Une partie du chromosome X d'Homo sapiens provient de l’homme de Neandertal et se retrouve uniquement chez les peuples à l’extérieur de l’Afrique, affirme une équipe internationale de chercheurs.
Une séquence retrouvée partout sauf en Afrique subsaharienne
La comparaison entre l’ADN humain et celui de l’homme de Neandertal, récemment décrypté (1), a montré qu’il y avait bien eu un croisement entre ces deux espèces et que les Homo Sapiens en ont gardé un souvenir dans leur génome puisque ce dernier serait composé de 1 à 4 % d’ADN néandertalien (lire Un peu de Neandertal en nous). Mais de nouvelles analyses commencent à préciser comment, quand et où ont pu se réaliser ces inclusions, confirmant les travaux de l'équipe de Svante Pääbo (Institut Max Planck de Leipzig, Allemagne).
Dans un article qui paraît dans Molecular Biology and Evolution, Damian Labuda, du Département de pédiatrie de l'Université de Montréal (Québec), indique qu’il a identifié sur le chromosome X une partie d’ADN différente des autres qui, comparaison faite, semble bien être un héritage néandertalien. Cette séquence est retrouvée chez les peuples de tous les continents, y compris l’Australie, à l’exception de l'Afrique subsaharienne.
«Il n’y a pratiquement pas de doute que la présence de cette séquence s’explique par l'accouplement de nos ancêtres avec l’homme de Neandertal. C’est un résultat très intéressant et une analyse plus approfondie pourrait permettre d’en savoir davantage ». explique le Dr Nick Patterson du Broad Institute de MIT et de l’Université de Harvard, chercheur de renom dans l’étude des origines de l’humanité qui n’a pas participé à cette étude.
L’homme de Neandertal, dont les ancêtres ont quitté l'Afrique il y a entre 400 000 ans et 800 000 ans environ, a évolué sur un territoire qui correspond aujourd’hui principalement à la France, l'Espagne, l'Allemagne et la Russie. Il aurait vécu jusqu’à il y a environ 30 000 ans. Entre-temps, les premiers hommes modernes ont quitté l'Afrique il y a quelques 80 000 à 50 000 ans.
Une rencontre à la croisée des chemins
Ces résultats suggèrent également que les croisements entre les premiers hommes modernes et les néandertaliens ont eu lieu il y a longtemps, après qu'Homo sapiens a quitté l’Afrique mais avant qu’il ne se disperse en Europe et en Asie. Damian Labuda fait remonter les contacts intimes ou les liens familiaux de ces deux populations très loin dans l’histoire, probablement à la croisée des chemins au Moyen-Orient.
Au-delà de ces mystérieuses rencontres, les scientifiques se demandent si ces échanges ont permis à l’homme moderne de prospérer, tandis que Neandertal s’est éteint. À cette hypothèse, le Dr Labuda répond : « La variabilité est très importante pour la survie à long terme d'une espèce. Chaque ajout au génome peut être enrichissant ».
(1) Environ 60% de la séquence génétique d’Homo neandertalensis, soit plus de 4 milliards de nucléotides, a été décrypté à ce jour.
Source : Science et Avenir du 18/07/2011
mercredi 20 juillet 2011
mardi 19 juillet 2011
L'Homme de Tautavel a 450.000 et quarante ans
Il y a quarante ans, le 22 juillet 1971, des fouilleurs extrayaient d'une grotte de Tautavel le crâne du plus vieil Européen alors connu, un jeune homme mort 450.000 années auparavant et peut-être mangé par ses congénères.
L'Homme de Tautavel, alias Homo erectus européen ou Homo heidelbergensis, a aussi été nommé Arago XXI, car 21e fossile humain sorti de l'extraordinaire mine de vestiges que constitue encore aujourd'hui la cavité appelée Caune de l'Arago. Il donnait un visage, en tout cas une face, aux plus lointains de nos ancêtres.
Le préhistorien Henry de Lumley, aujourd'hui âgé de 76 ans, avait entrepris en 1964 la fouille systématique de cette grotte creusée par les éléments dans les Corbières et connue depuis au moins le XIXe siècle comme gisement de fossiles.
