vendredi 29 juin 2012

Neandertal, à l'origine des plus anciennes peintures rupestres ?

40 800 ans ! C'est l'âge record d'un ornement de la grotte d'El Castillo, en Espagne, selon une étude publiée dans "Science". L'homme de Néandertal pourrait-il en être l'auteur ? Sciences et Avenir a interrogé Jacques Jaubert, l'un des meilleurs spécialistes du sujet.

Les peintures rupestres de 11 grottes situées en Espagne ont été datées avec une nouvelle méthode par une équipe de chercheurs britanniques et espagnols. D'après leurs résultats, il s'agit des plus anciennes peintures pariétales en Europe. L'analyse du préhistorien Jacques JAUBERT, du laboratoire PACEA , responsable de l’étude de la grotte de Cussac, en Dordogne (lire Sciences et Avenir, avril 2012, n°792).

Les mains de la grotte d'El Castillo, en Espagne. L'une serait datée d'au moins 37.300 ans



Selon une étude publiée le 15 juin dans la revue « Science », des peintures préhistoriques ont été datées de 40.800 ans sur le site d’El Castillo, en Espagne. Ce sont donc les plus anciennes à ce jour: qu’est-ce que cela implique ?

Jacques JAUBERT : Effectivement à El Castillo une tache rouge a été datée à 40.800 ans, une main négative à 37.300 ans, et une figure claviforme à 35.600 ans, dans la grotte d'Altamira. Ces résultats sont importants et inédits, mais ils ne modifient pas nos connaissances dans la succession chronologique de l’art pariétal européen. Jusque-là, nous n’avions pas de dates pour les phases antérieures aux œuvres de la Grotte Chauvet, lesquelles remontent à l’Aurignacien récent (37.000 ans). Avec la datation la plus ancienne d’El Castillo, nous sommes dans la fourchette basse, appelée Aurignacien ancien, de cette période. Cette culture est attribuée à l’Homme moderne, Homo sapiens sapiens. Si ces âges espagnols sont aussi spectaculaires, c’est en fait parce qu’ils correspondent à ce que l’on appelle des "datations calibrées" auxquelles nous ne sommes pas encore habitués. A titre d’exemple, avec ces nouvelles calibrations, les peintures de la Grotte Chauvet sont passées de 31.000 ans il y a 10 ans, à 37.000 ans aujourd’hui.

Pourtant une hypothèse révolutionnaire a été avancée par Alistair Pike, un des signataires de l’article. Selon lui, ces réalisations pourraient être l’œuvre de Néandertaliens. Ce qui serait une première …

Il faut être très prudent avec ce genre d’attribution ! Là, nous touchons à des questions complexes qu’il est difficile de résumer. Il faut juste rappeler que la situation de la péninsule ibérique est particulière, puisque des populations néandertaliennes s’y trouvaient encore il y a environ 30.000 ans du côté de Gibraltar, tout à fait au sud. Mais, au nord de la péninsule, à El Castillo, la situation est radicalement différente : nous n’avons trouvé jusqu’à présent aucun fossile néandertalien pour cette période là. Pour moi, ces réalisations sont donc plutôt l’œuvre d’Homo sapiens sapiens.

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Laboratoire Pacea, UMR 5199, Université Bordeaux 1 – Talence : De la Préhistoire à l’Actuel : Culture, Environnement et Anthropologie .

Datations calibrées : dans les années 50 quand a été mise au point la méthode du carbone 14, on ignorait que la courbe de diminution du C14 n’est pas régulière. Phénomène dont on s’est aperçu dans les années 90. On a alors étalonné cette méthode avec d’autres, et notamment celle de l’Uranium-Thorium. On s'est alors rendu compte que plus les âges étaient anciens, plus la marge d’erreur est importante. Depuis une quinzaine d’années, des laboratoires de datations s'efforcent de mettre au point des courbes de calibration pour obtenir les âges « vrais ».

Source : Sciences et Avenir du 15/06/2012

jeudi 28 juin 2012

Des artistes peintres en Espagne il y a 40.000 ans

Des peintures rupestres dans des grottes du nord de l'Espagne ont été datées à près de 40.000 ans, annonçait un article paru dans Science vendredi.

Les auteurs s'interrogent: Néandertaliens ou Hommes modernes (Cro-Magnon) ? Mais l'article pose en réalité d'autres problèmes, car outre son interprétation, c'est la datation elle-même qui est encore fragile.

L'équipe d'archéologues hispano-britannique qui a signé l'article ( ici en pdf) s'est intéressée aux peintures (mains, signes, animaux) des grottes des régions des Asturies et de Cantabrique, entre Oviedo et Santander. Sept grottes dont la cèlèbre caverne d'Altamira.

Surtout, ils ont utilisé une technique différente de celle habituellement utilisée pour dater les peintures. D'ordinaire pour la période entre 40.000 et la fin de la préhistoire, les scientifiques utilisent le carbone radioactif des traces de torches et surtout du charbon utilisé directement dans les peintures. Mais cette technique trouve ses limites vers 50.000 ans. Aussi, c'est une technique de datation qui a été utilisée, examinant les proportions des isotopes de l'uranium et du thorium dans les couches de calcite qui recouvrent certaines peintures. Une technique qui ne peut dire qu'une seule chose: la peinture ainsi recouverte est nécessairement plus vieille que la calcite.

