jeudi 14 décembre 2017

La dispersion des hommes modernes

Une étude de l’institut Max Plack compile l’ensemble des données sur la dispersion des Homo sapiens dans le monde. Il y a bien eu plusieurs sorties d’Afrique depuis 120 000 ans.

Un nouveau modèle « Out of Africa » enrichi !

La plupart des gens connaissent maintenant le modèle traditionnel «Out of Africa» : des hommes modernes ont évolué en Afrique avant de se lancer à la conquête de nouveaux territoires. Ils ont d’abord traversé l'Asie puis ils ont atteint l'Australie, il y a environ 60 000 ans. Ce processus est de plus en plus souvent amendé et complété avec les progrès technologiques d'identification des fossiles et surtout les analyses génétiques sur des hominidés anciens. Il apparaît maintenant que le déroulé de cette préhistoire doit être révisé et que les premiers humains ont quitté l’Afrique à plusieurs reprises, avant 60 000 ans. Ces sorties multiples ont été l’occasion de nombreux croisements avec d’autres hominidés en Eurasie.

Les chercheurs de l'Institut Max Planck et de l'Université de Hawaii (Manoa) ont confirmé que les recherches démontrent que l’origine africaine des humains il y a 60 000 ans n'est qu'une partie d’une histoire plus complexe.
L'analyse, publiée dans la revue Science, passe en revue la profusion des nouvelles découvertes en Asie au cours de la dernière décennie. Ces études ont été rendues possibles grâce aux progrès technologiques et aux collaborations interdisciplinaires ; elles montrent qu’Homo sapiens a atteint des régions éloignées du continent asiatique, comme par exemple l'Océanie, beaucoup plus tôt qu'on le pensait possible. Toutes les études ADN apportent les preuves que des hommes modernes se sont métissés avec d'autres hominidés déjà présents en Asie, tels que les Néanderthaliens et les Denisoviens, ce qui complique l'histoire évolutive de notre espèce...

Des vagues multiples et successives d’hommes modernes venant d’Afrique, depuis 120 000 ans

Les auteurs ont rassemblé les résultats de plusieurs études récentes pour préciser la chronologie des vagues humaines vers l’Asie. Des études ont dernièrement identifié des fossiles humains modernes dans des parties éloignées de l'Asie qui sont potentiellement assez anciens. Par exemple, des restes d'Homo sapiens ont été trouvés sur plusieurs sites dans le sud et le centre de la Chine, datés entre 70000 et 120 000 ans. Des découvertes supplémentaires indiquent que les humains modernes ont atteint l'Asie du Sud-Est et l'Australie il y a 60 000 ans.
Par ailleurs, des études génétiques confirment que toutes les populations non africaines actuelles proviennent d'une seule population africaine ancestrale il y a environ 60 000 ans. Pour l’équipe de chercheurs, cela pourrait indiquer qu'il y a eu d’abord de multiples et petites dispersions d'êtres humains hors d'Afrique depuis 120 000 ans, puis, une expansion majeure il y a 60 000 ans. Cela expliquerait que la dernière vague ait contribué à l'essentiel de la composition génétique des non-Africains actuels. "Les dispersions initiales en Afrique avant 60 000 ans étaient probablement le fait de petits groupes de chasseurs-cueilleurs, et certaines de ces premières dispersions ont laissé des traces génétiques de bas niveau dans les populations humaines modernes. », explique Michael Petraglia de (Institut Max Planck).


Possibilités de métissages multiples en Asie

Les dernières avancées en génétique ont permis de confirmer que les hommes modernes se sont métissés avec d'autres hominidés anciens. Les Homo sapiens se sont croisés non seulement avec des Homo neanderthalensis, mais également avec des « parents » récemment découverts, les Denisoviens, ainsi qu'avec une population non identifiée d’hominidés prémodernes. Selon une estimation, il apparaît que tous les non-Africains actuels ont entre 1 et 4% d'héritage néandertalien, et selon une autre équipe, les Mélanésiens modernes auraient, en moyenne, 5% d'héritage génétique Denisovien. Dans l'ensemble, il est maintenant clair que les hommes modernes, les Néanderthaliens, les Denisoviens, et peut-être d'autres groupes d'hominidés, se sont rencontrés en Asie, ce qui a multiplié les possibilités de métissages.
Les preuves croissantes de ces interactions suggèrent que la diffusion de la culture matérielle est également plus compliquée qu'on ne le pensait auparavant. "En effet, ce que nous voyons dans le comportement est que la propagation des comportements humains dits modernes ne s'est pas produite dans un simple processus transgressif d'ouest en est, mais plutôt que la variation écologique doit être considérée de concert avec la variation comportementale des différentes populations d'hominidés présentes en Asie au Pléistocène supérieur », explique Christopher Bae (Université d'Hawaii, Manoa).

Source : Hominidés.com du 11/12/2017

lundi 11 décembre 2017

Origine de l’homme moderne: Plusieurs vagues de migrations seraient parties d’Afrique

Une nouvelle étude remet en question l'hypothèse d'une unique grande vague migratoire...

L’Afrique, berceau de l’humanité, aurait été le point de départ de multiples vagues de migrations. C’est ce que révèle une étude dont les conclusions ont été publiées ce jeudi dans la revue Science. Une version qui vient contredire l’hypothèse communément admise d’une unique grande vague migratoire il y a environ 60.000 ans.


De nouvelles découvertes en Asie

Pour en arriver là, les chercheurs se sont appuyés sur de nouvelles découvertes, effectuées en Asie ces dix dernières années. Notamment la mise au jour des ossements d’Homo Sapiens en Chine qui montrent que celui-ci a parcouru de vastes distances beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait sur le continent asiatique, s’approchant même de l’Océanie.

Des études récentes ont également confirmé que les populations non africaines actuelles descendent d’un seul groupe en Afrique, remontant à approximativement 60.000 ans. « Les migrations parties d’Afrique antérieures à 60.000 ans étaient probablement de petits groupes d’explorateurs et certains de ces mouvements migratoires ont laissé de faibles traces génétiques dans les populations humaines modernes », a confié Michael Petraglia, le principal auteur de ces travaux.

Des gènes néandertaliens

Des croisements entre les hommes modernes et d’autres hominidés, comme les Néandertaliens ou les Denisoviens, auraient aussi eu lieu. Ainsi, à l’exception des Africains, les humains posséderaient à l’heure actuelle entre 1 et 4 % de gènes néandertaliens dans leur ADN, et ceux originaires du Pacifique auraient eux 5 % de gènes denisoviens.

« Cette collection d’indices nous donne une image des migrations humaines qui ne peut pas se limiter à une seule vague de population d’Ouest en Est », a expliqué Christopher Bae, chercheur de l’université d’Hawaï à Manoa, et co-auteur de l’étude. Pour ce scientifique, « il faut prendre en compte les variations écologiques et les différentes interactions entre les diverses populations d’hominidés présentes en Asie à la fin du Pléistocène, il y a 100.000 ans ».

Source : 20 minutes du 08/12/2017

vendredi 8 septembre 2017

En Crète, des empreintes de pas remettent en cause l'évolution humaine

De mystérieuses empreintes fossilisées datant de 5,7 millions d'années ont été trouvées en Crète. Selon certains chercheurs, il pourrait s'agir de traces d'hominines. Mais, si tel est bien le cas, il faudrait alors totalement repenser l'origine du genre Homo.

Un article publié récemment dans Proceedings of the Geologists' Association par les membres d'une équipe internationale de chercheurs (essentiellement des chercheurs polonais en géosciences) fait quelques vagues dans le petit monde de la paléontologie. Elle porte sur une découverte dont l'interprétation, si elle venait à être avérée, serait fort intéressante, mais peut-être pas aussi révolutionnaire tout de même (quoique) que la découverte d'Homo naledi ou que celle des restes fossilisés d'Homo sapiens primitifs sur le site de Djebel Irhoud, au Maroc.

Tout commença en 2002, lorsque le paléontologue polonais Gerard Gierlinski tomba par hasard sur ce qui semblait être des empreintes fossiles de mammifères dans une couche sédimentaire, lors de ses vacances en Crète. Le chercheur ne revint vraiment sur le site qu'en 2010 ; c'est alors que des recherches plus approfondies débutèrent dans la région de Trachilos, près de la ville de Kissamos, située à l'ouest de l'île. Une véritable piste, avec 29 traces de pas dont les tailles sont comprises entre 9,9 et 22,3 cm de longueur, fut finalement découverte. Or, selon les chercheurs, ces traces proviendraient de bipèdes et, surtout, de mammifères dont les pieds seraient ceux d'hominines, ce qui les rattacherait directement à nous.

Des hominines qui traversent une Méditerranée à sec ?

Les chercheurs ont bien évidemment voulu dater leur trouvaille. Ils ont été aidés en cela par la présence de foraminifères dans la strate sédimentaire portant les empreintes de pas supputées. Il faut savoir que ces micro-organismes marins évoluent avec le temps, ce qui fait d'eux des marqueurs temporels efficaces pour dater une couche dans laquelle ils se trouvent fossilisés. Dans un premier temps, un âge compris entre 8,5 et 3,5 millions d'années fut ainsi obtenu. Ces traces sont donc au moins aussi anciennes que celles de Laetoli, découvertes en Tanzanie en 1978 et qui sont datées d'environ 3,5 millions d'années (très célèbres, elles sont attribuées aux australopithèques).

Mais comment diable des hominines primitifs de cette époque, tout juste en train de développer des outils rudimentaires, auraient-ils bien pu traverser la Méditerranée ? C'est oublier un peu vite la fameuse crise de salinité messinienne, c'est-à-dire un assèchement important, et peut-être même complet, de cette mer du fait de la fermeture temporaire du détroit de Gibraltar, provoquée par les mouvements de la tectonique des plaques. Transitoire, cet assèchement s'est produit pendant le Messinien, à la fin du Miocène, il y a 5,96 à 5,33 millions d'années. Or, justement, les études stratigraphiques montrent que la couche trouvée en Crète est proche d'une couche repère bien connue de cet évènement. Nous savons donc que les bipèdes ayant laissé ces traces devaient vivre il y a environ 5,7 millions d'années. Une bonne partie de la Méditerranée ressemblait alors à la dépression de l’Afar et le Sahara n'était pas un désert mais une savane africaine.

