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mercredi 23 février 2022

Au Synchrotron européen, des chercheurs tentent de faire parler deux énigmatiques hominidés

Depuis le 20 février 2022 au Synchrotron européen de Grenoble (ESRF), les fossiles de deux hominidés, Australopithecus sediba et Homo naledi, recensés au cours de la dernière décennie, sont scannés à un niveau de définition inédit. L'objectif principal : leur fournir enfin des datations qui feront consensus. Sur place, leur découvreur, le paléoanthropologue star Lee Berger, live-tweete toutes les opérations.

Ce n’est pas un, mais deux invités de marque que reçoit actuellement l'Installation européenne de rayonnement synchrotron (ESRF), à Grenoble. L’un se nomme Australopithecus sediba, dit aussi "Karabo" ou l’Homme de Malapa, du nom de la célèbre grotte sud-africaine dans laquelle il a été trouvé. Il aurait vécu il y a un peu moins de 2 millions d’années, au même moment que le plus ancien représentant du genre Homo, Homo Habilis. L’autre a pour patronyme Homo naledi, l'"homme étoile" en langue sesotho, et ne cesse d’intriguer les paléontologues depuis sa découverte en 2013 dans les grottes souterraines de Rising Star, elles aussi en Afrique du Sud et toutes proches voisines de Malapa (ces sites ne sont pas surnommés le "berceau de l’humanité" pour rien). D’abord estimé entre 1 et 2 millions d’années, l’âge de Naledi avait été revu spectaculairement à la baisse en 2017 : il n’aurait que 236.000 ans, tout au plus 335.000 ans, faisant de lui un contemporain de l’humain moderne. Naledi a pourtant une toute petite tête, un cerveau de la taille d’une orange et des doigts courbes idéaux pour s’accrocher aux branches, des caractéristiques extrêmement archaïques pour son jeune âge.

Le crâne d'Australopithecus sediba lors de son scan à l'ESRF en 2010

Un outil très attendu

Durant un peu plus d’une semaine, ces deux humains primitifs qui n’ont cessé d’alimenter les débats depuis leur découverte par le paléoanthropologue américain Lee Rogers Berger vont être observés sous toutes les coutures, en haute résolution, grâce aux puissants rayons X de la ligne de tomographie BM18, inaugurée en septembre 2021. Le tout sous l’œil attentif de Lee Berger lui-même, venu spécialement d’Afrique du Sud où il réside et dirige le département de paléoanthropologie de l’Université du Witwaterstrand. "C’est un moment que l’on attendait tous depuis plusieurs années. Aucun autre synchrotron au monde n’est capable de nous fournir une telle résolution", s’enthousiasme le chercheur.

Le synchrotron le plus puissant au monde. Depuis sa mise à jour et son passage à la "quatrième génération", l’ESRF-EBS (pour Extremely Brilliant Source, son nouveau nom complet) est devenu le synchrotron le plus puissant au monde. Cet engin colossal – 900 mètres de circonférence et plus de 2.000 tonnes –, est une sorte de microscope géant qui, pour fonctionner, accélère des électrons à la vitesse de la lumière (300.000 km/s) dans un anneau. Les électrons accélérés génèrent ainsi une onde électromagnétique, les rayons X. Très pénétrants et sans dommage pour la matière, ce sont eux qui permettent aux chercheurs de plonger dans l'infiniment petit et d'étudier des objets, organiques ou non, avec une incroyable précision. Prévue pour être ouverte officiellement en septembre 2022, la ligne BM18 permettra aux scientifiques d'étudier de grands fossiles en 3D à l'échelle microscopique sans les endommager.

Une dent pour trancher sur l'âge d'Homo sediba

Australopithecus sediba n’en est pas à sa première visite à l’ESRF. Pour lui, l'aventure avait commencé il y a 12 ans, avec le scan de son crâne, qui avait donné lieu à de nombreuses publications. Le voici donc de retour en Isère, prêt à se soumettre docilement au faisceau de lumière quatrième génération de l’accélérateur de particules européen, cent fois plus brillant que dans sa version précédente. Cette fois, ce n’est plus son crâne mais l’une des ses molaires qui sera scannée. Avec, pour objectif, "de faire apparaître les perturbations dans les lignes de croissance progressive des dents et, en les faisant correspondre entre elles, de déterminer l'âge exact de la mort de Karabo", explique Lee Berger. Nous savons déjà que le petit Australopithèque avait entre 9 et 12 ans au moment de son décès, survenu à une période où les primates du genre Homo, nos ancêtres directs, ont succédé aux australopithèques primitifs. "Nous espérons pouvoir dater cette dent au jour près et enfin pouvoir lever les incertitudes sur la datation de ce fossile."

Naledi, un hominidé ancestral qui enterrait ses défunts ?

Ce sera ensuite au tour d’Homo naledi de passer sous les rayons X. Là encore, il s’agit d’un jeune enfant, dont l'âge est encore indéterminé. Plus de 1,6 million d’années le sépare de Sediba, peut-être davantage. Ses restes à lui – ici, son petit squelette complet - ont la particularité d’être encore enfermés dans un bloc de pierre que Lee Berger a tenu à ne jamais ouvrir : "Il fallait garder son contexte intact, car il pourrait nous livrer de précieuses informations", justifie-t-il. Pour l’anecdote, il s’agit du fils du chercheur, âgé de 9 ans à l’époque, qui a découvert le squelette dans la chambre aux fossiles Dinaledi, extrêmement difficile d’accès.

Entre novembre 2013 et mai 2014, plus de 1.150 ossements fossiles provenant d’au moins 15 individus – de jeunes enfants, des adolescents, des adultes et des vieillards – ont été mis au jour par l’équipe de Berger, soit un gigantesque assemblage fossile pour une seule espèce encore jamais observée ailleurs. Au cours des semaines d’exhumation, deux détails ont frappé les chercheurs : celui qu’ils finissent par appeler Homo naledi présente un étrange mélange de caractères archaïques et modernes, et ses restes ne sont accompagnés d’aucun ossement animal, des vestiges de repas que l’on retrouve habituellement en nombre dans les grottes souterraines. S’agissait-il alors d’une sépulture ? C’est l’hypothèse avancée par certains chercheurs. Dans deux articles publiés en novembre 2021 dans la revue PaleoAnthropology, deux équipes distinctes soutiennent l’hypothèse selon laquelle le crâne d’un autre bambin Naledi, appartenant lui aussi à l’immense ensemble de la chambre, pourrait avoir été déposé intentionnellement sur une étagère naturelle de calcaire. "Il n’y a pas d’autres ossements, pourtant plus résistants que ceux de la tête", indique Lee Berger. "Ce qui exclut l’hypothèse que l’enfant ait rampé jusque-là avant d’y mourir ; par ailleurs, le crâne ne porte aucune marque de blessure montrant qu’un prédateur l’y aurait traîné." Il pourrait donc s’agir de la première sépulture enfantine au monde, celle de l’enfant Homo sapiens de Mtoto, au Kenya, publiée début 2021, n’ayant que 78.000 ans.

Les clés attendues d'une énigme

L’autre petit Naledi – celui en prisonnier de la roche – pourrait enfin permettre de mieux comprendre qui étaient ces hominidés "hybrides" qui enterraient peut-être leurs morts. Parce que sa prison de pierre pèse pas moins de 22 kilogrammes et mesure 77 centimètres sur 45, ce fossile précis n’avait jamais pu être sondé jusqu'ici. "Ce n’est pas franchement le genre d’objet que l’on s’attend à voir étudié sous le faisceau d’un synchrotron", s’amuse Lee Berger. "Surtout lorsque l’on sait qu’une simple dent est déjà considérée comme un gros objet pour la microtopographie à rayons X. Aujourd’hui, la ligne BM18 nous permet l’exploit de voir à travers cet énorme bloc et de découvrir ce qu’il renferme."

Les analyses sur les deux spécimens devraient se poursuivre jusqu'à dimanche prochain. D'ici là, nous devrions sans doute en savoir plus grâce aux tweets de Lee Berger, habitués à abreuver en temps réel le public de ses découvertes. En 2013, lors de l'exploration de la grotte de Rising Star, le chercheur avait convié les caméras de National Geographic, qui, en contrepartie, avait financé une partie de la campagne de fouilles. Une fois de plus, Lee Berger joue le jeu de la communication, précisant même au passage qu'à ses côtés, à l'ESRF, Netflix est au rendez-vous pour tourner un documentaire. En attendant d'en savoir plus sur nos ancêtres qui, d'années en années, ne cessent de nous surprendre, nous pouvons donc sortir les popcorns.

Source : Sciences et Avenir du 22/02/2022

jeudi 25 novembre 2021

L'australopithèque qui marchait comme un humain

Les premiers hominidés utilisaient leurs membres supérieurs pour grimper comme des singes et leurs membres inférieurs pour marcher comme des humains. C'est ce que montre l'analyse de vertèbres d'Australopithecus sediba, vieux de 2 millions d'années et découvert en Afrique du sud.

Oh la jolie lordose ! La courbe orientée vers l'avant des vertèbres dorsales d'Issa, ("protectrice" en swahili), une femelle Australopithecus sediba vieille de 2 millions d'années découverte en Afrique du Sud, a complètement fait chavirer ses découvreurs et découvreuses. Elle atteste que cette hominine, dont l'espèce a été décrite pour la première fois en 2010, "marchait tranquillement sur ses deux pieds, en bonne bipède, comme une humaine", explique le professeur Scott Williams de l'Université de New York et de l'Université Wits.

Des ossements découverts en 2015

L'analyse des vertèbres (voir l'image ci dessous), facilitée par un passage au scanner, vient d'être publiée dans la revue e-Life. Les précieux ossements ont été découverts en 2015 lors des fouilles d'une piste minière longeant le site de Malapa sur le site du patrimoine mondial du "Cradle of Humankind" (Berceau de l'humanité), au nord-ouest de Johannesburg (Afrique du Sud).

Les vertèbres (en couleur) d'Australopithecus sediba forment une courbe orientée vers l'avant, comme chez les humains bipèdes.

