samedi 30 janvier 2021

Le pouce s’est renforcé il y a 2 millions d’années chez nos ancêtres, une évolution cruciale

L'apparition du pouce a généré une révolution culturelle importante chez les hominidés, façonnant les développements d'Homo sapiens.

Notre corps humain est le fruit d’une longue évolution. Y compris pour nos pouces. Ces extrémités ont même représenté un avantage adaptatif clé dans notre histoire. Leur dextérité nous permet de « saisir » efficacement les objets, ce qui a joué un rôle dans notre capacité à fabriquer et à utiliser des outils. Une étude parue le 28 janvier 2021 dans Current Biology retrace l’histoire de la dextérité de ce doigt chez les hominidés.

Leur analyse permet de remonter la dernière évolution biologique ayant augmenté la dextérité du pouce des hominidés à 2 millions d’années. C’était bien avant l’apparition de notre espèce, Homo sapiens, il y a quelque 300 000 ans. Il y a eu, avant notre espèce et en parallèle de son développement, l’Homo naledi, l’Homo habilis, l’Homo erectus, Homo néandertalis, l’Homo denisovensis. Nous partageons donc, avec tous ces hominidés apparus récemment, cette évolution majeure du pouce.

Si l’on en croit ces travaux, les hominidés plus anciens — les Australopithèques, apparus il y a plus de 4 millions d’années — n’ont probablement pas disposé de cet avantage évolutif. Plus précisément, la dextérité de leur pouce était déjà bien avancée dans l’histoire de l’évolution, car ils utilisaient déjà des outils en pierre, comme l’avaient montré de précédentes études. En revanche, cette dextérité était « moins prononcée » — leur pouce est plus proche de celui des chimpanzés que des humains.

Ce qu’a changé le pouce opposable

L’évolution du pouce, il y a 2 millions d’années, a conduit spécifiquement au pouce opposable, c’est-à-dire la possibilité de facilement toucher les autres doigts avec le pouce. C’est ce qui apporte une faculté développée de préhension (capacité de saisir quelque chose, sans que l’objet saisi ne tombe), transformant la main en une forme de pince longue et solide.

On pensait précédemment que l’émergence du pouce opposable était corrélée avec l’émergence de la fabrication d’outils en pierre ; mais la datation apportée par cette étude montre que la fabrication d’outils en pierre, chez les Australopithèques, remonte avant cette évolution. Selon les auteurs de l’étude parue dans Current Biology, l’avantage évolutif conféré par l’évolution du pouce n’est pas ce qui a permis l’usage des outils : c’est ce qui a permis de renforcer cet usage. Cette évolution aurait effectivement constitué une transition importante, si ce n’est une révolution, dans les modes de vie, les usages culturels.

« Une dextérité manuelle accrue sous la forme d’un pouce opposable efficace fut parmi les premières caractéristiques de notre lignée, apportant un avantage adaptatif formidable à nos ancêtres, écrit Katerina Harvati, l’une des anthropologues à l’œuvre dans cette étude. C’est très probablement un élément crucial mettant en évidence le développement d’une culture complexe, au cours des 2 derniers millions d’années, façonnant notre évolution bioculturelle. »

Source : Numérama du 29/01/2021

jeudi 28 janvier 2021

Les premiers Hommes sont arrivés en Amérique avec leurs chiens

Une nouvelle étude révèle que les premiers humains, qui ont colonisé le continent américain par le nord, ont traversé le détroit de Béring en compagnie de leur chien.

Le chien est le meilleur ami de l'être humain depuis des milliers d'années et les scientifiques tentent de retracer les grandes étapes de leur histoire commune. Une nouvelle étude génétique et archéologique menée dans plusieurs universités européennes et américaines montre que, lorsque les premiers humains ont posé le pied en Amérique, ils étaient accompagnés de leurs chiens. Elle a été publiée dans PNAS le 25 janvier 2021.

Les premiers chiens domestiqués en Sibérie

Les scientifiques ont réalisé des analyses génétiques sur des restes humains et canins dans plusieurs régions : la Sibérie, la Béringie, la bande de terre ferme entre la Sibérie et l'Alaska qui a servi de porte d'entrée en Amérique pour les humains -- aujourd'hui, le détroit de Béring --, et l'Amérique du Nord. Il apparaît que les premiers loups, ancêtres des chiens, ont été domestiqués en Sibérie, il y a environ 23.000 ans durant le dernier maximum glaciaire. Une autre étude, parue en 2020, a placé le début de la domestication du loup un peu plus en arrière dans le temps, il y a au minimum 28.500 ans.

« Les preuves combinées provenant des restes d'humains et de chiens nous aident à affiner notre compréhension de la longue histoire des chiens, et elles pointent désormais la Sibérie et le nord-est de l'Asie comme la région où sa domestication a commencé », explique Greger Larson, un paléogénéticien de l'université d'Oxford.

Une présence opportuniste et des intérêts communs

À cette période, où les conditions climatiques étaient très rudes, les loups gris (Canis lupus) et les Hommes convoitaient les mêmes proies. Ils se seraient alors progressivement rapprochés, profitant des butins de chasse des uns et des autres. La place du loup a pris plus d'importance dans les sociétés humaines, jusqu'à devenir un allié précieux. En vivant ainsi près des humains, les loups ont été progressivement domestiqués jusqu'à devenir une nouvelle sous-espèce, Canis lupus familiaris, le chien.

Ainsi, ils ont suivi leurs maîtres dans leur voyage jusqu'au nord de l'Amérique. Il y a 15.000 ans, ils auraient franchi le détroit de Béring avec eux, et les auraient suivi dans leur colonisation rapide du continent américain. « Les chiens qui les ont accompagnés, alors qu'ils arrivaient dans un monde totalement nouveau, faisaient peut-être partie de leur culture autant que les outils en pierre qu'ils portaient », conclut David Meltzer, anthropologue à l'Université de Dallas.

Source : Futura Sciences du 26/01/2021

Holotype

L'holotype est le type original, explicitement désigné par l'auteur du nom dans la publication originale (publication validante). L'holotype est toujours celui d'un nom de taxon (et non d'un taxon : l'holotype d'un taxon est un concept qui n'a pas de sens).

Les différents codes de nomenclature s'accordent sur l'unicité du spécimen type, avec quelques aménagements parfois, dans le cas par exemple des spécimens de palmiers dont les parties du même individu peuvent être montées sur plusieurs planches d'herbier, toutes considérées comme autant de parties de l'holotype.

Source : Wikipedia

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Holotype (n. m.) du préfixe tiré du grec holos, entier : Le type (minéral, roche, individu, etc.) a été choisi, décrit, figuré et désigné, sans aucune ambiguïté lors de la première publication de l’espèce, c’est l’holotype, sa désignation est devenue obligatoire en application des règles internationales de nomenclature…

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L'exemple physique unique (ou illustration) d'un organisme, connu pour être utilisé lorsque le taxon a été formellement décrit.

Paratype



Le paratype est un spécimen cité dans le protologue qui n'est ni l'holotype, ni un isotype, ni l'un des syntypes quand l'auteur a désigné plusieurs spécimens à la fois comme types.

Source : Wikipedia

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Paratype (n. m.) du préfixe tiré du grec para, voisin de, : Désigne les autres individus ou échantillons décrits en même temps que l’holotype…

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Un spécimen d'un organisme qui est utilisé comme base d'une description taxonomique.

La plus ancienne forme de monnaie européenne pourrait remonter à l'âge du Bronze

Des objets en bronze aux poids standardisés auraient pu constituer une forme de monnaie primitive il y a 3.500 ans.

Les premières pièces de monnaie, celles qui alourdissent les fonds de nos poches, sont nées au 7e siècle avant notre ère, quelque part en Asie mineure, du côté de la Lydie (actuelle Turquie). Elles étaient alors en électrum - un alliage d’or et d’argent - tirés du fleuve Pactole qui regorgeait de ces métaux précieux… Il est également établi que bien avant l’utilisation de ces monnaies, les humains pratiquaient le troc en s’échangeant denrées et marchandises. Mais quand ceux-ci ont-ils finalement opté pour le métal pesé, c’est-à-dire une forme de standardisation, comme système d’échange ? Deux archéologues estiment avoir trouvé la réponse en identifiant le plus ancien exemple de monnaie-marchandise connue, en Europe, à l’âge du Bronze, il y a 3.500 ans.

Plus de 5.000 objets ont été comparés

Dans une étude publiée le 20 janvier 2021 dans la revue Plos One les Néerlandais Maikel Kuijpers et Catalin N. Popa, du laboratoire de Préhistoire européenne de l’Université de Leiden (Pays-Bas), expliquent avoir comparé 5028 objets du début de l’Age du Bronze (entre 2150 et 1700 avant J.-C.) : en particulier des haches non fonctionnelles dites "haches à douille" et des "barres en bronze recourbées", ou Spangenbarren. Le tout recueilli dans 113 sites d’Europe méridionale (Allemagne, Autriche, République Tchèque, Slovaquie, Pologne), la plupart de ces objets ayant été intentionnellement enfouis en grand nombre dans des fosses.

Haches à douilles et anneaux en bronze, provenant du trésor de Carsdorf

"Le poids était crucial pour la détermination de la valeur des marchandises"

Selon les deux chercheurs, "pour 70,3% d’entre eux, leurs poids étaient si proches en masse -en moyenne environ 195,5 grammes- qu’ils auraient été impossible à distinguer s’ils étaient pesés à la main". Pourtant, aucune preuve d’existence d'un appareil de pesage tel que des balances n’est connu pour cette période. "Nous en déduisons que le poids était crucial pour la détermination de la valeur des marchandises dans la plupart des transactions économiques", expliquent les auteurs de l’article. C’est cette similitude de forme et de poids d’objets produits en série à l’époque - et donc interchangeables - qui pourrait indiquer leur utilisation comme une forme précoce de monnaie standardisée. Les auteurs expliquent avoir effectué leurs analyses en s’appuyant sur la loi dite de Weber-Fechner qui établit un lien entre la sensation mentale et le stimulus provoqué par la manipulation d’objets : si ceux-ci sont suffisamment similaires en masse, un être humain les pesant à la main ne peut pas faire la différence. Ils sont donc considérés comme identiques.

Pour Laurent Olivier, protohistorien, spécialiste d’anthropologie des sociétés préromaines au Musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), "cette hypothèse de paléo-monnaie est en réalité connue depuis le début du 20e siècle. L’originalité de l’étude – et sa nouveauté – vient de l’apport recherché des sciences cognitives qui établissent avec les fractions de Weber que le poids réel importe peu : seul compte le poids perçu. Force est en effet d’avouer que nous connaissons très mal les conditions de circulation des biens dans les économies non monétaires de la préhistoire. Cette étude donc tombe à point nommé pour relancer ces questions !".

La recherche de l’origine des systèmes monétaires est décidément en vogue ! L'Université d'Oxford (Royaume-Uni) a ainsi annoncé voici quelques semaines le lancement du projet Change, axé sur ce thème.