La Crète n'étant alors pas une île, les traces de Trachilos pourraient bien avoir été laissées par des hominines. Mais certains paléoanthropologues le nient sur la base de la structure de ces empreintes qui, hélas, ne sont pas d'une qualité suffisante pour que le débat soit tranché rapidement. Or, jusqu'à présent, les traces d'hominines datant de plus de 2 millions d'années ont toutes été retrouvées en Afrique. Il faudrait donc en conclure que ces hominines auraient pu s'aventurer au-delà plus tôt qu'on ne le pensait. D'ailleurs, c'est bien ce que certains pensent déjà en se basant sur des découvertes de dents appartenant au grécopithèque (Graecopithecus freybergi) qui, bien que cela soit débattu, pourraient faire de lui l'ancêtre du genre Homo, ce qui bouleverserait nos idées sur nos origines.

Ce qu'il faut retenir
  • Une piste, avec ce qui semble être 29 traces de pas, dont les tailles sont comprises entre 9,9 et 22,3 cm de longueur, a été découverte en Crète.
  • Selon les chercheurs à l'origine de cette découverte, ces traces proviendraient de bipèdes et, surtout, de mammifères dont les pieds seraient ceux d’hominines et pas de singes. D'autres chercheurs ne sont pas d'accord.
  • Si tel est bien le cas, étant âgées d'environ 5,7 millions d'années, ces traces pourraient conduire à repenser la chronologie et la structure de l'arbre des hominines menant à Homo sapiens.

Source : Futura Sciences du 04/09/2017

mardi 5 septembre 2017

Des préhumains ont-ils marché en Crète il y a 5,7 millions d’années ?

Des traces de pas auraient été laissées par un préhumain, il y a 5,7 millions d’années en Méditerranée. Si la découverte se confirme, elle indiquerait que nos grands ancêtres ont occupé une aire biogéographique dépassant la seule Afrique.



Ce ne sont que 29 traces de pas, mais elles pourraient nous obliger à revoir la marche de l'histoire ! Découvertes en 2002 par un géologue polonais sur le site de Trachilos, en Crète (voir la carte ci dessous), elles viennent en effet d'être datées de -5,7 millions d'années et attribuées à un homininé (c'est-à-dire un grand ancêtre des humains) plus jeune que Toumaï, mais bien plus vieux que les australopithèques (lire l'encadré ci dessous). "Cette recherche, publiée dans les Proceedings of the Geologist association prête à controverse, parce qu'elle suggère que les premiers ancêtres des humains vivaient dans le sud de l'Europe aussi bien qu'en Afrique de l'est" conviennent deux des auteurs, Matthew Robert Bennett, professeur de géographie environnementale à l'Université de Bournemouth (Grande Bretagne) et Per Ahlberg, professeur de biologie évolutionnaire à l'Université d'Uppsala (Suède).

Homininés, Hominidés, kesaco ? Selon le vocabulaire en usage chez la majorité des scientifiques, les homininés regroupent les hommes (Homo) et leurs ancêtres fossiles (Toumaï, Orrorin, australopithèques, kenyanthropes et ardipithèques). Les hominidés regroupent l'homme actuel, le chimpanzé, le bonobo, le gorille et l'orang-outan.

Ces traces de pas ont deux millions d'années de plus que celles de Laetoli, jusqu'alors les plus anciennes connues au monde. Elles auraient été faites par "quelqu'un marchant debout sur ses jambes" et chaussant du 35 maximum, puisqu'elles mesurent entre 9,4 cm et 22,3 cm. Leur forme seraient très similaires à celles des humains. "Les autres primates laissent des empreintes très différentes, leur pied ressemble plus à une main, avec un gros orteil écarté comme un pouce", soulignent les auteurs. Dépourvues de griffes, ces pieds seraient également dotés de coussinets proches de ceux des plantes humaines.

Pas de quoi convaincre le paléoanthropologue Zach Throckmorton, professeur d'Université à l'école de médecine de l'université du Michigan (Etats-Unis) : "Les traces de pas ne constituent pas des indicateurs fiables de l'architecture du squelette du pied, conteste t-il. Pour moi, ce gros orteil est un orteil de singe et non d'humain, vu son positionnement. Ou alors, celui qui a laissé l'empreinte souffrait du plus énorme hallux valgus (une déformation du gros orteil appelée oignon) qu'il m'ait été donné de voir ! " précise t-il malicieusement.

il y a 5,6 millions d’années, la Méditerranée était totalement asséchée

Quoiqu'il en soit, les traces ont été laissées sur une bande de sable, proche de l'ancien lit d'une rivière. Leur datation a été faite à partir de l'analyse de foraminifères, des micro-organismes marins fossiles dont l'évolution très rapide, au cours du temps, donne de bons jalons aux préhistoriens et biogéographes. Or, il y a 5,6 millions d'années, la Méditerranée s'est entièrement asséchée. Cet évènement extraordinaire a laissé des sédiments faciles à interpréter.

Les chercheurs situent le berceau de l'humanité en Afrique, là où ont été faites les plus anciennes ou spectaculaires découvertes, de Toumaï aux premiers Homo, en passant par Orrorin, Ardipithecus ou encore les australopithèques (voir l'encadré ci dessous et lire notre Hors série n°183, La Grande Histoire de l'humanité). Mais si la découverte se confirme, il faudra admettre que des homininés arpentaient également les pourtours de la méditerranée il y a 5,7 millions d'années.

Les plus anciens fossiles ou traces de préhumains connus sont Sahelanthropus alias Toumaï (-7 millions d'années) et Orrorin (-6 Ma) auquel s'ajoute l'étrange Graecopithecus (-7,2 Ma), un primate qui vient d'être reclassifié en homininé. Les traces de pas de Trachilos ont -5,7 millions d'années. Ardipithecus Kaddaba a environ le même âge. Les traces de pas de Laeotoli ont seulement 3,8 millions d'années et sont attribuées à des Australopithecus. Crédit GPA.

A l'époque, au miocène tardif, le désert du Sahara n'existait pas, des environnements de savane s'étendaient du nord de l'Afrique l'est de la Méditerranée. De surcroît, la Crète n'était pas encore détachée de la Grèce. "Dans ces conditions, il n'est pas difficile d'imaginer que les premiers homininés avaient une aire de distribution à travers tout le sud de l'Europe et toute l'Afrique et qu'ils ont pu laisser leurs empreintes sur un rivage méditerranéen" souligne Matthew Robert Bennett.

Reste une question : qui a laissé ces empreintes ? On savait déjà que des singes fossiles vivaient au Miocène dans cette région du monde. Mais pourrait-il vraiment s'agir d'un homininé, d'un préhumain ? Une étude vient donner un peu de crédit à l'hypothèse. Par une bienheureuse coïncidence, au début de l'année 2017, des chercheurs allemands, grecs et bulgares ont en effet réexaminé les restes d'un primate de Grèce et de Bulgarie, le Graecopithecus, vieux de – 7,2 millions d'années et… conclu qu'il s'agissait bien d'un homininé, le premier connu hors d'Europe. Leur analyse, reposant sur une mâchoire et une dent, a été très critiquée. Mais pour les découvreurs des traces de Crète, ce bonhomme fossile, surnommé "El Graeco" ou plutôt l'un de ses descendants, pourrait être le promeneur de Trachilos. Une nouvelle controverse est en marche.

Source : Sciences et Avenir du 01/09/2017

lundi 17 juillet 2017

Nos mains sont plus primitives que celles des chimpanzés

Une nouvelle étude ayant analysé dans le détail la morphologie des mains d'un grand nombre de singes, de fossiles et d'hommes confirme que ce ne sont pas les nôtres qui sont les plus évoluées, mais celles de nos proches cousins.

La question fait débat depuis longtemps parmi les scientifiques : à quoi ressemblait notre dernier ancêtre commun avec les chimpanzés ? Cet être mystérieux a vécu avant la séparation, il y a 7 million d'années, entre ancêtres des chimpanzés et des hommes. Si on pouvait le rencontrer, aurait-il les apparences simiesques d'un chimpanzé — notre plus proche cousin, avec qui nous partageons 99 % de notre génome — ou, au contraire, lui trouverait-on déjà une forte ressemblance avec les Hominidés dont nous sommes ?

Marcherait-il sur ses poings comme Pan troglodytes (le chimpanzé) ou se dresserait-il sur ses pieds, comme Homo sapiens ? Et ses mains, seraient-elles plus adaptées à la manipulation d'objets, comme les nôtres, ou à saisir des branches pour se déplacer dans les arbres, comme celles des chimpanzés ?

Les fossiles d'hominidés apportaient déjà des preuves de la primitivité de notre main

Depuis l'an 2000 environ, de nouvelles preuves fossiles se sont accumulées indiquant que le fameux ancêtre commun arborait déjà des traits forts semblables à ceux des hommes : il était bipède (stature debout) et possédait des mains polyvalentes comme les nôtres.

Avec un pouce relativement long et des doigts plutôt courts, ce genre de main permet une manipulation très fine des objets, puisque la pointe du pouce peut toucher la pointe de tous les autres doigts. A l'inverse, la main des chimpanzés, avec son pouce court et ses autres doigts très allongés, permet une meilleure saisie des branches pour de déplacer dans les arbres.

C'est la main du chimpanzé la plus primitive, pensaient les paléoanthropologues il y a trente ans

Or, depuis les analyses génétiques réalisées dans les années 80 et 90, qui avaient montré la parenté entre hommes et chimpanzés, bon nombre de paléoanthropologues estimaient que la forme la plus primitive était celle de notre cousin. Autrement dit, notre ancêtre commun, estimaient-ils, devait plus ressembler à un grand singe qu'à un homme.

Rien de tout cela n'a été confirmé par les fossiles d'hominidés très anciens découverts ensuite. Au contraire, ils allaient peu à peu dessiner un portrait de l'ancêtre commun doté de mains humaines. A commencer par Toumaï, vieux de 7 millions d'années (découvert au Tchad en 2001), Orrorin (6 millions d'années, découvert en 2000 au Kenya) et Kenyanthropus platyops (3,5 million d'années, découvert au Kenya en 1999).

Ces fossiles sont venus enrichir un tableau de famille qui ne comportait auparavant que des australopithèques comme la célèbre Lucy (découverte en 1974 en Ethiopie), âgés de 4 à 2 millions d'années, des Paranthropus (2 à 1 million d'années) et des Homo (2 millions d'années).