Il se rappelle précisément la découverte faite sous la vaste voûte, en surplomb des vignobles de muscat et rivesaltes.
"Nous l'avons trouvé le 22 juillet à 15h00. J'étais dans la grotte. Un des fouilleurs -ils sont deux par carré- m'appelle en me disant qu'il voit une dent. Qu'est-ce que c'est, cette dent?"
"On constate que c'est une dent humaine. On gratte un peu plus et on voit une deuxième dent humaine, en connexion. Je leur ai dit de chercher un peu à gauche (...) et on a trouvé la troisième et la deuxième molaires droites. Après, on a eu le palais."
Ce n'est pas la première trouvaille dans cette cavité. Mais Henry de Lumley a immédiatement conscience de son caractère exceptionnel.
Sa première estimation: 200.000 ans. C'est plus tard que les méthodes de datation absolue restitueront l'état civil d'Arago XXI.
"C'est un choc émotionnel, bien évidemment." Mais "d'abord il faut se calmer", prendre le temps de la photographie, du moulage et du relevé sur plan.
Vingt jours de travail au poinçon et à la fraise de dentiste sont nécessaires pour dégager le crâne qui reposait sur son sommet, les maxillaires en l'air; un crâne bas, au front fuyant et souligné par un puissant bourrelet au-dessus des orbites, les mâchoires saillantes.
Guy Ilary, devenu maire de Tautavel en 1978, avait alors l'âge d'Arago XXI au moment de sa mort. Il se souvient de l'allégresse de l'équipe de Lumley de retour au café à Tautavel: "Quand ils (les fouilleurs) retrouvaient un reste humain, le professeur de Lumley leur payait des glaces. C'est comme ça qu'on l'avait appris dès le premier jour".
L'information fait les titres des journaux. Les télévisions arrivent.
Cela "a été une grande surprise. Les Tautavellois n'étaient pas prêts à ce grand bouleversement dans leurs habitudes de vie", raconte Guy Ilary.
Ils ont tôt fait de comprendre qu'Arago XXI pointe sur la carte du monde leur localité un peu assoupie de quelques centaines d'âmes. Aujourd'hui, Tautavel a son musée, un centre de recherches qui attire les plus grands préhistoriens et même une cité universitaire.
Les chercheurs continuent de faire parler Arago XXI et 127 autres fragments humains sortis d'un gisement où les fouilles se poursuivent.
En 1979, on extirpe le pariétal droit complétant le crâne d'Arago XXI. Pour Henry de Lumley, le crâne a pu être fracturé pour prélever le cerveau et se livrer à un cannibalisme plus rituel qu'alimentaire.
Dans la généalogie européenne, l'Homme de Tautavel a pris un sacré coup de jeune quand des fragments de 1,8 million ou de 1,3 million d'années ont été mis au jour en Géorgie ou en Espagne.
Mais il "reste la seule face d'une époque très ancienne", dit Henry de Lumley. En privé, "il dit d'Arago XXI que c'est son cinquième enfant", confie un collaborateur.
L'éminent préhistorien ne sort que très exceptionnellement cette relique et les autres de la chambre forte dans laquelle elles sont conservées à Tautavel. Il le fera avec son épouse pour le public lors des célébrations du quarantième anniversaire de cette découverte, de jeudi à samedi.
Source : Le NouvelObs du 17/07/2011
L'Homme de Tautavel, alias Homo erectus européen ou Homo heidelbergensis, a aussi été nommé Arago XXI, car 21e fossile humain sorti de l'extraordinaire mine de vestiges que constitue encore aujourd'hui la cavité appelée Caune de l'Arago. Il donnait un visage, en tout cas une face, aux plus lointains de nos ancêtres.
Le préhistorien Henry de Lumley, aujourd'hui âgé de 76 ans, avait entrepris en 1964 la fouille systématique de cette grotte creusée par les éléments dans les Corbières et connue depuis au moins le XIXe siècle comme gisement de fossiles.
Il se rappelle précisément la découverte faite sous la vaste voûte, en surplomb des vignobles de muscat et rivesaltes.
