mardi 16 avril 2024

Quelles sont les zones d’ombres de la préhistoire ? Ce documentaire passionnant nous plonge dans l’intimité de nos ancêtres préhistoriques

Les derniers secrets de l’humanité, un nouveau documentaire réalisé par Yves Coppens et Jacques Malaterre sera disponible le 16 avril sur France TV et France 2. L’occasion de se plonger aux confins de paysages grandioses de la Chine tropicale et surtout de questionner notre humanité et son devenir en profondeur.

EN BREF

  • "Les derniers secrets de l’humanité", narré par Nicolas Duvauchelle et réalisé par Yves Coppens et Jacques Malaterre, explore l'humanité proche de la nature.
  • Le documentaire se distingue par son mélange de fiction et de faits scientifiques, couvrant plus d'un million d'années et présentant six espèces humaines cohabitant en Mongolie et en Chine.
  • Il pose des questions fondamentales sur ce qui définit l'humanité, tout en mettant en lumière les aspects méconnus de la préhistoire.

Le documentaire présente nos ancêtres qui, aux prémices d’une humanité “moderne” (découverte du feu – élaboration d’œuvres d’art – développement de sentiments tels que l’amour et la tristesse) restent proches de la nature.

Les derniers secrets de l’humanité , un documentaire pas comme les autres

Souvent représentée par une période de temps donnée chronologique et continue, de nombreux documentaires retracent l’évolution de l’espèce humaine en commençant par ses ancêtres : Le Néandertal en nous (2011), Sapiens, et la musique fut (2020), Nos ancêtres les hominidés (2020)…

Et pourtant, cette fresque racontée par Nicolas Duvauchelle et écrite et réalisée par Yves Coppens (célèbre paléontologue) et Jacques Malaterre (auteur, réalisateur) détonne, de par son style, sa thématique et son appoint scientifique.

Une piqûre de rappel du lien entre l’Homme et la nature

Les derniers secrets de l’humanité est un documentaire, où la fiction se mêle insidieusement aux recherches tendues vers une exactitude historique. Il se déroule sur une chronologie de plus d’un million d’années, dévoilant au spectateur les paysages grandioses de la Mongolie et des confins de la Chine tropicale, à l’époque où l’Homme n’avait pas encore marqué la Terre de sa main et de son béton. Au sein de cette même zone géographique, six espèces humaines différentes ont cohabitées.

Sorte de deuxième opus d’un premier documentaire intitulé L’Odyssée de l’espèce (2003), Yves Coppens et Jacques Malaterre mettent au jour les toutes nouvelles découvertes scientifiques sur l’origine de l’Homme.

Les derniers secrets de l’humanité présente aussi une humanité proche et respectueuse de la Terre. Le film témoigne donc d’une certaine harmonie, malgré les aléas et les contingences de la nature.

Se comparer à nos ancêtres pour prendre du recul sur notre humanité

Au sein de ce documentaire, une question essentielle est posée : qu’est-ce qui fait de nous des Hommes ? Est-ce le feu ? L’art ? Les sentiments ? Quel a été le point de bascule déterminant, celui qui a définitivement achevé de nous faire pencher du côté de l’être humain ?

Et aujourd’hui, à l’heure où les journées ont un rythme de plus en plus effréné et où les regards et les consciences se focalisent sur les écrans, sommes-nous en train de nous éloigner d’une humanité certes “primitive”, mais plus intense ?

La préhistoire, une période historique encore très méconnue

Les derniers secrets de l’humanité, un titre qui interpelle et ne manque pas de mettre la lumière sur les zones d’ombre persistantes, relatives à la période de la préhistoire ( 2,8 M.A – vers 3300 av. J. -C).

Point initial de l’évolution culturelle et artistique de l’humanité (entre autres), la préhistoire reste relativement énigmatique pour les chercheurs et les historiens, en raison du peu de vestiges archéologiques et de traces humaines contemporaines à cette période.

Un documentaire à visionner sur France 2 ce soir, mardi 16 avril à 21h10, ou dès maintenant sur la plateforme france.tv.

Source : Science et Vie du 16/04/2024

mercredi 10 avril 2024

Bourgogne : des fouilles près de Dijon révèlent des sépultures protohistoriques

Les fouilles archéologiques menées par l'Inrap à Marliens, non loin de Dijon, révèlent une richesse historique surprenante. Ces recherches préliminaires à l’extension d'une gravière dans la vallée de l'Ouche ont dévoilé des occupations humaines s'étendant du Néolithique au premier âge du Fer.

EN BREF

  • Les fouilles archéologiques à Marliens, Bourgogne, révèlent un secteur funéraire protohistorique, s'étendant du Néolithique au premier âge du Fer.
  • La découverte majeure est un monument protohistorique unique, composé de trois enclos imbriqués, datant probablement du Néolithique.
  • Ces recherches enrichissent la compréhension des pratiques rituelles et sociales des premières sociétés agricoles en Europe.

Au cœur de la Bourgogne, les fouilles archéologiques de Marliens, situées à une vingtaine de kilomètres à l’est de Dijon, révèlent un secteur funéraire protohistorique d’une importance notable. Initiées en amont de l’extension d’une gravière, ces explorations offrent un aperçu unique des traditions et des modes de vie des sociétés anciennes, depuis le Néolithique jusqu’au premier âge du Fer.

Leur richesse et diversité témoignent de la complexité des rites funéraires et enrichissent la connaissance des interactions et de l’évolution des sociétés préhistoriques dans l’est de la France. Un communiqué de l’Inrap détaille ces découvertes.

