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samedi 23 avril 2022

jeudi 25 novembre 2021

L'australopithèque qui marchait comme un humain

Les premiers hominidés utilisaient leurs membres supérieurs pour grimper comme des singes et leurs membres inférieurs pour marcher comme des humains. C'est ce que montre l'analyse de vertèbres d'Australopithecus sediba, vieux de 2 millions d'années et découvert en Afrique du sud.

Oh la jolie lordose ! La courbe orientée vers l'avant des vertèbres dorsales d'Issa, ("protectrice" en swahili), une femelle Australopithecus sediba vieille de 2 millions d'années découverte en Afrique du Sud, a complètement fait chavirer ses découvreurs et découvreuses. Elle atteste que cette hominine, dont l'espèce a été décrite pour la première fois en 2010, "marchait tranquillement sur ses deux pieds, en bonne bipède, comme une humaine", explique le professeur Scott Williams de l'Université de New York et de l'Université Wits.

Des ossements découverts en 2015

L'analyse des vertèbres (voir l'image ci dessous), facilitée par un passage au scanner, vient d'être publiée dans la revue e-Life. Les précieux ossements ont été découverts en 2015 lors des fouilles d'une piste minière longeant le site de Malapa sur le site du patrimoine mondial du "Cradle of Humankind" (Berceau de l'humanité), au nord-ouest de Johannesburg (Afrique du Sud).

Les vertèbres (en couleur) d'Australopithecus sediba forment une courbe orientée vers l'avant, comme chez les humains bipèdes.

Un bas du dos différent des grands singes ou des néandertaliens

"La région lombaire est essentielle pour comprendre la nature de la bipédie chez nos premiers ancêtres et pour comprendre à quel point ils étaient bien adaptés à la marche sur deux jambes", explique Scott Williams, premier auteur de l'article. "Les séries associées de vertèbres lombaires sont extraordinairement rares dans les archives fossiles d'hominidés, on n'a trouvé que trois apophyses épineuses [ces ailettes qui servent de point d’ancrage aux ligaments, NDLR] comparables à celles d'Issa dans l'ensemble des archives fossiles africaines! Les travaux montrent que l'A.sediba possédait bien 5 vertèbres lombaires, comme les humains et qu'elle présentait une lordose plus marquée que celle de tout autre australopithèque. "Cela démolit des analyses antérieures, menées par d'autres équipes, qui suggéraient que les A.sediba avaient une colonne vertébrale aussi droite que celle des singes, ou des lordoses faiblement marquées, comme les néandertaliens ou d'autres espèces plus primitives d'anciens hominidés âgés de plus de deux millions d'années", jubile le professeur Lee Berger, de l'Université du Witwaterstrand, qui dirige les fouilles de Malapa.

"D'autres caractéristiques du squelette suggèrent une puissante musculature du tronc, peut-être pour des comportements arboricoles", ajoute la professeure Gabrielle Russo de l'Université Stony Brook, co-auteure de l'étude. A.sediba avait conservé des aptitudes réelles à l'escalade et la brachiation (voir la reconstitution ci-contre).

L'une des principales questions en suspens sur les origines des premiers Homo consiste à savoir quand et pourquoi ils ont abandonné cette combinaison de traits pour ne conserver que la bipédie.L'étude conclut que A. sediba est une forme transitionnelle d'ancien parent humain et que sa colonne vertébrale est clairement de forme intermédiaire entre celles des humains modernes (et des Néandertaliens) et des grands singes. Comme le résume Lee Berger: "Issa marchait comme un humain, mais pouvait grimper comme un singe" .

Source : Sciences et Avenir du 24/11/2021

vendredi 8 septembre 2017

En Crète, des empreintes de pas remettent en cause l'évolution humaine

De mystérieuses empreintes fossilisées datant de 5,7 millions d'années ont été trouvées en Crète. Selon certains chercheurs, il pourrait s'agir de traces d'hominines. Mais, si tel est bien le cas, il faudrait alors totalement repenser l'origine du genre Homo.

Un article publié récemment dans Proceedings of the Geologists' Association par les membres d'une équipe internationale de chercheurs (essentiellement des chercheurs polonais en géosciences) fait quelques vagues dans le petit monde de la paléontologie. Elle porte sur une découverte dont l'interprétation, si elle venait à être avérée, serait fort intéressante, mais peut-être pas aussi révolutionnaire tout de même (quoique) que la découverte d'Homo naledi ou que celle des restes fossilisés d'Homo sapiens primitifs sur le site de Djebel Irhoud, au Maroc.

Tout commença en 2002, lorsque le paléontologue polonais Gerard Gierlinski tomba par hasard sur ce qui semblait être des empreintes fossiles de mammifères dans une couche sédimentaire, lors de ses vacances en Crète. Le chercheur ne revint vraiment sur le site qu'en 2010 ; c'est alors que des recherches plus approfondies débutèrent dans la région de Trachilos, près de la ville de Kissamos, située à l'ouest de l'île. Une véritable piste, avec 29 traces de pas dont les tailles sont comprises entre 9,9 et 22,3 cm de longueur, fut finalement découverte. Or, selon les chercheurs, ces traces proviendraient de bipèdes et, surtout, de mammifères dont les pieds seraient ceux d'hominines, ce qui les rattacherait directement à nous.

Des hominines qui traversent une Méditerranée à sec ?

Les chercheurs ont bien évidemment voulu dater leur trouvaille. Ils ont été aidés en cela par la présence de foraminifères dans la strate sédimentaire portant les empreintes de pas supputées. Il faut savoir que ces micro-organismes marins évoluent avec le temps, ce qui fait d'eux des marqueurs temporels efficaces pour dater une couche dans laquelle ils se trouvent fossilisés. Dans un premier temps, un âge compris entre 8,5 et 3,5 millions d'années fut ainsi obtenu. Ces traces sont donc au moins aussi anciennes que celles de Laetoli, découvertes en Tanzanie en 1978 et qui sont datées d'environ 3,5 millions d'années (très célèbres, elles sont attribuées aux australopithèques).

Mais comment diable des hominines primitifs de cette époque, tout juste en train de développer des outils rudimentaires, auraient-ils bien pu traverser la Méditerranée ? C'est oublier un peu vite la fameuse crise de salinité messinienne, c'est-à-dire un assèchement important, et peut-être même complet, de cette mer du fait de la fermeture temporaire du détroit de Gibraltar, provoquée par les mouvements de la tectonique des plaques. Transitoire, cet assèchement s'est produit pendant le Messinien, à la fin du Miocène, il y a 5,96 à 5,33 millions d'années. Or, justement, les études stratigraphiques montrent que la couche trouvée en Crète est proche d'une couche repère bien connue de cet évènement. Nous savons donc que les bipèdes ayant laissé ces traces devaient vivre il y a environ 5,7 millions d'années. Une bonne partie de la Méditerranée ressemblait alors à la dépression de l’Afar et le Sahara n'était pas un désert mais une savane africaine.