"Nous l'avons trouvé le 22 juillet à 15h00. J'étais dans la grotte. Un des fouilleurs -ils sont deux par carré- m'appelle en me disant qu'il voit une dent. Qu'est-ce que c'est, cette dent?"
"On constate que c'est une dent humaine. On gratte un peu plus et on voit une deuxième dent humaine, en connexion. Je leur ai dit de chercher un peu à gauche (...) et on a trouvé la troisième et la deuxième molaires droites. Après, on a eu le palais."
Ce n'est pas la première trouvaille dans cette cavité. Mais Henry de Lumley a immédiatement conscience de son caractère exceptionnel.
Sa première estimation: 200.000 ans. C'est plus tard que les méthodes de datation absolue restitueront l'état civil d'Arago XXI.
"C'est un choc émotionnel, bien évidemment." Mais "d'abord il faut se calmer", prendre le temps de la photographie, du moulage et du relevé sur plan.
Vingt jours de travail au poinçon et à la fraise de dentiste sont nécessaires pour dégager le crâne qui reposait sur son sommet, les maxillaires en l'air; un crâne bas, au front fuyant et souligné par un puissant bourrelet au-dessus des orbites, les mâchoires saillantes.
Guy Ilary, devenu maire de Tautavel en 1978, avait alors l'âge d'Arago XXI au moment de sa mort. Il se souvient de l'allégresse de l'équipe de Lumley de retour au café à Tautavel: "Quand ils (les fouilleurs) retrouvaient un reste humain, le professeur de Lumley leur payait des glaces. C'est comme ça qu'on l'avait appris dès le premier jour".
L'information fait les titres des journaux. Les télévisions arrivent.
Cela "a été une grande surprise. Les Tautavellois n'étaient pas prêts à ce grand bouleversement dans leurs habitudes de vie", raconte Guy Ilary.
Ils ont tôt fait de comprendre qu'Arago XXI pointe sur la carte du monde leur localité un peu assoupie de quelques centaines d'âmes. Aujourd'hui, Tautavel a son musée, un centre de recherches qui attire les plus grands préhistoriens et même une cité universitaire.
Les chercheurs continuent de faire parler Arago XXI et 127 autres fragments humains sortis d'un gisement où les fouilles se poursuivent.
En 1979, on extirpe le pariétal droit complétant le crâne d'Arago XXI. Pour Henry de Lumley, le crâne a pu être fracturé pour prélever le cerveau et se livrer à un cannibalisme plus rituel qu'alimentaire.
Dans la généalogie européenne, l'Homme de Tautavel a pris un sacré coup de jeune quand des fragments de 1,8 million ou de 1,3 million d'années ont été mis au jour en Géorgie ou en Espagne.
Mais il "reste la seule face d'une époque très ancienne", dit Henry de Lumley. En privé, "il dit d'Arago XXI que c'est son cinquième enfant", confie un collaborateur.
L'éminent préhistorien ne sort que très exceptionnellement cette relique et les autres de la chambre forte dans laquelle elles sont conservées à Tautavel. Il le fera avec son épouse pour le public lors des célébrations du quarantième anniversaire de cette découverte, de jeudi à samedi.
Source : Le NouvelObs du 17/07/2011
lundi 18 juillet 2011
Tautavel : La grotte de Tautavel n'a pas livré tous ses secrets
Quarante ans après la découverte de l'Homme de Tautavel, la Caune de l'Arago reste une mine pour les chercheurs qui y ont encore découvert en 2011 une dent de lait laissant supposer que l'Homo heidelbergensis fréquentait la grotte en famille.
Depuis le début des fouilles systématiques en 1964 sous la conduite d'Henry de Lumley, plus de 500.000 objets (outils et ossements ou fragments d'os humains et d'animaux) ont été référencés. Pourtant, il y en a encore pour un siècle de fouilles, disent les collaborateurs du préhistorien.