Un bas du dos différent des grands singes ou des néandertaliens

"La région lombaire est essentielle pour comprendre la nature de la bipédie chez nos premiers ancêtres et pour comprendre à quel point ils étaient bien adaptés à la marche sur deux jambes", explique Scott Williams, premier auteur de l'article. "Les séries associées de vertèbres lombaires sont extraordinairement rares dans les archives fossiles d'hominidés, on n'a trouvé que trois apophyses épineuses [ces ailettes qui servent de point d’ancrage aux ligaments, NDLR] comparables à celles d'Issa dans l'ensemble des archives fossiles africaines! Les travaux montrent que l'A.sediba possédait bien 5 vertèbres lombaires, comme les humains et qu'elle présentait une lordose plus marquée que celle de tout autre australopithèque. "Cela démolit des analyses antérieures, menées par d'autres équipes, qui suggéraient que les A.sediba avaient une colonne vertébrale aussi droite que celle des singes, ou des lordoses faiblement marquées, comme les néandertaliens ou d'autres espèces plus primitives d'anciens hominidés âgés de plus de deux millions d'années", jubile le professeur Lee Berger, de l'Université du Witwaterstrand, qui dirige les fouilles de Malapa.

"D'autres caractéristiques du squelette suggèrent une puissante musculature du tronc, peut-être pour des comportements arboricoles", ajoute la professeure Gabrielle Russo de l'Université Stony Brook, co-auteure de l'étude. A.sediba avait conservé des aptitudes réelles à l'escalade et la brachiation (voir la reconstitution ci-contre).

L'une des principales questions en suspens sur les origines des premiers Homo consiste à savoir quand et pourquoi ils ont abandonné cette combinaison de traits pour ne conserver que la bipédie.L'étude conclut que A. sediba est une forme transitionnelle d'ancien parent humain et que sa colonne vertébrale est clairement de forme intermédiaire entre celles des humains modernes (et des Néandertaliens) et des grands singes. Comme le résume Lee Berger: "Issa marchait comme un humain, mais pouvait grimper comme un singe" .

Source : Sciences et Avenir du 24/11/2021

vendredi 5 novembre 2021

Afrique du Sud : des fossiles relancent l’énigme sur de lointains cousins de l’humain

La découverte de fossiles d'un crâne d'enfant dans une grotte en Afrique du Sud, annoncée jeudi par des anthropologues, relance l'énigme autour de lointains cousins de l'humain, baptisés Homo naledi, dont les premières preuves d'existence avaient remis en cause certaines théories sur l'évolution.

Vingt-huit fragments d'un crâne minuscule et six petites dents ont été trouvés à Maropeng, près de Johannesburg. Depuis des années, le très riche site archéologique du "berceau de l'humanité", truffé de grottes et de fossiles de préhumains et classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, est un trésor d'informations pour les anthropologues.

Les restes ont été retrouvés dans une alcôve quasi inaccessible, au bout de passages mesurant parfois seulement 10 cm de large. Mais pour l'Homo naledi, se déplacer dans la grotte était sans doute plus facile, selon un des scientifiques qui a participé à la découverte: plus petits, ils étaient aussi "de meilleurs grimpeurs", a expliqué à l'AFP Tebogo Makhubela.

"Le véritable mystère au sujet de cette enfant est de savoir pourquoi elle s'est retrouvée là", a déclaré Lee Berger, le scientifique à la tête des recherches. "Quelque chose d'étonnant s'est passé dans cette grotte il y a 200 000 à 300 000 ans". Bien que les scientifiques désignent l'enfant au féminin, son sexe n'a pas été déterminé.

Des ossements de quinze individus de cette ancienne espèce humaine avaient déjà été retrouvés dans un autre endroit du site en 2015. L'espèce surnommée "étoile" en sotho, une langue locale sud-africaine, avait été classée dans le genre Homo auquel appartient l'Homo sapiens.

Leur examen avait révélé le portrait d'un petit hominidé étonnant, doté à la fois des caractéristiques d'espèces vieilles de plusieurs millions d'années, comme un tout petit cerveau, et d'autres, bien plus récentes, tel que des pieds de marcheur contemporain et des mains capables de tenir des outils.

Leur examen avait révélé le portrait d'un petit hominidé étonnant, doté à la fois des caractéristiques d'espèces vieilles de plusieurs millions d'années, comme un tout petit cerveau, et d'autres, bien plus récentes, tel que des pieds de marcheur contemporain et des mains capables de tenir des outils.

Une datation avait déterminé qu'il aurait vécu au début de ce que est considéré comme le début de l'ère de l'humain moderne et aurait donc pu être contemporain des premiers Homo sapiens. Cette théorie remettant en cause les lectures linéaires de l'évolution de l'humanité avait suscité la controverse dans la communauté scientifique.

Les restes de l'enfant, surnommée Leti d'après un mot setswana qui signifie "le perdu", ont été découverts à distance des précédents ossements. Les scientifiques pensent qu'ils ont pu être volontairement laissés là par ses congénères, peut-être au cours d'un rite funéraire.

Si cette théorie était confirmée, cela ferait remonter les preuves de pratiques de rites et sans doute aussi de croyances, à un quart de millions d'années. Jusqu'à présent, les plus anciens rituels connus d'hominidés associés à la mort remontent à entre 50 000 et 100 000 ans.

Aucun autre os n'a été trouvé. Le crâne ne présentait aucune marque, comme ceux qu'aurait pu laisser une attaque par un carnivore. Les chercheurs trouvent rarement des restes fossilisés d'enfants, car leurs os sont trop fins et trop fragiles pour résister au temps.

L'enfant était probablement âgé de quatre à six ans lorsqu'il est mort. Ses dents de lait étaient encore intactes, les dents adultes commençant seulement à apparaître.

Cette découverte pourrait permettre d'en apprendre davantage sur la transition, il y a environ 2 millions d'années, entre l'australopithèque primitif et le primate du genre Homo, ancêtre direct de l'humain. Elle a été publiée dans la revue PaleoAnthropology.

Source : Radio Canada du 04/11/2021

vendredi 21 mai 2021

Homo naledi, le grimpeur qui n’était plus un singe

L’anatomie de grimpeur d’Homo naledi semble aberrante étant donné la rareté des arbres dans la région où vivait cette espèce. Mais elle pourrait être une adaptation aux falaises et aux grottes, habitats qui étaient aussi ceux des prédécesseurs australopithèques.

En 2015, les paléoanthropologues, incrédules, ont dû admettre dans la famille humaine une forme aberrante : Homo naledi. Découverte au plus profond d’une caverne, cette sorte de gnome archaïque semble avoir retenu les capacités arboricoles des australopithèques. Pourtant, il s’agit clairement d’un humain, qui vivait il y a environ 300 000 ans dans une Afrique australe dénuée de forêts.

L’étude d’H. naledi ne fait que débuter et, pour l’instant, je suis l’un des seuls chercheurs français à avoir eu l’occasion d’y participer. Tout a commencé pour moi au début de l’année 2014 lorsque je reçus un courriel d’Elen Feuerriegel, alors étudiante à l’université nationale australienne, à Canberra. Elen me consultait pour ses recherches, ce qui m’amena à participer à son jury de thèse. Nous nous connaissions donc bien quand, en 2017, depuis l’université de l’État de Washington à Seattle, où elle était en poste, elle me proposa d’aider à étudier le membre supérieur d’H. naledi. L’analyse anatomique de l’épaule de cet Homo que j’eus alors le privilège de pouvoir faire et mon expérience personnelle de l’escalade m’ont amené à émettre une hypothèse surprenante : et si Homo naledi était une forme humaine sélectionnée par l’escalade ?

A priori, cette idée n’a rien de plausible : le passé arboricole des homininés, c’est-à-dire la lignée d’hominidés qui a conduit à Homo, remonte aux australopithèques, donc à plus de 1 million d’années – soit une époque très antérieure à celle d’H. naledi. Mais tout dans H. naledi, depuis les conditions de sa découverte jusqu’à chacune de ses caractéristiques, surprend et trouble au point de rendre cette forme humaine quasi irréelle. Et pourtant, elle existe, ou plutôt elle a existé, il n’y a pas si longtemps à l’échelle de l’évolution.

La publication en 2015 de la découverte d’H. naledi par Lee Berger, de l’université du Witwatersrand, en Afrique du Sud, et son équipe fit la une des journaux à travers le monde, mais surtout elle troubla profondément les préhistoriens. Le rameau humain était en effet déjà touffu. On connaissait alors entre six et neuf espèces d’australopithèques (trois espèces ne font pas consensus), trois espèces d’australopithèques robustes (paranthropes) et plus de dix espèces humaines (toutes ne faisant pas consensus non plus). C’est dans ce cadre complexe que s’inscrivait H. naledi, qui ajoutait au chaos ambiant.

Naledi signifie « étoile » en sésotho, l’une des onze langues officielles de l’Afrique du Sud. Lee Berger a choisi ce nom parce que ses partenaires spéléologues ont découvert les premiers ossements d’H. naledi en 2013 dans le complexe de grottes de Rising Star (« étoile montante »), au sein du karst dolomitique de la province de Gauteng, en Afrique du Sud. La grotte se trouve à moins de 3 kilomètres de Sterkfontein et à moins de 800 mètres de Swartkrans, deux des sites à australopithèques les plus importants d’Afrique australe. Les vestiges osseux de cette nouvelle espèce proviennent des cavités Lesedi et Dinaledi.

À Dinaledi, plus de 1 550 os, dont 137 dents isolées et 58 dents encore portées par les os mandibulaires et maxillaires, furent mis au jour – ou plutôt à la nuit absolue régnant dans la grotte. Les variations entre ces os sont moindres que celles constatées au sein de chacune des autres espèces humaines, ce qui prouve que l’on a bien affaire à une seule forme humaine. Lesedi, fouillée en 2013 sur une petite surface seulement, a livré 118 restes attribués à deux adultes et à un très jeune enfant. Les os déposés au sein des cavités Lesedi et Dinaledi l’ont été en un intervalle de temps très court et représentent un minimum de 15 individus comprenant des adultes, des adolescents et des enfants. Autrement dit, on a découvert, en une fois, tout un échantillon de population, ce qui est rarissime pour le Paléolithique.

