Autrefois relégué au rang de sombre brute à peine plus évoluée qu’un grand singe, l’homme de Néanderthal s’humanise de plus en plus au fil des découvertes. Deux études récentes montrent que cette espèce, qui colonisa l’Europe de 300 000 ans jusqu’à 30000 ans avant Jésus-Christ, était beaucoup plus proche de nous qu’on ne le pensait autrefois.
C’est d’abord un travail de recherche américain, réalisé par plusieurs scientifiques de l’Arizona et publié dans « Human Ecology », qui confirme l’hypothèse que Néanderthal a disparu aussi parce qu’il s’est métissé avec notre espèce, l’Homo sapiens. Et ce, grâce à un programme informatique mis au point après analyse de 167 fossiles ou preuves de vie attribuées à Néanderthal. L’étude affirme que les deux variétés se sont mélangées, Homo sapiens prenant le dessus.
Un langage plus sophistiqué qu’on ne le croyait
Néanderthal nous ressemblait aussi beaucoup, car son langage était sans doute beaucoup plus sophistiqué qu’on ne le croyait. Une étude canadienne publiée dans l’« Oxford Journal of Archeology » calcule que cet homme préhistorique pouvait se déplacer en bandes de 200 à 500 individus, ce qui implique des moyens de communication pour pouvoir coordonner des actions comme la chasse.
« Ces études viennent confirmer des hypothèses émises déjà depuis des années, souvent à contre-courant, souligne la préhistorienne Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS*. Autrefois, nous ne pouvions nous appuyer que sur des fossiles, aucun cadavre entier n’ayant été découvert intact, congelé, par exemple comme un mammouth. Aujourd’hui, la génétique nous aide énormément. Nous en sommes à 63% du déchiffrage du génome de Néanderthal. »
Les analyses ADN montrent ainsi qu’il y a bien eu hybridation avec Homo sapiens. « Elle s’est produite entre 80 000 et 50 000 ans avant notre époque, et nous avons encore de 1 à 4% de gènes en commun avec Néanderthal », précise Marylène Patou-Mathis. « La chute de l’espèce était déjà engagée lorsque les Sapiens sont arrivés en Europe. La dilution au sein des nouvelles populations a accéléré le phénomène. »
La génétique conforte également l’hypothèse du langage pratiqué par cet homme préhistorique : « Il possédait un gène associé au langage que nous avons aussi », détaille la spécialiste. Néanderthal était donc bien notre cousin…
Source : Le Parisien du 30/01/2012
mardi 31 janvier 2012
vendredi 27 janvier 2012
L'archéoptéryx aurait pu voler avec ses plumes noires
Archéoptéryx a encore beaucoup de secrets à nous dévoiler. C'est sur ses plumes que des chercheurs viennent de faire des découvertes. Elles étaient noires et conçues de la même façon que les oiseaux modernes qui volent... Archéoptéryx aurait-il volé ?
Un des éternels débats concernant Archéoptéryx est de savoir si oui ou non il volait, et si oui, de quelle manière. Question qui déchaîne la communauté des paléontologues et à laquelle Ryan Carney et plusieurs autres chercheurs viennent d’apporter un indice inédit. L’analyse approfondie du fossile d’une plume a en effet permis de définir la couleur du plumage de cette espèce et fournit également de nouveaux éléments de réponse concernant l'aptitude au vol.
Car certaines caractéristiques physiques indiquent qu'il était impossible pour cet animal de voler (absence de carène) tandis que d'autres soutiennent le contraire (sternum osseux, furcula rigide...). La capacité de vol d’Archéoptéryx n’est en outre pas l’unique interrogation concernant cet animal, souvent qualifié de mi-dinosaure, mi-oiseau.
Des mélanosomes dans les plumes d'Archéoptéryx
En effet, sa position dans la classification est controversée et peu certaine. Cependant, de récents travaux chinois ont montré que l’archéoptéryx, qui vivait il y a environ 150 millions d'années, n'était pas un des premiers oiseaux (groupe des Avialae) mais plus probablement un dinosaure, et plus exactement un Deinonychosauria.
Néanmoins, tout cela ne donnait pas d’indication concernant son aptitude au vol. Dans un article de Nature Communications, c’est une plume de l’animal qui a été passée au crible. Les scientifiques étaient à la recherche de mélanosomes, ces petits organites producteurs de pigment que l’on trouve en quantité variables à l’intérieur de la plume, du calamus – base de la « tige » – aux barbules. Celles-ci sont des petits crochets qui assurent le lien entre les barbes, filaments qui composent la plume.
Des études s’étaient déjà intéressé à ces organites, mais les chercheurs les avaient confondu avec des bactéries. Cependant, une nouvelle méthode qui repose sur la microscopie électronique, mise au point par Jakob Vinther en 2006 (Université Yale), a permis de les démasquer.
Plume similaire à celles des oiseaux modernes
Mieux encore, ces mélanosomes ont été aperçus au niveau des barbules, ce qui indique qu'elles assuraient efficacement la cohésion de la plume et son imperméabilité, indispensables au vol. En outre, sa structure et l’alignement des mélanosomes au sein des barbules sont tout à fait semblables à ceux des oiseaux modernes.
Cela ne veut pas dire qu’Archéoptéryx volait ni même qu’il en était capable. La seule présence de plumes adaptées au vol ne permet pas d'affirmer que le reste de l’organisme l'était. Mais c’est un nouvel élément qui va dans se sens. Jusqu’au prochain qui sera peut-être décisif…
Source : Futura Sciences du 24/01/2012
Un des éternels débats concernant Archéoptéryx est de savoir si oui ou non il volait, et si oui, de quelle manière. Question qui déchaîne la communauté des paléontologues et à laquelle Ryan Carney et plusieurs autres chercheurs viennent d’apporter un indice inédit. L’analyse approfondie du fossile d’une plume a en effet permis de définir la couleur du plumage de cette espèce et fournit également de nouveaux éléments de réponse concernant l'aptitude au vol.
Car certaines caractéristiques physiques indiquent qu'il était impossible pour cet animal de voler (absence de carène) tandis que d'autres soutiennent le contraire (sternum osseux, furcula rigide...). La capacité de vol d’Archéoptéryx n’est en outre pas l’unique interrogation concernant cet animal, souvent qualifié de mi-dinosaure, mi-oiseau.
Des mélanosomes dans les plumes d'Archéoptéryx
En effet, sa position dans la classification est controversée et peu certaine. Cependant, de récents travaux chinois ont montré que l’archéoptéryx, qui vivait il y a environ 150 millions d'années, n'était pas un des premiers oiseaux (groupe des Avialae) mais plus probablement un dinosaure, et plus exactement un Deinonychosauria.
Photographie de la plume fossilisée. Barre d'échelle : 5 mm.
