jeudi 30 septembre 2010

Neandertal : ni inférieur, ni supérieur à Homo sapiens, juste "différent"

Longtemps présenté comme une brute épaisse proche du singe, le Neandertal mis en scène par Jacques Malaterre est bien un humain. Il est simplement "différent" de son cousin Homo sapiens, selon Marylène Patou-Mathis, spécialiste en paléontologie humaine.

Comme le film le montre avec Ao, Neandertal, malgré ses différences morphologiques, avait comme notre ancêtre Homo sapiens des outils et des armes, des rites funéraires, toute une culture... bien loin de l'image traditionnelle de l'homme des cavernes.

"La vision de Neandertal est issue des fondements du 19e siècle avec le racialisme et le classement des espèces, qui place bien sûr l'homme blanc tout en haut de l'échelle", explique à l'AFP Mme Patou-Mathis, conseillère scientifique sur le tournage d'Ao.

"Les néandertaliens ont été mis dans les brutes épaisses, mais il ne faut pas oublier qu'avant eux, les aborigènes d'Australie et les bushmen du Kalahari étaient classés les plus près des singes et comparés à l'orang-outang ou au gorille !", ajoute l'archéologue du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris.

"Neandertal, c'est un autre homme, dans un autre contexte, avec une autre histoire à la fois biologique et psychologique. Neandertal est différent, point. Ni inférieur, ni supérieur", dit-elle.

Depuis peu, on sait même grâce à des analyses ADN que 1% à 4% du génome de l'homme euro-asiatique moderne provient des néandertaliens.

Neandertal parlait-il comme dans le film ? Impossible d'en être sûr, mais il en était physiologiquement capable et il disposait d'un gène associé au langage. Surtout, il a des comportements très complexes, notamment des stratégies de chasse, qui plaident en faveur de l'existence d'un langage. "J'aimerais bien qu'on m'explique comment dire +avant-hier+ ou +à 50km de distance+ par des gestes", lance Mme Patou-Mathis.

Néandertaliens et Homo sapiens se sont-ils réellement rencontrés ? Les archéologues ont établi qu'il y a environ 45.000 ans, des Homo sapiens sont arrivés du Proche-Orient en Europe, s'installant dans les Balkans sur le territoire des Néandertaliens. Les dernières traces que nous avons de Neandertal remontent à 28 ou 30.000 ans.

"Ca veut dire que pendant 10 à 15.000 ans, ils étaient tous les deux dans la même zone et qu'il y a une forte probabilité qu'ils s'y soient rencontrés", explique Mme Patou-Mathis.

"Ao" est bien une fiction mais, à l'exception de la rencontre avec un ours polaire plutôt qu'avec un ours des cavernes, elle "reste dans le domaine du plausible", insiste la spécialiste.

Source : Sciences et Avenir du 27/09/2010

mercredi 29 septembre 2010

L'homme de Néandertal, brute ou génie ?

Il y a plus de 30 millénaires, l'Italie du Sud était déjà entre les mains de la mafia... néandertalienne. Mais il n'y a pas à en rougir, car cet Italo-Néandertalien avait développé une culture sophistiquée qui valait bien celle de Cro-Magnon, la culture uluzzienne. L'anthropologue Julien Riel-Salvatore (université du Colorado) s'apprête à publier le résultat de sept ans de travaux sur le sujet. Des recherches qui viendront s'ajouter à toutes celles qui réhabilitent Néandertal depuis une dizaine d'années. Non, ce n'était pas le cousin arriéré de Cro-Magnon tout juste bon à chasser du gros gibier. Ce premier Européen pouvait parler, enterrait ses morts, portait des bijoux, taillait des outils sophistiqués. Les mâles savaient même baratiner les Cro-Magnonnes pour les séduire. En tout cas, contrairement à ce que les anthropologues ont longtemps cru, Néandertal ne s'est pas contenté de singer Cro-Magnon. Lui aussi a su inventer une culture, en toute indépendance. La meilleure des preuves, c'est que la culture uluzzienne s'est développée dans cette Italie du Sud bien avant l'apparition de la culture aurignacienne de Cro-Magnon, dont on disait que Néandertal s'était inspiré.