Or, les études conduites ont révélé quelques dates - une demi-douzaine - vraiment anciennes, puisqu'elles remontent à il y a 35.000 à 41.000 ans, pour ces couches de calcites et donc les peintures situées en dessous. La plupart étant plutôt des signes, même si l'une recouvre en partie un bison jaune. Or, 40.000 ans, c'est pas loin de l'arrivée de l'Homme moderne (anatomiquement tout à fait semblable à nous, parfois encore appelé Cro-Magnon en raison de la popularité de ce nom). Et pas loin non plus de l'extinction des Néandertaliens, dont les dernières traces en Europe se situent justement... en Espagne centrale et du sud.

Cette position charnière alimente bien sûr toutes les discussions possibles sur l'identité des artistes, puisque les ossements fossiles qui permettraient de les trancher sont rarissimes... et que les industries lithiques posent finalement le même type de problème. Or, l'article publié dans Science n'hésite pas à tirer des conclusions audacieuses de quelques dates. Il évoque la possibilité que des Néandertaliens soient les auteurs de ces peintures. Il avance l'idée d'une "évolution" artistique, qui aurait débuté avec des signes simples avant de déboucher sur des figurations complexes.

Ces conclusions semblent manifestement trop rapides aux yeux de certains spécialistes. Non pour l'ancienneté des peintures elle-mêmes. Depuis que celles de la grotte Chauvet ont été datées avec précision et redondance aux environs de 37.000 ans pour les plus anciennes, il n'y a plus de doutes sur l'arrivée avant cette date de populations d'hommes modernes à l'ouest de l'Europe, hommes modernes dont des os fossiles en Roumanie attestent de la présence il y a 39.000 ans. Personne n'imagine, en effet, que des Néandertaliens aient pu réaliser ces fresques espagnoles. En outre, des dents datées en Italie et en Grande-Bretagne plaident en faveur d'une arrivée encore plus anciennes, vers 45.000 ans. Du coup, avoir des Hommes modernes à quelques centaines de kilomètres de là, dans une région accessible soit par l'est, soit par l'ouest des Pyrennées n'a rien de vraiment surprenant.

Le problème soulevé par les critiques démarre par les datations. Non qu'elles soient mal réalisées a priori, mais leur très faible nombre devrait inciter à la prudence me confie Nicolas Teysssandier (Cnrs Toulouse). Helene Valladas, une spécialiste des datations (Cnrs, Gif sur Yvette) au carbone-14, souligne dans l'article de commentaire publié par Science, qu'il y a le risque de surestimer l'âge lorsque la calcite est lavée par de l'eau. Il est d'ailleurs assez étrange de voir l'un des auteurs de l'article persister à mettre en cause les datations de la Grotte Chauvet, qu'il juge trop ancienne, alors qu'il s'agit de la grotte ornée la mieux datée.

Du coup, il semble vraiment prématuré de se lancer dans une théorie sur l'évolution de l'art, et encore plus d'évoquer la possibilité d'artistes Néandertaliens pour ces figures, comme indiqué en conclusion de l'article scientifique. Si l'idée d'une évolution technique et artistique des Hommes modernes après leur arrivée en Europe est plutôt supportée par Nicolas Teyssandier, qui récuse l'idée d'une "révolution Cro-magnon", le préhistorien souligne qu'il faut l'appuyer sur un large ensemble d'informations si l'on veut lui donner un statut solide... et non sur des éléments trop peu nombreux. Et qu''il est carrément douteux de s'engager sur des bases aussi fragile sur l'hypothèse "néandertal" comme auteur des fresques rupestres.

Source : Sciences2 du 18/06/2012

jeudi 21 juin 2012

Des peintures rupestres pourraient être l’œuvre de Néandertal

Des peintures rupestres, soumises à une nouvelle série de datation extrêmement fiables s’avèrent beaucoup plus vieilles qu’estimées jusqu’à présent. Pas moins de 40.000 ans nous séparent en réalité de ces allégories. A cette époque, les dessins auraient pu être réalisés pas les néandertaliens, des cousins d’Homo Sapiens, l’Homme moderne.
Pour en arriver à de telles conclusions, des chercheurs de diverses institutions européennes, ont considéré 50 peintures néolithiques situées dans 11 grottes du nord-ouest de l’Espagne. Leur protocole radiométrique a consisté à dater avec l’uranium et le thorium les éléments carbonatés déposés sur la peinture au moment de sa création. Les résultats, parus dans la revue Science, montrent que cette pratique artistique serait née en Europe près de 10.000 plus tôt que ce que les estimations laissaient entendre jusqu’alors.
Une main, ainsi que des disques réalisés à l’intérieur de la grotte d'El Castillo remontent à près de 40.800 ans. A cette époque coexistaient encore Néandertal et Homo sapiens, ce qui complique la reconnaissance de l’auteur de ces peintures. "Les résultats de cette datation montrent que les hommes modernes seraient arrivés d'Afrique avec la peinture murale comme faisant déjà partie de leurs activités culturelles ou alors, qu'ils auraient développé cette forme d'expression artistique très rapidement, peut-être en réponse à la concurrence avec les Néandertaliens", indique dans des propos recueillis par l’Internaute, Alistair Pike, chercheur à l'Université de Bristol au Royaume-Uni et principal auteur de l’étude.
Les Néandertaliens ont été dépeints au fil des découvertes comme des hommes des cavernes rustres et bestiaux. Toutefois, des preuves archéologiques récentes suggèrent que les mœurs de ces derniers étaient extrêmement proches à celles des Homo sapiens. Ils enterraient leurs morts, fabriquaient des outils complexes et utilisaient des pigments décoratifs. Les dessins les plus anciens, découverts en Afrique remontent jusqu’à 100.000 ans.
"Nous savons que le symbolisme dans l'expression culturelle existait parmi les Néandertaliens" explique Joao Zilhao, chercheur à l’Université de Barcelone. Il conclut : "De ce fait, ça ne serait pas très surprenant que les Néandertaliens aient été en fait les premiers artistes des cavernes en Europe".