Source : Sciences et Avenir du 26/01/2021

lundi 25 janvier 2021

Comment les peintures rupestres sont datées

Comme les enquêteurs sur les crimes médico-légaux dans un certain nombre de programmes d’application de la loi, les archéologues n’ont besoin que d’une pincée de calcite, également connue sous le nom de “pop-corn des cavernes”, pour commencer à percer les mystères d’une peinture rupestre.

Des couches de calcite se forment souvent dans des grottes calcaires lorsque l’eau de pluie s’infiltre à travers la roche, dissolvant de petites quantités de calcium, qui précipite parfois sur les peintures rupestres.

Si les archéologues ont la chance de trouver ces peintures, ils peuvent déterminer l’âge de l’œuvre d’art grâce à un processus connu sous le nom de datation à l’uranium, a déclaré le professeur de sciences archéologiques Maxime Aubert de l’Université Griffith en Australie.

La technologie permet aux chercheurs de dater des peintures qui ont jusqu’à 600 000 ans.

Le professeur Aubert a déclaré au Straits Times: «Lorsque l’eau de la grotte se précipite sur le tableau, elle contient également une petite quantité d’uranium, car l’uranium est soluble dans l’eau.

“Avec le temps, il commence à se décomposer en un élément appelé thorium.”

Le thorium n’est pas soluble dans l’eau, donc l’élément n’aurait pas été présent au point de formation des cristaux, a-t-il ajouté.

Puisque le taux de décomposition de l’uranium en thorium est «précisément connu», les archéologues peuvent prélever un échantillon de pop-corn de la grotte et mesurer les proportions de thorium et d’uranium qui s’y trouvent.

Cette information leur permet de calculer quand la couche de calcite sur la peinture a été initialement formée, en lui donnant un âge minimum.

“Ainsi, quand nous disons que la calcite formée dans le tableau a au moins 45 500 ans, (la peinture) pourrait être essentiellement beaucoup plus ancienne, peut-être 50 000 ou 60 000 ans”, a déclaré le professeur Aubert. “Nous ne savons pas avec certitude”.

Mais connaître l’âge approximatif d’une peinture particulière suffit pour donner aux archéologues un aperçu des artistes qui les ont créés.

«Cela nous dit que les gens qui ont créé cette œuvre d’art à Bornéo et à Sulawesi étaient complètement humains, ils sont comme nous», a-t-il déclaré.

Les îles indonésiennes de Bornéo et de Sulawesi sont considérées comme cruciales sur la route de migration humaine de l’Afrique vers l’Australie, où les gens s’étaient installés il y a environ 65 000 ans.

“Donc, si l’art est passé de quelque chose de simple à quelque chose de plus complexe, cela doit être arrivé il y a longtemps, probablement en Afrique”, a déclaré le professeur Aubert.

“Les humains qui ont émigré d’Afrique étaient complètement modernes et avaient la capacité de faire tout l’art qu’ils voulaient.”

Source : Cosmosonic du 25/01/2021

dimanche 24 janvier 2021

Le métissage, cet accélérateur de l'évolution humaine

Le brassage des populations permet d'acquérir des mutations génétiques avantageuses en quelques générations seulement. Corollaire : à notre époque de grandes migrations, l'être humain n'en a pas fini avec l'évolution !

Oui, l'être humain évolue toujours, et bien plus vite qu'on pourrait le croire ! En général, l'évolution est un processus lent, très lent… Elle se fait à travers des mutations génétiques qui surviennent au hasard dans l'ADN et sont soumises à la pression de sélection propre au milieu où vivent les individus. Si elles donnent un quelconque avantage, facilitant la survie ou la reproduction, elles finissent par être conservées et se répandent dans toute la population. Mais cela peut prendre des millénaires ! Heureusement, un accélérateur évolutif nous permet de nous adapter bien plus rapidement à de nouveaux environnements : le métissage.

Car il permet d'acquérir, en à peine quelques générations, des traits avantageux ayant déjà remporté haut la main ce processus de sélection naturelle. Pour mieux comprendre, imaginons deux personnes vivant dans des environnements très dissemblables, la jungle et le désert, par exemple. L'une sera équipée génétiquement pour résister aux moustiques, l'autre au soleil brûlant. Voilà qu'un beau jour, le nomade du désert décide d'aller s'installer dans la jungle, histoire de voir à quoi ressemblent ces moustiques dont il a tellement entendu parler. Ces insectes se révèlent moins attirants qu'il ne le pensait, mais l'habitante de la jungle est agréable, et ce qui devait arriver arrive : ils se marient et ont beaucoup d'enfants. Par le hasard du jeu reproductif, certains d'entre eux recevront des gènes immunitaires de l'habitante de la jungle, adaptés aux maladies transmises par le moustique. Ces enfants survivront et se reproduiront à leur tour et, au bout de quelques générations, tous les descendants du natif du désert seront protégés de ces pathologies. "Du point de vue évolutif, pour s'acclimater à un milieu, il est beaucoup plus rapide de se croiser avec des personnes déjà adaptées à cet environnement que d'attendre que la sélection naturelle nous prépare à ce nouveau contexte !" , résume Lluis Quintana-Murci, généticien des populations à l'institut Pasteur e t professeur au Collège de France.

mardi 19 janvier 2021

Un sanglier d’Indonésie, le plus ancien dessin réalisé par Homo sapiens

Depuis quelques années, les découvertes en matière d’art pariétal préhistorique s’accumulent en Indonésie, particulièrement dans l’île de Sulawesi (nom indonésien des Célèbes). C’est donc sans surprise qu’une équipe associant des chercheurs d’universités australienne et indonésienne révèle l’existence de nouvelles représentations de cochons sauvages, une espèce ancienne et endémique, dans deux grottes d’une vallée du sud de l’île. Dans un état plus altéré que la scène de chasse découverte il y a plus d’un an à proximité, dans la grotte de Leang Bulu' Sipong 4, ces peintures repoussent cependant pour l’une d’entre elles, la datation à 45 500 ans, -1500 ans plus tôt que la précédente –, devenant ainsi la représentation animale la plus ancienne connue à ce jour, probablement réalisée par Homo sapiens.

Sulawesi est la plus grande île (174 000 km2) de Wallacea (ou Wallacées), une zone bio-géographiquement distincte d’îles océaniques, située entre l’Asie continentale et l’Australie. Elle a une longue histoire d’occupation humaine : les preuves archéologiques les plus anciennes, des artefacts en pierre associés à des fossiles de méga-faune datés de 194 000 à 118 000 ans pourraient refléter une colonisation par un hominine archaïque non encore identifié. En outre, certains modèles de peuplement humain primitif de Sahul – plateau continental dont les parties émergées sont aujourd’hui l’Australie, la Tasmanie et la Nouvelle-Guinée – reposent sur l’hypothèse que l’île aurait constitué le premier « arrêt » d’une série de traversées océaniques à travers le nord de Wallacea jusqu’à la pointe ouest de la Nouvelle-Guinée.

Mais c’est surtout le grand nombre de fresques préhistoriques retrouvées dans des grottes qui mobilise l’attention des archéologues. Depuis 70 ans, au fil du temps, quelque 300 grottes et abris avec des représentations pariétales ont été répertoriées à Maros-Pangkep, une plaine karstique (calcaire) d’environ 450 km2 dans la péninsule sud-ouest de l’île. Deux sites d’art rupestre sont également connus, à environ 35 km à l’est dans le département de Bone. « Et chaque année on en découvre de nouvelles » témoigne Maxime Aubert, archéologue à l’université Griffith en Australie, fin connaisseur de la région et co-auteur de l’étude.

lundi 18 janvier 2021

Sapiens et Néandertal : il y a 200 000 ans, la rencontre oubliée

C'était un secret bien gardé. Des chercheurs viennent de découvrir qu'un petit groupe de Sapiens est sorti d'Afrique bien plus tôt qu'on ne le pensait… et qu'ils se sont hybridés avec Neandertal. Le témoin : un chromosome Y inconnu.

Voici l'échappée la plus romantique de l'histoire de l'humanité. Jugez plutôt : des milliers de kilomètres traversés, des soupirants aux origines plus éloignées que tout ce que Shakespeare pouvait bien imaginer, et un secret gardé pendant environ 200 000 ans. Non, nous ne sommes ni voyeurs ni indiscrets : les amants démasqués sont nos ancêtres. Et leur histoire, aussi intime soit-elle, est aussi la nôtre. C'est l'ADN, cette information génétique enfouie au cœur des cellules, qui nous l'a racontée.

L'aventure met en scène notre lignée, celle d'Homo sapiens, et celle de Neandertal, cette espèce humaine cousine qui vivait encore dans l'ouest de l'Eurasie il y a environ 40 000 ans. Bien entendu, il n'est pas question ici de leur idylle bien connue, survenue juste après que notre espèce est sortie d'Afrique il y a 60 000 ans environ, et dont notre génome conserve toujours la ferveur sous forme de quelques pourcents d'ADN néandertalien. Non, le tout premier coup de foudre entre nos deux humanités a eu lieu bien avant cela : "Il y a entre 350 000 et 100 000 ans, sûrement quelque part en Eurasie, ébruite Janet Kelso, de l'Institut d'anthropologie évolutive Max-Planck, de Leipzig (Allemagne), qui, avec son équipe, vient d'en révéler l'existence. C'est là, pour la première fois, qu'un groupe de pré-Sapiens s'est hybridé avec des néandertaliens."

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 6.3 : Quand notre culture change notre ADN 2/2

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 6.3 : Quand notre culture change notre ADN 1/2

dimanche 17 janvier 2021

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 6.2 : Homo sapiens, plus fort que Superman

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 6.1 : Tous différents et pourtant si semblables

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 5.3 : Nomades, puis agriculteurs, puis citadins 1/2

Nos ancêtres, ces nomades venus des steppes russes : découverte génétique exceptionnelle à Narbonne

On pensait connaître l'origine des habitants du Narbonnais : des chasseurs-cueilleurs, mélangés ensuite à des fermiers venus d'Anatolie. Voilà qu'une étude révèle une troisième origine plus lointaine encore : des nomades venus des steppes, les Yamnayas.

C'est le Carcassonnais Jean Guilaine, "monument" de l'archéologie française et européenne, spécialiste de la Préhistoire, qui explique simplement l'origine de la découverte : "Nous avons lancé un programme de recherches génétiques sur les populations néolithiques du Narbonnais".

En 1915, Théophile Héléna et son fils Philippe, tous deux archéologues puis conservateurs du musée archéologique de Narbonne, ont fouillé des grottes dans la Clape, au-dessus des Monges et à Combe Longue, vers Armissan. Ils ont ramené de ces ossuaires une importante documentation, dont des crânes et des objets déposés en hommage à côté des défunts.