Pour se faire une idée du bonhomme, on peut aller voir AO, le dernier Neandertal, film de Jacques Malaterre qui sort le 29 septembre sur nos écrans. La reconstitution est plutôt exacte, même si on peut reprocher au cinéaste d'avoir poussé le bouchon un peu loin en faisant de son héros un bon sauvage écolo et pacifique. Les fouilles ne montrent rien de tel, et peut-être même le contraire. Le cinéaste s'est également mélangé les pinceaux quand il décrit une histoire d'amour entre les deux espèces. Il y a bien eu des pacs entre les deux homo, avec des enfants à la clef, mais c'était bien plus tôt et au Proche-Orient !

1 % à 4 % d'ADN néandertalien dans notre génome

À cet endroit, il est bon de rappeler quelques notions de l'arbre généalogique des humains : il y a de cela 700.000 ans, l'Afrique était peuplée d'homo ergaster. Quelques tribus qui avaient la bougeotte ont commencé à s'éloigner du gros de la troupe, pour s'en séparer définitivement voilà 400.000 à 500.000 ans. Ces émigrants ont pris la route de l'Europe, où ils se sont installés définitivement. Là, ils ont évolué doucement pour se transformer en hommes de Néandertal vers - 250.000. Pendant ce temps, les ergaster restés au pays ont, eux aussi, évolué pour donner naissance, vers - 200.000, aux hommes modernes (homo sapiens). Ces derniers, d'abord casaniers, sont restés 130.000 ans en Afrique avant de sentir à leur tour des fourmis dans les jambes. Vers - 70.000, ils ont profité d'une embellie climatique pour débarquer au Proche-Orient où ils sont tombés sur des Néandertal qui avaient fui l'Europe recouverte de glace. C'est lors de cette rencontre que des couples mixtes et prolifiques se seraient créés. Le résultat de ces unions, ce sont les 1 % à 4 % d'ADN néandertalien retrouvés par le biologiste Svante Pääbo (institut Max Planck) dans notre génome. En revanche, s'il y a eu d'autres couples mixtes, plus tard, en Europe, quand Sapiens y a débarqué (vers - 42.000), aucune trace n'a pu encore en être relevée dans nos chromosomes. L'arrivée des sapiens sonne le glas des Néandertal, qui disparaissent définitivement 10 à 15.000 ans plus tard, sans que les paléoanthropologues puissent établir formellement un lien entre les deux évènements. Sur cette mystérieusement disparition, il existe autant d'hypothèses que de paléontologues !

Question très bête (j'en suis le spécialiste) : si Néandertal n'avait pas disparu voilà 30.000 ans et partageait aujourd'hui notre monde, quelle place occuperait-il ? Nous servirait-il d'animal de compagnie, ou, à l'inverse, serions-nous ses esclaves ? Comme nous l'a confié avec humour le chercheur Richard Klein de Stanford : "Faudrait-il l'enfermer dans un zoo ou l'autoriser à fréquenter la Sorbonne ?" Toutes les dernières découvertes, dont celle de la culture uluzzienne, permettent de dresser de lui un portrait très (trop ?) humain. Il vivait au sein de petites bandes familiales, utilisait le feu et fabriquait de nombreuses armes (massues, épieux, couteaux, armes de jet) sophistiquées et très efficaces. Ne l'oublions pas, son régime carnivore (identique à celui du loup) en fit le plus grand chasseur de tous les temps. L'archéologue Pascal Depaepe est persuadé, comme beaucoup d'autres, qu'il utilisait nécessairement un langage afin de pouvoir transmettre les consignes de chasse. En 2007, Svante Pääbo découvrait dans son génome une version du gène FOXP2, qui joue un rôle capital dans l'aptitude au langage chez l'homme moderne. Si Néandertal n'a pas éprouvé le besoin de peindre la paroi de ses grottes, il se fabriquait des bijoux avec des coquillages et des ossements. On a même retrouvé des pigments dont il devait probablement se recouvrir, ce qui fait dire à João Zilhão, de l'université de Bristol : "Les Néandertal possédaient la même capacité symbolique, imaginative et créative que l'homme moderne." À ce jour, on a retrouvé une vingtaine de sépultures néandertaliennes renfermant des outils et avec certains traitements des squelettes faisant clairement penser à une cérémonie.

