samedi 24 décembre 2011

Deux sorties d’Afrique

On faisait jusqu’ici remonter à 40 000 ans l’arrivée d’Homo sapiens en Europe. L’analyse de dents trouvées en 1964 dans une grotte des Pouilles, dans le sud de l’Italie, laisse à penser qu’elles appartenaient à un jeune Sapiens vivant il y a 43 000 ans.

Une recherche similaire menée en Angleterre, cette fois sur un fragment de mâchoire découvert en 1927, aboutit à un résultat similaire : le fossile date de 43 000 ans.

S’il semble donc établi que la colonisation du continent par l’homme moderne a été plus précoce qu’on ne le croyait, d’autres travaux confirment que le peuplement de la Terre s’est déroulé en plusieurs temps, contrairement à l’hypothèse de l’East Side Story qui a longtemps prévalu et selon laquelle un petit groupe de Sapiens aurait quitté son berceau africain il y a 60 000 ans pour conquérir le Moyen-Orient puis l’ensemble de la planète.

Se fondant sur une simple mèche de cheveux trouvée en Australie, une étude publiée dans la revue Science établit que l’humanité actuelle ne dérive pas d’un seul groupe, mais de deux. Ainsi que le suggère l’analyse génétique de la mèche de cheveux en question, une première vague aurait quitté l’Afrique il y a 75 000 ans pour atteindre l’Océanie vers – 50 000 ans. Lors de leurs périples, ces hommes se seraient mêlés à d’autres populations humaines plus archaïques, comme les hommes de Neandertal et de Denisova, populations dont on a trouvé des traces dans leur génome.

Les populations d’Europe et d’Asie, elles, seraient issues de la seconde migration, qui se situerait quelque 30 000 ans plus tard.

Source : La Revue

lundi 5 décembre 2011

Un matériel de peinture vieux de cent mille ans

Un nécessaire à peinture, daté de 100 000 ans, vient d’être mis au jour par une équipe internationale dans la grotte de Blombos en Afrique du Sud.

Les préhistoriens savaient déjà qu'il y a plus de 100 000 ans certains populations, notamment en Afrique du sud et du nord, ont commencé à fabriquer de la poudre d'ocre. Plusieurs indices, comme le choix des teintes, leur laissaient penser qu'elles cherchaient ainsi à obtenir une sorte de peinture. Mais personne n'imaginait vraiment découvrir comment procédaient exactement des populations aussi anciennes. Or ce « kit » fournit un éclairage très détaillé sur les recettes employées par ces hommes préhistoriques.

Jusqu'ici, l'essentiel des preuves archéologiques de cette activité se limitait à des morceaux d'ocre frottés sur des surfaces dures pour en extraire la poudre. Or à Blombos, ce qui est à été découvert est bien plus fourni. Il y a deux coquillages servant de godet à peinture. L'un était fermé d'une pierre, qui en protégeait le contenu et a également servi à frotter l'ocre.

Tout contre cet ensemble, se trouvaient plusieurs morceaux de pierre taillée servant à broyer le pigment : de l'ocre rouge, qui n'était cependant pas la seule couleur. Car posé à l'intérieur de l'autre coquillage, se trouvait un broyeur. Il était recouvert d'ocre rouge, mais présentait encore sur une face du pigment jaune, provenant d'une utilisation antérieure.

Le contenu du premier coquillage montre comment la mixture était probablement obtenue. De l'os spongieux était d'abord chauffé puis écrasé avec une pierre. Il était alors mélangé à de la poudre d'ocre, afin de donner à la peinture le liant nécessaire à sa tenue. Un liquide, sans doute de l'eau, était probablement ajouté pour fluidifier la mixture. En effet, des traces de séchage sont visibles à l'intérieur du coquillage.

Il y avait également un os de canidé, dont l'extrémité semble avoir trempé dans l'ocre. S'agit-il d'une sorte de touilleuse ? « Sans doute pas, explique l'un des archéologues de l'équipe, Francesco D'Errico, du laboratoire Pacea à Bordeaux, car elle aurait laissé de nombreuses traces à l'intérieur du coquillage. Je crois plutôt que l'homme a mélangé la peinture au doigt. L'os serait alors une sorte de pinceau. »

L'usage que faisait ces hommes de cette peinture reste en tout cas inconnu. Peut-être s'en servaient-ils pour tracer des signes géométriques, comme ceux, assez malhabiles, gravés sur des morceaux d'ocre de Blombos à la même époque. Ils les peignaient peut-être sur les parois des grottes, bien qu'elles ne semblent pas en avoir gardé la trace, ou des parties de leur corps.

« Le plus important dans cette découverte, c'est son excellente préservation, qui nous offre un aperçu assez unique des techniques utilisés par ces populations », indique Larry Barham, professeur à l'université de Liverpool. Cependant, ce savoir-faire n'est pas une preuve que ces groupes auraient été particulièrement évolués. « Les néandertaliens par exemple, explique Francesco D'Errico, savaient fabriquer de la colle à partir d'écorce de bouleau, qu'ils faisaient longuement chauffer dans un milieu pauvre en oxygène : c'est autrement plus compliqué que de mélanger des couleurs ! »

Source : La Recherche du 21/11/2011

vendredi 2 décembre 2011

Le génome de Néandertal, utile en neurosciences ?

Le 14 novembre dernier, au congrès annuel de la Société de neurosciences, à Washington, Svante Pääbo, le ‘décodeur’ du génome de Néandertal, a évoqué l’intérêt de ses recherches dans la compréhension de notre propre cerveau. 

Lors du congrès annuel de la Société de neurosciences, un conférencier un peu spécial est intervenu : le généticien Svante Pääbo, de l’Institut d’anthropologie évolutive Max Planck, en Allemagne, mondialement connu pour avoir, ces dernières années, décodé le génome de l’homme de Néandertal. Ce faisant, il a ouvert la porte à de nouvelles perspectives de recherches, qu’il a évoquées à ce meeting.

Établir, entre sapiens et Néandertal, les différences génétiques liées à la croissance et au fonctionnement du cerveau – plus parlantes que l’observation des fossiles –  peut intéresser les neurobiologistes. Si, dans notre génome, 78 mutations codantes (dont on sait encore peu de choses) sont particulières à notre espèce, Pääbo a évoqué en revanche celle du gène FoxP2, le ‘gène du langage’, commune aux deux formes humaines.

Généticiens, mais aussi neurologues et même linguistes, travaillent sur ce gène FoxP2 et sur sa fameuse mutation, laquelle accroîtrait même les possibilités cognitives des souris de laboratoire. De quoi mieux comprendre notre propre cerveau. Et de quoi résoudre bientôt, peut-être, l’épineuse question de savoir si les Néandertaliens possédaient un langage.

Source : MaxiSciences du 30/11/2011

jeudi 1 décembre 2011

Le Cro Magnon britannique à 42.000 ans contesté

Cro Magnon a t-il vraiment colonisé les îles britanniques dès il y a 42.000 ans ? C'est ce qu'affirmait un article paru dans Nature le 3 novembre dernier et dont j'avais fait écho dans cette note.

Cette recherche prend place dans un sujet très "chaud" en préhistoire : la recherche des dates et conditions dans lesquelles les hommes anatomiquement modernes sont parvenus en Europe et les relations qu'ils ont pu y entretenir, ou pas, avec les derniers néandertaliens.

Mais un préhistorien de Toulouse, Nicolas Teyssandier, conteste cette nouvelle datation pour le moins extraordinaire car elle place Cro Magnon - le nom populaire de "l'homme anatomiquement moderne" des scientifiques - dans les îles britanniques à une date si ancienne... qu'elle serait la plus ancienne pour notre ancêtre direct pour toute l'Europe !

Or, pour Nicolas Teyssandier, les conditions de la fouille réalisée en 1927 dans une grotte du Kent ne permettent pas de dater le morceau de machoire humaine qui y ont été récupérées de manière fiable avec la méthode utilisée par l'équipe qui signe l'article dans Nature. En effet, comme le précise l'article la "redatation" opérée récemment n'est pas directe comme celle réalisée en 1989 et qui donnait un âge d'environ 35.000 ans. La nouvelle méthode, dite d'ultrafiltration, n'a pas pu être effectuée sur le maxillaire lui même mais sur des os d'animaux situé dessous et au-dessus dans les couches stratigraphiques. L'ennui, explique  Nicolas Teysssandier, c'est cette stratigraphie semble avoir été bousculée : «les relations stratigraphiques entre les os animaux datés et le vestige humain ne sont pas assurées. On note en outre que si, globalement, les dates obtenues sont dans l’ordre de l’empilement stratigraphique des échantillons datés, quelques inversions peuvent être constatées avec, par exemple, une date de 35 150 +/-330 BP pour un échantillon situé sous le maxillaire pour une date de 37 200 +/-55O à partir d’un échantillon situé au dessus.»

mardi 29 novembre 2011

La disparition du "sac vocal" : la clé de l’apparition du langage

Publiant ses travaux cette semaine dans le New Scientist, un chercheur hollandais a montré expérimentalement que, chez l’homme, la disparition du sac vocal, un organe caractéristique des singes, a permis l’émergence du langage articulé.

Les tissus corporels mous ne se fossilisant pas, il est difficile de retracer l’évolution de l’appareil vocal de l’homme et son effet sur l’apparition du langage articulé. Chez les singes (y compris les grands singes), l'os hyoïde est rattaché à une grande poche de résonance appelée sac vocal, absent chez l’humain.

Pour savoir comment ce sac change les sons produits, le Dr de Boer, de l'Université d'Amsterdam, a créé des modèles en plastique de l’appareil phonatoire (bouche, langue, gorge…), pourvus ou non d’un sac vocal, puis fait passer de l’air dedans de diverses façons, et testé les voyelles ainsi produites auprès de volontaires.

Résultats : les sons émis à partir de dispositifs sans sac vocal, donc les plus proches du modèle humain actuel, se sont révélés les plus clairs, les plus audibles. En revanche, avec un sac vocal, toutes les voyelles semblaient sonner un peu comme un "u". Un son auquel auraient pu s'ajouter le son "b" ou "d", donnant comme possibilité de premiers mots "buh" ou "duh", d'après Bart de Boer, expert dans l'évolution du langage. Pour Ann MacLarnon, de l'Université de Roehampton, à Londres, ceci appuie la théorie selon laquelle la nécessité de fournir des sons complexes, pour mieux communiquer, a conduit à la diminution et à la disparition de ces sacs aériens.

