lundi 28 décembre 2015

Une autre espèce d'êtres humains a peut-être survécu à l'âge de glace

Un os retrouvé en 1989 dans une grotte en Chine fait penser aux scientifiques qu'une ancienne espèce d'êtres humains aurait survécu beaucoup plus longtemps qu'on ne le pensait jusqu'alors.

FEMUR. Cet os, un fémur, vieux de 14.000 ans a été découvert parmi d'autres fossiles à Maludong en 1989, mais les chercheurs n'ont commencé à l'étudier qu'à partir de 2012. Bien que ce bout d'os semble assez jeune, il ressemble beaucoup à des os d'espèces beaucoup plus anciennes, comme l'Homo Habilis ou l'Homo Erectus, qui vivaient il y a plus de 1,5 million d'années, note l'étude publiée dans la revue PLOS ONE.

Une hypothèse à confirmer

"Le fait que cet os est assez récent suggère la possibilité que des hommes primitifs aient survécu très tard dans notre évolution. Mais nous devons rester prudents car il ne s'agit que d'un seul os", a expliqué un des auteurs, le professeur Ji Xueping, de l'Institut du Yunnan pour les reliques culturelles et archéologiques en Chine. Jusqu'à présent, les scientifiques s'accordaient à penser que les seules espèces primitives ayant survécu dans ce qui est aujourd'hui l'Europe et l'Asie étaient l'Homme de Neandertal et l'hominidé de Denisova, deux espèces disparues il y a environ 40.000 ans.

On estimait qu'elles avaient disparu juste après que les êtres humains modernes (Homo Sapiens) soient entrés dans ces régions, mais la découverte du fémur de Maludong suggère qu'une autre espèce primitive aurait survécu beaucoup plus longtemps, peut-être jusqu'à la fin du dernier âge glaciaire, achevé il y a 10.000 ans.

COHABITATION. "Cette découverte ouvre la possibilité qu'une espèce pré-moderne pourrait avoir vécu en même temps que les humains modernes dans l'est de l'Asie, mais nous avons besoin d'autres études pour étayer ce postulat", estime pour sa part Darren Curnoe, de l'université de Nouvelle-Galles du Sud et coauteur de ces travaux.

Le fémur découvert en 1989 est petit et assez fin, comme ceux de l'Homo Habilis, qui a vécu il y a entre 2,8 millions et 1,5 million d'années. L'homme dont l'os a été trouvé à Maludong devait peser environ 50 kilos, soit assez peu pour un être humain pré-moderne. Cette découverte relance le débat selon lequel cet os proviendrait d'un être humain issu d'une nouvelle lignée de l'évolution, mais d'autres travaux seront nécessaires avant que les scientifiques ne puissent affirmer avoir découvert une nouvelle espèce d'êtres humains.

Reconstruction artistique de l'homme pré-moderne :


DIVERSITE. Pour le moment, les chercheurs indiquent seulement qu'il peut y avoir eu davantage d'espèces d'êtres humains vivant jusqu'à récemment en Chine qu'on ne le pensait. "L'environnement unique et le climat du sud-ouest de la Chine résultant de l'élévation du plateau tibétain pourraient avoir fourni un refuge pour la diversité humaine, peut-être avec des groupes pré-modernes qui y auraient survécu très tard", reprend Ji Xueping. "Le mystère de la grotte de Maludong est encore très épais : qui étaient ces étranges habitants de l'Age de pierre ? Pourquoi ont-ils survécu si tard ? Et pourquoi seulement dans le sud-ouest tropical de la Chine ?", s'interroge en conclusion Darren Curnoe.

Source : Sciences et Avenir du 27/12/2015

lundi 21 décembre 2015

Une espèce humaine archaïque aurait survécu à l’ère glaciaire

Dans une région isolée du sud-ouest de la Chine, un fémur humain, trouvé au milieu d’autres fossiles, semble appartenir à une espèce vraisemblablement ancienne qui aurait vécu bien avant Homo sapiens. Mais l’endroit, à Maludong, est daté de 14.000 ans seulement. Ces humains d’un autre âge auraient donc pu survivre là, alors que les Hommes modernes s’étaient déjà installés en Europe et en Asie. L’hypothèse reste à confirmer.


Le « fémur de Maludong » a été découvert au milieu d’autres ossements en 1989 dans cette « grotte du cerf rouge » de la région du Yunnan, au sud-ouest de la Chine. Préservés depuis dans un musée, ces fossiles n’ont commencé à être étudiés qu’en 2008. Le fémur vient de faire l’objet d’une publication dans la revue Plos One. Sa datation lui donne un âge récent, d’environ 14.000 ans, et sa forme est humaine. Pourtant, sa taille et sa finesse, qui indiquent une masse corporelle de seulement 50 kg, le rapprochent notamment d’Homo habilis ou d’Homo erectus. Le premier a vécu autour de deux millions d’années avant le présent et le second serait apparu vers -1,5 million d’années. Les deux ont quitté la scène bien avant le dernier âge glaciaire et l’apparition de l’Homme moderne.

Les quelques autres restes fossiles de la grotte, dont un crâne, avaient déjà posé problème. Leur étude avait suggéré l’idée d’une cohabitation de l’Homme moderne avec des humains bien plus anciens dans certains endroits, comme cette région du Yunnan. C’était l’hypothèse avancée en 2012, comme nous l’expliquions dans cet article sur « de mystérieux fossiles d’Hommes préhistoriques ». La question reste en suspens car certains chercheurs ne voient pas dans ces ossements épars des caractères vraiment archaïques mais la simple variabilité anatomique d’Homo sapiens.

Des humains anciens ont pu survivre longtemps dans des régions isolées


Cependant, cette nouvelle étude change la donne, d’après ses auteurs, les mêmes que ceux qui s’étaient penchés sur le crâne de la même grotte, Darren Curnoe (university of New South Wales, ou UNSW, Australie) et Ji Xueping, de l’institut du Yunnan pour les reliques culturelles et l’archéologie. Leur découverte, expliquent-ils, suggère que des espèces humaines anciennes ont pu survivre longtemps dans des régions isolées, alors que l’Homme moderne s’était déjà répandu en Europe et en Asie. Or, jusqu’ici, seuls l'Homme de Néandertal et l'Homme de Desinova sont connus pour avoir vécu en même temps que Homo sapiens.

Dans une publication antérieure, ces deux chercheurs avaient décrit leur analyse du crâne de la grotte du cerf rouge, suggérant qu’il est celui d’un hybride entre un humain moderne et un autre, « pré-moderne ». « Nous avons d’abord travaillé sur le crâne car nous pensions que c’était le reste le plus intéressant, racontent-ils dans le communiqué de l’UNSW. Mais nous avons été stupéfaits par notre étude du fémur, qui semble plus primitif que le crâne. » Les auteurs, cependant, restent prudents, « car il n’y a qu’un seul os », comme ils le rappellent eux-mêmes dans le communiqué de l’UNSW.

Le climat (doux en cette basse latitude) et l’environnement (isolé) de cette région montagneuse, entre les plateaux tibétains et les forêts tropicales au sud (au Laos et au Vietnam), pourraient selon eux expliquer comment des populations anciennes ont pu se maintenir. Aujourd’hui encore, le Yunnan, à la géographie variée, produit une agriculture diversifiée et le pays est considéré comme isolé par rapport au reste de la Chine.

Source : Futura Sciences du 19/12/2015

vendredi 20 novembre 2015

Une 4e "tribu" ancestrale aux origines des Européens modernes

L’ADN d’hommes fossiles révèle qu’un groupe de chasseurs cueilleurs du Caucase a également contribué au patrimoine génétique des Européens modernes. Une quatrième "tribu" d’Homo sapiens ferait donc partie de nos ancêtres. Explications.

ANALYSES. Chacun des sept milliards d’humains vivant aujourd’hui sur la planète est issu de groupes d’Homo sapiens sortis d’Afrique (voir infographie), montrent les analyses d’ADN. Mais comment s’est constituée la population des Européens modernes ? De nouvelles analyses génétiques menées sur des hommes fossiles du Caucase, en Georgie, dévoilent qu’un groupe de chasseurs cueilleurs encore inconnu a contribué à son patrimoine génétique. Ce qui porte à quatre le nombre de "tribus" ou plutôt de clades humains (groupe d’organismes vivants ou éteints descendants d’un même ancêtre) identifiés à ce jour et ayant contribué au "pool génique" de l’Europe (lire hors-série n°183 "La grande histoire de l’humanité"). Une équipe internationale –dont le Trinity College de Dublin, en Irlande et l’Université de Cambridge en Grande Bretagne– a en effet analysé les ossements d’un homme du site de Satsurblia, âgé de -13.300 ans (au paléolithique supérieur, "l'ancien âge de la pierre") et d’un homme de la grotte de Kotias âgé de -9700 ans, (au mésolithique "l'âge moyen de la pierre"). Elle l’a comparé avec l’ADN d’un homme préhistorique suisse de type Cro-Magnon de la grotte du Bichon, vieux de -13.700 ans, appartenant au groupe des chasseurs-cueilleurs de l’ouest. Les résultats parus dans la revue Nature Communications éclairent l’histoire génétique complexe du peuplement du vieux continent.

Chasseurs-cueilleurs, fermiers et cavaliers des steppes

"Un groupe des chasseurs cueilleurs de l’est a d'abord divergé génétiquement il y a 45.000 ans d’avec un groupe de chasseurs cueilleurs partis vers l’ouest et auquel appartient le célèbre Cro-Magnon de Dordogne", explique le généticien Daniel Bradley, du Trinity College. L’histoire ne s’arrête pas là. "Il y a 25.000 ans, la branche des chasseurs-cueilleurs de l’est a encore divergé, donnant peu à peu naissance à un groupe de premiers agriculteurs ainsi qu’à ce fameux groupe de chasseurs-cueilleurs du Caucase dont nous venons d’identifier la signature génétique très homogène". Et pour cause, ces hommes sont restés longtemps isolés alors que l’âge glaciaire atteignait son pic entre -25.000 et -23.000 ans. Ces groupes européens connaissent des fortunes et des conquêtes diverses.