La Crète n'étant alors pas une île, les traces de Trachilos pourraient bien avoir été laissées par des hominines. Mais certains paléoanthropologues le nient sur la base de la structure de ces empreintes qui, hélas, ne sont pas d'une qualité suffisante pour que le débat soit tranché rapidement. Or, jusqu'à présent, les traces d'hominines datant de plus de 2 millions d'années ont toutes été retrouvées en Afrique. Il faudrait donc en conclure que ces hominines auraient pu s'aventurer au-delà plus tôt qu'on ne le pensait. D'ailleurs, c'est bien ce que certains pensent déjà en se basant sur des découvertes de dents appartenant au grécopithèque (Graecopithecus freybergi) qui, bien que cela soit débattu, pourraient faire de lui l'ancêtre du genre Homo, ce qui bouleverserait nos idées sur nos origines.

Ce qu'il faut retenir
  • Une piste, avec ce qui semble être 29 traces de pas, dont les tailles sont comprises entre 9,9 et 22,3 cm de longueur, a été découverte en Crète.
  • Selon les chercheurs à l'origine de cette découverte, ces traces proviendraient de bipèdes et, surtout, de mammifères dont les pieds seraient ceux d’hominines et pas de singes. D'autres chercheurs ne sont pas d'accord.
  • Si tel est bien le cas, étant âgées d'environ 5,7 millions d'années, ces traces pourraient conduire à repenser la chronologie et la structure de l'arbre des hominines menant à Homo sapiens.

Source : Futura Sciences du 04/09/2017

mardi 5 septembre 2017

Des préhumains ont-ils marché en Crète il y a 5,7 millions d’années ?

Des traces de pas auraient été laissées par un préhumain, il y a 5,7 millions d’années en Méditerranée. Si la découverte se confirme, elle indiquerait que nos grands ancêtres ont occupé une aire biogéographique dépassant la seule Afrique.



Ce ne sont que 29 traces de pas, mais elles pourraient nous obliger à revoir la marche de l'histoire ! Découvertes en 2002 par un géologue polonais sur le site de Trachilos, en Crète (voir la carte ci dessous), elles viennent en effet d'être datées de -5,7 millions d'années et attribuées à un homininé (c'est-à-dire un grand ancêtre des humains) plus jeune que Toumaï, mais bien plus vieux que les australopithèques (lire l'encadré ci dessous). "Cette recherche, publiée dans les Proceedings of the Geologist association prête à controverse, parce qu'elle suggère que les premiers ancêtres des humains vivaient dans le sud de l'Europe aussi bien qu'en Afrique de l'est" conviennent deux des auteurs, Matthew Robert Bennett, professeur de géographie environnementale à l'Université de Bournemouth (Grande Bretagne) et Per Ahlberg, professeur de biologie évolutionnaire à l'Université d'Uppsala (Suède).

Homininés, Hominidés, kesaco ? Selon le vocabulaire en usage chez la majorité des scientifiques, les homininés regroupent les hommes (Homo) et leurs ancêtres fossiles (Toumaï, Orrorin, australopithèques, kenyanthropes et ardipithèques). Les hominidés regroupent l'homme actuel, le chimpanzé, le bonobo, le gorille et l'orang-outan.

Ces traces de pas ont deux millions d'années de plus que celles de Laetoli, jusqu'alors les plus anciennes connues au monde. Elles auraient été faites par "quelqu'un marchant debout sur ses jambes" et chaussant du 35 maximum, puisqu'elles mesurent entre 9,4 cm et 22,3 cm. Leur forme seraient très similaires à celles des humains. "Les autres primates laissent des empreintes très différentes, leur pied ressemble plus à une main, avec un gros orteil écarté comme un pouce", soulignent les auteurs. Dépourvues de griffes, ces pieds seraient également dotés de coussinets proches de ceux des plantes humaines.

Pas de quoi convaincre le paléoanthropologue Zach Throckmorton, professeur d'Université à l'école de médecine de l'université du Michigan (Etats-Unis) : "Les traces de pas ne constituent pas des indicateurs fiables de l'architecture du squelette du pied, conteste t-il. Pour moi, ce gros orteil est un orteil de singe et non d'humain, vu son positionnement. Ou alors, celui qui a laissé l'empreinte souffrait du plus énorme hallux valgus (une déformation du gros orteil appelée oignon) qu'il m'ait été donné de voir ! " précise t-il malicieusement.

il y a 5,6 millions d’années, la Méditerranée était totalement asséchée

Quoiqu'il en soit, les traces ont été laissées sur une bande de sable, proche de l'ancien lit d'une rivière. Leur datation a été faite à partir de l'analyse de foraminifères, des micro-organismes marins fossiles dont l'évolution très rapide, au cours du temps, donne de bons jalons aux préhistoriens et biogéographes. Or, il y a 5,6 millions d'années, la Méditerranée s'est entièrement asséchée. Cet évènement extraordinaire a laissé des sédiments faciles à interpréter.

Les chercheurs situent le berceau de l'humanité en Afrique, là où ont été faites les plus anciennes ou spectaculaires découvertes, de Toumaï aux premiers Homo, en passant par Orrorin, Ardipithecus ou encore les australopithèques (voir l'encadré ci dessous et lire notre Hors série n°183, La Grande Histoire de l'humanité). Mais si la découverte se confirme, il faudra admettre que des homininés arpentaient également les pourtours de la méditerranée il y a 5,7 millions d'années.

Les plus anciens fossiles ou traces de préhumains connus sont Sahelanthropus alias Toumaï (-7 millions d'années) et Orrorin (-6 Ma) auquel s'ajoute l'étrange Graecopithecus (-7,2 Ma), un primate qui vient d'être reclassifié en homininé. Les traces de pas de Trachilos ont -5,7 millions d'années. Ardipithecus Kaddaba a environ le même âge. Les traces de pas de Laeotoli ont seulement 3,8 millions d'années et sont attribuées à des Australopithecus. Crédit GPA.

A l'époque, au miocène tardif, le désert du Sahara n'existait pas, des environnements de savane s'étendaient du nord de l'Afrique l'est de la Méditerranée. De surcroît, la Crète n'était pas encore détachée de la Grèce. "Dans ces conditions, il n'est pas difficile d'imaginer que les premiers homininés avaient une aire de distribution à travers tout le sud de l'Europe et toute l'Afrique et qu'ils ont pu laisser leurs empreintes sur un rivage méditerranéen" souligne Matthew Robert Bennett.

Reste une question : qui a laissé ces empreintes ? On savait déjà que des singes fossiles vivaient au Miocène dans cette région du monde. Mais pourrait-il vraiment s'agir d'un homininé, d'un préhumain ? Une étude vient donner un peu de crédit à l'hypothèse. Par une bienheureuse coïncidence, au début de l'année 2017, des chercheurs allemands, grecs et bulgares ont en effet réexaminé les restes d'un primate de Grèce et de Bulgarie, le Graecopithecus, vieux de – 7,2 millions d'années et… conclu qu'il s'agissait bien d'un homininé, le premier connu hors d'Europe. Leur analyse, reposant sur une mâchoire et une dent, a été très critiquée. Mais pour les découvreurs des traces de Crète, ce bonhomme fossile, surnommé "El Graeco" ou plutôt l'un de ses descendants, pourrait être le promeneur de Trachilos. Une nouvelle controverse est en marche.