Pas de sac vocal chez Néandertal et Homo sapiens

Nos ancêtres d'il y a 3,3 millions d’années avaient un os hyoïde (observable sur les fossiles, lui) semblable à celui des grands singes actuels, suggérant la présence de sacs vocaux, tout comme, probablement, chez l’Homo erectus d'il y a un million d'années. Mais ni Néandertal ni Homo sapiens n’en possèdent : le premier, peut-être, et le second, à coup sûr, en ont tiré un énorme avantage.

Source : MaxiSciences du 27/11/2011

lundi 28 novembre 2011

L’homme s’est mis très tôt à la pêche

La découverte d’ustensiles de pêche vieux de 42 000 ans indique que les premiers humains ont développé la pratique de la pêche bien plus tôt qu’estimé auparavant.

Il y a 50 000 ans déjà, la navigation était largement pratiquée par les premiers humains qui étaient capables de franchir de grandes distances à travers l’océan, la colonisation de l’Australie le prouve. En revanche, les scientifiques pensaient jusqu’à présent que ces marins n’étaient pas adeptes de la pêche en haute mer, les indices évoquant cette activité sont en effet rares avant 12 000 ans.

Des archéologues de l’université de Canberra, en Australie, apportent aujourd’hui la preuve dans la revue Science, que les premiers marins étaient aussi des pêcheurs efficaces. Ils décrivent effectivement des restes de gros poissons, comme le thon, découverts aux côtés de matériel de pêche préhistorique dans un abri situé au Timor oriental. Ces restes datent d'environ 42.000 ans, et ils comprennent des hameçons qui ont été façonnés en os qui, selon, les chercheurs représentent la première preuve de l’existence de tels outils à cette période.

Environ la moitié des déchets de poissons découverts sur le site provenaient de poissons pélagiques, qui vivent près de la surface de l'océan ou en profondeur, selon les chercheurs. Et parce que la capture de ces poissons nécessite des niveaux élevés de planification et une la technologie maritime complexe, les chercheurs suggèrent maintenant que les premiers humains ont développé cet ensemble de compétences bien plus tôt qu’estimé auparavant.

Source : Sciences et Avenir du 25/11/2011

Le plus vieil hameçon du monde découvert au Timor oriental

Des archéologues australiens ont découvert au Timor oriental le plus vieil hameçon connu au monde, ainsi que des fossiles prouvant que les hommes préhistoriques maîtrisaient la pêche en eau profonde, révèle une étude parue vendredi dans la revue Science.

Taillé dans un coquillage il y a entre 16.000 et 23.000 ans, l'hameçon "atteste que nos ancêtres étaient de bons artisans et de bons pêcheurs", selon le professeur Sue O'Connor, de l'Australian National University.

Il ne semble cependant pas conçu pour la pêche pélagique, et les méthodes employées au paléolithique pour capturer des poissons en eau profonde demeurent inconnues.

Outre le recours au filet, "il est possible que des hameçons d'un autre type aient été fabriqués à la même époque", a expliqué Sue O'Connor.

L'hameçon a été mis au jour dans la grotte de Jerimalai, au Timor oriental, en même temps que plus de 38.000 arêtes appartenant à 2.843 poissons issus de la pêche, et vieux de 42.000 ans.

Parmi les poissons découverts figurent des espèces vivant en eau profonde. Pour Sue O'Connor, "le site nous enseigne que les premiers hommes modernes sur cette île d'Asie du Sud-Est avaient des compétences maritimes très avancées".

"Ils étaient passés maîtres dans l'art de capturer des proies qui sont difficiles, même de nos jours, comme le thon", a-t-elle dit.

La grotte de Jerimalai est la preuve de présence humaine la plus ancienne dans les îles de cette région, situées sur les "routes" de migration nord-sud empruntées par les premiers hommes ayant peuplé l'Australie.

Source : Dépêche Voilà du 25/11/2011

vendredi 25 novembre 2011

Sapiens montre ses dents

L’étude de deux molaires fossiles découvertes il y a quarante ans dans le sud de l’Italie bouleverse l’histoire des premiers hommes modernes en Europe. Et remet en question la culture des derniers Néanderthaliens.

On a envie d’y être. De la mer au ciel, il fait beau, le grand bleu écume dans les échancrures de la côte, sauvage. A l’horizon, personne, des herbes sèches et de la caillasse, la Méditerranée solaire et familière, ordinaire même, si ce n’était, au centre de l’image, cette flèche dessinée au feutre rouge fluo. Elle pointe, quand on y regarde bien, une grille, nichée dans un repli rocheux, en surplomb des flots. On croirait l’entrée secrète d’une villa de James Bond. C’est celle d’une caverne : «la grotta del Cavallo, dit Silvana Condemi, la grotte du Cheval, dans les Pouilles, au sud de l’Italie, dans la baie d’Uluzzo».

Directrice de l’équipe de bioarchéologie et paléoanthropologie du CNRS à Marseille (1), Silvana Condemi commente la photo sur l’ordinateur portable où sont stockées les données d’une étude qu’elle a menée avec des chercheurs de 13 équipes européennes. C’est là, explique-t-elle, dans cette cavité, qu’a été faite il y a quarante ans une découverte qui relance aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies d’imagerie, une des thématiques les plus polémiques de la recherche sur la préhistoire de l’homme : les relations culturelles entre Néanderthal et Sapiens. Quel a été l’impact de l’arrivée de Sapiens en Europe sur les techniques de Néanderthal qui régnait jusqu’alors seul sur le continent depuis plus de 200 000 ans ? Quels ont été leurs échanges durant cette obscure coexistence dite «période de transition» qui commence avec l’arrivée de l’homme moderne et s’achève avec la disparition de son cousin, quelques millénaires plus tard ?

mardi 22 novembre 2011

L'homme de Néandertal, victime de son succès ?

Des chercheurs américains ont modélisé sur ordinateur diverses informations liées à la période de cohabitation entre Néandertaliens et Hommes modernes, il y a 30 à 40 000 ans. Ils en concluent que les premiers, loin d’avoir été surpassés, ont simplement été ‘absorbés’ génétiquement par les seconds, bien plus nombreux, les deux espèces, tout aussi compétitives, s’étant métissées.


Néandertal, évincé par un sapiens bien plus intelligent, avant de disparaître ‘dans son coin’, il y 30.000 ans, en Eurasie ? Pas du tout, selon des chercheurs américains, qui ont ‘mouliné’ les données disponibles sur cette période dans leur ordinateur. Les deux espèces auraient été tellement proches, notamment sur le plan intellectuel et comportemental, qu’elles auraient tout simplement fusionné, d'après les travaux publiés dans la revue Human Ecology,

"Nous avons conçu des cadres théoriques et méthodologiques qui incorporent des données sur trois systèmes évolutifs : biologique, culturel et environnemental. Le résultat scientifiquement intéressant de cette recherche, qui a étudié les changements (…) survenus dans les comportements d’utilisation des territoires, c'est qu'elle montre comment les Néandertaliens pourraient avoir disparu non pas parce qu'ils étaient (…) moins doués (…), mais parce qu'ils étaient aussi sophistiqués, sur le plan comportemental, que l'homme moderne", commence le Pr Michael Barton, de l'Arizona State University.

"(…) L'homme moderne a sans doute vu dans les Néandertaliens des partenaires [sexuels] possibles. En conséquence, au fil du temps, les hommes de Neandertal se sont éteints en tant que population physiquement reconnaissable. (...) À bien des égards, ils ont tout simplement été victimes de leur propre succès", continue le Prof Riel-Salvatore, de l’Université du Colorado, co-auteur de l’étude.

Les chercheurs, puisant dans les données archéologiques empiriques, estiment que celles-ci valident leur modèle informatique. "En outre, notre modélisation prédit le faible nombre de gènes néandertaliens trouvés [dans notre génome moderne] lors des plus récentes études génétiques", conclut enfin le Professeur Barton.

Source : MaxiSciences du 19/11/2011

lundi 21 novembre 2011

Karabo, alias sediba, a désormais son portrait au Muséum de Londres

A l’occasion de l’arrivée récente, au Muséum d’Histoire naturelle de Londres, d’une réplique du fossile sud-africain d’Australopithecus sediba, un artiste a peint le portrait de cet hominidé, reconstituant ses traits d’après son squelette.


Un curieux sourire, une bouche et des yeux incontestablement humains, mais des pommettes et des arcades sourcilières saillantes : Karabo ("la réponse"), comme il a été surnommé, est ce jeune Australopithecus sediba d’environ 13 ans dont le fossile – ou plutôt une réplique fidèle – a été offert au Muséum d’Histoire naturelle de Londres par le gouvernement d’Afrique du Sud, son pays d’origine.

Dévoilé pour l’occasion, son portrait, exécuté par le paléo-artiste John Gurche, se base sur le squelette fossile remarquablement bien préservé d’1,30 mètre de hauteur, vieux de 1,9 million d'années et trouvé dans une grotte près de Johannesbourg. Une véritable "reconstruction médico-légale", selon le découvreur du fossile, le Pr Berger, qui a déclaré, à propos de la ressemblance entre l’œuvre et le modèle : "c'est probablement lui… Habituellement, les fossiles des premiers humains sont dans un état lamentable, mais ici, l'anatomie est à peu près conservée. Je pense que c'est [le portrait de ce genre] le plus précis qui ait jamais été fait".

Seuls les cheveux et le teint de la peau ont dû être imaginés. Mais les chercheurs espèrent pouvoir préciser ces détails grâce à l’étude (génétique) de ce qui pourrait bien être des restes de peau fossilisée, trouvés sur le spécimen…

Source : MaxiSciences du 18/11/2011

vendredi 18 novembre 2011

Sediba, le fossile de l’année, exposé à Londres

Le Muséum d'Histoire naturelle de Londres vient de recevoir une nouvelle acquisition qui devrait combler public et chercheurs : une réplique des fossiles d'Australopithecus sediba, ces préhumains de 1,9 millions d’années découverts en 2008 qui divisent encore la communauté scientifique.

Australopithecus sediba, présente un curieux mélange de traits simiens et humains qui embarrasse grandement les paléontologues pour le classer par rapport à la lignée humaine. Mais cette hésitation rend également fascinante l'observation des fossiles de cette espèce qui arrivent tout juste au Muséum d’Histoire naturelle de Londres.

En fait, il s’agit plutôt de répliques (moulages) des fossiles, cadeau du gouvernement d'Afrique du Sud (et de l'Université de Witwatersrand, Johannesbourg), où ces spécimens ont été découverts (2008, site de Malapa) et étudiés depuis. "C’est l'un des fossiles les plus excitants et les plus controversés trouvés ces dernières années, et c'est fantastique d'avoir ce matériel au musée. Les chercheurs vont se mettre au travail avec, mais le public pourra aussi le voir, et nous espérons que cela va vraiment aider à rendre la science vivante", a déclaré le Pr Ian Owens, directeur scientifique du muséum cité par BBC News.