Gare à ne pas crier trop vite au génie

Tout ceci fait conclure à Riel-Salvatore : "Le fait que Néandertal pouvait s'adapter à de nouvelles conditions et innover montre qu'il était similaire à nous culturellement. Biologiquement, il est également notre semblable. Je pense qu'il était une sous-espèce humaine, et non une espèce différente." Néanmoins, certains chercheurs restent encore dubitatifs sur les capacités intellectuelles et artistiques de Néandertal. Ils préviennent : après l'avoir traité de brute, gare à ce qu'on ne le traite pas un peu trop vite de génie. Ils font remarquer que certains gènes qui jouent un rôle dans le cerveau humain étaient différents chez eux. Difficile donc d'imaginer quelle serait leur place s'ils étaient parmi nous. Mais, à considérer la manière dont nous avons traité les minorités par le passé (Indiens d'Amérique, juifs et aujourd'hui Roms), on ne peut guère se faire d'illusions...

Source : Le Point du 26/09/2010

mardi 28 septembre 2010

Né moche, Neandertal est en plus mort de stress

Le film «AO» (à voir dès mercredi dans les cinémas romands) transforme cette grande brute de Neandertal en gendre idéal. Exagéré?

Parce qu’il était moche, il est devenu le mal-aimé de la préhistoire. Dès la découverte de ses os inhabituels, en 1856, des chercheurs ont imaginé que Neandertal était une brute épaisse, incapable de parler et dénuée de tout sens artistique. «Il a d’abord été considéré comme un être aberrant ou pathologique, rappelle la préhistorienne française Marylène Patou-Mathis. On le représentait velu et voûté, penché en avant, comme une créature plus proche du singe que de l’homme.»

On riait encore de son physique ramassé (1,64 mètre pour 80 kilos), sans comprendre que sa morphologie lui permettait de résister aux températures polaires d’une Europe recouverte de glaciers. On se moquait de son nez épaté, sans voir que la profondeur de ses sinus réchauffait l’air avant qu’il n’atteigne ses poumons. On pensait que ses gros orteils l’apparentaient à un singe, alors qu’ils favorisaient la course de ce formidable chasseur.

On n’imaginait pas non plus que sa posture voûtée était due à une arthrose des vertèbres cervicales, dit la paléontologue Claudine Cohen.

Non content d’être moche, Neandertal avait encore pour défaut d’être «boche», dit, en substance, Pierre Baron dans le numéro que la revue Historia a consacré, en avril dernier, à la créature préhistorique.

lundi 27 septembre 2010

Ötzi a-t-il été enterré ?

Mort il y a plus de 5.000 ans, l'homme retrouvé dans un glacier alpin est l'objet d'une nouvelle hypothèse: il aurait été enterré par les siens dans la montagne.

On croyait avoir découvert une scène de crime et il s’agit peut-être en fait du théâtre d’un ancien cérémonial funéraire. Le cas d’Ötzi, mort il y a 5.000 ans dans les Alpes, continue d’alimenter le débat entre chercheurs. D’après l’archéologue Alessandro Vanzetti, de l’Université de la Sapienza à Rome, Ötzi n’est pas mort là où son corps a été retrouvé en 1991, dans un glacier des Alpes à la frontière austro-italienne. Il y aurait été enterré en grande pompe.