Néanmoins, tout cela ne donnait pas d’indication concernant son aptitude au vol. Dans un article de Nature Communications, c’est une plume de l’animal qui a été passée au crible. Les scientifiques étaient à la recherche de mélanosomes, ces petits organites producteurs de pigment que l’on trouve en quantité variables à l’intérieur de la plume, du calamus – base de la « tige » – aux barbules. Celles-ci sont des petits crochets qui assurent le lien entre les barbes, filaments qui composent la plume.
Des études s’étaient déjà intéressé à ces organites, mais les chercheurs les avaient confondu avec des bactéries. Cependant, une nouvelle méthode qui repose sur la microscopie électronique, mise au point par Jakob Vinther en 2006 (Université Yale), a permis de les démasquer.
Plume similaire à celles des oiseaux modernes
Mieux encore, ces mélanosomes ont été aperçus au niveau des barbules, ce qui indique qu'elles assuraient efficacement la cohésion de la plume et son imperméabilité, indispensables au vol. En outre, sa structure et l’alignement des mélanosomes au sein des barbules sont tout à fait semblables à ceux des oiseaux modernes.
Cela ne veut pas dire qu’Archéoptéryx volait ni même qu’il en était capable. La seule présence de plumes adaptées au vol ne permet pas d'affirmer que le reste de l’organisme l'était. Mais c’est un nouvel élément qui va dans se sens. Jusqu’au prochain qui sera peut-être décisif…
Source : Futura Sciences du 24/01/2012
jeudi 26 janvier 2012
Dinosaures: le célèbre Archaeopteryx avait certainement les plumes noires
Le célèbre Archaeopteryx arborait certainement des plumes noires, assure une étude publiée mardi qui lève pour la première fois le voile sur les couleurs de ce petit dinosaure aux allures de volatile.
L'Archaeopteryx a longtemps été considéré comme la forme d'oiseau la plus ancienne. Les spécialistes de l'évolution ont toutefois accumulé ces dernières années des éléments laissant penser qu'il n'était en réalité qu'un banal dinosaure terrestre à plumes, comme il en existait bien d'autres au Jurassique, voici 145 à 200 millions d'années.
Le coloris de son plumage continuait en revanche à tenir en échec les paléontologues jusqu'à ce jour.
Une équipe américaine dirigée par Ryan Carney a donc procédé à toute une batterie d'analyses sur le fossile d'une plume du premier spécimen d'Archaeopteryx découvert en Bavière en 1861. Après plusieurs essais infructueux, ils ont finalement réussi à isoler les structures des cellules renfermant ses pigments, préservées par la fossilisation durant 150 millions d'années.
En l'occurrence, il s'agissait de "mélanosomes" produisant le pigment le plus répandu dans le règne animal: la mélanine, de couleur foncée. Or on retrouve ce pigment dans les plumes de tous les oiseaux modernes, à l'exception des individus albinos, note l'étude, publiée dans la revue Nature Communications.
Restait aux chercheurs à déterminer plus précisément le coloris de la plume. Ils ont donc comparé ces mélanosomes de l'Archaeopteryx avec ceux de 87 espèces d'oiseaux actuels, classés en quatre types de plumes: noires, grises, brunes et celles caractéristiques des pingouins.
"Nous avons découvert que la plume était noire avec 95% de certitude", résume Ryan Carney dans un communiqué diffusé par l'Université Brown (USA).
L'équipe en est en revanche réduite à spéculer sur l'utilité du pigment noir pour le dinosaure. Elle aurait pu lui servir à réguler sa température en protégeant sa peau des rayons solaires, servir de camouflage ou servir au contraire de signal.
La couleur noire aurait aussi très bien pu l'aider à voler.
"Nous ne disons pas que c'est la preuve que l'Archeopteryx était un dinosaure volant. Mais nous sommes en mesure de dire ces mélanosomes donnent une plus grande force et une meilleure résistance aux plumes des oiseaux modernes, indique M. Carney.
"Si l'Archaeopteryx battait des ailes ou planait, la présence des mélanosomes aurait contribué à une meilleure structure des plumes" ce qui aurait constitué un avantage pour les dinosaures dans l'évolution vers le vol, explique-t-il.
Source : Sciences et Avenir du 24/01/2012
L'Archaeopteryx a longtemps été considéré comme la forme d'oiseau la plus ancienne. Les spécialistes de l'évolution ont toutefois accumulé ces dernières années des éléments laissant penser qu'il n'était en réalité qu'un banal dinosaure terrestre à plumes, comme il en existait bien d'autres au Jurassique, voici 145 à 200 millions d'années.
Le coloris de son plumage continuait en revanche à tenir en échec les paléontologues jusqu'à ce jour.
Une équipe américaine dirigée par Ryan Carney a donc procédé à toute une batterie d'analyses sur le fossile d'une plume du premier spécimen d'Archaeopteryx découvert en Bavière en 1861. Après plusieurs essais infructueux, ils ont finalement réussi à isoler les structures des cellules renfermant ses pigments, préservées par la fossilisation durant 150 millions d'années.
En l'occurrence, il s'agissait de "mélanosomes" produisant le pigment le plus répandu dans le règne animal: la mélanine, de couleur foncée. Or on retrouve ce pigment dans les plumes de tous les oiseaux modernes, à l'exception des individus albinos, note l'étude, publiée dans la revue Nature Communications.
Restait aux chercheurs à déterminer plus précisément le coloris de la plume. Ils ont donc comparé ces mélanosomes de l'Archaeopteryx avec ceux de 87 espèces d'oiseaux actuels, classés en quatre types de plumes: noires, grises, brunes et celles caractéristiques des pingouins.
"Nous avons découvert que la plume était noire avec 95% de certitude", résume Ryan Carney dans un communiqué diffusé par l'Université Brown (USA).
L'équipe en est en revanche réduite à spéculer sur l'utilité du pigment noir pour le dinosaure. Elle aurait pu lui servir à réguler sa température en protégeant sa peau des rayons solaires, servir de camouflage ou servir au contraire de signal.
La couleur noire aurait aussi très bien pu l'aider à voler.
"Nous ne disons pas que c'est la preuve que l'Archeopteryx était un dinosaure volant. Mais nous sommes en mesure de dire ces mélanosomes donnent une plus grande force et une meilleure résistance aux plumes des oiseaux modernes, indique M. Carney.
"Si l'Archaeopteryx battait des ailes ou planait, la présence des mélanosomes aurait contribué à une meilleure structure des plumes" ce qui aurait constitué un avantage pour les dinosaures dans l'évolution vers le vol, explique-t-il.
Source : Sciences et Avenir du 24/01/2012
vendredi 20 janvier 2012
«98 % du génome commun avec le chimpanzé, et alors ?»
La préhistorienne Brigitte Senut, parmi 100 personnalités scientifiques, répond pour Sciences et Avenir à la question «Qu’est-ce que l’homme?».