Des observations nécessaires tandis que des recherches sont encore en cours sur cette espèce, en particulier sur de possibles restes de tissus mous associés aux ossements.

Source : MaxiSciences du 17/11/2011

mardi 15 novembre 2011

La grotte de Lascaux sera bientôt entièrement reconstituée

Un comité de pilotage regroupant État, région Aquitaine et département de la Dordogne a lancé Lascaux 4, le futur centre international d’art pariétal sur le site de la grotte de Lascaux.

Malgré la crise, ce grand projet de près de 50 millions d’euros a été maintenu.

Pour la première fois depuis la fermeture de la grotte originale de Lascaux en 1963, dégradée par l’afflux massif de touristes, le grand public va pouvoir découvrir ce trésor de l’humanité dans son ensemble.
À partir de l’été 2015, les visiteurs pourront descendre dans un fac-similé reproduisant avec fidélité la salle des Taureaux, le diverticule axial, le passage, l’abside et la nef dessinés il y a 17 000 ans.

La salle des Taureaux de Lascaux. à partir de l’été 2015, les visiteurs pourront découvrir les trésors de la grotte dans son ensemble, grâce à un fac-similé.

Jeudi dernier, le comité de pilotage de ce projet a été mis en place. « Lascaux 2 ne présentait que 50 % de la grotte », rappelle Jean-Michel Geneste, directeur du Centre national de la préhistoire. Par ailleurs, « nous ne pouvions pas continuer à recevoir 350 000 visiteurs à côté du site original. C’est irresponsable », ajoute-t-il.

vendredi 11 novembre 2011

Les petits-enfants de Lucy s'invitent au Muséum

Cinq doigts, fins, longs, élégants, graciles… C'est une petite main qui vient serrer la nôtre, avec deux millions d'années de distance…

Aujourd'hui, à 18 h 30, au Muséum de Toulouse, on pourra repartir sur les traces de nos ancêtres, avec le professeur Lee Berger, un chercheur Sud Africain, qui dans ces terres où l'on a déniché nos plus lointains aïeux, il vient de découvrir deux squelettes très complets d'hominidés. Chose exceptionnelle, les étonnants moulages de ces squelettes seront présentés au Muséum : un bout de fémur, un morceau de bassin, un crâne, et cette menotte qui nous fait coucou depuis le fond des âges.

C'est dans une carrière de calcite, en Afrique du Sud que Lee Berger a fait cette rencontre en cheminant le long d'une faille géologique. Car comme nous, les pré-humains de cette époque avaient tendance à s'installer (et donc à mourir !), près des points d'eau.

« C'est un peu comme si on avait découvert deux « Lucy », mais beaucoup plus proches des humains, explique le professeur José Braga, de l'Université de Toulouse. Ces êtres ont vécu près d'un million d'années après l'australopithèque découverte par Yves Coppens. Ce qui est très émouvant, c'est que ces squelettes présentent des caractères d'australopithèques, comme Lucy, mais aussi des caractères très modernes ! »

Le professeur Lee Berger, paléoanthropologue à Johannesburg.



Le professeur Lee Berger, qui a travaillé avec José Braga en Afrique du Sud, à la poursuite de fossiles pré-humains, va lui confier ces squelettes pour qu'il les étudie. L'anthropobiologiste toulousain est spécialiste de l'analyse des fossiles en trois dimensions par ordinateur : grâce à ces techniques, on peut quasiment visiter l'intérieur des os, notamment du crâne. Et cela donne de précieuses indications qui permettent des comparaisons avec des fossiles plus anciens ou plus modernes.

« Nous allons disposer d'un portrait-robot complet, poursuit José Braga. Le bassin, les pieds, les proportions se rapprochent de ceux de l'homme, avec probablement une façon de marcher qui ressemble davantage à la nôtre. Et cette main est vraiment très humaine, à ceci près qu'avec des doigts aussi longs, notre australopithèque aurait pu enfiler beaucoup plus de bagues ! »

Est-ce que cet Australopithecus sediba est l'ancêtre du genre Homo ? En tout cas, il est particulièrement bien placé. Et une fois de plus, il vient semer la pagaille dans le grand arbre généalogique de notre espèce.

Génétique : Homo sapiens est sorti d'Afrique via la péninsule arabique

Publiant ses travaux dans la revue Molecular Biology and Evolution, une équipe internationale, a développé avec l’aide d’IBM une nouvelle approche pour étudier la diversité génétique humaine. Grâce à cela, elle a découvert une route migratoire de nos ancêtres sortis d’Afrique passant bien plus au Sud que prévu, par la côte méridionale de l’Arabie et du Moyen-Orient.

Depuis 6 ans, le Genographic Project, une étude génétique internationale dirigée par le Dr Spencer Wells, s’appuie sur les puissants calculateurs du Computational Biology Center d’IBM pour explorer les modes de recombinaison au sein du génome humain. Un processus naturel qui fait se diviser et se recombiner nos molécules d'ADN.

"Près de 99% du matériel génétique d'un individu est fait de ‘couches’ d'empreintes génétiques de nombreuses lignées. Notre défi était de savoir s'il était encore possible de démêler ces lignées afin d’en comprendre les points communs. Grâce à une approche analytique et de modélisation mathématique, nous avons entrepris la tâche complexe de reconstituer l'histoire génétique d'une population", explique ainsi Laxmi Parida, d’IBM cité par BBC News.

Or, ces chercheurs ont constaté que les populations indiennes actuelles avaient une plus grande diversité génétique – donc une plus grande ancienneté – que les Européens et les Asiatiques de l'est. Ce qui suggère que les premiers Homo sapiens sortant d’Afrique (il y a 60 à 70.000 ans), plutôt que de passer par l’Égypte et le Sinaï, ont suivi une route côtière, passant (vraisemblablement à pied sec, vu le niveau de la Mer Rouge à l’époque) de la corne de l’Afrique à la Péninsule Arabique, puis longeant la côte sud de cette dernière pour atteindre, assez tôt, le sous-continent indien.

"Cela suggère que d'autres domaines de recherche tels que l'archéologie et l'anthropologie devraient rechercher des indices supplémentaires sur la route de migration des premiers humains", conclut Ajay Royyuru, co-auteur de l’étude, laquelle a utilisé du matériel génétique issu de près de 500.000 personnes du monde entier.

Source : MaxiSciences du 07/11/2011

jeudi 10 novembre 2011

Homo sapiens est arrivé en Europe plus tôt qu'on ne le pensait

Attribuées à des Néandertaliens, les dents de lait de la fameuse grotte du Cavallo auraient en fait appartenu à des Homo sapiens, d'après une équipe européenne. Conclusions : la culture dite uluzzienne ne serait pas néandertalienne et les Hommes modernes seraient arrivés en Europe il y a environ 45.000 ans, soit bien plus tôt que ce qui était admis jusque-là...

Les premiers Hommes modernes (Homo sapiens) seraient arrivés en Europe il y a environ 45.000 ans, soit plusieurs millénaires avant la date communément admise jusqu'ici. Fruit d'une collaboration entre treize équipes européennes, à laquelle participent deux chercheurs français du CNRS et de l'université Bordeaux 1, ce résultat s'appuie sur de nouvelles analyses de deux dents de lait découvertes il y a une cinquantaine d'années dans une grotte préhistorique italienne, et qui avaient été attribuées à tort à des Néandertaliens.

Ces restes humains, datant d'il y a environ 45.000 ans, s'avèrent appartenir à Homo sapiens. Ils constituent les plus anciens témoignages d'Hommes modernes européens connus à ce jour. Publiés le 3 novembre dans la revue Nature, ces travaux apportent de nouveaux éléments pour mieux comprendre la diffusion des premiers Hommes modernes en Europe, ainsi que la période dite de « transition », allant de leur arrivée en Europe à la disparition des Néandertaliens.

Selon l'hypothèse la plus largement partagée à ce jour, la disparition de l'Homme de Néanderthal, qui a vécu en Europe pendant plus de 200.000 ans, aurait un lien avec l'arrivée sur ce même continent des Hommes anatomiquement modernes (Homo Sapiens). Encore largement débattue dans la communauté scientifique, la question complexe de leur extinction vient de recevoir de nouveaux éléments de réflexion, grâce à une collaboration scientifique européenne qui s'est intéressée à deux dents de lait retrouvées par Arturo Palma di Cesnola (université de Sienne), dans la Grotta del Cavallo, située près de la petite ville d'Uluzzo, au sud de l'Italie.

La grotte du Cavallo, trésor archéologique mais pas néandertalien

Découverte en 1960, cette grotte contient des dépôts archéologiques témoignant de la période pendant laquelle les Néandertaliens ont été remplacés par les Hommes modernes. Décrite à partir de plus de vingt sites archéologiques en Italie, la culture « uluzzienne » est caractérisée par la présence d'objets (ornements personnels, outils en os, colorants, etc.) typiquement associés à un comportement symbolique des Hommes modernes. Or, lors de précédents travaux, les dents de Cavallo furent attribuées aux Néandertaliens. Ces derniers ont alors été considérés comme les artisans des ornements et des outillages caractéristiques de la culture « uluzzienne ».

L'Homme de Néandertal et l'Homme moderne ont coexisté

De nouvelles analyses effectuées par une équipe internationale impliquant deux laboratoires français viennent contredire ces précédentes conclusions. Les reconstructions en 3D, issues d'enregistrements par microtomographie RX, des restes humains de Cavallo ont été comparées à un large échantillon de dents néandertaliennes et modernes. En analysant les paramètres de leur structure interne et externe (en particulier l'épaisseur de l'émail et le contour des couronnes dentaires), les chercheurs ont mis en évidence que les deux dents de Cavallo appartenaient à des Hommes modernes. D'autre part, la datation au carbone 14 par méthode AMS sur des coquilles perforées, issues des mêmes niveaux archéologiques que les dents, a montré que ce matériel serait vieux d'environ 43.000 à 45.000 ans.

Ces résultats indiquent une arrivée plus précoce d'Homo sapiens en Europe. Ils confirment la longue période de coexistence des Hommes modernes avec les Néandertaliens. De plus, cette étude suggère que, contrairement à ce qui a été affirmé par le passé, les Hommes modernes seraient les artisans de la culture uluzzienne. Cette découverte apporte de nouvelles données pour comprendre le développement des comportements symboliques des populations du Paléolithique. Issue de la réévaluation des deux dents de Cavallo, elle n'aurait pas été possible sans une collaboration entre plusieurs institutions européennes et le recours aux innovations techniques développées au cours de la dernière décennie.