"La Caune de l'Arago, c'est un véritable livre qui nous raconte 600.000 années d'histoire du paysage et d'histoire de l'Homme en Languedoc- Roussillon", s'émerveille Henry de Lumley. En se remplissant sous l'effet des ruissellements et des éboulements, puis en se colmatant pour ne se rouvrir qu'entre 30.000 et 15.000 ans avant notre ère, la cavité n'a pas seulement piégé les vestiges et la culture des hommes qui ont profité (quelques heures pour les uns, quelques années pour les autres) de ce poste d'observation exceptionnel de -700.000 à -100.000 ans.
Elle a aussi figé une chronique de la biodiversité et du climat. En 2011, 250 fouilleurs se succéderont dans la grotte où l'on est en train de mettre au jour le "sol Q" (-570.000 ans) et où partout affleurent les bifaces et les ossements d'animaux préhistoriques, longtemps interprétés comme les traces du Déluge. Tautavel draine les étudiants venus inscrire une ligne inappréciable à leur curriculum vitae. Son Centre européen de recherches préhistoriques, qui a généré un lexique international de paléontologie, attire les thésards et les spécialistes du monde entier.
Ils consultent ses réserves exceptionnelles et tiennent colloque. Pour autant, l'avenir du Centre reste aléatoire. Il demeure géré par une association. Henry de Lumley se bat pour en faire un établissement public de coopération culturelle, dont le sort ne serait plus suspendu, bon an mal an, au bon vouloir de l'Etat et des collectivités.
Source : L'Indépendant du 17/07/2011
Depuis le début des fouilles systématiques en 1964 sous la conduite d'Henry de Lumley, plus de 500.000 objets (outils et ossements ou fragments d'os humains et d'animaux) ont été référencés. Pourtant, il y en a encore pour un siècle de fouilles, disent les collaborateurs du préhistorien.
"La Caune de l'Arago, c'est un véritable livre qui nous raconte 600.000 années d'histoire du paysage et d'histoire de l'Homme en Languedoc- Roussillon", s'émerveille Henry de Lumley. En se remplissant sous l'effet des ruissellements et des éboulements, puis en se colmatant pour ne se rouvrir qu'entre 30.000 et 15.000 ans avant notre ère, la cavité n'a pas seulement piégé les vestiges et la culture des hommes qui ont profité (quelques heures pour les uns, quelques années pour les autres) de ce poste d'observation exceptionnel de -700.000 à -100.000 ans.
Elle a aussi figé une chronique de la biodiversité et du climat. En 2011, 250 fouilleurs se succéderont dans la grotte où l'on est en train de mettre au jour le "sol Q" (-570.000 ans) et où partout affleurent les bifaces et les ossements d'animaux préhistoriques, longtemps interprétés comme les traces du Déluge. Tautavel draine les étudiants venus inscrire une ligne inappréciable à leur curriculum vitae. Son Centre européen de recherches préhistoriques, qui a généré un lexique international de paléontologie, attire les thésards et les spécialistes du monde entier.
Ils consultent ses réserves exceptionnelles et tiennent colloque. Pour autant, l'avenir du Centre reste aléatoire. Il demeure géré par une association. Henry de Lumley se bat pour en faire un établissement public de coopération culturelle, dont le sort ne serait plus suspendu, bon an mal an, au bon vouloir de l'Etat et des collectivités.
Source : L'Indépendant du 17/07/2011
jeudi 7 juillet 2011
Erectus, sapiens et leurs amis
L’évolution de nos ancêtres n’a pas fini de prendre de nouveaux tournants. Voilà que les indices en faveur d’une origine asiatique, plutôt qu’africaine, de l’Homo erectus, prennent du poids.
Le coupable : un site archéologique dans l’ancienne république soviétique de Georgie d'où, depuis quelques années, émergent des squelettes vieux d’environ 1,75 million d’années. Ça pourrait être un de ces Homo erectus sortis d’Afrique à peu près à la même époque, mais plus on fouille, et plus on doute : d’abord, la Georgie est tout de même à 3000 km de l’Afrique. Ensuite, l’anatomie de ces êtres présente un mélange embarrassant de traits que les paléontologues qualifient « d’anciens » et de « modernes ».
En particulier, ils ont un corps plutôt trapu et des jambes très courtes, beaucoup moins adaptées à la marche que les jambes qui allaient se développer dans le million d’années suivant. Pas vraiment ce à quoi on s’attendrait de la part d’une créature qui aurait parcouru 3000 km au fil des générations.