Les "chasseurs-cueilleurs de l’ouest", soit la "tribu numéro 1", dont la signature génétique a pu être repérée par plusieurs analyses ADN menées cette dernière décennie, s’établissent de l’Espagne à la Hongrie. Les premiers agriculteurs du néolithique -ou tribu numéro 2- colonisent l’est, la méditerranée avec succès, la domestication des végétaux et des plantes contribuant à leurs succès démographique. Au point que l’on a pu croire, un temps, que nous Européens étions tous issus de ces fermiers néolithiques. Vers -7500 ans, ils se déploient en effet largement, remplaçant même toutes les populations de chasseurs cueilleurs rencontrées au sud. En revanche, au nord, vers - 4000 ans, ils mêlent leurs gènes avec ceux des derniers chasseurs cueilleurs de l’ouest montrent une étude irlandaise de 2012 et une étude allemande de 2013.

Entre temps, vers – 5000 ans, une troisième tribu déferle depuis l’est : les Yamna, des cavaliers nomades venus des steppes et probablement issus d’une lignée ancienne de chasseurs-cueilleurs partie vers l’est. Ces hommes de l’âge du bronze ancien, qui ont probablement diffusé les langues indo-européennes ont également largement contribué au pool génique des européens, se mêlant à toutes les cultures de fermiers qu’ils rencontraient localement montre une vaste étude de juin 2015 conduite par l’université de Göteborg. Mais, quid, dans ce grand mix, du nouveau groupe de "chasseurs-cueilleurs du Caucase" identifié, la "tribu numéro 4"? "Elle n’est pas restée éternellement à vivre en autarcie confinée dans ses montagnes", explique David Lordkipanidze, directeur national du Musée national géorgien et co-auteur de l’étude parue dans Nature Communication. Elle a survécu à l’âge glaciaire et s’est déployée probablement dès que les chapes de glace ont disparu et permis une plus grande circulation des hommes. Les dernières analyses montrent que ces chasseurs-cueilleurs du Caucase ont également légué leurs gènes aux européens modernes et qu’ils ont surtout largement contribué à fonder la tribu cavalière des Yamna. Plus fort encore, le petit groupe du Caucase a exporté ses gènes plus à l’est encore, jusqu’en Inde où il pourrait encore avoir de lointains descendants.

Source : Sciences et Avenir du 19/11/2015

vendredi 16 octobre 2015

La découverte de dents en Chine réécrit l'histoire de l'expansion humaine

PREHISTOIRE Selon une étude publiée dans «Nature», l'Homme moderne aurait quitté l'Afrique plus tôt qu'on ne le pensait jusqu'ici.

Chamboulement dans l’histoire de l’humanité. L’Homme moderne est arrivé en Chine il y a plus de 80.000 ans, bien avant qu’il ne s’installe en Europe, selon une étude qui conduit à avancer la date de sa sortie d’Afrique et à repenser ses chemins migratoires.

A l’origine de ce qui pourrait constituer une petite « révolution » dans le ciel de la paléoanthropologie ? Quarante-sept dents qui ont permis à des chercheurs d’établir que l’Homme moderne (Homo Sapiens) était déjà présent dans le sud de la Chine il y a au moins 80.000 ans et peut-être même il y a 120.000 ans.

Sorti d’Afrique « plus tôt qu’on ne le pensait »

« Soit bien plus précocement qu’on ne le pensait jusqu’alors », déclare à l’AFP Wu Liu, de l’Académie des sciences de Pékin, principal auteur de l’étude publiée mercredi dans la revue britannique Nature. « Et il est arrivé en Chine deux fois plus tôt qu’en Europe », ajoute-t-il. Homo Sapiens aurait vécu en Chine du sud 30.000 à 70.000 ans avant qu’il ne colonise l’Europe, selon cette étude.

Les premiers fossiles d’Homo Sapiens trouvés en Europe datent d’environ 45.000 ans. Le continent était alors peuplé d’Hommes de Néandertal.

Cette découverte démontre aussi qu’Homo Sapiens, apparu en Afrique de l’Est il y a environ 190.000 à 160.000 ans, est sorti de ce continent « beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait », considère Maria Martinon-Torres, d’UCL (University College of London), co-auteur de l’étude. « Le scénario généralement accepté » fait remonter le départ de l’Homme moderne d’Afrique « à seulement 50.000 ans », déclare-t-elle à Nature. Avec cette découverte, on peut déduire qu’Homo Sapiens est vraisemblablement sorti d’Afrique jusqu’à 70.000 ans plus tôt.

Néandertal, un frein à la colonisation de l’Europe ?

Les dents, en bon état, ont été trouvées dans la grotte de Fuyan, près de Daoxian dans la province chinoise du Hunan. Une fouille, menée entre 2011 et 2013 par l’équipe de Wu Liu, a permis de trouver dans une couche d’argile sablonneuse 47 dents qui ont ensuite été étudiées par un groupe de chercheurs internationaux.

L’étude pourrait bien redessiner la carte des diverses migrations d’Homo Sapiens. Après son départ d’Afrique, il serait peut-être passé par l’Arabie avant de réussir à gagner la Chine méridionale. Jusqu’à présent, la preuve la plus ancienne de la présence d’Homo Sapiens à l’est de la péninsule arabique provenait d’un fossile datant de 40.000 ans trouvé en 2003 dans la caverne de Tianyuan près de Pékin.

Les chercheurs s’interrogent sur les raisons qui ont empêché l’Homme moderne de s’installer en Europe pendant des dizaines de milliers d’années. « On ne peut pas exclure que la présence de l’Homme de Néandertal ait pu constituer une barrière supplémentaire à l’expansion de l’Homme moderne, qui n’aurait pu s’installer en Europe que lorsque les populations néandertaliennes ont commencé à disparaître », écrivent-ils. Une autre théorie avance que c’est le froid régnant alors en Europe et en Asie du Nord qui aurait poussé Homo Sapiens à partir d’abord vers l’Est.

Source : 20 minutes du 15/10/2015

jeudi 15 octobre 2015

Une découverte prouve la présence de l'homme moderne en Chine il y a 80 000 ans

Les scientifiques ont peut-être fait une découverte majeure dans l'étude de la préhistoire : celui-ci serait apparu plus tôt qu'on ne le pensait jusque-là.

L'homme moderne est arrivé en Chine il y a plus de 80 000 ans, bien avant qu'il ne s'installe en Europe, selon une étude qui conduit à avancer la date de sa sortie d'Afrique et à repenser ses chemins migratoires. À l'origine de ce qui pourrait constituer une petite "révolution" dans le ciel de la paléoanthropologie ? Quarante-sept dents qui ont permis à des chercheurs d'établir que l'homme moderne (Homo sapiens) était déjà présent dans le sud de la Chine il y a au moins 80 000 ans et peut-être même il y a 120 000 ans. "Soit bien plus précocement qu'on ne le pensait jusqu'alors", déclare Wu Liu, de l'Académie des sciences de Pékin, principal auteur de l'étude publiée mercredi dans la revue britannique Nature.

"Et il est arrivé en Chine deux fois plus tôt qu'en Europe", ajoute-t-il. Homo sapiens aurait vécu en Chine du Sud 30 000 à 70 000 ans avant qu'il ne colonise l'Europe, selon cette étude. Les premiers fossiles d'Homo sapiens trouvés en Europe datent d'environ 45 000 ans. Le continent était alors peuplé d'hommes de Néandertal. Cette découverte démontre aussi qu'Homo sapiens, apparu en Afrique de l'Est il y a environ 190 000 à 160 000 ans, est sorti de ce continent "beaucoup plus tôt qu'on ne le pensait", considère Maria Martinon-Torres, d'UCL (University College of London), coauteur de l'étude.

"Le scénario généralement accepté" fait remonter le départ de l'homme moderne d'Afrique "à seulement 50 000 ans", déclare-t-elle à Nature. Avec cette découverte, on peut déduire qu'Homo sapiens est vraisemblablement sorti d'Afrique jusqu'à 70 000 ans plus tôt. Les dents, en bon état, ont été trouvées dans la grotte de Fuyan, près de Daoxian, dans la province chinoise du Hunan. Une fouille, menée entre 2011 et 2013 par l'équipe de Wu Liu, a permis de trouver dans une couche d'argile sablonneuse 47 dents qui ont ensuite été étudiées par un groupe de chercheurs internationaux.

Le plus vieux fossile jusqu'alors était âgé de 40 000 ans

"Quand j'ai vu ces dents au laboratoire, il m'est apparu clairement qu'elles appartenaient à Homo sapiens et qu'elles ressemblaient beaucoup à celles des populations humaines actuelles", déclare Maria Martinon-Torres. Il est certain qu'elles ne proviennent pas d'autres hominidés comme Homo erectus dont des fossiles ont été retrouvés au nord de la Chine. "Dans la mesure où la faune qui a été trouvée avec ces 47 dents est typique du Pléistocène supérieur, nous pouvons avancer (...) que la présence d'humains peut être datée dans une fourchette de 80 000 ans à 120 000 ans", souligne l'étude. La grotte de Fuyan est riche en fossiles de mammifères. Trente-huit espèces ont été identifiées dont cinq éteintes.

Parmi ces dernières, Ailuropoda baconi, un ancêtre du panda géant, Crocuta ultima, une grande hyène, ou encore Stegodon orientalis, un impressionnant éléphant géant. L'étude pourrait bien redessiner la carte des diverses migrations d'Homo sapiens. Après son départ d'Afrique, il serait peut-être passé par l'Arabie avant de réussir à gagner la Chine méridionale. Jusqu'à présent, la preuve la plus ancienne de la présence d'Homo sapiens à l'est de la péninsule arabique provenait d'un fossile datant de 40 000 ans trouvé en 2003 dans la caverne de Tianyuan près de Pékin. Les chercheurs s'interrogent sur les raisons qui ont empêché l'homme moderne de s'installer en Europe pendant des dizaines de milliers d'années.