Sourcde : Futura Sciences du 07/11/2011

Un ancêtre de 44 000 ans

Durant des décennies, les paléontologues ont pensé que ce maxillaire humain n'était qu'un fossile préhistorique parmi d'autres. En y regardant de plus près, ils se sont aperçus que son propriétaire était le plus vieil homme moderne jamais identifié en Europe occidentale.

Selon une étude publiée mercredi, le maxillaire est en effet âgé de 41 000 à 44 000 ans et appartenait à l'un de nos ancêtres Homo sapiens, qui aurait donc pu croiser un de nos lointains cousins Neandertal à la même époque, une idée qui fait toujours l'objet d'une vive polémique entre spécialistes.

Le morceau d'os et les trois dents qui y restaient attachées ont été découverts dans une caverne préhistorique du sud de l'Angleterre en 1927.

Une soixantaine d'années plus tard, des scientifiques de l'Université d'Oxford dataient le fossile, l'estimant vieux d'environ 35 000 ans. Un âge respectable, mais pas extraordinaire à l'aune des connaissances sur le peuplement de l'Europe par nos ancêtres «Homo sapiens sapiens».

Des chercheurs se sont cependant mis à douter de la validité de cette datation après avoir découvert sur ce maxillaire supérieur des traces de colle, qui a servi à conserver l'os après sa découverte et aurait pu fausser l'analyse.

«Nous savions que nous allions devoir effectuer des tests supplémentaires pour obtenir une nouvelle datation», explique Beth Shapiro, professeur à la Penn State University (USA) et coauteur de l'étude publiée mercredi dans la revue Nature.

Mais l'échantillon d'os épargné par la colle était trop petit pour autoriser une nouvelle datation au carbone 14 !

Mme Shapiro et ses collègues ont donc décidé de prendre le problème à l'envers: dans le sol de la caverne, ils ont prélevé des ossements d'animaux situés au-dessus et en dessous de la strate où le maxillaire humain avait été découvert.

Ils ont ensuite daté cet ossuaire de la faune préhistorique mêlant loups, cerfs, ours des cavernes et rhinocéros laineux, obtenant une fourchette comprise entre 50 000 et 26 000 ans. En utilisant des techniques de modélisation statistique pour situer le maxillaire dans cette chronologie, ils l'estiment désormais vieux de 41 000 à 44 000 ans.

«Nous pensons que ce morceau de maxillaire est la plus ancienne preuve directe que nous avons sur la présence des humains modernes dans le nord-ouest de l'Europe», souligne Tom Higham, responsable de l'unité de datation par le radiocarbone de l'Université britannique d'Oxford.

«Cela veut aussi dire que les premiers humains ont coexisté avec les Neandertals dans cette partie du monde, ce dont doutent certains chercheurs», assure-t-il.

Autre élément qui plaide en faveur d'une coexistence des deux espèces durant plusieurs millénaires: deux molaires découvertes dans le sud de l'Italie en 1964, et jusqu'alors attribuées à tort à un Neandertal, appartiennent en fait à un Homo sapiens.

Selon une nouvelle analyse au carbone 14 réalisée par Stefano Benazzi, de l'Université de Vienne, et publiée par Nature dans une étude distincte, ces dents sont âgées de 43 000 à 45 000 ans, soit au moins aussi vieilles que le maxillaire anglais.

Les Neandertals sont apparus voici environ 300 000 ans et ont vécu en Europe, en Asie centrale et au Proche-Orient avant de disparaître voici un peu moins de 40 000 ans, pour des raisons inconnues.

Source : Cyberpresse du 03/11/2011

mercredi 9 novembre 2011

L'homme moderne, européen de longue date

Des hommes anatomiquement modernes auraient remplacé les Néandertaliens dans le Sud de l'Italie il y a 45000 ans, soit 5 000 ans avant la date généralement admise.

Une collaboration européenne rassemblant 13 laboratoires, dont ceux d'anthropologie des Universités d'Aix-Marseille et de Bordeaux, vient de montrer que deux dents de lait retrouvées en 1964 dans les Pouilles, en Italie, appartiennent à Homo sapiens alors qu'elles sont vieilles de quelque 45000 ans ! De quoi revoir la chronologie de la transition Néandertaliens-Homo sapiens…

Mal définie sur le plan chronologique par manque de datations fiables, cette période s'étend de l'arrivée des Homo sapiens en Europe à la disparition des Néandertaliens. Du point de vue de la culture matérielle, elle correspond au remplacement progressif en Europe des industries typiquement néandertaliennes du Moustérien (–300 000 à –30 000 ans) par de nouvelles industries lithiques intermédiaires entre les industries moustériennes et celles de l'Aurignacien (–37 000 à –28 000 ans) dues à l'homme anatomiquement moderne. On hésite donc à attribuer ces cultures intermédiaires aux Néandertaliens plutôt qu'aux Homo sapiens. En Europe centrale, il s'agit par exemple du Széletien (–50 000 à –35 000 ans), en Italie, de l'Uluzzien (de –37 000 à –33 000 ans), en France du Châtelperronien (–38 000 à –32 000 ans).

Le réexamen de deux molaires trouvées en 1964 dans la Grotta del Cavallo à Uluzzo, en Italie, et supposées appartenir à des Néandertaliens, clarifie le cas de l'Uluzzien. Après avoir minutieusement comparé la géométrie, l'épaisseur de l'émail et la structure interne de ces dents à celles de Néandertaliens et d'hommes modernes, les chercheurs ont conclu qu'il s'agit de dents de laits d'Homo sapiens très anciennes. Les datations au carbone 14 de huit perles en coquillage trouvées dans les mêmes strates que les dents situent en effet leur âge entre 44 000 et 45 000 ans. En outre, rien n'indique que les porteurs de la culture uluzzienne sont les descendants de ceux de la culture moustérienne (les Néandertaliens), puisque dans la Grotta del Cavallo, les strates moustériennes et les strates uluzziennes sont séparées par des couches de cendres volcaniques stériles. Les porteurs de la culture uluzzienne étaient manifestement des hommes modernes, ce qui en fait les plus anciens d'Europe…

Source : Pour la Science du 03/11/2011


Cro Magnon européen depuis 45.000 ans !

Deux articles paraissent ce matin dans la revue Nature qui vieillissent l'arrivée de Cro Magnon en Europe.

A l'aide de dents dénichées il y a longtemps en Grande Bretagne et en Italie, mais datées de manière plus précise et plus fiable, les archéologues datent désormais d'il y a 42.000 à 45.000 ans l'arrivée de "l'Homme anatomiquement moderne" - l'expression en vigueur dans les laboratoires pour désigner les populations d'Homo sapiens semblables à nous, Cro Magnon n'étant plus qu'un terme journalistique ou de chansons - en Europe.

Cette datation implique que la co-existence en Europe des populations de Néandertaliens et de Cro-Magnon a duré plusieurs milliers d'années.

Ces deux articles viennent alimenter un débat intense sur les relations entre nos ancêtres directs et les hommes de Néandertal qui peuplaient l'Europe depuis 200.000 ans, descendants des Homo erectus présents, eux, depuis plusieurs centaines de milliers d'années. Relations génétiques (des relations sexuelles fécondes) ? Relations culturelles ? Et pourquoi les Néandertaliens ont-ils disparu ?

Le premier article, signé de plusieurs grosses pointures de l'archéologie (Chris Stringer, Erik Trinkaus) a repris un morceau de machoire et des dents découverts en 1927 dans la Caverne de Kent (Torquay). Elles avaient été datées en 1989 a environ 35.000 ans. Une nouvelle analyse, plus précise grace à une ultrafiltration, les vieillit à environ 42.000 ans. En outre une analyse fine des morphologies montre que les dents sont plus "modernes" que néandertaliennes. Bilan : Cro-Magnon, venu du sud, avait déjà passé la Manche (à l'époque un simple fleuve car les calottes de l'ère glaciaire avaient considérablement abaissé le niveau marin).

Le second article, portant sur l'Italie, résulte d'une coopération de 13 équipes européennes dont deux chercheurs (Cnrs et Universités d'Aix-Marseille de Bordeaux). Il a étudié et daté des dents de lait et des coquillages. Priscilla Bayle (Bordeaux) me précise qu'il s'agit «de matériels découverts il y a longtemps dans cette grotte du Cavalier.» Les fouilles datent en effet de 1964, dans cette grotte de l'Apulie, au sud de l'Italie.

Les reconstructions en 3D, permises par des microtomographies en rayons X des dents de la Grottte du Cavallo ont été comparées à des dents néandertaliennes et modernes. Ce qui a montré qu'elles appartenaient à des Hommes modernes. La datation au carbone 14) de coquilles perforées, des mêmes niveaux archéologiques que les dents, a montré qu'elles remontent à 43 000 à 45 000 ans.

Ces nouvelles informations sur le propriétaires des dents et sur son ancienneté bouleverse la première interprétation des outils et ornements en coquillages découverts en 1964. Ils avaient été attribués à des néandertaliens et à une culture baptisée d'Uluzzienne (du nom de la ville d'Uluzzo) qui montre des traits "modernes" (os, ornements, colorants...).

Avec la culture dite du "Chatelperonnien" en France - grottes d'Arcy sur Cure et Saint Cezaire - il s'agit d'une des cultures dites de "transition" entre le paléolithique moyen et le paléolithique supérieur, ce dernier étant censé découler de l'arrivée de l'homme moderne. Bref, un Cro Magnon plus "évolué" culturellement que les Néandertaliens.

Ces cultures de transition ont souvent été interprêtées comme le signe de relations culturelles entre les deux populations, les Néandertaliens ayant été "inspiré" par leurs cousins. Cette histoire a désormais de plus en plus de plomb dans l'aile... même si, précise Bayle : «c'est surtout le doute qui grandit. On avait raisonné par analogie avec le Chatelperonnien en France, attribué à des néandertaliens (Saint Cezaire, Arcy sur Cure). L'argument tombe, car les niveaux archéologiques ont été redatés et sont plus anciens. Le doute grandit finalement sur les auteurs des industries de transitions. On ajoute au doute. Mais ils vont tous dans la même direction : les industries dites de transitions peuvent être des mélanges entre niveaux archéologiques ou le fait d'hommes modernes.»

Source : Sciences2 du 03/11/2011

mardi 8 novembre 2011

La préhistoire des Européens revisitée

L'homme moderne est arrivé à l'ouest du continent plus tôt qu'on ne le pensait.