Ces grottes sépultures ont été analysées. Il est apparu qu'elles ont été fréquentées pendant le néolithique et jusqu'au début de l'âge de bronze, soit de 6000 à 1500 avant notre ère. Les archéologues de l'époque faisaient des études anthropologiques précises mais ne bénéficiaient pas d'outils de datation. Aujourd’hui, chaque individu peut être daté par le radiocarbone. Les choses ont changé aussi avec l'arrivée à Toulouse d'une star de la génétique mondiale, Ludovic Orlando, du CNRS et son épouse, Andaine Seguin-Orlando. Les deux archéologues biologistes moléculaires ont quitté le Danemark pour la Ville rose, où ils ont intégré l'un des rares laboratoires français d'anthropobiologie et de génomique : le tout nouveau CAGT-CNRS, à l'Université Paul-Sabatier.

Le professeur Jean Guilaine a saisi cette opportunité pour les amener à Narbonne, sur les traces de nos ancêtres. Les deux chercheurs se sont penchés sur les crânes exhumés par les Héléna au siècle dernier.

jeudi 14 janvier 2021

Découverte du plus vieux dessin d'animal au monde, un cochon daté d’au moins 45.500 ans

Bien plus vieille que les peintures rupestres trouvées à Chauvet ou à Lascaux, cette représentation d'un sanglier des Célèbes semble être la plus ancienne illustration d'un animal — et le plus ancien dessin figuratif — jamais identifié.e.

Après les incroyables peintures vieilles de 12.500 ans découvertes en Colombie en décembre 2020, c’est au tour d’une représentation datant d'au moins 45.500 ans d'être révélée dans la grotte Leang Tedongnge, à Sulawesi, une île indonésienne. Plus encore, il s’agit du plus ancien dessin d’un animal connu à ce jour. Un cochon, dessiné à l’ocre minérale rouge, avec les contours de deux mains humaines peintes au-dessus de sa croupe, comme décrit dans Science Advances ce 13 janvier 2021.

Un sanglier qui existe toujours

En décembre 2017, le professeur d'archéologie au Research Center of Human Evolution de l'Université Griffith (Australie) Adam Brumm ainsi que ses collègues australiens et indonésiens descendent dans une vallée, à proximité de la grande ville de Makassar. Dans une grotte, ils découvrent finalement plusieurs dessins, restés secrets sur les murs depuis des milliers d’années. Et pour cause, pour y parvenir, une randonnée ardue était inévitable et nul chercheur n’y avait ainsi mis les pieds auparavant.

Ces œuvres rupestres représentent probablement des sangliers des Célèbes (Sus celebensis), animaux sauvages proches des porcs et originaires de l'île de Sulawesi. Des bêtes toujours présentes sur son sol 45.500 ans après, bien que la population s’amenuise de jour en jour. "Ainsi, il semble clair que les premiers humains ont interagit étroitement avec [eux] à différents niveaux, pendant une très longue période de temps", les chassant et même les domestiquant, explique à LiveScience Adam Brumm.

Un endroit riche en art rupestre

Ce n’est ainsi pas si étonnant que de (très) nombreuses représentations de ces sangliers aient été identifiées. Auparavant, la plus ancienne ébauche d’un animal dépeignait aussi l’un de ces cochons, trouvé dans une autre grotte de l'île Sulawesi par la même équipe et daté d'au moins 43.900 ans. Les mêmes archéologues qui, en 2019, avaient identifié la plus vieille scène de chasse sur des murs âgée de 44.000, représentant des créatures mi-humaines mi-animales poursuivant des bêtes sauvages.

Les premières traditions de l'art rupestre ne sont probablement pas apparues dans l'Europe de l'ère glaciaire, comme on l'a longtemps supposé, suggère Adam Brumm.

La plus vieille estampe jamais révélée de l’art rupestre, quant à elle, est pour le moment des lignes entrecroisées rouges, dessinées par un Homo sapiens sur une roche de l'actuelle Afrique du Sud il y a 73.000 ans.

Source : MaxiScience du 14/01/2021

Cette peinture rupestre figurative est la plus ancienne jamais mise au jour

Représentant des sangliers, cette fresque vieille de 45 500 ans vient s'ajouter à la liste grandissante de peintures rupestres découvertes en Indonésie.

Il y a 45 500 ans, nos ancêtres se sont aventurés dans une grotte de l’île indonésienne de Sulawesi (ou Célèbes). Ils ont ensuite peint la forme replète d’un sanglier appartenant à une espèce endémique, au dos et à la tête recouverts respectivement de poils raides et de verrues. Selon les archéologues, cette peinture rupestre d’une créature porcine serait la plus ancienne jamais découverte à ce jour.

Une photographie du dessin a été publiée dans une étude parue dans la revue Science Advances. On y voit l’animal, qui semble observer deux autres sangliers en train de se chamailler. Les contours de deux mains humaines sont visibles à proximité de l’arrière-train de la créature porcine, tandis qu’un quatrième spécimen se trouverait au centre de la scène, comme le suggère un carré à l’apparence hirsute.

Réalisée à l’ocre rouge sur les parois intérieures de la grotte, la peinture a été découverte en décembre 2017 par l’archéologue local Basran Burhan, doctorant à l’université Griffith en Australie. C’est sur le site de Leang Tedongnge qu’il a aperçu cette œuvre rupestre d’un sanglier, alors qu’il était parti explorer avec sa petite équipe les grottes du sud de Sulawesi, à la recherche d’anciennes traces d’activités humaines.

Selon Adam Brumm, auteur principal de la nouvelle étude et archéologue à l’université Griffith, cette peinture représenterait des trophées de chasse.

« Ce sont des sangliers de très petite taille, et pourtant les artistes de l’époque les ont dépeints sous des traits très corpulents. J’imagine que cela avait un lien avec l’intérêt de nos ancêtres à tuer les porcins les plus grands et les plus gros qu’ils pouvaient trouver, car ils fournissaient davantage de viande et de protéines », explique-t-il.

Cette fresque n’est pas la plus vieille au monde, mais il s’agit de la plus ancienne peinture rupestre figurative. « Tout dépend de la définition que vous avez de l’art », confie Maxime Aubert, co-auteur de l’étude et archéologue à l’université Griffith. D’anciennes manifestations remarquables de créativité ont été récemment identifiées. Ce fut notamment le cas d’un gribouillage vieux de 73 000 ans semblable à un hashtag découvert en Afrique du Sud, qui est considéré par certains comme le plus ancien dessin au monde.

Une chose est sûre, les peintures récemment découvertes s’ajoutent à une liste de plus en plus longue de peintures rupestres découvertes à travers l’Indonésie. Rien qu’à Sulawesi, les scientifiques ont identifié des œuvres dans quelque 300 grottes en 70 ans. Parmi elles figure la seconde peinture rupestre figurative la plus ancienne au monde, une vignette d’au moins 44 000 ans qui représente l’excitation suscitée par la chasse. On y voit deux humanoïdes mesurant 5 et 10 cm de haut pourchassant des sangliers et des parents de petite taille du buffle d’eau.

Les nombreuses découvertes faites en Indonésie ont conduit les scientifiques à s’interroger sur la période, le lieu et la manière dont les premières lueurs de créativité humaine se sont manifestées. Ils se sont ainsi détournés de la « perspective eurocentrique du monde » qu’ils avaient, selon laquelle de telles peintures raffinées n’ont été réalisées qu’à l’arrivée des humains en Europe, explique Maxime Aubert.

Premières manifestations artistiques

Afin d’en savoir plus sur la période de réalisation de ce gros sanglier, une équipe internationale de chercheurs a eu recours à la méthode de datation par l'uranium-thorium (qui se forme naturellement dans la roche calcaire). Lorsque l’eau s’infiltre dans la grotte, elle dissout des morceaux de calcaire et l’uranium que la roche contient. Les éléments chimiques vont ensuite former des dépôts très fins le long des parois de la grotte. Comme le taux de décomposition de l’uranium en thorium est connu des scientifiques, ces derniers peuvent estimer l’âge minimum de l’œuvre en analysant les quantités relatives de ces deux éléments.

À l’aide d’un petit burin, les chercheurs ont prélevé un amas bosselé de minéraux qui s’était déposé sur la patte arrière du sanglier le plus complet. Les résultats de la datation à l’uranium et au thorium ont indiqué que la peinture avait au moins 45 500 ans. Il se peut également qu’elle soit plus ancienne, car cette méthode de datation n’analyse que les dépôts de minéraux qui se sont formés sur l’œuvre, et non la peinture en elle-même.

Tant que la datation des autres éléments de la scène n’a pas été réalisée, les auteurs de l’étude ne peuvent confirmer si la fresque a été effectuée en une seule fois. L’un des sangliers incomplets présente deux pigments de couleur différents, ce qui pourrait indiquer plusieurs périodes de peinture selon les auteurs de l’étude.

Adhi Agus Oktaviana, co-auteur de l’étude et chercheur au Pusat Penelitian Arkeologi Nasional de Jakarta en Indonésie, confie avoir éprouvé un respect renouvelé pour les artistes anciens au moment de décalquer numériquement les photographies des silhouettes pour l’étude.

« Je trouve que c’est incroyable. Ils savaient parfaitement se servir d’outils pour dessiner, gérer la composition des pans de mur », souligne Adhi Agus Oktaviana, également doctorant à l’université Griffith.

L’archéologue April Nowell est spécialiste du Paléolithique à l’université de Victoria en Colombie-Britannique. Bien qu’elle n’ait pas pris part à l’étude, elle estime que ces premières manifestations artistiques reflètent un changement vital dans la manière dont nos ancêtres communiquaient avec leur environnement et le paysage alentour. « Ils imprègnent leur lieu de vie, de sens, d’importance et peut-être même d’une dimension symbolique », déclare-t-elle.

La nouvelle étude parue dans Science Advances révèle également l’âge d’une autre peinture de sanglier réalisée dans une grotte située non loin, celle de Leang Balangajia 1. Cette œuvre rupestre a été découverte par l’équipe lors d’une expédition en 2018 et a au moins 32 000 ans. La datation des activités humaines sur l’île de Sulawesi avait précédemment été confirmée par la présence d’outils utilisés pour la transformation de l’ocre sur le site voisin de Leang Bulu Bettue. Ces derniers avaient été mis au jour dans des couches de sédiments vieilles d’au moins 40 000 ans.

« Ils utilisaient peut-être ce pigment pour l’art rupestre, mais nous ne sommes pas parvenus à trouver un lien direct entre les [outils] et les peintures elles-mêmes », souligne Adam Brumm. Selon lui, l’existence d’un tel lien est cependant probable au vu du nombre de peintures rupestres à la datation similaire dans la région.

Un développement artistique indépendant

Il n’y a pas si longtemps encore, l’Europe était au cœur de la plupart des discussions portant sur les peintures rupestres raffinées. Les ménageries qui courent sur les parois de la grotte de Chauvet-Pont-d’Arc dans le sud de la France datent d’il y a environ 36 000 ans. Le troupeau de bisons dansant au-dessus de nos têtes dans la grotte d’Altamira dans le nord de l’Espagne a été peint à la même période. Quant aux nombreuses mains tendues et aux disques rouges de la grotte espagnole d’El Castillo, ils auraient plus de 40 800 ans.