"On ne peut pas exclure que la présence de l'homme de Néandertal ait pu constituer une barrière supplémentaire à l'expansion de l'homme moderne, qui n'aurait pu s'installer en Europe que lorsque les populations néandertaliennes ont commencé à disparaître", écrivent-ils. "Mais le froid qui régnait à l'époque sur l'Europe et le nord de la Chine pourrait davantage expliquer la colonisation précoce des régions méridionales par l'homme moderne", estime Robin Dennell, du département d'Archéologie de l'université d'Exeter, dans un commentaire publié dans Nature. "Homo sapiens est apparu dans des régions tropicales. Il est logique qu'il soit allé plutôt vers l'est que vers le nord où les températures hivernales tombaient facilement en dessous de zéro", relève-t-il.

Source : Le Point du 14/10/2015

vendredi 25 septembre 2015

L'arbre généalogique de l'Homme bouleversé par l'ADN

Des scientifiques ont séquencé l'ADN d'un ancêtre de l'Homme. Leurs recherches pourraient bien bouleverser l'arbre généalogique de l'espèce humaine en faisant apparaître de manière distincte les ancêtres de l'Homme (homo sapiens) bien plus tôt que ce que l'on pensait dans la chronologie de l'évolution.

C'est en étudiant l'ADN trouvé sur des fossiles trouvés en Espagne et vieux de 300 000 à 400 000 ans que les scientifiques ont identifié ce nouvel ancêtre de l'Homme. Lors de la conférence annuelle de la société européenne pour l'étude de l'évolution humaine, les chercheurs sont revenus sur le long chemin qui a abouti à cette découverte.

Un mystère résolu grâce à l'ADN

Dans les années 90, les ossements de 28 individus ressemblant à ceux des hommes de Néandertal primitifs avaient été découverts à Sima de los Huesos (la fosse aux ossements), dans les montagnes de l'Acapuerca, en Espagne. Ces ancêtres de l'Homme avaient alors été nommés "Homo heidelbergensis" et étaient considérés par la plupart des chercheurs comme les ancêtres directs de l'homme de Néandertal.

Mais en 2013, des recherches ADN effectuées sur l'un des ossements trouvés à Sima de los Huesos ont montré qu'ils étaient sensiblement différents de l'ADN trouvé sur les restes de l'Homme de Néandertal. En revanche, il présentait des similitudes avec les restes de l'homme de Denisova, trouvés en Sibérie. Pour résoudre ce mystère, les scientfiques de l'Institut Max Planck de Leipzig (Allemagne) avaient alors annoncé leur intention de séquences l'ADN trouvé sur les fossiles en Espagne.

Des ancêtres plus vieux que ce que l'on pensait

Ce travail, long et complexe, a finalement abouti deux ans plus tard, soit cette année. Et les résultats ont montré que l'ADN trouvé à Sima de los Huesos présentait tout de même plus de similtudes avec celui de Néandertal qu'avec celui de l'homme de Denisovans ou de l'homme moderne. "Les specimens trouvés à Sima de los Huesos sont les premiers Neandertal ou de très proches cousins", en ont conclu les chercheurs.

Cela signifie donc que la séparation entre la branche qui aboutit à l’homme moderne, d’une part, et d’autre part celle qui aboutit aux Néandertaliens et aux Denisovans, est plus ancienne que ce que l'on pensait : elle pourrait dater de 550 000 à 765 000 ans. Cette découverte montrerait donc que les ancêtres de notre espèce ont commencé à se singulariser des autres humains archaïques entre 100 000 et 400 000 ans plus tôt que ce que l’on supposait.

Source : Direct Matin du 14/09/2015

vendredi 18 septembre 2015

Lee Berger, père controversé de l'Homo naledi

Le "chasseur de fossiles" de National Geographic, Lee Berger, a baptisé sa nouvelle trouvaille, l'Homo naledi, dont l'existence a été révélée ce jeudi. Mais ses méthodes peu orthodoxes divisent la communauté scientifique.

Lee Berger "adore raconter des histoires. Des histoires aussi belles que possible", lâche William Jungers, président de la faculté de sciences anatomiques à la Stony Brook University (New York) à PBS. Après la découverte en Afrique du Sud de l'Homo naledi, notre hypothétique ancêtre, nombreux sont les chercheurs qui, comme William Jungers, restent prudents en raison du profil controversé de "trouveur" des ossements.



Le paléoanthropologue américain de 49 ans irrite la communauté scientifique. C'est peu dire. Il serait trop médiatique, trop léger... "J'adore le processus de la découverte, le processus de l'exploration. J'adore voir de nouvelles choses", confie Lee Berger à PBS, avec son enthousiasme habituel. Est-ce le directeur de l'unité de paléoanthropologie à l'Institut de paléontologie de l'université du Witwatersrand (Afrique du Sud) qui parle, ou bien le gamin de Géorgie devenu le "chasseur de fossiles" attitré de National Geographic?

"Papa, j'ai trouvé un fossile!"

Lee Berger a d'ailleurs transmis le virus à ses proches... C'est même lors de vacances en famille ou en balade avec son fils qu'il a déjà fait quelques découvertes. "Papa, j'ai trouvé un fossile", dit ainsi le jeune Matthew Berger, 9 ans, alors qu'il grattait le sol à 15 mètres de son père, en Afrique du Sud, en 2008. [Voir la vidéo ci-dessous, à 14'] Le fossile en question était une clavicule appartenant à un enfant qui a vécu il y a environ 2 millions d'années, raconte Bloomberg. Des recherches supplémentaires ont mis au jour d'autres ossements de l'Australopithecus sediba et donné lieu à deux articles publiés dans la revue Science.



Cette fois, c'est sur les réseaux sociaux qu'il a trouvé ses associés, plus professionnels. "Chers collègues, j'ai besoin de l'aide de la communauté entière", a-t-il lancé sur Facebook en octobre 2013. Deux ans plus tard, ils sont une cinquantaine de chercheurs associés à signer l'article révélant l'existence de l'Homo naledi au monde. Et à le remercier pour cette invitation qui secoue les pratiques habituelles du milieu scientifique.

"Il y a plein de fossiles que personne n'a jamais vus, sauf quelques personnes sélectionnées. La paléoanthropologie est un milieu assez pourri à ce niveau-là", souligne l'une d'entre eux, Tracy Kivell, de l'Université du Kent, à Canterbury, cité par la revue Nature. Son confrère Denné Reed, de l'Université du Texas, à Austin, renchérit: "Nous voulons partager les données. Les avantages de la collaboration pèsent bien plus que les risques..." En clair, Lee Berger parle à cette génération de chercheurs qui utilisent le hashtag #icanhazpdf sur Twitter pour obtenir des documents inaccessibles par les canaux classiques.



Pure jalousie ou prudence légitime ?

Mais cette démarche "rafraîchissante" pour certains incite aussi à la prudence. Tout le monde n'a pas oublié l'affaire de Palau en 2006. Face caméra, dans un documentaire de National Geographic, Lee Berger s'enflamme au sujet de fossiles retrouvés sur l'île de Micronésie. Il en est sûr, ces os ont appartenu à une espèce encore inconnue de Pygmées, des humains dont la taille est réduite en raison, suppose-t-il, des maigres ressources nutritionnelles de cette île. Il le baptise, comme à son habitude: c'est "l'homme de Palau".

Problème: la tribu naine n'en était pas une, les os appartenaient sans doute à des jeunes habitants de l'île, où la nourriture abonde par ailleurs. L'affaire "illustre combien la science peut se retrouver prise dans les filets de l'entertainment", conclue Nature. L'émission dont Lee Berger est la star sur National Geographic a même pour slogan "entertainment first, science second", faisant explicitement passer le sérieux scientifique au second plan. L'Homo naledi ne serait-il qu'un nouveau moyen de s'offrir un "coup de pub", au moment même où la Fox met la main sur National Geographic ?

Lee Berger se fiche ouvertement des gardiens du temple qui l'attaquent notamment sur la datation trop imprécise des ossements. Une question pourtant centrale: "Cela peut devenir une découverte très importante, mais c'est l'âge géologique qu'on pourra attribuer à ces spécimens qui le dira", commente pour Le Monde Michel Brunet, découvreur de Toumaï (7 millions d'années), au Tchad. "Peu importe leur âge, cela va transformer notre métier", répond Lee Berger, toujours optimiste. Et malgré ses méthodes orthodoxes ou non, comme le rappelle son confrère William Jungers, "c'est lui qui a les fossiles".

Source : L'Express du 11/09/2015

Homo naledi, le nouvel hominine qui divise les paléontologues

La découverte d'Homo naledi est unanimement saluée comme celle d'une nouvelle espèce d'hominine depuis que des restes fossilisés d'au moins 15 individus ont été retrouvés rassemblés dans une grotte d'Afrique du Sud. Cette découverte est toutefois l'objet de différentes interprétations et soulève des questions de la part de paléoanthropologues aussi réputés que Michel Brunet et Yves Coppens : les rites funéraires dans la lignée humaine existaient-ils déjà il y a plusieurs millions d'années ?

Ce 10 septembre 2015, l’annonce de la découverte d’un nouvel hominine dans le « berceau de l'humanité » (Cradle of Humankind), une région d’Afrique du Sud située à environ 50 km au nord-ouest de Johannesburg, a fait l’effet d’une bombe. Homo naledi (naledi signifie « étoile » en langage sesotho et fait référence au nom du site où les restes ont été trouvés, dans les grottes de Rising Star) est rapidement devenu la coqueluche des médias.

Une telle fascination n’avait pas opéré en mars 2015, lors de l’annonce de la découverte en Éthiopie d’un reste fossilisé d’un membre de la famille Homo – une découverte qui repoussait de 400.000 ans dans le passé l’origine de l’humanité et qui fut suivie quelques mois plus tard par celle d’une nouvelle espèce d’Australopithecus, toujours en Éthiopie. L'écho de la découverte de Homo naledi surpasse même celle, pourtant retentissante, des plus vieux outils attribuables à un hominine connus à ce jour faite par l’archéologue française du CNRS, Sonia Harmand, et ses collègues.

Homo naledi inhumait-il ses morts il y a des millions d'années ?