L’hypothèse la plus simple est qu’il s’agit d’une version primitive de l’Homo erectus —ses tout premiers représentants, en somme, qui n’avaient donc pas encore acquis les traits qui lui permettraient plus tard de s’éparpiller sur trois continents. Mais pour que cette hypothèse soit juste, il faut que cet Homo erectus soit d’abord apparu en Asie, de préférence pas trop loin de la Georgie.
L’occupation initiale de Dmanisi est possiblement plus ancienne que la première apparition de l’Homo erectus en Afrique de l’Est.
Le site de Dmanisi, qui n’est qu’à 50 km de la capitale de la Georgie, n’a pas livré de nouveaux squelettes depuis la dernière fois qu’il a fait les manchettes. Les nouvelles spéculations proviennent plutôt d’une étude qui vient de paraître dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, et qui s’appuie sur la centaine d’outils de pierre. Leur distribution laisse entendre, écrivent les chercheurs, qu’il y a eu là-bas des pré-humains pendant des dizaines de milliers d’années, ce qui implique une population relativement élevée.
Mais le gros problème avec une origine asiatique de l’Homo erectus est de savoir d’où seraient venus ses ancêtres à lui. Aucun pré-humain encore plus primitif, comme l’australopithèque, n’a jamais été découvert en-dehors de l’Afrique, que ce soit il y a 2, ou 3, ou 4 millions d’années.
Source : Agence Science-Presse du 04/07/2011
Le coupable : un site archéologique dans l’ancienne république soviétique de Georgie d'où, depuis quelques années, émergent des squelettes vieux d’environ 1,75 million d’années. Ça pourrait être un de ces Homo erectus sortis d’Afrique à peu près à la même époque, mais plus on fouille, et plus on doute : d’abord, la Georgie est tout de même à 3000 km de l’Afrique. Ensuite, l’anatomie de ces êtres présente un mélange embarrassant de traits que les paléontologues qualifient « d’anciens » et de « modernes ».
En particulier, ils ont un corps plutôt trapu et des jambes très courtes, beaucoup moins adaptées à la marche que les jambes qui allaient se développer dans le million d’années suivant. Pas vraiment ce à quoi on s’attendrait de la part d’une créature qui aurait parcouru 3000 km au fil des générations.
L’hypothèse la plus simple est qu’il s’agit d’une version primitive de l’Homo erectus —ses tout premiers représentants, en somme, qui n’avaient donc pas encore acquis les traits qui lui permettraient plus tard de s’éparpiller sur trois continents. Mais pour que cette hypothèse soit juste, il faut que cet Homo erectus soit d’abord apparu en Asie, de préférence pas trop loin de la Georgie.
L’occupation initiale de Dmanisi est possiblement plus ancienne que la première apparition de l’Homo erectus en Afrique de l’Est.
Le site de Dmanisi, qui n’est qu’à 50 km de la capitale de la Georgie, n’a pas livré de nouveaux squelettes depuis la dernière fois qu’il a fait les manchettes. Les nouvelles spéculations proviennent plutôt d’une étude qui vient de paraître dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, et qui s’appuie sur la centaine d’outils de pierre. Leur distribution laisse entendre, écrivent les chercheurs, qu’il y a eu là-bas des pré-humains pendant des dizaines de milliers d’années, ce qui implique une population relativement élevée.
Mais le gros problème avec une origine asiatique de l’Homo erectus est de savoir d’où seraient venus ses ancêtres à lui. Aucun pré-humain encore plus primitif, comme l’australopithèque, n’a jamais été découvert en-dehors de l’Afrique, que ce soit il y a 2, ou 3, ou 4 millions d’années.
Source : Agence Science-Presse du 04/07/2011
Les hommes préhistoriques auraient inventé le dessin animé
Walt Disney aurait eu des ancêtres 15000 ans avant notre ère. Et les hommes du Paléolithique supérieur figuraient déjà des animaux en mouvement sur les parois des grottes et sur des disques en os : c’est l’hypothèse émise par le préhistorien français Marc Azéma, membre de l’équipe scientifique de la grotte Chauvet (Ardèche).
