vendredi 2 octobre 2009
Portrait-robot d'un nouvel hominidé
« C’est une découverte du même ordre que celle de Lucy en 1974, explique José Braga, de l’université Paul Sabatier à Toulouse, sauf que le squelette est plus complet et qu’il est plus ancien de 1,2 millions d’années. » Et c’est une découverte qui s’est faite attendre : pour décrire les 110 ossements d’Ardipithecus ramidus, un hominidé de 4,4 millions d’années, quinze ans d’un long travail de tri des ossements, de reconstruction minutieuse par ordinateur ont été nécessaires à l’équipe menée par Tim White, de l’université de Berkeley en Californie. Les onze articles publiés aujourd’hui dans la revue Science sont à la mesure de l’ampleur de la tâche.
Pour la première fois, on peut décrire très précisément comment un hominidé ancien se déplaçait, car toutes les parties du corps sont représentées : crâne, bassin, os des jambes et du bras, mains et pieds quasi complets. Première constatation : Ardipithecus ramidus grimpait probablement aux arbres, car son gros orteil est mobile par rapport au reste des doigts de pieds, comme chez les singes. En revanche, il ne se balançait pas de branche en branche comme ces derniers, car, comme nous, sa paume et ses doigts sont trop courts, ses mains et ses poignets trop souples pour cela. Il s’y déplaçait probablement à quatre pattes. L’analyse des os de ses mains montre qu’alors il s’appuyait sur ses paumes comme beaucoup de singes, et non sur les poings comme le chimpanzé ou le gorille.
Était-il bipède ? Le trou où s’encastre la colonne vertébrale d’Ardipithecus ramidus est plutôt orienté vers le bas, ce qui semble indiquer qu’il se tenait debout. À partir des os du bassin, les anthropologues ont aussi montré qu’Ardipithecus avait, comme les hommes, des muscles qui l’empêchaient de se déhancher dangereusement en marchant. Conclusion : il pouvait marcher dans cette position.
La bipédie d’Ardipithecus n’est pas à proprement parler une surprise. Deux des trois fossiles plus anciens que cette espèce, Orrorin tugenensis (6 millions d’années) et Sahelanthropus tchadensis (7 millions d’années), en montraient déjà des signes. Quant à la bipédie des australopithèques, plus récents, elle est assez bien connue. En revanche, les fossiles d’Ardipithecus ramidus semblent sonner le glas d’une hypothèse très en vogue chez les paléoanthropologues : l’existence de grandes différences entre mâles et femelles. Chez les australopithèques, par exemple, certains squelettes nettement plus petits que les autres sont interprétés comme des femelles. On se fonde pour cela sur la situation qui prévaut aujourd’hui chez le gorille par exemple. Les mâles sont en forte compétition pour l’accès aux femelles, et une haute taille leur procure un avantage évolutif.
Or, outre ce squelette d’Ardipithecus très complet, les paléontologues ont retrouvé les restes de 35 individus qui vivaient à peu près la même époque, séparés au plus par 10 000 ans. Autrement dit, fait sans précédent, les chercheurs possèdent un instantané de la diversité au sein d’une même espèce. Et concernant la taille, il n’y a pas de différences significatives, alors qu’il est à peu près sûr que les deux sexes sont représentés. Difficile de croire que des différences importantes n’aient été présentes que chez les australopithèques, alors qu’elles n’existent ni avant ni après. « En d’autres termes, explique José Braga, des australopithèques considérés comme mâle et femelle appartiennent peut-être en fait à des espèces différentes. Il va falloir réanalyser un certain nombre de fossiles.»
Source : La Recherche du 02/10/2009
jeudi 1 octobre 2009
Premier portrait en pied d’Ardi, plus âgée que Lucy
Le premier fossile d’Ardipithecus ramidus a été découvert en 1992 en Éthiopie, dans la vallée du Rift, près du village d’Aramis. Les paléoanthropologues Tim White, Gen Suwa et leurs collaborateurs du Middle Awash Project ont gratté le sol désertique de cette région de l’Afar pendant des années pour en sortir finalement plus de 100 spécimens d’Ardipithecus ramidus, dont un squelette quasi complet, baptisé Ardi, une femelle qui vivait il y a 4,4 millions d’années.