Mais tout a changé en 2014, lorsqu’une équipe dont faisaient partie Maxime Aubert et Adam Brumm a annoncé la découverte de peintures rupestres vieilles d’au moins 39 900 ans sur l’île de Sulawesi. Jusqu’alors, les scientifiques pensaient que les œuvres rupestres n’avaient pas plus de 12 000 ans.

« Cela a vraiment mis à mal l’idée selon laquelle l’évolution humaine s’était achevée en Europe », remarque April Nowell. Bien que cette peinture de sangliers soit un tantinet plus ancienne que la précédente détentrice du record, sa découverte donne encore plus d’importance à l’art rupestre de la région.

« Certaines personnes peuvent dire qu’il ne s’agit que d’un autre sanglier, mais là n’est pas la question. Cette fresque exprime un changement comportemental plus conséquent et durable », poursuit la scientifique.

Le nombre grandissant de ce type de découvertes en Indonésie laisse penser qu’un sens artistique complexe s'est développé de manière indépendante en Europe et en Asie, estime Maxime Aubert. Les Hommes étaient peut-être déjà capables de réaliser de telles œuvres d’art lorsqu’ils ont quitté le continent africain et « nous commençons désormais à en retrouver des traces partout où ils sont allés », précise l’archéologue.

La datation de cette peinture rupestre récemment mise au jour contribue également à combler un vide de 20 000 ans dans les données archéologiques, période au cours de laquelle nos ancêtres auraient sauté d’île en île pour se rendre en Australie. Des fouilles récentes menées dans le nord de l’Australie y ont révélé la présence des Hommes modernes il y a au moins 65 000 ans, alors que les preuves d’activité humaine en Indonésie semblent dater de 20 000 ans plus tard.

Un vide chronologique subsiste toujours malgré cette trouvaille. Maxime Aubert considère qu’il n’y a aucune raison de penser que les habitants de Sulawesi ont soudainement commencé à peindre il y a 45 500 ans. Il y a donc fort à parier que d’autres peintures rupestres seront mises au jour.

Adam Brumm est sûr d’une chose : d’autres surprises nous attendent. « Cela montre simplement que de nombreuses peintures rupestres attendent d’être découvertes sur cette île. Elles sont cachées à la vue de tous », conclut-il.

Source : National Geographic du 14/01/2021

La plus ancienne peinture rupestre préhistorique trouvée en Indonésie

Vieille de plus de 45 000 ans selon les chercheurs, une représentation de cochon sauvage a été découverte dans une grotte de Sulawesi, en Indonésie. Peut-être le plus vieil art rupestre du monde.

C’est le plus vieux cochon sauvage connu. Des archéologues de l’Université de Griffith (Australie) ont fait savoir qu’ils avaient découvert une peinture rupestre représentant cet animal vieille de 45.500 ans, lors de recherches menées dans le sud de l’île de Sulawesi, la plus grande et la plus ancienne île de la Wallacea, une zone biogéographique qui sépare l’Asie continentale de l’Australie et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Cette figure peinte à l’ocre rouge est celle d’un cochon verruqueux de Sulawesi (Sus celebensis), un suidé endémique de la région. Son antiquité en ferait la représentation rupestre la plus ancienne datée à ce jour. Par comparaison, les réalisations pariétales de la grotte Chauvet (Ardèche), en France, remonte à 36.000 ans.

Une peinture haute de 54 cm pour 1,36 mètre de long

Dans l’étude publiée dans la revue Science Advances, les chercheurs révèlent que la découverte a été faite en 2017 dans la grotte de Leang Tedongnge, une cavité située dans les massifs karstiques d’une vallée isolée du sud de l’île. Haute de 54 cm pour 1,36 mètre de long, la figure de ce suidé à courtes pattes est représentée avec des excroissances faciales typiques de celles que portent les adultes mâles de l’espèce. En 2019, cette même équipe d’archéologues avait déjà publié des résultats pour une scène d’art rupestre d’au moins 43.900 ans, localisée dans la grotte de Bulu Sipong 4, au cœur de cette même région. On y voyait des personnages hybrides en train de chasser une bande de cochons sauvages.

Des preuves archéologiques de l’ancienneté de la présence humaine dans ces îles océaniques

L’ocre des peintures rupestres ne pouvant être daté directement, les scientifiques ont prélevé des échantillons de calcite (spéléothèmes) qui recouvrent les figures, des dépôts de carbonate de calcium qui se forment naturellement sur la surface des parois rocheuses. Ils en ont ensuite fait l’analyse par la méthode de l’uranium-thorium. C’est ainsi que Maxime Aubert de l’Université de Griffith (Australie), l’auteur des datations et cosignataire de l’article, a pu établir que la peinture figurant en dessous était au moins aussi ancienne que les 45.500 ans d’âge du dépôt de calcite. Parallèlement, des fouilles archéologiques menées dans deux sites d’art rupestre locaux, à Leang Bulu et Leang Burung2, ont révélé, dans des niveaux de sédiments anciens, la présence de pigments et fragments d’ocre de plus de 40.000 ans.

Ces datations très importantes pour l’histoire des premières créations artistiques humaines le sont aussi comme preuves archéologiques de l’ancienneté de la présence humaine dans cette vaste zone d’îles océaniques, porte d’entrée du continent australien, où les Hommes anatomiquement modernes sont arrivés il y a 65.000 ans. Elles comblent des lacunes dans l’histoire des migrations humaines anciennes autant que dans celle de l’art rupestre préhistorique.

Source : Science et Avenir du 14/01/2021

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 3.2 : L'appel des îles (1/2)

Découverte de la plus ancienne fresque figurative connue au monde

Une équipe d’archéologues annonce la découverte de la plus ancienne fresque figurative connue au monde. Réalisée il y a au moins 45 500 ans en Indonésie, elle dépeint un porc sauvage, fournissant au passage les plus anciennes preuves d’un établissement humain dans la région.

La plus ancienne œuvre d’art figurative jamais créée par les humains représente un porc verruqueux de Célèbes (Sus celebensis), également appelé porc de Sulawesi, une espèce originaire d’Indonésie. Elle a été identifiée en 2017 par l’archéologue Maxime Aubert et son doctorant Basran Burhan, de l’Université australienne de Griffith. Vous la retrouverez dans la grotte de Leang Tedongnge, nichée dans une vallée isolée entourée de falaises et accessible uniquement pendant la saison sèche.

Les agriculteurs locaux connaissaient l’existence de cette grotte depuis longtemps. Toutefois, ils n’avaient encore jamais remarqué la présence du dessin à l’intérieur. « Quand j’ai vu l’oeuvre pour la première fois, j’ai été époustouflé », a déclaré à IFLScience Adam Brumm. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Science Advances.

Une scène narrative

Mesurant 136 par 54 centimètres, cette œuvre a été peinte avec un pigment ocre rouge foncé. On distingue également au moins deux paires de verrues faciales (caractéristiques des mâles adultes de l’espèce), ainsi qu’une bande sombre mi-dorsale qui s’étend de la crête vers la queue.

Vous remarquerez également deux empreintes de mains situées au-dessus de l’arrière-train du porc. On ne les distingue pas réellement de notre point de vue, mais les chercheurs soulignent aussi la présence de deux autres cochons qui ne sont que partiellement conservés. Ils évoquent alors une possible scène narrative. « Le cochon semble observer un combat ou une interaction sociale entre deux autres porcs verruqueux », imagine Adam Brumm.

Au moins 45 500 ans

Grâce à une méthode de datation par l’uranium, les chercheurs ont pu dater un gisement de calcite formé juste au-dessus de la peinture à environ 45 500 ans. Aussi, ils suggèrent que cette œuvre est tout aussi ancienne, voire probablement un peu plus. Avant elle, la fresque figurative la plus ancienne, découverte par la même équipe à Sulawesi, était datée à environ 43 900 ans. Elle représentait un groupe de figures mi-humaines, mi-animales chassant des mammifères.

La capacité de créer de telles œuvres témoigne d’une capacité de pensée complexe et abstraite. Jusqu’à présent, les recherches sur la façon dont ces traits comportementaux et cognitifs ont émergé avaient tendance à se concentrer sur le continent européen, où les archives montrent une explosion de l’art rupestre à partir d’environ 40 000 ans. Toutefois, cette nouvelle découverte remet cette idée en question, suggérant que des traditions artistiques tout aussi remarquables se sont probablement développées quelques milliers d’années plus tôt en Asie, ou plus probablement en Afrique.

Quant à ses auteurs, l’équipe suggère que l’œuvre d’art a été réalisée par Homo sapiens, et non pas d’anciens cousins éteints comme les Denisovans. Nous savons en effet que nos ancêtres sont arrivés en Australie il y a environ 65 000 ans, et qu’ils ont probablement dû traverser les îles indonésiennes pour y parvenir. En revanche, les chercheurs ne peuvent le dire avec certitude.

Source : SciencePost du 14/01/2021

Une peinture de sanglier trouvée dans une grotte d'Indonésie est la plus ancienne connue au monde

Grâce à une datation du dépôt de calcite qui s'est formé dessus, on sait qu'une peinture rupestre de sanglier trouvée en Indonésie a été réalisée il y a plus de 45 500 ans et que c'est donc la plus ancienne connue dans le monde.

Une peinture rupestre découverte par des archéologues en 2017 sur l'île de Sulawesi en Indonésie est la plus ancienne connue dans le monde : cette image à taille réelle d'un sanglier a été réalisée il y a au moins 45 500 ans, selon les datations effectuées. La découverte, décrite dans l'édition de mercredi 13 janvier de la revue Science Advances, fournit également la preuve la plus ancienne d'une présence humaine dans la région.

Un co-auteur de l'article, Maxime Aubert, de l'université Griffith en Australie, a raconté à l'AFP que la peinture avait été découverte sur l'île de Sulawesi en 2017 par Basran Burhan, un étudiant doctorant, dans le cadre de fouilles archéologiques que l'équipe effectuait avec les autorités indonésiennes.

La grotte Leang Tedongnge est située dans une vallée isolée, cernée de falaises calcaires abruptes, et à environ une heure de marche de la route la plus proche. Elle n'est accessible que durant la saison sèche, en raison de crues pendant la saison des pluies. Des membres de la communauté isolée des Bugis ont affirmé à l'équipe que c'était la première fois que des Occidentaux y accédaient.

Un sanglier des Célèbes rouge foncé

Mesurant 54 cm de haut et 1,36 m de large, cette peinture d'un sanglier des Célèbes a été réalisée grâce à un pigment d'ocre rouge foncé. Le sanglier est représenté avec une courte crinière de poils dressés, ainsi qu'une paire d'excroissances faciales ressemblant à des défenses, typiques des adultes mâles de l'espèce.

Deux contours de mains sont visibles au-dessus de la partie arrière du porcin et semblent faire face à deux autres sangliers qui n'ont été préservés que partiellement. Le tout ressemble à une scène narrative. "Le porcin semble observer un combat ou une interaction sociale entre deux autres sangliers", a déclaré un autre co-auteur, Adam Brumm.