Source : Libe.ma du 20/06/2012

mardi 19 juin 2012

Des peintures rupestres pourraient être l’œuvre de Néandertal

Des peintures rupestres retrouvées au nord de l’Espagne auraient été réalisées il y a plus de 40.000 ans, selon de nouvelles datations. Une période qui correspond à la cohabitation entre Néandertal et Homo Sapiens.

Ces œuvres sont les plus anciennes d’Europe. Des peintures rupestres, soumises à une nouvelle série de datation extrêmement fiables s’avèrent beaucoup plus vieilles qu’estimées jusqu’à présent. Pas moins de 40.000 ans nous séparent en réalité de ces allégories. A cette époque, les dessins auraient pu être réalisés pas les néandertaliens, des cousins d’Homo Sapiens, l’Homme moderne.

Pour en arriver à de telles conclusions, des chercheurs de diverses institutions européennes, ont considéré 50 peintures néolithiques situées dans 11 grottes du nord-ouest de l’Espagne. Leur protocole radiométrique a consisté à dater avec l’uranium et le thorium les éléments carbonatés déposés sur la peinture au moment de sa création. Les résultats, parus aujourd’hui dans la revue Science, montrent que cette pratique artistique serait née en Europe près de 10.000 plus tôt que ce que les estimations laissaient entendre jusqu’alors.

L’œuvre de Néandertal ou d'Homo sapiens ?

Une main, ainsi que des disques réalisés à l’intérieur de la grotte d'El Castillo remonte à près de 40.800 ans. A cette époque coexistaient encore Néandertal et Homo sapiens, ce qui complique la reconnaissance de l’auteur de ces peintures. "Les résultats de cette datation montrent que les hommes modernes seraient arrivés d'Afrique avec la peinture murale comme faisant déjà partie de leurs activités culturelles ou alors, qu'ils auraient développé cette forme d'expression artistique très rapidement, peut-être en réponse à la concurrence avec les Néandertaliens", indique dans des propos recueillis par l’Internaute, Alistair Pike, chercheur à l'Université de Bristol au Royaume Uni et principal auteur de l’étude.

Les Néandertaliens ont été dépeints au fil des découvertes comme des hommes des cavernes rustres et bestiaux. Toutefois, des preuves archéologiques récentes suggèrent que les mœurs de ces derniers étaient extrêmement proches à celles des Homo sapiens. Ils enterraient leurs morts, fabriquaient des outils complexes et utilisaient des pigments décoratifs. Les dessins les plus anciens, découvert en Afrique remontent jusqu’à 100.000 ans.

"Nous savons que le symbolisme dans l'expression culturelle existait parmi les Néandertaliens" explique Joao Zilhao, chercheur à l’Université de Barcelone. Il conclut : "De ce fait ça ne serait pas très surprenant que les Néandertaliens aient été en fait les premiers artistes des cavernes en Europe".

Source : MaxiSciences du 15/06/2012

lundi 18 juin 2012

Neandertal a peint les premières grottes ornées

Une nouvelle méthode de datation fait reculer l'âge des peintures rupestres.


Une étude publiée ce vendredi 15 juin dans la revue Science rebat totalement les cartes dans la datation des peintures et des gravures rupestres d'Europe de l'Ouest (Espagne, France, Italie). Une équipe de chercheurs anglais et espagnols a appliqué une nouvelle technique de datation basée sur l'uranium, plus performante que celle au carbone 14, la seule utilisée jusqu'alors avec les analyses stylistiques.

L'uranium permet en effet de dater des éléments minéraux tandis que le carbone 14 se limite à la matière orga­nique, comme le charbon de bois que les «artistes» de la grotte Chauvet utilisaient comme crayon. Mais tous les dessinateurs de la préhistoire ne l'utilisaient pas. Du coup, grâce à cette nouvelle technique, toutes les œuvres pariétales peuvent maintenant être datées: mains négatives réalisées au pochoir avec de la poudre d'ocre, signes peints avec des pigments minéraux, gravures, etc. Des projets sont déjà en cours en France.

Le plus ancien des signes peints remonte à au moins 40 800 ans

L'équipe pilotée par Alistair Pike, de l'université de Bristol (Royaume-Uni), a fait un travail considérable. Ils ont prélevé un minuscule échantillon de calcite déposée à la surface de cinquante peintures ou gravures. Et ce, dans onze grottes ornées des Asturies et de Cantabrie, dans le nord de l'Espagne.