Découverte d’un monument unique à Marliens

La découverte principale de ces fouilles est un monument protohistorique constitué de trois enclos imbriqués. Il date probablement du Néolithique. Au cœur de ce site se dresse un enclos circulaire de 11 mètres de diamètre, encadré par deux autres structures. L’une se trouve au nord, prenant la forme d’un fer à cheval de 8 mètres de long. L’autre est orientée au sud, un enclos ouvert adossé à l’enclos central.

Cette configuration unique suggère une fonction bien plus complexe qu’une simple démarcation de territoire. Elle révèle l’existence probable d’une hiérarchie et de rituels spécifiques au sein de la communauté qui a érigé ces structures. La découverte de silex taillés au sein de ces enclos renforce l’hypothèse d’une datation au Néolithique.

Cette période se trouve marquée par d’importantes évolutions sociales et technologiques. Régis Labeaune, responsable scientifique de l’Inrap, souligne l’unicité de ce monument : « Ce type de structure est inédit dans notre région et, potentiellement, un indice clé pour comprendre les pratiques rituelles et sociales de nos ancêtres néolithiques ».

Les analyses en cours, notamment radiocarbones, promettent de fournir des éclaircissements quant à la chronologie précise de cet ensemble monumental. Les artefacts en silex, typiques de l’outillage néolithique, laissent entrevoir un panorama de la vie quotidienne et des pratiques rituelles.

« L’ensemble de ces structures et des objets retrouvés nous offre une fenêtre unique sur la complexité des sociétés néolithiques, dont les pratiques rituelles et sociales étaient sans doute bien plus élaborées qu’on ne l’imaginait auparavant », ajoute Labeaune. Ces recherches contribuent alors à enrichir significativement la compréhension des premières sociétés agricoles en Europe et de leur rapport au sacré et à l’espace qui les entoure.

Témoins de l’âge du Bronze à Marliens

La période campaniforme, caractérisée par l’apparition de la céramique en forme de cloche et un ensemble de transformations sociales et technologiques significatives, est particulièrement mise en valeur à Marliens grâce à la découverte d’artefacts remarquables sous la terre végétale.

Parmi eux, des pointes de flèches et un poignard en alliage cuivreux se distinguent. Ils suggèrent l’usage de techniques métallurgiques avancées et l’existence de pratiques funéraires élaborées. Ces objets, probablement déposés dans des tombes, indiquent un rituel d’inhumation qui accorde une importance particulière à l’équipement du défunt.

De fait, ils reflètent son statut ou son rôle au sein de la communauté. Pauline Rostollan, archéologue à l’Inrap, précise : « La découverte de ces objets campaniformes témoigne d’une période de transition où les innovations techniques et les échanges à longue distance commençaient à remodeler les sociétés européennes ».

En outre, la mise au jour de plusieurs puits datant du début de l’âge du Bronze apporte des informations précieuses sur l’environnement et le paysage de l’époque. Les chercheurs ont procédé à des analyses palynologiques et carpologiques sur les couches argileuses au fond de ces structures.

Elles révèlent ainsi la composition de la végétation et des pratiques agricoles. Elles offrent des indices sur le mode de vie et l’adaptation des communautés à leur milieu. François Gauchet, spécialiste en paléo-environnement à l’Inrap, commente : « Ces puits nous renseignent sur la biodiversité passée et sur les interactions entre les groupes humains et leur environnement. Ils illustrent comment les sociétés de l’âge du Bronze ont commencé à exploiter de manière plus intensive les ressources naturelles ». Ainsi, au-delà des pratiques funéraires, ces découvertes éclairent les aspects économiques et environnementaux de la vie des anciennes populations de Marliens.

Les nécropoles révélées

Entre 1500 et 1300 avant notre ère, la plaine de Marliens devient le théâtre d’un rituel funéraire d’envergure. Il est marqué par l’établissement d’une nécropole de cinq enclos circulaires. Cette organisation spatiale, précise et délibérée, reflète une société structurée, attentive aux rites d’inhumation.

Malgré la dégradation des restes organiques due à l’acidité du sol, la présence de ces enclos confirme l’affectation de cet espace à des pratiques sépulcrales. La découverte d’objets significatifs en alliage cuivreux et en ambre dans les fossés de ces structures funéraires ne fait qu’appuyer cette interprétation. Ces artefacts semblent utilisés comme offrandes ou marqueurs sociaux. Ils éclairent sur le niveau de sophistication et la richesse des rituels de passage dans cette communauté.

Non loin, une exploration plus approfondie révèle une seconde nécropole datant du premier âge du Fer. Ici, le rite d’incinération prédomine. Les archéologues ont mis au jour des urnes funéraires renfermant les cendres des défunts. De parures comme des bracelets et anneaux en alliage cuivreux et en fer les accompagnent souvent.

Cette découverte souligne une évolution dans les pratiques funéraires. Elle affirme une continuité dans l’expression du respect et de la mémoire des ancêtres.

Les objets retrouvés avec les urnes pourraient symboliser le statut ou les croyances des individus. Ils témoignent d’une cohésion culturelle et d’une continuité des traditions au sein de cette société en mutation.

Ces séquences d’inhumation et d’incinération à Marliens offrent un aperçu tangible des croyances et des valeurs d’une époque révolue. Elles mettent en lumière l’importance des rites funéraires comme élément central de la vie sociale et spirituelle des communautés préhistoriques.

Source : Science et Vie du 10/04/2024