Tout aussi spectaculaire, pour un paléoanthropologue, est le fait que tous les os du squelette, ou presque, sont représentés en plusieurs exemplaires et souvent en connexion. Par exemple, une main droite comprend tous les os du carpe (poignet), du métacarpe (paume) et des phalanges, à l’exception du pisiforme (l’un des petits os du carpe) ; pas moins de 110 autres os de la main l’accompagnent.

La découverte d’une population fossile du Paléolithique est déjà, en soi, un événement remarquable. Mais ses circonstances la rendent à peine croyable. Aucune industrie lithique, aucun charbon, aucun reste de faune, bref aucune trace de culture matérielle entourant les fossiles ne livre le moindre renseignement sur le mode de vie « nalédien ».

L’accès extrêmement difficile à la cavité Dinaledi constitue une énigme. Il implique en effet un éclairage, donc le contrôle du feu ; il oblige ensuite à franchir le « Superman’s Crawl », un boyau si étroit que seuls des spéléologues petits et minces peuvent prétendre y ramper sans rester bloqués ; arrivés ensuite dans une première chambre, ils doivent effectuer une escalade d’une quinzaine de mètres sur le « dos du dragon » afin d’accéder à l’entrée d’une goulotte très étroite et presque verticale d’une douzaine de mètres qui porte bien son nom – The Chute – et qui donne accès à Dinaledi.

Source : Pour la Science du 21/05/2021

vendredi 1 janvier 2021

UW 105 : un nouveau site d'exploration en direct live

C'est par une annonce sur les réseaux sociaux que nous avons pris la connaissance d'un nouveau site d'exploration : UW 105.

Cela n'est pas courant mais cela traduit la volonté du professeur Lee R. Berger de faire partager à un large public son expérience dans la fouille du site.

Depuis, les publications ne se sont pas arrêtées et l'on peut raisonnablement penser avec le paléontologue que UW 105 a l'étoffe de l'un des sites paléontologiques les plus riches du monde.

Le site

Situé en Afrique du sud, dans ce que les anglophones appelent le berceau de l'humanité (cradle of humankind), à 200 mètres de la grotte Rising Star où l'équipe de Berger a découvert en 2013 une nouvelle espèce appelée Homo naledi.

C'est d'ailleurs lors de ces fouilles que les chercheurs ont découvert une mandibule et des fragments de dents dans les blocs de brèche. Ils se sont avérés importants et expliquent la poursuite des recherches dans le cadre de UW 105.

Ce site, une grotte en fait, est très connu en Afrique du sud. Des scènes d'un film d'horreur ont été tournées sur place : des acteurs sont donc passés à proximité de vestiges sans même les voir ou les reconnaître.

Une exploration innovante

Sans entrer dans le détail des mesures que l'équipe a du être contrainte de prendre en raison des précautions contre le Covid-19, il convient de noter que les méthodes d'exploration traditionnelles devaient changer.

C'est ainsi que l'équipe a entrepris un exercice innovant où une maquette du système de grottes souterraines est reproduit en surface.

Ils ont ainsi déplacé des parties de plusieurs décharges de l'ère minière (fin 19e - début 20e siècle). Plusieurs blocs d'hominidés possibles ont été mis à jour et mis de côté pour la préparation.

Selon l'équipe, presque chaque bloc contient un petit quelque chose.

La datation est en cours et permettra de raconter l'histoire de UW 105.

Une exploration en direct live

Dès le début Lee Berger a décidé de faire partager au monde cette découverte.

En tant qu'expérience sociale centrée sur le libre accès et la communication scientifique, toutes les activités sur le site ont été publiées via les plateformes de médiasociaux telles que Twitter, Facebook et Youtube

Un Wakelet (outil de curation) recense par ailleurs toute la documentation publique de manière chronologique.

Du temps au temps

Nous pouvons maintenant laisser l'équipe travailler et nous informer régulièrement des dernières découvertes.

Si UW 105 se révèle à la hauteur des premiers éléments présentés, tout cela pourrait nous donner une nouvelle image de l'évolution humaine - et la preuve d'une espèce jusqu'alors inconnue.

Soyons patient car il est probable que l'on n'a pas fini d'en parler, il y en aurait pour plusieurs années.

mardi 1 décembre 2020

Lee Berger

Lee Rogers Berger, né le 22 décembre 1965 à Shawnee Mission, Kansas, est un paléoanthropologue et archéologue américain connu pour ses travaux sur l'Australopithecus africanus et pour les découvertes et définitions d'Australopithecus sediba et d'Homo naledi. 

Source : Wikipedia

lundi 3 février 2020

Homo naledi

Homo naledi est une espèce éteinte d'hominines découverte en 2013 en Afrique du Sud par le paléoanthropologue américain Lee Rogers Berger. La découverte fut annoncée en septembre 2015. Les fossiles ont été trouvés dans les Grottes de Rising Star, près de Johannesbourg, en Afrique du Sud. La découverte et l'analyse de nouveaux restes trouvés dans une seconde chambre a été faite en mai 2017 par John Hawks.

Homo naledi présente des traits le rapprochant du genre Australopithecus, avec notamment une petite taille et un faible volume crânien, mais aussi des premiers représentants du genre Homo, avec lesquels il partage d'autres caractéristiques. La combinaison de caractères ancestraux et dérivés traduit une évolution en mosaïque.

D'abord estimé âgé d'un à deux millions d'années au vu de sa morphologie, il a été daté en 2017 entre 335 et 236 000 ans seulement, ce qui relance les débats concernant la position phylogénétique et l'interprétation d'Homo naledi.

Controverses scientifiques

Le paléoanthropologue Yves Coppens a déclaré qu'il pensait que ce n'était « bien sûr, pas un Homo, avec la petite tête qu’il a, mais un Australopithèque de plus ». Ian Tattersall, du Musée américain d'histoire naturelle, pense également que les fossiles présentent « des caractères que l'on associe plutôt aux australopithèques qu'au genre Homo ».

Jeffrey Schwartz, anthropologue à l'université de Pittsburgh, a indiqué à Mediapart que les fossiles recueillis appartiennent vraisemblablement à deux espèces distinctes. Il émet également des doutes concernant l'hypothèse d'une accumulation de squelettes résultant d'un rite funéraire.

Interrogé sur France Inter, Laurent Bruxelles, géologue à l'Inrap, émet des doutes sur la possibilité de faire passer des corps de défunts à travers l'accès utilisé aujourd'hui par l'équipe et envisage qu'une autre entrée ait existé anciennement.

Sa fiche sur Wikipedia

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Zone géographique : Afrique du sud

Période : 300.000 à environ 225.000 ans

Découverte : En 2015, en Afrique du Sud

Caractéristiques : Plus petit qu'Homo sapiens, Homo naledi atteignait 1,50 m. Son cerveaune dépassait pas la taille d'un pamplemousse. Des centaines d'ossements ont été mis à jour mais seulement dans deux grottes très proches en Afrique du Sud, sans outil ni ornement. Sa découverte a néanmoins ouvert des perspectives, le genre Homo était peut-être bien plus foisonnant que supposé jusqu'ici.
Plusieurs espèces ont peut-être peuplé l'Afrique il y a 300.000 ans, avec des populations très localisées.

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autour de 0,3 MA.
DH1 un crâne fragmentaire ; plus de 1500 restes de nombreux individus, et il semblerait que ce ne soit pas fini.
Un tout petit trou en Afrique du Sud.
Découverte importante, mais l'anatomie des fossiles n'est pas encore suffisamment étudiée pour valider cette nouvelle espèce, les caractères dérivés semblent faire défaut. Ressemble beaucoup aux premiers Homo ou Homo erectus anciens. Fait unique, les découvreurs ont mis en ligne les modèles 3D des principaux fossiles, permettant ainsi aux autres chercheurs de les étudier. 

samedi 19 octobre 2019

Depuis l'an 2000, l'histoire de l'humanité remaniée

De la découverte du plus vieil hominidé connu à ce jour, Toumaï, à celle de la part d’ADN néandertalienne en nous, la compréhension de nos origines a été bouleversée depuis le début du siècle. A tel point que l’histoire évolutive de l’humanité ne ressemble plus du tout à celle que l’on enseignait il y a encore quelques années. Etude après étude, le nombre d’espèces fossiles de vieux hommes identifiées s’est ainsi multiplié, la naissance de notre lignée a elle été repoussée et les hypothèses sur ce qui nous distingue de nos ancêtres reconsidérées. Vingt ans de revirements scientifiques que voici compilés.

Les découvertes

2001

Février 2001
Orrorrin détrône Lucy comme plus vieux représentant de la lignée humaine
Orrorin devient une vedette dès sa découverte, en 2001, sur les collines Tugen au Kenya : il vole à Lucy le titre de plus vieil hominidé connu avec ses 5,9 millions d'années. Orrorin tugenensis, premier représentant d'un nouveau genre de primates, est aussi à ce moment-là le plus vieux bipède de la lignée, tout en restant à l'aise pour grimper aux arbres. Il a été détrôné par Toumaï, un an plus tard.

Mars 2001
Un hominine kenyan d'un nouveau genre
Un crâne et quelques molaires trouvés en 1998 près de la rivière Lomekwi, au Kenya : voilà ce qui permet à Meave Leakey­ et son équipe du Musée national du Kenya, d'annoncer en fanfare une espèce d'hominine d'un nouveau genre, à savoir le Kenyanthropus platyops. Ni australopithèque ni paranthrope, ce très lointain parent à face plate a vécu, selon la scientifique, il y a entre 3,5 et 3,7 millions d'années, ce qui en fait donc un contemporain de Lucy. En revanche, il avait une plus petite cervelle que cet australopithèque et de toutes petites dents ce qui, d'un point de vue alimentaire, ne les mettaient sûrement pas en concurrence.

2002

Janvier 2002
Des formes d'art il y a 77 000 ans
Dans la grotte de Blombos en Afrique du Sud, fouillée dans les années 90, des morceaux d'ocre rouge sont hachurés, avec un dessin régulier sur différents fragments mais présentant des variantes. «Ils témoignent de la présence d'une pensée symbolique. Au point de vue des capacités cognitives, c'est l'équivalent de la grotte Chauvet», estime le chercheur Franscesco d'Errico.