Pourquoi un tel engouement ? Tout d’abord parce qu’il est rare en paléontologie humaine de trouver en un seul lieu les restes fossilisés de près d’une dizaine d’hominines et, qui plus est, en excellent état de conservation. Mais un autre élément intrigue particulièrement les paléontologues. Tout semble en effet indiquer que les individus retrouvés ont été volontairement placés par leurs semblables dans une grotte très difficile d’accès, un comportement qui fait penser à une inhumation.

Il n’est pas encore possible de dater les restes de Homo naledi. Cependant, les caractéristiques anatomiques laissent penser que cette nouvelle espèce existait peut-être il y a un, voire trois millions d’années. Elle était donc peut-être contemporaine des australopithèques, voire antérieure à l’apparition de Homo habilis. Dans cette dernière hypothèse, il s’agirait d’une révolution bousculant notre regard sur l’Homme. Jusqu’à présent, les premières traces probables d’inhumation étaient en effet attribuées à l’Homme de Néandertal, apparu il y a environ 250.000 ans.

Les arguments en faveur de l'inhumation chez Homo naledi

Les paléontologues semblent confiants dans leur interprétation mais comment affirmer que se trouvent là les plus anciennes traces d’un rituel d’inhumation attribuable à un hominine ? Lorsque des groupements inhabituels de fossiles sont retrouvés, il s’agit soit d’une hécatombe rapide – par exemple par manque d’oxygène dans l’eau ou par une libération importante de gaz carbonique – soit parce que les corps ont été accumulés au fil du temps dans un piège naturel – par exemple par des courants ou encore des fosses à goudron comme dans le cas du célèbre Rancho La Brea Tar Pits.

Les chercheurs excluent l’hypothèse d’une catastrophe soudaine. Ils ont en effet réalisé une étude stratigraphique des sédiments où se trouvaient les différents fossiles qui montre que ces hominines sont arrivés sur une période étalée dans le temps. Ils excluent aussi une accumulation au fil des âges de corps apportés par de l’eau ou des courants de boues. Les grottes de Rising Star appartiennent à un système karstique, donc un réseau hydrographique essentiellement souterrain de rivières avec un sous-sol creusé de nombreuses cavités. Là encore, l’étude des sédiments ne montre aucune trace d’un apport de boue extérieure. Par ailleurs, certaines parties de squelettes retrouvées sont quasiment en connexion anatomique, ce qui, là non plus, n’est guère compatible avec l’hypothèse de restes apportés par des courants d’eau et de boue.

Quid de l’hypothèse de corps accumulés par des prédateurs dans leur antre ? Elle ne tient pas non plus. D’abord parce que l’on aurait trouvé des traces de morsures sur les os découverts et aussi parce qu’il n’existe pas de restes fossilisés d’autres proies comme ce devrait être le cas. À part quelques rares fossiles d’oiseaux et de souris, on ne trouve que ceux de Homo naledi. Enfin, la grotte où ces restes ont été trouvés est particulièrement difficile d’accès et ,surtout, on est obligé de se déplacer dans l’obscurité complète avant de l’atteindre, ce qui n’est à nouveau guère compatible avec l’idée d’une antre. Il n’y a pas de traces d’un autre accès aujourd’hui disparu, ce qui veut dire qu’il semble probable que Homo naledi ait utilisé le feu pour s’éclairer et entrer dans la grotte.

Reste que l’âge des fossiles est, pour toutes ces raisons, encore très mal déterminé. Il n'y a dans ces grottes d'autres fossiles d’animaux ou de végétaux, ce qui permettraient au moins une datation relative. Les sédiments ne sont pas non plus propices à une datation absolue évidente pour le moment. On ne peut de ce fait éliminer l’hypothèse que ces corps ne soient âgés que de quelques centaines de milliers d’années.

Le « berceau de l'humanité » (Cradle of Humankind) est un paysage vallonné d’Afrique du Sud composé de crêtes de calcaire dolomitiques associées à des prairies dans les vallées, des cours d’eau et de nombreuses sources naturelles. Les grottes de calcaire de cette région renferment près du tiers des fossiles d'hominine découverts. Parmi les sites les plus connus il y a Sterkfontein, Swartkrans et le site du crâne fossile de Taung un spécimen de l’espèce Australopithecus Africanus découvert en 1924. Les fossiles mis au jour ont permis l’identification de plusieurs spécimens des premiers hominines, vieux de 2,5 à 4,5 millions d’années, ainsi que des preuves de la domestication du feu il y a de 1,8 à 1 million d’années

Un hominine d'âge indéterminé

La datation, c’est bien ce qui pose problème à un paléontologue du calibre de Michel Brunet, le célèbre découvreur au Tchad de Toumaï (le Sahelanthropus tchadensis, que certains paléoanthropologues considèrent comme l'une des premières espèces de la lignée humaine, les hominines, et dont l’âge est estimé à environ 7 millions d'années) comme il l’a expliqué au journal Le Monde. Le chercheur s’étonne que l’on fasse tant de bruit autour de cette découverte en l’absence de toute datation car, bien évidemment, s’il s’avère que Homo naledi est vieux de moins d’un million d’années, sa découverte, bien qu’importante, ne serait pas révolutionnaire. Toujours dans Le Monde, son collègue Yves Coppens, le codécouvreur de Lucy, va plus loin, et il n’est pas le seul. Il met en doute l’appartenance des fossiles retrouvés au genre Homo ainsi que l’interprétation de leur concentration comme une preuve d'une inhumation.

Il faut dire que les caractéristiques de l’hominine baptisé Homo naledi sont troublantes, bien que pas du tout exceptionnelles. Il présente un mélange de traits modernes et archaïques. Avec une taille d’environ 1,50 mètre à l’âge adulte pour un poids moyen estimé à 45 kg, Homo nadeli possédait des pieds et des jambes plutôt modernes et qui en font un incontestable bipède. Pourtant, ses mains gardent des traces d’adaptation à la vie arboricole avec des doigts encore courbés. Les dents et les os semblent le rattacher aux plus vieux représentants du genre Homo comme Homo habilis ou Homo erectus, ce qui est compatible avec l’idée qu’il soit plus âgé qu’un million d’années. Mais son petit crâne abritant un cerveau de la taille d’une orange ainsi que son âge ancien envisagé par les auteurs peuvent laisser penser qu’il s’agit encore d’un australopithèque.

En tout état de cause, la taille du cerveau et un âge ancien semblent bien peu compatibles avec des traces de rites funéraires. Il faudrait alors admettre l’apparition précoce de capacités cognitives que l’on croyait tardives et propres à des cerveaux bien plus évolués.

Où se place Homo naledi dans l'arbre généalogique des hominines ? L'absence de datation empêche pour le moment de la savoir. Des contaminations dans la grotte rendent cette datation difficile et trois méthodes ont échoué. On attend les résultats d'une quatrième

Des astronautes souterrains recrutés sur Facebook

L’hypothèse est ahurissante. Bien que la découverte soit importante, c’est peut-être ce qui explique pourquoi le paléontologue Lee Berger, connu pour la découverte d'Australopithecus sediba, et qui a dirigé les fouilles et rassemblé autour de lui des dizaines de chercheurs en 2014 lors d’un colloque marathon pour interpréter les résultats de ces fouilles, ne semble pas être parvenu à publier ces résultats dans un journal aussi prestigieux que Nature ou Science, comme c’est l’usage. Lui et ses collègues se sont tournés vers un périodique peu connu des paléoanthropologues : elife.

De plus, ces fouilles sont parfois qualifiées de « show » médiatique depuis 2013 puisque, convaincu de l’importance potentielle de la découverte des fossiles par deux spéléologues, Steve Tucker et Rick Hunter, Lee Berger a demandé de l’aide à National Geographic. En très peu de temps, un blog et des vidéos postées régulièrement sur YouTube ont accompagné les travaux des chercheurs.

Comme l’accès à la chambre où se trouvaient les fossiles est très étroit et n’est possible que pour des personnes plutôt maigres qui doivent ramper dans un boyau, Berger a demandé de l’aide… sur Facebook ! Une annonce a été publiée demandant des paléontologues ou archéologues filiformes ayant une expérience en spéléologie. Parmi les candidats, six femmes ont été sélectionnées et ce sont finalement ces « astronautes souterrains » qui vont fouiller, Berger assistant aux opérations en surface à l’aide de caméra.

En résumé, il s’agit incontestablement d'une nouvelle espèce et, comme ces restes fossilisés sont très bien conservés et appartiennent à des individus de tous âges, l'espèce sera bien connue. Il s’agit donc d’une découverte importante de ce point de vue. Voilà une nouvelle preuve d'une évolution en mosaïque des hominines et surtout d’une évolution buissonnante de la lignée humaine avec plusieurs espèces qui cohabitent. L'absence de datation rend difficile l'évaluation du poids de l'hypothèse de traces de rites funéraires car Homo naledi, s’il est bien un membre de la famille Homo, pourrait être une espèce jeune mais avec des traits archaïques.

De nombreuses informations supplémentaires sont à découvrir, y compris des images et des vidéos, sur les sites des principales universités ayant conduit les fouilles et les recherches et également sur le site de National Geographic :

Wits University ;

University of Wisconsin ;

National Geographic.

Les deux articles scientifiques publiés dans elife sont disponibles en accès libre :

Homo naledi, a new species of the genus Homo from the Dinaledi Chamber, South Africa ;
Geological and taphonomic context for the new hominin species Homo naledi from the Dinaledi Chamber, South Africa.

Source : Futura Sciences du 11/09/2015

jeudi 17 septembre 2015

Comment dater Homo naledi ? Une interview exclusive

La découverte en Afrique du Sud d’Homo naledi, une nouvelle espèce d’hominine, laisse bien des questions en suspens. Les nombreux restes fossilisés trouvés dans la cavité Dinaledi, c’est-à-dire la cavité des étoiles en langue Sotho, pourraient changer notre conception de l’histoire du genre Homo s’ils sont âgés de quelques millions d’années. Futura-Sciences a interrogé l’un des chercheurs impliqués dans cette découverte : Eric Roberts.

