans, disparaît. Pourquoi ? La question fait couler beaucoup d'encre. Qiaomei Fu, de l’Académie des sciences chinoise et des collègues américains et européens apportent une nouvelle pierre au débat : ils ont séquencé l'ADN d'un Homo sapiens mort il y a plus de 40 000 ans en Roumanie, qui se révèle contenir deux à trois fois plus d’ADN néandertalien que chez les Eurasiens actuels !

L'individu en question, OASE 1, n'est connu que par une mandibule découverte dans la grotte roumaine de Pestera cu Oase. Cette mandibule n'est rattachée à aucun vestige culturel, car la grotte était tanière d'ours. La datation par radiocarbone de ce fossile indique un âge compris entre 37 000 et 42 000 ans. OASE 1 faisait donc partie des tous premiers hommes anatomiquement modernes arrivés en Europe. La morphologie de sa mandibule est moderne, mais certains traits suggèrent des ancêtres néandertaliens. Les fouilles qui ont suivi la découverte de la mandibule ont livré le crâne d'un autre individu, OASE 2, qui présente aussi des traits potentiellement néandertaliens.

Le séquençage de l'ADN d'OASE 1 apporte plus de précisions sur cette question du métissage entre les hommes modernes et les néandertaliens. Il ne se serait pas limité aux premiers homme modernes ayant quitté l’Afrique, mais s’est aussi produit ailleurs, et certainement en Europe. De l’ordre de 7,3 % de l’ADN d'OASE 1 était néandertalien, soit trois fois plus que chez les Eurasiens actuels (1 à 3% de nos gènes sont d'origine néandertalienne). L’étude de sept segments particulièrement longs d’ADN néandertalien représentant entre 1,6 et 6,3 % du génome d'OASE 1 montre qu’il a eu un ancêtre néandertalien seulement 4 à 6 générations avant lui. Tout aussi frappant : il est davantage apparenté aux Extrêmes orientaux et aux Amérindiens modernes qu'aux Européens actuels…

Comment interpréter ces constatations ? Une point semble désormais certain : un métissage a eu lieu en Europe. Puisque les néandertaliens disparaissent vers - 40 000 ans, ce métissage est tardif. Avec qui se produit-il ? OASE 1 était vraisemblablement membre d’une population de primo-arrivants sapiens, les porteurs de la culture aurignacienne (- 40 000 à - 28 000 ans). Les aurignaciens, fortement métissés avec les derniers néandertaliens, semblent pourtant n'avoir que que peu contribué au génome de la population européenne. Pourquoi ?

Longtemps après, une immigration massive, en provenance de Sibérie, a sans doute recouvert la nappe aurignacienne : la culture gravettienne (- 31 000 à - 22 000 ans, mais - 38 000 à l'est de l'Europe), qui succède à la culture aurignacienne et s'étend de l'Europe à la Sibérie. Ses porteurs disposent d'outils comparables à ceux des chasseurs-cueilleurs d’Amérique du Nord, assez efficaces pour permettre des populations nombreuses. Ainsi, les Gravettiens, nettement plus nombreux que les Aurignaciens mais moins métissés avec les néandertaliens, auraient recouvert la nappe aurignacienne, rendant le métissage moins signifiant génétiquement. Vers - 8 000 ans, l'arrivée depuis le Proche-Orient des agriculteurs-éleveurs, dont les ancêtres n'ont participé qu'au premier métissage néandertalien-sapiens au Proche-Orient, a sans doute achevé de rendre le métissage néandertalien-sapiens tardif peu significatif en Europe.

Source : Pour la Science du 12/07/2015

samedi 4 juillet 2015

L’homme moderne serait sorti d’Egypte

Nos ancêtres Homo sapiens ont quitté le continent africain via l’Egypte puis le Sinaï il y a 100 000 ans, selon une étude américaine.

PRÉHISTOIRE. Nos ancêtres, on ne cesse de le répéter, sont sortis d’Afrique… C’est en effet en Éthiopie que l’on trouve la trace du plus vieux membre de l’espèce Homo, daté d’il y a 2,8 millions d’années. Et c’est vers ce continent que pointent également les études de génétique qui travaillent à retracer les grandes épopées migratoires de l’humanité.

L'Égypte aurait été comme le dernier “arrêt” de nos ancêtres avant qu’ils ne se déploient partout dans le monde

Mais par où exactement ces hommes préhistoriques sont-ils passés ? Et plus précisément, quelle route a emprunté notre ancêtre direct, l'Homo Sapiens qui s’est lancé, avec un succès que l'on pourrait qualifier de meurtrier, dans la conquête de toute la planète ? « C’est via l’Egypte et le Sinaï que H. sapiens est sorti d’Afrique, entre -100 000 ans et -50 000 ans, tranche aujourd’hui le généticien Luca Pagani, de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) dans l’American Journal of Human Genetics. Son équipe a analysé des génomes de 100 Égyptiens et 125 Éthiopiens d’aujourd’hui… « Résultat : il y a une plus grande proximité génétique des génomes égyptiens avec ceux des Européens et des Asiatiques, souligne le chercheur. Cela conforte l’idée que l’Égypte aurait été comme le dernier “arrêt” de nos ancêtres avant qu’ils ne se déploient partout dans le monde » Il semble donc que "le passage nord" (voir notre carte) ait été la voie majeure empruntée par les ancêtres pour se déployer hors de leur berceau africain. L’autre hypothèse, soutenue jusqu’à présent par des archéologues, était que les migrants préhistoriques avaient suivi la "route sud", partant d’Éthiopie, empruntant les eaux peu profondes du détroit de Bab el Manded puis la péninsule Arabique pour gagner l’Asie notamment.

Source : Sciences et Avenir du 23/06/2015