Cela faisait des dizaines d'années qu'«il» patientait dans les réserves du musée de Torquay, ville de la riviera anglaise où naquit Agatha Christie. Quoi de plus normal qu'après une enquête scientifique serrée menée par une équipe internationale, il s'avère que ce «il» est le plus ancien fossile d'homme moderne jamais caractérisé en Europe de l'Ouest (Nature du 3 novembre 2011)? Ce bout de maxillaire, qui présente encore trois dents, a plus de 40.000 ans (entre 44,2 et 41,5 milliers d'années) et risque de bouleverser l'histoire des hommes modernes en Europe. Il avait été découvert en 1927 dans la Kent's Cavern, immense grotte devenue le plus important site paléolithique de Grande-Bretagne.

On estime que l'homme a peuplé la terre à partir d'un «berceau» des hominidés situé en Afrique. Il en est sorti, par vagues successives et très espacées, pour coloniser ou recoloniser, entre autres, le Proche-Orient, le Caucase, les Balkans et toute l'Europe occidentale. Le plus vieux fossile d'hominidé trouvé en Europe de l'Ouest, une mandibule, date d'un peu plus de 1 million d'années. Plusieurs autres spécimens découverts en Géorgie datent de 1,7 million d'années. Sans doute la première vague.

Les premières traces de Neandertal, un Homo, apparaissent, elles, il y a environ 450.000 ans. C'est peut-être la deuxième vague. Ces traces fossiles disparaîtront quelque 420.000 ans plus tard. C'est l'époque des grandes périodes glaciaires entrecoupées de «pauses» tempérées, comme il y a environ 40.000 ans, conduisant à un fort recul des glaciers, ouvrant ainsi des passages vers ces territoires longtemps «verrouillés» par les glaces. Et ouvrant la voie à l'homme moderne Homo sapiens sapiens, aussi appelé homme de Cro-Magnon. Neandertal et Cro-Magnon se sont-ils croisés, fréquentés ? D'après ces dernières données, ils ont cohabité pendant sans doute plus de 10.000 ans. Et Neandertal a disparu, sans que l'on sache exactement pourquoi.

Tous ces travaux s'appuient sur de petits et fragiles fossiles. Leur datation ou l'interprétation des données morphologiques nécessitent des techniques de plus en plus sophistiquées. La fameuse datation au carbone 14 n'est plus qu'un premier indicateur de datation. On emploie par exemple aujourd'hui des analyses sur les différents isotopes d'oxygène. Les chercheurs ont également tenté des études génétiques sur l'ADN du fossile. Mais ce qu'ils ont récupéré ne pouvait être clairement distingué d'une éventuelle «contamination» par ceux qui l'avaient manipulé.

Autre découverte dans la grotte du Cavallo

«C'est un résultat très intéressant, estime Marylène Patou-Mathis, préhistorienne au CNRS et au Muséum national d'histoire naturelle, également conseiller scientifique du film AO, le dernier Neandertal. Car dater et travailler directement sur des restes humains est important. Et cela confirme bien que Neandertal et l'homme moderne ont dû vivre côte à côte.»

Dans le même numéro de la revue Science, une autre équipe internationale revendique la caractérisation du plus ancien fossile d'homme moderne de l'Europe du Sud-Est. Deux molaires découvertes en 1964 dans la grotte du Cavallo (sud de l'Italie) ont été réexaminées de manière très fine. Elles datent de 45.000 à 43.000 années. Ce qui confirme que homme moderne et Neandertal ont vécu en ces lieux au même moment. Mais aussi que les hommes modernes ont colonisé l'Europe de l'Ouest de manière bien plus rapide qu'on ne le croyait.

Source : Le Figaro du 02/11/2011

Homo Sapiens : son arrivée en Europe plus précoce qu'on ne le pensait

L'arrivée de l'Homme moderne en Europe a eu lieu plusieurs millénaires avant les estimations jusqu'alors admises. Une découverte permise grâce à l'analyse de dents qui au moment où elles ont été trouvées, il y a une cinquantaine d'années, ont été à tort attribuées à des Néandertaliens. En réalité, elles appartiendraient aux premiers Homo sapiens européens.

Les premiers Hommes modernes (Homo sapiens) auraient foulé le sol européen il y a environ 43.000 à 45.000 ans, plusieurs millénaires avant la date de leur arrivée jusqu'alors admise par les scientifiques. Cette découverte a été permise grâce à la collaboration de treize équipes européennes, rapporte le CNRS dans un communiqué.

Les chercheurs, dont deux français, ont analysé deux dents de lait découvertes dans une grotte préhistorique italienne, la Grotta del Cavallo, il y a une cinquantaine d'années. Ces dents, qui d'après une datation au carbone 14, sont vieilles de 45.000 ans environ, avaient été considérées à tort comme celles de Néandertaliens. Mais en réalité, elles appartiennent à un Homo sapiens, ont révélé des reconstructions en 3D des restes humains comparées à un grand échantillon de dents néandertaliennes et modernes. Cette découverte constitue alors le plus ancien témoignage des Hommes modernes européens.

Dans la revue Nature, les scientifiques qui ont mené cette étude expliquent avoir obtenu grâce à leurs travaux un nouvel éclairage pour mieux comprendre l'arrivée des premiers Homo Sapiens en Europe, et la période de transition entre cette diffusion et la disparition des Néandertaliens, qui ont vécu en Europe pendant plus de 200.000 ans. L'hypothèse la plus largement répandue au sein de la communauté scientifique avance que cette disparition est liée à l'arrivée des Hommes modernes. Les dents de la grotte italienne révèlent une diffusion plus précoce des Homos Sapiens, et confirment alors une longue période de coexistence des deux espèces, souligne le CNRS.

Source : MaxiSciences du 03/11/2011

lundi 7 novembre 2011

Sapiens et Neandertal ont cohabité plus longtemps que prévu en Europe


Les premiers Hommes modernes seraient arrivés en Europe il y a environ 45 000 ans, soit plusieurs millénaires avant la date communément admise jusqu'ici.

Une mâchoire, deux dents de lait.. et on repart quelques milliers d’années plus en arrière que prévu. Des fossiles ont été mal interprétés lors de leur découverte, signalent deux études publiées conjointement par la revue Nature. Leurs conclusions : l’Homme moderne (Homo sapiens) a débarqué en Europe il y a environ 45.000 ans et il s’est ensuite rapidement dispersé sur tout le continent.

La mâchoire d'Homme moderne découverte en Angleterre

Erreurs d'interprétations

La mâchoire découverte en Angleterre en 1927 avait bien été attribuée à Sapiens mais sa datation au radiocarbone réalisée en 1989 indiquait que le fossile était âgé d'environ 35.000 ans. En utilisant l'ultrafiltration, une technique de datation au carbone plus raffinée, des paléontologues anglais démontrent que la mâchoire date de 44.200 à 41.500 ans. La morphologie dentaire indique bien cependant que son attribution à Sapiens plutôt qu'à Neandertal est fiable.

Quant aux deux dents, provenant de la grotte del Cavallo, en Italie, et exhumées en 1960, elles furent après leur découverte attribuées aux Néandertaliens. Ces derniers étaient alors considérés comme les artisans des ornements et des outillages caractéristiques de la culture qui avait régné dans cette région.


De nouvelles analyses effectuées par une équipe internationale -impliquant deux laboratoires français- viennent contredire ces précédentes conclusions. Les reconstructions en 3D, issues d'enregistrements par microtomographie, ont été comparées à un large échantillon de dents néandertaliennes et modernes.

Dent de lait de Cavallo

En analysant les paramètres de leur structure interne et externe (en particulier l'épaisseur de l'émail et le contour des couronnes dentaires), les chercheurs ont découvert que les deux dents de Cavallo appartenaient en fait à des Hommes modernes. D'autre part, la datation au carbone 14 sur des coquilles perforées, issues des mêmes niveaux archéologiques que les dents, a montré que ces deux dents dateraient d'environ 43.000 à 45.000 ans.

Une longue cohabitation

Ces résultats indiquent donc qu’il y a environ 45.000 ans Homo sapiens était déjà présent en Europe et qu’il s’est très rapidement dispersé sur le continent, comme en témoigne la mâchoire découverte en Angleterre. Cela signifie également qu’il y a eu une longue période de coexistence des Hommes modernes avec les Néandertaliens.

Durant cette période, les deux espèces ont entretenu par moment des liens très étroits puisque les dernières analyses génétiques indiquent qu’il y a eu un croisement entre elles, et que les Homo sapiens en ont gardé un souvenir dans leur génome, ce dernier étant composé de 1 à 4 % d’ADN néandertalien.

Source :Sciences et Avenir du 02/11/2011

Une dent européenne de 45 000 ans

Grâce à elle, on sait maintenant que la colonisation de l'Europe par l'homme moderne date de plusieurs milliers de décennies.

La nouvelle datation de 43 000 à 45 000 ans de ces deux dents trouvées en Italie du Sud en 1964 fait d'elles les plus anciens restes de l'homme moderne jamais retrouvés en Europe  

La prochaine fois que mon dentiste voudra m'arracher une vieille dent pour la remplacer par un implant afin de payer les traites de sa Ferrari, je le mettrai en garde : attention à la destruction d'indice ! Je lui parlerai alors de ces deux vieilles molaires italiennes dont on avait cru qu'elles appartenaient à une mâchoire néandertalienne, et qui se révèlent finalement être celles d'hommes modernes (de Cro-Magnon).

Cette découverte publiée dans la revue Nature par une équipe multinationale est de première importance, car la nouvelle datation de 43 000 à 45 000 ans de ces deux dents trouvées dans la grotte de Cavallo, en Italie du Sud, en 1964 fait d'elles les plus anciens restes de l'homme moderne jamais retrouvés en Europe. On savait que le bougre avait débarqué du Moyen-Orient dans ces eaux-là. En voici donc la confirmation, et la découverte de sa rapide dispersion en Europe puisqu'on l'a retrouvé au fond de la botte italienne.

D'autant qu'une autre équipe, britannique elle, vient d'effectuer un constat similaire. L'âge d'un fragment de mâchoire d'homme moderne contenant encore trois dents, retrouvé dans la grotte de Kent (Devon), vient d'être considérablement vieilli. Il n'a pas 35 000 ans, comme on le croyait jusqu'ici, mais entre 41 500 et 44 200 ans. Cette découverte d'une présence anticipée de l'homme moderne dans toute l'Europe amène une autre constatation : celle d'une plus longue cohabitation avec Néandertal, ce qui renforce l'opinion de ceux qui ont tendance à innocenter Cro-Magnon de l'extinction de ces lointains cousins.