A quel carrefour de l’évolution l’Homme s’est-il singularisé ? La réponse se trouve peut-être aux origines de la bipédie.
Par Brigitte Senut, préhistorienne.
La seule question «Qu’est-ce que l’Homme ?» est ambiguë car, dans le monde vivant, le terme «Homme» peut faire référence à ce que nous sommes aujourd’hui: Homo sapiens, ou au genre auquel nous appartenons dans le règne animal: Homo. Le paléontologue parle plutôt de la dichotomie entre l’Homme et les singes, ou de la divergence entre l’Homme et le chimpanzé, ou bien des différences entre l’Homme et les australopithèques, ou encore de l’évolution de l’Homme. A chaque niveau, la réponse est différente et dépend du cadre dans lequel on considère l’Homme, car on se trouve à des carrefours évolutifs distincts. Le paléontologue, encore lui, mettra davantage l’accent sur les caractères anatomiques dérivés, alors que le préhistorien aura tendance à utiliser le concept de manipulation et d’outils et que le biologiste fera référence aux caractères du vivant comme les molécules, le génome...
Si l’idée que l’Homme partage 98% de son matériel génétique codant avec le chimpanzé est très médiatisée, il n’en reste pas moins que cette valeur ne veut absolument rien dire. Nous partageons 35% de notre génome avec certaines fleurs, et alors?
Un grand singe modifié
La référence du paléontologue est le temps géologique?: parler d’Homme concerne donc ses origines et celle de sa famille. Mais les frontières de cette famille deviennent de plus en plus floues. Une mode récente regroupe sous le terme hominidés les singes de grande taille africains (chimpanzés, gorilles) et asiatiques (orangs-outans), impliquant l’idée que l’Homme est un grand singe modifié. Cette notion, issue des travaux de biologie moléculaire, a tendance à s’imposer chez les paléontologues, alors que les données du passé sont loin d’être claires. Le problème posé par l’étude des grands singes vivants est que ce sont des êtres reliques d’une biodiversité beaucoup plus importante dans le passé (plus de 250 espèces dans le miocène, entre 23 et 5,5 millions d’années) et qu’ils ont tendance à être de plus en plus isolés. Ce «pseudo-endémisme», loin de refléter la variation et la variabilité dans l’histoire du groupe, traduit probablement un appauvrissement des génomes.
C’est pourquoi je préfère restreindre le terme hominidés à l’Homme et à ses proches parents fossiles, celui de pongidés aux orangs-outans asiatiques, et garder deux familles, gorillidés et panidés, pour les grands singes africains, qui pourraient aussi être regroupés sous le vocable gorillidés. Si l’idée que l’Homme partage 98% de son matériel génétique codant avec le chimpanzé est très médiatisée, il n’en reste pas moins que cette valeur ne veut absolument rien dire. Nous partageons 35% de notre génome avec certaines fleurs, et alors?
Grands singes et hommes sont réunis dans la grande super-famille des hominoïdes, dont l’explosion s’est produite au cours du miocène. De tous les caractères anatomiques qui permettent de distinguer la famille des hominidés au sein des primates, la locomotion apparaît pertinente. En effet, l’Homme est le seul capable de marcher longtemps pendant de longues distances sur ses deux pattes arrière, ce que l’on nomme la bipédie. Certes, tous les primates sont bipèdes, mais la bipédie permanente de l’Homme, exprimée dans ses caractères musculo-squelettiques, est unique (colonne vertébrale en forme de «S», fémur au corps oblique et allongé, bassin court et large, pied à voûte plantaire marquée et au gros orteil parallèle et collé aux autres orteils). On recherche donc des traces au moins partielles de ces caractères chez les fossiles.
Les prémices de la bipédie
C’est à la fin du miocène moyen ou au début du miocène supérieur que semble s’être isolée la famille des hominidés. Des données de plus en plus nombreuses en Afrique montrent que des grands singes de type moderne sont présents à cette époque?: dent aux caractères de chimpanzé à 12,5 millions d’années au Kenya, fragment de mandibule de proto-chimpanzé au Niger (entre 11,5 et 6 millions d’années), formes proches des gorilles aux environs de 10 millions d’années (Nakalipithecus au Kenya, Chororapithecus en Ethiopie) et de 9 millions d’années, Samburupithecus (Kenya) et restes vieux de 6 millions d’années dans les collines Tugen au Kenya. Quant aux prémices de la bipédie, on les trouve dans des niveaux vieux de 6 millions d’années, avec Orrorin tugenensis, dont le fémur présente de nombreux caractères anatomiques proches de ceux des hominidés ultérieurs. Sa bipédie n’est pas encore moderne car elle est associée à une forme de grimper arboricole; toutefois, elle apparaît plus évoluée que celle des australopithèques.
C’est avec le genre Homo que l’on voit apparaître une forme quasi moderne de bipédie. Il faut également évoquer Oreopithecus, qui aurait pu pratiquer un déplacement bipède au sol, mais ses caractères anatomiques développés en milieu insulaire sont très différents de ceux des hominidés.
Pour le paléontologue, l’Homme est donc un être inféodé à la nature, résultat d’une évolution de plusieurs millions d’années, plutôt naturelle jusque vers 2 millions d’années. Le changement culturel a, depuis, pris le dessus. Aujourd’hui, c’est l’espèce la plus invasive et prédatrice de la planète.
article publié dans le Hors Série de Sciences et Avenir de janvier-février 2012 (n°169)
Brigitte Senut est préhistorienne, professeur au département Histoire de la Terre du Muséum national d’histoire naturelle. Chercheur au laboratoire de paléobiodiversité et paléo-environnement,
ses travaux portent sur les origines de l’Homme et des grands singes.
• Et le singe se mit debout... Aventures africaines d’une paléontologue, Albin Michel, 2011
• Grands singes / homme : quelles origines? 20 millions d’années d’évolution des hominoïdes, Vuibert, 2009
Pour en savoir +
Espèces d’espèces, un film de Denis van Waerebeke, 2008. En DVD, http://www.lcj-editions.com/
Une «Rencontre» publiée dans Sciences et Avenir n° 760, juin 2010
Source : Sciences et Avenir du 16/01/2012
A quel carrefour de l’évolution l’Homme s’est-il singularisé ? La réponse se trouve peut-être aux origines de la bipédie.
Par Brigitte Senut, préhistorienne.
La seule question «Qu’est-ce que l’Homme ?» est ambiguë car, dans le monde vivant, le terme «Homme» peut faire référence à ce que nous sommes aujourd’hui: Homo sapiens, ou au genre auquel nous appartenons dans le règne animal: Homo. Le paléontologue parle plutôt de la dichotomie entre l’Homme et les singes, ou de la divergence entre l’Homme et le chimpanzé, ou bien des différences entre l’Homme et les australopithèques, ou encore de l’évolution de l’Homme. A chaque niveau, la réponse est différente et dépend du cadre dans lequel on considère l’Homme, car on se trouve à des carrefours évolutifs distincts. Le paléontologue, encore lui, mettra davantage l’accent sur les caractères anatomiques dérivés, alors que le préhistorien aura tendance à utiliser le concept de manipulation et d’outils et que le biologiste fera référence aux caractères du vivant comme les molécules, le génome...