Juillet 2002
Toumaï, plus ancien hominidé connu à ce jour
Un an après la découverte au Kenya d'Orrorin, on trouve dans le désert du Tchad le crâne d'un primate, qu'on nomme Toumaï. Ni singe ni australopithèque, il inaugure le nouveau genre Sahelanthropus et devient d'office le plus ancien hominidé connu avec ses 7 millions d'années. Toumaï est grand comme un chimpanzé mais avec des traits plus évolués : «Il a la face d'un Homo habilis, c'est extraordinaire, il a des traits plus proches de l'homme que les australopithèques, pourtant plus récents», s'étonne le chercheur Dan Lieberman.

Octobre 2002
Homo georgicus, le premier des Européens
Le premier européen n'est ni espagnol ni italien. Présentés à Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales, deux crânes fossilisés découverts en 1999 à Dmanisi, en Géorgie, repoussent en effet d'un million d'années l'arrivée des hommes anciens en Europe. Vieux d'1,8 million d'années, cet Homo georgicus présente par ailleurs des traits morphologiques proches de ceux d'Homo ergaster, à moins que cela ne soit lui aussi un Homo erectus primitif.

2003

Juin 2003
L'origine africaine d'Homo sapiens
La découverte en 1997 sur le site dans la vallée de l'Aouache, en Ethiopie, de trois crânes d'Homo sapiens et d'outils en pierre datés de 160 000 ans conforte l'hypothèse de l'origine africaine de l'homme moderne, dite «out of Africa». Jusqu'alors, les plus anciens restes de notre espèce avaient été retrouvés au Proche-Orient à Qafzeh et Haïfa, en Israël. Ils étaient vieux de 130 000 et 100 000 ans.

2004

Avril 2004
Les plus vieilles perles trouvées en Afrique du Sud
Les fouilles des années 90 dans la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, avaient révélé des outils en os, des poinçons, des pointes de sagaie vieux de 75 000 ans, et des morceaux d'ocre ornés de motifs géométriques. Mais voilà une autre grande première : Blombos recèle de coquillages percés par un outil pointu. Ce sont les plus vieux bijoux jamais découverts, jusqu'aux serres de rapaces de Krapina (Croatie) dévoilées en 2015, qui étaient peut-être montées en collier par Néandertal.

Octobre 2004
L'homme de Florès, le petit cousin d'Homo sapiens
«C'est une révolution. Tous les arbres décrivant l'évolution du genre Homo sont à mettre à la poubelle.» Jean-Jacques Hublin décrit ainsi en 2004 le séisme qui secoue la paléontologie à l'annonce de cette nouvelle espèce : l'Homme de Florès vivait il y a 18 000 ans à l'est de Java, en Indonésie, alors que ses cousins les Homo sapiens occupaient le continent asiatique à la même époque. On croyait jusque là que Sapiens était resté seul au monde après la disparition de Néandertal il y a 30 000 ans… Mais une nouvelle datation en 2016 vieillira considérablement l'Homme de Florès, le renvoyant au-delà de 60 000 ans.

2006

Septembre 2006
Néandertal a disparu plus tard d'Europe qu'on ne le pensait
La coexistence entre les Néandertaliens et les hommes modernes, en Europe a été plus longue que prévue. De nouvelles datatations, grâce à la technique du radiocarbone, permettent de repousser de 10 000 ans, la disparition de notre robuste cousin, une espèce éteinte, suppose-t-on désormais, il y a environ 35 000 ans, sans que l'on en connaisse les causes exactes.

Septembre 2006
Le plus vieux bébé du monde
Une enfant de trois ans âgée de 3,3 millions d'années. Prénommé Selam, le plus vieux bébé au monde est présenté à Addis-Abeba six ans après sa découverte en Ethopie. Le squelette de cette très jeune australopithèque afarensis, quasiment complet, a en effet demandé beaucoup de patience pour être extrait des sédiments en raison de la fragilité des os. Une trouvaille de bon augure pour comprendre la croissance des enfants de Lucy.

2010

Mars 2010
Les Dénisoviens, une nouvelle lignée pour l'humanité
Une autre humanité vivait il y a 50 000 ans en Eurasie. L'analyse génétique des restes – un bout de doigt et quelques dents - découverts dans la grotte de Denisova, dans les montagnes sibériennes de l'Altaï, par l'équipe de Svante Pääbo de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutive de Leipzig, suggère l'existence qu'une autre lignée distincte d'Homo sapiens et d'Homo neandertalensis peuplait à cette période la Terre. Ces Dénisoviens, dont on ne connaît pas la physionomie faute de fossiles, ont légué une part de leur génome à des populations asiatiques et mélanésiennes actuelles.

Mai 2010
On a tous quelque chose de Néandertal en nous
Pour la première fois, l'ADN de Néandertal parle. Et confirme l'hypothèse d'une cohabitation entre les Néandertaliens et notre espèce, voire des rencontres plus que fortuites. Ce «tournant dans l’exploration des origines de l’humanité par les moyens de la génétique moléculaire», que l'on doit à une équipe internationale de haute volée, dirigée par le biologiste Svante Pääbo, prouve en effet le métissage de ces deux espèces il y a 80 000 ans au Proche-Orient. Ce croisement a même laissé des traces puisque dans notre ADN 2 % de notre génome est d’origine néandertalienne. Hormis en Afrique, où notre cousin n'a jamais mis les pieds.

2011

Janvier 2011
La sortie d'Afrique il y a 125 000 ans
L'échappée belle de l'homme moderne hors du continent africain a été effectuée bien plus tôt qu'on ne le pensait jusque-là. L'analyse d'outils en pierre taillée, découverts lors de fouilles sur le site de Jebel Faya, aux Emirats arabes unis, permet en effet aux préhistoriens de faire remonter l'escapade d'Homo sapiens depuis son berceau africain à 125 000 ans. Une hypothèse d'autant plus crédible que les silex ramassées près du golfe persique sont bien plus semblables aux plus vieux outils africains étudiés à ce jour que ceux découverts au Proche-orient.

Septembre 2011
Une nouvelle espèce d'australopithèque inclassable
Elle a vécu il y a environ 1,9 million d'années et présente à la fois des caractères dits «modernes» et d'autres «primitifs». Découverte en Afrique du Sud, une nouvelle espèce d'australopithèques, l'australopithecus sediba, est présentée par les paléoanthropologues Lee Berger et Job Kibii à partir de la description de deux fossiles relativement bien conservés. Sa bipédie est par exemple bien plus affirmée que celle des anciens australopithèques, sa morphologie cranienne proche de celles du genre Homo mais ses mains lui permettaient encore de se déplacer sans difficultés dans les arbres.

Novembre 2011
Homo sapiens est arrivé bien plus tôt en Europe qu'on ne le pensait
L'homme de Néandertal, présent en Europe depuis 200 000 ans, et Homo sapiens ont bien cohabité durant plusieurs milliers d'années sur le continent. Grâce à la datation de dents et des objets, trouvés il y a longtemps sur des sites préhistoriques en Italie et en Grande-Bretagne, des paléoanthropologues estiment en effet que l'homme moderne s'est établi par-delà la Méditerranée il y a 42 à 45 000 ans. De quoi relancer le débat sur l'existence de relations culturelles entre les deux cousins.

2012

Octobre 2012
Lucy grimpait aussi aux arbres
On l'imaginait bipède – et seulement bipède – pourtant Lucy grimpait aussi aux arbres. L'analyse des omoplates d'un jeune australopithèque afarensis montre en effet que ces hominines qui pleuplaient l'est de l'Afrique il y a plus de 3 millions d'années étaient aussi bons marcheurs que grimpeurs. Un arboricolisme qui peut s'expliquer par l'environnement des australopithèques et leur nécessité d'échapper à d'éventuels prédateurs.

Novembre 2012
Néandertal influencé par Cro-Magnon
Eclats de pierre pour faire des armes de jets, outils en os, ornements, etc. Avant d'être remplacés il y a 35 000 ans par Homo sapiens, les Néandertaliens ont acquis de nouvelles techniques au contact de l'homme moderne, avance le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin. C'est en tout cas ce que révèle la datation de fragments osseux néandertaliens issus des grottes d’Arcy-sur-Cure (Yonne) et de Saint-Césaire (Charente-Maritime) où ont été trouvés des objets que l'on soupçonnaient être de la main de Cro-Magnon. Un scénario qui confirme par ailleurs la cohabitation de l’homme moderne et de Néandertal en Europe il y a 50 000 ans.

2013

Septembre 2013
Néandertal inventeur du lissoir en os
Les outils en os ont longtemps été considérés comme la marque de fabrique des premieres représentants de notre espèce. Pourtant, c'est un outillage que maîtrisait déjà l'homme de Néandertal, révèlent des préhistoriens de l’Inrap et de l’Institut Max-Planck de Leipzig. La datation de vieux lissoirs en os, dénichés dans deux sites de fouilles en Dordogne, indiquent en effet qu'il y a 50 000 ans, les Néandertaliens assouplissaient du cuir grâce à ces outils. Avant de disparaître, ils auraient même transmis cette technologie à l'homme moderne.

octobre 2013
Et si ils étaient tous des erectus ?
La multiplication du nombre d'espèces du genre Homo est-elle une fausse piste ? L'étude de fossiles vieux d'1,8 million d'années trouvés à Dmanasi, en Géorgie, depuis 1991 suggère qu'il n'y aurait pas une multiplicité mais une seule espèce de vieux humains, Homo erectus, en raison de la très grande variabilité morphologique des restes examinés dont certains traits sont par ailleurs communs à tous les fossiles. Exit donc Homo georgicus, ergaster ou rudolfensis, des espèces qui n'en ont pas été.

2014

Septembre 2014
Les Néandertaliens maîtrisaient aussi l'art abstrait
L'homme de Néandertal n'est pas le rustre que l'on croyait. Vieilles de 39 000 ans, des formes géométriques recouvrant la paroi d'une grotte de Gibraltar suggèrent en effet que les Néandertaliens pratiquaient un art abstrait des cavernes. Cette découverte met donc à mal l'hypothèse selon laquelle la production de représentations abstraites et figuratives sur les parois des grottes serait une innovation culturelle introduite par l'homme moderne.