Enfin, la preuve la plus significative est venue de l'analyse, en 2009, d'un fossile exceptionnellement conservé, surnommé "Ardi". Il s'agit d'un Ardipithecus ramidus (5 million d'années environ), découvert en Ethiopie en 1990. Complet à 40 %, le squelette a fourni des preuves particulièrement solides à l'équipe de Tim White (université de Californie à Berkeley) : "Ardi", était bel et bien doté de mains de type humain.

Une nouvelle étude portant sur les singes vivants aujourd'hui fournit de nouvelles preuves

Si certains n'étaient toujours pas convaincus du caractère primitif de nos mains à doigts courts et pouce long, une nouvelle étude réalisée par des paléoanthropologues espagnols et américains, et publiée dans Nature Communications, vient apporter des éléments nouveaux, qui laissent peu de place au doute.

Sergio Almécija et ses collègues ont examiné par des statistiques très fines la morphologie des mains de 270 espèces : tous les grands singes (homme, chimpanzé, bonobo, gorille, orang-outan, gibbon), de nombreux singes du vieux et du nouveau continent, et tous les fossiles d'hominidés disponibles, de Lucy à Ardi.

Résultats : premièrement, la main de l'homme fait partie des formes les plus primitives et peu spécialisées que l'on retrouve chez les hominidés. Deuxièmement, il existe parmi les espèces étudiées et leurs ancêtres une grande diversité de formes, qui correspondent à divers chemins de spécialisation.

Par exemple, les chimpanzés, ainsi que les orangs-outans, ont développé au cours de l'évolution des mains semblables car répondant au même besoin : celui de la vie arboricole et frugivore, qui demande de s'accrocher aux banches pour aller chercher des fruits dans les arbres.

A l'inverse, les gorilles comme les hominidés ont gardé une main plus primitive, adaptée à leur vie au sol. Ils exploitent leur grande dextérité pour se nourrir d'une vaste gamme d'aliments.

L'invention des outils, elle, n'aurait pas joué un rôle moteur dans l'évolution des mains : celles-ci avaient déjà la forme actuelle chez nos ancêtres les plus anciens, tels qu'Orrorin (5 millions d'années), à une époque où aucun outil n'est connu ! Plutôt que la main, les spécialistes pensent que l'évolution a davantage influencé le cerveau : progressivement, il aurait acquis une meilleure maîtrise des mouvements, qui nous a permis de développer des outils.

Source : Science et Vie du 17/07/2015

lundi 26 juin 2017

Ugandapithecus major

Age : -19 à - 20 millions d'années
Taille : 0,40 à 0,60 mètre
Poids : de 30 à 40 kg
Localisation : Ouganda - Kenya
Habitat : Forestier
Feux : non
Outils : non

Source : Sa fiche sur Hominidés.com

jeudi 22 juin 2017

Meganthropus paleojavanicus

Le terme « méganthrope » était autrefois utilisé pour désigner un hominidé disparu découvert à Java.

L'espèce Meganthropus paleojavanicus a été créée par G.H.R. von Koenigswald à partir de fragments de mandibule de grande taille mis au jour à Sangiran. Certains auteurs les ont rapprochés des Australopithèques mais ils sont généralement considérés aujourd'hui comme une variété robuste d'Homo erectus.

Source : Wikipedia

lundi 19 juin 2017

Homo gautengensis

Homo gautengensis est une espèce éteinte du genre Homo, qui aurait vécu en Afrique australe entre 2 et 0,8 millions d'années avant le présent. Elle a été décrite par le paléoanthropologue Darren Curnoe en 2010, à partir de restes fossiles trouvés en Afrique du Sud, préalablement attribués aux espèces Homo habilis, Homo ergaster, et dans certaines études à Australopithecus africanus. La validité de l'espèce ne fait pas l'unanimité parmi les chercheurs.

Analyse

Le paléoanthropologue Ronald J. Clarke, découvreur du squelette fossile Little Foot dans la grotte de Sterkfontein, estime que certains fossiles attribués à Homo gautengensis pourraient en fait être des fossiles d'Australopithèques, peut-être d'Australopithecus africanus.

La découverte d'Homo naledi en 2013 (publiée en 2015 et datée en 2017) a confirmé qu'il pouvait exister des espèces humaines plus archaïques qu'Homo habilis à une époque plus tardive. Il reste encore un travail considérable de réinterprétation à faire sur des fossiles découverts depuis plusieurs décennies en Afrique du Sud et en Afrique de l'Est, à l'aide des méthodes d'analyse modernes aujourd'hui disponibles.

Source : Wikipedia

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Homo gautengensis (vécu il y a environ 2 millions à 820 000 ans) : Plus tôt cette année, Darren Curnoe de l'Université de New South Wales en Australie a annoncé la découverte possible d'une nouvelle espèce d'Homo trouvée en Chine. Ce n’était pas la première fois qu’il identifiait un nouveau type d’hominidé. En 2010, il a réanalysé des fossiles des grottes sud-africaines de Sterkfontein, Swartkrans et Drimolen et a décidé que certains des spécimens avaient des molaires de forme étrange par rapport aux hominidés sud-africains connus, tels que Australopithecus africanus. Il a regroupé les formes étranges dans leur propre espèce, Homo gautengensis, affirmant que c'était probablement le premier membre du genre Homo.

Source : Source

vendredi 16 juin 2017

Le peuplement de l’Europe préhistorique

Compte-rendu de l’intervention au colloque de l’INRAP d’Eva-Maria Geigl de l’Institut Jacques Monod

Elle utilise les apports de la génétique pour comprendre le peuplement du monde, de l’Europe, de la France. En effet, l’ADN nucléaire porte trace de tous nos ancêtres, l’ADN mitochondrial porte trace de tous nos ancêtres côté maternel, ce dernier ADN étant particulièrement utile pour la biologie évolutive.

La génétique nous enseigne que nous sommes tous africains d’origine et tous métis.

On peut expliquer les différentes proportions de gènes que nous portons encore pour certains avec cette carte qui montre pour l’Europe trois vagues migratoires: les chasseurs-cueilleurs sortis probablement d’Afrique (Homo Sapiens), une migration néolithique et une migration de peuples des steppes d’Europe orientale.

Ces trois vagues migratoires ont fait qu’il existe un gradient N/S en Europe tel que le montre le graphique ci-dessous. Ainsi, Norvégiens et Estoniens ont très peu d’apport des populations néolithiques, tandis que les Sardes ont un patrimoine génétique quasi-identique à celui des populations néolithiques.

Si l’on veut préciser les étapes migratoires dans l’Europe préhistorique et protohistorique, voilà ce que l’on peut reconstituer grâce à l’archéologie et à la génétique :

Entre -40000 et -7000 ans, chasseurs-cueilleurs en Europe de l’O.

A partir de -7000 jusque vers -5500, migration des populations néolithiques du Proche Orient.

De -5500 à -3000, la génétique des chasseurs-cueilleurs d’Europe de l’O se dilue au bénéfice de celle des populations néolithiques.

On assiste ensuite à une résurgence des «chasseurs-cueilleurs» entre -5000 et -3000 qui sont certainement à l’origine des populations dites cordées et rubannées (du nom des motifs gravés sur leurs céramiques) d’Europe centrale.

Enfin, les pasteurs des steppes (les Yamnayas) migrent en masse vers l’Europe à partir de -3000 (parfois on lit -5000), y compris dans les populations d’Europe centrale.

Pourquoi cette migration massive ?

Les analyses génétiques ont montré des traces de peste chez de nombreux sujets, dans sa forme pulmonaire. On en déduit que soit les Yamnayas échappaient à la peste, soit ils ont colonisé des espaces où les autochtones avaient été décimés par l’épidémie.

Ils ont en tout cas remplacé les ¾ de l’ascendance des habitants d’Europe centrale et sont très probablement à l’origine de la diffusion des langues indo-européennes.

Pour conclure, les Européens de la préhistoire seraient issus de 4 groupes d’Homo Sapiens sortis d’Afrique à partir de -45 000 ans.

Source : Source

Australopithecus prometheus

Australopithecus prometheus est une espèce d'Australopithèque découverte en Afrique du Sud à Makapansgat et définie par Raymond Dart en 1948. L'espèce a longtemps été considérée par la plupart des chercheurs comme synonyme d'Australopithecus africanus.

Le fossile très complet de Little Foot découvert à Sterkfontein pourrait être rattaché à cette espèce et pourrait conduire à mieux la caractériser. Une révision de l'histoire géologique du site menée depuis 2007 indique que Little Foot aurait au moins 3 millions d'années. Les scientifiques ont ensuite déterminé l’âge du squelette presque complet séparé du rocher auquel il était partiellement attaché. est 3,67 millions d’années

Source : Wikipedia

jeudi 15 juin 2017

Australopithecus deyiremeda

Australopithecus deyiremeda est un hominidé fossile qui vivait il y a environ 3,4 millions d'années dans le nord de l'Éthiopie actuelle, à peu près à la même époque et au même lieu qu’Australopithecus afarensis, dont l'un des spécimens est connu sous le surnom de Lucy. Cette espèce d'australopithèques a été décrite en 2015 à partir de fragments de mâchoire et de dents, restes fossiles d'au moins deux individus, découverts en 2011.

Source : Wikipedia

mardi 13 juin 2017

Aegyptopitecus zeuxis

L'Aegyptopithecus, que l'on appelle aussi singe de l'aube, est un genre fossile de primates. Aegyptopithecus zeuxis vivait en Égypte il y a 37 à 32 millions d'années, dans une forêt tropicale chaude et humide. C'est dans une région d'Afrique, située dans la dépression du Fayoum, au bord du désert saharien, à 100 km au sud-ouest de la ville du Caire que l'on retrouva les restes de l'un des premiers primates supérieurs, c'est-à-dire, peut-être, d'un ancêtre commun aux hominidés et aux grands singes, le fameux chaînon manquant recherché depuis plus d'un siècle.