Si l’idée que l’Homme partage 98% de son matériel génétique codant avec le chimpanzé est très médiatisée, il n’en reste pas moins que cette valeur ne veut absolument rien dire. Nous partageons 35% de notre génome avec certaines fleurs, et alors?
Un grand singe modifié
La référence du paléontologue est le temps géologique?: parler d’Homme concerne donc ses origines et celle de sa famille. Mais les frontières de cette famille deviennent de plus en plus floues. Une mode récente regroupe sous le terme hominidés les singes de grande taille africains (chimpanzés, gorilles) et asiatiques (orangs-outans), impliquant l’idée que l’Homme est un grand singe modifié. Cette notion, issue des travaux de biologie moléculaire, a tendance à s’imposer chez les paléontologues, alors que les données du passé sont loin d’être claires. Le problème posé par l’étude des grands singes vivants est que ce sont des êtres reliques d’une biodiversité beaucoup plus importante dans le passé (plus de 250 espèces dans le miocène, entre 23 et 5,5 millions d’années) et qu’ils ont tendance à être de plus en plus isolés. Ce «pseudo-endémisme», loin de refléter la variation et la variabilité dans l’histoire du groupe, traduit probablement un appauvrissement des génomes.
C’est pourquoi je préfère restreindre le terme hominidés à l’Homme et à ses proches parents fossiles, celui de pongidés aux orangs-outans asiatiques, et garder deux familles, gorillidés et panidés, pour les grands singes africains, qui pourraient aussi être regroupés sous le vocable gorillidés. Si l’idée que l’Homme partage 98% de son matériel génétique codant avec le chimpanzé est très médiatisée, il n’en reste pas moins que cette valeur ne veut absolument rien dire. Nous partageons 35% de notre génome avec certaines fleurs, et alors?
Grands singes et hommes sont réunis dans la grande super-famille des hominoïdes, dont l’explosion s’est produite au cours du miocène. De tous les caractères anatomiques qui permettent de distinguer la famille des hominidés au sein des primates, la locomotion apparaît pertinente. En effet, l’Homme est le seul capable de marcher longtemps pendant de longues distances sur ses deux pattes arrière, ce que l’on nomme la bipédie. Certes, tous les primates sont bipèdes, mais la bipédie permanente de l’Homme, exprimée dans ses caractères musculo-squelettiques, est unique (colonne vertébrale en forme de «S», fémur au corps oblique et allongé, bassin court et large, pied à voûte plantaire marquée et au gros orteil parallèle et collé aux autres orteils). On recherche donc des traces au moins partielles de ces caractères chez les fossiles.
Les prémices de la bipédie
C’est à la fin du miocène moyen ou au début du miocène supérieur que semble s’être isolée la famille des hominidés. Des données de plus en plus nombreuses en Afrique montrent que des grands singes de type moderne sont présents à cette époque?: dent aux caractères de chimpanzé à 12,5 millions d’années au Kenya, fragment de mandibule de proto-chimpanzé au Niger (entre 11,5 et 6 millions d’années), formes proches des gorilles aux environs de 10 millions d’années (Nakalipithecus au Kenya, Chororapithecus en Ethiopie) et de 9 millions d’années, Samburupithecus (Kenya) et restes vieux de 6 millions d’années dans les collines Tugen au Kenya. Quant aux prémices de la bipédie, on les trouve dans des niveaux vieux de 6 millions d’années, avec Orrorin tugenensis, dont le fémur présente de nombreux caractères anatomiques proches de ceux des hominidés ultérieurs. Sa bipédie n’est pas encore moderne car elle est associée à une forme de grimper arboricole; toutefois, elle apparaît plus évoluée que celle des australopithèques.
C’est avec le genre Homo que l’on voit apparaître une forme quasi moderne de bipédie. Il faut également évoquer Oreopithecus, qui aurait pu pratiquer un déplacement bipède au sol, mais ses caractères anatomiques développés en milieu insulaire sont très différents de ceux des hominidés.
Pour le paléontologue, l’Homme est donc un être inféodé à la nature, résultat d’une évolution de plusieurs millions d’années, plutôt naturelle jusque vers 2 millions d’années. Le changement culturel a, depuis, pris le dessus. Aujourd’hui, c’est l’espèce la plus invasive et prédatrice de la planète.
article publié dans le Hors Série de Sciences et Avenir de janvier-février 2012 (n°169)
Brigitte Senut est préhistorienne, professeur au département Histoire de la Terre du Muséum national d’histoire naturelle. Chercheur au laboratoire de paléobiodiversité et paléo-environnement,
ses travaux portent sur les origines de l’Homme et des grands singes.
• Et le singe se mit debout... Aventures africaines d’une paléontologue, Albin Michel, 2011
• Grands singes / homme : quelles origines? 20 millions d’années d’évolution des hominoïdes, Vuibert, 2009
Pour en savoir +
Espèces d’espèces, un film de Denis van Waerebeke, 2008. En DVD, http://www.lcj-editions.com/
Une «Rencontre» publiée dans Sciences et Avenir n° 760, juin 2010
Source : Sciences et Avenir du 16/01/2012
jeudi 19 janvier 2012
Et Daynès créa les hominidés
Depuis vingt ans, la paléoplasticienne donne corps à des fossiles, de Lucy à Cro-Magnon. Son travail fait l’objet d’une exposition à Nemours.
Elisabeth Daynès est une «boulimique de têtes», elle l’avoue. Elle aimerait parcourir le monde un an durant pour photographier des visages, par milliers. Elle prendrait des jeunes, des vieux, des fronts bombés, fuyants, larges, des lèvres plissées ou charnues, des nez et surtout des peaux, poreuses, couperosées, dorées, tannées, transparentes, des yeux et, enfin, des regards, car «c’est cela qui crée le lien, donne la vie». Avec tout ce butin, elle reviendrait travailler à Paris, rue du Faubourg-du-Temple, au fond de la cour de la Grâce-de-Dieu, où elle fait, n’hésitons pas à le dire, des miracles.