Décembre 2014
Quand Erectus gribouillait sur un coquillage
Semblables à un zigzag, les gravures réalisées sur un coquillage vieux de 500 000 ans retrouvés sur l'île de Java en Indonésie sont attribuées après datation à Homo erectus. Ce sont alors les plus anciennes traces d'activités symboliques jamais retrouvées.

2015

Mars 2015
L'origine du genre Homo repoussée de 400 000 ans
En fouillant le site éthiopien de Ledi-Geraru, dans la région de l'Afar, une équipe internationale de chercheurs met la main sur une vieille mandibule comportant cinq dents très troublantes : elles présentent à la fois des traits typiques des australopithèques et des Homo habilis. Elle représente donc une forme intermédiaire, une sorte de chaînon manquant entre les australopithèques et les premiers Hommes. Après examen, cette mâchoire inférieure de 8 centimètres de long se révèle être âgée de 2,8 millions d'années. Elle repousse donc de 400 000 ans l'émergence supposée des premiers hominines.

Mars 2015
Le plus vieux des bijoux est néandertalien
Des serres de rapaces travaillées en guise de collier : le plus vieux bijoux trouvé à ce jour n'a pas été fabriqué par notre espèce mais par des Néandertaliens. C'est ce que suggère la découverte en Croatie d'une parrure, vieille de 130 000 ans. Les marques sur les ossements ne laissent guère de doute quant au travail de polissage et d'abrasion effectué par notre cousin, un sacré créateur donc.

Mai 2015
Les plus vieux outils du monde ont 3,3 millions d'années
Les tout premiers outils en pierre taillée connus à ce jour, rudimentaires, ont été fabriqués bien longtemps avant l'apparition du genre Homo. Ils ont été découverts au Kenya par l'archéologue française Sonia Harmand et sont datés de 3,3 millions d'années. Jusque-là, ce sont des outils éthiopiens de 2,6 millions d'années qui détenaient le record : on a donc fait un bond de 700 000 an arrière. Une inconnue plane sur les fabricants de ces pierres taillées. Australopithèque ? Ou kenyanthrope, cette espèce d'humanoïde inclassable et contestée, mais découverte à un kilomètre de ces outils ?

Septembre 2015
Homo naledi, un contemporain de l'homme moderne en Afrique du sud
Comment semer le doute ? En annonçant la découverte d'une nouvelle espèce du genre Homo, en Afrique du Sud, qui ne rentre dans aucune case. Homo naledi est un hominine (un grand singe soit Homo, soit Australopithèque, soit Paranthrope) aux caractéristiques à la fois «primitives», comme un petit cerveau, et «modernes» qui le rapprochent des premiers Homos. Deux ans plus tard, la datation de nouveaux fossiles surprend : Homo naledi a vécu il y a entre 236 000 et 335 000 ans, ce qui en fait un contemporain des premiers hommes.

2016

Mars 2016
L'homme de Florès a disparu bien plus tôt qu'on ne le pensait
Douze ans après l'annonce de la découverte de l'homme de Florès, en Indonésie, une nouvelle datation des fossiles de cet hominine contemporain d'Homo sapiens avance sa disparition de plus de 40 000 ans. Ainsi, le petit Homo floresiensis aurait finalement vécu entre 60 000 et 190 000 ans avant notre ère. Il n'a donc pas tenu compagnie au solitaire Homo sapiens après la disparition de Néandertal il y a 30 000 ans... Mais une question demeure : son extinction coïncide-t-elle avec l'arrivée de l'homme moderne dans l'archipel asiatique ? A-t-il été supplanté ?

Mai 2016
Il y a 140 000 ans Néanderthal explorait la grotte de Bruniquel
Bruniquel n'est pas qu'une bourgade charmante du Tarn-et-Garonne : sa grotte, passée au peigne fin par la Belge Sophie Verheyden, est aussi, à ce jour, la première à avoir été visitée par un être humain. La découverte dans les années 90 d'une mystérieuse structure circulaire de stalagmites, ainsi qu'un bout d'os calciné, avait mis la puce à l'oreille des scientifiques. En 2016, la savante construction est datée de 176 500 ans. Elle doit donc être l'œuvre de Néandertaliens, ce qui suppose qu'ils maniaient les torches pour avoir progressé dans l'obscurité de la cavité.

2017

Mars 2017
Les Néandertaliens se soignaient déjà à l'aspirine
L'analyse d'échantillons de plaque dentaire de quatre individus âgés de 42 000 à 50 000 ans révèle que les Néandertaliens étaient plutôt végétariens mais surtout bons connaisseurs des plantes médiciniales. L'un d'entre eux, atteint d'un abcès dentaire, se soignait en effet en ingérant de l'écorce de peuplier, un arbre contenant le principe actif de l'aspirine.

Avril 2017
Et si Homo sapiens n'avait pas découvert l'Amérique ?
L’homme moderne a quitté son berceau africain il y a 80 000 ans pour peupler l’Eurasie, l’Australie, puis le continent américain il y a 20 000 ans en traversant la Béringie, un bandeau de terre qui reliait l’Asie et l’Amérique du Nord. Mais des paléontologues américains trouvent en Californie des os de mastodonte apparemment percutés par un outil en pierre, vieux de 130 000 ans… Il y aurait donc eu une présence humaine sur le continent américain 100 000 ans avant Sapiens. Peut-être Néandertal, ou son cousin l’hominidé de Denisova qui prospérait en Asie ?

Juin 2017
Homo sapiens vieillit de 100 000 ans
Voilà de quoi bouleverser un peu plus la chronologie de notre espèce. Des restes humains, retrouvés au Maroc par l'équipe de Jean-Jacques Hublin dans un très bon état de conservation, accompagnés d'outils sont les plus vieux exhumés à ce jour. Vieux de 300 000 ans, ils repoussent en effet la naissance de l'homme moderne de 100 000 ans, mais surtout de l'est vers le nord du continent africain. De quoi faire pencher la balance pour un «schéma d’émergence panafricaine», expliquant la diffusion rapide de technologie au paléolithique.

Décembre 2017
«Little foot», le plus vieux fossile d'australopithèque quasi-complet
Jusque-là, il n'avait jamais été entièrement décrit. Découvert en petits morceaux à partir de 1994 par le paléoanthropologue britannique Ron Clarke dans une grotte de Sterkfontein, en Afrique du Sud, «Little foot», est enfin présenté à la communauté scientifique. Ce cousin de «Lucy» devient le fossile d'australopithèque ancien – il est vieux de 3,67 millions d'années – le plus complet sorti de terre. En revanche, «Petit pied» n'est probablement pas un ancêtre du genre humain.

2018

Janvier 2018
Homo sapiens est sorti d'Afrique plus tôt
La sortie de l'homme moderne de son berceau originel africain est plus ancienne qu'on ne le suspectait. On doit cette assertion à la découverte en Israël, sur le site de Misliya, d'un fragment de machoire vieux de 180 000 ans. Jusqu'à cette trouvaille, les plus vieux fossiles d'Homo sapiens hors d'Afrique dataient de 125 000 ans. Ce vieil os maxillaire laisse alors supposer que notre espèce s'est offerte bien plus d'occasions d'échanges culturels et de croisement biologiques avec d'autres comme les Néandertaliens.

Février 2018
Un artiste nommé Néandertal
On a longtemps cru les Néandertaliens rustres. Jusqu'aux démentis de la science et cette dernière découverte : les peintures préhistoriques de trois grottes espagnoles, situées à La Pasiega, Maltravieso et Ardales, sont vieilles de 64 000 ans, soit 20 000 ans avant l'arrivée en Europe, depuis l'Afrique, d'Homo sapiens. Ces représentations - des animaux, des empreintes de main, des points et des motifs géométriques - peuvent donc, en l'état de nos connaissances, être mises au crédit de l'homme de Néandertal, capable d'art et de symbolisme.

Mars 2018
Des comportements symboliques chez les premiers Sapiens
Les tout premiers humains, il y a plus de 300 000 ans, maîtrisaient des techniques prouvant des comportements symboliques. Des pointes de sagaies en obsidienne et des pigments d'ocres, découverts sur le site d'Olorgesailie, au Kenya, à 90 kilomètres de gisements suggèrent en effet que ces sapiens archaïques transportaient des matières premières sur de longues distances et se peignaient le corps. Des innovations essentielles et donc anciennes.

Août 2018
L'ado métisse de Néandertal-Denisova
La grotte de Denisova au sud-ouest de la Sibérie, là où on a découvert en 2010 une nouvelle espèce du genre Homo, cachait des fragments d’os ayant appartenu à une adolescente asiatique de 13 ans, morte d'une cause inconnue il y a 90 000 ans. L’ADN de cette jeune fille baptisée «Denisova 11» révèle qu'elle est métisse, de mère néandertalienne et de père dénisovien. Quel mélange ! Différentes espèces d'hominines n'avaient donc aucune réticence à se mêler les uns aux autres, et le métissage était sans doute fréquent.

Novembre 2018
Les plus vieilles peintures rupestres sont asiatiques
L'art pariétal a-t-il été inventé en Asie ? La datation de peintures préhistoriques - des empreintes de mains et un animal non-identifié - dans six grottes de l'île de Bornéo en Indonésie par une équipe de paléoanthropologues australo-indonésiens indique en effet que les oeuvres sont vieilles de 50 000 voire 52 000 ans, un âge bien plus avancé que le point rouge peint il y a 40 800 ans dans la grotte espagnole El Castillo, et le rhinocéros de la grotte Chauvet, en Ardèche, vieux de 37 000 ans. Problème : les plus vieilles traces humaines dans l'archipel sont datées de 20 000 ans.