Source : Wikipedia

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Age : 35 - 29 millions d'années
Taille : 25 cm ?
Poids : 5 à 6 kg
Localisation : Egypte (Fayoum)
Habitat : Forêt
Feux : -
Outils : -

Sa fiche sur Hominidés.com

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nom :
âge : 37-32 Ma
découverte :
date :
espèce : Aegyptopithecus zeuxis

samedi 10 juin 2017

Portrait : Jean-Jacques Hublin, l'homme qui voudrait savoir si Neandertal pleurait

Ce spécialiste de l’évolution humaine mobilise high-tech, chimie et physique au service de sa discipline.

Pour la 2e fois en 20 ans, il vient de faire la couverture du magazine Nature (et cela n'est pas donné à tout le monde !). Jean-Jacques Hublin a dirigé une équipe internationale (avec Abdelouahed Ben-Ncer, de l'Institut national d'archéologie et du patrimoine) qui a découvert au Maroc le plus vieil des Homo sapiens, âgé de 300.000 ans. A cette occasion, nous vous proposons de lire le portrait que lui avait consacré notre journaliste Rachel Mulot dans les pages du magazine Sciences et Avenir.

Depuis son bureau monacal du Collège de France, Jean-Jacques Hublin savoure une vue fabuleuse sur les toits du 5e arrondissement de Paris. Expatrié — heureux — depuis dix ans en Allemagne, le paléontologue de 61 ans ne boude pas son plaisir de revenir régulièrement à Paris "ville érotique", pour y enseigner. Depuis octobre 2014, il est professeur invité dans cette institution qui privilégie les esprits atypiques. Ses cours succèdent à ceux d'Yves Coppens, qui salue en lui "le meilleur de sa génération". Il n'est pas sûr que le compliment le fasse rougir. Non par manque de modestie, mais Jean-Jacques Hublin, fils de pieds-noirs employés dans l'aéronautique, a toujours visé l'excellence, revendiqué le goût de la compétition et mène son institut de recherche à Leipzig "comme un entrepreneur".

En 2003, le Français a été choisi par le prestigieux institut Max-Planck pour fonder un département d’évolution humaine dans cette coquette ville de l’ex-RDA. La philosophie du Max-Planck, structure privée très différente de celles de la recherche française, mise tout sur des « leaders » ambitieux, libres de former leur équipe et dotés d’un budget à six zéros. "J’ai 70 personnes sous mes ordres, les moyens de recruter les meilleurs au monde, raconte le chercheur. Mais je suis évalué tous les trois ans et responsable sur mes deniers personnels !" Esprit touche à tout, Hublin a attiré des géologues, des archéologues, des physiciens, des mathématiciens ou des généticiens dont il parle avec fierté et sensibilité. Nombre d’entre eux ont ensuite essaimé dans le monde.

Jean-Jacques Hublin assume préférer les États-Unis à la France

"Nous avions le sentiment que Leipzig était l’endroit où il fallait être, pluridisciplinaire et efficace", témoigne l’archéologue Marie Soressi, aujourd’hui à Leyde (Pays-Bas). "Jean-Jacques est un modèle d’émulation. Son charisme et son sens de l’humour sont inspirants. Je le vois comme un esprit universel, qui utilise sa connaissance de nombreuses disciplines au profit de questions importantes pour l’évolution humaine", assure Matthew Skinner, désormais à l’université du Kent (Royaume-Uni).

Le paléoanthropologue a aussi mis très tôt les nouvelles technologies à son service : plusieurs scanners — dont l’un mobile qui peut aller « radiographier » les fossiles aux quatre coins de la planète —, des imprimantes 3D qui délivrent des moulages à la demande, des stations pour manipuler virtuellement les fossiles, des spectromètres de masse, etc. Jean-Jacques Hublin et ses équipes sont devenus les « experts » qui font parler les fossiles. "Personne n’a autant fait pour l’avancement des connaissances en matière d’évolution humaine", assure l’Américain Richard Klein du haut de sa chaire d’anthropologie biologique à l’université Stanford (Californie). "Qu’il en fasse autant avec trois francs six sous, surtout en temps de crise, et on en reparle…", murmure cependant un collègue français.

À 11 ans, une amie de la mère de Jean-Jacques Hublin s’inquiète "de ce petit garçon qui collectionne les “faux cils”"

De son côté, Jean-Jacques Hublin ne regrette "pas un instant le temps où, au CNRS, chacun pleurait sur les malheurs de la recherche et les budgets de l’université". Il assume préférer les États-Unis, où il a enseigné à Berkeley, Stanford ou Harvard, et a le sentiment de s’être donné les moyens de satisfaire sa passion pour la paléoanthropologie. Une passion qui remonte à son enfance dans la banlieue grise de Creil (Oise), au sein d’une famille modeste, qui ne comprend pas ce qui l’anime. Une visite à la galerie de paléontologie à Paris et un premier livre sur les dinosaures décident de son destin. À 11 ans, une amie de sa mère s’inquiète "de ce petit garçon qui collectionne les “faux cils”" . À 15 ans, il décroche son premier chantier de fouilles, en omettant de révéler son âge, et se retrouve ainsi en Corrèze, sur un site datant de la transition entre néandertaliens et Homo sapiens (-40.000 ans environ).

Depuis, la question du rapport entre ces deux espèces le fascine toujours autant. S’il a longtemps douté de l’existence d’hybrides, le décryptage du génome de Neandertal par le département de génétique de l’Institut de Leipzig a confirmé que celui-ci nous a légué environ 2 % de son ADN. Toutefois, Jean-Jacques Hublin se refuse à imaginer que la cohabitation des deux hommes ait été amoureuse et imagine plutôt des viols, qui accompagnent généralement les colonisations. "C’est peut-être parce que j’ai vécu enfant dans une Algérie en guerre, admet-il. Ce n’est pas être pessimiste que de constater que les membres du genre Homo sont violents. Je ne vois pas pourquoi il y aurait eu une parenthèse où nous ne l’aurions pas été."

Il raille gentiment le courant du « paléoangélisme » qui voit notamment en Neandertal un modèle de chasseur-cueilleur écolo et pacifique. "Il est passionné par la diversité du vivant et par ce qui nous distingue en tant qu’êtres humains du point de vue biologique mais aussi comportemental. Pour le meilleur avec l’invention de l’art. Mais aussi pour le pire, avec la guerre", précise l’anthropologue Nicolas Zwyns, aujourd’hui à l’université de Californie, à Davis. "Je m’intéresse plus à ce qui nous distingue en creux, nous H. sapiens, qu’à ce qui nous unit à Neandertal", concède Jean-Jacques Hublin, qui imagine que ce dernier pouvait être "câblé différemment sur le plan neurologique, différent dans ses relations aux autres". D’ailleurs, s’il avait une machine à remonter le temps, qu’aimerait-il savoir avant tout ? Si l’homme de Neandertal pleurait.

Source : Sciences et Avenir du 09/06/2017

vendredi 9 juin 2017

300.000 ans : «Homo sapiens» est plus vieux que l'on croyait

INFOGRAPHIE - Une équipe internationale a identifié au Maroc les plus vieux ossements d'Homo sapiens, datant de plus de 300.000 années. Une découverte majeure qui repousse de plus de 100.000 ans l'apparition des premiers hommes modernes sur le continent africain.

Jusqu'ici, on pensait que le berceau de l'humanité moderne était en Afrique de l'Est et qu'Homo sapiens, l'homme moderne, y était apparu il y a environ 200.000 ans. Les analyses d'une équipe internationale dirigée par le paléoanthropologiste Jean-Jacques Hublin, menées sur des fossiles trouvés au Jebel Irhoud au Maroc, à 100 km au nord-ouest de Marrakech, montrent que l'homme moderne peuplait sans doute déjà une grande partie de l'Afrique il y a… 300 000 ans. Ce sont donc les plus anciennes traces de notre propre espèce connues à ce jour (travaux publiés dans la revue Nature).

En 1961, dans une mine de barytine (minéral très utilisé dans l'industrie pétrolière), des ouvriers remarquent un crâne dans des déblais. Ils le mettent de côté puis l'apportent au médecin-chef de la mine, le Dr Boudart. Celui-ci le met dans un carton garni de paille et le signale à Rabat. Un archéologue dépêché sur place y voit le crâne d'un Néandertal. L'endroit où il a été approximativement trouvé est noté mais pas protégé. Pour les archéologues, le site a été «saccagé». Les années passent, puis les archéologues marocains et français recommencent à s'y intéresser.



«À la toute fin des années 1970, j'étais tout jeune chercheur, un de mes patrons m'a confié la mandibule d'un enfant, trouvé après les deux crânes, à Jebel Irhoud », raconte Jean-Jacques Hublin, responsable du département d'évolution humaine au Max Planck Institute de Leipzig. «Depuis lors, je me suis toujours intéressé à ces fossiles et à leur mystère.» Car de très nombreux indices paléontologiques indiquent que non seulement ils ne sont pas néandertaliens, mais qu'ils sont humains et plus anciens qu'il n'y paraît. Car le grand problème est que 5 des 6 fossiles d'Irhoud ont été extraits de leur contexte géologique et qu'on ne peut plus les relier à d'autres indices stratigraphiques. Une datation absolue directe n'est pas possible. On voit bien des traits humains. Ce ne peut-être Lucy, beaucoup plus ancienne (3,3 millions d'années). Ni une des autres branches Homo comme Homo erectus (de 1,8 million à 100.000 ans).

Silex brûlés

À partir de 2004, Jean-Jacques Hublin dirige plusieurs campagnes de fouilles avec des chercheurs de l'Institut marocain d'archéologie et du patrimoine de Rabat. Et, après avoir remué des centaines de mètres cubes de roches, retrouve la couche où se trouvait le premier crâne. Un empilement de strates de sédiments et de roches parfaitement en place et datable. Le 26 mai 2007, de nouveaux fragments de crâne sont trouvés. Les fossiles humains passent de 6 à 22 et pas seulement des os du crâne mais aussi certains provenant de bras ou de jambes, issus de 5 personnes, 3 adultes, 1 adolescent et 1 enfant. Des silex taillés, propres à une certaine époque et à une certaine technique de taille (technique Levallois du milieu de l'âge de pierre, c'est-à-dire paléolithique moyen), des ossements d'animaux manifestement chassés (beaucoup de gazelles).