Source : Sciences et Avenir du 01/09/2017

vendredi 23 décembre 2016

Des empreintes découvertes en Tanzanie montrent que certains australopithèques étaient baraqués

Une seconde piste d'australopithèques a été découverte sur le site mythique de Laetoli, en Tanzanie. Ces empreintes auraient été laissées par deux cousins de Lucy possiblement un mâle, une femelle. L'un des deux est l'australopithèque le plus costaud jamais découvert.

GÉANT. C’était un géant pour son espèce. L’australopithèque le plus costaud jamais découvert dans la famille de Lucy l’Australopithecus afarensis chaussait du 42 avec ses pieds de 27 cm! Et il pouvait manger la soupe sur la tête de ses congénères, "puisqu’il les dépassait tous au minimum d’une bonne vingtaine de centimètres, avec ses 1,m 65 pour 44 à 48 kg". Sans parler de Lucy, qui frôlait à peine les 1,06 m et fait désormais figure de naine de la famille. Telles sont les conclusions des chercheurs italiens et éthiopiens qui ont analysé les empreintes que cet hominidé a laissé il y a 3,66 millions d’années sur le site de Laetoli, en Tanzanie aux côtés de celles d'un individu plus petit.

De nouvelles traces de pas ont été découvertes dans les laves de Laetoli, en Tanzanie, vieilles de 3,66 millions d'années. Celles ci, mesurant 27 cm, appartiendraient à un mâle. les couleurs, du bleu vers le rouge, indiquent la profondeur de l'empreinte.

Elles se trouvaient à 150 mètres à peine de l’endroit où la célèbre paléontologue britannique Mary Leakey avait déjà exhumé, il y a 40 ans, une première série d’empreintes, appartenant à trois A. afarensis de taille différente. "Les nouvelles traces ont probablement été laissées par des individus du même groupe", estime Fidelis Masao, de l’université Daar es Salaam, en Tanzanie premier signataire de l’étude. Les deux séries d’empreintes appartiennent à des individus marchant dans la même direction, vers le nord-ouest, et ont été découvertes dans la même couche de tuf datée de 3,66 millions d’années. Du coup, les chercheurs imaginent un clan d’hominidés fuyant une éruption du volcan Sadiman (aujourd'hui éteint), tout comme des dizaines d’autres animaux dont on a retrouvé les pas. La cendre, mêlée à de l’eau, a formé une sorte de ciment, avant d’être recouverte par d’autres couches de cendres.

Surnommé Chewie en hommage à Chewbacca de "Star Wars"

Les empreintes laissées par le géant"Chewbacca" en gris foncé et un individu plus petit, ont été découvertes sur le site de Laetolie en Tanzanie déjà célèbre pour ses traces de pas.

La nouvelle piste, découverte à l’occasion de travaux visant à la création d’un musée et à la préservation du site, fait 32 mètres de long et comporte 12 traces de pas du grand gaillard, surnommé Chewie, (en référence à Chewbacca, le gigantesque personnage velu de la saga Star Wars) mais aussi une empreinte d’un individu plus petit, mesurant 1,46 m pour 39 kg. Pour parvenir à ces estimations, les chercheurs ont utilisé des modèles qui analysent notamment la profondeur des empreintes et la forme des pieds, comparée avec ceux d'autres ossements exhumés dans la région. La famille des Australopithecus afarensis est réputée avoir vécu entre -3,8 millions d'années et -3,2 millions d'années dans ce qui forme aujourd'hui l'Éthiopie et la Tanzanie, en Afrique de l'Est.

Les trois premiers australopithèques analysés par Mary Leakey dans les années 1970 mesurent, eux, entre 1,10 et 1,45 m et pèsent entre 20 et 35 kg. Au total, ce sont donc cinq individus de taille différente dont disposent désormais les scientifiques sur ce site situé non loin du lac Turkana. Conclusions ? "Il existait chez les hominidés des variations de taille plus importantes qu’on ne le pensait", souligne Marco Cherin, de l’université de Pérouse, en Italie, cosignataire de l'article. Ce qui bouscule une idée selon laquelle la corpulence des hominidés s’est développée plus tardivement, au moment de l’accroissement du cerveau, il y a 2,5 millions d’années. Pour les chercheurs, les plus grandes empreintes auraient pu être laissées par des mâles, les plus petites par des femelles ou des juvéniles. Ce qui leur fait penser que "ces australopithèques avaient une structure sociale similaire à celles des gorilles où un mâle dominant — le dos argenté — règne sur un harem de femelles plus petites".

Source : Sciences et Avenir du 21/12/2016

dimanche 18 décembre 2016

Les traces du plus grand Australopithèque connu

De nouvelles empreintes d'Australopithèque découvertes sur le site de Laetoli, en Tanzanie, auraient été laissées par un individu bien plus grand que ses congénères.

Le son ressemblait plus à un « sploutch » qu'à un bruit sourd, alors que le grand Australopithèque mâle traversait la savane d'Afrique de l'Est. Une éruption volcanique avait laissé une patine de cendre grise sur le sol, et les orages qui avaient suivi avaient transformé la terre en ciment humide. Sploutch, sploutch. Quatre individus plus petits marchaient non loin derrière. Sploutch, sploutch, sploutch. Un peu plus tard, la cendre tomberait encore du ciel, couvrant leurs traces durant les 3,66 millions d'années suivantes.

Les premières traces de ce voyage - les empreintes de pas de trois individus, qui sont les plus anciennes connues parmi tous les parents de la famille humaine - ont été découvertes dans les années 1970 au nord de la Tanzanie par l'anthropologue Mary Leakey et son équipe. Quelque 40 ans plus tard, les chercheurs ont mis au jour d’autres d'empreintes d'homininés sur le même site, désormais célèbre, de Laetoli. Elles rassemblent les traces de deux autres individus, dont celles d'un mâle qui aurait pesé environ 48 kilogrammes pour 1,65 mètre de haut, ce qui en fait de loin le plus grand Australopithèque connu dans le registre fossile. Les chercheurs l'ont nommé Chewie, en référence à Chewbacca, le personnage poilu de 2 mètres de haut de la saga Star Wars (le mot swahili signifiant léopard, chui, se prononce de façon similaire).

Les nouvelles empreintes de Laetoli, décrites dans un article publié le 14 décembre dans la revue eLife, suggèrent que les premiers homininés avaient peut-être une structure sociale semblable à celle des gorilles, où un grand mâle domine un groupe de petites femelles. Ces empreintes posent également la question épineuse de leur préservation.