Les révolutions de palais sont fréquentes

La réattribution des deux dents italiennes à l'homme moderne a une autre conséquence non négligeable : celle de réattribuer la fabrication d'outils en pierre sophistiqués retrouvés dans le sud de l'Italie aux hommes modernes et non plus aux Néandertal. Une sacrée déconvenue pour ceux qui prenaient à témoin cette culture de l'Uluzzien pour faire des Néandertal les quasi égaux des hommes modernes.

Il faut dire qu'en paléontologie les révolutions de palais sont fréquentes. La découverte du moindre crâne ou bout de fémur remet souvent en cause toutes les théories précédentes en cause. C'est vrai que celles-ci reposent souvent sur la grande imagination des paléoanthropologues. À partir d'une banale molaire, certains sont capables de vous expliquer 200 000 ans de l'épopée humaine. Un peu comme si la découverte d'une pièce de puzzle montrant le sommet de l'obélisque était utilisée pour reconstituer la place de la Concorde.

En attendant, la canine que vient de m'extraire mon dentiste, je la mets au coffre. Non seulement parce qu'il m'en a coûté une fortune pour la remplacer, mais aussi parce que, dans 10 000 ans, elle sera peut-être utile à un paléontologue pour écrire une thèse sur l'évolution du polymorphisme crânien du journaliste du XXIe siècle.
Source : Le Point du 05/11/2011

vendredi 4 novembre 2011

Une découverte sur le passé de l'Homme

Les premiers hommes modernes (homo sapiens) sont arrivés plusieurs millénaires plus tôt que ce qui était communément admis, soit il y a 45 000 ans. C'est ce que nous apprend la publication, hier, du travail de treize équipes européennes de chercheurs mobilisées depuis deux ans. Priscillia Bayle, enseignante-chercheuse à l'université de Bordeaux-I et spécialisée en paléoanthropologie, a participé à ses études. « L'imagerie haute résolution, maîtrisée depuis une dizaine d'années, m'a permis d'obtenir des informations sur l'intérieur des deux dents de lait examinées », explique cette spécialiste. Ces dents de lait ont été trouvées dans une grotte préhistorique dans le sud de l'Italie, dans les années 1960. Cette découverte ouvre des pistes d'études sur l'artisanat qu'on considérait alors comme l'œuvre des néanderthaliens, sur la plus grande cohabitation entre néanderthaliens et hommes modernes et sur l'évolution, qui doit alors être reconsidérée, de l'homme moderne.

Source : 20mn du 04/11/2011

jeudi 3 novembre 2011

Datation des restes d'homme moderne les plus anciens d'Europe

Des restes humains fossilisés découverts en Italie et en Angleterre s'avèrent être les plus anciennes preuves de la présence de l'homme moderne en Europe. Ils auraient entre 41.500 et 45.000 ans, alors que les plus vieux connus jusque-là dataient de 40.000 ans, selon deux études publiées mercredi.


Les scientifiques soupçonnaient depuis longtemps, d'après des outils de pierre et autres artefacts, que les premières populations d'homo sapiens s'étaient installées sur le continent il y a 42.000 à 44.000 ans mais on ne connaissait aucun fossile humain remontant au-delà de 40.000 ans.

Deux études publiées par la revue "Nature" comblent ce vide, grâce à deux équipes de chercheurs de Vienne (Autriche) et d'Oxford qui ont repris des fossiles déjà examinés pour les dater avec de nouvelles technologies.

Les restes trouvés en Italie remonteraient à 43.000 à 45.000 ans, et ceux d'Angleterre à 41.500 à 44.200 ans.

Ces résultats "repoussent l'époque à laquelle nous pouvons dire avec certitude" que l'homme moderne se trouvait en Europe, explique Shara Bailey, anthropologue à l'université de New York, qui n'a pas participé à ces travaux, dans un courrier électronique à l'Associated Press.

Cela confirme aussi que l'homme moderne a co-habité pendant plusieurs milliers d'années avec l'homme de Néanderthal, qui a disparu il y a environ 30.000 ans. Des travaux génétiques récents suggèrent des croisements entre Néanderthals et Homo Sapiens au Moyen-Orient.

Source : NouvelObs du 02/11/2011

mercredi 2 novembre 2011

Homo sapiens et Néandertaliens auraient pu se croiser

Durant des décennies, les paléontologues ont pensé qu'un maxillaire humain n'était qu'un fossile préhistorique parmi d'autres. En y regardant de plus près, ils se sont aperçus que son propriétaire était le plus vieil homme moderne jamais identifié en Europe occidentale.

Selon une étude publiée mercredi, le maxillaire est en effet âgé de 41'000 à 44'000 ans et appartenait à l'un de nos ancêtres Homo sapiens, qui aurait donc pu croiser un de nos lointains cousins du Neandertal à la même époque, une idée qui fait toujours l'objet d'une vive polémique entre spécialistes.

Cette découverte confirmerait que les Néandertaliens et les Homo Sapiens auraient pu se croiser.

Le morceau d'os et les trois dents qui y restaient attachées ont été découverts dans une caverne préhistorique du sud de l'Angleterre en 1927.

Une soixantaine d'années plus tard, des scientifiques de l'Université d'Oxford ont daté le fossile, l'estimant vieux d'environ 35'000 ans. Un âge respectable mais pas extraordinaire à l'aune des connaissances sur le peuplement de l'Europe par nos ancêtres "Homo sapiens sapiens".
Première datation erronée

Des chercheurs se sont cependant mis à douter de la validité de cette datation après avoir découvert sur ce maxillaire supérieur des traces de colle, qui a servi à conserver l'os après sa découverte et aurait pu fausser l'analyse.

"Nous savions que nous allions devoir effectuer des tests supplémentaires pour obtenir une nouvelle datation", explique Beth Shapiro, professeur à la Penn State University (USA) et co-auteur de l'étude publiée mercredi dans la revue Nature.

Mais l'échantillon d'os épargné par la colle était trop petit pour autoriser une nouvelle datation au carbone 14.
Nouveau calcul

Beth Shapiro et ses collègues ont donc décidé de prendre le problème à l'envers: dans le sol de la caverne, ils ont prélevé des ossements d'animaux situés au-dessus et en-dessous de la strate où le maxillaire humain avait été découvert.

Ils ont ensuite daté cet ossuaire de la faune préhistorique mêlant loups, cerfs, ours des cavernes et rhinocéros laineux, obtenant une fourchette comprise entre 50'000 et 26'000 ans.

En utilisant des techniques de modélisation statistique pour situer le maxillaire dans cette chronologie, ils l'estiment désormais vieux de 41'000 à 44'000 ans.

Source : TSR du 02/11/2011

vendredi 28 octobre 2011

Sediba : cas unique de mélange des genres

Il grimpe aux arbres… mais peut déjà fabriquer des outils 200 000 ans avant Homo habilis ! Tel est Sediba, petit australopithèque découvert en 2008, dont l'analyse révèle à quel point il est tissé de caractères primitifs et humains.Retour en images sur un parfait exemple de bricolage évolutionnel.

Conservés à près de 50 %, les ossements trouvés dans la grotte de Malapa (Afrique du Sud) correspondent aux squelettes de deux australopithèques:une femelle entre 20 et 30 ans (à g. ) et un mâle d'environ 10 ans (à dr. ).

Les os d'Australopithecus sediba ont enfin parlé ! A peine trois ans après leur découverte par le paléoanthropologue américain Lee Berger, ces restes de deux australopithèques exhumés dans une grotte de Malapa (Afrique du Sud) font l'objet de pas moins de cinq études. Il s'agit d'un jeune mâle (MH1) entre 10 et 13 ans (8-9 ans actuels) et d'une femelle (MH2) de 20-30 ans, qui vivaient il y a 1,9 million d'années. Première surprise : "Sediba concilie des traits morphologiques très primitifs et une structure très avancée , s'étonne le chercheur de l'université de Witwatersrand (Johannesburg). Il serait une sorte d'intermédiaire entre Australopithecus et Homo . " Si un tel mélange de traits se retrouve chez de nombreux fossiles d'hominidés, Lee Berger n'aurait jamais imaginé "une combinaison aussi surprenante" , qu'il qualifie " d'unique chez les hominidés ". "La morphologie de Sediba est un bon exemple de bricolage évolutionnel" , résume son collègue Kristian J. Carlson. De cette étonnante mosaïque de caractères des genres Homo et australopithèque, mais aussi d'autres quasiment simiesques, voici tout de suite la démonstration… en images.

Un cerveau petit mais à la structure moderne

Cette reconstitution du cerveau de Australopithecus sediba réalisée par l'équipe de Paul Tafforeau du Synchrotron de Grenoble révèle qu'il est d'un volume proche de celui d'un grand singe (environ 420 cm³ ), soit 40 cm³ de plus que celui d'un chimpanzé (le cerveau humain mesure, lui, 1 350 cm³ ). Si les rainures qui séparent ses circonvolutions ont des caractéristiques typiquement simiesques, Kristian J. Carlson estime que l'endocrâne (autrement dit le moulage virtuel en 3D) " révèle une 'réorganisation neuronale graduelle' dans la partie située derrière les yeux, ce qui apparaît chez les australopithèques précédant Sediba et semble resurgir plus tard, chez Homo sapiens . Ce la paraît cohérent avec l'idée d'un Sediba qui ferait figure de transition entre Australopithecus et Homo , mais le lien est impossible à établir sans connaître mieux les cerveaux d' Homo habilis et d' Homo erectus primitifs.

Un australopithèque à la croisée des chemins. Parmi les hominidés, Sediba apparaît comme un mélange unique de caractères : il pourrait être une sorte d'intermédiaire entre Homo et Australopithecus .

A l'heure actuelle, on ne sait pas s'il est possible de parler d'un motif organisationnel intermédiaire, ni de déduire de cette réorganisation les capacités cognitives de Sediba ".

Lorsque les chercheurs comparent cet endocrâne du jeune mâle, Sediba MH1, avec ceux d'autres hominidés, ils retrouvent ce curieux mélange de caractères modernes et primitifs.

Ainsi, l'avant et la région latérale gauche du cerveau de Sediba se rapprochent davantage de celui d'un Homo sapiens que de celui d'autres australopithèques.

De forme encore primitive mais aussi humaine

La modélisation virtuelle du crâne du jeune Sediba MH1 révèle que ses dents sont déjà plus petites que celles des premiers australopithèques, et qu'elles présentent une dimension que l'on trouve chez certains membres primitifs du genre Homo . "La morphologie des canines et des incisives est très humaine, alors que la forme et le dessus des molaires rappellent celles des australopithèques" , souligne Lee Berger. De la femelle Sediba MH2, il ne reste que la mâchoire inférieure qui, elle aussi, présente déjà une taille réduite mais pas autant que chez la plupart des Homo. "Sa morphologie pourrait présenter un 'menton naissant', une caractéristique que l'on trouve d'habitude seulement chez les hommes modernes", explique Kristian J. Carlson.