Très fragiles, très difficiles à extraire, les os fossilisés d’Ardipithecus ramidus ont demandé des années de travail aux chercheurs, sur le terrain puis dans les laboratoires. Le crâne d’Ardi, par exemple, était en miettes et des centaines d’heures ont été nécessaires pour le reconstituer et le scanner.
Pas moins de 47 chercheurs ont collaboré pour dresser un portrait complet de cet hominidé, le fruit très attendu de 17 ans de recherches publié aujourd’hui par la revue Science.
A la fois bipède et arboricole
Première évidence : Ardi, 50 kilos pour 1,20 mètre, est un être plus primitif que Lucy (3,2 millions d’années) et ses congénères australopithèques. Ardipithecus ramidus est capable de marcher sur ses deux pieds mais il passe plus de temps dans les arbres.
- son bassin est adapté à la marche mais aussi à l’escalade dans les branches;
- le bas de son dos est plus souple que celui des grands singes;
- son pied possède un pouce opposable (comme les chimpanzés), qui permet de bien s’accrocher dans les arbres. En revanche son pied est plus rigide que celui des grands singes, facilitant la bipédie;
- sa main : première certitude, Ardi ne marchait pas sur ses phalanges comme le font les grands singes africains lorsqu’ils se déplacent sur quatre pattes au sol. Le poignet est assez souple, permettant une manipulation plus fine pour que les chimpanzés.
Globalement, Ardipithecus ramidus est moins agile que les grands singes actuels dans les arbres, il ne se balance pas de branche en branche au bout de ses mains. Au sol il est capable de se déplacer sur deux jambes mais pas de parcourir de longues distances ou de courir (il lui manque une voûte plantaire arquée).
Une petite tête
L’étude du site d’Aramis et des ossements d’animaux qui ont été retrouvés suggèrent qu’Ardi vivait non pas dans une savane mais dans une zone arborée, entourée de palmiers, de figuiers, en compagnie de nombreux animaux, oiseaux, mammifères de petite et grande taille (rongeurs, singes, antilopes, éléphants, girafes, ours etc..).
Que mangeait Ardipithecus ramidus? Un peu de tout, y compris des fruits, mais ses dents, dont l’émail n’est pas aussi épais que chez Lucy, ne lui permettaient sans doute pas de mâcher des aliments trop résistants.
Quant à sa tête, elle est petite. Le volume de sa boîte crânienne est de 300 à 350 cm3, taille comparable à celle d’un chimpanzé ou d’un bonobo, plus petite que celle d’un australopithèque (400 à 550 cm3, contre 1500 cm3 pour l’Homo sapiens actuel).
Que nous apprend Ardi sur l’évolution des hominidés ? Les grandes questions restent ouvertes. Ardipithecus ramidus nous rapproche un peu plus de l’ancêtre commun entre notre branche (celle des Homo) et la branche des panidés (chimpanzés et bonobos), qui auraient divergé il y a environ 6 millions d’années.
Le portrait d’Ardi, qui ne ressemble pas plus à un humain qu’à un chimpanzé, suggère que cet ancêtre commun n’est pas forcément proche des grands singes actuels, analysent Tim White et ses collègues. Les particularités des chimpanzés (notamment la marche sur les phalanges) auraient évolué après la séparation des deux branches.
Source : Sciences et Avenir du 01/10/2009
L'australophithèque souffrait déjà de brucellose
Source : Sciences et Avenir d'octobre 2009
vendredi 18 septembre 2009
Quelques dates approximatives
Les premiers outils en Afrique : Vers 2,6 ou 2,5 MA
Les premières chasses : Possibles dès 0,9 MA. Certaines à partir de 300 000 ans
Les premiers feux (foyers domestiques) : Des indices dès 1,5 à 1 MA. Attesté dès 550 000 ans
Les premières sépultures : Attestées dès 100 0000 ans. Possibles à 120 000 ? 160 000 ans ?