Eric Roberts est un spécialiste en sédimentologie, aussi bien du point de vue de la géochronologie que du point de vue des implications en paléontologie. Le chercheur est en poste à la James Cook University en Australie. Il se trouve que c’est aussi un spéléologue et c’est pourquoi on ne sera pas étonné d’apprendre qu’il a fait partie de ceux qui ont été autorisés à pénétrer dans les grottes de Rising Star en Afrique du Sud, désormais sous le feu des projecteurs avec la découverte d’Homo naledi.

Il a également fait partie, avec son collègue Paul Dirks, géologue et professeur dans la même université, de l’aréopage de spécialistes rassemblés par le paléoanthropologue Lee Berger autour de cette découverte. Eric Roberts et Paul Dirks figurent donc au nombre des auteurs de l’article publié par le journal eLife qui fait couler le plus d’encre numérique, celui qui propose l’hypothèse que Homo naledi partageait avec Homo sapiens des pratiques funéraires.


Cette vidéo présente rapidement les caractéristiques essentielles de la découverte des restes fossilisés de Homo naledi. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle avec deux barres horizontales en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître, si ce n’est pas déjà le cas. En cliquant ensuite sur l’écrou à droite du rectangle, vous devriez voir l’expression « Traduire les sous-titres ». Cliquez pour faire apparaître le menu du choix de la langue, choisissez « français », puis cliquez sur « OK »

Cassian Pirard, également en poste à la James Cook University en Australie, est lui pétrologiste et géochimiste. Il connaît bien les deux hommes puisqu’il fait entre autres de la spéléologie avec son collègue Eric Roberts. Les membres du forum de Futura-Sciences connaissent bien également Cassian puisqu’il est l’un des modérateurs. Par son intermédiaire, nous avons pu poser quelques questions à Eric Roberts, au sujet de l’étonnante, mais controversée, découverte de ce qui semble bien être des traces de pratiques d’inhumation des défunts du nouvel hominine dans la cavité Dinaledi.

Voici donc les réponses d’Eric Roberts, avec l’adhésion de Paul Dirks et des compléments d’information tirés de discussions avec Éric Roberts par Cassian Pirard. Il nous a ainsi confié que comme il pratiquait souvent l’escalade et la spéléologie avec son collègue, celui-ci lui avait déjà raconté qu’en ce qui concerne cette cavité : « c’est vraiment un site difficile où il faut avoir au moins quelques années de spéléologie derrière soi pour y accéder sans aide externe et ne pas être trop baraqué. Paul Dirks (un grand hollandais) est incapable d’y entrer et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Éric, plus petit et svelte, a pu y pénétrer, mais cela lui prenait toujours une dizaine de minutes de contorsions ».

Mais entrons dans le vif du sujet...

Futura-Sciences : À quel moment l’équipe a commencé à envisager l’hypothèse que l’on était en présence des plus anciennes traces de pratique faisant penser à de l’inhumation ? Quelle a été sa réaction ?

Eric Roberts : L’idée a commencé à faire son chemin juste après la première excavation, quand il est devenu manifeste qu’il n’y avait pas des fossiles d’animaux dans la cavité et qu’aucun des os ne portait de traces de traumatismes ou de l’activité de carnivores. Notre première réaction a été que nous devions regarder plus soigneusement les informations disponibles et examiner avec plus d’attention la cavité. C’est ce que nous avons fait et tout a continué à nous indiquer que l’on était bien en présence d’un assemblage monospécifique de fossiles avec peu d’autres interprétations possibles.

FS : Comment l’hypothèse a-t-elle été reçue quand vous avez commencé à en parler à la communauté scientifique ?

Eric Roberts : Je pense que la plupart des gens ont réagi en disant qu’il devait y avoir une autre manière de pénétrer dans la cavité, ou qu’il devait y avoir une autre explication. Toutefois, lorsqu’ils ont été confrontés aux données et au raisonnement derrière notre hypothèse, ils sont arrivés comme nous à la même conclusion.

FS : Les articles n’ont pas été publiés dans Nature ou Science, pourquoi ?

Eric Roberts : Eh bien, tout ce travail est en fait une expérience pour changer la façon dont nous faisons et publions de la science. Plutôt que de faire de la rétention d’informations comme s’il s’agissait d’un secret important, et en ne permettant qu’à un groupe de chercheurs sélectionnés d’avoir accès aux fossiles, Lee Berger a ouvert la découverte au public et à d’autres experts depuis le tout début. Il a permis à un large groupe de jeunes chercheurs de venir en Afrique du Sud pour participer à l’analyse des fossiles. Notre décision de publier dans un journal en accès libre en ligne, eLife, est en droite ligne de la philosophie derrière ce projet.


Cette deuxième vidéo complète la première en montrant des images de la découverte des fossiles de Homo naledi, suivie par National Geographic. On voit aussi une reconstitution de l'aspect probable de Homo naledi. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle avec deux barres horizontales en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître, si ce n'est pas déjà le cas. En cliquant ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, vous devriez voir l'expression « Traduire les sous-titres ». Cliquez pour faire apparaître le menu du choix de la langue, choisissez « français », puis cliquez sur « OK »

FS : Est-il exact que les fouilles n’ont permis d’explorer qu’une petite partie des dépôts sédimentaires ? On a seulement gratté la surface pour ainsi dire, il doit donc rester bien plus de fossiles de Homo naledi que l’on n’en a trouvé pour le moment, étant donné la richesse de ce que l’on a déjà découvert.

Eric Roberts : Parfaitement. Nous avons fait une étude minutieuse de la sédimentologie de la cavité Dinaledi, mais nous avons seulement excavé une petite partie du sol, celle qui a livré le plus de fossiles. Il est tout à fait possible, et en fait nous en sommes presque certains, que bien plus de fossiles de Homo naledi soient encore sur place, attendant d’être déterrés.

Cassian Pirard : Il y a différents niveaux dans la chambre, séparés par des planchers de précipitations carbonatées et des niveaux de sédiments qui n’ont pas encore été explorés. Une des prochaines étapes sera d’amener du matériel de géophysique, entre autres un Ground Penetrating Radar (GPR), dans la chatière pour explorer ce qui se cache dans les zones encore non excavées.

FS : Quelles méthodes de datation ont été tentées ? Y a-t-il de l’espoir dans un avenir proche d’obtenir une datation et si oui comment ?

Eric Roberts : Nous avons essayé plusieurs techniques, dont la datation par l’uranium-plomb. Nous avons eu des problèmes pour obtenir un âge jusqu’à présent. Mais nous progressons et nous emploierons tout ce qui est possible pour obtenir un âge précis et fiable pour les fossiles. Nous pensons réussir, mais ça va prendre du temps.

Cassian Pirard : Les datations U-Th-He sur les encroûtements carbonatés n’ont rien donné jusqu’à présent, faute d’une technique adéquate. Mais Jan Kramers, un célèbre géochronologiste présent parmi les auteurs de l’article de eLife, est en train de développer une méthode appropriée pour dater de manière plus adéquate les spéleothemes, appelés plus couramment concrétions, de Rising Star. Des échantillons de sédiments carbonatés sont d’ailleurs en cours d’analyse dans notre université et devraient donner des résultats plausibles d’ici quelques mois, en utilisant les séries de désintégration de l’uranium. Cela nous donnera un âge minimum pour les fossiles.

Une datation des sédiments par OSL (Optically Stimulated Luminescence) va être tentée également ainsi qu’une datation directe des dents de Homo naledi par ESR (Résonance de Spin Electronique). Elle pourrait finalement nous donner un âge, même si c’est avec des barres d’erreurs assez importantes.

FS : Même si l’on n’a pas de date, quelle est celle qui est la plus probable si l’on pense à l’anatomie de Homo naledi et par la même occasion, sa place la plus probable dans l’arbre des hominines, selon l’équipe ?

Éric Roberts : Vous savez nous ne voulons vraiment pas faire trop de spéculations à ce sujet. Il nous faut des certitudes. Je pense que toutes les dates entre trois millions d’années et dix mille ans sont possibles.
FS : Si les fossiles sont récents peut-on imaginer trouver de l’ADN ?

Eric Roberts : Nous allons essayer.
FS : Quel effet ça fait de se retrouver dans la grotte de Homo naledi ? On pense à la trajectoire qui vous a mené à devenir un chercheur qui se penche sur les origines de l’humanité, avec des réflexions philosophiques ?

Eric Roberts : On se sent vraiment excité d’être impliqué dans la découverte et le contexte d’un site de fossiles si important. Je suis juste très fier d’être en mesure de contribuer à mon humble niveau à la compréhension des origines de l’Homme.

Source : Futura Sciences du 15/09/2015

Homo naledi, l’homme préhistorique qui pourrait bousculer notre arbre généalogique

Mi-homme mi-australopithèque, Homo naledi a été mis au jour dans une grotte d’Afrique su Sud. Il pourrait être le chaînon manquant de l’histoire de notre évolution. Un scoop National Geographic.

Au fond d’une grotte, en Afrique du Sud, une mission paléontologique financée par National Geographic a permis la découverte de centaines d’ossements. Des restes qui dessinent un hominidé d’un genre inédit, baptisé Homo naledi, à mi-chemin entre l’homme moderne et l’australopithèque.

L’aventure commence en 2013 lorsque deux jeunes spéléologues s’aventurent dans la grotte Rising Star, à quelque 50 km de Johannesburg. Après s’être faufilés à travers une étroiture verticale, ils descendent une longue paroi, qui les mène dans une salle où sont éparpillés des ossements et une mâchoire avec ses dents.

Lee Berger, paléoanthropologue à l’université de Witwatersrand (Johannesburg), est immédiatement prévenu. Des fouilles sont organisées dans la foulée. Résultat : 1500 ossements en très bon état de conservation, provenant d’au moins quinze individus de tous sexes et de tous âges (notamment de très jeunes enfants).

Reconstitués par les scientifiques, les squelettes donnent à voir une morphologie inédite : un crâne d’à peine 560 cm3, soit trois fois moins que celui de l’homme actuel, des phalanges courbées qui permettent de grimper aux arbres, mais des pieds et des mains étonnamment semblables aux nôtres. Le bientôt dénommé Homo naledi semble cumuler des caractéristiques à la fois du genre australopithèque et de l’homme moderne.