Des empreintes fragiles

Les nouvelles empreintes ont en effet été découvertes lors des travaux entrepris pour préserver la piste d’empreintes originales, de 23 mètres de long. Menacées par l’érosion, l’eau et la végétation, les empreintes ont été recouvertes de terre l’essentiel du temps depuis les années 1990 pour être protégées. Le gouvernement tanzanien a approuvé un projet visant à construire un musée sur le site, comportant notamment un revêtement protecteur pour la première piste d’empreintes. Lors des travaux préparatoires, l'archéologue Fidelis Masao, de l'université de Dar es-Salaam en Tanzanie, a creusé des tranchées pour explorer le site et a découvert à cette occasion, en octobre 2014, une grande empreinte d'homininé. D'autres fouilles dans une zone située à 150 mètres des empreintes originales ont mis au jour 12 traces de pas plus grandes appartenant au même individu, formant une piste de 32 mètres de long, et une empreinte supplémentaire d'un autre individu plus petit.


Les premières empreintes découvertes sur le site de Laetoli ont été attribuées à Australopithecus afarensis – la même espèce que Lucy, qui a vécu il y a 3,2 millions d'années en Éthiopie. L'équipe de Fidelis Masao pense que les nouvelles traces ont probablement été laissées par des individus du même groupe. Les deux séries d'empreintes appartiennent en effet à des individus marchant dans la même direction nord-ouest. Elles ont été trouvées dans la même couche de cendres volcaniques et, par conséquent, ont probablement été créées dans des conditions identiques, durant un seul et même voyage, suggèrent Masao et ses collègues.

La piste complète d'empreintes de « Chewie » s'étend sur 32 mètres (de haut en bas). En bas à gauche, on distingue la trace d'un autre individu plus petit.

« C'est vraiment fascinant d’imaginer ce groupe marchant dans la même direction à la même vitesse », dit Marco Cherin, paléontologue à l'université de Pérouse, en Italie, qui a co-dirigé l'étude. « Vers où ? Nous ne le savons pas. Ils marchaient sans doute simplement comme tous les autres animaux qui ont laissé leurs empreintes à Laetoli. »

Les empreintes de Chewie sont plus grandes que les autres : elles mesurent 27 centimètres de long, l’équivalent d’une pointure 42. Selon Marco Cherin, ces empreintes imposantes signifient qu’il existait chez les premiers homininés des variations de taille beaucoup plus importantes que ce que l'on pensait jusqu'ici. Cela remet aussi en cause l’idée que la corpulence des homininés s’est développée seulement à mesure que leur cerveau devenait plus grand durant les 2,5 derniers millions d'années. L’équipe de paléontologues estime que les autres individus de Laetoli mesuraient entre 1,11 et 1,49 mètre de haut.

Des petits et des grands

La gamme de taille des individus de Laetoli pourrait aussi se rapporter à la structure sociale de ces homininés. Les chercheurs suggèrent que les plus grandes empreintes ont été laissées par un mâle adulte, tandis que les autres appartiennent à deux femelles adultes et deux jeunes ou femelles plus petites. Les groupes de gorilles, dans lesquels un mâle à dos argenté chapeaute un harem de femelles beaucoup plus petites et leur progéniture, montrent un éventail de tailles aussi large, note Marco Cherin, qui pense que les australopithèques ont pu adopter une organisation similaire.

Cependant, pour Neil Roach, paléoanthropologue à l’université Harvard, cette relation entre la structure sociale et les différences de taille entre les sexes n'est pas si claire. Il est néanmoins d'accord pour dire que ces nouvelles empreintes appuient l’idée que Australopithecus afarensis vivait en groupes composés de multiples mâles et femelles, et qu'il y avait des différences de corpulence importantes entre les sexes.

Bruce Latimer, paléoanthropologue à l'Université Case Western Reserve à Cleveland (Ohio), convient que les conclusions sur les groupes sociaux des australopithèques devraient être prises avec prudence. Mais Latimer, qui a travaillé sur les traces de pas originales, juge néanmoins extraordinaire la découverte de cette nouvelle piste d’empreintes, qui apporte en outre des preuves supplémentaires que les individus de Laetoli avaient des pieds qui n'étaient pas si différents de ceux des humains actuels. « Les empreintes de Laetoli ne dépareraient pas sur une plage aujourd'hui », résume-t-il.

Le projet de musée est momentanément suspendu tandis que les chercheurs cherchent d’autres empreintes et examinent l'état des pistes d'origine, explique Charles Musiba, anthropologue à l'université du Colorado à Denver, qui participe aux travaux de conservation. Le projet actuel est de construire des installations de recherche et d'éducation à l'extérieur d'un périmètre de 1,5 kilomètre autour du site, tout en étudiant le meilleur endroit pour bâtir un musée pour protéger et montrer les empreintes, qui ont toutes été ré-enterrées. « Nous allons les laisser en l’état pour l'instant », précise Charles Musiba.

Après avoir découvert les nouvelles empreintes, la première personne à qui Fidelis Masao a téléphoné est Richard Leakey, l'un des fils de Mary Leakey (décédée en 1996). Celui-ci lui aurait dit : « Je vous félicite et je vous plains en même temps. La nature a conservé ces empreintes pendant 4 millions d'années. Comment allez-vous faire en sorte qu'elles restent intactes pendant les millions d'années à venir ? » Fidelis Masao est resté sans réponse…

Source : Pour la Science du 16/12/2016

vendredi 25 janvier 2013

La marche verticale des pygmées

Les populations humaines de très petite taille ont développé une façon de grimper aux arbres très comparable à celle des chimpanzés.

Au cours de l’évolution, la structure osseuse de la cheville des préhumains est devenue de moins en moins favorable à la flexion du pied. Voilà, brutalement résumée, la logique développée par les paléoanthropologues au cours de leurs études comparatives des os de la cheville des ancêtres des chimpanzés, des gorilles, des orangs-outans, et des humains (des homininés). Or il s’avère que les performances de flexion des chevilles de certains homo sapiens contemporains sont les mêmes que celles des chimpanzés !

Vivek Ventakaran et ses collègues du Darmouth College à Hanover aux Etats-Unis ont étudié l'ascension de chasseurs-cueilleurs de la forêt de l’Ituri au Congo (RDC), qui profitent de leur petite taille pour « marcher » sur des arbres de petit diamètre, comme les chimpanzés. Ils gimpent dans les arbres à la recherche de fruits, de miel ou de proies. Pour réaliser cette ascension, sans aide matérielle, ces pygmées fléchissent leur pieds à plus de 45 degrés, ce dont sont incapables tous les autres homo sapiens, sous peine de blessure. Cette flexion extrême est rendue possible par un allongement des fibres musculaires du mollet, adaptation que l’on retrouve aussi chez les Agta, des chasseurs-cueilleurs philippins de même morphologie que les pygmées (des négritos), qui montent aussi fréquemment aux arbres.