L’Homme moderne Sapiens sapiens (nous) : Dès 150 000 en Afrique. Dès 100 000 au Proche Orient. Entre 40 000 et 30 000 en Europe
L’art : Entre 40 000 et 30 000 (34 000-32 000 pour la grotte Chauvet par exemple)
La sédentarisation : A partir de 12 000 BC au Proche Orient
L’Economie de production (agriculture et élevage) : Entre 9 000 et 8 000 BC au Proche Orient
La céramique : Dès 12 000 BC au Japon. Vers 7 000 BC au Proche Orient
Les premiers monuments : Autour de 9 500 - 9 000 BC en Turquie…
Le mégalithisme en Europe : A partir de 4 700 – 4 500 BC
Le monument de Stonehenge (Grande Bretagne) : A partir de 3 000 BC. Le monument en pierre est construit à partir de 2 500 - 2 300 BC
Les pyramides en Egypte: Autour de 2 500 BC
L’écriture : A partir de 3 400- 3 300 BC au Proche-Moyen Orient
Le métal (cuivre et or) au Proche-Moyen Orient : L’emploi des métaux natifs dès 9 000 BC. La métallurgie du cuivre dès 7 000 BC
Le métal (cuivre et or) : En Europe entre 5 000 et 4 500 BC
Le métal (Bronze) : Dans le courant du 3e millénaire en Europe centrale. A partir de 2300 BC en Europe occidentale, peut-être 1800 BC en France pour les « gros objets »
Le métal (fer) : A partir de 800 BC en Europe occidentale
Source : UB - Préhistoire - L3
Le temps de la préhistoire
Si vous vous souvenez de Lucy, ce charmant petit hominidé appartenant à la famille des Australopithecus afarensis, découverte en Ethiopie en 1974, par Yves Coppens et son équipe.
Elle est datée d’environ 3,5 MA initialement et maintenant je crois plus précisément à 3,15 MA et nous allons tricher un peu et lui accorder 3 650 000 ans, que nous pouvons rapporter facilement à 365 jours.
Donc si Lucy occupe dans cette petite histoire le 1er janvier à 0H00 et nous même le 31 décembre à minuit, considérez que les premiers outils ne sont apparus que le 24 juin, les premières grottes ornées le 29 décembre et la poterie le 31 décembre au matin.J’espère que cette petite pirouette vous a montré la durée de l’histoire humaine déjà écoulée et l’extrême jeunesse du Néolithique au sein de cette longue histoire.
Si vous considérez maintenant que nos ancêtres directs les plus anciens connus ne sont plus datés de 3,5 MA mais de près de 6 MA, la perspective est encore plus vertigineuse.
Et si vous considérez finalement le moment de l’apparition de ces fossiles par rapport aux origines de la vie (il y a 500 ou 600 MA pour des animaux ressemblant à des poissons par exemple, mais il y a 3,8 Milliards d’années pour les bactéries) ou plus encore à l’âge de la planète Terre (4,5 milliards d’années), si vous en arrivez à la conclusion qu’on est bien peu de choses, c’est que vous commencez à appréhender la longue durée…
Source : UB-Préhistoire - L3
mardi 15 septembre 2009
Un primate fossile se découvre une nouvelle origine
En 1992, un petit primate fossile, vieux de 50 millions dannées, était découvert dans le Sahara algérien. Pesant 75 g et identifié comme étant un Algeripithecus, il fut dès lors considéré comme le plus ancien des primates anthropoïdes africains connus. Cette découverte avait, à l'époque, fortement joué en faveur de l'hypothèse faisant de l'Afrique le berceau des primates anthropoïdes, auxquels on affiliait alors le type Algeripithecus.
Mais c'était sans compter une récente révélation, mise au jour par des chercheurs français et des paléontologues algériens, sur le site de Glib Zegdou, au Nord-Ouest de lAlgérie. Ces scientifiques ont, en effet, exhumé des restes crâniens et dentaires de deux espèces de primates, l'une de type Algeripithecus, et la seconde de type Azibius. Cette dernière compte parmi les plus anciens représentants africains des lémuriformes, un groupe de primates non anthropoïdes, représenté aujourd'hui par les lémuriens de Madagascar, les galagos dAfrique centrale et les loris d'Asie du Sud.