Jusqu’à présent les nombreuses études sur Ötzi se sont focalisées sur son corps, dans un état de conservation exceptionnel. Scanner, analyse ADN, prélèvements intestinaux… la littérature scientifique est riche à son sujet. Ötzi aurait connu une mort violente, il porte les traces de plusieurs coups et surtout d’une pointe de flèche plantée dans l’épaule.

L’équipe de Vanzetti s’est elle intéressée aux objets retrouvés autour de l’homme des glaces -un sac, une hache en cuivre, un arc, etc- afin de constituer une carte précise de leur distribution. D’après ces chercheurs, leur place ne résulte pas d’un éparpillement hasardeux, comme on l’a pensé jusqu’à présent. Les objets auraient été disposés sur une plateforme de pierre autour du corps de l‘homme décédé. Il aurait été transporté là par sa communauté en été, plusieurs semaines après sa mort, expliquent les chercheurs dans Antiquity Journal. A suivre…

Source : Sciences et Avenir du 27/08/2010

mercredi 22 septembre 2010

L'actualité Planète - Information NouvelObs.com

Parmi les sites qui publient régulièrement de l'actualité scientifique, il est celui du Nouvel Obs.
Bien entendu, il y a d'autres liens plus ciblés dans le domaine archéologique qui nous intéresse, néanmoins celui-ci est à consulter de temps en temps.
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/planete/

dimanche 12 septembre 2010

Lascaux, un patrimoine fragilisé

L'invention" de la grotte de Lascaux, mot savant pour la découverte des fresques pariétales de la Vézère, en Dordogne, a-t-elle signé son arrêt de mort ? A l'heure de la visite de Nicolas Sarkozy, dimanche 12 septembre, dans la caverne fermée au public, pour fêter les 70 ans de cette "invention", la question est brûlante. Pendant 17 000 ans, les oeuvres sont demeurées intactes dans leur coffre-fort de calcaire. En moins d'un siècle, par sa seule présence, l'homme moderne risque d'avoir tout gâché.

Voilà dix ans que la grotte souffre, malgré un mieux enregistré depuis le début de l'année. Après l'éradication, en 2004, de champignons blancs, elle est à nouveau contaminée par des champignons noirs menaçant ses peintures. Une floraison qui fait suite à d'importants travaux dans la grotte, mais dont on ne connaît ni la cause exacte ni les remèdes.

Une première crise, sévère, due à une prolifération d'algues vertes, avait conduit, en 1963, André Malraux à sa fermeture au public jusqu'en 1976. Sa santé rétablie, la cavité avait été entrouverte pour cinq visiteurs par jour et soumise à un sévère protocole.

samedi 11 septembre 2010

Deux heures entre Lascaux et Les Eyzies pour Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy sera au 70e anniversaire de la découverte de la grotte. Vingt ans après François Mitterrand.

François Mitterrand était venu en septembre 1990 célébrer le 50e anniversaire

Tout était prêt et quasi officiel depuis des jours. Restait à fixer la date et l'heure. Le président de la République viendra finalement dimanche en Dordogne. Le 12 septembre, soit 70 ans jour pour jour après la découverte de la grotte de Lascaux par quatre adolescents de Montignac. Il sera accompagné de Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture, qui a déjà visité le site en janvier dernier. L'épouse du président, Carla Bruni, n'est en revanche pas annoncée. Un déplacement qui s'annonce sous haute surveillance en cette rentrée troublée. Si le dispositif de sécurité n'est pas dévoilé, il est clair qu'il sera d'envergure.

vendredi 10 septembre 2010

70 ans après avoir découvert Lascaux, ils repartent sur leurs traces

Soixante-dix ans après avoir découvert Lascaux, touristes et Périgourdins sont invités à revivre l'événement aux côtés de deux des quatre inventeurs qui repartiront dimanche du village de Montignac jusqu'à la grotte, comme ils l'avaient fait le 12 septembre 1940.