Il est là, son atelier, au bout des mauvais pavés, difficile de le manquer. A travers la vitrine, on voit une femme nue, seins pendants, bras droit tendu, sans tête, des pots de couleurs, des étagères gorgées de bustes en plâtre et, sur un piédestal, un crâne, comme scalpé, blanc sur le fond d’un rideau noir, piqué de bâtonnets de bois, les yeux vifs, exorbités fixant un Jack Nicholson en couverture d’un livre de portraits, non loin d’un écorché et des images d’un cerveau scanné… Elisabeth, qui accueille en jean, grand sourire, saisit le regard interloqué. «Ça, c’est la tête de la Magdalénienne trouvée aux Eyzies, en Dordogne. Elle est morte à 18 ou 20 ans, il y a quinze mille ans environ, dit-elle avec l’accent du Languedoc. Elle partira à Chicago pour la présentation de "Lascaux III", une grande exposition itinérante qui sera inaugurée l’an prochain. Pour l’occasion, on m’a commandé quatre Cro-Magnon.» En résine, grandeur nature s’entend.
«Un échange vivant»
C’est sa spécialité : donner corps à des êtres disparus il y a des milliers, voire des millions d’années, nos ancêtres directs, nos cousins éloignés. Lucy, Toumaï, Néanderthal, la petite dame de Florès, Cro-Magnon et autres Sapiens : en vingt ans, une centaine d’hominidés célèbres sont sortis de son atelier pour gagner les muséums de Pretoria, Washington, Madrid, Tbilissi, Vienne, Stockholm, Paris, Mexico et des Eyzies. Daynès est «paléo-artiste», la seule dont les œuvres ont fait la une du National Geographic et de Science et Nature, saluées par les scientifiques pour leur rigueur, outre leur beauté.
Rigueur, car ces créatures ne sont pas des fantaisies inspirées, mais des reconstructions anatomiques déduites de l’étude des fossiles - en premier lieu de leur crâne - et des indications d’experts. Jean-Noël Vignal, anthropologue médico-légal à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale qui a developpé une méthode de reconstitution faciale assistée par ordinateur, aide l’artiste à retrouver des visages de Sapiens anciens, voire de Néanderthal. L’anatomiste anthropologue Yoel Rak, de l’université de Tel-Aviv, la guide dans son travail sur les Australopithèques. «Voyez, ces bâtonnets sur le crâne de la Magdalénienne, une homo sapiens : il y en a dix-huit, plantés à des points précis, dans une orientation particulière. Ils m’ont été fournis par Jean-Noël Vignal. Ils m’indiquent l’épaisseur et la direction des muscles qui façonnent le visage. Ensuite, pour les lèvres, je sais que la commissure part au niveau de la première prémolaire. Pour le nez, j’analyse le départ de l’épine nasale, je tâtonne.» Et le corps ? «La posture, les membres, le bassin, la pigmentation, j’en discute avec les experts du fossile. Et quand tout est raccord avec les scientifiques, je travaille le regard. Tant que je ne sens pas une rencontre, un échange vivant, je continue.» Ensuite vient le moulage, l’épreuve finale en silicone, la peau, les implants de poils…
Effets spéciaux
Quatre mois de travail pour un Sapiens ou un Néanderthal, six pour un Australopithèque, avec l’aide d’une plasticienne, d’une mouleuse, d’une perruquière et d’un laboratoire dentaire. A la clé, de 35 000 à 55 000 euros. Mais d’abord, «à chaque fois, le bonheur d’une nouvelle rencontre avec nos origines», sourit l’artiste, «bluffée de retrouver la physionomie d’une espèce d’homme disparue», elle qui est «fascinée par l’infinité de visages».
Elle l’était déjà quand, en 1988, un musée près de Lascaux lui commande un mammouth avec un groupe de Magdaléniens. A cette époque, elle fait des masques pour des effets spéciaux au théâtre et au cinéma, crée des nez vieillis, des peaux ridées, des têtes de sorcière… Dans le long couloir où elle stocke ses moules, on lit les étiquettes : «main de Noiret», «main de Jugnot», «bras d’Ötzi» (l’homme du néolithique momifié dans les glaces alpines), «main de Nostradamus»…
A présent, à 50 ans tout rond, c’est elle qui passe sur le devant de la scène : le musée de Préhistoire d’Ile-de-France, à Nemours, consacre son exposition annuelle à son travail de reconstruction d’un fossile datant du néolithique, l’homme de Cerny, vieux de plus de six mille ans (1). Mais elle rêve déjà d’un tout autre spectacle : réunir sa grande famille d’hominidés dans une installation, en liberté parmi les hommes.
(1) «L’identité retrouvée, les reconstructions anatomiques d’Elizabeth Daynès», jusqu’au 23 septembre 2012, musée de Préhistoire d’Ile-de-France. Et aussi un livre aux éditions IAC. Rens. : www.musee-prehistoire-idf.fr
Source : Libération du 28/12/2011
Elisabeth Daynès est une «boulimique de têtes», elle l’avoue. Elle aimerait parcourir le monde un an durant pour photographier des visages, par milliers. Elle prendrait des jeunes, des vieux, des fronts bombés, fuyants, larges, des lèvres plissées ou charnues, des nez et surtout des peaux, poreuses, couperosées, dorées, tannées, transparentes, des yeux et, enfin, des regards, car «c’est cela qui crée le lien, donne la vie». Avec tout ce butin, elle reviendrait travailler à Paris, rue du Faubourg-du-Temple, au fond de la cour de la Grâce-de-Dieu, où elle fait, n’hésitons pas à le dire, des miracles.
Il est là, son atelier, au bout des mauvais pavés, difficile de le manquer. A travers la vitrine, on voit une femme nue, seins pendants, bras droit tendu, sans tête, des pots de couleurs, des étagères gorgées de bustes en plâtre et, sur un piédestal, un crâne, comme scalpé, blanc sur le fond d’un rideau noir, piqué de bâtonnets de bois, les yeux vifs, exorbités fixant un Jack Nicholson en couverture d’un livre de portraits, non loin d’un écorché et des images d’un cerveau scanné… Elisabeth, qui accueille en jean, grand sourire, saisit le regard interloqué. «Ça, c’est la tête de la Magdalénienne trouvée aux Eyzies, en Dordogne. Elle est morte à 18 ou 20 ans, il y a quinze mille ans environ, dit-elle avec l’accent du Languedoc. Elle partira à Chicago pour la présentation de "Lascaux III", une grande exposition itinérante qui sera inaugurée l’an prochain. Pour l’occasion, on m’a commandé quatre Cro-Magnon.» En résine, grandeur nature s’entend.
«Un échange vivant»
C’est sa spécialité : donner corps à des êtres disparus il y a des milliers, voire des millions d’années, nos ancêtres directs, nos cousins éloignés. Lucy, Toumaï, Néanderthal, la petite dame de Florès, Cro-Magnon et autres Sapiens : en vingt ans, une centaine d’hominidés célèbres sont sortis de son atelier pour gagner les muséums de Pretoria, Washington, Madrid, Tbilissi, Vienne, Stockholm, Paris, Mexico et des Eyzies. Daynès est «paléo-artiste», la seule dont les œuvres ont fait la une du National Geographic et de Science et Nature, saluées par les scientifiques pour leur rigueur, outre leur beauté.