Les résultats ont étonné les chercheurs eux-mêmes. D'une part, ils ont découvert que les œuvres à l'intérieur d'une même grotte ont été réalisées à des époques très différentes, de - 41 000 à - 22 000 ans. D'autre part, le plus ancien des signes peints (un cercle rouge dans la grotte d'El Castillo) remonte à au moins 40 800 ans. Or, à cette époque, les hommes modernes (Homo sapiens) n'étaient pas encore arrivés sur le continent européen. «C'est antérieur de 4 000 ans à l'œuvre la plus ancienne connue à ce jour en Europe», souligne João Zilhão, de l'université de Barcelone, l'un des auteurs.

Ces nouvelles datations soulèvent beaucoup d'interrogations. Les plus anciens motifs, comme les mains négatives présentes sur les parois de très nombreuses grottes ornées d'Europe de l'Ouest, pourraient donc avoir été produits par des hommes de Neandertal. «On ne peut pas l'affirmer, mais il y a une forte probabilité», affirme João Zilhão.

Un milligramme suffit

Il pourrait donc y avoir une sorte de continuité entre les signes abstraits dessinés par les néandertaliens et les magnifiques animaux peints par les premiers Homo sapiens, et non pas une rupture radicale comme on le dit souvent. «Même si les résultats présentés dans Science ne constituent pas une preuve que les peintures ont été produites par les néandertaliens, ils montrent que cette hypothèse est tout à fait plausible, sou­ligne Francisco d'Errico, de l'université de Bordeaux. Ils démontrent que l'art pariétal très élaboré de la grotte Chauvet a un long passé derrière lui. En Europe, l'art antérieur à celui de la grotte Chauvet pourrait être fait de représentations abstraites comme on l'observe en Afrique.»

Présent dans l'eau des cavités, l'uranium se dégrade avec le temps, et c'est son taux de dégradation en thorium qui sert d'horloge. On n'obtient pas ainsi de date exacte mais une date minimum, car on ne sait pas à partir de quand le cal­caire a commencé à se déposer sur le dessin une fois l'œuvre terminée. Théoriquement donc, le motif est forcément plus ancien que le dépôt de calcite.

La datation à l'uranium a été mise au point dans les années 1970. Depuis, elle a été continuellement perfectionnée. Au début, il fallait 100 grammes de matière pour avoir des résultats, aujourd'hui un seul milligramme suffit. Devenue non destructive, la technique peut être désormais employée pour dater l'art pariétal: seule une fine pellicule de calcite est prélevée avec un scalpel. L'uranium présent dans l'échantillon est compté au laboratoire, atome par atome, au moyen d'un spectromètre de masse. Autre avantage: du fait des contaminations, la datation au C14 donnait parfois des résultats différents pour la même peinture. Ce risque est écarté avec l'uranium. L'histoire de l'art pariétal va être révisée dans les prochaines années.

vendredi 15 juin 2012

L'art à portée de l'homme de Neandertal ?

Des paléontologues ont révisé la datation de certaines peintures rupestres découvertes en Espagne. Certaines auraient plus de 40 000 ans !

C'est une découverte susceptible d'ébranler les fondements de la paléontologie, car elle bouleverse la chronologie de l'humanité. Une équipe de chercheurs britanniques et espagnols remet en cause la datation de certaines peintures rupestres ornant les parois de onze grottes de la péninsule ibérique, parmi lesquelles celles d'Altamira, d'El Castillo et de Tito Bustillo en Espagne. Celles-ci pourraient être bien plus anciennes qu'on ne le pensait jusqu'ici et détrôneraient ainsi la grotte française de Chauvet, dont les ornements remonteraient à 32 000 ans.


Grotte d'El Castillo en Espagne : l'une des empreintes de main figurant sur cette paroi aurait plus de 37 300 ans

Selon les résultats de ces recherches que publie le magazineScience, certains symboles peints dans la grotte d'Altamira auraient au minimum 35 600 ans. Quand une empreinte de main et un large disque rouge figurant dans la grotte d'El Castillo seraient respectivement datés au minimum de 37 300 et... 40 800 ans !

Pas si brute épaisse ?

Pour en arriver là, les paléontologues ont utilisé une autre méthode que la datation par le carbone 14, dont on sait qu'elle devient assez largement imprécise au-delà de 35 000 ans, et même carrément inadaptée après 50 000 ans. Ils ont choisi une autre technique, la datation à l'uranium-thorium, afin d'analyser la pellicule de calcite recouvrant les peintures. À défaut de dater précisément les oeuvres, ce procédé permet de dire qu'elles n'ont pas pu être réalisées après une certaine date, celle à laquelle le dépôt s'est formé.

Mais alors en quoi tout cela constitue-t-il une révolution ? Tout simplement parce que les scientifiques étaient jusqu'ici persuadés que l'art et le sens de l'esthétique étaient l'apanage de l'homme moderne, alias Homo sapiens, et que ce raffinement n'était absolument pas à la portée de ce rustre d'homme de Neandertal. Sauf qu'il n'existe aucune preuve de l'existence des Homo sapiens dans la péninsule ibérique avant 35 000 ans... Les auteurs des dessins dont la datation vient d'être révisée pourraient donc bien être, en fin de compte, des néandertaliens ! Mais alors que resterait-il donc à ce pauvre Homo sapiens ?

jeudi 14 juin 2012

Néandertal et son ancêtre étaient d’une taille moyenne

Publiant leurs travaux dans le Journal of Human Evolution, des chercheurs espagnols ont évalué, à partir de fossiles bien conservés vieux d’environ 500.000 ans trouvés en Espagne, et grâce à des techniques affinées, la taille d’ancêtres de l’homme de Néandertal, Homo heidelbergensis.