Des assemblages similaires à celui de Jebel Irhoud ont été trouvés dans d'autres régions d'Afrique vers la même époque. Avec ces restes, il y avait surtout des traces d'utilisation intensive et régulière du feu en foyers. Une aubaine pour les chercheurs car une technique permet de dater les pierres qui ont été chauffées, la thermoluminescence. Résultat, autour de 300.000 ans. Une autre technique, la résonance de spin électronique (RSE), donne un résultat concordant. «En Afrique, les sites biens datés de cette période sont très rares mais Jebel Irhoud a heureusement beaucoup de silex brûlés, explique Daniel Richter, le géochronologiste de l'équipe lui aussi du Max Planck Institute. Nous avons pu établir une chronologie cohérente des fossiles humains et des niveaux qui les surmontent .»



Un fossile de crâne a pu être reconstitué en 3D. Et ses caractéristiques comparées à celles d'autres fossiles, ceux d'ancêtres, de cousins dans l'arbre évolutif, et à des hommes d'aujourd'hui. «Les hommes de Jebel Irhoud ont une face réduite et gracile, avec une denture d'allure moderne. Si vous croisiez une personne avec ce visage dans le métro, vous ne vous retourneriez même pas , s'amuse Jean-Jacques Hublin. Sa boîte crânienne est de grande taille mais avec une forme oblongue par certains aspects archaïques .» Son endocrâne, la cavité où se loge le cerveau, est un peu plus petit que le nôtre. Par exemple, il y a moins de place pour le cervelet. Ce qui montre qu'Homo sapiens a continué à évoluer, aussi bien dans la forme de son crâne que dans la connectivité de son cerveau.

Pour Yves Coppens, professeur émérite au Collège de France, «ces résultats remarquables soulèvent bien des questions de filiation des différents groupes d'Homo à travers le temps, de cohabitation et de déplacement sur le continent africain . Les paléoanthropologistes ont encore du pain sur la planche».

Source : Le Figaro du 08/06/2017

Homo sapiens, 100 000 ans dans les dents

Dans la dernière livraison de la revue «Nature», la datation des restes humains découverts sur le site de Jebel Irhoud, au Maroc, a été révisée : ils seraient vieux de 300 000 ans. Les crânes retrouvés présentent une morphologie proche de la nôtre.

Notre espèce prend un gros coup de vieux. Une sacrée beigne même après l’annonce, ce mercredi, de la découverte sur le site archéologique de Jebel Irhoud, au Maroc, des plus anciens fossiles d’Homo sapiens connus à ce jour. Ces restes humains datés de 300 000 ans, soit une centaine de milliers d’années de plus que le plus vieux représentant à ce jour de notre espèce, l’Ethiopien d’Omo Kibish (195 000 ans), font en effet l’objet de deux articles dans la dernière livraison, jeudi, de la revue Nature. Qualifiée de «sérieuse» et de «solide» par les sommités de la discipline comme Yves Coppens, cette trouvaille est une pièce supplémentaire à ajouter au puzzle de nos origines. On la doit à une équipe internationale dirigée par les paléoanthropologues Jean-Jacques Hublin, professeur au Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology de Leipzig, et Abdelouahed Ben-Ncer, professeur à l’Institut national d’archéologie et du patrimoine (Insap) de Rabat.

Mais en quoi consiste la découverte de Jebel Irhoud ?

Présentés au Collège de France en début de semaine, les fossiles du site de Jebel Irhoud sont une denrée rare pour les spécialistes du paléolithique. Au cours des fouilles, les chercheurs ont ainsi exhumé les restes de cinq individus (trois adultes, un adolescent et un enfant), en particulier des fragments de boîtes crâniennes, une mandibule complète, une maxillaire, deux humérus d’enfant, un fémur ou encore de nombreuses dents. «Le matériel archéologique était en excellent état de conservation, précise le paléoanthropologue Abdelouahed Ben-Ncer. On est passé de six fossiles en 2004 à 22 aujourd’hui, c’est dire la richesse de ce site.» En plus des restes humains, des outils caractéristiques de l’industrie lithique – le débitage de la pierre – de l’époque ainsi que des fossiles de la faune sauvage environnante chassée (gazelles, zèbres, léopards, lions, etc.) ont également été extraits de la couche sédimentaire.

De quoi mesurer assez précisément l’âge de ces premiers hommes dont la morphologie crânienne (une face plate et réduite, une boîte crânienne globulaire et une denture d’allure moderne) est très comparable à celle des hommes de notre époque. «C’est la face de quelqu’un qu’on pourrait rencontrer dans le métro», assure Jean-Jacques Hublin. Petite nuance : ces sapiens primitifs présentent toutefois un volume crânien moins important – donc un cerveau plus petit – traduisant une évolution graduelle de notre propre espèce dotée d’un cerveau plus grand. «La grande histoire des 200 000 dernières années, c’est donc la complexification du cerveau dans la lignée humaine», en conclut le paléoanthropologue.

Comment a-t-elle été menée ?

La découverte, à Jebel Irhoud, de fossiles d’hominidés aussi anciens n’est pas fortuite. Elle est le fruit d’années de fouilles, depuis l’excavation accidentelle en 1961 de premiers restes humains ainsi que de silex, dans ces carrières de barytine situées à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Marrakech. Mais la datation des premiers restes découverts, estimés à 40 000 ans, demeurait jusque-là imprécise, voire contraire à l’âge géologique de l’outillage et de la faune sauvage trouvés sur place. En 2004, l’équipe scientifique emmenée par Hublin et Ben-Ncer a alors entrepris de nouvelles fouilles pour trouver d’autres fossiles afin de les dater grâce à une méthode «fiable» utilisée depuis près de trente ans par les archéologues, la thermoluminescence, ici sur des éclats de silex brûlés. «Quand Daniel Richter [un des chercheurs associés à l’Institut Max Planck, ndlr] nous a donné les premières dates, on a été secoués, car cela allait au-delà de ce qu’on imaginait», se souvient le professeur Hublin. Grâce à ces résultats stupéfiants, l’âge des fossiles qui avaient été retrouvés dans les années 60 et 70 a aussi été réévalué.

L’homme de Jebel Irhoun remet-il en cause tout ce que l’on savait sur Homo sapiens ?

S’ils chamboulent la connaissance des origines de notre espèce, ces fossiles de sapiens du nord-ouest africain permettent surtout de confirmer un certain nombre d’hypothèses formulées ces dernières années par les spécialistes de l’évolution humaine. La première concerne l’âge des premiers hommes modernes, qui seraient nés il y a entre 500 000 et 300 000 ans. «Cela repousse enfin la date de l’émergence de notre espèce», se réjouit la paléoanthropologue Sandrine Prat, rattachée au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). «Si ces fossiles ont 300 000 ans, cela veut dire que notre espèce est plus ancienne encore, observe pour sa part Antoine Balzeau, un spécialiste de Néandertal, chargé de recherche au CNRS. Et puis, cela casse définitivement cette vision très linéaire et statique que l’on avait de l’évolution humaine.»

Cette découverte abonde l’idée selon laquelle Homo sapiens ne serait pas né d’un «jardin d’Eden» dans la corne de l’Afrique il y a 200 000 ans. L’espèce aurait émergé sur tout le continent à une époque où le Sahara recouvert de savane pouvait être traversé rapidement avant d’évoluer graduellement vers sa morphologie actuelle. «Un schéma d’émergence panafricaine», également approuvé par le paléoanthropologue Pascal Picq, du Collège de France, qui explique la diffusion rapide des technologies au paléolithique moyen comme la technique de taille des pierres bifaces. «En revanche, cela montre qu’on est encore loin de connaître tout ce qui s’est passé en Afrique il y a plus de 300 000 ans», soulève encore Pascal Picq. D’autant plus excitant.

Source : Libération du 07/06/2017

Homo sapiens vieillit d'au moins 100 000 ans

Des fossiles d'homme anatomiquement moderne découverte à Jebel Ihroud, au Maroc, confirment l’origine africaine de notre lignée et révèlent qu’elle est bien plus ancienne que ce que l’on pensait.

Dans le registre fossile actuel, les plus anciens Homo sapiens connus – Omo 1 et Omo 2 – étaient éthiopiens et vieux d’environ 200 000 ans. Des « petits jeunes » comparés aux nouveaux doyens de notre lignée : les fossiles d'hommes modernes découverts et datés par l’équipe de Jean-Jacques Hublin, de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste, à Leipzig, sont au moins 100 000 ans plus vieux.

Ces fossiles, et une série d’autres découverts précédemment au même endroit mais mal datés, proviennent du site marocain du Jebel Ihroud. Dès 1961, les exploitants d’une mine de barytine y avaient découvert un crâne humain quasi complet. Plus tard, une boîte crânienne fragmentaire et une machoire inférieure d’enfant avaient été trouvés dans le même site. Ces fossiles étaient associé à des restes de faune et à des outils de pierre débités par la méthode Levallois, caractéristique du Paléolithique moyen. Toutefois, même s’ils rapportèrent les avoir découvert à la base du matériau remplissant la grotte, leurs découvreurs estimèrent que ces fossiles ne pouvaient dater de plus de 40 000 ans. Et, étant donné que les préhistoriens croyaient alors à l’existence d’une population néandertalienne en Afrique du Nord, ces restes humains furent attribués à cette espèce sœur de la nôtre.

Depuis, notre vision de l’évolution du genre Homo a beaucoup évolué : l’origine exclusivement européenne des néandertaliens et leur confinement à l’Eurasie ont été établis. Dès lors, il fallait réévaluer les fossiles de Jebel Ihroud, projet que Jean-Jacques Hublin a lancé en convainquant son collègue Abdelouahed Ben-Ncer, de l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine à Rabat, au Maroc, de relancer l’étude du site. En 2004, de nouvelles fouilles sont entreprises dans la petite zone du site laissée de côté dans les années 1960. En analysant les strates de ce dépôt détritique solidifé, les chercheurs y ont mis au jour de nombreux restes de faune (gazelle, léopard, zèbres, bovidés, lions,…). Le fait qu’ils ne portent pas de traces de morsures de carnivores et leur association à des outils de pierre Levallois (pointes, éclats retouchés,…) suggère qu’ils ont été amenés là par l’homme. Cela semble d’autant plus plausible que les chercheurs ont aussi découvert une boîte crânienne humaine déformée par les mouvements de terrain (voir l'image ci-dessus) et accompagnées de plusieurs restes de la face, une mandibule quasi complète d’adulte, plusieurs éléments post crâniens et toute une série de dents. Les fossiles trouvés dans les années 1960 provenaient sans doute de la même strate. L’ensemble de ces restes représente au moins cinq individus : trois adultes, un adolescent et un enfant. Or la datation de la strate par la méthode de la thermoluminescence indique un âge de 315 000 ans (à 30 000 ans près). Confirmée par une autre méthode (la datatation par résonance de spin électronique ou ESR), cette date fait de ces restes les plus anciens fossiles d'Homo sapiens connus à ce jour.