En comparant les deux spécimens, les spécialistes ont dégagé des caractéristiques communes, notamment une adaptation à la vie nocturne et une dentition particulière, spécifiques non pas aux primates anthropoïdes mais au groupe des lémuriformes. Aussi, déduction s'impose, Algeripithecus, à l'instar de son proche parent Azibius, n'appartient pas à la famille des primates anthropoïdes. En réalité, il serait très probablement l'un des plus anciens représentants des lémuriformes en Afrique. Cette révélation montre que le passé est finalement loin d'être derrière nous et a encore beaucoup de choses à nous apprendre.
Source : Univers Nature du 11/09/2009
mercredi 9 septembre 2009
mercredi 2 septembre 2009
Handprint : ancestral lines
Sous une présentation très light, des infos intéressantes.
On peut signaler le graphique sur l'évolution, les outils et les sites.
Voici le lien :
Handprint - Ancestral Lines
mardi 1 septembre 2009
Otzi, le tatoué
Source : Sciences et Avenir de septembre 2009
samedi 1 août 2009
Lascaux sauvée de justesse
Que s'est-il réellement passé au cours du dernier demi-siècle pour que la grotte ornée de Lascaux, dans le Périgord noir, chef-d'oeuvre de l'art pariétal, ait été menacée d'inscription sur la liste des sites du Patrimoine mondial en péril ? Comment en est-on arrivé à ces lettres ouvertes adressées au ministère de la Culture, implorant : «Sauvez Lascaux» ?
Le jeune Marcel Ravidat, le découvreur du site, ainsi que ses compagnons Jacques Marsal, Simon Coencas et Georges Agnel, avaient-ils jamais imaginé que la grotte, explorée par hasard en septembre 1940, au moment où le pays s'enfonçait dans la nuit, serait un jour définitivement interdite d'accès pour cause d'implacables invasions fongiques ? Algues vertes, filaments blancs, champignons noirs, une véritable soupe chinoise ! Eux qui, jusqu'en 1942, gardaient jour et nuit l'entrée de ce précieux trésor. A l'époque, déjà, des centaines de visiteurs se pressaient pour admirer les 200 mètres de galeries couvertes de merveilleuses frises de taureaux, de chevaux, de bisons ou de félins. Des oeuvres réalisées par des hommes de Cro-Magnon. 18 000 ans plus tôt.
Ces chasseurs magdaléniens pénétraient dans la grotte, sur la rive gauche de la Vézère, par un large auvent. Loin du petit orifice de 30 centimètres de diamètre par lequel les adolescents s'étaient laissés glisser à l'automne 1940. Plusieurs fois effondré, enseveli sous des monceaux d'éboulis, le porche d'origine avait fini par disparaître en formant une sorte de bouchon de protection. «Pendant des milliers d'années, la cavité entièrement close n'avait été balayée que par de lents courants d'air C'est dès sa mise en contact avec l'air extérieur que l'équilibre s'est trouvé bouleversé», expliquent les préhistoriens Brigitte et Gilles Delluc, auteurs d'un dictionnaire très complet sur Lascaux.
En effet, dès l'hiver 1940, à peine la grotte classée au titre des monuments historiques, des premiers travaux sont engagés. «On élargit l'entrée, une tranchée est creusée pour détourner les eaux de pluie. La végétation alentour est détruite», racontent les deux chercheurs du département de Préhistoire du Muséum national d'histoire naturelle. Puis en 1947, pour que les touristes puissent admirer les peintures dans de meilleures conditions, un chantier est lancé par le propriétaire des lieux (il fera d'ailleurs don de la grotte à l'Etat en 1972). Une entrée imposante est creusée à quatre mètres de profondeur, une rampe d'accès installée. Puis c'est au tour de l'électricité. Une centaine de tonnes de sédiments rejetés ça et là sont laissées sur place, abandonnées dans les recoins de la grotte. Des dizaines de camions seront nécessaires pour les retirer douze ans plus tard !