2019

Janvier 2019
La grotte de Denisova occupée depuis plus longtemps que prévu
Outre la découverte d'une jeune spécimen de 90 000 ans, fille d’une mère néandertalienne et d’un père dénisovien, la cavité sibérienne recelait de nombreux fossiles mais surtout des objets en os et des outils en pierre taillée. Leur analyse, grâce à différente techniques de datation, a permis de mieux comprendre l'occupation de Denisova par des hominines au cours des millénaires. Si bien que les scientifiques datent l’arrivée des premiers homos dans la grotte à au moins 287 000 ans avant notre ère, soit cent mille ans plus tôt qu’on ne le pensait jusqu’ici. La datation des fossiles permet quant à elle de confirmer (à 95,4% de probabilité) le séjour intermittent de ce groupe d’humains entre -195 000 et -55 000 ans. Au cours de cette période, les Dénisoviens ont partagé les lieux avec les Néandertaliens de -140 000 à -80 000 – et c’est pendant cette cohabitation qu’est née l’ado métisse.

Avril 2019
Homo Luzonensis, une nouvelle espèce aux Philippines
Dans la cavité de Callao, sur l'île de Luçon aux Philippines, on a exhumé en 2011 sept dents et quatre phalanges appartenant à trois hominines ayant vécu il y a entre 50 et 67 000 ans. Des analyses approfondies montrent que leurs phalanges de pieds leur permettaient de monter aux arbres, et la proportion de leurs molaires et prémolaires ne rentre dans aucune case connue... Il a fallu décrire une nouvelle espèce du genre Homo, contemporaine d'Homo sapiens. L'Homme de Callao présente des caractères «primitifs» et une petite taille en raison, peut-être, de son isolement insulaire. Il faut maintenant comprendre comment il a disparu. L’homme moderne est arrivé dans la région au moment où l’Homme de Luçon a cessé de laisser des traces...

Mai 2019
Les premiers habitants du Tibet étaient dénisoviens
Quelques fragments osseux retrouvés dans une grotte de l'Altaï, en Sibérie : voilà ce qui a permis de décrire en 2010 un nouveau groupe humain cousin de Néandertal, les Dénisoviens. La description d'une moitié de mandibule par les paléoanthropologues Fahu Chen et Jean-Jacques Hublin ramassée dans les années 80 au fond d'une grotte tibétaine, à plus de 3 000 mètres d'altitude, donne pour la première fois un visage à cette espèce disparue il y a 50 000 ans. Datée de 160 000 ans, cette demi-mâchoire se révèle en effet être le plus ancien fossile d’un hominine retrouvé à de telles altitudes, ce qui expliquerait pourquoi les Dénisoviens avaient une bonne adaptation à un environnement pauvre en oxygène. Ils auraient d'ailleurs légué cette capacité dans le patrimoine génétique des habitants des hauts plateaux tibétains.

Août 2019
Le plus vieux des australopithèques a enfin un visage
Il a un prognathisme sévère et des canines drôlement larges. Sa capacité crânienne, de l’ordre de 365 à 370 cm3, est également peu volumineuse. Et puis, sa crête osseuse – on dit sagittale – sur le dessus est très prononcée. Mais il est surtout quasiment complet et en très bon état de conservation. Exhumé en février 2016 sur le site de Woranso-Mille, dans le nord de l’Ethiopie, le crâne d’un Australopithecus anamensis donne pour la première fois une idée du visage de cette espèce, la plus vieille du genre. La datation de ce très beau fossile de 3,8 millions d’années suggère que l'espèce aurait cohabité au moins 100 000 ans avec Australopithecus afarensis (Lucy), hominine dont elle est l'ancêtre.

Octobre 2019
Au Botswana, un nouveau berceau de l’humanité très contesté

Au sud du Zambèze, il y a 200 000 ans, le désert de sel du pan de Makgadikgadi, les restes d’un très vieux lac dans le bassin du Kalahari, aurait été le berceau de notre espèce - il s’agissait alors d’une région marécageuse, verdoyante et fertile. À la faveur de conditions climatiques nouvelles, et de «corridors verts»,70 000 ans plus tard, ses occupants, nos ancêtres donc, auraient ensuite migré vers le nord-ouest, puis le sud-est jusqu’à sortir d’Afrique. C'est en tout cas ce qu'affirment des généticiens qui avancent avoir localisé la patrie originelle de l'«homme anatomiquement moderne». Ces conclusions vont toutefois à rebourg des découvertes fossiles récentes et de l'hypothèse la plus couramment admise aujourd'hui d'une émergence pan-africaine d'Homo sapiens au Pléistocène moyen il y a 300 000 à 200 000 ans.

Novembre 2019
Néandertal aimait les parures en serre d'aigles impériaux

Est-ce une preuve supplémentaire du rayonnement d’une culture symbolique commune aux derniers néandertaliens du sud de l’Europe? Exhumé en 2015 par des paléoanthropologues espagnols dans la grotte de Foradada, en Catalogne, un artefact vieux de 39 000 ans attribué à Homo neandertalensis, suggère de nouveau le goût prononcé de notre parent du paléolithique pour les parures en serres d’aigles impériaux. On ne sait pas, en revanche, s'il s’agissait d’ornements pour manifester son rang ou l’expression d’une certaine capacité d’abstraction néandertalienne.

Décembre 2019
En Indonésie, les plus vieilles représentations humaines mises au jour

Peints sur la paroi d'une grotte, huit chasseurs mi-humains mi-animaux encerclent une sorte de buffle nain. Vieilles de 44 000 ans, des œuvres rupestres découvertes en décembre 2017 dans la grotte calcaire de Leang Bulu’ Sipong, sur l'île indonésienne de Sulawesi, par l'équipe de l'archéologue Maxime Aubert sont vraisemblablement les plus vieilles peintures figuratives de la main de l'homme moderne. Ainsi, comme d'autres pièces d'art pariétal indonésiennes, elles supplantent celles de la grotte ardéchoise de Chauvet ou la grotte espagnole d’El Castillo, en Europe.

Décembre 2019
Les derniers Homo erectus ont disparu il y a environ 110 000 ans

De nouvelles datations de fossiles d'Homo erectus, découverts sur l’île indonésienne de Java dans les années 30, indiquent que les derniers spécimens de ce vieil hominine n'ont pas survécu au-delà de 108 000 ans – même si c'est bien plus tard qu'on ne le pensait. Elles confirment par ailleurs le caractère très buissonnant de la lignée humaine à cette époque et suggèrent que les bouleversements environnementaux de l'avant-dernière période interglaciaire sont peut-être responsables de cette disparition.

2020

Février 2020
Une espèce humaine «fantôme» hante l’ADN des Africains de l’Ouest

L’analyse du génome de populations d’Afrique de l’Ouest par des généticiens américains révèle l’apport d’une branche disparue de la lignée humaine dont il n’existe pour l’heure aucune trace fossile. Ainsi, des variations génétiques découvertes au sein de l’ADN des Yorubas et des Esan du Nigeria, des Mendé de Sierra-Leone et des Gabonais ne peuvent s’expliquer que par l’héritage de gènes issus d’une espèce humaine archaïque «fantôme» puisqu’on ne les retrouve ni dans le génome d’Homo sapiens, ni dans celui de l’homme de Néandertal, ni dans celui de l’homme de Denisova. Ce qui conduit à cette hypothèse : il y a 50 000 ans, cette espèce d’hominine inconnue a croisé sur son chemin les ancêtres de ces populations ouest-africaines, léguant 2% à 19% de leur patrimoine génétique.

Mars 2020
L'homme de Néandertal aussi était un sacré pêcheur

Moules, palourdes, tourteaux, cormorans, puffins, phoques gris et même dauphins en plus de proies terrestres... Des restes anciens de crustacés, mollusques, poissons, oiseaux et mammifères marins ainsi que des outils (des lames du type Levallois principalement) exhumés en très grande quantité dans la cavité de Figueira Brava, située à 30 kilomètres au sud de Lisbonne, suggèrent que les Néandertaliens – on y a retrouvé des restes de cet Homo éteint – pêchaient allégrement il y a entre 86 000 et 106 000 ans, durant la dernière période interglaciaire. Exit l’idée selon laquelle la capacité à s’adapter à un environnement côtier serait propre aux seuls Homo sapiens à partir du Paléolithique moyen.

Mai 2020
«Homo sapiens» officiellement européen depuis 45 000 ans

Des fouilles récentes, dans la grotte bulgare de Bacho Kiro, livrent aux paléoarchéologues les plus vieux fossiles humains attribués à notre espèce en Europe. Cette découverte capitale permet de retracer l’arrivée de l’homme moderne sur le continent il y a 45 000 ans environ par la voie danubienne augurant une «période d’interactions comme des échanges génétiques et la diffusion de comportements symboliques» auprès des Néandertaliens – présents, eux, sur le continent eurasiatique depuis 250 000 ans au moins – avant qu’une seconde vague aux alentours de 40 000 ans ne supplante sans que l’on en connaisse les déterminants exacts notre vieux cousin aujourd’hui éteint.

Juillet 2020
«Homo sapiens», américain bien avant l’heure

La découverte d'un site d'occupation humaine dans une grotte au nord Mexique, vieux de 19 000 à 26 500 ans ravive les discussions autour du peuplement de l'Amérique dont les chercheurs revisitent la chronologie. A partir des données de terrain (une compilation des datations au radiocarbone de 42 sites nord-américains, y compris la cavité de Chiquihuite), il est, selon les paléoarchéologues, envisageable de faire remonter l’arrivée des premières populations humaines en Amérique il y a au moins 30 000 ans, soit bien plus tôt qu’on ne le pensait au Pléistocène. Ce qui suppose, par conséquent, l’emprunt d’une route depuis le détroit de Béring par cabotage le long de la côte pacifique.

Source : Libération du 17/10/2019

jeudi 11 avril 2019

Quand plusieurs humanités peuplaient la Terre

La découverte aux Philippines d’une nouvelle espèce du genre « Homo » agrandit encore notre album de famille. Portraits de cousins parfois très proches, aujourd’hui disparus.

L’île de Luçon, aux Philippines, était habitée, il y a plus de 50 000 ans, par une espèce dont quelques restes fossiles découverts dans la grotte de Callao sont décrits dans la revue Nature, publiée mercredi 10 avril. Homo luzonensis s’ajoute ainsi à la liste déjà fournie de représentants du genre Homo, défini par trois critères : la bipédie permanente, l’augmentation du volume cérébral et l’utilisation d’outils – même si des pierres taillées vieilles de 3,3 millions d’années récemment découvertes au Kenya laissent penser qu’Homo n’a pas été la première lignée de bipèdes « technologiques ». Plusieurs de ces espèces d’Homo ont été contemporaines de la nôtre, à des époques où l’humanité ne se réduisait pas au seul Homo sapiens et pouvait se conjuguer au pluriel. Album d’une famille en constante recomposition.

