Affichage des articles dont le libellé est Métissage. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Métissage. Afficher tous les articles

mercredi 7 avril 2021

Des restes humains vieux de 45.000 ans révèlent une ancienne migration vers l'Europe

Le séquençage génétique de restes humains vieux de 45.000 ans a révélé une migration inconnue vers l'Europe, et montré que les mélanges avec des populations de Néandertal étaient plus courants qu'on ne l'imaginait.

Il s'agit de restes humains, dont une dent entière et des fragments d'os, qui ont été trouvés dans une cave en Bulgarie en 2020. Le séquençage génétique a conclu que ces individus étaient plus proches des populations actuelles d'Asie de l'Est et des Amériques que des Européens. Cette découverte suggère "qu'ils appartenaient à une migration humaine moderne en Europe qui n'était pas encore connue" dans l'histoire génétique des migrations, selon l'étude publiée mercredi 7 avril 2021 dans Nature. C'est aussi une "preuve qu'il y a eu une certaine continuité entre les premiers humains modernes en Europe et les hommes qui ont vécu plus tard en Eurasie", poursuit l'étude.

"Même l'histoire des Européens modernes en Europe peut avoir été tumultueuse et avoir impliqué des remplacements de populations."

Ces découvertes "modifient notre compréhension initiale des premières migrations humaines en Europe", indique Mateja Hajdinjak, chercheur à l'Institut allemand pour l'anthropologie évolutive Max Planck, qui a dirigé la recherche. Cela montre comment "même l'histoire des Européens modernes en Europe peut avoir été tumultueuse et avoir impliqué des remplacements de populations", a-t-il expliqué à l'AFP. Les restes, trouvés dans la grotte Bacho Kiro en Bulgarie, ont montré dans un premier temps que les humains vivaient aux côtés des Néandertaliens en Europe plus tôt qu'on ne le pensait. Mais l'analyse génétique des restes a aussi révélé que ces premiers humains et les Néandertaliens se reproduisaient entre eux plus qu'on ne l'imaginait.

"Un peu de Néandertal"

Tous les "individus de la grotte Bacho Kiro ont des ancêtres néandertaliens à cinq ou sept générations avant leur existence, suggérant que les mélanges entre ces premiers humains en Europe et les Néandertaliens étaient courants", selon M. Hajdinjak. La première preuve d'un tel mélange reposait sur la découverte en Roumanie d'un seul individu, baptisé Oase 1, vieux de 40.000 ans. Ces découvertes s'accompagnent d'une recherche distincte, publiée mercredi dans Nature Ecology and Evolution, avec le séquençage du génome de parties d'un crâne trouvé en République tchèque.

Trouvé en 1950 dans la région de Zlaty Kun, son âge fait l'objet de débats depuis. De premières analyses lui donnaient plus de 30.000 ans, mais une datation au carbone-14 l'estimait à environ 15.000 ans. L'analyse génétique a apporté le dernier mot dans l'étude de Nature: 45.000 ans, selon son auteur, Kay Prufer, du département d'archéogénétique de l'Institut Max Planck. "Nous nous basons sur le fait que tous ceux dont les ancêtres remontent aux individus qui ont quitté l'Afrique il y a plus de 50.000 ans, portent un peu de Néandertal dans leurs génomes", a-t-il expliqué à l'AFP. Ces traces apparaissent en "blocs" courts dans le génome des humains modernes, et de plus en plus longs au fur et à mesure qu'on remonte dans les lignées humaines.

C'est par exemple le cas pour l'homme de Ust-Ishim, un fossile d'Homo sapiens trouvé en Sibérie et vieux de 45.000 ans. Celui de la femme de Zlaty Kun "a des blocs encore plus long", ce qui implique qu'elle "vivait à la même époque ou même avant", selon Kay Prufer.

Source : Sciences et Avenir du 07/04/2021

mercredi 28 mars 2018

Nos ancêtres se sont accouplés avec une autre espèce humaine… à plusieurs reprises

L’Homme de Denisova et l’Homme de Neandertal ont tous deux cohabité avec l’Homo Sapiens. Quand Neandertal se développait à l’ouest, l’Homme de Denisova était localisé plus à l’est. Si on sait que l’Homme de Neandertal et l’Homme de Denisova ont eu des relations sexuelles avec l’Homo Sapiens, une nouvelle étude montre que l’Homme de Denisova s’est accouplé avec l’Homo sapiens au cours de deux événements majeurs ; ce qui a contribué à l’élaboration du génome moderne des individus océaniens et du sud-est asiatique.

Qui est l’Homme de Denisova ?

L’Homme de Denisova est une espèce éteinte du genre Homo qui a cohabité avec l’Homme de Neandertal et l’Homo Sapiens. La découverte dans une grotte en Sibérie d’un morceau de doigt et quelques phalanges de cet hominidé dans les montagnes de l’Altaï a été un événement archéologique majeur. Il a permis de comprendre que d’autres hommes archaïques avaient pu avoir des relations sexuelles avec l’Homo Sapiens.

Relations entre les différentes espèces du genre homo

On sait que l’Homme de Neandertal a cohabité avec l’Homo Sapiens et bien plus encore car les analyses génétiques de ces dernières années ont montré qu’il contribuait à hauteur de 1 à 4 % de notre génome. En Eurasie, l’Homme de Neandertal contribue à environ 2 % du génome actuel. En Océanie, l’apport du génome Denisovien contribuerait à environ 5 % du génome actuel alors que son apport ne serait que de 0,2 % dans les populations asiatiques.

L’hypothèse la plus vraisemblable jusqu’ici était que les Denisoviens s’étaient accouplés avec les populations d’Océanie; les populations métissées résultant de ses interactions se sont ensuite accouplées avec des individus d’Asie lors d’épisodes migratoires.
Des phalanges et des dents de Denisoviens ont été retrouvé.

Deux évènements majeurs identifiés

Les chercheurs ont donc décidé d’étudier les relations entre l’Homme moderne et les Denisoviens. Pour ce faire, le génome d’un Dénisovien et des génomes de l’Homme de Neandertal ont été séquencés et comparés aux génomes d’humains récents. Les chercheurs ont confirmé l’apport génétique des Denisoviens dans la population océanienne mais aussi dans la population du sud-est asiatique. Les auteurs de l’étude publiée ce mois-ci dans The Cell ont alors avancé une autre explication : l’existence de deux voies de métissage distinctes.