"L'esprit de cette célébration sera plus festif que commémoratif et nous avons voulu que chacun puisse profiter au maximum de la présence des deux inventeurs", a expliqué Marie-France Gauthier, adjointe au maire de Montignac en charge de la Culture.

Au programme de la journée de dimanche, marquée par la venue du président de la République Nicolas Sarkozy et du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand: une marche d'environ deux kilomètres.

Cette balade commentée partira du village de Montignac où une plaque commémorative sera dévoilée sur chacune des maisons dans lesquelles vivaient à l'époque les quatre jeunes hommes qui s'étaient risqués, le 12 septembre 1940, dans un trou découvert au hasard d'une promenade par Marcel Ravidat.

jeudi 9 septembre 2010

Lascaux fête ses 70 ans... et quelques millénaires

Vieille de 17 000 ans, la "Chapelle Sixtine de la préhistoire" fait l'objet de toutes les attentions.

Jusqu’en septembre 1940, Lascaux n’était qu’un lieu-dit sur les hauteurs de Montignac en Dordogne. Le 12 septembre, cette année là, quatre adolescents découvrent une grotte,. Ils s’appellent Marcel Ravidat, Georges Agniel, Simon Coencas et Jacques Marsal, âgés de 13 à 18 ans.


Ils entreront dans l’histoire comme les inventeurs de la Grotte de Lascaux, ornée de centaines de dessins, qui s’avèreront dater de 17 000 ans. Auprès d’eux, l’abbé Henri Breuil et l’instituteur Léon Laval qui serviront la grotte, inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1979.

Très vite, les visites sont organisées pour faire découvrir au grand public cette grotte ornée de taureaux, de chevaux, de vaches.

Attaquée par la « lèpre verte », la grotte de Lascaux est fermée en 1963 et étroitement surveillée depuis.

Pour témoigner malgré tout de ces richesses, des reconstitutions ont été entreprises, accessibles sur les sites de Lascaux II et du Thot. Plus saisissant encore, la visite virtuelle mise en images sur un site internet : www.lascaux.culture.fr/.

samedi 4 septembre 2010

Découverte en Galilée d'indices d'un festin datant de 12.000 ans

Des indices de la tenue d'un festin datant d'environ 12.000 ans, soit avant le début de l'agriculture, ont été mis au jour dans une grotte servant de lieu de sépulture en Galilée, dans le nord-est d'Israël, révèle une recherche publiée lundi au Etats-Unis.

Jusqu'à présent les chercheurs soupçonnaient l'existence de festins avant la période du néolithique, qui a débuté il y a environ 11.500 ans, mais n'en avaient aucune preuve, relève Natalie Munro de l'Université du Connecticut (nord-est des Etats-Unis), principal auteur de cette étude parue dans les Annales de l'Académie nationale américaine des sciences (PNAS) datées du 30 août.

"Cette découverte représente la première preuve solide confirmant l'hypothèse selon laquelle les festins de groupe existaient déjà et peut-être assez fréquemment au début de la période de transition avec le début de l'agriculture", ajoute-t-elle.

Le terme "néolithique" signifie l'âge de la pierre nouvelle, ou pierre polie, qui succède à l'âge de la pierre ancienne ou paléolithique.

Le néolithique, qui s'achève vers 3.500 ans avant JC, est la période durant laquelle les humains sont passés de l'état de prédateurs à celui d'agriculteurs et de bergers.

Natalie Munro et son collègue Leore Grosman, de l'Université hébraïque de Jerusalem, ont découvert les restes d'au moins 71 tortues et de trois autres animaux sauvages, une densité inhabituellement élevée pour cette période, dans deux fosses creusées de façon particulière.

Les carapaces de tortues et les ossements des autres animaux portaient des marques indiquant qu'ils avaient été dépecés et cuits pour la consommation humaine.