>> Un étonnant mélange : ce squelette composite révèle la constitution générale d’Homo naledi. Ses épaules, ses hanches et son torse évoquent des hominidés antérieurs. La partie inférieure du corps comporte davantage d’adaptations humanoïdes. Le crâne et les dents montrent un mélange des deux

Son comportement aussi étonne les scientifiques. L’emplacement de la grotte et la disposition des ossements laissent penser qu’ils ont été déposés dans la grotte à dessein, probablement pour les inhumer. Un procédé très avancé et largement inconnu chez les autres hominidés primitifs.

Les recherches n’ont pas permis pour le moment d’établir une datation précise des ossements. Mais certains avancent l’hypothèse qu’Homo naledi soit le chaînon manquant entre l’australopithèque et Homo erectus, notre aïeul supposé qui était doté d’un cerveau et d’une constitution physique proche de la nôtre. Un million d’années sépare ces deux dernières espèces. Un laps de temps qui demeure encore mystérieux aux yeux des scientifiques.

Comment un animal bipède a-t-il évolué vers le genre Homo, une créature non seulement adaptée à son environnement mais capable de le maîtriser en utilisant son esprit ? La découverte d’Homo naledi pourrait apporter des réponses essentielles dans la quête de nos origines.

Source : National Geographic du 16/09/2015

dimanche 13 septembre 2015

"Homo naledi", découverte d'une nouvelle espèce humaine : beaucoup de bruit pour rien ?

LE PLUS. "Homo naledi." C'est le nom d'une nouvelle espèce du genre humain, découverte dans les grottes de Rising Star, en Afrique du sud. Mais est-ce une trouvaille aussi extraordinaire que les chercheurs le laissent entendre ? Pour Philippe Charlier, médecin légiste et anthropologue, nous manquons d'un certain nombre de données.

Annoncée en grandes pompes il y a quelques jours, l’identification d’une nouvelle espèce d’Homo (Homo naledi), identifiée à partir d’un amas de plus de 1.500 ossements retrouvés dans un grotte sud-africaine, laisse aussi perplexe les spécialistes que le grand public…

Que conclure sans datation des ossements ?

Le site est exceptionnel en soi, avec une telle richesse d’ossements fossiles intéressant autant des adultes que des enfants et de très jeunes immatures (nouveau-nés).

Mais pour bien interpréter cette découverte paléo-anthropologique, une donnée essentielle est manquante : la datation des ossements. Pour une raison ahurissante, la publication scientifique de cette "nouvelle espèce" a été acceptée dans une revue internationale ("eLife") sans cette information capitale.

Sans datation précise, que conclure ? Dans l’hypothèse d’ossements vieux de plusieurs millions d’années, ils trouveraient leur place aux côtés d’Homo erectus, sorte de variante locale de cette espèce déjà bien connue. Si, en revanche, ils n’ont que plusieurs centaines de milliers d’années, ils ne constitueraient alors qu’une variante très isolée dans l’arbre évolutif, et d’un intérêt bien moindre… Encore faut-il être sûr (ce sera aux publications ultérieures de le confirmer) que l’ensemble des ossements assemblés correspondent bien à une seule espèce et non à plusieurs accumulées au même endroit.

En lien avec des rites funéraires ? Une conclusion hâtive

Avec son 1,5 mètre et ses 45 kg, s’agit-il d’ailleurs d’un Homo ? Ce n’est pas évident. Ne plaident pas en faveur de cette hypothèse son cerveau "pas plus gros qu’une orange", qui tendrait plus à le rapprocher d’un australopithèque… Sauf que le reste de son squelette évoque un sujet plus récent (mains et pieds modernes, sauf ses phalanges encore courbées), tandis que son bassin se rapprocherait de celui d'Australopithecus afarensis (Lucy).

On a pu entendre aussi, de la bouche même des responsables scientifiques des fouilles et de l’étude anthropologique, que cet amoncellement d’ossements dans un lieu si difficilement accessible, était en rapport avec des rites funéraires… Une conclusion assez hâtive et bien dangereuse, en l’absence d’argument fiable comme, par exemple, des offrandes associées, le creusement de cavités destinées au dépôt des cadavres, un recouvrement intentionnel, des lésions en rapport avec un traitement post-mortem des corps, etc. Ici, rien de tout cela, sauf la topographie difficilement accessible du boyau où ont été accumulés les restes.

L’hypothèse d’un accident (individus piégés dans cette cavité) ou d’un déplacement post-mortem des éléments de squelettes (à l’occasion d’une crue, par exemple) semble bien plus crédible… tout comme celle d’une autre entrée, non encore identifiée, pour cette cavité.

Un tournant dans la médiatisation de cette découverte

Cette étude marque aussi un tournant : c’est "eLife", bien différente des revues habituellement concernées par ce type d’avancée scientifique majeure ("Science", "Nature", "Journal of Human Evolution", etc.) qui a été choisie par les auteurs. Mais en outre, les deux campagnes de fouilles archéologiques, réalisées en 2013 et 2014 avec le soutien du "National Geographic", ont pu être suivies sur Facebook et Twitter.

Quant à la présentation des squelettes et des résultats, on se contentera de dire qu’elle a été orchestrée de façon tonitruante, ce qui ne constitue pas en soi un motif de critique, par le très controversé professeur Lee Berger, directeur de l'unité de paléo-anthropologie à l'Institut de paléontologie de l'université du Witwatersrand (Afrique du Sud).

En conclusion, cette nouvelle espèce démontre surtout le caractère totalement kaléidoscopique et non linéaire de l’évolution humaine (ou pré-humaine), et c’est peut-être, en l’attente d’éléments complémentaires, la principale leçon à tirer de cette découverte.

Source : L'Obs du 12/09/2015

« Homo naledi » : pourquoi la communauté scientifique s’interroge

Homo naledi, nouvelle star de l’espèce humaine

Une nouvelle espèce d'Homo a été créée pour une quinzaine de petits bonhommes, retrouvés dans une grotte souterraine sud-africaine. Ont-ils été délibérément inhumés il y a 1 à 2 millions d'années ?

ÉTOILES. Comment diable les corps de ces quinze petits bonhommes fossiles se sont-ils retrouvés dans une chambre de karst, située à 30 mètres sous terre aujourd’hui et dont on n’a toujours pas découvert l’entrée ? C’est l’un des nombreux mystères qui entourent la découverte d’Homo naledi, dans les entrailles des "Rising star" (étoiles montantes, en anglais) sud-africaines : cet ensemble de cavités souterraines est situé à 500 kilomètres de Johannesburg, dans la fabuleuse zone des "sites fossiles à hominidés" (Sterkfontain, Swartkrans, Taung etc) inscrite au patrimoine de l’humanité par l’Unesco.

Cerveau minuscule, doigts courbes, pieds humains

1500 ossements appartenant à une quinzaine d’individus différents (enfants, adultes, et vieillards) ont été extirpés des cavités par une équipe internationale conduite par le paléontologue Lee berger, de l’université du Witwaterstrand. Après examen, les chercheurs ont choisi de lui donner un nouveau nom d’espèce, Homo naledi, "Homme étoile", en langue Sesotho. La nouvelle star de la paléontologie humaine serait en effet à nulle autre pareille, selon l’analyse parue dans la revue scientifique en libre accès eLife. "Homo naledi mesurait 1,50 m maximum, pesait 45 kilos tout mouillé et avait une toute petite tête, avec un cerveau pas plus gros qu’une orange" résume Michelle Drapeau, professeure d’anthropologie à l’université de Montréal. Il avait un encéphale plus petit que celui d’Homo habilis, (2,4 à 1,8 Ma) mais formé comme celui d’un Homo erectus ( -1,9 Ma à -0,3 Ma) .

ARBORICOLE. Sa petite tête et ses fémurs évoquent ceux des australopithèques, ces préhumains qui ont vécu entre -4 et -1 million d'années. Tout comme eux, il possède également des mains aux doigts courbes parfaits pour se suspendre dans les arbres, bref, le petit homme était arboricole. En revanche, H.naledi a tout de même , proportionnellement à sa taille, d’assez longues gambettes et surtout des pieds très très humains. "Quasi impossibles à distinguer de ceux des hommes actuels " selon ses découvreurs, qui voient en lui un assez bon bipède.

Le baptème du nouveau venu ne fait pas l’unanimité. "Il était peut-être prématuré de nommer une nouvelle espèce estime Antoine Balzeau, paléanthropologue au Musée de l’Homme, qui salue toutefois une magnifique découverte. C’est clairement un Homo, mais lequel ? Le papier fait des comparaisons avec les autres espèces mais ne détaille pas suffisamment les caractères dérivés qui seraient propres à ce bonhomme fossile". Alors que le matériel est très abondant ! "C’est un être bizarre, convient Michelle Drapeau. On ne sait pas encore d’où il vient exactement sur le plan évolutif, ni où il allait, si ce n’est que son espèce s’est éteinte… sans que l’on sache pourquoi". Surtout, l’âge du bonhomme est très incertain. Entre 1 et 2 millions d’années, selon les chercheurs qui ne sont pas parvenus pour le moment à estimer l’ancienneté du fossile. Bref, c’est vague.

Le premier fossoyeur au monde ?

Mais le plus intriguant est l’accumulation des corps d’Homo naledi dans une même grotte souterraine. Ces quinze individus -ni rongés par des charognards, ni découpés par des cannibales- ont-ils pu tous être noyés par une brusque inondation puis charriés jusque-là par un cours d’eau ? Aspirés par une sorte de siphon naturel une fois morts ? Ou sont-ils tombés un par un, tour à tour, dans une sorte de piège naturel dont on ne connaîtrait pas encore la configuration ? Dans ces deux cas, on aurait dû retrouver des ossements d’autres animaux contemporains à leurs côtés. Or rien, ou presque : une souris, un oiseau. Du coup Lee Berger imagine que ces Homo naledi ont été intentionnellement inhumés par leurs pairs dans une cavité souterraine, choisie peut-être parce qu’elle était assez peu accessible. Un acte funéraire, à cet âge reculé de l’humanité ? Homo naledi pourrait-il vraiment être le premier fossoyeur de toute l’histoire de l’humanité ? Le plus ancien "puits aux morts" connu jusqu'alors, celui de la Sima de los Huesos, en Espagne, est daté de 400.000 à 500.000 ans seulement. Les hommes qui peuplaient la région semblent déjà avoir jeté intentionnellement leurs morts dans cette cavité. Peut-être pour qu'ils soient pas dévorés par les bêtes sauvages, lions, loups qui hantaient la colline. Malgré son tout petit cerveau, Homo naledi avait peut-être déjà le souci de protéger les siens par delà la mort.