Or tant chez les pygmées que chez les Agta, la structure osseuse de la cheville est strictement identique à celle de tous nos contemporains. On peut en conclure que si nos ancêtres australopithèques ont progressivement développé des chevilles dont la structure osseuse est adaptée à la marche, cela n’interdit pas qu’ils aient pu avoir un mode de vie en partie arboricole. Lucy, qui ne mesurait que de 1,10 à 1,20 mètre de haut et possédait de longs bras, pouvait sans doute « marcher » encore plus facilement sur les arbres que les « géants »pygmées, haut de 1,5 mètre et dotés de simples bras humains.

Source : Pour la Science du 15/01/2013

vendredi 5 août 2011

Où l’homme a-t-il appris à marcher ?

Jusqu'ici, les spécialistes n'étaient pas tous d'accord : l’homme est-il réellement devenu bipède pour s’adapter aux hautes herbes de la savane ? Pour trancher la question, une étude portant sur l'évolution de la végétation africaine sur sept millions d’années a été menée.

En 1925, naissait ce qui a été baptisé la "théorie de la savane". Selon celle-ci, les hominidés d’il y a plusieurs millions d’années se seraient adaptés à la savane apparue en Afrique de l’est à la place de la forêt tropicale qui s’y trouvait jusqu'ici. Pour cela, ces ancêtres des australopithèques, de l'Homme moderne, des gorilles et des chimpanzés se seraient alors redressés et seraient bipèdes, leur permettant de mieux évoluer dans le nouvel environnement.

Mais récemment, cette théorie a été cruellement remise en question lorsque des scientifiques sont parvenus à prouver que des zones désertiques existaient bien avant la transition vers la savane. Pour ne rien arranger, les scientifiques ne sont pas tous d'accord sur la définition de savane, puisqu’elle peut aussi bien désigner une région semi-désertique qu’une région forestière selon les cas.

Pour trancher la question, des géologues et biologistes ont décidé d'étudier l'évolution qu'a subie la végétation sur près de sept millions d’années. Plus précisément, l'équipe de chercheurs s'est intéressée aux différentes formes de carbone laissées par les plantes sur les sédiments dans deux des régions d'Afrique de l'Est les plus riches en fossiles d'homininés: la vallée de l'Awash, où les restes de l'Australopithèque Lucy ont été découverts, et le bassin de l'Omo-Turkana, tous deux situés en Ethiopie, explique l'AFP.

Les étendues de savane existaient bien déjà

Publiés dans la revue Nature, les résultats de l’étude ont alors montré "que des milieux ouverts ont existé, de manière ininterrompue, durant les six derniers millions d'années dans les régions d'Afrique de l'Est où les fossiles proto-humains les plus significatifs ont été trouvés", résume le Pr Thure Cerling, de l'Université d'Utah et auteur principal. "A certains moments, elle était plus broussailleuse, à d'autres moments elle l'était moins", mais il s'agissait toujours essentiellement de "prairies", en d'autres termes de "savanes", explique le professeur. Mais faute de preuves, la théorie de la savane resterait bien valide.

Cependant, un commentaire de Craig Feibel, un autre spécialiste en géologie et paléontologie souligne qu’"alors que des habitats ouverts prédominaient pour les créatures que certains considèrent comme les plus anciens bipèdes, un bipède plus récent, l'australopithèque, s'est développé dans des habitats boisés". De plus, "la plupart des fossiles que nous avons découverts ont été trouvés où l'individu est mort ou à l'endroit où ses os ont été transportés, mais pas nécessairement où il vivait", précise-t-il cité par Sciences et avenir.

De nouvelles recherches sont donc actuellement réalisées pour tenter de recouper ces données écologiques avec les connaissances disponibles sur les fossiles pour mieux connaître la répartition spatiale et les habitudes de vie de nos ancêtres entre ces différents milieux "ouverts" et "couverts".

Source : Maxi Sciences du 04/08/2011

jeudi 4 août 2011

L'homme a-t-il appris à marcher à l'ombre de la forêt ou de la savane ?

L'ancêtre de l'homme s'est-il vraiment redressé sur ses deux pieds pour s'adapter aux hautes herbes de la savane ? Pour éclairer ce débat sur l'évolution, qui déchire les spécialistes, des chercheurs ont étudié la végétation africaine sur 7 millions d'années.

La théorie dominante pendant longtemps voulait que l'Afrique de l'Est, berceau des ancêtres de l'homme moderne, ait été couverte de forêts tropicales durant des millions d'années, jusqu'à ce qu'elles ne cèdent progressivement la place à la savane voici quelque cinq millions d'années.

D'où la "théorie de la savane", émise en 1925, qui expliquerait comment certains "homininés" - ancêtres des australopithèques, des hommes modernes, des chimpanzés et des gorilles - se sont adaptés à ce nouvel environnement en se redressant et en devenant bipèdes. Ils auraient par la même occasion développé leur cerveau et d'autres caractéristiques qui ont fait de nous des humains.

Mais cette théorie classique a été récemment mise à mal. Des scientifiques ont prouvé que des zones désertiques existaient déjà, bien avant la transition vers la savane tandis que d'autres régions fortement boisées ont prévalu beaucoup plus longtemps.

Le débat entre spécialistes était d'autant plus acharné que la définition même de "savane" est floue, pouvant désigner une région semi-désertique ou une zone forestière selon les cas.

Une équipe de géologues et de biologistes a décidé d'y mettre bon ordre en étudiant, grâce à différentes formes de carbone laissées par les plantes dans les sédiments, l'évolution de la couverture végétale dans deux des régions d'Afrique de l'Est les plus riches en fossiles d'homininés: la vallée de l'Awash, où les restes de l'Australopithèque Lucy furent notamment découverts par Yves Coppens, et le bassin de l'Omo-Turkana, tous deux situés en Ethiopie.

Les résultats, publiés mercredi dans la revue Nature, "montrent que des milieux ouverts ont existé, de manière ininterrompue, durant les six derniers millions d'années dans les régions d'Afrique de l'Est où les fossiles proto-humains les plus significatifs ont été trouvés", résume le Pr Thure Cerling, de l'Université d'Utah (USA).

Plus précisément, la couverture végétale ne dépassait pas 40% dans l'immense majorité des zones de l'Awash et de l'Omo-Turkana. "A certains moments, elle était plus broussailleuse, à d'autres moments elle l'était moins", mais il s'agissait toujours essentiellement de "prairies", en d'autres termes de "savanes", estime le Pr Cerling, auteur principal de l'étude.

A défaut d'être prouvée, la "théorie de la savane" resterait donc valide.

Mais l'étude soulève d'autres questions tout aussi "intrigantes", relève dans un commentaire séparé Craig Feibel, spécialiste en géologie et paléontologie de l'Université américaine Rutgers.

"Alors que des habitats ouverts prédominaient pour les créatures que certains considèrent comme les plus anciens bipèdes, un bipède plus récent, l'australopithèque, s'est développé dans des habitats boisés", indique-t-il.