Un métissage aurait eu lieu entre les ancêtres des Océaniens et les Dévisoniens lors d’une migration vers le sud, et un autre se serait produit entre les Dévisoniens et les ancêtres des populations asiatiques lors des migrations vers le nord. Ces résultats montrent que l’histoire de notre espèce est beaucoup plus riche en rebondissements qu’on ne le pensait.

L’évolution probable des Dénisoviens.

Source : DailyGeekShow du 25/03/2018

mercredi 15 juillet 2015

Un métissage tardif entre sapiens et néandertal en Europe

Le génome d'un homo sapiens découvert en Roumanie suggère que la première vague de peuplement de l'homme moderne en Europe s'est métissée avec les néandertaliens, mais sans que cela laisse de traces notables dans nos gènes…

Il y a entre 45 000 et 30 000 ans, Homo sapiens se répand en Europe, tandis que la lignée néandertalienne, présente depuis 300 000 ans, disparaît. Pourquoi ? La question fait couler beaucoup d'encre. Qiaomei Fu, de l’Académie des sciences chinoise et des collègues américains et européens apportent une nouvelle pierre au débat : ils ont séquencé l'ADN d'un Homo sapiens mort il y a plus de 40 000 ans en Roumanie, qui se révèle contenir deux à trois fois plus d’ADN néandertalien que chez les Eurasiens actuels !

L'individu en question, OASE 1, n'est connu que par une mandibule découverte dans la grotte roumaine de Pestera cu Oase. Cette mandibule n'est rattachée à aucun vestige culturel, car la grotte était tanière d'ours. La datation par radiocarbone de ce fossile indique un âge compris entre 37 000 et 42 000 ans. OASE 1 faisait donc partie des tous premiers hommes anatomiquement modernes arrivés en Europe. La morphologie de sa mandibule est moderne, mais certains traits suggèrent des ancêtres néandertaliens. Les fouilles qui ont suivi la découverte de la mandibule ont livré le crâne d'un autre individu, OASE 2, qui présente aussi des traits potentiellement néandertaliens.

Le séquençage de l'ADN d'OASE 1 apporte plus de précisions sur cette question du métissage entre les hommes modernes et les néandertaliens. Il ne se serait pas limité aux premiers homme modernes ayant quitté l’Afrique, mais s’est aussi produit ailleurs, et certainement en Europe. De l’ordre de 7,3 % de l’ADN d'OASE 1 était néandertalien, soit trois fois plus que chez les Eurasiens actuels (1 à 3% de nos gènes sont d'origine néandertalienne). L’étude de sept segments particulièrement longs d’ADN néandertalien représentant entre 1,6 et 6,3 % du génome d'OASE 1 montre qu’il a eu un ancêtre néandertalien seulement 4 à 6 générations avant lui. Tout aussi frappant : il est davantage apparenté aux Extrêmes orientaux et aux Amérindiens modernes qu'aux Européens actuels…

Comment interpréter ces constatations ? Une point semble désormais certain : un métissage a eu lieu en Europe. Puisque les néandertaliens disparaissent vers - 40 000 ans, ce métissage est tardif. Avec qui se produit-il ? OASE 1 était vraisemblablement membre d’une population de primo-arrivants sapiens, les porteurs de la culture aurignacienne (- 40 000 à - 28 000 ans). Les aurignaciens, fortement métissés avec les derniers néandertaliens, semblent pourtant n'avoir que que peu contribué au génome de la population européenne. Pourquoi ?

Longtemps après, une immigration massive, en provenance de Sibérie, a sans doute recouvert la nappe aurignacienne : la culture gravettienne (- 31 000 à - 22 000 ans, mais - 38 000 à l'est de l'Europe), qui succède à la culture aurignacienne et s'étend de l'Europe à la Sibérie. Ses porteurs disposent d'outils comparables à ceux des chasseurs-cueilleurs d’Amérique du Nord, assez efficaces pour permettre des populations nombreuses. Ainsi, les Gravettiens, nettement plus nombreux que les Aurignaciens mais moins métissés avec les néandertaliens, auraient recouvert la nappe aurignacienne, rendant le métissage moins signifiant génétiquement. Vers - 8 000 ans, l'arrivée depuis le Proche-Orient des agriculteurs-éleveurs, dont les ancêtres n'ont participé qu'au premier métissage néandertalien-sapiens au Proche-Orient, a sans doute achevé de rendre le métissage néandertalien-sapiens tardif peu significatif en Europe.

Source : Pour la Science du 12/07/2015

lundi 10 novembre 2014

L'homme de Kostenki précise le métissage Sapiens-Néandertal

WASHINGTON s7 (Reuters) - L'étude de l'ADN de l'homme de Kostenki, qui vivait en Russie il y a 37.000 ans environ, a permis à des scientifiques de préciser le moment du métissage entre l'Homo sapiens et l'homme de Néandertal il y a plus de 50.000 ans, selon un article publié jeudi dans la revue Science.

Le séquençage du génome de l'homme de Kostenki, appelé ainsi d'après le village où son squelette a été découvert il y a 60 ans, a été effectué à partir d'ADN prélevé sur son tibia gauche. Il s'agit du deuxième génome le plus ancien de notre espèce jamais séquencé.

Les scientifiques ont découvert que l'homme de Kostenki avait un petit pourcentage des gènes de Néandertal, confirmant ainsi que le croisement entre Sapiens et Néandertal s'était déjà produit à l'époque où vivait cet homme il y a 36.200 à 38.700 ans.

Quand les ancêtres des Européens actuels sont sortis d'Afrique pour se diriger vers l'Eurasie il y a 50.000 à 60.000 ans, ils ont rencontré les Néandertaliens, qui se trouvaient déjà en Europe et en Asie.

Les scientifiques ont utilisé les données génétiques pour déterminer que le croisement s'est produit il y a à peu près 54.000 ans.

Résultat de cette hybridation : toute personne ayant un ancêtre eurasien - des Chinois aux Scandinaves en passant par les indigènes d'Amérique - a un peu d'ADN de Néandertal.

HISTOIRE EXTRAORDINAIRE

"Nous montrons que cet individu (Kostenki) est lié aux Européens modernes. Nous montrons aussi que l'essentiel de la structure génétique présente dans l'Europe actuelle date d'au moins de l'époque à laquelle cet individu est mort", déclare Rasmus Nielsen, professeur de biologie informatique à l'Université de Californie, Berkeley et l'université de Copenhague.