L’étude a porté sur 27 os longs fossilisés vieux d’environ 500.000 ans, complets et en bon état, trouvés à Atapuerca (Burgos, Espagne) et ayant appartenu à des Homo heidelbergensis – les ancêtres des Néandertaliens. De précieux fossiles qui ont permis aux anthropologues de l'Université de Burgos d’estimer la taille de ces homininés anciens et de la comparer à celle d’autres espèces humaines.

"Les estimations, jusqu’à ce jour, étaient basées sur des échantillons d'os incomplets, dont la longueur elle-même a dû être estimée aussi. Nous avions également l'habitude d'utiliser des formules basées sur une seule population de référence, et nous n'étions même pas sûrs de leur pertinence", souligne José Miguel Díaz Carretero, auteur principal de l'étude. Les chercheurs ont donc recommencé les estimations en utilisant cette fois-ci des références multiraciales et multi-genres – ces fossiles permettant de déterminer le sexe de chaque individu – susceptibles de rendre les estimations plus proches de la réalité. Une technique qui leur a permis d'évaluer la taille de ces H. heidelbergensis d’Espagne, mais aussi, de comparer avec celle de Néandertaliens et d’H. sapiens anciens.

Les résultats suggèrent au final que la taille de ces hommes et de ces femmes d’Atapuerca était, en moyenne, légèrement plus élevée que celle de leurs descendants néandertaliens, les deux espèces étant de taille moyenne, similaire à celle des habitants actuels d’Europe centrale et méditerranéenne. Néanmoins, quelques individus de plus grande taille ont été recensés. Plus globalement, l’étude montre que la taille des diverses espèces humaines semble avoir été moyenne entre -2 millions d'années et -200 000 ans, date d’apparition d’Homo sapiens, un peu plus grand au départ.

Source : MaxiSciences du 07/06/2012

mercredi 13 juin 2012

Afrique du Sud : décès du grand paléoanthropologue Phillip Tobias


Le paléoanthropologue sud-africain Phillip Tobias, une sommité mondiale dans les domaines de l'évolution humaine et de l'étude des fossiles d'hominidés, est décédé jeudi à l'âge de 86 ans à Johannesburg, a annoncé l'université de Witwatersrand à Johannesburg.

Avec lui, c'est aussi une grande voix de la lutte contre le racisme qui s'est éteinte et la fondation Nelson Mandela lui a rendu hommage, en saluant l'"icône de la science et le militant anti-apartheid" qu'était Phillip Tobias.

Officiellement retraité depuis 1993, ce dernier restait très actif et un pilier de la science en Afrique du Sud.

Il restera comme l'un des pionniers des travaux sur les sites d'hominidés fossiles, notamment les grottes de Sterkfontein (nord-ouest de Johannesburg), fouillées à partir des années 1960 et classées depuis au patrimoine de l'Unesco.

C'est dans ce lieu qu'a été mis au jour "Little foot", le plus ancien et le plus complet des squelettes d'australopithèque jamais découvert et dont la datation le situe à plus de 4 millions d'années.

Pressenti pour le prix Nobel.

Né à Durban le 14 octobre 1925, Tobias aura gardé jusqu'à la fin de sa vie une curiosité intacte et sans limite pour la génétique, l'histoire et la théologie.

Pressenti trois fois pour le prix Nobel, Philipp Tobias était aussi un homme de convictions, apprécié pour ses qualités humaines et ses talents de pédagogue.

En 2002, il anima une série télévisée à succès en six épisodes consacrée à la génétique, l'anatomie et la primatologie.

Ces dernières années, il ne s'économisait pas pour protester contre la xénophobie, le déni initial des autorités post-apartheid face à l'épidémie de sida ou, plus récemment contre le visa sud-africain refusé au dalaï-lama, a rappelé l'université de Witwatersrand.

Etudiant en médecine à partir de 1944, Phillip Tobias s'orienta vers la génétique, enseigna la physiologie et l'histoire avant de se spécialiser en anthropologie, génétique humaine, anatomie dentaire et évolution.

En collaboration avec Louis Leakey (1903-1972) et John Napier, il a identifié, décrit et nommé l'espèce Homo habilis, annoncée dans la revue Nature en 1964, et ancêtre de l'Homo sapiens sapiens que nous sommes.

Des recherches menées à l'époque sans le moindre soutien ni encouragement des autorités de l'apartheid. Des années "très difficiles", confiait-il dans une interview à l'AFP en 2006, ironisant à demi-mots sur ceux qui choisirent de combattre le régime nationaliste et raciste depuis l'étranger, lui-même préférant lutter de l'intérieur.

C'est lui qui pilota au nom de l'Afrique du Sud les négociations avec la France pour rapatrier en 2002 les restes de la "Vénus hottentote", une femme bushmen née Saartje Bartmann, amenée au début du XIXe siècle en Europe comme objet de curiosité ethnologique et sexuelle, et disséquée après sa mort par le Musée de l'Homme à Paris.