Malgré leur caractère clairement sapiens, l'examen de ces fossiles révèle nombre de traits archaïques. Les plus évidents sont une forme de l’encéphale assez différente de celle des Homo sapiens récents et, pour l’un des crânes, des arcades sourcilières proéminentes. Toutefois, ce caractère éminemment archaïque pourrait avoir été déjà en voie de disparition, puisque, notent les chercheurs, ces arcades sont relativement petites par rapport à celles d’Homo neanderthalensis ou d’Homo heidelbergensis, l’ancêtre commun supposé des hommes modernes et des néandertaliens. Cette réduction des arcades s’accompagne d'une tendance au redressement du front qui, chez les humains du Jebel Ihroud comme chez tous les Homo sapiens, positionne la face à l'aplomb du front et non plus en avant. Plus gracile que celle d’un néandertalien, la face des hommes du Jebel Ihroud est aussi relativement courte. Ces caractéristiques et d’autres, notamment celles des dents et de la mandibule, suffisent à placer les individus du Jebel Ihroud parmi les Homo sapiens.

Pour s'en assurer, les chercheurs se sont toutefois livrés à une analyse morphométrique 3D, une technique statistique qui permet, après avoir mesuré de nombreux traits, de représenter les diverses formes anatomiques par des points dans un espace abstrait. Il en ressort que nos ancêtres de Jebel Ihroud se distinguent bien des néandertaliens ou des formes humaines anciennes (H. heidelbergensis notamment). Leurs caractéristiques faciales se placent au milieu du nuage de points correspondant aux hommes actuels et celles de leurs crânes parmi les fossiles d'Homo sapiens anciens et récents.

Pour autant, les chercheurs constatent qu’une certaine diversité règne parmi les formes anciennes d’Homo sapiens en Afrique. Les fossiles du Jebel Ihroud peuvent être rapprochés de ceux de Omo 1 et 2 (195 000 ans, Éthiopie) et de celui de Florisbad (259 000 ans, Afrique du Sud), un crâne au statut incertain, mais qui passe pour appartenir à Homo sapiens pour certains paléoanthropologues. Omo 2 vient par exemple se placer entre deux fossiles du Jebel Ihroud. Ainsi, certains des traits des fossiles de Jebel Ihroud se retrouvent en plusieurs endroits d’Afrique à des époques différentes. Ceci suggère une évolution d’Homo sapiens « en mosaïque » à l'échelle du continent (les différents traits sapiens ont évolué à des vitesses différentes suivant les régions). Une impression que confirme la circulation d'un bout à l'autre de l'Afrique d'un trait culturel : peu après 300 000 ans, les outils de pierre fabriqués par les hommes du Jebel Ihroud se rencontrent aussi en Afrique du sud et de l’est. Les chercheurs expliquent ce lien par un épisode climatique ayant entraîné une très forte réduction du Sahara il y a quelque 330 000 ans, rendant possible la circulation entre l’Afrique du nord et le reste du continent. Au final, les nouveaux fossiles marocains confirment que la différentiation de la forme humaine sapiens a bien eu lieu en Afrique et sur une vaste échelle de temps, puisqu’elle était déjà en marche il y a plus de 300 000 ans.

Source : Pour la Science du 07/06/2017

jeudi 8 juin 2017

L'Homo sapiens: son crâne unique et ses nombreux mystères

Notre espèce, l'Homo sapiens, présent sur Terre depuis 300.000 ans selon deux études publiées mercredi dans la revue nature, a survécu à beaucoup d'autres espèces mais pour Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Musée de l'Homme, chargé de recherche au CNRS, ceci n'est en rien un signe de supériorité.

QUESTION: Qui est l'Homo sapiens?

REPONSE: "C'est l'homme d'aujourd'hui, notre espèce humaine. Deux caractères principaux nous distinguent des autres espèces: notre menton, cette bosse en os sur la mâchoire inférieure qui est inexistante chez les autres, et un crâne en +maison+.
Deux grosses bosses dites pariétales, placées à l'arrière de notre crâne, lui donnent une forme particulière, unique. Notre crâne est beaucoup plus haut que ceux des autres espèces (mais moins large que celui des néandertaliens).
Nous existerions depuis au moins 300.000 ans. Les Néandertaliens ont vécu au moins 300.000 ans, l'Homo erectus, 1 million et demi d'années.
L'Homo sapiens a au moins côtoyé une demi douzaine d'espèces: l'Homo erectus, les néandertaliens, les denisoviens, l'Homme de Flores, peut-être les Homo naledi ... plus tous ceux que l'on n'a pas encore trouvés.
Il se serait accouplé avec 4 ou 5 espèces différentes au cours des temps mais les traces génétiques laissées dans son génome par ces rencontres sont très faibles.
Depuis 30.000 ans et la disparition de l'homme de Neandertal, l'Homo sapiens est la seule espèce humaine présente sur Terre."

Q: Quelles sont les origines de l'Homo sapiens?

R: "Pendant longtemps, on a cru que des Australopithèques étaient devenus des Homo habilis, puis des Homo erectus, puis des Homo sapiens, mais maintenant on sait que l'évolution n'a rien de linéaire.
Au sein des groupes humains qui existent, un petit groupe, qui présente des caractères un peu différents, se retrouve isolé. En vase clos, ses caractères spécifiques vont rapidement s'accentuer et faire apparaître un nouveau groupe humain. Le principal moteur de l'évolution, c'est le hasard, la chance.
La probabilité de tomber pile sur des ossements de ce petit groupe à l'origine d'une espèce est donc très faible. Et de toutes façons, on ne peut pas trouver le "vrai premier" d'une espèce, il n'existe pas vraiment.
L'Homo erectus est probablement l'ancêtre d'un peu tout le monde car il s'est répandu presque partout sur le globe. Un groupe d'Homo erectus est l'ancêtre de l'Homo sapiens, un autre celui de l'homme de Neandertal et ces trois espèces ont existé simultanément."

Q: Pourquoi Homo sapiens est-elle la seule espèce humaine encore présente sur Terre?

R: "On a tendance a considérer que si nous sommes encore là, c'est parce que nous étions supérieurs aux autres espèces. Il y a de l'anthropocentrisme dans tout cela! On a longtemps survendu les caractéristiques des Homo sapiens, notamment les capacités de son cerveau.
De récentes études ont montré il n'y avait pas de grandes différences en termes de valeur, de comportement ou de complexité entre l'Homo sapiens et le néandertalien avant que ce dernier ne disparaisse. Tous utilisaient des colorants, des coquillages, faisaient des gravures, enterraient leurs morts...
Et l'Homo sapiens n'est pas invincible: tous les groupes qui se sont développés hors d'Afrique il y a plus de 60.000 ans ont totalement disparu, ne laissant aucune trace dans notre génome actuel.
C'est frustrant mais on ne sait pas pourquoi nous existons encore et pourquoi les autres ont disparu. On considère trop souvent que puisque l'on a survécu et pas les autres, nous sommes une réussite évolutive mais c'est quand même aussi un coup de bol si on est toujours là! Les bactéries, les chimpanzés aussi ont survécu et on ne leur attribue pas pour autant une intelligence particulière.
Il faut faire attention: c'est la même chose de penser que notre espèce a survécu parce qu'elle a été supérieure à toutes les autres, que de penser qu'on n'a pas besoin de se préoccuper de la planète, que l'homme va toujours survivre."

Source : Le Parisien du 07/06/2017

Les premiers Homo sapiens sont bien plus vieux qu'on ne le pensait (et ne vivaient pas où on le croyait)

Des chercheurs ont découvert des fossiles de notre espèce au Maroc, âgés d'environ 300.000 ans, qui éclairent sur l'évolution de l'homme moderne.

SCIENCE - D'où venons-nous? A cette question, il existe de multiples réponses, métaphysiques et scientifiques. Pour ces dernières, elles varieront en fonction du spécialiste interrogé. Un biologiste affirmera que nous sommes issus de micro-organismes unicellulaires. Un astrophysicien de poussières d'étoiles. Un paléontologue aura lui tendance à dire qu'Homo sapiens a émergé en Afrique de l'Est, il y a 200.000 ans.

Cette dernière affirmation se base sur les plus vieux fossiles connus de l'espèce humaine. Mais des chercheurs affirment, dans deux études publiées ce mercredi 7 juin dans Nature, qu'Homo sapiens est bien plus vieux que prévu. Ils ont en effet découvert les fossiles de cinq individus, accompagnés d'outils en pierre, sur le site de Jebel Irhoud, au Maroc.

En utilisant plusieurs techniques de datation, les auteurs estiment que ces Homo sapiens ont vécu il y a environ 300.000 ans (entre 280.000 et 350.000, plus précisément). "Nos résultats contestent le consensus actuel qu'Homo sapiens a émergé il y a 200.000 ans en Afrique de l'Est", a affirmé lors d'une conférence de presse Jean-Jacques Hublin, paléontologue français à l'institut Max Planck et auteur principal des deux études.

Des hommes, mais primitifs

Attention, Homo sapiens ne veut pas vraiment dire homme moderne, rappelle le chercheur. "C'est notre espèce, mais il a des différences, notamment dans la forme du crâne et donc du cerveau et de son organisation", précise-t-il. Pour autant, les spécimens découverts à Jebel Irhoud sont bien plus proches de l'homme moderne que de toutes les autres espèces d'hominidés, comme l'homme de Néandertal. Les auteurs ont pu arriver à ces résultats notamment en analysant un crâne et une mâchoire très bien préservés.



Ainsi, si on croisait un de ces fossiles, vivant, dans la rue, il aurait quelques signes physiques distincts, notamment au niveau du crâne. Sauf avec un chapeau, auquel cas, il serait "impossible de les distinguer".