Rigueur, car ces créatures ne sont pas des fantaisies inspirées, mais des reconstructions anatomiques déduites de l’étude des fossiles - en premier lieu de leur crâne - et des indications d’experts. Jean-Noël Vignal, anthropologue médico-légal à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale qui a developpé une méthode de reconstitution faciale assistée par ordinateur, aide l’artiste à retrouver des visages de Sapiens anciens, voire de Néanderthal. L’anatomiste anthropologue Yoel Rak, de l’université de Tel-Aviv, la guide dans son travail sur les Australopithèques. «Voyez, ces bâtonnets sur le crâne de la Magdalénienne, une homo sapiens : il y en a dix-huit, plantés à des points précis, dans une orientation particulière. Ils m’ont été fournis par Jean-Noël Vignal. Ils m’indiquent l’épaisseur et la direction des muscles qui façonnent le visage. Ensuite, pour les lèvres, je sais que la commissure part au niveau de la première prémolaire. Pour le nez, j’analyse le départ de l’épine nasale, je tâtonne.» Et le corps ? «La posture, les membres, le bassin, la pigmentation, j’en discute avec les experts du fossile. Et quand tout est raccord avec les scientifiques, je travaille le regard. Tant que je ne sens pas une rencontre, un échange vivant, je continue.» Ensuite vient le moulage, l’épreuve finale en silicone, la peau, les implants de poils…
Effets spéciaux
Quatre mois de travail pour un Sapiens ou un Néanderthal, six pour un Australopithèque, avec l’aide d’une plasticienne, d’une mouleuse, d’une perruquière et d’un laboratoire dentaire. A la clé, de 35 000 à 55 000 euros. Mais d’abord, «à chaque fois, le bonheur d’une nouvelle rencontre avec nos origines», sourit l’artiste, «bluffée de retrouver la physionomie d’une espèce d’homme disparue», elle qui est «fascinée par l’infinité de visages».
Elle l’était déjà quand, en 1988, un musée près de Lascaux lui commande un mammouth avec un groupe de Magdaléniens. A cette époque, elle fait des masques pour des effets spéciaux au théâtre et au cinéma, crée des nez vieillis, des peaux ridées, des têtes de sorcière… Dans le long couloir où elle stocke ses moules, on lit les étiquettes : «main de Noiret», «main de Jugnot», «bras d’Ötzi» (l’homme du néolithique momifié dans les glaces alpines), «main de Nostradamus»…
A présent, à 50 ans tout rond, c’est elle qui passe sur le devant de la scène : le musée de Préhistoire d’Ile-de-France, à Nemours, consacre son exposition annuelle à son travail de reconstruction d’un fossile datant du néolithique, l’homme de Cerny, vieux de plus de six mille ans (1). Mais elle rêve déjà d’un tout autre spectacle : réunir sa grande famille d’hominidés dans une installation, en liberté parmi les hommes.
(1) «L’identité retrouvée, les reconstructions anatomiques d’Elizabeth Daynès», jusqu’au 23 septembre 2012, musée de Préhistoire d’Ile-de-France. Et aussi un livre aux éditions IAC. Rens. : www.musee-prehistoire-idf.fr
Source : Libération du 28/12/2011
mercredi 18 janvier 2012
Une reconstitution hyperréaliste d’un Néandertalien
En Belgique, un musée spécialement consacré à l’Homme de Spy, une population néandertalienne, vient de prendre livraison du fleuron de ses collections : une reconstitution de ce ‘personnage’ préhistorique, saisissante de vie, exposée depuis le 7 janvier 2012.Ouvert en décembre 2011 à Onoz (Belgique), l'Espace de l'Homme de Spy, situé à proximité de la grotte où furent mis au jour, en 1886, les ossements fossiles d’hommes de Néandertal vieux de 36.000 ans, est un musée entièrement consacré à cette découverte. Il accueille désormais une reconstitution grandeur nature et hyperréaliste de cet ‘ancêtre’ collectivement appelé "l'Homme de Spy".
Malicieusement baptisée "Spyrou", l’œuvre a été réalisée à partir d’un des squelettes – presque entier – trouvés dans la grotte. D’abord reconstitué virtuellement en 3D puis construit – os par os – en résine de polyamide, ce squelette a servi de base aux artistes néerlandais Adrie et Alfons Kennis.
Mais le processus complexe a nécessité plusieurs étapes. Tout d'abord, la reconstitution des muscles en pâte à modeler puis l’enveloppement de l’ensemble dans un moule souple et enfin la fabrication d’un moule rigide à partir de ce dernier. Une fois ces étapes complétées, les créateurs ont peaufiné leur œuvre à grand renfort de silicone, la dotant aussi des mille détails qui lui donnent un aspect vivant.
Source : MaxiSciences du 15/01/2012
mardi 17 janvier 2012
Des grands singes présents en Europe il y a 7 millions d’années
Publiant leur étude dans le Journal of Human Evolution, des chercheurs européens ont découvert en Bulgarie une prémolaire de grand singe datant d’une époque où on les croyait déjà disparus d’Europe depuis 2 millions d’années. De quoi relancer le débat sur l’origine uniquement africaine de la grande famille des Hominidés…
Une équipe de chercheurs allemands, bulgares et français, dirigée par Madelaine Böhme, du Centre d’étude de l'évolution humaine de l'Université de Tübingen (Allemagne), a mis au jour près de Chirpan, en Bulgarie, une prémolaire de grand singe vieille de 7 millions d'années. Soit plus de 2 millions d’années après la date supposée de leur disparition en Europe à cause de changements climatiques.
L’étude de l’usure et l’analyse chimique (isotopique) de l’émail de cette dent montrent que les grands singes sont loin d’avoir totalement disparu il y a 9 millions d’années faute de trouver leur nourriture dans une Europe devenue plus sèche. En vérité, ils auraient survécu en consommant grain, herbe, noix et autres aliments issus de la savane : le nouveau couvert végétal de leur habitat. Une hypothèse d'ailleurs confirmée par les restes fossiles d'éléphants, de girafes et d’antilopes trouvés également sur les lieux.
La découverte ravive ainsi l’attention des spécialistes de l’origine des Hominidés (hommes, grands singes, et leurs ancêtres) sur l’Eurasie, comme alternative au berceau africain exclusif, actuellement encore largement admis.
Source : MaxiSciences du 13/01/2012
Une équipe de chercheurs allemands, bulgares et français, dirigée par Madelaine Böhme, du Centre d’étude de l'évolution humaine de l'Université de Tübingen (Allemagne), a mis au jour près de Chirpan, en Bulgarie, une prémolaire de grand singe vieille de 7 millions d'années. Soit plus de 2 millions d’années après la date supposée de leur disparition en Europe à cause de changements climatiques.