Puis en 1958-59, est installé un système de climatisation pour régénérer l'air et pallier l'excès de gaz carbonique. «Pour ce faire, une autre partie du cône d'éboulis de l'entrée a été évacuée. Des galeries ont été défoncées à la pioche et au marteau pneumatique pour faire passer les conduits du système de ventilation», poursuivent les deux spécialistes. Ce système, prévu pour 400 visiteurs quotidiens, devra en supporter jusqu'à 2000, et jusqu'à 100 000 en 1960 ! «L'air délivré était si puissant qu'il soulevait les jupes des dames», raconte Gilles Delluc.
Mais devenu guide, le découvreur Marcel Ravidat constate que des algues vertes se sont développées à la surface de la roche calcaire, en particulier à proximité d'une peinture appelée la Licorne. L'apport d'air extérieur et un éclairage quasi constant ont permis a plusieurs espèces, dont des xanthophycées, de constituer des colonies verdâtres. «En une heure, chaque touriste apportait 40 g d'eau. En été, avec les pics de fréquentation, il n'est pas étonnant qu'il y ait eu des problèmes de condensation !», constate Brigitte Delluc. Mais ce n'est pas tout. L'élévation de la température, l'humidité et le CO2 dégagé par les visiteurs ont provoqué d'autres dommages comme la «maladie blanche», des voiles de calcite (du carbonate de calcium cristallisé) qui se déposeent sur les parois. Un mal qui altère la roche. Par crainte de voir les peintures millénaires disparaître, la grotte est définitivement fermée au public le 20 avril 1963, sur décision d'André Malraux, alors ministre de la Culture.
C'est ainsi que débutent d'incessantes campagnes de désinfection, sous la direction de Max Sarradet, conservateur du lieu de 1955 à 1981. Dès 1963-64, des mélanges d'eau formulée et d'antibiotiques à large spectre (pénicilline, streptomycine et) sont vaporisés. L'ancienne machine de réfrigération d'air datant de la fin des années 1950 est démontée pour rétablir l'équilibre d'origine de la cavité en favorisant des courants de convection. Afin de sécher l'air de la grotte et éviter que la condensation ne se dépose sur les parois, un point froid artificiel est créé dans la salle des machines. La température, l'hygrométrie et les niveaux de gaz carboniques, sont régulièrement contrôlés. Au prix de longues années de surveillance quotidienne, Lascaux semble retrouver l'équilibre. L'éradication de la maladie verte est même annoncée en 1970, neuf ans avant l'inscription de la grotte au patrimoine mondial par l'Unesco. Un facsimilé, Lascaux II, est ouvert pour satisfaire la curiosité du public sur la colline de Montignac, en juillet 1983. Cependant, à l'orée des années 2000, c'est à nouveau l'alerte ! Une virulente prolifération fongique et microbienne est signalée. L'installation d'une nouvelle climatisation en 2001 aurait-elle amplifié le phénomène ? L'ancien système d'assistance climatique ayant été jugé trop vieux, d'importants travaux ont en effet été entrepris pour son remplacement. Une machine à convection lente est commandée par le conservateur de l'époque, Jean-Michel Geneste, mais c'est une climatisation à convection forcée qui sera installée. Un système souvent incriminé comme étant à l'origine des problèmes. On constate que de nombreuses moisissures blanches dont le Fusarium solani, associé à la bactérie Pseudomonas fluorescens, ont envahi le sas d'entrée puis les galeries. Sollicité, le Laboratoire de recherche des monuments historiques révèle alors que ces filaments blancs résistent au formol. Entre juillet et décembre 2003, l'épandage de centaines de kilos de chaux vive sur les sols puis la pulvérisation d'un produit antibiotique sont effectués pour tenter d'enrayer leur progression. Mais les moisissures font de la résistance. Si les filaments blancs commencent à disparaître, un nouvel intrus leur succède. Cette fois, il s'agit de taches noires auréolées de gris. Non seulement ces champignons sécrètent de la mélanine, mais de petits arthropodes présents dans la microflore des sols et répondant au doux nom de collemboles participeraient aussi à la dissémination des spores, notamment celles d'Ulocladium, de Scolecobasidium ou de Verticillium !