Homo erectus


Aiguillonné par la découverte de Néandertal (1856) et par l’évolution selon Darwin (1859), Charles Dubois, un anatomiste néerlandais, s’était mis en tête de découvrir le maillon intermédiaire entre l’homme et les grands singes. Ses fouilles à Java mirent au jour, à partir de 1890, le pithécanthrope. L’Homme de Pékin, découvert en 1921, conduisit au rapprochement des deux fossiles, sous la même appellation d’Homo erectus. Des fossiles proches retrouvés en Afrique ont depuis été réattribués à une autre espèce, Homo ergaster, généralement considérée comme l’ancêtre d’Homo antecessor en Europe, tandis qu’erectus est désormais cantonné à l’Asie. Chasseur et cueilleur, il maîtrisait le feu et fabriquait des outils de pierre taillée. Peut-être était-il aussi navigateur, s’il est bien l’ancêtre d’Homo floresiensis en Indonésie et d’H. luzonensis aux Philippines ?

Homo naledi


Lorsque la découverte d’Homo naledi dans une grotte proche de Johannesburg (Afrique du Sud) a été annoncée en 2015, Lee Berger (université de Witwatersrand), responsable des fouilles, en aurait volontiers fait l’« ancêtre de l’humanité ». Son petit crâne poussait certains, dont Yves Coppens, à préférer voir en lui un australopithèque, plus archaïque. Depuis, la datation des quinze individus entassés au fond d’un boyau quasi inaccessible s’est affinée : environ 300 000 ans. Ses doigts de main recourbés en auraient fait un bon grimpeur, capable de se servir d’outils, tandis que ses pieds et ses jambes sont parfaitement adaptés à la marche. Lee Berger estime que la présence des fossiles au fond de la grotte pourrait témoigner de pratiques funéraires, mais l’hypothèse d’une mort accidentelle ne peut être écartée. Pour l’heure, aucun outil associé à Homo naledi n’a été retrouvé.

Homo floresiensis


Découvert en 2003 dans une grotte de l’île indonésienne de Florès, le « Hobbit », ainsi surnommé en référence au héros de Tolkien, a longtemps eu un statut incertain. Sa taille minuscule et la datation initiale très récente (12 000 ans seulement) ont conduit certains à le considérer comme un Homo sapiens nain ou atteint de microcéphalie. Ces vifs débats sont terminés : en 2016, de nouvelles datations ont été proposées. La grotte où il a été retrouvé aurait été occupée entre – 100 000 et – 60 000 ans. En 2017, la description de fossiles assez similaires, trouvés dans un site proche et datés de 700 000 ans, a enfoncé le clou : Homo floresiensis était présent en Indonésie bien avant l’arrivée de notre espèce. Quant au petit crâne du Hobbit, il ne semble pas l’avoir empêché d’être astucieux : les sites archéologiques sont jonchés de ses outils, et il maîtrisait le feu…

Homo neanderthalensis


On ne le présente plus, avec son front fuyant et sa réputation de brute. Pourtant, il a fait preuve d’une ingéniosité certaine pour s’adapter à de rudes périodes de glaciation. Bien des questions demeurent sur ses pratiques culturelles et funéraires, sa maîtrise de la parole. Certains soulignent sa production propre et veulent le réhabiliter, quand d’autres voient plutôt en lui un imitateur d’Homo sapiens, moins doué que l’original. Ce qui est certain, c’est que les deux espèces probablement issues d’un ancêtre commun qui vivait il y a 700 000 ans étaient toujours interfécondes 600 000 ans plus tard, comme l’analyse du génome de Neandertal l’a prouvé : les populations non africaines actuelles comptent en moyenne 2 % d’ADN néandertalien. La paléogénomique tente désormais de démêler cet écheveau familial, et de mieux nous définir par rapport à cet héritage néandertalien.

Denisova


C’est une entité humaine en pointillé, définie d’abord par son ADN – une première ! –, plutôt que par les caractéristiques anatomiques d’un fossile : ses découvreurs ne lui ont pas encore donné de dénomination latine binomiale, car ce qui a permis de l’identifier était une minuscule phalange, vieille de plus de 50 000 ans, trouvée en 2008 dans la grotte de Denisova, dans l’Altaï, et attribuée à une jeune fille. Des vestiges plus anciens (200 000 ans) ont depuis été trouvés ainsi qu’un fragment osseux dont on a pu aussi tirer de l’ADN : nouvelle surprise, il s’agissait d’une métisse datant de 100 000 ans, dont la mère était une néandertalienne et le père, un dénisovien. Homo sapiens n’est pas non plus resté insensible au charme dénisovien: on a retrouvé de 3 à 5 % d’ADN dénisovien chez des Papous et des aborigènes d’Australie, lointains descendants de ces amours antédiluviennes.

Homo luzonensis


C’est le dernier venu dans la famille Homo, décrit dans la revue Nature le 10 avril, à partir de treize fossiles appartenant à au moins trois individus : des dents, des os de pieds et de main et un fémur partiel. Le mélange de caractères archaïques et dérivés (modernes) a conduit leurs découvreurs à proposer une nouvelle espèce, qui peuplait cette île des Philippines il y a plus de 50 000 ans. Comme pour Homo floresiensis, l’isolement aurait conduit à une évolution séparée à partir d’un ancêtre qui pourrait être le responsable de marques de boucherie trouvées sur des restes de rhinocéros vieux de 700 000 ans, trouvés eux aussi à Luçon, à quelques kilomètres à vol d’oiseau.

Homo sapiens


Notre espèce réserve encore des surprises aux paléontologues. On a longtemps cru qu’elle était née il y a 100 000 ans en Afrique de l’Est, et qu’elle avait entamé sa conquête de la planète il y a environ 60 000 ans. Deux études récentes ont chamboulé ces scénarios. La découverte au Maroc de fossiles de sapiens vieux de 315 000 ans, annoncée en juin 2017, vieillissait de 100 000 ans le registre fossile pour notre espèce. Et plaidait pour son origine « panafricaine », d’autant que les outils retrouvés sur place en évoquent d’autres trouvés ailleurs en Afrique, parfois plus anciens encore. Autre surprise : la découverte sur le mont Carmel, en Israël, d’une demi-mâchoire vieille de 180 000 ans, annoncée début 2018, montre que notre espèce était déjà dans les starting-blocks pour conquérir la planète bien plus tôt qu’on ne l’avait imaginé.


Source : Le Monde du 10/04/2019

vendredi 12 mai 2017

Homo naledi : sa surprenante jeunesse est confirmée

Homo naledi est peut-être la plus ancienne espèce du genre Homo capable d'enterrer ses morts. Aujourd'hui, c'est officiel : il était bien présent en Afrique du Sud il y a entre 236.000 et 335.000 ans. Ses représentants pourraient donc avoir côtoyé l'Homme moderne, qui serait apparu il y a 200.000 ans.

Homo naledi est une nouvelle espèce d’hominine présentant des caractéristiques primitives et modernes. Celle-ci a été découverte il y a quelques années en Afrique du Sud.
Doué d’un petit cerveau, Homo naledi n’en était pas moins capable d’enterrer ses morts dans une grotte pour les protéger des charognards, ce qui est très étonnant.
L’âge des fossiles retrouvés vient d'être précisé : entre 236.000 et 335.000 ans, et pas quelques millions d’années comme on pouvait le penser.


Il y a presque deux semaines, Futura relayait la nouvelle : le paléontologue Lee Berger avait annoncé dans une interview accordée à National Geographic que les restes fossilisés de Homo naledi avaient finalement pu être datés. L'âge obtenu était compris entre 200.000 et 300.000 ans, ce qui, bien que moins révolutionnaire que s'il avait été compris entre un et deux millions d'années, n'en restait pas moins étonnant pour ce représentant du genre Homo.

Ses caractéristiques anatomiques sont en effet un étrange mélange :
  • Un cerveau minuscule, de la taille d'une orange.
  • Haut d'environ 1,5 mètre, il pesait environ 45 kilogrammes.
  • Les dents et le crâne de Homo naledi sont semblables à ceux des premiers membres connus du genre Homo, à savoir Homo rudolfensis et Homo habilis, qui sont apparus il y a environ deux millions d'années.
  • Les épaules sont cependant plus semblables à celles des singes et les doigts, extrêmement courbés, suggèrent une capacité d'escalade.
  • Les pieds sont pourtant semblables à ceux des humains modernes ; les jambes, relativement longues, suggèrent qu'il était bien adapté à la marche sur de longues distances.



Les caractéristiques anatomiques de Homo naledi sont donc archaïques par bien des aspects, ce qui aurait tendance à le placer proche de Homo habilis sur l'arbre phylogénétique des hominines. Toutefois, ses caractéristiques sont bien plus évoluées par d'autres aspects. Ainsi, malgré son petit cerveau, Homo naledi semblait bien avoir délibérément enterré ses morts, un comportement sophistiqué que l'on ne connaissait jusqu'ici qu'avec l'Homme de Néandertal et l'Homme de Cro-Magnon. Lee Berger, chef des équipes ayant découvert et étudié les fossiles de Homo naledi, envisageait donc que celui-ci pouvait bien être à l'origine de certains outils en pierre taillée assez avancés, retrouvés dans la région d'Afrique du Sud où avait vécu Homo naledi.

Cependant, ces hypothèses dataient de 2015 et on ne savait toujours pas par quels moyens les chercheurs étaient finalement parvenus à dater les fossiles ni quel âge exact ils avaient obtenu. On n'en savait pas plus non plus sur la découverte annoncée d'une deuxième grotte.

Six méthodes de datation convergentes pour Homo naledi

Ce n'est plus le cas désormais, comme le montre une publication dans le journal eLife et plusieurs communiqués (voir ci-dessous) en provenance des universités à la pointe des recherches sur Homo naledi ainsi que la mise en ligne d'une vidéo dans laquelle Lee Berger fait un point rapide sur les dernières découvertes.