Les hominidés ont chassé les sangliers des Célèbes sur l'île de Sulawesi pendant des dizaines de milliers d'années, et ces derniers sont souvent représentés dans l'art préhistorique de la région, particulièrement celui de l'ère glaciaire.

Une découverte qui éclaire l'histoire des migrations

Maxime Aubert, spécialiste de la datation, a identifié un dépôt de calcite qui s'est formé au-dessus de la fresque, puis a utilisé une méthode de datation par uranium pour affirmer que le dépôt était vieux de 45 500 ans. La fresque est donc au moins aussi ancienne "mais elle pourrait être bien plus vieille car la datation que nous utilisons ne date que le calcite" et non la peinture elle-même, a expliqué le chercheur.

"Les gens qui l'ont réalisée étaient complètement modernes, ils étaient comme nous, ils possédaient toutes les capacités et les outils pour réaliser n'importe quelle peinture qu'ils souhaitaient", a-t-il ajouté.

Avant celle-ci, la peinture rupestre la plus ancienne connue avait été découverte par la même équipe, également sur l'île de Sulawesi. Elle représentait un groupe de personnages mi-humains mi-animaux chassant des mammifères, et s'était avérée ancienne d'au moins 43 900 ans. A titre de comparaison, en France les peintures de Lascaux sont datées à près de 20 000 ans et celles de la grotte Chauvet à environ 35 000.

Les fresques de grottes comme celles-ci permettent de combler les trous dans notre connaissance des anciennes migrations humaines. On sait que des populations ont atteint l'Australie il y a près de 65 000 ans, et elles ont probablement dû, auparavant, traverser l'archipel indonésien oriental de Wallacea, dont Sulawesi fait partie.

Les peintures pourraient avoir été réalisées par des Homo sapiens

Le site archéologique représente désormais la preuve la plus ancienne de présence humaine à Wallacea, mais les chercheurs espèrent que des fouilles plus approfondies permettront de démontrer que des peuplades étaient présentes dans la région bien avant, et de résoudre ainsi le mystère du peuplement de l'Australie.

L'équipe pense que la peinture a été réalisée par des Homo sapiens, et non par des espèces humaines aujourd'hui éteintes comme les Dénisoviens, mais elle ne peut l'affirmer avec certitude.

Pour réaliser les contours de main, les artistes préhistoriques ont dû placer leurs mains sur la surface rocheuse avant de cracher des pigments par-dessus. L'équipe espère ainsi pouvoir extraire des échantillons d'ADN d'un reliquat de salive.

Source : FranceInfo du 14/01/2021

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 3.1 : La longue marche vers l'Asie

La plus ancienne peinture rupestre connue au monde trouvée en Indonésie

Les archéologues ont découvert la plus ancienne peinture rupestre connue au monde – une image grandeur nature d’un cochon sauvage qui a été réalisée il y a au moins 45 500 ans en Indonésie.

La découverte, décrite dans la revue Science Advances mercredi, fournit les premières preuves de l’établissement humain dans la région.

Le co-auteur Maxime Aubert, de l’Université Griffith d’Australie, a déclaré à l’AFP qu’il avait été retrouvé sur l’île de Sulawesi en 2017 par le doctorant Basran Burhan, dans le cadre d’enquêtes menées par l’équipe auprès des autorités indonésiennes.

La grotte Leang Tedongnge est située dans une vallée isolée entourée de falaises calcaires abruptes, à une heure de marche de la route la plus proche.

Il n’est accessible que pendant la saison sèche en raison des inondations pendant la saison des pluies, et des membres de la communauté isolée de Bugis ont déclaré à l’équipe que les Occidentaux ne l’avaient jamais vu auparavant.

Mesurant 136 cm sur 54 cm, le porc verruqueux de Sulawesi a été peint avec un pigment ocre rouge foncé et a une courte crête de poils dressés, ainsi qu’une paire de verrues faciales en forme de corne caractéristiques des mâles. adultes de l’espèce.

Il y a deux empreintes de mains sur l’arrière-train du cochon, et il semble être devant deux autres cochons qui ne sont que partiellement conservés, dans le cadre d’une scène narrative.

“Le cochon semble observer un combat ou une interaction sociale entre deux autres porcs verruqueux”, a déclaré le co-auteur Adam Brumm.

Les humains ont chassé les cochons verruqueux de Sulawesi pendant des dizaines de milliers d’années, et ils sont une caractéristique clé des œuvres d’art préhistoriques de la région, en particulier pendant la période glaciaire.

Aubert, un spécialiste des datations, a identifié un gisement de calcite qui s’était formé sur le dessus du tableau, puis a utilisé un isotope datant de la série uranifère pour dire avec certitude que le gisement avait 45 500 ans.

Cela rend la peinture au moins aussi ancienne, “mais elle pourrait être beaucoup plus ancienne car la datation que nous utilisons ne date que de la calcite sur le dessus”, a-t-il expliqué.

“Les gens qui l’ont fait étaient complètement modernes, ils étaient comme nous, ils avaient toutes les compétences et tous les outils pour faire ce qu’ils voulaient”, at-il ajouté.

La peinture d’art rupestre datée précédemment a été trouvée par la même équipe à Sulawesi. Il représentait un groupe de figures en partie humaine et en partie animale chassant des mammifères, et il a été constaté qu’il avait au moins 43 900 ans.

Les peintures rupestres comme celles-ci aident également à combler les lacunes dans notre compréhension des premières migrations humaines.

On sait que les gens sont venus en Australie il y a 65 000 ans, mais ils auraient probablement dû traverser les îles d’Indonésie, connues sous le nom de “Wallacea”.

Ce site représente maintenant la plus ancienne preuve d’humains à Wallacea, mais des recherches supplémentaires devraient aider à montrer que les gens se trouvaient dans la région beaucoup plus tôt, ce qui résoudrait le puzzle des colonies australiennes.

L’équipe pense que l’œuvre d’art a été réalisée par homo sapiens, contrairement aux espèces humaines aujourd’hui éteintes comme les Denisoviens, mais je ne peux pas le dire avec certitude.

Pour faire des empreintes de mains, les artistes devraient placer leurs mains sur une surface, puis cracher du pigment dessus, et l’équipe espère essayer d’extraire des échantillons d’ADN de la salive résiduelle.

Source : Cosmosonic du 14/01/2021

Cette fresque a été peinte il y a plus de 45.000 ans !

En Indonésie, sur l'île de Sulawesi, des archéologues australiens ont découvert le plus ancien dessin fait de la main d'Homo sapiens connu à ce jour. Il s'agit d'un sanglier des Célèbes qui date d'au moins 45.500 ans.

En Indonésie, dans une vallée isolée de l'île de Sulawesi, située à une heure de marche de la première route et seulement accessible durant la saison sèche, se cache la grotte de Leang Tedongnge. Lors d'une expédition menée en 2017, deux archéologues australiens de l'université de Griffith dans le Queensland et leurs homologues indonésiens ont découvert des animaux peints sur les murs de Leang Tedongnge, notamment des sangliers des Célèbes (Sus celebensis), une espèce encore vivante aujourd'hui.

À la suite de la datation par l'uranium-thorium des pigments minéraux ayant servi au traçage du dessin, il apparaît qu'un de ces cochons à défense est la peinture préhistorique la plus ancienne connue de l'île de Sulawesi, et la plus ancienne au monde ! Elle a été peinte par Homo sapiens il y a au moins 45.500 ans. Les détails de cette incroyable découverte sont parus dans Science Advances.

Le sanglier des Célèbes, le plus ancien sujet dessiné par Homo sapiens

Les scientifiques ne savent pas précisément quand l'Homme moderne est arrivé en Asie du Sud-Est, il est couramment admis qu'il a fait ses premiers pas dans cette région entre -73.000 et -63.000 ans. Son arrivée sur l'île de Sulawesi est un peu plus récente, estimée entre -69.000 et -59.000 ans. La découverte du dessin du sanglier des Célèbes atteste de la présence d'Homo sapiens il y a au moins 45.500 ans. Surnommé cochon 1, il mesure 136 centimètres de long sur 54 centimètres de haut et est accompagné de deux autres cochons aux dimensions similaires. Les archéologues ont identifié un quatrième dessin, plus abîmé, qui semble aussi représenter un sanglier des Célèbes.

Ces animaux semblent avoir été peints en train d'interagir entre eux : « Le cochon semble combattre ou avoir une interaction sociale avec les deux autres », indique Adam Brunn, l'un des auteurs de l'étude. Lors d'une seconde expédition menée en 2018, les archéologues ont exploré la grotte de Leang Balangajia, située dans la même vallée. Sur le plafond de celle-ci, il y a également un dessin de cochon de 187 centimètres sur 110 centimètres, identifié comme étant un sanglier des Célèbes. Ce dernier est plus récent que celui de Leang Tedongnge, il date d'au moins 32.000 ans.

Des Hommes et des cochons

Que sait-on des Hommes qui ont représenté ces animaux ? Martin Aubert, qui s'est chargé des datations, explique : « Les personnes qui les ont faits étaient complètement modernes, ils étaient juste comme nous, ils avaient toutes les capacités et tous les outils pour peindre ce qu'ils voulaient. » Apparement, ils aimaient beaucoup les cochons puisque c'est l'animal le plus représenté dans les grottes de Sulawesi, ce qui témoigne de leur importance dans leur vie, probablement comme source de nourriture.

L'équipe qui a mené ce travail n'en est pas à son coup d'essai, puisqu'il s'agit de la même qui avait découvert la plus ancienne scène de chasse. Elle espère maintenant découvrir des peintures encore plus âgées, d'environ 65.000 ans, pour apporter des preuves concrètes de la présence d'Homo sapiens dans la région à cette époque. Des artéfacts faits en pierre ont été découverts sur l'île de Sulawesi, mais ces derniers datent d'entre -194.000 et -118.000 ans et ne sont donc pas l'œuvre d'Homo sapiens, mais celle d'une espèce plus archaïque aujourd'hui disparue.

Source : Futura Sciences du 14/01/2021

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 2.3 : Qui est le premier Homme ?

Préhistoire : la grotte Cosquer, un patrimoine en péril

Les scientifiques se sont lancés dans une course contre la montre pour étudier cette grotte sous-marine ornée et sauver ce qui peut l’être.

« Cosquer est la cavité la plus menacée de métropole et nul ne sait combien de temps il nous reste avant sa disparition complète. » Stéphanie Touron ne cache pas son inquiétude. Responsable du pôle grottes ornées du laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH), cette ingénieure est le témoin impuissant des multiples menaces (engloutissement, pollution, risque sismique, etc.) qui pèsent sur cette grotte sous-marine découverte en 1985 par le plongeur Henri Cosquer et déclarée officiellement six ans plus tard.

À l’époque, la nouvelle avait fait grand bruit. Il faut dire que le site est exceptionnel à bien des égards. Fréquentée par nos ancêtres entre – 27 000 et – 17 000 ans, Cosquer constitue l’unique grotte sous-marine ornée au monde. Son entrée se trouve à 37 mètres au fond de la calanque de la Triperie, au cap Morgiou, entre Marseille et Cassis. Lors de l’occupation de la grotte pendant la période glaciaire, la mer se situait près de 120 m en contrebas. Quand le niveau est remonté, à la fin de la dernière glaciation, l’eau a englouti peu à peu les deux tiers du réseau souterrain, épargnant une partie des deux grandes salles.