Devant ce nouveau coup dur, un comité scientifique international est créé en 2002, sous la direction de Marc Gauthier, inspecteur général honoraire de l'Archéologie. Les microbiologistes de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Dijon font des analyses génétiques et découvrent que la grotte héberge aussi une bonne quarantaine d'autres espèces de champignons. L'équilibre perturbé du microclimat expliquerait ces proliférations. «La décision a alors été prise en 2004 d'arrêter les traitements chimiques», se souvient Brigitte Delluc. Sage décision, à en croire les conclusions d'un microbiologiste espagnol, Cesareo Saiz-Jimenez. Dans un article récent publié dans le magazine scientifique anglais New Scientist, le chercheur de l'Institut d'agrobiologie de Séville, membre du Comité scientifique international de la grotte de Lascaux, affirme en effet que les pulvérisations de chlorure de benzalkonium réalisées entre 2001 et 2004 pour éliminer les champignons auraient eu des conséquences désastreuses. Elles auraient en réalité permis aux bactéries de se propager et surtout de faire de la grotte un dangereux réservoir de pathogènes potentiels !
Etudier l'ensemble des phénomènes microbiologiques à l'oeuvre dans la cavité, comprendre les mécanismes des circuits d'infiltration d'eau, connaître son parcours dans le massif calcaire..., telle est la mission que vont dès lors s'assigner les spécialistes. Un plan global de conservation, faisant appel à l'imagerie 3D, est mis en place en collaboration avec EDF. Résultat : en 2005, les scientifiques comprennent enfin comment, et dans quelles proportions, le régime interne de la grotte a été irrémédiablement modifié depuis la découverte du site. La température à l'intérieur s'est notamment élevée de 2 °C depuis 1982. Mais pendant que le simulateur tourne et apporte ses premières informations, les critiques se font de plus en plus âpres. A tel point qu'en 2006, l'hebdomadaire américain Time publie une couverture alarmiste sur Lascaux. Une lettre ouverte est envoyée au ministère de la Culture par une association privée, l'International Commitee for Préservation of Lascaux (ICPL), demandant le placement de la grotte sur la liste des monuments en péril de l'Unesco (lire Sciences et Avenir n° 746, avril 2009).
Cette offensive a sans doute précipité l'organisation à Paris, en février dernier, d'un symposium ouvert aux scientifiques et journalistes. Une volonté de transparence que d'aucuns qualifieront de bien tardive... Quoi qu'il en soit, depuis le début de l'année, un traitement biocide a été mis en place dans la caverne à laquelle plus personne n'a accès, pas même les chercheurs. Parallèlement, des essais sont en cours pour conduire de nouveaux protocoles dans des cavités voisines. Des sortes de grottes cobayes, où l'on espère trouver une parade pour éradiquer les terribles aliens.
Pour répondre aux critiques, une équipe du Conseil international des monuments et des sites (Icomos) s'est rendue sur les lieux en mai pour un examen in situ de la grotte. Fin juin, lors de la réunion du Comité du patrimoine mondial de l'Unesco, à Séville, alors que tout le monde craignait le pire, l'affront redouté du placement du site français sur la liste des sites en péril a été évité de justesse, au grand dam de l'ICPL, présent sur place et qui compte bien ne pas en rester là.
Des taches rongent la salle des Taureaux
Aurochs, cervidés, chevaux..., la salle des Taureaux (en haut), située près de l'entrée actuelle de la grotte, offre l'une des plus belles frises peintes du site. Depuis le début des années 2000, elle subit de nouveaux périls dus à la rupture des équilibres bioclimatiques, comme les taches noires, mises en évidence sur ordinateur à proximité des peintures.