Young Homo naledi surprises ;
JCU team says hominid lived alongside modern humans.

Les fossiles retrouvés dans les grottes de Rising Star, en Afrique du Sud, ont un âge compris entre 236.000 et 335.000 ans, donc pendant le Pléistocène moyen, ce qui confirme que Homo naledi a très probablement côtoyé Homo sapiens. La détermination de cet âge n'a pas été une mince affaire. En effet, 10 laboratoires et 19 chercheurs ont été mis a contribution et 6 méthodes différentes ont été utilisées sous l'égide du professeur Paul Dirks de la James Cook University, en Australie.

Futura avait interrogé deux des collègues de Paul Dirks au sujet de la découverte de Homo naledi, à savoir Eric Roberts et Cassian Pirard. Ceux-ci avaient répondu à nos questions (voir l'interview ci-dessous) avec l'aval de Paul Dirks. Voici celle qui nous intéresse le plus aujourd'hui.

Futura : Quelles méthodes de datation ont été tentées ? Y a-t-il de l'espoir dans un avenir proche d'obtenir une datation et si oui comment ?

Eric Roberts : Nous avons essayé plusieurs techniques, dont la datation par l'uranium-plomb. Nous avons eu des problèmes pour obtenir un âge jusqu'à présent. Mais nous progressons et nous emploierons tout ce qui est possible pour obtenir un âge précis et fiable pour les fossiles. Nous pensons réussir, mais ça va prendre du temps.

Cassian Pirard : Les datations U-Th-He sur les encroûtements carbonatés n'ont rien donné jusqu'à présent, faute d'une technique adéquate. Mais Jan Kramers, un célèbre géochronologiste présent parmi les auteurs de l'article de eLife, est en train de développer une méthode appropriée pour dater de manière plus adéquate les spéleothemes, appelés plus couramment concrétions, de Rising Star. Des échantillons de sédiments carbonatés sont d'ailleurs en cours d'analyse dans notre université et devraient donner des résultats plausibles d'ici quelques mois, en utilisant les séries de désintégration de l'uranium. Cela nous donnera un âge minimum pour les fossiles.

Une datation des sédiments par OSL (Optically Stimulated Luminescence) va être tentée également ainsi qu'une datation directe des dents de Homo naledi par ESR (Résonance de spin électronique). Elle pourrait finalement nous donner un âge, même si c'est avec des barres d'erreurs assez importantes.

Avec le recul, on ne peut que saluer la clairvoyance des chercheurs de la James Cook University. Les datations directes ont bien été effectuées sur des dents de Homo naledi en utilisant la méthode ESR ainsi que celle des déséquilibres des familles de l'uranium dans le cadre des tests en double aveugle. Les datations indirectes, quant à elles, ont bien été effectuées avec la méthode OSL pour les sédiments, jointe à la méthode par l'uranium-thorium, complétée par l'étude du magnétisme rémanent dans les spéléothèmes.

Comme l'explique Lee Berger dans la vidéo ci-dessus, les recherches continuent et d'autres fossiles de Homo naledi ont été découverts dans une nouvelle grotte appelée Lesedi.

Source : Futura Sciences du 10/05/2017

jeudi 11 mai 2017

Homo sapiens et Homo Naledi auraient cohabité en Afrique il y a 300 000 ans

Lignée humaine. Des hominidés primitifs, de l'espèce Homo naledi, ont peut-être cohabité en Afrique avec les premiers Homo sapiens, ont avancé mardi pour la première fois des scientifiques, un scénario qui complique encore un peu plus l'arbre généalogique de l'espèce humaine. Selon leurs travaux, la datation de fossiles exhumés en 2013 d'une grotte du site de Maropeng, près de Johannesburg, suggère que ces cousins très éloignés y ont vécu il y a 200 000 à 300 000 ans, en même temps que les premiers hommes modernes. Ces ancêtres sont une nouvelle espèce dont la découverte a fait couler beaucoup d'encre.

En 2015, le très controversé paléontologue américain Lee Berger avait fait la une des médias en annonçant avoir mis au jour à Maropeng une très riche collection de 1 500 ossements appartenant à une quinzaine d'hominidés d'un type inédit. Leur examen a révélé le portrait d'un humanoïde étonnant, doté à la fois des caractéristiques d'espèces vieilles de plusieurs millions d'années, comme un tout petit cerveau, et d'autres bien plus récentes, telles que des pieds de marcheur contemporain et des mains capables de tenir des outils. Lee Berger avait aussitôt rangé sa trouvaille dans le genre Homo, celui de l'homme moderne. Mais faute d'avoir pu dater ses fossiles, il s'était attiré les foudres de nombreux collègues qui leur avaient dénié toute nouveauté. Mardi, le professeur de l'université du Witwatersrand et son équipe ont dévoilé l'âge de ces ossements. Des cas de cohabitation entre espèces ont déjà été identifiés. En Europe par exemple, l'homme de Neandertal a croisé la route des Homo sapiens que nous sommes avant de s'éteindre il y a 30 000 ans. Mais ce scénario n'avait jamais été avancé pour l'Afrique.

Source : Libération du 09/05/2017

vendredi 18 septembre 2015

Lee Berger, père controversé de l'Homo naledi

Le "chasseur de fossiles" de National Geographic, Lee Berger, a baptisé sa nouvelle trouvaille, l'Homo naledi, dont l'existence a été révélée ce jeudi. Mais ses méthodes peu orthodoxes divisent la communauté scientifique.

Lee Berger "adore raconter des histoires. Des histoires aussi belles que possible", lâche William Jungers, président de la faculté de sciences anatomiques à la Stony Brook University (New York) à PBS. Après la découverte en Afrique du Sud de l'Homo naledi, notre hypothétique ancêtre, nombreux sont les chercheurs qui, comme William Jungers, restent prudents en raison du profil controversé de "trouveur" des ossements.



Le paléoanthropologue américain de 49 ans irrite la communauté scientifique. C'est peu dire. Il serait trop médiatique, trop léger... "J'adore le processus de la découverte, le processus de l'exploration. J'adore voir de nouvelles choses", confie Lee Berger à PBS, avec son enthousiasme habituel. Est-ce le directeur de l'unité de paléoanthropologie à l'Institut de paléontologie de l'université du Witwatersrand (Afrique du Sud) qui parle, ou bien le gamin de Géorgie devenu le "chasseur de fossiles" attitré de National Geographic?

"Papa, j'ai trouvé un fossile!"

Lee Berger a d'ailleurs transmis le virus à ses proches... C'est même lors de vacances en famille ou en balade avec son fils qu'il a déjà fait quelques découvertes. "Papa, j'ai trouvé un fossile", dit ainsi le jeune Matthew Berger, 9 ans, alors qu'il grattait le sol à 15 mètres de son père, en Afrique du Sud, en 2008. [Voir la vidéo ci-dessous, à 14'] Le fossile en question était une clavicule appartenant à un enfant qui a vécu il y a environ 2 millions d'années, raconte Bloomberg. Des recherches supplémentaires ont mis au jour d'autres ossements de l'Australopithecus sediba et donné lieu à deux articles publiés dans la revue Science.



Cette fois, c'est sur les réseaux sociaux qu'il a trouvé ses associés, plus professionnels. "Chers collègues, j'ai besoin de l'aide de la communauté entière", a-t-il lancé sur Facebook en octobre 2013. Deux ans plus tard, ils sont une cinquantaine de chercheurs associés à signer l'article révélant l'existence de l'Homo naledi au monde. Et à le remercier pour cette invitation qui secoue les pratiques habituelles du milieu scientifique.

"Il y a plein de fossiles que personne n'a jamais vus, sauf quelques personnes sélectionnées. La paléoanthropologie est un milieu assez pourri à ce niveau-là", souligne l'une d'entre eux, Tracy Kivell, de l'Université du Kent, à Canterbury, cité par la revue Nature. Son confrère Denné Reed, de l'Université du Texas, à Austin, renchérit: "Nous voulons partager les données. Les avantages de la collaboration pèsent bien plus que les risques..." En clair, Lee Berger parle à cette génération de chercheurs qui utilisent le hashtag #icanhazpdf sur Twitter pour obtenir des documents inaccessibles par les canaux classiques.



Pure jalousie ou prudence légitime ?

Mais cette démarche "rafraîchissante" pour certains incite aussi à la prudence. Tout le monde n'a pas oublié l'affaire de Palau en 2006. Face caméra, dans un documentaire de National Geographic, Lee Berger s'enflamme au sujet de fossiles retrouvés sur l'île de Micronésie. Il en est sûr, ces os ont appartenu à une espèce encore inconnue de Pygmées, des humains dont la taille est réduite en raison, suppose-t-il, des maigres ressources nutritionnelles de cette île. Il le baptise, comme à son habitude: c'est "l'homme de Palau".

Problème: la tribu naine n'en était pas une, les os appartenaient sans doute à des jeunes habitants de l'île, où la nourriture abonde par ailleurs. L'affaire "illustre combien la science peut se retrouver prise dans les filets de l'entertainment", conclue Nature. L'émission dont Lee Berger est la star sur National Geographic a même pour slogan "entertainment first, science second", faisant explicitement passer le sérieux scientifique au second plan. L'Homo naledi ne serait-il qu'un nouveau moyen de s'offrir un "coup de pub", au moment même où la Fox met la main sur National Geographic ?

Lee Berger se fiche ouvertement des gardiens du temple qui l'attaquent notamment sur la datation trop imprécise des ossements. Une question pourtant centrale: "Cela peut devenir une découverte très importante, mais c'est l'âge géologique qu'on pourra attribuer à ces spécimens qui le dira", commente pour Le Monde Michel Brunet, découvreur de Toumaï (7 millions d'années), au Tchad. "Peu importe leur âge, cela va transformer notre métier", répond Lee Berger, toujours optimiste. Et malgré ses méthodes orthodoxes ou non, comme le rappelle son confrère William Jungers, "c'est lui qui a les fossiles".

Source : L'Express du 11/09/2015