Des recherches sont en cours pour tenter de "croiser" ces données écologiques avec les connaissances disponibles sur les fossiles pour mieux connaître la répartition spatiale et les habitudes de vie de nos ancêtres entre ces différents milieux "ouverts" et "couverts".

Car "la plupart des fossiles que nous avons découverts ont été trouvés où l'individu est mort ou à l'endroit où ses os ont été transportés, mais pas nécessairement où il vivait", note M. Feibel.

Source : Sciences et Avenir du 03/08/2011

samedi 30 juillet 2011

Australopithèques : une bipédie performante dès 4 millions d’années avant notre ère ?

Publiés dans la revue Interface de la Royal Society, les résultats d’une nouvelle étude d’empreintes fossilisés d’Australopithèques vieilles de 3,7 millions d’années et découvertes en 1976 en Tanzanie, suggèrent que ces créatures avaient déjà une bipédie bien affirmée.

Employant une technique statistique inspirée de l’imagerie utilisée en médecine cérébrale, des chercheurs de l’Université de Liverpool ont reconstitué un modèle en 3D d’une série de 11 empreintes de pas attribuées à Australopithecus afarensis, des congénères de Lucy. Vieilles de 3,7 millions d'années, elles ont été découvertes en 1976 dans des sédiments volcaniques de Tanzanie. Comparant ce modèle aux résultats d’une autre modélisation reconstituant le type d’empreinte laissé par divers grands singes et par l’homme, l’équipe suggère que la démarche bipède efficace de type humain est apparue dès 4 millions d’années, et non vers 1,9 millions d'années, comme beaucoup de scientifiques l’estimaient.

Des empreintes très révélatrices

"On pensait auparavant qu’Australopithecus afarensis marchait un peu 'accroupi', sur le côté du pied, appuyant sur le sol avec le milieu du pied, comme les grands singes d’aujourd’hui. Cependant, nous avons trouvé que les empreintes de Laetoli traduisaient un type de démarche bipède bien verticale, s’appuyant sur le devant du pied, en particulier sur le gros orteil, assez proche de ce qui existe chez l’humain, et plutôt différent de ce qu’on trouve chez le chimpanzé et autres grands singes", explique le Pr Robin Crompton qui a conduit l'étude.

"La fonction pédestre représentée par ces empreintes est donc plus probablement similaire au modèle observé chez l’humain moderne. Ceci est important, car le développement de la fonction locomotrice du pied humain a aidé nos ancêtres à se répandre hors d’Afrique", conclut le scientifique. Cette découverte pourrait donc fournir de nouvelles pistes pour comprendre l'évolution de l'Homme et la manière dont il s'est répandu sur les continents.

Source : MaxiSciences du 24/07/2011

mardi 26 juillet 2011

Les congénères de Lucy marchaient bien droit à Laetoli

Les caractères de la marche bipède moderne seraient bien plus anciens que prévu. Des chercheurs anglais ont analysé très précisément les fameuses empreintes de pas de Laetoli, en Tanzanie. Elles ont été laissées par un ancêtre qui se tenait bien droit et marchait un peu comme nous...

La bipédie et l’apparition des caractères morphologiques modernes qui permettent un bon fonctionnement du pied lors de la marche sont souvent liés au groupe Homo. Il s’agit en particulier de la capacité à appuyer avec l’avant du pied et le gros orteil et de la possibilité d’adopter une posture bien verticale. Nombre de publications imaginent l’émergence de ces fonctions il y a 1,9 million d’années. Jusqu’ici les paléontologues pensaient que le groupe australopithèque, plus ancien et encore un peu arboricolehttp://www.futura-sciences.com/fr/news/t/zoologie/d/bipedie-les-hommes-ont-il-appris-a-marcher-sur-les-arbres_11973/, ne présentait pas un pied fonctionnellement adapté à la marche.

En 1976, Mary Leakey et Richard Hay ont découvert en Tanzanie des empreintes de pas datant de 3,7 millions d’années, sur le site de Laetoli. Ce sont les plus anciennes traces de pas connues laissées par des ancêtres de l’Homme. En l’occurrence le coupable serait probablement un petit groupe d’australopithèques de l’espèce Australopithecus afarensis, « frères aînés » de la fameuse Lucy. La forme de leurs pieds aurait été imprimée dans une couche de cendres volcaniques fraîches, comme les stars américaines dans le béton d’Hollywood Boulevard. Les cendres se transformant rapidement en tuf très dur, les empreintes ont été conservées des millions d’années.

Hollywood Boulevard

Faire parler des empreintes a toujours été sujet à caution, par la difficulté d’interprétation des indices qu’elles portent. Les informations récoltées jusqu’ici à Laetoli ont fait dire aux paléontologues que l’animal qui les a laissées n’avait pas les pieds aptes à une marche bipède moderne. Mais l’équipe du professeur Robin Crompton, de l’université de Liverpool, s’est repenchée sur la fameuse piste avec une méthode totalement nouvelle. Pour eux, les études précédentes ne s’intéressant qu’à une empreinte isolée ont été induites en erreur par des formes parasites liées à l’érosion ou à d’autres facteurs environnementaux.

Les empreintes de pas comme ce moulage de la piste de Laetoli exposé au musée des gorges d'Olduvai (Tanzanie) restent délicates à interpréter.

Ils ont donc tout d’abord mesuré précisément et en tous sens les onze empreintes en bonnes conditions du site. Et avec des techniques de reconstruction numérique et d’analyse statistique des données, ils ont élaboré un modèle 3D moyen d’empreinte s’affranchissant des déformations parasites. Ils l’ont ensuite comparé aux données d’études sur la formation d’empreintes et sur les pressions exercées par le pied lors de la marche. Et pas seulement pour des êtres humains modernes : ils ont aussi accumulé les données sur d’autres grands singes comme le chimpanzé ou l’orang-outang se déplacent parfois debout eux aussi. Enfin, une simulation numérique de marche intégrant tous ces paramètres leur a permis de connaître la forme de l’empreinte laissée par Australopithecus afarensis pour différentes postures et démarches. Ils ont en fait développé une nouvelle technique d’étude qui ouvre la voie à une meilleure interprétation des empreintes fossiles.

Un pied déjà apte à la marche

Il apparaît alors que la démarche qui laisse les empreintes les plus proches de ce qui est observé sur le terrain à Laetoli n’implique pas la position ramassée, courbée, des grands singes modernes. Ça n’est pas l’arrière du pied qui assure la locomotion. Au contraire, Australopithecus afarensis se tenait droit, et c’est l’avant du pied, en particulier le gros orteil, qui dirigeait la marche comme c’est le cas pour nous près de 4 millions d’années plus tard.