Cinquante années d'incessantes attaques fongiques et microbiennes
1960 : algues vertes. Une prolifération d'algues colorées provoquant l'apparition de taches verdâtres est constatée par Marcel Ravidat, un des découvreurs de la grotte devenu guide, à proximité de la peinture de la Licorne. Les parois seront traitées avec une solution à base de formol.
1962 : maladie blanche. La hausse de la fréquentation touristique se traduit par une élévation de l'humidité, de la température et de la teneur en CO2 à l'intérieur de la cavité, provoquant une accélération de la formation de calcite sur les peintures. Celles-ci se couvrent d'un voile blanchâtre comme ici le taureau n° 3 de la salle des Taureaux.
REPERES
Les monuments en péril de l'Unesco.
Cette liste, qui compte aujourd'hui trente noms, fonctionne comme une alerte pour la communauté internationale. Elle établit qu'un site inscrit au patrimoine mondial de l'humanité a subi de graves altérations. Ces biens menacés se trouvent généralement dans des zones de conflits armés ou de catastrophes naturelles, à l'exemple de la citadelle de Bam en Iran, détruite en 2004 par un tremblement de terre. Mais la vallée de l'Elbe, en Allemagne, ou le site paléochrétien d'Abou Mena, en Egypte, viennent de l'intégrer en raison de la pression urbaine s'exerçant alentour.+ http ://whc.unesco.org/ fr/158/
Pour en savoir plus
- Dictionnaire de Lascaux, Brigitte et Gilles Delluc, Editions Sud Ouest, 2008.
- Lascaux. Le geste, l'espace et le temps, Norbert Aujoulat, Seuil, 2006.
- www.culture.gouv.fr/culture/arcnat/lascaux/fr/, toutes les informations sur la grotte de Lascaux et une visite virtuelle du site.
Un simulateur tente de cerner les causes
Comment fonctionne une grotte ? Son atmosphère ? Comment l'air et l'eau y circulent ? Pour comprendre ces phénomènes thermoaérauliques, le CNRS associé à EDF recherche et développement et à l'université Bordeaux-I ont réalisé en 2005 une modélisation 3D de Lascaux. Plus de 150 millions de mesures laser ont été effectuées. Cet outil a permis de mettre en évidence l'inversion des températures de la cavité depuis 1981 : celles des parties profondes sont devenues supérieures à celles mesurées dans les salles proches de l'entrée, comme la salle des Taureaux. Avant 1981, l'air humide était essentiellement réparti sur les voûtes, alors qu'aujourd'hui, il serait concentré au sol, quasi immobile. Les modifications du climat seraient-elles à l'origine de ces inversions de températures ? Lascaux victime collatérale du réchauffement climatique ? Toutes les solutions mises en place visent à restituer «un mouvement naturel de l'air». Un objectif dont les membres du Comité international pour la sauvegarde de Lascaux (ICPL) doutent fortement qu'il puisse être atteint. Selon eux, la complexité des écosystèmes d'une grotte ne peut être prise en compte en totalité par un simulateur, même le plus performant.
Quand lascaux sert d'exemple
Elles sont toutes deux extraordinaires, ornées de centaines de peintures préhistoriques qui seraient les plus anciennes du monde (-32 000 ans) pour l'une , et de gravures paléolithiques vieilles de plus de 22 000 ans, pour l'autre. De puis leurs découvertes, la grotte Chauvet , près de Vallon - Pont-d'Arc, en Ardèche (1994 ) et celle de Cussac, en Dordogne (2000), ont été déclarées définitivement inaccessibles au public.
Une décision prise pour éviter qu'elle ne subissent le sort peu enviable de Lascaux. Ces cavités sont venues rejoindre la liste qui ne cesse de s'allonger des sites que le public ne pourra admirer que virtuellement. Que ce soit sous la forme de reconstitution 3D, de musées ou de fac-similés, comme Lascaux II ouvert en 1983. Même chose pour Altamira, en Espagne. L'altération de son microclimat par des visites trop nombreuses avait mis en péril la conservation de ses peintures préhistoriques.
Elle est fermée au public depuis 1977, qui ne peut plus en visiter qu'un duplicata.
Source : Sciences et Avenir d'août 2009