Source ; Le Nouvel Observateur du 07/06/2012

vendredi 8 juin 2012

Les ancêtres de la lignée humaine étaient-ils Asiatiques ?

Les primates anthropoïdes ont entre autres donné naissance à la lignée humaine en Afrique. Pourtant, leurs plus vieux fossiles ont été trouvés en Asie. Une nouvelle étude, basée sur l’analyse de molaires découvertes au Myanmar et en Lybie, démontre maintenant qu’ils ont bien colonisé le continent africain durant l’Éocène moyen. Les ancêtres de nos ancêtres étaient donc Asiatiques.

L’origine de la lignée humaine, vieille de 7 millions d’années, est africaine. Plus aucun doute ne subsiste à ce sujet. Une étude génétique, il est vrai un peu critiquée, aurait même réussi à localiser avec précision le berceau de l’humanité en Afrique du Sud, bien que les principales découvertes de fossiles aient été faites au Tchad (Toumaï) ou en Éthiopie (Orrorin).

Mais au fait, nos ancêtres n’avaient-ils pas eux-mêmes des… ancêtres ? Les primates anthropoïdes, groupe ayant donné naissance aux Hommes, aux grands singes ou encore aux babouins, venaient-ils également d’Afrique ? La réponse était affirmative jusqu’au début des années 1990. À cette époque, seule l’Égypte actuelle abritait des fossiles d’anthropoïdes vieux de 30 à 39 millions d’années. Des découvertes faites au Myanmar, en Thaïlande et en Chine ces 20 dernières années, de fossiles de primates âgés de 37 à 45 millions d’années, ont néanmoins très sérieusement bouleversé les connaissances acquises. Et si notre origine était asiatique ? Pour en être certain, il faudrait avoir des preuves justifiant l’existence d’une migration. Or celles-ci faisaient défaut… jusqu’à présent.

Une équipe internationale menée par Jean-Jacques Jaeger, de l’Institut international de paléoprimatologie et de paléontologie humaine (IPHEP), a en effet découvert une nouvelle espèce de primate anthropoïde ayant vécu voici 37 millions d’années dans l’actuel Myanmar. Elle ressemble à s'y méprendre à une espèce… africaine un peu plus évoluée, ce qui ne les empêche pas de rester très proches d’un point de vue phylogénétique. Ces résultats, basés sur l’analyse de dents, tendraient à prouver l’existence d’une migration des premiers primates anthropoïdes entre l’Asie et l’Afrique, alors séparées par l’océan Téthys. Ils sont publiés dans la revue Pnas.


Les molaires d'Afrasia djijidae, le primate anthropoïde qui a probablement migré de l'Asie à l'Afrique durant l'Éocène moyen, ont été observées au microscope électronique à balayage. Les dents a et b proviennent d’une mâchoire supérieure (en vue occlusale, à savoir du haut). Les deux autres molaires trouvées au Myanmar appartiennent à la mâchoire inférieure. Les photographie c à e présentent la première d’entre elles respectivement en vue linguale, occlusale et buccale oblique. La dernière dent est montrée en vue occlusale (f) et buccale oblique (g).

Deux espèces sœurs sur deux continents

Quatre simples molaires trouvées entre 2005 et 2011 ont suffi pour décrire cette nouvelle espèce, baptisée Afrasia djijidae, appartenant au groupe des éosimiiformes. Elles ont été extraites de sédiments de la formation de Pondaung grâce à un tamisage à l’eau, à proximité du village de Nyaungpinle (Myanmar). Les dents ne mesurent que quelques millimètres de haut. Elles devaient appartenir à des animaux pesant une centaine de grammes, soit à peu près la masse des tarsiers actuels.

Des similitudes remarquables de formes, de morphologies et de tailles ont été trouvées entre ces molaires et celles d’Afrotarsius libycus, un autre primate anthropoïde originaire lui… d’Afrique. Comme son nom l’indique, cette espèce a été découverte en Libye sur le site de Dur At‐Talah. Elle aurait vécu voici 38 à 39 millions d’années, soit à la même époque qu’Afrasia djijidae. Pour les chercheurs français, il s'agirait du plus vieil anthropoïde trouvé en Afrique.

Lors d’un examen plus approfondi, l’une des dents d’Afrasia, une molaire inférieure, a néanmoins présenté une protubérance un peu plus grande que celle observée chez Afrotarsius, prouvant ainsi que le primate asiatique serait un peu moins évolué. Cet élément, en plus de l’âge des autres anthropoïdes trouvés en Asie, tendrait à prouver qu’il y a bien eu une colonisation de l’Afrique à partir du Téthys durant l’Éocène moyen, il y a entre 37 et 48 millions d’années, car seul un événement de ce genre permettrait d’expliquer le présence de deux groupes frères sur deux continents différents.

Par ailleurs, Afrasia djijidae ne serait pas le seul organisme à avoir effectué ce voyage puisque d’autres espèces de primates anthropoïdes non apparentées à Afrotarsius libycus ont également été trouvées en Libye. Ainsi, nos ancêtres seraient originaires d’Afrique et leurs ancêtres d’Asie.