L’étude de l’usure et l’analyse chimique (isotopique) de l’émail de cette dent montrent que les grands singes sont loin d’avoir totalement disparu il y a 9 millions d’années faute de trouver leur nourriture dans une Europe devenue plus sèche. En vérité, ils auraient survécu en consommant grain, herbe, noix et autres aliments issus de la savane : le nouveau couvert végétal de leur habitat. Une hypothèse d'ailleurs confirmée par les restes fossiles d'éléphants, de girafes et d’antilopes trouvés également sur les lieux.
La découverte ravive ainsi l’attention des spécialistes de l’origine des Hominidés (hommes, grands singes, et leurs ancêtres) sur l’Eurasie, comme alternative au berceau africain exclusif, actuellement encore largement admis.
Source : MaxiSciences du 13/01/2012
mercredi 11 janvier 2012
Allemagne : 27 visages des ancêtres de l'homme exposés à Dresde
A l’occasion d’une exposition à Dresde, en Allemagne, des chercheurs ont reconstitué en trois dimensions 27 visages de membres évolutifs de la famille des hominidés ayant vécu jusqu’à sept millions d’années auparavant.
Devant les squelettes d’hommes de la préhistoire, il est légitime de se demander à quoi pouvaient bien ressembler ces ancêtres. Pour répondre à cette question, une exposition à Dresde, en Allemagne, rassemble 27 représentations de visages des premiers hominidés qui vivaient alors en Afrique il y a jusqu’à sept millions d’années.
Les modèles ont été réalisés à partir de crânes retrouvés par les archéologues et à l’aide de techniques empruntées à la médecine légale. Les chercheurs ont utilisé des outils de reconstitutions assistés par ordinateurs, ordinairement employés par la police pour recomposer le corps d’une victime.
"En utilisant les méthodes des légistes, les différents hominidés ont été recréés non pas comme des idéaux caractéristiques, mais comme des individus", explique un porte-parole de l’exposition dans un communiqué. Cité par le Daily Mail, il poursuit : "Chacun raconte sa propre histoire: où il vivait, ce qu'il mangeait, sa cause probable de décès et bien plus encore".
Sourc : MaxiSciences du 09/12/2012
Devant les squelettes d’hommes de la préhistoire, il est légitime de se demander à quoi pouvaient bien ressembler ces ancêtres. Pour répondre à cette question, une exposition à Dresde, en Allemagne, rassemble 27 représentations de visages des premiers hominidés qui vivaient alors en Afrique il y a jusqu’à sept millions d’années.
Les modèles ont été réalisés à partir de crânes retrouvés par les archéologues et à l’aide de techniques empruntées à la médecine légale. Les chercheurs ont utilisé des outils de reconstitutions assistés par ordinateurs, ordinairement employés par la police pour recomposer le corps d’une victime.
"En utilisant les méthodes des légistes, les différents hominidés ont été recréés non pas comme des idéaux caractéristiques, mais comme des individus", explique un porte-parole de l’exposition dans un communiqué. Cité par le Daily Mail, il poursuit : "Chacun raconte sa propre histoire: où il vivait, ce qu'il mangeait, sa cause probable de décès et bien plus encore".
Sourc : MaxiSciences du 09/12/2012
mardi 10 janvier 2012
La médecine légale donne un visage aux ancêtres de l’Homme
Grâce à des techniques empruntées à la médecine légale, des chercheurs sont parvenus à reconstituer en trois dimensions 27 visages de membres évolutifs de la famille des hominidés ayant vécu jusqu’à sept millions d’années auparavant. Les modèles sont actuellement exposés à Dresde, en Allemagne.
Sahelanthropus tchadensis a vécu il y a sept millions d'années. Il s'agit d'une espèce éteinte de primate qui, selon certains scientifiques, serait également un hominidé bipède
Homo rudolfensis a vécu il y a près de deux millions d'années. Les restes de cette espèce d'hominidé bipède ont été retrouvés au Kenya
Paranthropus boisei a vécu des années il y a près de 2 millions années. Cette espèce présentait un crâne très spécialisé doté d’une puissante mâchoire composée de plus grandes dents à l’émail plus épais que tous les hominidés connus jusqu’à présent.
Australopithecus africanus a vécu il y a près de 2 millions d'années. Il présente un cerveau plus développé que ses prédécesseurs
Un crâne d'Australopithecus africanus trouvé en Afrique du Sud a été utilisé pour reconstruire ce visage d'un ancêtre qui vivait il y a près de deux millions d'années, connu sous le nom de transvaalensis Plesianthropus (homme près du Transvaal).
Homo erectus a vécu il y a environ un million d'années. Selon une théorie, l'espèce originaire d'Afrique aurait migré vers l'Inde, la Chine et de Java. Une autre affirme qu'ils auraient évolué en Asie puis migré en Afrique
Homo ergaster a vécu il y a 1,5 millions années. Très semblable à Home erectus, il est originaire d'Afrique
Homo neanderthalensis a vécu il y a environ 60.000 ans. Probablement le plus proche de nos ancêtres. Il a évolué en Europe et en Asie
Source : MaxiSciences du 09/01/2012
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Sahelanthropus tchadensis a vécu il y a sept millions d'années. Il s'agit d'une espèce éteinte de primate qui, selon certains scientifiques, serait également un hominidé bipède
Homo rudolfensis a vécu il y a près de deux millions d'années. Les restes de cette espèce d'hominidé bipède ont été retrouvés au Kenya
Paranthropus boisei a vécu des années il y a près de 2 millions années. Cette espèce présentait un crâne très spécialisé doté d’une puissante mâchoire composée de plus grandes dents à l’émail plus épais que tous les hominidés connus jusqu’à présent.
Australopithecus africanus a vécu il y a près de 2 millions d'années. Il présente un cerveau plus développé que ses prédécesseurs
Un crâne d'Australopithecus africanus trouvé en Afrique du Sud a été utilisé pour reconstruire ce visage d'un ancêtre qui vivait il y a près de deux millions d'années, connu sous le nom de transvaalensis Plesianthropus (homme près du Transvaal).
Homo erectus a vécu il y a environ un million d'années. Selon une théorie, l'espèce originaire d'Afrique aurait migré vers l'Inde, la Chine et de Java. Une autre affirme qu'ils auraient évolué en Asie puis migré en Afrique
Homo ergaster a vécu il y a 1,5 millions années. Très semblable à Home erectus, il est originaire d'Afrique
Homo neanderthalensis a vécu il y a environ 60.000 ans. Probablement le plus proche de nos ancêtres. Il a évolué en Europe et en Asie
Source : MaxiSciences du 09/01/2012
lundi 9 janvier 2012
Hommes et grands singes, un cerveau pas si différent
Les Hommes actuels, les grands singes africains et les hominidés fossiles présentent tous une asymétrie cérébrale, caractère anatomique relié aux fonctions cognitives supérieures.