Encore des découvertes à faire

« Les grottes ornées sont rares dans le bassin méditerranéen », souligne Geneviève Pinçon, directrice du Centre national de préhistoire, qui voit en Cosquer un « important jalon pour la connaissance ». Autre particularité du site, sa richesse ornementale : des dizaines de mains négatives noires et rouges, une intrigante gravure dite « de l’homme tué » (une silhouette anthropomorphe transpercée d’un trait), alors que les représentations humaines sont habituellement très rares ; sans oublier des animaux à foison (chevaux, bisons, aurochs, antilopes…). On y admire même des phoques, des pingouins et d’autres animaux marins, déjà observés sur du mobilier paléolithique mais uniques dans l’art pariétal.

« Plus de 500 entités graphiques, dont de nombreuses gravures, ont déjà été identifiées, sachant que l’inventaire n’est pas terminé », explique le préhistorien Cyril Montoya, qui a pris la tête d’une nouvelle équipe de recherche d’une dizaine de spécialistes. Carrefour entre différentes aires culturelles, la grotte Cosquer a encore beaucoup à nous apprendre, car elle n’a pas fait l’objet d’études systématiques depuis les campagnes menées par Jean Clottes et Jean Courtin au début des années 2000.

Même sa chronologie doit être affinée, Cyril Montoya estimant qu’on ne peut réduire l’occupation du site aux deux phases déterminées précédemment (aux alentours de – 27 000 ans puis de – 18 500).

Accès difficile pour les chercheurs

Pourquoi tant de lacunes, trente ans après sa révélation ? « Cosquer est malheureusement sortie des radars après la découverte de Chauvet, qui a canalisé l’attention des scientifiques », déplore le préhistorien. La difficulté d’accès au site a aussi freiné certains élans. « Faire de la plongée spéléologique n’est pas donné à tout le monde. » De surcroît, le temps de travail dans la cavité est limité et conditionné aux fenêtres de basses eaux, dont le cycle fait actuellement l’objet de recherches par un laboratoire de géosciences de l’université d’Aix-Marseille.

Cyril Montoya espère pouvoir se rendre sur place dès l’été 2021 afin de commencer à traiter les urgences : étudier en priorité les zones régulièrement noyées par les variations du niveau de l’eau et faire des prélèvements, avant de débuter des fouilles. Car en plus de lessiver les parois, l’eau sape la couche de calcite qui protège encore certains sols, menaçant des vestiges archéologiques immergés de plus en plus longtemps, en raison du dérèglement climatique.

« Nous sommes également à la merci de la pollution marine, des petits morceaux de plastique jusqu’aux eaux usées, abondantes en période estivale », ajoute Stéphanie Touron au LRMH. Pour la conservation, plusieurs possibilités ont été envisagées : mettre des coques sur les parois, injecter de l’air pour renforcer la surpression naturelle de la cavité… « Aucune solution n’est réellement pérenne. Le dernier recours pour sauver les œuvres serait la dépose, une opération complexe à mener », se résout-elle à contre-coeur.

Un engloutissement inévitable

À terme, l’engloutissement de la grotte est inévitable et le relevé numérique 3D, en cours de réalisation, deviendra un véritable patrimoine, de même que la réplique, dont l’ouverture est prévue en juin 2022 à Marseille. Après l’échec de plusieurs tentatives, ce projet touristique et scientifique a pu aboutir grâce aux efforts conjugués de l’État (qui fournit les données de numérisation), de la région (qui finance 9 des 23 millions d’euros d’investissement) et de la société privée Kléber Rossillon, gestionnaire d’une dizaine de sites patrimoniaux en France, dont la grotte Chauvet 2.

Pour Geneviève Rossillon, qui dirige l’entreprise familiale, c’est un défi technique : « Le calendrier est serré et nous devons nous adapter à un bâtiment existant, mais la Villa Méditerranée dispose d’un bon emplacement, à côté du Mucem, et elle a été dessinée par un architecte avec une signature forte, Stefano Boeri. »

Près de 800 000 visiteurs sont attendus la première année, 500 000 les suivantes. Plongés dans une atmosphère sous-marine par un jeu de lumière et de rideaux d’eau, ils embarqueront à bord de wagonnets autonomes capables de tourner à 360 degrés. Ils passeront devant le bateau d’Henri Cosquer, le Cro-Magnon, entreront dans son club de plongée avant de pénétrer dans une cage simulant la descente sous-marine puis de débuter la visite de la grotte elle-même.

Ce voyage d’une quarantaine de minutes conduira ensuite à un centre d’interprétation consacré à la fois au paléolithique supérieur et aux questions environnementales (montée des mers, climat). Un espace qui rendra compte des découvertes archéologiques et sera l’occasion, pour le grand public, de suivre l’évolution de la recherche.

Source : La Croix du 04/01/2021

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Timides recherches

1991. Déclaration de la grotte par Henri Cosquer et explorations par l’archéologue Jean Courtin.
1994. Expérimentations de scannage de la grotte.
1995-2000. Aménagements par le département de recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM).
2000-2005. Prospections inventaires menées par Luc Vanrell, Jean Clottes et Jean Courtin.
2016. Début du relevé 3D.
2018. Convention entre l’État et la région Paca pour un projet de restitution.
2020. Lancement d’une nouvelle opération scientifique pilotée par Cyril Montoya.

mercredi 13 janvier 2021

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 2.2 : Afrique du Sud : l'autre piste

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 2.1 : L'Homme, ce singe qui fait débat !

Des outils de 2 millions d’années montrent que l’Homme s’adapte à son environnement

Pour les non-initiés, ce ne sont que des cailloux ébréchés. Pour Julio Mercader, de l’Université de Calgary, ce sont plutôt des messages vieux de deux millions d’années illustrant les balbutiements de la technologie humaine.

«Ce sont vraiment les débuts de la dépendance technologique», a déclaré M. Mercader, auteur principal d’un article publié jeudi dans la revue «Nature». «Les outils proviennent d’une phase précoce de cette période qui marque une nouvelle relation entre l’Homme et l’environnement.»

L’article présente le travail combiné de 29 scientifiques de trois continents, qui ont analysé quelques dizaines d’outils en pierre trouvés à Oldupai Gorge, un site africain considéré par beaucoup comme l’endroit où les humains sont apparus pour la première fois. Datant de deux millions d’années, les haches à main, les flocons de quartz et les noyaux de roche sont parmi les plus anciens outils jamais trouvés.

Ils sont si vieux qu’ils précèdent l’Homo sapiens : ils peuvent avoir été l’oeuvre d’Homo habilis, une espèce dont des restes ont été retrouvés à proximité.

Tous les artefacts de cette antiquité sont précieux. Julio Mercader explique que ce qui les rend particulièrement précieux, c’est que des chercheurs de plusieurs disciplines ont été en mesure de les placer dans un contexte environnemental qui montre à quel point les humains ont su s’adapter depuis le début.

Les outils couvrent une période d’environ 235 000 ans. «Cela semble peut-être beaucoup, mais dans l’évolution humaine, c’est peu», rappelle le chercheur. Au cours de cette ère, l’environnement du site a changé rapidement et souvent: forêt, bord de lac, prairie, pré. Or, ces vieux humains ont su s’adapter. «Peu importe le changement de l’environnement, au moment où il y a une perturbation, un changement radical dans l’écologie locale, les humains se déplacent tout de suite», a déclaré M. Mercader.

«Il y a eu une énorme éruption volcanique qui a vraiment recouvert le paysage d’une masse solide de roche en fusion. Quand cela se refroidit et que de nouvelles plantes et animaux apparaissent, les humains font de même.

«Ce que cela montre, c’est l’énorme polyvalence et la flexibilité du comportement, qui permettent aux premiers humains d’exploiter tout environnement qui se trouve à leur proximité. Cela a des racines profondes.»

«Comme un couteau suisse»

Les outils eux-mêmes sont fabriqués à partir de roches trouvées sur place ou tout près. Les «fabricants» semblent avoir transporté des noyaux de pierre particulièrement attrayants, qu’ils pourraient utiliser par la suite pour les tailler en cas de besoin.

Les outils n’ont pas beaucoup changé au fil du temps, rappelle M. Mercader. «La technologie reste suffisamment flexible et suffisamment générale pour que, quoi qu’il arrive, vous puissiez toujours exploiter l’environnement. C’est comme un couteau suisse.»

Ces découvertes sont le résultat d’années de travail dans la région. Les chercheurs, formés pour connaître la différence entre un outil et une roche naturellement ébréchée, parcourent d’abord le terrain à la recherche de fragments d’os fossiles exposés. De nombreux fossiles osseux suggèrent que d’autres artefacts peuvent être à proximité et une fouille est alors amorcée. «Si la fouille est intéressante, nous élargissons le champ.»

Selon M. Mercader, cette illustre à merveille comment des scientifiques de différentes disciplines peuvent collaborer pour faire la lumière sur un passé lointain. «En travaillant avec des géoscientifiques et des chimistes, des paléoécologistes et des paléogéographes, nous pouvons déduire beaucoup de choses à partir des outils en pierre et du contexte dans lequel ils se trouvent.»

Et il n’y a rien de tel que de tenir dans sa main une pierre que tenait jadis un ancien artisan, avoue le chercheur. «C’est l’excitation qui vous donne envie de devenir archéologue.»

Source : L'Actualité du 07/01/2021

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 1.3 : Remettre l'Homme à sa place

mardi 12 janvier 2021

À quoi servait l'art pariétal ?

Neandertal peut-il avoir été l'auteur de peintures rupestres ?

Pendant des dizaines de milliers d'années, les humains de la préhistoire ont orné les parois de grottes et abris-sous-roche. Quelle signification donner à ces créations apparues au paléolithique supérieur ? Éléments de réponse avec la préhistorienne Carole Fritz et l'archéo-anthropologue australien Bruno David.

Sciences et Avenir : Pourquoi les sociétés du paléolithique supérieur se sont-elles soudain mises à orner les parois des grottes et abris-sous-roche ?

Carole Fritz : Le phénomène est multifactoriel. Je suis une fervente partisane de l'interprétation mythologique des dessins du paléolithique supérieur en Europe occidentale. Nous sommes un certain nombre à penser que ce besoin est né d'une maturation sociale et cognitive d' Homo sapiens aux alentours de -38 000/-40 000 ans. Les humains ont ressenti la nécessité d'inscrire en images leur mythologie sur les parois rocheuses. Et ces mythes ont organisé le fait social.

Bruno David : Ces représentations sociales, avec leur symbolisme, sont en effet toujours situées dans des cosmologies. Carole parle de mythes, moi, de cosmologie.