La ressemblance entre les molaires d'Afrasia djijidae (à droite) et Afrotarsius libycus (à gauche) est frappante. Les lieux de vie de ces deux espèces ont été replacés sur la carte de la Terre présentant la position des continents durant l'Éocène moyen, il y a 35 millions d'années. L'Afrique et l'Asie étaient séparées par l'océan Téthys.

Source : Futura Sciences du 06/06/2012

jeudi 7 juin 2012

Nos origines asiatiques se confirment


Des restes fossilisés d'un nouveau primate anthropoïde âgé de 37 millions d'années ont été découverts au Myanmar par une équipe internationale dirigée par des paléontologues français.

Les fossiles, quatre dents isolées, ont été mis au jour à la suite du tamisage à l'eau de plusieurs tonnes de sédiments au cours de plusieurs missions de terrain.

Le Pr Jean‐Jacques Jaeger, de l'Université de Poitiers, et ses collègues ont baptisé le primateAfrasia djijidae.

Il appartient à un groupe nommé « les éosimiiformes » et aurait vécu à l'Éocène moyen supérieur.

La taille des dents laisse à penser que la masse corporelle de l'animal était d'environ 100 grammes, ce qui correspond à peu près à la masse d'un tarsier actuel.

Cette nouvelle découverte a des implications majeures pour la compréhension du peuplement de l'Afrique par les plus anciens primates anthropoïdes, un groupe de primates qui comprend l'espèce humaine (Homo sapiens), les grands singes, les babouins et les singes d'Amérique du Sud.

Les paléontologues ont longtemps pensé que les primates anthropoïdes étaient originaires d'Afrique, où ils auraient évolué pour se diversifier.

De récentes découvertes faites en Chine, au Myanmar et en Thaïlande mettent cependant en évidence leur présence en Asie du Sud depuis au moins 45 millions d'années. Leur origine serait donc asiatique.

En 2010, la même équipe de l'Université de Poitiers a décrit la plus ancienne communauté de primates anthropoïdes d'Afrique, datant de 38 à 39 millions d'années.

Ces données récentes ont soulevé la question du centre d'origine des anthropoïdes et de leur date éventuelle d'immigration en Afrique.

Cette découverte fait l'objet d'un article publié en ligne dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Source : Radio Canada du 06/06/2012

mardi 5 juin 2012

Une nouvelle grotte ornée découverte en Ardèche

Après la grotte Chauvet, le gouffre d’Émilie, voisin de quelques kilomètres, près de Vallon-Pont-d’Arc. Les spéléologues ardéchois ont en effet découvert une nouvelle grotte ornée, au hasard des explorations de cette cavité qu’ils avaient décidé de topographier.

Et c’est en visitant l’un des couloirs qu’ils sont tombés sur une peinture : une tête de cheval de Przewalski, dessinée sur une paroi, à trois mètres au-dessus du sol. Ce dessin n’était visible que depuis un angle bien particulier. Les spéléologues étaient passés plusieurs fois à proximité sans jamais le remarquer. Ils l’ont finalement vu en pointant involontairement dessus le faisceau d’une de leurs lampes de casque.

Un coup de chance. "Quand nous nous déplaçons dans une grotte que nous ne connaissons pas, nous regardons habituellement à terre, pour éviter de casser des cristaux", explique Guillaume Vermorel, le spéléologue preneur de vues, président du Comité départemental de spéléologie de l’Ardèche.

Le gouffre d’Émilie n’était pas connu. Pour y accéder, les spéléologues ont emprunté un puits long de 30 mètres, un boyau tellement étroit qu’ils ont dû l’élargir par endroits pour pouvoir passer. Leurs efforts n’ont pas été vains. Outre la tête de cheval, l’équipe a également découvert des traces de main "positives", c’est-à-dire trempées dans un colorant, l’ocre rouge, avant d’être plaquées sur la paroi. Elle a aussi repéré des séries de ponctuations, en fait des ensembles de gros points similaires à ceux que renferment d’autres cavités de l’Ardèche, notamment la grotte de la Tête de lion, sur la commune de Bidon.

"Des peintures vieilles de 17 000 à 20 000 ans"

Voilà donc pour les premières découvertes, faites en septembre 2011. Si les spéléologues en ont aussitôt prévenu les services de l’État, ils n’ont rendu publique leur trouvaille que le week-end dernier.

Sans être de l’importance de la grotte Chauvet, cette découverte n’en demeure pas moins majeure. Voilà pourquoi cette grotte a été placée sous la protection des services d’archéologie. Sa localisation précise n’est pas précisée. Une porte blindée a été installée.

Reste que cette cavité n’est accessible que par le puits qu’ont emprunté les spéléologues. Car l’entrée par laquelle passèrent les hommes qui l’ont décorée est depuis des siècles obstruée par un éboulement de roches.

Aux archéologues maintenant d’entrer en scène. Ils feront l’inventaire, les datations et tenteront d’en savoir davantage sur les occupants de la grotte. Combien étaient-ils ? Combien de temps ont-ils habité les lieux ? En tout cas, leur occupation "date probablement du Magdalénien, il y a 17 000 à 20 000 ans", pense Guillaume Vermorel.
PRÉHISTOIRE : L’aire des cavernes

L’Ardèche, un paradis pour les spéléologues. Le département compte à l’heure actuelle pas moins de 2 100 cavités cartographiées et chaque année la liste s’allonge. Parmi elles, une dizaine sont protégées (avec pose d’une porte blindée) en raison de leur ornementation ou simplement de l’intérêt scientifique qu’elles présentent. La plus célèbre est une splendeur : la grotte Chauvet, dont l’inscription au patrimoine mondiale de l’humanité a été demandée à l’Unesco.