Source : Sciences et Avenir du 10/09/2015

Homo naledi : rencontrez cet ancêtre jusqu'ici inconnu

C'est une découverte "remarquable", selon les termes du museum d'histoire naturelle de Londres, qui a été faite dans une grotte en Afrique du Sud. Une équipe de scientifiques a découvert une ancienne espèce humaine jusqu'alors inconnue.

Il s'appelle Homo naledi. Son corps est plus élancé que son ainé Homo sapiens. Il est certes un peu plus petit que nous (1m50 pour 45kg) mais ses mains sont très proches des nôtres, la forme de ses phalanges laisse penser qu'il pouvait manier des outils. Il est même quasi impossible de distinguer ses pieds des nôtres.

Une équipe de scientifiques a découvert dans une grotte d'Afrique du Sud une ancienne espèce humaine jusqu'alors inconnue. Selon John Hawks, chercheur à l'université de Wisconsin-Madison et auteur d'un article publié jeudi dans le magazine scientifique eLife : "Il avait un cerveau minuscule de la taille d'une orange". C'est là qu'il se rapproche plus des australopithèques que de nous.

Une découverte qui remet en question ce que l'on sait de l'humanité

La découverte se trouve être aussi le plus grand échantillon de fossiles hominidés jamais exhumés en Afrique. Au moins 1500 os ont été découvert dans la grotte de "Rising Star" (oui, comme l'émission de M6 mais ça n'a rien à voir). Le nom de ce nouvel hominidé connu est d'ailleurs un hommage au site, "naledi" signifiant étoile en sesotho, comme "star" en anglais. L'exceptionnel site archéologique est d'ailleurs considéré de longue date comme le "Berceau de l'humanité" et classé au patrimoine de l'Unesco.

L'histoire a commencé en 2013. Pendant deux ans, des scientifiques internationaux ont exhumé ces ossements appartenant à une quinzaine d'individus, parmi lesquels des bébés, de jeunes adultes et des personnes plus âgées. Les ossements découverts en Afrique du Sud représentent un défi pour les chercheurs. Ils compliquent un peu plus le tableau des hominidés, car l'espèce découverte présente à la fois des caractéristiques propres aux hominidés modernes et anciens.

Cette découverte pourrait donc permettre d'en apprendre davantage sur la transition, il y a environ 2 millions d'années, entre l'australopithèque primitif et le primate du genre homo, notre ancêtre direct.

Le mystère de la chambre des Homo naledi

Les chercheurs se sont également interrogés sur les raisons pour lesquelles les ossements se trouvaient dans cette chambre difficile d'accès. Le tunnel pour y accéder est extrêmement raide et tellement étroit que seuls des chercheurs à la morphologie menue ont réussi à se rendre sur les lieux de cette découverte majeure. On connaissait déjà cette grotte, mais cette chambre "a toujours été isolée des autres pièces et n'a jamais été en contact avec la surface", selon le communiqué conjoint de l'université du Witwatersrand, de la National Geographic Society et du ministère sud-africain des Sciences.


"Nous avons imaginé plusieurs scénarios, y compris la possibilité de l'attaque d'un carnivore inconnu, une mort accidentelle ou encore un traquenard, explique Lee Berger de l'université de Witwatersrand. On en est arrivé à la conclusion que le scénario le plus plausible était que ces corps avaient été déposés volontairement à cet endroit." Une pratique qui "témoigne d'un comportement étonnamment complexe pour une espèce humaine primitive", conclut le professeur Stringer. L'enterrement cérémoniel étant communément reconnu comme une première marque de civilisation.

Ce n'est qu'un début

Depuis des années, le "Berceau de l'humanité", zone truffée de grottes et de fossiles de pré-humains et véritable mine d'informations sur nos ancêtres, est un trésor pour les archéologues et paléontologues. Et Lee Berger l'assure : la chambre où a été trouvé l'Homo naledi "n'a pas encore révélé tous ses secrets."

Il pourrait y avoir encore des centaines, voire des milliers de fossiles d'Homo naledi à exhumer. Les archéologues minces ont encore beaucoup d'aller-retours à faire.

Source : MetroNws du 10/09/2015

samedi 12 septembre 2015

"L'Homo naledi" ? Un "coup de pub", selon le paléontologue Michel Brunet

Des chercheurs affirment avoir découvert une ancienne espèce du genre humain, jusque-là inconnue, dans une grotte d'Afrique du Sud. Problème : aucune datation n'a été précisée, leur annonce est donc à prendre avec prudence.

Un petit pas dans une caverne, un grand bond dans l'histoire de l'humanité ? Une ancienne espèce du genre humain, jusque-là inconnue, aurait été découverte dans une grotte en Afrique du Sud, selon des chercheurs sud-africains et américains. "L'Homo naledi" comme ils l'ont appelé, se classe selon eux dans le genre Homo, auquel appartient l'homme moderne.

"Quand vous saurez l'âge, vous me rappellerez ! "

Que penser de cette trouvaille ? Interrogé par francetv info, le paléontologue Michel Brunet, découvreur de Toumaï – le plus ancien hominidé connu – est sceptique. "Cette découverte n'est pas datée ! Quand vous saurez l'âge, vous me rappellerez ! Est-ce qu'on peut publier Lucy [une Australopithèque datant de plus de 3 millions d'années découverte en Ethiopie] sans dire l'âge ? Est-ce qu'on peut publier Toumaï [fossile de 7 millions d'années, trouvé au Tchad en 2001] sans dire l'âge ?" s'interroge l'ex-titulaire de la chaire de paléontologie au Collège de France.

S'il reconnaît que les scientifiques à l'origine de la découverte "ont très bien travaillé, avec de l'imagerie 3D", Michel Brunet souligne un paradoxe. "Comment peuvent-ils publier la découverte d'une espèce très ancienne tout en disant qu'ils n'en savent pas l'âge ?", s'étonne-t-il. Avant d'ajouter : "Il faut être très prudent et ne pas confondre vitesse et précipitation ! C'est un immense coup de pub !"

"Il manque une partie du travail"

Pour lui, clairement, "il manque une partie du travail. S'ils ne donnent pas l'âge, c'est que ça leur a posé des problèmes. Ce n'est pas facile, c'est parfois difficile, mais ils vont le donner. Attendons."

Il se dit d'ailleurs surpris que l'étude ait été publiée sans cette donnée. "Je ne crois pas que Nature [revue scientifique qui fait référence] l'aurait publiée sans âge. La revue [eLife] dans laquelle ils ont publié leur étude, je ne la connais pas".

"Une belle découverte par le nombre !"

Il reconnaît toutefois que "c'est une belle découverte par le nombre : 15 individus. Reste à savoir si c'est une population homogène".

Paléoanthropologue au CNRS, Sandrine Prat, qui connaît bien la région où ont été mis à jour les 1500 os, abonde dans son sens : "C'est le plus grand assemblage de fossiles découverts en Afrique."

Dans le très riche site archéologique du "Berceau de l'humanité", où l'Homo naledi aurait été découvert, les découvertes paléontologiques sont compliquées à dater, souligne-t-elle. "Dans ces grottes d'Afrique du Sud, les couches ont été remodelées avec l'eau. On n'est pas sûr de l'époque."

Source : FranceTVInfodu 10/09/2015

« Homo naledi », une découverte qui laisse perplexe

Lee Berger jubile. Ce paléontologue américain, rattaché à l’université de Witwatersrand, à Johannesburg, mal-aimé de nombre de ses collègues, leur vole la vedette. Il a mis la main, dans une grotte d’Afrique du Sud, sur des restes fossiles qu’il attribue à une nouvelle espèce du genre humain, Homo naledi. Mais la façon dont il met en scène sa trouvaille – avec l’appui du National Geographic, un documentaire télévisé déjà bouclé, une sculpture de ce cousin putatif prête à entrer au musée, etc. – risque d’aggraver sa réputation de chercheur médiatique.

Le choix de la revue où est décrit Homo naledi est aussi un sujet de perplexité chez les spécialistes : eLife, diffusée en libre accès, n’a pas le statut de grands journaux comme Science ou Nature, où une telle découverte aurait pu naturellement trouver sa place. Mais c’est surtout l’absence de datation pour les restes présentés qui complique l’appréciation de ces fossiles. « Cela peut devenir une découverte très importante, mais c’est l’âge géologique qu’on pourra attribuer à ces spécimens qui le dira », commente Michel Brunet, découvreur de Toumaï (7 millions d’années), au Tchad. En attendant, estime-t-il, on se trouve face à une situation, « ultraclassique » en paléontologie humaine, d’évolution dite « en mosaïque » : des individus qui présentent un mélange de caractères modernes et archaïques, avec différentes parties du squelette semblant appartenir à des âges évolutifs distincts.

Un corps évoquant l’humain moderne, un crâne d’australopithèque

En l’occurrence, H. naledi possède des pieds modernes, des mains qui le sont aussi, hormis des phalanges courbes adaptées pour grimper aux arbres, tout comme le sont ses épaules. Ses dents, primitives, sont petites, ce qui suggère qu’il avait une alimentation énergétique – et pas seulement constituée de végétaux supposant d’être équipé de larges dents broyeuses de fibres. Ne dépassant pas 1,5 mètre de haut, il était doté d’un crâne d’un volume réduit. En résumé, un corps évoquant des humains modernes de petite taille et un crâne plus proche de celui des australopithèques. Codécouvreur de l’australopithèque Lucy en Ethiopie, en 1974, Yves Coppens estime que « l’Homo en question n’est, bien sûr, pas un Homo, avec la petite tête qu’il a, mais un australopithèque de plus, de même qu’il y a eu de nombreuses espèces différentes de cochons, d’éléphants, d’antilopes, en fonction des variations du climat et des niches écologiques. » Tim White (université de Californie, Berkeley), codécouvreur de Lucy, y voit plutôt « une forme primitive d’Homo erectus, un fossile décrit dans les années 1800 », rapporte le Guardian.