"Nous pensions que ces composantes (génétiques) étaient survenues à des époques différentes de l'histoire européenne après l'arrivée en Europe des premiers humains modernes. Et maintenant, nous voyons qu'elle étaient déjà là dès le début", ajoute Eske Willerslev, directeur du Centre de géogénétique de l'université de Copenhague.

Les chercheurs se retrouvent désormais face à une nouvelle énigme. Ils n'ont pas trouvé de preuve d'une poursuite du métissage alors même qu'il y a eu cohabitation entre les groupes pendant encore des milliers d'années.

Le Néandertal aux arcades sourcilières marquées a vécu en Europe et en Asie il y a 350.000 ans et jusqu'à il y a 40.000 ans. Il a disparu après l'arrivée de l'Homo sapiens.

"Les populations de Néandertal ont-elles diminué très rapidement ? Est-ce que les humains modernes les ont encore rencontrées ? Au début, nous avions été surpris de découvrir qu'il y avait eu croisement. Désormais, la question est : pourquoi si peu ?", commente le professeur Robert Foley, spécialiste de l'évolution humaine à l'université de Cambridge. "C'est une découverte extraordinaire que nous ne comprenons pas encore."

Source : Yahoo Actu du 07/11/2014

samedi 8 novembre 2014

L’ADN de l’homme d’Ust’-Ishim date le métissage Néandertal-Sapiens

e séquençage du génome de l’homme d’Ust’-Ishim, un Homo sapiens mort il y a 45 000 ans en Sibérie, révèle qu'à cette date, le métissage Néandertal-Sapiens avait déjà eu lieu, mais sans doute pas la séparation entre les populations européennes et asiatiques.

Le plus ancien homme moderne d’Eurasie a vécu en Sibérie occidentale. Près du village d’Ust’-Ishim, les berges de la rivière Irtysh ont livré en 2008 la partie centrale d'un fémur relativement complète. Son étude poussée par une équipe rassemblant des chercheurs de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutive de Leipzig, en Allemagne, et de l’Académie des sciences russes nous apporte plusieurs informations majeures sur l’évolution humaine.

« L’individu d’Ust’-Ishim est l’un des plus anciens humains modernes trouvé hors du Proche-Orient et de l’Afrique », explique Bence Viola, l’un des paléoanthropologues qui a étudié ce fémur. De fait, les datations par le radiocarbone du collagène extrait de l’os indiquent de façon fiable un âge d’environ 45 000 ans.

Pour Svante Pääbo, spécialiste de l’Institut Max-Planck sur les croisements entre néandertal et sapiens, « la population dont l’individu d’Ust’-Ishim était membre pourrait s’être séparée des ancêtres des Eurasiens avant la divergence qui a distingué les Eurasiens occidentaux des Eurasiens orientaux. Les paléogénéticiens de l’Institut Max-Planck ont en effet séquencé le génome de l’individu de Ust’-Ishim avec une grande fiabilité, puisque l’emplacement de chaque paire de base a été identifié pas moins de 22 fois dans les bibliothèques de fragments d’ADN constituées à partir de neuf échantillons prélevés dans le fémur.

Il est ainsi apparu que le propriétaire du fémur était un homme. En comparant son génome avec celui d’individus de 50 populations actuelles réparties sur toute la planète, les chercheurs ont constaté que l’homme d’Ust’-Ishim est plus proches de tous les Eurasiens qu’il ne l’est des Africains. Ceci montre qu’il s’agit de l’un des plus anciens représentants connus de la première grande vague d’Homo sapiens en Eurasie, qu'on situe généralement il y a 60 000 ans.

En comparant plus spécifiquement le génome de l’homme d’Ust’-Ishim avec celui des Eurasiens actuels, les chercheurs ont mis en évidence que l’homme d’Ust’-Ishim est autant apparenté aux Eurasiens occidentaux, qu’aux Eurasiens orientaux. En d’autres termes, il semble avoir vécu avant la séparation du groupe eurasien en Europoïdes et Mongoloïdes. Prudence, toutefois. Pour Jean-Jacques Hublin, qui dirige le département d’évolution humaine à l’Institut Max Planck, « il se pourrait que l’homme d’Ust’-Ishim soit issu d’une population ayant migré très tôt en Europe et en Asie centrale, mais qui n’aurait pas de descendants dans les populations modernes actuelles. »

Puisque l’homme d’Ust’-Ishim a vécu en même temps que les néandertaliens en Eurasie, ses ancêtres s’étaient-ils déjà métissés avec Néandertal ? Il s’avère que oui : environ deux pour cent de l’ADN de l’homme d’Ust’-Ishim provient d’Homo neanderthalensis, une proportion d’ADN néandertalien comparable à celle du génome des Eurasiens contemporains. Toutefois, la longueur de ces séquences d’ADN néandertalien est bien plus grande que celles que l’on trouve dans le génome des Eurasiens actuels. Logique, puisque que des mécanismes d’érosion et de dérive génétique réduisent au cours des générations les séquences d'ADN directement héritées du croisement, et que l’homme d’Ust’-Ishim a vécu plus près du métissage Néandertal-Sapiens que nous.

À quel point ? « la longeur des séquences nous a permis d’estimer que les ancêtres de l’homme d’Ust’-Ishim se sont mélangés avec les néandertaliens 7 000 à 13 000 ans avant cet individu, ce qui signifie que le métissage se serait produit il y a entre 60 000 et 50 000 ans, soit à peu près au moment de la grande vague d’expansion de sapiens hors d’Afrique et du Proche-Orient », révèle Janet Kelso, bioinformaticienne à l’Institut Max-Planck. Ainsi, nous avons désormais une certitude s’agissant du métissage Néandertal-Sapiens : la plupart de nos gènes néandertaliens ont été acquis avant 50 000 ans ! Étant donné la découverte à Kébara en Israël d’une sépulture contenant un squelette authentiquement néandertalien vieux de 60 000 ans accompagné d’outils moustériens (une industrie lithique), cela suggère que l'essentiel du métissage Néandertal-Sapiens a eu lieu après 60 000 ans au Levant. Une information clé.

La fiabilité du séquençage de ce génome de 45 000 ans a aussi permis aux chercheurs d’estimer le taux d’accumulation des mutations :une à deux mutations se seraient ajoutées à notre génome chaque année depuis l’homme d’Ust’-Ishim. Ce résultat recoupe les estimations récentes obtenues en comptant les différences génétiques entre parents et enfants, mais il est plus bas que les estimations traditionnelles fondées sur la divergence entre espèces fossiles. L’horloge génétique devient plus précise et commence à jalonner l’histoire de notre espèce de dates fiables...