L'évolution des premières formes d'Homo sapiens vers celle que nous connaissons aujourd'hui a été graduelle, avec des mutations qui ont notamment affecté le développement du cerveau. Cela, c'est ce qu'affirment déjà les récents travaux de paléogénétique publiés ces dernières années. Selon ces analyses, l'homme moderne n'avait pas émergé d'un coup, il y a 200.000 ans en Afrique de l'Est. L'éloignement avec les autres espèces cousines de l'homme aurait commencé il y a plus de 500.000 ans.

La fin du "jardin d'Eden"

La découverte de Jean-Jacques Hublin et son équipe conforte donc cette hypothèse. "La dispersion d'Homo sapiens date d'au moins 300.000 ans. Quant à dire où celle-ci a commencé, c'est impossible", explique le paléontologue. En tout cas, c'est la fin de la théorie du "jardin d'Eden", selon laquelle l'espèce humaine aurait évolué uniquement en Afrique de l'Est avant de se coloniser la Terre entière. "Il n'y a pas de 'jardin d'Eden', ou alors c'est l'Afrique dans son ensemble", affirme le chercheur.

Si la question des origines est encore plus ouverte qu'avant, les auteurs ont tout de même une théorie. Selon eux, il y a au moins 300.000 ans, une forme très primitive d'Homo sapiens s'est répandue en Afrique. "Cela a été facilité par le fait qu'à cette époque, il n'y avait pas le Sahara et il était plus simple de se déplacer au sein du continent", précise Jean-Jacques Hublin.

Puis, pendant des millénaires, plusieurs mutations génétiques ont touché certains individus, modifiant l'évolution du cerveau et sa connectivité. Cela a eu lieu petit à petit, sans un grand chamboulement.

"Nous pensons qu'il y a eu une évolution qui a touché différentes populations d'Homo sapiens dans différentes localisations d'Afrique. Puis, à certains moments, il y a eu des échanges entre ces populations, en fonction du climat. Des échanges génétiques qui ont permis aux gènes favorables de se répandre, grâce à la sélection naturelle."

Pour savoir si cette théorie s'imposera sur les multiples autres qui divisent la communauté des scientifiques, il faudra de nouveaux travaux et de nouvelles analyses. Et malheureusement, impossible d'étudier l'ADN de ces nouveaux fossiles. Trop vieux et pas assez bien conservés, "un problème général en Afrique", précise Jean-Jacques Hublin. En attendant le coup de chance qui permettra de dénicher un site très bien préservé, la question "d'où venons-nous?" restera sans réponse définitive.

Source : Huffington Post du 07/06/2017

La découverte qui bouleverse l’histoire d’« Homo sapiens »

Des restes, trouvés au Maroc, de cinq individus datant d’environ 315 000 ans pourraient repousser de 100 000 ans l’âge de notre espèce, et plaideraient pour son origine « panafricaine ».

Le plus ancien représentant connu de notre espèce, Homo sapiens, vivait il y a environ 315 000 ans au Maroc. La découverte, due à une équipe internationale dirigée par Jean-Jacques Hublin (Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig et Collège de France), est exceptionnelle.

Elle déplace nos origines vers le nord-ouest du continent africain, alors que les fossiles les plus anciens trouvés jusqu’alors provenaient d’Afrique du Sud et de l’Est. Et elle les fait considérablement reculer dans le temps, puisque les premiers ossements humains jusqu’alors unanimement reconnus comme anatomiquement modernes, découverts en Ethiopie, avaient moins de 200 000 ans.

Le Maroc serait donc le nouveau berceau de l’humanité ? « Bien malin qui pourrait donner un point d’origine », a répondu Jean-Jacques Hublin, mardi 6 juin, lors d’une conférence de presse au Collège de France, à Paris, où les travaux étaient présentés juste avant leur publication, jeudi 8 juin, dans deux articles de la revue Nature.

Rappelons d’emblée qu’on est bien loin dans le temps de nos premiers ancêtres putatifs – Toumaï (Tchad, 7 millions d’années) et Orrorin (Kenya, 6 millions d’années) – et des australopithèques comme Lucy (Ethiopie, 3,2 millions d’années). Ou même des premiers représentants du genre Homo, comme habilis (Afrique orientale, 2,5 millions d’années), dont certains comme erectus étaient déjà sortis d’Afrique il y a 1,8 million d’années.

Outils de pierre taillée

Le site marocain de Djebel Irhoud, où les fossiles ont été trouvés, marque un nouveau jalon dans l’histoire humaine la plus récente, à une époque où plusieurs espèces apparentées coexistent sur la planète – Néandertaliens en Europe, Dénisoviens et erectus en Asie, Florès en Indonésie… De ce buissonnement du genre Homo ne subsiste aujourd’hui qu’une seule espèce, la nôtre, Homo sapiens, et la découverte marocaine repose la question de son enracinement initial.

« Notre idée est qu’en fait, l’émergence de l’homme moderne est plus ancienne encore, et qu’il s’agit d’un phénomène panafricain », indique M. Hublin. Même s’il dit se réjouir que le Maroc, et le Maghreb avec lui « se retrouvent au centre des débats sur l’origine de l’homme actuel ».

Deux cartes projetées au Collège de France résument à elles seules les incertitudes qui subsistent sur cette question. La première montre une Afrique quasiment vierge de découvertes paléoanthropologiques : des pans entiers du continent n’ont pas été explorés, et il serait présomptueux de penser qu’aucun autre fossile d’Homo sapiens ancien ne pourrait s’y trouver. La seconde montre cette même région du globe il y a 300 000 ans. Elle est encore plus spectaculaire : à l’époque, l’Afrique est intégralement verte, le Sahara est absent, il n’existe nulle frontière géologique du nord au sud et de l’est à l’ouest.

« On peut donc imaginer des connections entre groupes humains, qui échangent des gènes par métissage, et des éléments culturels », indique le directeur de l’équipe de recherche.

La première carte révèle aussi la présence dans de nombreux sites africains datant de 300 000 à 130 000 ans, d’outils de pierre taillée dits du « Middle Stone Age » ou « levallois ». « Petits, pointus et façonnés pour la chasse, notamment à la gazelle », a rappelé l’archéologue Shannon McPherron, de l’Institut Max-Planck, ils témoigneraient de ces échanges panafricains.

Mais revenons aux fossiles, et à la façon dont ils ont été découverts. C’est une longue histoire. Le site de Djebel Irhoud, situé entre Marrakech et l’océan Atlantique, a d’abord été une mine, dans laquelle les carriers ont trouvé un premier crâne, en 1961. Conservé dans une boîte en carton emplie de paille par un médecin chef, il sera récupéré par l’université de Rabat.

Cinq autres fossiles émergeront dans les années 1960, mais ils laissent les spécialistes perplexes : datés de 40 000 ans, ils semblent pourtant plus archaïques que les Homo sapiens contemporains. « On a alors émis des hypothèses assez extravagantes, rappelle Jean-Jacques Hublin. On a fait d’eux des Néandertaliens, des hybrides… »

Une idée fixe

La première rencontre de M. Hublin avec Irhoud date du début des années 1980, lorsque le professeur Jean Piveteau, figure de la paléoanthropologie, le croise au sortir de son bureau dans les couloirs de l’université Paris-VI, et lui confie une petite mandibule à étudier, « Irhoud 3 ». Premier article publié en 1981.

Puis il part sur d’autres terrains, en Europe et ailleurs, en quête de Néandertaliens, mais reste « obsédé » par les questions irrésolues du Djebel Irhoud, « saccagé par l’exploitation minière ». Pourquoi cette idée fixe pour cette extrémité du Maghreb, alors que la grande majorité des fouilles internationales se trouvent aux antipodes du continent ? « Peut-être parce que je suis né en Afrique du Nord, que j’ai dû quitter dans des conditions un peu tragiques, et que j’y retrouve des odeurs, des ambiances, des lumières de mon enfance », raconte-t-il. « Chercher plus à l’ouest, c’est un peu s’inscrire dans une continuité de l’Empire », note Yves Coppens, qui a fouillé au Tchad.

En 2004, avec son ancien collègue du laboratoire d’anthropologie de Bordeaux, Abdelouahed Ben-Ncer, professeur à l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine à Rabat, Jean-Jacques Hublin monte enfin une coopération scientifique : son institut de Leipzig a les reins assez solides pour financer l’enlèvement de 200 mètres cubes de blocs de pierre pour dégager le site, et assurer les datations – « ce qui coûte le plus cher en archéologie », note M. Ben-Ncer.

La chance est au rendez-vous : trois mètres d’épaisseur de dépôts anciens ont été préservés, au sein desquels seize ossements humains supplémentaires seront exhumés année après année. Au total, cinq individus, dont un ado et un enfant de 7 à 8 ans. Mais on trouve aussi de nombreux éclats de silex brûlés, ce qui permet d’établir des datations par thermoluminescence. Une autre méthode – la résonance de spin électronique – a pointé la même période.

« Quand nous avons reçu les premières dates, nous avons été incroyablement secoués », se souvient Jean-Jacques Hublin. Même si des premières tentatives de datations laissaient penser que le site était plus ancien qu’on ne l’avait d’abord considéré, cette plongée si loin dans le passé – l’ensemble des fossiles a 315 000 ans, plus ou moins 34 000 ans si l’on tient compte de la marge d’erreur – était inattendue. De quoi « changer les manuels » sur l’origine humaine, se réjouit le paléoanthropologue.

« C’est une très belle découverte, qui semble confirmer un foyer africain pour l’origine humaine, commente Yves Coppens. Cela invite à repenser de nombreuses fouilles sous un nouveau jour. »

La découverte, en 1932, d’un crâne fragmentaire à Florisbad, en Afrique du Sud, daté il y a vingt ans à 260 000 ans, prend ainsi un nouveau relief. James Brink, responsable du site de Florisbad, n’est pas surpris de la découverte marocaine : « On trouve aussi des pierres taillées de type Levallois datant de près de 500 000 ans à Kathu Pan, en Afrique du Sud, et au Kenya. Je pense qu’on peut associer ces outils aux premiers Homo sapiens, donc il est probable que les premiers représentants de notre espèce avaient une distribution panafricaine, et que celle-ci est intervenue il y a moins de 500 000 ans. »

Une datation réfutée par certains

Tout le monde n’est cependant pas convaincu, comme Jean-Jacques Jaeger, professeur émérite à l’université de Poitiers, qui a travaillé sur des fossiles animaux du Djebel Irhoud pour sa thèse, soutenue en 1975.