Source : Midi Libre du 30/05/2012

lundi 4 juin 2012

L’Homme moderne européen jouait de la flûte voici 42.500 ans

L’histoire de l’arrivée des premiers Hommes modernes en Europe se précise un peu plus. La vallée du Danube aurait servi de couloir de migration et favorisé le développement de la culture aurignacienne dans des grottes du Jura Souabe (sud-ouest de l’Allemagne). Les plus vieux instruments de musique européens, âgés d'environ 42.500 ans, viendraient d’ailleurs d'y être trouvés.

Plusieurs cultures se sont succédé dans l’histoire d’Homo sapiens. L’Aurignacien, entre -40.000 et -25.000 ans, serait la première à avoir laissé des traces durables d’art figuratif sous la forme de statuettes d’ivoire, de divers éléments de parure ou de blocs de pierre sculptés ou peints. Des œuvres d’art et des objets vieux de 40.000 à 38.000 ans, datant donc du Paléolithique supérieur, ont déjà été trouvés en Allemagne, en Bulgarie, en Espagne, en France ou en Italie. Les plus vieilles peintures du monde produites par des Aurignaciens auraient été peintes il y a 29.000 à 32.000 ans dans la grotte Chauvet en Ardèche. Elles représentent très bien ce dont étaient capables les Hommes modernes de l’époque.

En Allemagne, la grotte de Geiβenklösterle dans le Jura Souabe a abrité certains des premiers Homo sapiens lors de leur arrivée en Europe, comme en témoignent de nombreux objets (pierres taillées, bijoux, statuettes, etc.) trouvés à l’intérieur. Pour en être sûrs, des chercheurs de l’université d’Oxford (Royaume-Uni) et de Tübingen (Allemagne) viennent de redater la couche archéologique qui les abritait en appliquant une technique de datation à haute résolution sur des ossements. Les nouvelles données, présentées par Tom Higham dans le Journal of Human Evolution, bouleversent quelque peu les connaissances déjà acquises sur cette culture.

Les os d’animaux analysés, dont certains portent des traces de coupures et de morsures humaines, seraient en effet âgés de 42.000 à 43.000 ans, repoussant ainsi de 2.000 à 3.000 ans l’âge de l’apparition de la culture aurignacienne. Ce résultat a plusieurs implications majeures.


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De très nombreux bijoux, tels que ces pendentifs, de la culture aurignacienne ont été trouvés dans la grotte de Geiβenklösterl, à proximité des instruments de musique et des ossements ayant fait l'objet d'une datation à haute résolution. © University of Tubingen

Une flûte européenne vieille d’environ 42.500 ans

La méthode de datation repose sur l’analyse de radiocarbone mais, contrairement à d’autres, elle aurait été améliorée grâce à une meilleure élimination des fibres de collagène, sources de biais dans les mesures, présentes au sein des échantillons. Les datations sont donc plus précises qu’auparavant. Les os se trouvaient dans la même couche archéologique que des instruments de musique. Ainsi, les flûtes faites d’ivoire de mammouth ou d’os d’oiseau (naturellement creux) de la grotte de Geiβenklösterle correspondraient toujours aux plus vieux instruments trouvés en Europe, mais seraient plus vieilles de 7.500 ans par rapport aux résultats obtenus avec les première datations.

Certains aspects de l’expansion des Hommes en Europe peuvent également être revus puisque l’une des premières traces de la culture aurignacienne se trouve dorénavant en Allemagne. Une hypothèse avancée par des chercheurs de l’université de Tübingen voici plusieurs années se voit confirmée. Le Danube aurait pu servir de couloir de migration lors de l’arrivée des premiers Hommes modernes voici 45.000 ans. Leur migration aurait, contrairement aux anciennes théories, précédé le refroidissement climatique européen H4, ou « événement Heinrich 4 », survenu il y a 40.000 ans. L’ancienne théorie plaçait l’arrivée des premiers Hommes modernes dans la partie supérieure de la vallée du Danube tout de suite après la disparition du H4.

Homo sapiens serait entré en Allemagne pendant une période de redoux du dernier âge glaciaire, dans des conditions climatiques particulièrement défavorables à la présence de l’Homme de Néandertal. Malgré tous les efforts entrepris, aucune trace de cohabitation ou d’hybridation entre ces deux espèces n’a été trouvée dans cette région allemande jusqu’à présent, mais les efforts de recherche se poursuivent.

La vallée du Danube et les grottes du Jura Souabe sont dorénavant vues comme un nouveau berceau possible de la culture aurignacienne. Il est cependant nécessaire de préciser que des traces de dispersion d’Hommes modernes préaurignaciens vieilles de 45.000 ans ont été découvertes dernièrement en Italie.


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Cette flûte à deux trous en ivoire de mammouth aurait entre 42.000 et 43.000 ans. Elle a été découverte dans la grotte de Geißenklösterle dans le Jura Suabe, dans le sud-ouest de l'Allemagne. © University of Tübingen


Source : Futura Sciences du 29/05/2012