Un résultat qui semble confirmer les résultats d’une étude récente basée sur la découverte d’un os fossile appartenant également à un congénère de Lucy. Ce qui permet de dire aux chercheurs que la lignée humaine a développé très tôt un pied apte à la marche bipède, alors même que ces ancêtres avaient encore un mode de vie partiellement arboricole. Mais malgré ses pieds efficaces et sa démarche altière, les scientifiques britanniques se refusent encore à croire que l’animal ait pu marcher ou courir sur de longues distances. La faute au reste de sa morphologie, un corps long et des jambes courtes à l’inverse d'Homo sapiens, un cousin apparu bien plus tard et qui a su marcher tout autour de la planète.

Source : MaxiSciences du 23/07/2011

vendredi 22 juillet 2011

Une marche semblable à celle des humains il y a 4 millions d'années ?

Des empreintes laissées il y a 3,7 millions d'années par un Australopithecus afarensis montrent une marche similaire à celle de l'humain, affirment des chercheurs britanniques.

Leurs simulations informatiques réalisées à partir de traces de pas mises au jour à Laetoli, en Tanzanie, laissent penser que les caractéristiques distinctes de la façon de marcher de l'être humain existaient déjà près de 2 millions d'années plus tôt que ce que la science estimait à ce jour.

En effet, plusieurs études laissaient penser que les caractéristiques du pied humain, comme la capacité de pousser sur le sol avec le gros orteil et la marche en position totalement debout, étaient apparues avec l'émergence du genre Homo, il y a approximativement 1,9 million d'années.

Les résultats obtenus par les chercheurs des universités de Manchester et de Liverpool permettent de constater que le pied et la démarche de l'Australopithecus afarensis avaient plus de similarités avec ceux de l'homme moderne qu'avec d'autres bipèdes comme les gorilles et les chimpanzés.

Selon le Pr Robin Crompton, de l'Université de Liverpool, l'analyse des pas permet d'établir qu'ils ont été laissés par un bipède à la démarche totalement verticale menée par l'avant du pied, surtout le gros orteil, un peu comme les humains actuels.

Notre travail montre que beaucoup de ces traits ont évolué il y a près de 4 millions d'années chez une espèce que la plupart d'entre nous considéraient comme partiellement arboricole.
— Pr Robin Crompton

L'Australopithecus afarensis ne partageait pas les caractéristiques physiques des humains puisqu'il avait des jambes courtes et un long corps qui ne le prédisposaient pas à la marche et la course sur de longues périodes.

Les chercheurs veulent maintenant établir à quel moment les ancêtres des humains ont été capables d'y arriver, étape cruciale à leur conquête de la planète.

Le détail de ces travaux est publié dans la revue Interface.

Source : Radio Canada du 20/07/2011

vendredi 22 octobre 2010

La marche néandertalienne reconstituée

La reconstitution de la marche des Néandertaliens ne fait apparaître aucune différence notable avec celle des hommes actuels, hors, peut-être, une robustesse et une puissance légèrement supérieures.

Le LABO, c'est-à-dire le Laboratoire d'anatomie, biomécanique et organogénèse de la faculté de Médecine de l'Université Libre de Bruxelles vient de démontrer  que les Néandertaliens marchaient comme les hommes modernes. A priori, la question paraît curieuse, car lorsqu'ils furent contemporains, Homo neanderthalensis et Homo sapiens eurent des modes de vie proches : celui de chasseurs-cueilleurs. Ils devaient donc marcher beaucoup, et même courir.

Pour autant, les membres inférieurs néandertaliens auraient pu fonctionner différemment des jambes de l'homme moderne. Pour tester cette possibilité, Tara Chapman, Serge Van Sint Jan, Patrick Semal et des collègues ont créé un modèle de jambes néandertaliennes à partir des os fossiles de Spy II (découvert en Belgique), de Kebara 2 (Israël) et de Néanderthal 1 (Allemagne). Après avoir tomographié les os de membres inférieurs nécessaires pour en obtenir la configuration précise, ils ont procédé à une restitution en trois dimensions de ces os sur ordinateur ; une mise à l'échelle et certains réglages leurs ont permis d'accorder en une seule forme cohérente les tailles et les configurations de ces os de provenances différentes. Les jambes néandertaliennes virtuelles ainsi obtenues ont ensuite été mises en mouvement à l'aide d'un logiciel développé au LABO pour analyser la marche de patients souffrant de troubles musculosquelettiques. La marche néandertalienne reproduite a ensuite été comparée aux mouvements des membres inférieurs d'individus modernes et même de bonobos, l'espèce de primates actuels anatomiquement la plus proche de nous.

Qu'en ressort-il ? Tout d'abord, que le marcheur néandertalien virtuel a la même amplitude articulaire qu'un marcheur actuel, très supérieure à celle des bonobos. Tous les comportements des différentes composantes de la jambe sont en adéquation avec le fonctionnement d'une jambe moderne. Cela dit, à taille égale, le squelette néandertalien reconstitué suggère une robustesse plus élevée que celui des humains modernes. Cette robustesse constitutive entraîne un placement différent de nombreuses insertions musculaires. Les chercheurs ont constaté que ces placements mettent les muscles en situation d'exercer des couples parfois nettement plus importants sur les articulations que dans la configuration moderne. À puissance égale, un Néandertalien dépensait moins d'énergie mécanique, explique ainsi Serge Van Sint Jan. Dans un environnement froid où se procurer de la nourriture était difficile, cela a pu représenter un avantage. Il est cependant difficile d'en être sûr, car cela dépend de l'efficacité physiologique du corps néandertalien, qui n'est pas connue.

Pour autant, l'agilité de la jambe dépend aussi de l'entraînement et du cerveau qui la contrôle. Il est donc probable que puisque la fonctionnalité des jambes des deux espèces sont comparables, les hommes modernes contemporains des Néandertaliens présentaient une mobilité similaire. Du reste, un autre facteur – l'usage de chaussures – a pu jouer un rôle : Erik Trinkaus, de l'Université de Washington à Saint Louis, aux États-Unis, pense avoir mis en évidence que les phalanges des petits orteils sont devenues de plus en plus graciles au cours d'une période allant du début du Paléolithique supérieur (il y a entre 35 000 et 8 000 ans) jusqu'à l'époque moderne. En outre, cette tendance s'est accentuée alors que les Européens devaient endurer un climat plus froid, constatation qui expliquerait le port de chaussures. En effet, celui-ci atténue la réaction du sol supportée par le petit orteil, ce qui expliquerait l'évolution de la forme de ce dernier. Puisque la jambe néandertalienne fonctionnait comme la jambe moderne, il est probable (même si cela n'est pas prouvé!) que le pied néandertalien, comme le pied moderne, avait aussi besoin de se protéger du froid… Dès lors, même si le mocassin n'est attesté que depuis quelque 12000 ans par une trace de pieds chaussés dans la Grotte de Fontanet en Ariège, il est vraisemblable que les Néandertaliens, qui ont traversé trois glaciations, l'avaient déjà inventé, et que cela influa sur leur mobilité…

Source : Pour la Science du 13/10/2010

mardi 29 juin 2010

Kadanuumuu, ancêtre de Lucy, marchait sur deux jambes

Il y a 3,6 millions d'années, quatre cent mille ans avant Lucy, un représentant de la même espèce, Australopithecus afarensis, était déjà complètement bipède. C'est ce que révèle un squelette partiel, baptisé Kadanuumuu et découvert en Ethiopie.