Le cerveau des humains présente des asymétries qui seraient, selon les scientifiques, liées aux fonctions cérébrales supérieures : langage, cognition et latéralisation manuelle. Mais l’espèce humaine ne serait pas la seules à posséder de telles caractéristiques cérébrales révèle une étude publiée dans PLoS One.
Des chercheurs du CNRS et du Muséum d’Histoire Naturelle ont étudié les cerveaux des grands singes et de plusieurs espèces apparentées au genre humain fossiles (des Australopithèques aux Néandertaliens). Ils ont utilisé des modèles « virtuels » en trois dimensions du crâne et de la cavité endocrânienne, réalisés grâce aux progrès de l’imagerie médicale. Le résultat des analyses montre que le cerveau de tous les grands singes et les cousins disparus de l’humanité présentent des asymétries de forme.
Ces résultats ont d’importantes implications sur la compréhension des capacités fonctionnelles des hommes préhistoriques et des autres espèces du genre Homo. Les paléontologues supposaient que certaines formes d’asymétrie occipitale et frontale était associées au langage. Mais, il est maintenant démontré que les grands singes ont aussi ce type d’asymétrie, bien qu’ayant des modalités de préférence manuelle différentes et ne disposant pas du langage articulé des Hommes.
Ces dernières années, l’étude des crânes fossiles a pris une dimension particulière au sein de la paléontologie. L’imagerie 3D a fait entrer la fait rentrer dans une nouvelle ère lui autorisant des inquisitions toujours plus poussées. Les chercheurs peuvent aujourd’hui scanner des crânes et reconstituer à partir des clichés la forme des cerveaux. Antoine Balzeau, un des auteurs de cette publication, avait déjà réalisé pour Sciences et Avenir des reconstituions du cerveau de l’Homme de Cro-Magnon. Elles montraient que le cerveau des hommes actuels est plus petit que celui de certains hommes préhistoriques.
Source : Sciences et Avenir du 05/01/2012
Le cerveau des humains présente des asymétries qui seraient, selon les scientifiques, liées aux fonctions cérébrales supérieures : langage, cognition et latéralisation manuelle. Mais l’espèce humaine ne serait pas la seules à posséder de telles caractéristiques cérébrales révèle une étude publiée dans PLoS One.
Des chercheurs du CNRS et du Muséum d’Histoire Naturelle ont étudié les cerveaux des grands singes et de plusieurs espèces apparentées au genre humain fossiles (des Australopithèques aux Néandertaliens). Ils ont utilisé des modèles « virtuels » en trois dimensions du crâne et de la cavité endocrânienne, réalisés grâce aux progrès de l’imagerie médicale. Le résultat des analyses montre que le cerveau de tous les grands singes et les cousins disparus de l’humanité présentent des asymétries de forme.
Ces résultats ont d’importantes implications sur la compréhension des capacités fonctionnelles des hommes préhistoriques et des autres espèces du genre Homo. Les paléontologues supposaient que certaines formes d’asymétrie occipitale et frontale était associées au langage. Mais, il est maintenant démontré que les grands singes ont aussi ce type d’asymétrie, bien qu’ayant des modalités de préférence manuelle différentes et ne disposant pas du langage articulé des Hommes.
Ces dernières années, l’étude des crânes fossiles a pris une dimension particulière au sein de la paléontologie. L’imagerie 3D a fait entrer la fait rentrer dans une nouvelle ère lui autorisant des inquisitions toujours plus poussées. Les chercheurs peuvent aujourd’hui scanner des crânes et reconstituer à partir des clichés la forme des cerveaux. Antoine Balzeau, un des auteurs de cette publication, avait déjà réalisé pour Sciences et Avenir des reconstituions du cerveau de l’Homme de Cro-Magnon. Elles montraient que le cerveau des hommes actuels est plus petit que celui de certains hommes préhistoriques.
Source : Sciences et Avenir du 05/01/2012
vendredi 6 janvier 2012
Le dernier ancêtre de l'homme moderne
Homo heidelbergensis, un humain archaïque, semble être le dernier ancêtre commun à l'homme moderne et à l'homme de Neandertal. Son origine commence à s'éclaircir.
Depuis 1987, on sait que l'homme moderne, Homo sapiens, est une espèce née en Afrique, il y a environ 200 000 ans. Cette conclusion, issue des études sur la diversité génétique de notre espèce, a fait pencher la balance en faveur de la théorie d'une origine africaine de l'homme moderne, au détriment de la théorie alternative, le modèle de l'évolution multirégionale. Ce dernier supposait une évolution continue au sein d'une même espèce humaine ayant une vaste aire de répartition, et prévoyait une origine bien plus ancienne de la variabilité humaine actuelle.
En 1997, une autre donnée génétique surprenante a éclairé un événement plus ancien de l'évolution de l'homme moderne : le moment où notre lignée évolutive s'est séparée de celle des Néandertaliens. On est parvenu pour la première fois à extraire des fragments d'adn des os fossilisés du squelette néandertalien le plus emblématique : celui qui avait été découvert en 1856 dans la vallée allemande du Neander (Neandertal, en allemand) et qui avait donné son nom à ce cousin de l'homme moderne. Ici aussi l'ancienneté de la séparation des deux lignées suggérée par les données génétiques était en accord avec ce que proposaient une partie des paléoanthropologues : 500 000 ans environ.
Pour comprendre les origines de notre espèce, nous devons tenir compte non seulement de son apparition il y a quelque 200 000 ans, mais aussi d'événements antérieurs, qui se perdent...
Source : Pour la science de janvier 2012
Depuis 1987, on sait que l'homme moderne, Homo sapiens, est une espèce née en Afrique, il y a environ 200 000 ans. Cette conclusion, issue des études sur la diversité génétique de notre espèce, a fait pencher la balance en faveur de la théorie d'une origine africaine de l'homme moderne, au détriment de la théorie alternative, le modèle de l'évolution multirégionale. Ce dernier supposait une évolution continue au sein d'une même espèce humaine ayant une vaste aire de répartition, et prévoyait une origine bien plus ancienne de la variabilité humaine actuelle.
En 1997, une autre donnée génétique surprenante a éclairé un événement plus ancien de l'évolution de l'homme moderne : le moment où notre lignée évolutive s'est séparée de celle des Néandertaliens. On est parvenu pour la première fois à extraire des fragments d'adn des os fossilisés du squelette néandertalien le plus emblématique : celui qui avait été découvert en 1856 dans la vallée allemande du Neander (Neandertal, en allemand) et qui avait donné son nom à ce cousin de l'homme moderne. Ici aussi l'ancienneté de la séparation des deux lignées suggérée par les données génétiques était en accord avec ce que proposaient une partie des paléoanthropologues : 500 000 ans environ.
Pour comprendre les origines de notre espèce, nous devons tenir compte non seulement de son apparition il y a quelque 200 000 ans, mais aussi d'événements antérieurs, qui se perdent...
Source : Pour la science de janvier 2012
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