Source : Pour la Science du 07/11/2014

mercredi 11 décembre 2013

L’Homme de Denisova s'est-il hybridé avec une espèce humaine inconnue ?

Une analyse plus précise du génome de l’Homme de Denisova révèle qu’il se serait métissé avec une population humaine plus archaïque. Mais qui est donc cet inconnu mystérieux ?

Fini le temps où l’on voyait l’évolution humaine comme une succession simple et linéaire des espèces. Les nombreuses découvertes paléoanthropologiques de ces dernières décennies montrent indubitablement que cette évolution a été buissonnante, ce qui rend l’histoire (ou plutôt la préhistoire) bien plus difficile à écrire et à concevoir. Où placer l’Homme de Florès dans l’arbre évolutif humain ? Quid de l’Homme de Denisova, décrit depuis 2010 seulement ? Les exemples de situations encore floues ne manquent pas.

D’autre part, comme si cela ne suffisait pas, les différentes populations se sont même hybridées. On sait désormais qu’une petite partie de notre génome provient de l'Homme de Néandertal, et que certains ancêtres des populations mélanésiennes et aborigènes se sont unis avec les Dénisoviens, car ils doivent environ 6 % de leur ADN à ce groupe humain disparu. En résumé, la situation est confuse, et les scientifiques connaissent des difficultés à classer fermement ces populations dans des espèces réellement distinctes.

Pire encore : David Reich (université Harvard) et Svante Pääbo (Institut Max Planck) précisent lors du congrès de la Royal Society (Londres) que la vérité pourrait bien être encore plus complexe. À partir d’ADN dénisovien de grande qualité (ce qui n’avait pas été obtenu jusque-là), ils sont parvenus à déterminer que cet Homme sibérien portait en plus les traces d’un métissage avec une population humaine mystérieuse et surtout plus archaïque, qui représente environ 1 % de leur génome.

Les Dénisoviens ont les dents larges

Repartons des connaissances actuelles pour tenter de bien comprendre. Que sait-on de l’Homme de Denisova ? Pour l’heure, on estime que cette lignée humaine s’est distinguée de la nôtre voilà environ 800.000 ans (une étude très récente suggère que cela pourrait être moins ancien), tandis que celle menant aux Néandertaliens s’est séparée il y a environ 400.000 ans. La phalange et les quelques dents retrouvées dans la grotte sibérienne éponyme semblent indiquer que ces homininés présentaient des caractères plus anciens que leurs cousins disparus et que nos ancêtres directs, leurs quenottes étant relativement larges par exemple. Cette étude génétique en apporterait-elle la justification ?

La découverte place les scientifiques devant un nouveau mystère. Avec qui les Dénisoviens se sont-ils hybridés ? Est-ce un groupe jamais identifié ou bien une espèce déjà décrite ? Impossible de répondre avec fermeté, mais le débat qui a suivi l’annonce montre que les scientifiques penchent pour cette seconde hypothèse.

Les premières traces d’ADN de nos ancêtres

La piste la plus sérieuse serait celle d’Homo heidelbergensis, qui a quitté l’Afrique il y a environ un million d’années et notamment migré vers l’Asie. Des individus auraient pu se trouver sur le chemin migratoire des Dénisoviens, arrivés bien des millénaires plus tard. Homo erectus figure également parmi la liste des suspects, car il avait une aire de répartition géographique plus vaste et vivait même à Java.

Pour trancher, il faudrait retrouver des traces d’ADN de ces espèces et les comparer avec les séquences observées chez l’Homme de Denisova. Malheureusement, la performance est bien plus simple à évoquer qu’à réaliser. Alors que les Dénisoviens vivaient dans des régions froides et sèches où la molécule peut surmonter l’épreuve du temps, les fossiles de leurs cousins sont retrouvés dans des zones géographiques plus chaudes et humides, facilitant la dégradation de l’acide nucléique. Le mystère reste donc entier.

Cependant, de manière indirecte, nous disposons d’un fragment d’ADN de ce groupe humain inconnu. Une base de travail pour peut-être construire progressivement une image génétique plus précise de nos ancêtres !

Source : Futura Sciences du 22/11/2013

mercredi 10 avril 2013

Néandertal et Homo sapiens : une preuve d'hybridation

Voilà peut-être bien les premières preuves morphologiques que l’Homme moderne, Homo sapiens, s’est reproduit avec l’Homme de Néandertal. L’analyse des restes d’un Néandertalien a révélé que sa mâchoire présentait des caractéristiques de l’Homme moderne. Il serait le premier individu hybride jamais découvert.

Avons-nous du sang néandertalien ? Il pèse toujours un mystère sur la date d’arrivée en Europe de l’Homme moderne (Homo sapiens) et sur le rôle qu’il a joué dans la disparition de l’Homme de Néandertal. Ce dernier résidait sur le vieux continent depuis près de 200.000 ans, et a disparu voilà 30.000 ans. Des études antérieures ont montré que l’ADN d’Homo neanderthalensis présentait un niveau de métissage avec l’Homo sapiens de 4 %. Un taux si faible que ces ressemblances génétiques pourraient simplement provenir d’un ancêtre commun ayant vécu en Afrique.

Dans ce contexte riche d’incertitudes, une équipe de l’unité Anthropologie bioculturelle, droit, éthique et santé (Ades) du CNRS s’est intéressée aux restes d’un individu vivant dans le nord de l’Italie voilà 40.000 à 30.000 ans. Ses os étaient entreposés au Museum d’histoire naturelle de Vérone, depuis 1957 ! Ils pourraient pourtant être les restes du premier hybride jamais découvert d’une femme de Néandertal et d’un homme Homo sapiens.

Restes de la mandibule de l'Homme de Néandertal découvert à Riparo Mezzena, un abri sous roche du Paléolithique moyen, dans le Lessini Monti en Italie. La protubérance du menton suggère une parenté avec Homo sapiens.

L’équipe s’est focalisée sur l’étude de la mâchoire inférieure de l’individu, identifié comme Néandertalien. Sa forme indique que son visage était particulier, d’un aspect intermédiaire entre l’Homme de Néandertal et l’Homme moderne. La mandibule présente les caractéristiques de Néandertal, excepté le menton. Celui-ci a une protubérance qui le rapproche plutôt de l’Homme moderne. Les résultats de cette recherche sont publiés dans le journal Plos One et suggèrent que cette mâchoire serait une preuve d’hybridation entre les deux espèces.