Encore gracile mais déjà capable de fabriquer des outils

La main droite de MH2, la plus complète jamais trouvée chez un hominidé primitif, pose un problème aux paléoanthropologues. "Datée de 2 millions d'années, elle est capable de fabriquer des outils… plus de 200 000 ans avant Homo habilis , qui, lui, était doté d'une main plus primitive " , remarque Lee Berger. De quoi alimenter le débat sur la chronologie de l'évolution et la parenté avec le genre Homo.

Les doigts

Relativement courts et modérément courbés, ils pourraient laisser penser que Sediba était moins adapté à la locomotion arboricole que les premiers hominidés.

Le pouce

Plus long que celui d'un homme moderne, le pouce de Sediba est opposable. Et il était doté de muscles puissants qui, associés à une paume de type moderne, lui permettaient de saisir et de manipuler des objets avec plus de précision que ne l'autorise la musculature du pouce chez les chimpanzés, dotés, eux, de pouces relativement courts par rapport à leurs doigts pour attraper les branches ou marcher.

Les os de la paume (métacarpe)

Chez MH2, ils sont minces, ce qui est une caractéristique primitive. En revanche, leurs extrémités sont plus robustes que celles des autres australopithèques, mais aussi de bien des hominidés tardifs.

Le poignet

Les os du poignet de MH2 lui permettent de supporter des poids élevés et de porter ses outils. Son os scaphoïde (le dernier os en bas à droite) apparaît similaire à celui d'un homme, contrairement à celui d'un Homo habilis. En revanche, le capitatum (au milieu du poignet) et l'articulation entre le carpe et le métacarpe rappellent plutôt ceux des australopithèques.

Sans dimorphisme sexuel mais adapté à la marche debout

Avec son bassin en forme de bol, court et large comme celui des Homo , Sediba semble adapté à la marche et à la course tout en restant capable de se déplacer dans les arbres. "Mais au seul regard des caractéristiques humaines de son bassin, il est toutefois difficile de savoir si Sediba était plus adapté à la marche qu'à la vie arboricole " , explique Kristian J. Carlson.

Les grands os de la partie supérieure du bassin

Les os iliaques de Sediba ont l'orientation verticale de ceux des Homo et sont également plus robustes que ceux des Australopithecus dont ils ont la forme aplatie sur les côtés.

Le sacrum

Sa courbure est marquée, comme chez Homo. Mais il reste aussi primitif par la largeur de ses ailes latérales.

Les articulations sacro-iliaques

Elles sont d'assez petite taille, comme chez d'autres australopithèques et les Homo primitifs.

L'ischium, à l'arrière et en bas de l'os de la hanche

L'ischium est plus court que chez Australopithecus, ce qui le rapproche de celui de Homo.

Le pubis

Les branches supérieures des os pubiens de Sediba sont longues comme chez les australopithèques.

La symphyse pubienne

A la différence de celle des bassins modernes où se distinguent clairement les mâles et les femelles, celle-ci ne présente pas de dimorphisme sexuel.

Prévus pour grimper mais aussi pour courir

Le tibia

Perpendiculaires à la cheville, le tibia et les os qui l'entourent permettent à Sediba de marcher debout. Mais sa base, d'une robustesse simiesque, lui est également utile pour grimper aux arbres.

Le talus (articulations cheville-tibia)

Il rappelle à la fois Homo et certains australopithèques, tout comme une possible cambrure du pied nécessaire à la bipédie. La tête du talus, disproportionnée par rapport au corps, évoque le chimpanzé.

Le calcanéus (os du talon)

Gracile comme celui d'un chimpanzé, le talon de Sediba est même plus primitif que celui de Lucy, qui vivait près d'un million d'années plus tôt. Et pourtant, il porte la trace d'un tendon d'Achille qui, avec la cambrure du pied, est l'élément essentiel à la marche debout… et même à la course.

Source : Science et Vie du 26/10/2011

jeudi 27 octobre 2011

La dernière heure d'Ötzi

De nouvelles découvertes permettent de mieux comprendre les événements précédant la mort d'Ötzi, cet homme naturellement momifié et découvert dans les Alpes il y a vingt ans.

Une mort violente confirmée

Près de 100 experts de presque tous les continents étaient réunis pour le "2ème Congrès sur la Momie de Bolzano" qui s'est tenue à l'Académie européenne de Bolzano du 20 au 22 Octobre 2011.


La momie d’Ötzi photographiée en 2000 au musée de Bolzano, en Italie, alors qu’un chercheur prépare des prélèvements d’échantillons

Leur but tenter de mieux comprendre le déroulement de la dernière heure de cet homme qui a vécu il y a 5000 ans. "Ötzi se sentait suffisamment en sécurité pour prendre une pause, et s'installer devant un copieux repas. Pendant son repos, il a été attaqué, abattu par une flèche et laissé pour mort," explique Albert Zink, chercheur spécialisé dans les momies.

L'analyse du corps révèle qu'il aurait été abattu par derrière d’une flèche qui lui a perforé le poumon gauche et sectionné une artère près de l’épaule, provoquant une hémorragie.

Mais de nouveaux examens réalisés sur des échantillons de cerveau ont aussi montré des séquelles d'un traumatisme crânien qui aurait pu aussi causer sa mort. On ne sait pas encore s'il a été provoqué par un coup ou par une chute sur le crâne.

Selon les spécialistes, il n'y a aucune preuve permettant d'établir que le corps ait été enterré comme cela a déjà pu être suggéré. La position du corps (avec un bras pointant vers le haut) et l'absence de traces de sépulture semble indiquer un ensevelissement naturel.

Des interrogations sur sa présence en altitude

Si les chercheurs sont maintenant même capables de reconstituer le dernier repas d'Ötzi (céréales, bouquetin et pomme) il s'interrogent encore sur sa présence dans ce glacier alpin italien, près de la frontière avec l’Autriche à 3200 mètres d'altitude.

Lors du congrès, les spécialistes ont réfuté la théorie selon laquelle Ötzi était un berger qui accompagnait ses bêtes paître sur les sommets durant l'été. En effet les dernières découvertes archéologiques et botaniques indiquent qu'il n'y avait pas de migration saisonnière du bétail à l'époque où il vivait (entre 3 350 et 3 100 av. J.-C.). La transhumance proprement dite n'a commencé que vers 1500 av. J.-C.

On se sait donc encore rien des raisons exactes de son voyage dans les sommets alpins.

Découvert en 1991 dans un état de conservation exceptionnel, avec ses habits et ses armes, Ötzi est depuis 1998 exposé au musée d’archéologie de Bolzano, en Italie.

Source : Sciences et Avenir du 26/10/2011

mercredi 19 octobre 2011

L'ADN, nos ancêtres et nous sur Arte

L'ADN, nos ancêtres et nous
À voir le 18/10/2011 à 20h41 sur Arte
À voir sur le web

En fin de compte, l'histoire de l'humanité serait quelque chose de très simple : à partir du premier organisme vivant formé dans l'eau de l'océan, il y a un peu moins de quatre milliards d'années, les cellules se sont développées pour engendrer la diversité terrestre.

Pas la peine de se triturer les ­méninges à la recherche de théories ­fumeuses, le code génétique est universel. Il est de même nature aussi bien dans un brin d'herbe que chez un éléphant, un homme ou un putois, comme le souligne le généticien Axel Kahn, ­interviewé dans le documentaire L'ADN, nos ancêtres et nous, réalisé par Franck Guérin et Emmanuel Leconte, diffusé ce soir. Les auteurs ont réussi la gageure d'essayer (sans y parvenir vraiment quand on n'est pas au fait de ces questions) de rendre grand ­public un sujet complexe, un voyage au coeur de nos cellules pour mieux comprendre l'humanité.

On va d'étonnement en étonnement. L'homme et la levure ont un ancêtre commun, tout comme la mouche ou un champignon qui a vécu il y a 2,5 milliards d'années ; l'ADN de deux individus pris au hasard sur la planète ne ­diffère que de 0,1 %, et notre ADN est le même que celui d'un chimpanzé à 99 %. On apprend que la population mondiale descend directement d'un petit groupe d'individus qui vivaient en Afrique, sans doute du côté de l'actuelle Namibie, il y a 200 000 ans.


Au fil du temps, des Homo sapiens ont quitté le berceau de l'humanité pour coloniser d'autres parties du monde, se rendant en Asie en suivant les côtes puis en Australie tandis qu'une autre vague, profitant de la glaciation du détroit de Béring, est passée en Amérique pour ­aller jusqu'à la Terre de Feu. Donc, comme insiste le Prix Nobel Desmond Tutu, non sans malice, « nous sommes tous des Africains ». Les Homo sapiens ont croisé d'autres types d'homme, comme ceux de la lignée néandertalienne, mais eux seuls ont survécu. Le corps humain s'est adapté aux conditions ­climatiques, notamment la couleur de la peau, qui, en fonction des variations d'ensoleillement, s'est blanchie.

Généticiens, paléo-anthropologues et archéologues se succèdent, expliquant par exemple que si les Orientaux ont les yeux en amande, c'est que le chef d'une tribu a dû avoir une concubine qui avait cette forme d'oeil, qu'ils ont eu des enfants nombreux et qu'au fil des générations ce critère s'est généralisé. Il ne s'agit donc pas, comme beaucoup l'ont cru et l'ont utilisé dans un discours sur la différence, de l'effet d'une quelconque sélection. Une scientifique explique d'ailleurs qu'un corps petit et rond s'adaptera plus facilement à un climat froid et une forme longue et fine à un climat chaud et sec.

Desmond Tutu se félicite de ces recherches : « Enfin, l'Afrique est au coeur de l'aventure humaine ! Nous formons la même famille, nous sommes tous des Africains. » Un joli coup de canif dans les théories raciales, qui ne reposent sur aucun fondement. Et en guise de conclusion, cette remarque du généticien des populations Mark Stoneking : « C'est à nous de décider comment on se comporte les uns envers les autres.

Le teaser :


Source : Le Figaro du 18/11/2011

lundi 17 octobre 2011

Un atelier d'artiste préhistorique

En Afrique du Sud, des paléontologues ont découvert dans une grotte les vestiges d’un atelier d’artiste préhistorique datant de 100 000 ans.

En 2008, des vestiges d'outils et des coquilles de mollusques recouverts de pigments rouges ont été découverts dans la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, enfouis dans une couche sédimentaire daté de 100 000 ans. Ils représentent les traces d’un atelier d’artiste préhistorique jonché de marteaux et de meules, dans lequel les premiers hommes fabriquaient et stockaient de l’ocre, sous forme de pate colorante rouge, l’un des premiers pigments connus.