Une fosse a été creusée dans le cadre d'un rituel de sépulture humaine et l'autre dans celui d'un festin, selon ces chercheurs.

Dans la première, les carapaces de tortues étaient disposées dessous, autour et au-dessus des restes d'une vieille femme enterrée apparemment selon des rites, ce qui laisse penser que le festin était organisé à l'occasion de ces funérailles.

La viande qui provenait des tortues seules pourrait avoir nourri environ 35 personnes, ont calculé les auteurs de l'étude, tout en notant que davantage de convives ont pu participer à ce festin.

"Nous ne savons pas exactement combien de personnes ont participé à ce festin en particulier ou la participation moyenne à ce type de réunion puisqu'on ignore quelle était la quantité de viande disponible dans la caverne", explique Natalie Munro, ajoutant qu'il s'agit "d'une estimation minimum" du nombre de convives basé sur les ossements présents.

Une des principales raisons pour lesquelles les humains ont commencé à festoyer et un peu plus tard à cultiver et à élever leur propres sources d'alimentation s'explique par l'accroissement accéléré de la population et les changements dans les ressources disponibles, notent ces chercheurs.

"Pris ensemble, l'intégration communautaire et les changements de l'environnement économique se sont produits au tout début du développement des cultures", relève Natalie Muro.

"Ce type de changements sociaux marque le début de modifications importantes dans la complexité sociale humaine qui ont conduit au début de la transition vers des sociétés agricole", ajoute-t-elle.

Source : Sciences et Avenir du 03/09/2010

jeudi 2 septembre 2010

Le premier festin connu de l’humanité daté d'il y a 12.000 ans

Les traces d’un très vieux festin, qui a probablement accompagné la célébration de la mort d’une femme chamane et datant de 12.000 ans, ont été retrouvées en Israël. De tels événements ont probablement contribué à la sédentarisation des hommes et au développement de l'agriculture.

Les fêtes familiales sont souvent, sinon toujours, célébrées autour de grandes tablées où la nourriture tient une place importante. Ces festins sont des moments agréables et surtout conviviaux, mais quelle en est l’origine ? Les Romains et les Grecs, il y a plus de 2.000 ans festoyaient déjà autour de riches denrées, de même que les premières populations sédentaires de la période du Néolithique (débutée il y a 9.000 ans).

D’après une découverte publiée dans le journal Pnas, les premiers festins seraient encore plus anciens que cela, bien avant l’agriculture ou l’élevage. En effet, des anthropologistes de l’université du Connecticut apportent la preuve d’un tel festin daté d’il y a 12.000 ans. Les traces en ont été retrouvées dans un sanctuaire en Israël, à Hilazon Tachtit Cave. Les restes de 71 tortues et trois bœufs sauvages, une quantité énorme et inhabituelle de nourriture, ont été retrouvés par les scientifiques dans deux fosses creusées de main d'homme.

Les restes de ces animaux montrent des signes de cuisson et de découpe qui indiquent qu’ils ont sans doute été consommés par l’homme. Les scientifiques ont estimé que la viande des tortues était suffisante pour nourrir environ 35 personnes. Il n’est toutefois pas exclu que les participants au festin étaient beaucoup plus nombreux, puisque de la nourriture supplémentaire qui n’a pas laissé de traces visibles aujourd’hui a aussi pu être proposée.

Un des restes d'une carapace de tortue retrouvée dans une fosse à Hilazon Tachtit Cave en Israël. La chair de toutes les tortues retrouvées ont permis de nourrir au moins 35 personnes, un beau festin pour l'époque.

Des festins pour réduire les tensions

La raison de ce festin a aussi été élucidée. Les carapaces des tortues ont été retrouvées sous, autour et au-dessus des restes d’une vieille femme chamane qui a probablement été enterrée suivant les rituels de l’époque. Ces données suggèrent que le repas a été consommé en même temps que la célébration des funérailles de cette femme.