L’âge de pierre peut avoir duré jusqu’à 20 000 ans de plus qu’on ne le pensait auparavant dans certaines régions

La période de l’âge de pierre pourrait avoir duré 20 000 ans de plus dans une partie de l’Afrique qu’on ne le pensait auparavant, ont révélé des découvertes archéologiques récentes.

De nouvelles découvertes sur des sites au Sénégal sur la côte ouest de l’Afrique, par des chercheurs de l’Institut Max Planck, incitent à repenser le rythme de l’évolution humaine.

Des découvertes antérieures ont suggéré que les humains en Afrique ont cessé d’utiliser certains outils et méthodes, y compris de simples pointes et grattoirs, au profit d’équipements plus complexes et élaborés, y compris des lances et des lames, il y a environ 30000 ans.

Cette distinction d’équipement et le passage à une approche des outils plus artistique et plus diversifiée au niveau régional marquent la transition du Moyen Âge de la pierre vers le dernier.

Les archéologues ont découvert que les anciens habitants de l’Afrique de l’Ouest utilisaient encore des outils simples il y a environ 11 000 ans, jusqu’à 20 000 ans après avoir perdu la faveur d’autres endroits.

Cela réfute une théorie de longue date selon laquelle l’humanité a évolué de manière uniforme vers notre mode de vie moderne et a plutôt évolué à des vitesses différentes à travers le monde.

De nouvelles découvertes sur des sites au Sénégal sur la côte ouest de l’Afrique, par des chercheurs de l’Institut Max Planck, incitent à repenser le rythme de l’évolution humaine.

L’âge de pierre est divisé en trois périodes: l’âge de pierre inférieur avant l’homo sapiens, l’âge de pierre moyen où les premiers homo sapiens utilisaient des outils simples comme des pointes et des grattoirs, et l’âge de pierre tardif, où l’artisanat a commencé à prendre la main.

Les découvertes du Moyen Âge de la pierre se produisent le plus fréquemment dans les archives africaines il y a environ 300 000 à 30 000 ans, après quoi elles disparaissent en grande partie, bien que de nouvelles recherches suggèrent que cela s’est poursuivi dans certaines zones isolées beaucoup plus tard.

La transition exacte varie d’une région à l’autre, mais la dernière étape de l’âge de pierre tardif, le néolithique, forme le chemin vers l’âge du bronze vers 3500 av. C.

Les archéologues disent que leurs recherches soutiennent l’idée que, pour la plupart de la préhistoire humaine, les groupes d’humains étaient relativement isolés les uns des autres.

La découverte intervient alors que les archéologues font quelques-unes des premières étapes pour découvrir le passé préhistorique de l’Afrique de l’Ouest, qui, selon eux, a été peu étudié par rapport à l’est et au sud du continent.

L’auteur principal d’une nouvelle étude, le Dr Eleanor Scerri, a déclaré que l’Afrique de l’Ouest est une véritable frontière pour les études évolutionnistes humaines, car presque rien n’est connu sur sa préhistoire.

“Presque tout ce que nous savons sur les origines humaines est extrapolé à partir de découvertes dans de petites régions d’Afrique orientale et australe”, a expliqué Scerri.

Son collègue, le Dr Khady Niang, de l’Université Cheikh Anta Diop au Sénégal, a ajouté: «Ces découvertes démontrent l’importance d’enquêter sur tout le continent africain, si nous voulons vraiment contrôler le passé humain profond.

“Avant nos travaux, l’histoire du reste de l’Afrique suggérait qu’il y a bien avant 11 000 ans, les derniers vestiges de l’âge de pierre moyen ont disparu depuis longtemps.”

L’équipe ne sait pas exactement pourquoi les habitants de l’âge de pierre en Afrique de l’Ouest ont mis plus de temps à adopter de nouveaux outils, mais pense que cela pourrait être dû à l’isolement géographique.

D’autres théories suggèrent que cela pourrait également être dû à des changements moins radicaux du climat, ce qui signifiait que les humains qui y vivaient n’avaient pas besoin de trouver de nouvelles façons de s’adapter.

Les archéologues disent que leurs recherches soutiennent l’idée que, pour la plupart de la préhistoire humaine, les groupes d’humains étaient relativement isolés les uns des autres. Ces dessins montrent certains des outils utilisés il y a 11 000 ans en Afrique de l’Ouest qui n’étaient plus utilisés ailleurs.

Le Dr Niang a déclaré: «La seule chose dont nous pouvons être sûrs, c’est que cette persistance n’est pas simplement due à un manque de capacité à investir dans le développement de nouvelles technologies.

“Ces gens étaient intelligents, ils savaient sélectionner la bonne pierre pour fabriquer leurs outils et exploiter le paysage dans lequel ils vivaient.”

L’équipe a déclaré que leurs résultats, ainsi que les découvertes génétiques montrant une grande diversité parmi les humains vivant sur le continent, concordaient avec une nouvelle vision de l’évolution humaine selon laquelle les groupes de l’âge de pierre vivaient et se développaient séparément. .

Le Dr Niang a déclaré: «Nous ne savons pas pourquoi, mais à part la distance physique, il se peut qu’il y ait aussi des frontières culturelles. Peut-être que les populations utilisant ces différentes cultures matérielles vivaient également dans des niches écologiques légèrement différentes. ”

Il y a environ 15000 ans, une augmentation importante de l’humidité et de la croissance des forêts en Afrique centrale et occidentale a rassemblé différentes régions et fourni des couloirs pour que les groupes se dispersent, signifiant la fin des outils de l’âge de pierre moyen.

Le Dr Scerri a ajouté: «Ces résultats ne correspondent pas à un simple modèle unilinéaire de changement culturel vers la« modernité ».

«Des groupes de chasseurs-cueilleurs enracinés dans des traditions technologiques radicalement différentes ont occupé les régions voisines de l’Afrique pendant des milliers d’années, partageant parfois les mêmes régions.

D’un autre côté, de longues régions isolées peuvent avoir été d’importants réservoirs de diversité culturelle et génétique. Cela peut avoir été un facteur déterminant dans le succès de notre espèce ».

Source : Cosmosonic du 11/01/2021

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 1.2 : Les humains ont de la classe

MOOC Les origines de l'Homme - Sujet 1.1 : Classer les espèces, un jeu plein d’esprit

MOOC "Les origines de l'Homme"

lundi 11 janvier 2021

Eurasien basal

L'Eurasie basale est une lignée hypothétique, qui existe en plus grande quantité parmi les anciens individus du Proche-Orient. Les Eurasiens basaux peuvent avoir été présents au Proche-Orient, car les humains anatomiquement modernes résidaient au Levant il y a environ 100 000 ans et les outils liés à l'Afrique en Arabie ont probablement été développés par les humains modernes ; par conséquent, ils peuvent s'être installés au Levant ou en Arabie. Les régions du Proche-Orient où résidaient les Eurasiens basaux peuvent avoir été des régions où le contact avec les Néandertaliens, qui étaient connus pour avoir vécu en Eurasie occidentale, n'ont pas été faites.

Les Eurasiens basaux sont le groupe de frères et sœurs qui a divergé de la lignée principale de tous les autres groupes non africains (par exemple, les aborigènes australiens, les néo-guinéens, les européens, les asiatiques de l'est), avant leur divergence les uns des autres. Le mélange de la lignée principale de tous les autres non-Africains avec les Néandertaliens s'est probablement produit il y a 50 000-60 000 ans, après avoir divergé des Eurasiens basaux.

Le scénario d'une population humaine moderne non-néandertalienne mélangée, qui est basale à d'autres Eurasiens et résidant en Afrique, est plausible. En particulier, l'Afrique du Nord est un candidat fort comme emplacement pour l'émergence des Eurasiens basaux car elle partage une connexion notable avec l'Eurasie. Les Natoufiens, qui partagent l'affinité craniométrique avec les Africains du Nord et étaient de l'haplogroupe E chromosomique Y, sont d'ascendance basale eurasienne. Les Eurasiens basaux avaient peu ou probablement aucun mélange néandertalien. Cependant, les Natoufiens ne partagent pas une plus grande quantité d'allèles avec les Africains subsahariens que les autres anciens Eurasiens, et l'ascendance eurasienne basale des Natoufiens est cohérente avec le fait de provenir de la même population que les Iraniens néolithiques et les Iraniens mésolithiques. Les Iraniens mésolithiques (66 ± 13%), les Iraniens néolithiques (48 ± 6%) et les Natoufiens épipaléolithiques (44 ± 8% ou 63%) partagent une ascendance eurasienne basale. Une autre estimation donnée pour l'Holocène -era Proche-Orientaux (par exemple, les cueilleurs de chasseurs caucasiens mésolithiques, les iraniens mésolithiques, les Iraniens néolithiques, les natoufiens) est qu'ils possèdent jusqu'à 50% d'ascendance basale eurasienne. De plus, alors que les individus Taforalt étaient considérés comme des descendants directs probables des Eurasiens basaux, il a été démontré qu'ils n'étaient pas génétiquement plus proches des Eurasiens basaux que les Iraniens de l'ère de l'Holocène.

Des niveaux élevés d'ascendance eurasienne basale ont été trouvés dans les anciens génomes du Moyen-Orient, qui étaient en corrélation négative avec l'ascendance néandertalienne. Les eurasiens basaux peuvent avoir moins d'ascendance néandertalienne que d'autres lignées eurasiennes ancestrales, et la mesure dans laquelle l'ascendance eurasienne basale est présente peut expliquer la mesure dans laquelle l'ascendance néandertalienne est présente dans les génomes du Moyen-Orient. Par exemple, un niveau élevé d'ascendance basale eurasienne ou d'Afrique subsaharienne pourrait être la raison sous-jacente du faible niveau d'ascendance néandertalienne chez les bédouins du Qatar par rapport aux Européens ou à d'autres populations du Moyen-Orient. Les explications les plus parcimonieuses d'une introgression similaire ou moins néandertalienne dans les populations du Moyen-Orient, par rapport à d'autres populations eurasiennes, sont la présence d'ascendance africaine subsaharienne ainsi que la présence d'ascendance basale eurasienne, qui a peu ou pas de signatures d'introgression néandertalienne. Les Bédouins, qui ont le plus grand nombre d'ascendance génétique arabe autochtone, peuvent être les descendants directs des Eurasiens basaux.

Les premiers agriculteurs européens (EEF), qui avaient une ascendance liée aux chasseurs-cueilleurs d'Europe occidentale et originaires du Proche-Orient, tirent également environ 44% de leur ascendance des Eurasiens basaux.

Ust'-Ishim est un Eurasien d'environ 45 000 ans sans ascendance eurasienne basale. Le dernier groupe de Villabruna des chasseurs occidentaux n'a pas de hauts niveaux d'ascendance basale eurasienne.

Source : Wikipedia (en)

dimanche 10 janvier 2021

Quand les humains ont-ils commencé à porter des vêtements ?

Pour s'étendre dans les arrière-pays froids d'Europe et d'Asie, nos ancêtres avaient besoin de se réchauffer. La première preuve possible de l'habillement chez les humains anciens est des outils en pierre trouvés sur des sites archéologiques comme Gran Dolina dans les montagnes espagnoles d'Atapuerca (associé à Homo antecessor et daté d'environ 780000 ans), ou à Schöningen en Allemagne (Homo heidelbergensis , il y a environ 400000 ans), qui peuvent avoir servi à préparer des peaux d'animaux.