Une équipe internationale, à laquelle collaboraient des chercheurs du CNRS, a étudié ces vestiges et notamment deux coquilles d’ormeaux qui ont servi à garder un mélange rouge riche en ocre qui était combiné à de l'os et à du charbon. Les coquilles ont des trous pour la respiration, ce qui implique qu'ils ont dû être bouchés pour qu'elles puissent servir de récipient.

Dans la revue Nature, les chercheurs sont parvenus à reconstituer la recette mise en œuvre par les hommes préhistoriques pour fabriquer leur pigment. Ils ont notamment mis en évidence l'utilisation délibérée de trois types de roches riches en deux minéraux, l'hématite et la goethite, des oxydes de fer parmi les plus répandus.

Les hommes préhistoriques obtenaient le pigment en débitant puis en broyant ces roches, ou en les abrasant contre des meules en quartzite. La découverte de fragments d'os spongieux suggère également que de la moelle osseuse devait être utilisée comme liant.

Cet atelier constitue le plus ancien témoignage d'une production et d'une conservation de matières colorantes. Sa découverte permet d'enrichir considérablement les connaissances dans ce domaine de la fabrication et de l’utilisation de pigments. Il n'est pas encore évident de dire à quoi pouvait servir cet ocre mais les paléontologues suggèrent que ces premiers Homo sapiens ont pu l'utiliser pour peindre leur corps ou faire de simples décorations artistiques.

Source : Sciences et Avenir du 14/10/2011

Préhistoire : un ‘atelier de peinture’ vieux de 100.000 ans

Publiés récemment dans Science, des chercheurs sud-africains et norvégiens ont découvert en Afrique-du-Sud, des coquillages portant des traces d’un colorant à base d’ocre et datant de -100.000 ans. La trouvaille prouve la capacité d’Homo sapiens à concevoir et élaborer des mélanges complexes au moins 20.000 ans plus tôt que ce qui était connu jusqu’à présent.

Une équipe internationale dirigée par Christopher Henshilwood, des universités de Witwatersrand, à Johannesburg (Afrique du Sud) et de Bergen (Norvège), a mis au jour, dans des sédiments vieux de 100.000 ans de la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, deux coquilles d'ormeaux (utilisées comme récipients) maculées d’un colorant rouge, composé d'ocre, d'os et de charbon de bois, ainsi que des pilons et une ‘touillette’ en os. Soit les vestiges d’un véritable ‘atelier’ de fabrication de ‘peinture’.

S’ils ignorent l’utilisation exacte faite de ce colorant, les préhistoriens supposent qu’il pourrait s’agir d’un enduit destiné à colorer ou protéger la peau, à décorer des objets ou les parois d’une grotte. Une découverte qui repousse encore de 20 à 30.000 ans en arrière la preuve d’une intelligence complexe chez Homo sapiens, la seule espèce humaine connue fréquentant cette région à cette époque.

"Ce n'est pas un mélange [de composés] dû seulement à la chance, c’est de la chimie des premiers âges. Ceci suggère des capacités conceptuelles et probablement cognitives équivalentes à celles de l'homme actuel", conclut Christopher Henshilwood.

Source : MaxiSciences du 14/10/2011

lundi 10 octobre 2011

Dans un an, Lascaux 3

Excellente nouvelle : « Lascaux va bien », a lancé jeudi Yves Coppens devant le Comité de pilotage artistique et scientifique de Lascaux 3, qui siégeait pour la troisième fois. Un autre « préhistorien vedette » était le conservateur général du patrimoine Jean Clottes.

Cette réunion au Conseil général avait pour but de valider le programme préliminaire et l'avant-projet de scénographie de l'ambitieux projet de Lascaux 3.

Qu'est-ce à dire ? « Après Lascaux 2 avec la salle des Taureaux et le Diverticule axial, Lascaux 3 proposera la Nef de Lascaux, reproduite pour le grand public des plus gros musées du monde. Lascaux 4 enfin fournira une image de toute la grotte, à Montignac », a précisé d'entrée le président Bernard Cazeau.
Cinq fac-similés

Le directeur du projet, Olivier Retout, a indiqué pour sa part comment, conçue autour de cinq fac-similés grandeur nature, des parois ornées de la Nef (frises des Bisons et de Chevaux, Vache noire, Bisons adossés et frise des Cerfs) et du Puits, Lascaux 3 s'étendra sur 800 m². Elle sera exposée d'ici un an en première mondiale, pour trois mois, à Cap Sciences à Bordeaux. Cela faute de pouvoir l'être à Paris : le musée de l'Homme, à Chaillot, est loin d'être rénové et Saint-Germain-en-Laye est trop petit.

Il a évoqué ensuite les étapes suivantes dans le monde, avec transport en neuf conteneurs volumineux, servis par une équipe de spécialistes : Fields Museum de Chicago en mars 2013, puis musées de Montréal et Victoria (Canada), Sydney et peut-être Shanghai, puisque son guidage franco-anglais pourrait s'étendre au chinois. On parle aussi de la Corée du Sud.
Secret de fabrication

En présence de Muriel Mauriac conservatrice de la grotte, de Dany Barraud directeur régional de l'archéologie, de Jacques Buisson-Catil tout nouveau directeur du Pôle international de préhistoire, et de Jean-Michel Geneste directeur du Centre national de préhistoire, Bernard Cazeau a souligné la force du Périgord dans ce dossier.

« Nous sommes seuls, dit-il, à savoir faire ce genre de fac-similés, si différents de ce qui fut construit en ciment par le passé. Nous caressons même le projet de reproduire la grotte Cosquer, dans les Bouches-du-Rhône. Quant au montant, Lascaux 3 coûte 2, 8 millions d'euros et, bien entendu, nous le louerons… sauf à Bordeaux, puisque la Région Aquitaine a été avec la Dordogne, l'État et le Feder européen, un de ses principaux financeurs. »
Révolution mentale

Devant le parterre des élus et administratifs concernés, le mot de la fin est revenu à Yves Coppens, qui a affirmé la révolution mentale induite par ce Lascaux 3, faisant franchir les mers à l'œuvre de Cro-Magnon : « Les musées d'art se contentent d'accrocher des tableaux. Or, l'art préhistorique se trouve lié à la préhistoire en général, laquelle est rattachée aux sciences naturelles. On arrive ainsi à des cloisonnements d'esprit dommageables. »

Constat pourtant : « Entre le musée de l'Homme et celui du quai Branly, rien n'a été simple. En revanche, le Louvre a su enfin se créer une aile pour les arts premiers. Tout évolue… »

Source : Sud-Ouest du 08/10/2011

Inquiétudes pour l'avenir de la grotte d'Altamira

La célèbre grotte ornée pourrait être rouverte au public.

La grotte d'Altamira qui abrite l'un des plus importants ensembles de peintures rupestres de la préhistoire, pourrait être prochainement rouverte au public. C'est en tout cas ce que réclame depuis 2010 le gouvernement régional de Cantabrie, afin de dynamiser l'économie touristique locale. Le ministère espagnol de la Culture, seul habilité à autoriser cette réouverture, n'a toujours pas fait connaître sa décision. Mais une équipe de chercheurs du Conseil espagnol pour la recherche scientifique (CSIC) dénonce les risques que cette réouverture pourrait faire courir à la préservation de ce joyau inscrit en 1985 sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.

«Les archéologues, les environnementalistes et les microbiologistes s'accordent tous sur la nécessité de fermer les sites souterrains pour leur conservation et d'orienter le flot de touristes vers des sites répliques» , soulignent les chercheurs dans leur article publié aujourd'hui dans la revue Science. «Il dépend du ministère de la Culture espagnol de savoir si Altamira va emprunter ou pas le même chemin que celui de la grotte de Lascaux, victime de proliférations continues de champignons.»

Les deux grottes ornées les plus célèbres d'Europe ont connu à peu près le même parcours. Dans les années 1960, l'afflux de visiteurs a commencé à entraîner des dégradations sur les deux sites. Des taches et des moisissures provoquées par des bactéries et des champignons ont envahi les parois et attaqué les peintures. Pour enrayer le mal, Lascaux a été fermée au public en 1963 et une réplique construite en 1983. Altamira a fermé une première fois en 1972 puis a rouvert en 1982 avec un accueil limité à 8500 visiteurs par an mais elle a dû être réinterdite au public en 2002, une réplique ayant ouvert ses portes un an plus tôt.

La grotte du Périgord est toutefois en beaucoup plus mauvais état qu'Altamira: maladie verte, voiles blancs, taches noires. Pas seulement parce qu'elle a accueilli plus de visiteurs (100.000 au cours de l'année 1960!), ce qui a perturbé le milieu naturel souterrain. Mais aussi et surtout parce que de graves erreurs ont été commises au début des années 2000 dans la lutte contre les champignons et les micro-organismes. Les experts français ont cru à cette époque qu'il était possible de les éradiquer totalement. Mal leur en a pris, l'utilisation massive de fongicides et d'antibiotiques s'est révélée catastrophique: d'autres espèces de champignons sont apparues et les produits chimiques ont servi de nourriture aux bactéries qui se sont mises à proliférer.

Prévenir plutôt que guérir

À cette époque, les scientifiques espagnols ont été beaucoup moins interventionnistes que leurs homologues français. Au lieu de vouloir combattre directement les moisissures, ils se sont attachés à contrôler l'écosystème de la grotte, préférant prévenir que guérir. «L'objectif des mesures correctives mises en place récemment a consisté à priver l'écosystème de carbone afin d'empêcher la prolifération des bactéries et réduire les échanges entre l'air intérieur de la cave et l'extérieur», souligne par exemple l'équipe pilotée par Cesareo Saiz-Jimenez, du CSIC. Les analyses de l'ADN des parois et du sol des grottes pratiquées depuis quelques années ont d'ailleurs montré que cette voie était la bonne car on a découvert qu'ils renferment un nombre considérable d'espèces et que ce sont les changements (éclairage, température, etc.) qui favorisent les unes ou les autres.

La conservation des grottes ornées reste un vrai défi pour les conservateurs et Altamira n'est pas elle non plus en bon état. «La conservation des peintures rupestres pendant 14.000 ans a été favorisée par plusieurs facteurs: absence de lumière, peu d'infiltration d'eau, de dépôts minéraux et d'échanges avec l'extérieur», notent les chercheurs. Dans un milieu souterrain perturbé, tout change très vite et la gestion écosystémique n'est pas une mince affaire.

Source : Le Figaro du 06/10/2011