« La faune de rongeurs d’Irhoud que j’ai pu étudier correspond à une date plus récente que 125 000 ans. Je réfute donc la datation obtenue par les techniques utilisées », dit le chercheur, qui n’est pas non plus convaincu par l’hypothèse panafricaine. Jean-Jacques Hublin invoque des études sur les rongeurs plus récentes, qui avaient déjà vieilli le site.

Dans un article de commentaire publié dans Nature, Chris Stringer et Julia Galway-Witham, du Muséum national d’histoire naturelle de Londres, sont eux d’accord avec l’équipe de Jean-Jacques Hublin : « Ces spécimens constituent probablement des représentants précoces de la lignée Homo sapiens », écrivent-ils. Mais ils se demandent si l’aspect moderne de leur visage, partagé avec le fossile de Florisbad, ne pourrait pas être hérité d’un ancêtre « non sapiens » de notre arbre de famille – plutôt que dû à une parentèle traversant l’Afrique entière.

A quoi ressemblaient donc ces premiers humains ? « Leur visage n’était pas différent de celui de n’importe qui dans le métro », dit Jean-Jacques Hublin. Leur boîte crânienne était aussi volumineuse mais moins globulaire que la nôtre, et leur cervelet moins développé.

« L’évolution ne s’arrête pas, nous évoluons encore », souligne le chercheur, pour qui toute la différence entre les premiers sapiens et nous tient probablement dans l’organisation interne du cerveau, sa connectivité. Malheureusement, la génétique, une spécialité de l’institut de Leipzig, ne sera d’aucun secours pour en savoir plus : il fait trop chaud au Maroc pour espérer récupérer de l’ADN ancien sur ces fossiles.

Et leurs ancêtres, qui étaient-ils ? Les points d’interrogation sur les arbres phylogénétiques proposés par les paléontologues sont la réponse la plus prudente : il faut accumuler plus de données.

Va-t-on assister à une ruée vers l’os au Maroc ? « Nos collègues marocains sont sollicités par des équipes anglo-saxonnes », note Jean-Jacques Hublin, qui s’amuse de cet intérêt nouveau après une longue traversée du désert « pour des raisons historiques et linguistiques circonstancielles ».

Le Djebel Irhoud n’a sans doute pas dit son dernier mot. « Après une interruption pour publier ces résultats, indique Abdelouahed Ben-Ncer, on espère – inch’allah – reprendre rapidement la campagne de fouilles ! »

Source : Le Monde du 07/06/2017

mercredi 7 juin 2017

Un nouveau pas vers les origines de notre espèce

Les plus anciens Homo sapiens découverts au Maroc

La découverte de cinq squelettes fossiles d’Homo sapiens datant de 300 000 ans dans le nord-ouest du Maroc fait reculer les origines de notre espèce de 100 000 ans.

Elle révèle un scénario évolutif complexe de l’humanité en Afrique.


« Nous avons pris l’habitude de penser que le berceau de l’humanité moderne peut être localisé en Afrique de l’Est, il y a 200 000 ans, mais nos travaux démontrent sans ambiguïté qu’Homo sapiens était probablement déjà présent sur l’ensemble du continent africain il y a 300 000 ans. Bien longtemps avant la sortie d’Afrique d’Homo sapiens, il y a eu une dispersion ancienne à l’intérieur de l’Afrique », déclare Jean-Jacques Hublin, de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutionnaire de Leipzig et du Collège de France (1).

Une équipe internationale, menée par le paléo-anthropologue français et Abdelouahed Ben-Ncer de l’Institut national d’archéologie et du patrimoine de Rabat, vient d’analyser cinq squelettes – trois adultes, un adolescent et un enfant – comme appartenant à l’espèce de l’homme moderne, Homo sapiens. Situés à Jebel Irhoud (jebel signifie colline), au sud-ouest de Casablanca, dans une mine de barytine (sulfate de baryum), ces restes sont associés à des outils de pierre et des restes de faunes.

Pour la datation, « nous avons pu analyser de nombreux silex brûlés par la méthode de thermoluminescence, et avons obtenu, avec une grande surprise, des dates d’environ 300 000 ans, repoussant les origines de notre espèce de 100 000 ans », se souvient Jean-Jacques Hublin.

« Une boîte crânienne de grande taille »

L’analyse morphologique par tomographie et reconstitution 3D a aussi donné lieu à de bonnes surprises. « Les hommes de Jebel Irhoud possèdent à la fois une face et une denture modernes, et une boîte crânienne de grande taille avec une forme oblongue, des caractères archaïques », poursuit le chercheur.

« Nous montrons que la face humaine a acquis précocement ses caractéristiques modernes, mais que la forme du cerveau et possiblement ses fonctions ont continué à évoluer au sein de la lignée d’Homo sapiens », ajoute Philipp Gunz, anthropologue à Leipzig. « Ces résultats, précise Jean-Jacques Hublin, viennent conforter ceux de la paléogénétique chez les Néandertaliens, les Dénisoviens et les hommes modernes, qui montrent que dans notre lignée, une poignée de gènes a présidé au développement cérébral et à la connectivité du cerveau via une succession de mutations génétiques. »

Homo sapiens primitifs, les fossiles de Jebel Irhoud représentent à ce jour les traces les plus anciennes d’Homo sapiens sur le continent africain. Toutefois, les paléo-anthropologues en ont recensé d’autres, à Florisbad (Afrique du Sud, 260 000 ans) et à Omo Kibish (Éthiopie, 195 000 ans). L’origine de notre espèce résulte donc sans doute d’un scénario complexe impliquant l’ensemble de l’Afrique.

« Un berceau à roulettes »

À Jebel Irhoud, les fossiles humains sont associés dans les couches sédimentaires à des restes d’animaux chassés, essentiellement des gazelles. Les outils appartiennent à l’époque dite Middle Stone Age, la grande étape de la préhistoire africaine. Ces outils ont été fabriqués avec du silex importé selon la technique de débitage Levallois, et on n’a pas trouvé de bifaces, types d’outils couramment présents dans des sites plus anciens.

« Il est très probable que les innovations techniques qui caractérisent le Middle Stone Age soient associées à l’émergence et à la dispersion d’Homo sapiens, résultat des changements à la fois biologiques et comportementaux », indique Shannon McPherron, de Leipzig.

L’Afrique est bien le berceau de l’humanité, disait l’abbé Breuil, mais « un berceau à roulettes ». Aujourd’hui, Jean-Jacques Hublin et son équipe confirment cette boutade.

Source : La Croix du 07/06/2017

vendredi 2 juin 2017

Le berceau de l'humanité est-il en Europe plutôt qu'en Afrique ?

Le dernier ancêtre aux humains et aux autres primates serait européen et pas africain. C'est ce que suggère une équipe de paléontologues qui font de Graecopithecus freybergi, connu par quelques fossiles trouvés en Grèce et en Bulgarie, un hominine, alors qu'il est daté de 7,2 millions d'années. Mais ce résultat est loin de faire l'unanimité.

Une datation et une analyse de deux restes fossiles appartenant à un primate de 7,2 millions d'années du nord de la Méditerranée indiqueraient qu'il s'agit d'un membre de la lignée humaine.
La séparation d'avec la lignée des grands singes actuels se serait donc opérée en Europe et pas en Afrique.
Ces résultats, basés sur un petit nombre d'indices, ne seront pas acceptés facilement par la communauté des paléoanthropologues.


D'après deux articles publiés dans la revue Plos One, le Graecopithèque était plus près de l'Homme que de tout autre primate. La conclusion est donc qu'il devrait être intégré dans la famille humaine des Hominines. Elle est à peu près révolutionnaire à cause de la datation et de la région où il vivait : entre -7,15 et -7,24 millions d'années en Europe.

Or, les paléontologues, très majoritairement, estiment que la lignée humaine est apparue en Afrique et que son plus ancien représentant connu est Toumaï, alias Sahelanthropus tchadensis, qui vivait il y a 7 millions d'années dans ce qui est aujourd'hui le Tchad.

Pour parvenir à cette conclusion, l'équipe internationale, dirigée par Madelaine Böhme (université de Tübingen) et Nikolai Spassov (Muséum national d'histoire naturelle, Sofia), a étudié les restes connus de Graecopithèque : une dent trouvée en 2012 en Bulgarie et une mandibule, découverte à Pyrgos Vassilissis (aujourd'hui un quartier d'Athènes) en 1944, « dans des circonstances mal documentées », comme l'explique le site Hominidés.com. La prémolaire avait été datée de 7 millions d'années grâce aux autres fossiles associés, et rapprochée de la mâchoire grecque, laquelle avait donné lieu à la description d'une nouvelle espèce de primate, Graecopithecus freybergi, dont, de plus, l'âge estimé était similaire.

Le primate des Balkans vivait dans une steppe

Les chercheurs ont passé la prémolaire et la mandibule au scanner CT et ont repéré deux analogies avec l'anatomie humaine. Selon eux, les canines sont petites et les racines des dents sont partiellement fusionnées, ce qui est spécifique des humains.

Le second article traite de la datation de la mandibule (-7,175 millions d'années) et de la dent bulgare (-7,24 millions d'années), mais aussi de l'environnement qui régnait à cette époque autour de la Méditerranée. La région devait alors être une savane, estiment les auteurs. Durant le Messinien, poursuivent-ils, le climat s'y est brutalement refroidi et c'est à ce moment et à cet endroit que la lignée humaine se serait séparée de celle des singes.

Ces résultats bousculent suffisamment les connaissances actuelles pour qu'ils méritent une vérification. Ils obligeraient à réécrire l'histoire des hominidés et se heurtent aux nombreux indices de la piste africaine. Interrogés par le Washington Post, plusieurs paléontologues expriment leurs doutes.

« J'apprécie beaucoup cette analyse détaillée de la mandibule de Graecopithecus, commente Richard Potts, paléaoanthropologue à la Smithsonian Institution. Mais la conclusion principale de l'article va bien au-delà des résultats. » Quoi qu'il en soit, le primate des Balkans risque de refaire parler de lui, tant l'histoire des Hominidés est mal connue, comme en témoignent les interrogations sur l'espèce humaine elle-même (voir l'article ci-dessous) et sur ses longues pérégrinations, sept millions d'années plus tard.

Source : Futura Science du 26/05/2017