S’il est trop tôt pour statuer sur le statut exact d’Homo naledi et sur sa place dans l’arbre de famille très buissonnant des hominidés, il n’en est pas moins inédit en Afrique par le nombre de restes fossiles disponibles : plus de 1 500 ossements attribués à une quinzaine d’individus de tous âges et des deux sexes. Bien d’autres pourraient suivre. Les conditions de découverte et de collecte elles-mêmes, détaillées dans National Geographic, qui a financé les fouilles, sont assez uniques : en octobre 2013, deux jeunes spéléologues s’aventurent dans la grotte dite « Etoile montante », explorée depuis les années 1960, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Johannesburg. Grâce à leur petit gabarit, Steven Tucker et Rick Hunter se faufilent d’abord par un conduit si étroit qu’il faut y progresser « comme Superman » – un bras collé le long du corps, l’autre tendu vers l’avant. Ils escaladent ensuite une paroi et tombent par hasard sur une fissure qui les mène dans une chambre sur le sol de laquelle sont éparpillés des ossements, dont une mâchoire.

Ils décident de montrer leurs photos à Lee Berger, dont ils savent qu’il est l’un des « chasseurs d’os » de cette zone d’Afrique du Sud, qui a déjà livré nombre de fossiles, au point d’avoir été baptisée « berceau de l’humanité » par l’Unesco. Lee Berger, qui, en 2008, avait mis au jour Australopithecus sediba, perçoit immédiatement la portée de la découverte, mais sa stature imposante lui interdit d’accéder au site. Qu’importe, il passe une annonce sur Facebook pour recruter des paléontologues filiformes et non claustrophobes. Six femmes seront finalement retenues, qui dégageront les fossiles pendant que Berger dirige les opérations d’un village de tentes installé en surface par le biais d’un réseau vidéo.

Pour l’étude des fossiles, l’Américain, qui souhaite publier rapidement ses résultats, décide de doper ses capacités d’analyse grâce à une procédure inédite : il invite une trentaine de jeunes chercheurs à Johannesburg pour une session marathon de six semaines, encadrée par une vingtaine de chercheurs seniors.

Leurs efforts laissent cependant de nombreuses questions encore irrésolues. L’âge, tout d’abord, inconnu, qui permet toutes les spéculations – Lee Berger, qui a par le passé fait quelques bourdes dans ce domaine, a raison d’être prudent. Mais aussi les conditions dans lesquelles tous ces hominidés ont pu se retrouver au plus profond d’une grotte aujourd’hui quasi inaccessible. Parmi les ossements, on n’a exhumé que quelques restes d’oiseaux ou de rongeurs. Ce n’est pas un carnivore qui aurait rapporté ses proies dans son antre – du reste, les fossiles ne portent pas de marques de dents. Dans d’autres grottes, les ossements ont été transportés et regroupés par les eaux de ruissellement. Cela ne semble pas être le cas ici.

Lee Berger et ses collègues font donc l’hypothèse que les corps ont été transportés là par leurs contemporains, qui auraient pu, à la lueur de torches, pratiquer une forme d’inhumation – un soin apporté aux défunts et un intérêt pour l’au-delà documentés uniquement à ce jour pour Homo sapiens et, dans des cas plus discutés, pour Homo neanderthalensis. Mais de l’hypothèse à la preuve, le chemin risque d’être encore long. A moins qu’il ne s’agisse d’une impasse. Là encore, Yves Coppens penche pour une explication moins spectaculaire : « Ils ont été pris dans un piège naturel. »

Source : Le Monde du 10/09/2015

Découverte en Afrique du Sud d'un nouveau lointain cousin de l'homme

Maropeng (Afrique du Sud) (AFP) - Une ancienne espèce humaine a été mise au jour dans une grotte d'Afrique du Sud où ont été exhumés les ossements de 15 hominidés, ont annoncé jeudi des chercheurs, avançant l'hypothèse que ce lointain cousin de l'homme pratiquait déjà des rites funéraires.

La nouvelle espèce a été baptisée Homo naledi - "étoile" en sesotho, une langue locale sud-africaine - et classée dans le genre Homo, auquel appartient l'homme moderne.

Les fossiles ont été trouvés dans une grotte profonde et extrêmement difficile d'accès, à Maropeng, près de Johannesburg, sur le très riche site archéologique du "Berceau de l'humanité", classé au patrimoine de l'Unesco.

"Nous avons découvert une nouvelle espèce de notre ancêtre", a annoncé avec enthousiasme Lee Berger, qui a dirigé des explorations physiquement éprouvantes. "C'est un événement qui marquera l'histoire", a ajouté Terry Garcia de la National Geographic Society, lors d'une conférence de presse à Maropeng.

En 2013 et 2014, des scientifiques internationaux ont exhumé plus de 1.550 os appartenant à au moins 15 individus, parmi lesquels des bébés, de jeunes adultes et des personnes plus âgées. Les ossements n'ont pas encore été datés, mais cette découverte représente le plus grand échantillon de fossiles hominidés jamais exhumés en Afrique.

A quoi ressemblait l'Homo naledi ? "Il avait un cerveau minuscule de la taille d'une orange et un corps très élancé", selon John Hawks, chercheur à l'université américaine de Wisconsin-Madison et auteur d'un article publié jeudi dans le magazine scientifique eLife. Il mesurait en moyenne 1,5 mètre et pesait 45 kilos.

Ses mains "laissent supposer qu'il avait la capacité de manier des outils", tandis qu'"il est pratiquement impossible de distinguer ses pieds de ceux d'un homme moderne", précise un communiqué conjoint de l'université du Witwatersrand, la National Geographic Society et du ministère sud-africain des Sciences.

- Rites funéraires -

Les chercheurs, soucieux de comprendre les raisons pour lesquelles les ossements se trouvaient dans cette grotte quasi inaccessible, n'étaient cependant pas au bout de leur surprise.

Cette chambre isolée "n'a jamais été contact avec la surface", notent-ils. Le tunnel pour y accéder est extrêmement raide et tellement étroit que seuls des chercheurs à la morphologie menue ont réussi à se rendre sur les lieux de cette découverte majeure.

"Nous avons imaginé plusieurs scénarios, y compris la possibilité de l'attaque d'un super prédateur, une catastrophe, une mort accidentelle ou encore un traquenard", avant finalement d'éliminer toutes ses hypothèses, a raconté Lee Berger.

En fait, "nous avons découvert une nouvelle espèce du genre humain qui pratiquait des rites funéraires", a-t-il conclu. "Jusqu'à présent, nous pensions que le recours aux rites funéraires était unique à l'Homo sapiens. Nous nous considérions différents. Nous avons désormais découvert - en tout cas nous le croyons - une espèce qui avait cette même capacité, et cela est une découverte extraordinaire", a-t-il estimé dans une salle de presse bondée.

Les ossements exhumés en Afrique du Sud représentent un défi pour les chercheurs. Ils compliquent un peu plus le tableau des hominidés, car l'Homo naledi présente à la fois des caractéristiques propres aux hominidés modernes et anciens.

"Ses mains, ses poignets et ses pieds sont très proches de celles de l'homme moderne. Dans le même temps, son petit cerveau et la forme de la partie supérieure de son corps sont plus proches du groupe pré-humain des australopithèques", explique le professeur Chris Stringer du Musée d'histoire naturelle de Londres.


Cette découverte pourrait donc permettre d'en apprendre davantage sur la transition, il y a environ 2 millions d'années, entre l'australopithèque primitif et le primate du genre homo, notre ancêtre direct.

Une importante quantité des fossiles exhumés seront exposés au public à partir de vendredi et pour un mois au "Berceau de l'humanité".

Depuis des années, ce site, truffé de grottes et de fossiles de pré-humains et véritable mine d'informations sur nos ancêtres, est un trésor pour les archéologues et paléontologues.

Et Lee Berger l'assure: "la chambre aux étoiles" où a été trouvé l'Homo naledi "n'a pas encore révélé tous ses secrets, car il pourrait y avoir encore des centaines, voire des milliers de fossiles d'Homo naledi".

Source : L'Obs du 10/09/2015

À quoi ressemble notre nouvel ancêtre l'Homo naledi ?

Les ossements d'une espèce d'hominidés inconnue jusqu'alors ont été exhumés en Afrique du Sud. Petit, il avait de grands pieds et un tout petit cerveau.

Il a quelque chose du hobbit l'Homo naledi découvert dans une grotte près de Johannesburg en Afrique du Sud, sur un site appelé le « Berceau de l'humanité ». Petit (1,50 m en moyenne pour 45 kilos), mais doté de grands pieds et de longues jambes, signe qu'il devait beaucoup marcher.

Là s'arrête la ressemblance avec Frodon et la Comté, car, contrairement aux petits héros de Tolkien, notre nouveau cousin était doté d'« un cerveau minuscule de la taille d'une orange », selon John Hawks, chercheur à l'université de Wisconsin-Madison et auteur d'un article publié jeudi dans le magazine scientifique eLife. « Son petit cerveau et la forme de la partie supérieure de son corps sont plus proches du groupe préhumain des australopithèques », renchérit le professeur Chris Stringer du Musée d'histoire naturelle de Londres.

Proche de l'homme moderne

Pourtant, les chercheurs sont formels, il s'agit bien d'un Homo : « Certains aspects de l'Homo naledi, comme ses mains, ses poignets et ses pieds, sont très proches de ceux de l'homme moderne », assure Chris Stringer, qui souligne que ses mains « laissent supposer qu'il avait la capacité de manier des outils ».

Une branche de plus à l'arbre généalogique des hominidés décidément beaucoup plus complexe qu'on ne l'a longtemps supposé. Selon les spécialistes, l'Homo naledi pourrait permettre de comprendre la transition entre Lucy, la petite australopithèque, et Homo, notre ancêtre direct, il y a quelque deux millions d'années.

Source : Le Point du 10/09/2015