Un papa sapiens et une maman neanderthalis

Chez cet individu qui aurait vécu en Italie il y a 35.000 ans, les chercheurs ont réussi à retrouver de l’ADN mitochondrial. La séquence de l’ADN indique clairement les caractéristiques de Néandertal. Comme cet ADN ne se transmet que par la mère, cela signifie que l’individu avait un ascendant masculin Homo sapiens.

Lorsque l’Homme moderne s’est installé dans le sud de l’Italie, Néandertal y vivait déjà depuis au moins 200.000 ans. De nombreux outils en silex, tels que des haches et des pointes de lance en attestent. Les chercheurs indiquent que si hybridation il y a eu, Néandertal a continué à défendre ses propres traditions culturelles. Constat intéressant, car cela montre que si les deux espèces ont pu s’accoupler, elles n’ont pas formé un seul et même groupe.

Ce changement de morphologie de la mandibule résulterait d’un métissage entre Homo neanderthalensis et Homo sapiens. Mais la possibilité que cela puisse provenir d’une sous-structure d’un ancêtre africain Homo sapiens archaïque, n’est pas n’exclue.

Source : Futura-Sciences du 03/04/2013

mardi 9 avril 2013

Un Néandertalien métis

Le menton d'un Néandertalien tardif, mort il y a quelque 35 000 ans en Vénétie, et le contexte de sa découverte indiquent qu'il s'agirait d'un métis H. sapiens - H. neanderthalensis.

Mais qu'il est laid avec son menton prognathe ! Voilà, sans doute, ce qu'ont pensé les Néandertaliennes (Homo neanderthalensis) d'Europe quand elles ont aperçu leur premier bout de menton de chasseur Homo sapiens. Elles n'auraient pas imaginé qu'elles auraient une descendance avec ces hommes-là… Pourtant, une équipe franco-italienne menée par Silvana Condemi, de l’Université d’Aix-Marseille, vient de montrer que l’un des derniers Néandertaliens d’Italie était probablement un métis, car… il avait un menton.

Le menton de ce Néandertalien tardif – en l’occurrence, celui d’un individu représenté notamment par un fragment de mandibule retrouvé en 1957 dans l’abri de Riparo Mezzena en Vénétie – semble un détail. Pas pour les préhistoriens, tous pénétrés par l’évidence que tous les Néandertaliens anciens dont on a retrouvé des fossiles avaient un menton en retrait, c’est-à-dire, comme disent les H. sapiens d'aujourd'hui, « pas de menton » ou le « menton fuyant ». Ce trait physique, qui n’empêche pas chez Homo neanderthalensis la présence de puissants muscles masticateurs, était donc une caractéristique distinctive des premiers ancêtres des Européens actuels.

Comment les chercheurs sont-ils certains que l’individu de Mezzena est bien un Néandertalien ? Ils le sont en fait depuis sa découverte, puisque ce fragment humain vieux de quelque 35 000 ans a été retrouvé dans une couche pleine d’outils moustériens – des outils en pierre fabriqués uniquement par les Néandertaliens (entre 300 000 ans et 30 000 ans avant le présent). Toutefois, pour proscrire une éventuelle erreur d'association entre la mandibule et la couche moustérienne commise durant les fouilles, les chercheurs ont tenté une identification génétique. Chose rare, ils sont en effet parvenus à extraire du collagène de la mandibule et, dans cette substance que l'on rencontre entre les cellules de tous les animaux, ils ont retrouvé des traces d'ADN mitochondrial. Contenu dans les mitochondries, organites qui, dans les cellules, produisent l'énergie, cet ADN est transmis seulement par la mère. Or, une fois amplifié et séquencé, cet ADN mitochondrial s’est révélé contenir un motif caractéristique des Néandertaliens (retrouvé aussi dans 30 fossiles néandertaliens dont on a pu extraire de l’ADN). Dès lors, plus aucun doute n’était permis : la mère de l'individu de Mezzena était néandertalienne. Du reste, la morphologie de la mandibule, qui présente bien la forme générale, les épaisseurs et les reliefs des mandibules néandertaliennes connues, le confirme.

À un détail près : le menton ! Au lieu d'être convexe comme chez les Néandertaliens anciens, la symphyse mentonnière (la pente du menton) de la mandibule de Mezzena est verticale comme chez les hommes anatomiquement modernes. En outre, elle possède une protubérance mentonnière, ce qui est anormal chez les Néandertaliens, mais tout à fait courant chez les hommes anatomiquement modernes (voir les figures ci-contre). Ce menton de Mezzena aurait pu passer pour une anomalie sans signification particulière si une protubérance similaire n’avait été retrouvée sur des fossiles d'autres Néandertaliens tardifs d'Europe, tels ceux de Spy en Belgique (36 000 ans), de La Ferrassie en Dordogne (de l'ordre de 50 000 ans), de Las Palomas en Espagne (environ 42 000 ans) et de Vindija en Croatie (environ 33 000 ans), et s’il n’était aussi fortement caractéristique des hommes anatomiquement modernes. Pour être certains de la signification de leurs observations, les chercheurs se sont livrés ensuite à une analyse discriminante, c’est-à-dire à la comparaison statistique de la conformation en trois dimensions de la mandibule de Mezzena avec celle des mandibules de groupes représentatifs de Néandertaliens et d’hommes anatomiquement modernes. Il en ressort que, d’un point de vue statistique, la mandibule de Mezzena est anatomiquement moderne, c'est-à-dire de type H. sapiens, alors que son propriétaire porte un ADN mitochondrial néandertalien.

Qu’en conclure, étant donné que l’ADN mitochondrial n’est transmis que par la mère ? Deux interprétations sont possibles selon les chercheurs : soit l’individu de Mezzena est issu d’une lignée néandertalienne « à menton », soit le père ou un ascendant masculin de l'individu de Mezzena était un H. sapiens. La première interprétation paraît quelque peu spécieuse dans la mesure où aucune lignée néandertalienne à menton n'a jamais été repérée en Europe de l'Ouest : les plus proches vivaient au Proche-Orient, une zone où le métissage sapiens-neanderthalensis est plus que probable… C'est donc la seconde interprétation qui paraît la plus plausible, souligne S. Condemi, pour qui elle semble d'autant plus crédible que l’occupation néandertalienne de l’abri de Riparo Mezzena était contemporaine de celle de la grotte de Fumane (située à seulement 20 kilomètres !) par des hommes anatomiquement modernes. En 2010, l'étude des gènes humains a révélé qu'un métissage sapiens-neanderthalensis a doté le génome de tous les Eurasiens de quatre pour cent de gènes néandertaliens. L'individu de Mezzena serait la manifestation, sur le terrain, d'une telle lignée mixte.