Nous voyons des preuves plus claires des Néandertaliens, qui vivaient il y a 400 000 ans : le schéma de la musculature des bras de Néandertal suggère qu'ils effectuaient habituellement des tâches comme la préparation de la peau. Malgré des corps plus adaptés au froid que les nôtres, une étude de 2012 a estimé que les Néandertaliens auraient peut-être dû couvrir jusqu'à 80% de leur corps pour survivre aux hivers rigoureux.

Chez les humains modernes ( Homo sapiens ), l'adoption de vêtements a peut-être laissé ses traces sur certains cintres: une étude de 2011 a suggéré que les poux des vêtements ont commencé à diverger génétiquement des poux de tête humains il y a environ 170000 ans, proposant une date à laquelle nous a commencé à porter des vêtements.

Pendant l'hiver, nous devions probablement couvrir jusqu'à 90% du corps, ce qui explique peut-être pourquoi nous avons développé des vêtements plus modernes que les manteaux de fourrure que les Néandertaliens auraient portés. Il y a environ 40000 ans, nous utilisions des aiguilles et des poinçons, faits d'os et de pierre, pour créer des vêtements cousus et ajustés pour nous garder au chaud.

Source : Sciencefocus

vendredi 8 janvier 2021

Neandertal, les nouveaux mystères dévoilés

Plus les recherches en paléoanthropologie progressent, plus l'homme de Neandertal nous réserve de surprises. Lui que l'on a si longtemps dépeint sous les traits d'une brute des cavernes mal dégrossie, ne soutenant pas la comparaison avec son contemporain plus évolué Homo sapiens, se démarque toujours davantage de cette image d'Epinal à mesure que les découvertes s'accumulent à son sujet. La dernière en date, et elle est de taille, date du mois de décembre. Dans « Scientific Reports » , le paléoanthropologue au CNRS et au Museum national d'histoire naturelle Antoine Balzeau a signé avec ses collègues une étude apportant pour la première fois la preuve - scientifique et indiscutable - que Neandertal enterrait bien ses morts. Une pratique considérée comme fondatrice du comportement humain (« La seule invention de l'homme Son tombeau », disait Paul Eluard) et que, à ce titre, nombre de paléoanthropologues - surtout dans le monde anglo-saxon - ont cru réservée à Homo sapiens.

Ossements de bébé

Cette preuve, elle nous vient de l'abri sous roche de La Ferrassie, en Dordogne. Après six squelettes néandertaliens découverts au début du XXe siècle, le site en avait livré, entre 1970 et 1973, un septième, appartenant à un enfant âgé d'environ deux ans ; mais aucune analyse poussée de la contextualisation géologique de cette dernière découverte n'avait alors été réalisée.

Dans les collections encore inexploitées du Musée de l'homme et du Musée national d'archéologie de Saint-Germain-en-Laye, les signataires de l'étude ont trouvé 47 nouveaux ossements de ce bébé néandertalien. Ils les ont soumis à une datation au carbone 14, qui leur a donné un âge de 41.000 ans. Puis, retournant à La Ferrassie, la même équipe a daté la couche sédimentaire située à la profondeur à laquelle les os de l'enfant avaient été découverts. Or, cette seconde datation, obtenue par la méthode OSL (pour luminescence stimulée optiquement), qui révèle à quel moment le matériau a été exposé au soleil pour la dernière fois, a indiqué un âge de 60.000 ans. « Cet écart constitue bien la preuve formelle que la terre a été creusée dans l'intention d'y déposer le corps de l'enfant », explique Antoine Balzeau.

Celui-ci va poursuivre son travail d'enquête, en essayant dans un deuxième temps d'expliquer pourquoi l'enfant a été enseveli avec la tête orientée à l'est et que signifie cette corne de bison retrouvée à son côté - s'agissait-il d'une offrande funéraire ? Mais preuve est d'ores et déjà faite que Neandertal pratiquait l'inhumation. Ou, du moins, qu'il lui arrivait de la pratiquer. Car le fait que si peu de ces sites aux allures de sépultures aient été retrouvés dans le monde - outre La Ferrassie, on peut citer celui de Shanidar en Irak, présentant les restes de neuf néandertaliens adultes - suggère que, très vraisemblablement, Neandertal n'agissait pas toujours et partout de cette manière. « Cette pratique devait être assez exceptionnelle et se mêler à d'autres, comme le cannibalisme alimentaire, qui a été bien documenté dans le cas de la grotte espagnole d'El Sidrón », commente le chercheur du MNHN. Le même constat vaut pour Homo sapiens : exception faite de celles, vieilles de 92.000 ans, de la grotte israélienne de Qafzeh, les sépultures d'Homo sapiens sont quasi inexistantes avant -35.000 ans.

Idées reçues

Comme son « frère en humanité » Sapiens, Neandertal était donc assez évolué, sur les plans cognitif et spirituel, pour que, a minima, sa conscience de l'Autre dépassât largement le fait de l'avoir constamment sous les yeux, voire pour s'interroger sur l'existence d'un au-delà. Mais cela doit-il nous surprendre, au vu de tous les autres indices récoltés par les paléoanthropologues ces dernières années ? En février 2018, Neandertal avait déjà fait la une des gazettes quand une publication choc dans « Science » révéla que, lui aussi, ornait des grottes de peintures. Celles présentes sur les parois de trois grottes espagnoles, et attribuées de façon certaine à Neandertal, n'ont, certes, rien à voir, en sophistication, avec les somptueuses représentations d'animaux que Sapiens réalisera, quelques dizaines de milliers d'années plus tard à Chauvet (Ardèche, -35.000 ans), Cosquer (Bouches-du-Rhône, de -27.000 à -19.000 ans) ou Lascaux, cette « chapelle Sixtine de l'art pariétal » (Dordogne, -18.000).

Il n'en demeure pas moins que ces taches de couleur et cette main négative sont la preuve que, pas plus que les pratiques funéraires, l'art n'a été l'apanage d'Homo sapiens. Une preuve rendue d'ailleurs presque superflue par l'abondance de pigments de couleur retrouvés dans les sites néandertaliens. « Il serait étonnant que les hommes de Neandertal aient collecté, transformé et stocké de telles quantités de matériaux colorants pour ne pas les utiliser. Si l'on a retrouvé si peu de peintures rupestres néandertaliennes, c'est peut-être parce qu'ils pratiquaient une autre forme d'art, moins 'tape-à-l'oeil' et moins durable que nos ancêtres directs », avance Antoine Balzeau.

Beaucoup d'autres idées reçues se sont fait tordre le cou à la faveur des études récentes. On a longtemps pensé que Neandertal, contrairement à Sapiens, ne se nourrissait que de viandes et de plantes : faux, il était aussi pêcheur et consommait poissons et fruits de mer, comme vient de le montrer une étude parue mi-décembre dans les « Quaternary Science Reviews » . On a également dit que Sapiens, génétiquement mieux disposé que Neandertal à supporter les fumées et les toxines du feu, l'avait supplanté pour cette raison : erreur là encore, la paléogénétique a établi depuis que Neandertal bénéficiait lui aussi d'une bonne résistance génétique au feu, sans quoi d'ailleurs son espèce n'aurait pas survécu pendant plus de 350.000 ans dans le monde hostile de la préhistoire, jusqu'à sa mystérieuse disparition il y a quelque 35.000 à 40.000 ans.

Saut culturel

Il est vrai que c'est à cette même époque, qui voit les derniers néandertaliens mourir sans descendance, qu'Homo sapiens réalise le saut culturel lui permettant de passer, au moins en certaines parties du globe, de la culture dite du moustérien - que possédait aussi Neandertal - à celle, plus évoluée, de l'aurignacien, qui verra apparaître aiguilles à coudre, burins, sagaies… (le harpon et l'arc viendront encore plus tard, avec le magdalénien). Mais, de cette concomitance de dates, il ne faudrait pas conclure que Sapiens a franchi seul la ligne d'arrivée parce qu'il a été cognitivement capable de faire ce pas que n'a pas fait Neandertal. « J'observe, commente Antoine Balzeau, que, ce saut culturel, Sapiens ne l'a pas réalisé partout, seulement en Europe et en Asie de l'Ouest. Ailleurs, en Afrique, en Asie de l'Est, Sapiens en est resté à la culture qu'il utilisait auparavant et qu'il partageait avec d'autres espèces humaines, ce qui ne l'a pas empêché de continuer à y vivre et à y prospérer. » Que s'est-il passé, voici un peu moins de quarante millénaires, pour qu'une des deux espèces prenne son essor et l'autre se résorbe ? Sur ce point, le mystère reste entier…

Un ancêtre commun, mais lequel ?

Il y a plus de 400.000 ans, ceux qui allaient devenir des Homo neanderthalensis et ceux qui évolueraient en Homo sapiens ont divergé à partir d'une espèce commune, ce qui explique que le patrimoine génétique des deux espèces filles soit commun à 99,8 % (une proximité génétique qui leur a d'ailleurs permis d'être interfécondes et de produire à l'occasion de petits métis, mi-néandertaliens, mi-Sapiens). Mais quelle était cette espèce mère à la racine des deux autres ? Là s'arrêtent les certitudes et commencent les conjectures. Plusieurs candidats ont été avancés, sans faire l'unanimité. Parmi eux, Homo heidelbergensis, dont l'holotype est la mandibule de Mauer découverte en 1907 en Allemagne et qui a vécu en Europe entre -800.000 et -300.000 ans. Ou encore cet « Homme de Kabwe », exhumé en 1921 en Rhodésie du Nord (actuelle Zambie) et à l'origine de l'« invention » d'une nouvelle espèce, Homo rhodesiensis, présente en Afrique entre environ -700.000 et -300.000 ans. Mais le débat sur l'articulation phylogénétique entre ces quatre espèces - heidelbergensis, rhodesiensis, neanderthalensis et sapiens - n'est pas tranché.

A quoi ressemblait Neandertal ?

  • Plus petits et plus trapus que les hommes modernes, les néandertaliens mesuraient en moyenne 1,60 m pour les femmes et 1,70 m pour les hommes, et devaient peser respectivement autour de 50 et 75 kg.
  • Leur cage thoracique était large, leur squelette robuste. Leurs membres étaient courts, en particulier l'avant-bras et la moitié inférieure de la jambe. Ces caractéristiques pourraient témoigner d'une adaptation morphologique à un climat froid.
  • Leur crâne, plus volumineux et plus allongé que celui de l'homme moderne, abritait un cerveau de 1.500 cm3 en moyenne, contre 1.350 cm3 pour Homo sapiens.
  • Une analyse ADN effectuée en 2008 sur ses spécimens provenant de sites espagnols et italiens a révélé que les néandertaliens devaient avoir, au moins pour certains d'entre eux, les cheveux roux et la peau claire.

Source : Les échos du 08/01/2021