En 1974, la découverte de 52 os d'un squelette d'australopithèque, en Ethiopie, démontrait que l'acquisition de la bipédie est très ancienne. Devenue célèbre sous le nom de Lucy, et aujourd'hui considérée comme une cousine de tous les humains, cette petite femelle de 1,10 à 1,20 mètre, qui a vécu il a 3,2 millions d'années, semblait marcher sur ses deux jambes, qu'elle avait courtes.

A l'époque de sa découverte, Lucy était le plus vieil hominidé connu et, du coup, l'exemple le plus ancien de l'apparition de la bipédie dans la famille dont l'espèce humaine fait partie. Depuis, d'autres records sont tombés. En 2009, une série d'articles venaient décrire des fossiles âgés de 4,4 millions d'années, difficilement extraits de la vallée du Rift, également en Ethiopie. Parmi eux, une femelle, baptisée Ardi, assez bien conservée, se révélait capable de se tenir debout et de marcher mais sans doute de manière occasionnelle, plus adaptée qu'elle était à la vie arboricole. Ardi et ses congénères n'étaient d'ailleurs pas des australopithèques mais des ardipithèques (de l'espèce Ardipithecus ramidus), dont le lien de parenté avec Homo sapiens est mal connu.

Un costaud et un bon marcheur

Cette fois, en Ethiopie, encore et toujours, c'est bien un australopithèque (mâle) qui a été exhumé, après un patient travail de 5 ans, entre 2005 et 2010, à une cinquantaine de kilomètres du lieu où avait été trouvée Lucy. Ses découvreurs, Yohannes Haile-Selassiea, du Muséum d'histoire naturelle de Cleveland (Etats-Unis) et son équipe internationale, lui donnent un âge de 3,58 millions d'années. Le squelette, à qui il manque notamment la tête et les pieds, est de grande taille, dépassant largement celle de Lucy. Les auteurs l'estiment autour de 1,60 mètre et ont à cause d'elle baptisé leur fossile Kadanuumuu, signifiant grand homme en langue afar.

Contrairement à la petite Lucy, Kadanuumuu avait les jambes longues. Pour Yohannes Haile-Selassiea, son squelette lève les doutes qui pouvaient subsister sur la bipédie de cette espèce d'australopithèque. La marche sur deux jambes serait donc apparue très tôt dans l'histoire de nos ancêtres et de nos cousins. « Jusqu'ici, tout ce que nous savions de l'Australopithecus afarensis venait de Lucy », explique Yohannes Haile-Selassiea. Selon lui, Kadanuumuu prouve que ces hominidés « marchaient presque aussi bien sur deux jambes que nous ».

Par ailleurs, l'épaule et les côtes de Kadanuumuu diffèrent nettement de celles des grands singes actuels, ce qui confirme l'idée, bien établie par l'étude de Ardi, que les chimpanzés et leurs cousins ont acquis leurs propres adaptations depuis le dernier ancêtre commun avec l'homme. En d'autres termes, nos ancêtres ne ressemblaient pas aux singes actuels.

Source : Futura Sciences du 28/06/2010

jeudi 14 janvier 2010

Bipédie

La bipédie est le fait de se mouvoir sur deux membres postérieurs. Il s'agit de l'un des traits comportementaux caractéristiques d'Homo sapiens mais il le partage avec d'autres espèces. Un animal ou une espèce n'est bipède que s'il passe autant ou plus de temps à marcher sur deux membres postérieurs que par tout autre moyen.

Source : Wikipedia

mercredi 1 avril 2009

Les plus vieilles empreintes de pas d'un «homo»

Datant de -1,5 million d'années, les traces de pas découvertes à Ileret, au Kenya, sont les plus vieilles connues à ce jour pour le genre Homo. Elles montrent que Homo erectus ou Homo ergaster avaient une démarche moderne, semblable à celle de Homo sapiens. Des traces de bipédie avaient été trouvées en 1976 à Laetoli (Tanzanie), vieilles de 3,7 millions d'années, mais pour le genre Australopithecus.

Source : Sciences et Avenir d'avril 2009

samedi 1 mai 1999

Empreintes de pas de Laetoli

Le site de Laetoli, situé en Tanzanie, à 45 km au sud des gorges d'Olduvaï, dans l'aire de conservation du Ngorongoro, est l'un des principaux sites d'Afrique de l'Est à avoir livré des fossiles humains ou pré-humains. On y a également découvert en 1976 des traces de pas d'Hominina exceptionnellement conservées dans de la cendre volcanique indurée. Elles sont datées de 3,66 millions d'années. 

Traces de pas

En 1976, Mary Leakey, Richard L. Hay et leur équipe ont découvert une piste d'empreintes de pas d'Hominine, conservée grâce à une succession de conditions favorables :

le dépôt d'une couche d'environ 15 cm de fines cendres provenant de l'éruption du volcan Sadiman, distant de 20 km ;
le passage d'un groupe d'Hominina et d'autres animaux ;
une averse légère qui a cimenté la couche de cendre en la transformant en tuf volcanique sans détruire les empreintes ;
le scellement de la piste par d'autres dépôts de cendre venus la recouvrir et la protéger.

Les pas d'Hominina correspondent à trois individus, dont un marchant dans les traces d'un autre, ce qui rend difficile la lecture de certaines empreintes. Dans la mesure où les traces vont dans la même direction, elles ont probablement été produites par un petit groupe, mais rien ne permet de conforter les reconstitutions classiques qui mettent en scène une famille nucléaire se rendant à un point d'eau.
Les empreintes sont celles d'Hominina marchant debout, mais comme un humain moderne qui serait légèrement accroupi : hallux varus (le gros orteil s'écarte vers l'intérieur), présence d'un espace important entre le premier orteil et les quatre latéraux, enfoncement plus marqué du bord externe du pied traduisant un appui en varus, talon étroit et creux en surface, pas de voute plantaire mais à la place un renflement traduisant le développement important du muscle écarteur du premier orteil (musculus abductor hallucis brevis) développé dans le pied des grands singes, mais jamais chez les humains. L'appui en varus associé à l'écartement du premier rayon et au fort développement du muscle écarteur du premier orteil sont des caractères désignant la préhensilité. Ces empreintes pourraient avoir été faites par des Hominina du genre Australopithèque. Yvette Deloison pense que cette bipédie devait être occasionnelle.

Une étude 3D sur ces empreintes en 2011 suggère au contraire une bipédie bien verticale affirmée.

Les empreintes de Laetoli ont été datées en 2011 de 3,66 millions d'années, par la méthode du potassium-argon appliquée à la couche de cendre.

Source : Wikipedia