Si, il y a quelque 80 000 ans, H. sapiens est entré en expansion, puis a conquis l'Europe et la planète, c'est parce que notre espèce avait une démographie sans doute nettement plus dynamique que celle des Néandertaliens largement dispersés en Asie (on parle de seulement 10 000 reproductrices pour toute l'Eurasie…). Après avoir cohabité avec les hommes anatomiquement modernes pendant au moins 10 000 ans, les derniers Néandertaliens se sont-ils fondus dans une population de H. sapiens toujours plus nombreuse ? Cela mérite d'y réfléchir en se tenant le menton.

Source ; Pour la Science du 27/03/2013

lundi 15 octobre 2012

Homo sapiens s’est bien hybridé avec Néandertal en sortant d’Afrique

Publiant leurs travaux dans PLoS Genetics, des chercheurs allemands et américains ont pu dater (approximativement) le dernier passage de gènes entre Néandertal et l’Homme anatomiquement moderne. Ils confirment que ces croisements ont eu lieu lorsque le second est sorti d’Afrique pour coloniser l’Eurasie, où il a rencontré le premier.

Des recherches antérieures ont mis en évidence, chez les Eurasiens actuels, des traces génétiques issues de l’Homme de Néandertal, attestant d’accouplements anciens entre les deux espèces. La rareté de ces gènes néandertaliens chez les Africains actuels laissait supposer que ce phénomène s’était produit au moment ou Homo sapiens, sortant d’Afrique vers -70 000 à -50 000 ans, avait rencontré au Moyen-Orient son cousin Néandertal.

Cependant, il existait aussi une deuxième possibilité. Cet épisode pouvait également avoir eu lieu bien plus tôt, il y a plusieurs centaines de milliers d’années, alors que les ancêtres de chacune des deux espèces cohabitaient encore en Afrique. Les croisements n’auraient alors concerné qu’une partie de la population sapiens, celle ayant par la suite quitté le continent noir. Pour en avoir le cœur net, des chercheurs de l’Université de Harvard (Massachussetts) et de l'Institut Max Planck (Allemagne) ont estimé à quand remontait le dernier ancêtre commun aux Néandertaliens et aux Européens modernes.

Pour ce faire, le Dr Sriram Sankararaman et ses collègues ont mesuré la longueur des fragments d'ADN communs aux deux génomes, et tenu compte de la réduction de taille des gènes qui, à chaque génération, survient lors de la recombinaison chromosomique. En effet, plus les gènes sont anciens, plus ils ont eu le temps de ‘raccourcir’. Résultats : Néandertaliens et Hommes modernes auraient eu leur dernier échange génétique il y a entre 37.000 et 86.000 ans, une fourchette de dates qui corrobore la première des 2 hypothèses, celle du métissage hors d’Afrique il y a quelques dizaines de milliers d’années ‘seulement’.

Source : MaxiSciences du 07/10/2012

mercredi 21 septembre 2011

Il y a bel et bien du Néandertalien en nous !

Une partie de notre chromosome X provient de l'homme de Néandertal ! C'est l'étonnante découverte qu'a faite une équipe de chercheurs dirigée par Damian Labuda, professeur au Département de pédiatrie de l'Université de Montréal et chercheur au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, et à laquelle ont contribué des laboratoires de plusieurs pays.

Cette découverte vient confirmer les travaux réalisés par le professeur Svante Pääbo de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste, en Allemagne, qui l'année dernière révélaient qu'il y a eu métissage entre Homo sapiens et Néandertaliens. La nouvelle a bouleversé le scénario déjà fort complexe de l'hominisation.

L'haplotype du Néandertalien

Damian Labuda s'intéresse à la génétique des populations pour mieux comprendre les bases génétiques des maladies héréditaires et l'histoire génétique des populations humaines. Il y a une dizaine d'années, il avait remarqué qu'une version d'un petit segment du chromosome X dont il étudiait la variabilité génétique présentait des caractères étranges.

"Cette variante était pauvre en polymorphismes, ce qui veut dire que sa séquence a peu muté au cours de l'évolution par rapport aux autres versions du même fragment observées parmi diverses populations mondiales", explique le professeur.

De plus, cette combinaison génétique se rencontrait chez les populations d'origine européenne, asiatique, australienne et amérindienne, mais était absente chez les Africains. En 2003, son équipe émet l'hypothèse que ce variant génétique de source inconnue devait possiblement provenir d'une population archaïque ayant évolué à l'extérieur de l'Afrique. Même si le génome du Néandertalien n'était pas séquencé à cette époque, les membres de l'équipe ont familièrement baptisé ce segment "haplotype de Néandertal", un haplotype étant une suite des sites polymorphes d'un fragment d'ADN qui contient la signature d'un lignage génétique particulier.

En 2010, on réussit à séquencer le génome néandertalien à plus de 60 %. Le professeur Labuda dispose alors d'un matériel de comparaison lui permettant de vérifier son hypothèse. L'analyse comparative montre que la signature génétique de l'haplotype archaïque en question provient du génome de Néandertal.

Pour le chercheur, il n'y a plus de doute possible: "Des croisements féconds entre Néandertal et Homo sapiens ont bel et bien eu lieu", affirme-t-il convaincu. Cette conclusion est également partagée par des chercheurs qui ont participé au séquençage du génome néandertalien.

Mais se pourrait-il que la même série de mutations se soit produite à la fois chez l'homme de Néandertal et chez l'homme moderne sans qu'il y ait eu de croisements entre les deux? "Ce n'est pas impossible, mais il est hautement improbable qu'une même mutation survienne deux fois au même endroit du génome", répond le chercheur.

Le fait que l'haplotype ne se retrouve pas chez l'Homo sapiens africain indique que ces allèles sont apparus chez le Néandertalien et que c'est ce dernier qui a transmis ces gènes à l'homme moderne.

Au moins deux croisements

Selon l'équipe de l'Institut Max-Planck, de un à quatre pour cent de notre génome proviendraient des Néandertaliens. En outre, de quatre à six pour cent de l'ADN de certaines populations asiatiques, dont les Mélanésiens, proviendraient de l'homme de Denisova, un hominidé très proche de Néandertal et qui a évolué en Asie centrale.

Ces taux sont relativement faibles et montrent que les croisements ont été plutôt rares. Mais étant donné la faible taille des populations à cette époque, les chercheurs estiment qu'il suffirait de 2 Néandertaliennes dans un groupe de 100 Homo sapiens pour laisser une trace dans le génome si l'apport génétique confère des avantages. Les apports positifs mis au jour jusqu'à maintenant touchent entre autres le système immunitaire et le développement des os.

Ces découvertes font tomber les frontières de l'espèce qui séparaient jusqu'ici l'homme de Néandertal et Homo sapiens. Selon la définition classique, on considère que deux individus font partie d'espèces différentes lorsque leur croisement demeure stérile, ce qui n'a manifestement pas été le cas entre Homo sapiens et Néandertaliens.

Les travaux de l'équipe de Damian Labuda, qui ont rapidement fait le tour du monde, étaient publiés dans l'édition de juillet de Molecular Biology and Evolution.

Source : Techno-sciences.net du 12/09/2011

jeudi 8 septembre 2011

L’homme moderne serait métisse : sapiens et néandertalien

Le patrimoine génétique de l’homme moderne résulterait d’un métissage entre plusieurs espèces d’hominidés.  Nos ancêtres Homo sapiens ne sont peut être pas les seuls…

D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? L’homme moderne descend t-il d’une seule espèce d’hominidés, génétiquement isolée ? Des questions auxquelles tente de répondre la génétique. Jusqu’ici, il était de notoriété publique que notre ancêtre se dénommait Homo sapiens. L’homme moderne aurait ainsi hérité des gênes du plus évolué des hominidés. La réalité paraît plus complexe. L’Homo sapiens aurait bien pu se mélanger avec d’autres espèces du genre Homo, selon l’étude publiée aujourd’hui dans le magazine Proceedings of the National Academy of Sciences.

En 2010, le séquençage partiel de l’ADN néandertalien révélait son métissage ancien avec les hommes modernes eurasiens. L’homme de néandertal, longtemps considéré comme une sous-espèce du genre Homo, vivrait encore à travers nos gènes.

Aujourd’hui, Michael Hammer, biologiste à l’université d’Arizona, et ses collègues le prouvent. Ils ont analysé l’ADN de deux groupes de chasseurs-cueilleurs africains, les Biaka et les San, et celui d’une population agricole d’Afrique de l’Ouest, les Mandenka.

Chacun de ces groupes descend de populations n’ayant jamais migré hors d’Afrique. Leur diversité génétique s’en trouve appauvrie. Il devient dès lors plus facile de retrouver la trace d’un métissage génétique antérieur. Les chercheurs n’ont cependant pu comparer le génome à celui du néandertalien, disparus depuis longtemps, mais ont procédé par simulation informatique.

Plus de 2% du génome de certaines populations africaines correspond à celui d’une espèce proche de l’Homo sapiens : celle du plus archaïque homme de néandertal. Un patrimoine génétique hérité il y a 35 000 ans.

Cette découverte contredit le consensus classique selon lequel nous descendons tous d’une même population africaine, au matériel génétique “pur “. Une espèce moderne qui aurait détrônée toutes les autres.

“Nous devons remettre en question le modèle standard de l’origine de l’homme moderne,” explique Hammer, cité par le magazine Nature. Une découverte à néanmoins prendre avec des pincettes. “Seule l’analyse du génome complet des populations africaines viendra clore cette série d’hypothèses, insiste la généticienne Sarah Tishkoff, de l’université de Pennsylvanie à Philadelphie.”

vendredi 22 juillet 2011

L’Homo Sapiens et l’Homme de Néandertal ont eu des enfants

L’Homme moderne et l’Homme de Néandertal ont vécu ensemble et ont mélangé leur patrimoine génétique lorsque l’Homo sapiens a quitté l’Afrique pour coloniser les autres continents, il y a plus de 50 000 ans.

Une étude de l’Université de Montréal (UdeM) publiée récemment a en effet confirmé qu’une partie du chromosome X de l'humain provient de l'homme de Néandertal et se retrouve uniquement chez les peuples non africains.

Selon une équipe internationale de chercheurs dirigée par Damian Labuda, du Département de pédiatrie de l'UdeM et du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, ce croisement entre les deux populations aurait eu lieu au Moyen-Orient.

L'homme de Néandertal, dont les ancêtres ont quitté l'Afrique il y a entre 400 000 ans et 800 000 ans, a évolué sur un territoire qui correspond aujourd'hui principalement à la France, l'Espagne, l'Allemagne et la Russie. Il aurait vécu jusqu'à il y a environ 30 000 ans. Les premiers hommes modernes ont quitté l'Afrique il y a entre 80 000 à 50 000 ans.

« Notre étude confirme une hypothèse répandue, comme quoi l’homme de Néandertal était plutôt proche de nous puisque des Homo sapiens ont eu des enfants fertiles avec eux », a ajouté M. Labuda.

Si cette découverte répond à une interrogation, elle ouvre la porte à plusieurs questions. « Il faut toujours déterminer l’étendue des relations entre les deux espèces. Ensuite, il faut savoir si cette diversité génomique permise par le métissage a aidé l’Homo sapiens à s’adapter aux climats de l’Asie, du nord de l’Europe, de l’Australie et des Amériques », a conclu le chercheur.

Le métissage aurait aussi permis à l’homme d’enrichir son patrimoine génétique puisque peu de spécimens ont entrepris le grand voyage à l’extérieur de l’Afrique.

Source : Canoe du 20/07/2011

mercredi 16 février 2011

Homo sapiens : pas de métissage avec les Néandertaliens ?

Le métissage avec des espèces humaines plus archaïques ne peut, à lui seul, expliquer la présence de gènes très anciens dans notre génome. D'autres scénarios sont possibles.

Notre espèce, Homo sapiens, serait apparue il y a 100 000 à 200 000 ans. C'est du moins l'âge attribué à la femme qui portait le plus récent ancêtre commun des mitochondries de nos cellules (organites d'origine uniquement maternelle, qui contiennent de l'ADN), et à l'homme qui portait le plus récent ancêtre de nos chromosomes Y. L'homme moderne aurait ensuite entamé un voyage hors de son Afrique natale pour peupler les autres continents, supplantant les populations humaines préexistantes.

Toutefois, la présence de lignées beaucoup plus anciennes de gènes, cette fois sur le chromosome X et les chromosomes non sexuels, a conduit certains scientifiques à invoquer une hybridation entre Homo sapiens et des populations locales « archaïques », tel l'homme de Neandertal, en Europe et en Asie. Seule une telle hybridation était à même, pensait-on, de rendre compte de la présence de ces gènes anciens dans notre génome.

Michael Blum, chercheur du CNRS à Grenoble, et Mattias Jakobsson, de l'Université d'Uppsala, en Suède, réfutent aujourd'hui ce scénario et proposent deux autres explications. Ils invoquent d'une part un morcèlement de la population africaine initiale en groupes isolés génétiquement, et d'autre part la pression exercée par l'environnement sur les populations africaines il y a environ 150 000 ans.

lundi 10 mai 2010

L'ADN de Néandertal révèle ses liens avec Sapiens

Madame Sapiens a fait crac-crac avec monsieur Néandertal. Ou l’inverse. Et avec succès reproductif. Mais pas en Europe, lors de l’arrivée de Cro-Magnon, il y a 37 000 ans. C’est une vieille histoire (d’adultère ?) survenue au Proche Orient, il y a environ 80 000 ans. Elle n’a manifestement pas été très fréquente. Et depuis, nib de coucheries entre cousins.

Cette affaire des relations de parenté et de la possible rencontre des deux humanités les plus proches - Homo sapiens, l’homme moderne apparu il y a un peu plus de cent mille ans en Afrique, et Néandertal - est révélée ce matin dans la revue Science . Par un article exceptionnellement long, traduisant un labeur minutieux et de haute précision. Il constitue un véritable «tournant dans l’exploration des origines de l’humanité par les moyens de la génétique moléculaire», salue Pierre Darlu, un généticien qui a participé en 2006 à une étude de l’ADN des mitochondries, donc uniquement maternel, de néandertaliens.

dimanche 9 mai 2010

Il y a du Neandertal en nous

Il y a du Neandertal en nous. Du moins si nous sommes "non africains". Dans ce cas, 1 % à 4 % de notre matériel génétique a pour origine Homo neanderthalensis. Nous nous croyions simples cousins, issus d'un ancêtre commun. Nous nous découvrons aussi métissés avec cet humain disparu. C'est la conclusion la plus spectaculaire tirée de l'étude de l'ADN prélevé sur trois os de néandertaliens vieux d'environ 40 000 ans, issus d'une grotte croate.


Un homme de Neandertal exposé au Musée national de la préhistoire aux Eyzies-de-Tayac en Dordogne.

Pour la première fois, le génome nucléaire d'un homme fossile est séquencé, à hauteur de 60%. Son analyse est publiée, au terme de quatre années d'efforts, dans la revue Science, vendredi 7 mai, sous la direction de Svante Pääbo, de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig. C'est à lui que l'on doit la première analyse génétique d'un néandertalien, en 1997.

vendredi 7 mai 2010

Quelque chose en nous de Neandertal

Une équipe internationale de scientifiques est parvenue à reconstituer le code génétique de l’homme de Neandertal, aussi long que celui d’«Homo sapiens»! Cela simplement à l’aide de fragments d’ossements retrouvé dans une grotte de Croatie, et datant de 38 000 ans. Surprise: Neandertal aurait bien eu des relations avec «Homo sapiens», si bien que 1 à 4% de l’ADN de l’homme moderne serait le sien.

Front fuyant, bourrelets osseux sur les orbites oculaires, gros nez, absence de menton, corpulence trapue, poil éventuellement roux: telle est l’image que se font les paléo­anthropologues de l’homme de Neandertal. L’un ou l’autre de ces traits vous rappelle quelqu’un? Peut-être pas si étonnant que cela: une équipe internationale vient de reconstruire le code génétique de cet hominidé! Et, surprise: entre 1 et 4% de son ADN pourrait avoir été transmis jusqu’aux hommes modernes! Ces travaux sont publiés aujourd’hui dans la revue Science.

Depuis sa découverte en 1856 dans la vallée de Neander, près de Düsseldorf, Homo neanderthalensis s’est bien dévoilé. Outre son aspect, les spécialistes s’accordent à dire qu’il était loin d’être idiot (il fabriquait des couteaux en pierre, utilisait le feu, chassait). De plus, il enterrait ses morts et «réalisait» des objets non utilitaires. «Ces comportements attestent qu’il avait une pensée symbolique», analyse Marylène Patou-Mathis, archéozoologue au Muséum d’histoire naturelle de Paris.

mercredi 5 mai 2010

Mélange racial à l'âge des cavernes

La prochaine fois que quelqu'un vous traitera d'«homme (ou de femme) des cavernes», remerciez-le en prenant un air flatté. Car il y a de fortes chances pour que vous soyez, tout comme votre accusateur, un hybride de néandertaliens et d'Homo sapiens modernes. Par l'extrême fin bout du poil de la fesse gauche, soit, mais un hybride quand même.

C'est du moins la conclusion à laquelle sont arrivés deux spécialistes de l'anthropologie génétique, le professeur Jeffrey Long et la doctorante Sarah Joyce, de l'Université du Nouveau-Mexique, en examinant 614 marqueurs génétiques prélevés sur 1983 personnes venant des quatre coins du monde. Le site de la revue Nature a fait écho à leurs travaux, pas encore publiés, qui apparaissent comme les indices (pas les preuves, notons-le) de métissage les plus solides jamais mis au jour.

Contrairement à ce qu'on a longtemps cru, Homo neanderthalensis n'est pas notre ancêtre, mais une sorte de cousin qui aurait évolué en parallèle avec nous à partir d'un ancêtre commun. Si on ignore pourquoi il a disparu, il y a environ 30 000 ans, il demeure certain qu'il fut un contemporain de nos ancêtres H. sapiens - d'où la question de savoir si les deux espèces se sont... comment dire... connues au sens biblique. Jusqu'à maintenant cependant, les indices d'hybridation que l'on possédait étaient, dans les meilleurs cas, extrêmement contestés. Les résultats préliminaires du séquençage du génome néandertalien, l'an dernier, ne montraient d'ailleurs aucun signe de mélange.