Publiée dans le mensuel National Geographic France de juillet 2011, cette nouvelle théorie s’appuie sur l’étude de nombreuses représentations pariétales, notamment à Chauvet, Niaux ou Marsoulas. Celles-ci, en montrant différentes positions d’un même animal, étaient susceptibles d’en recréer le mouvement, racontant “des scènes complexes, composées de séquences successives et d’un sens de lecture”, selon Marc Azéma, déjà auteur de l’ouvrage L’Art des cavernes en action. C’était ainsi le cas sur un os gravé, découvert dans la grotte de la Vache (Ariège) et vieux d’environ 13000 ans, avec un félin dans trois positions. Cette observation, au début des années 1990, a mis la puce à l’oreille de Marc Azéma, qui a ensuite entrepris une étude plus systématique sur le sujet.
Les hommes préhistoriques utilisaient aussi, semble-t-il, la technique de la superposition pour générer l’illusion du mouvement — ce que suggèrent notamment des dessins de la grotte de Lascaux (Dordogne). Enfin, des disques en os gravés sur les deux faces semblent confirmer cette théorie. Marc Azéma et Florent Rivière, illustrateur spécialiste de la Préhistoire et qui en reconstitue les techniques, ont montré qu’il suffisait de faire tourner ces disques —par exemple autour d’un tendon— pour que la superposition apparente des images recrée le mouvement. Marc Azéma détaillera sa découverte dans Préhistoire du cinéma, à paraître en septembre (éd. Errance).
Source : National Geographic du 05/07/2011
Publiée dans le mensuel National Geographic France de juillet 2011, cette nouvelle théorie s’appuie sur l’étude de nombreuses représentations pariétales, notamment à Chauvet, Niaux ou Marsoulas. Celles-ci, en montrant différentes positions d’un même animal, étaient susceptibles d’en recréer le mouvement, racontant “des scènes complexes, composées de séquences successives et d’un sens de lecture”, selon Marc Azéma, déjà auteur de l’ouvrage L’Art des cavernes en action. C’était ainsi le cas sur un os gravé, découvert dans la grotte de la Vache (Ariège) et vieux d’environ 13000 ans, avec un félin dans trois positions. Cette observation, au début des années 1990, a mis la puce à l’oreille de Marc Azéma, qui a ensuite entrepris une étude plus systématique sur le sujet.
Les hommes préhistoriques utilisaient aussi, semble-t-il, la technique de la superposition pour générer l’illusion du mouvement — ce que suggèrent notamment des dessins de la grotte de Lascaux (Dordogne). Enfin, des disques en os gravés sur les deux faces semblent confirmer cette théorie. Marc Azéma et Florent Rivière, illustrateur spécialiste de la Préhistoire et qui en reconstitue les techniques, ont montré qu’il suffisait de faire tourner ces disques —par exemple autour d’un tendon— pour que la superposition apparente des images recrée le mouvement. Marc Azéma détaillera sa découverte dans Préhistoire du cinéma, à paraître en septembre (éd. Errance).
Source : National Geographic du 05/07/2011
mercredi 6 juillet 2011
Cannibalisme rituel il y a 35.000 ans en Crimée ?
Il y a près de 35.000 ans, nos ancêtres Cro-magnons - l’homme «moderne» - taillaient du silex dans un un abri sous roche de Crimée.
De passage pour une expédition de chasse, ils ont boulotté force antilopes, du cheval et du lièvre. Ils ont oublié quelques perles en ivoire de mammouth, des coquillages percés. Et, probablement lors d’un épisode unique, ils ont fait des trucs vraiment bizarres avec des crânes d’humains.
Cette histoire est relatée dans la revue PLoS One par une équipe internationale (France, République Tchèque, Ukraine, Pays-Bas, Allemagne). Une équipe qui a réuni de multiples talents - paléoanthropologue, préhistoriens, spécialistes de la datation au carbone-14, archéozoologues, chimiste… - pour mettre à profit la richesse exceptionnelle d’un site découvert en 1990, en Crimée, par l’Ukrainien Alexander Yanevich.
Le site de Buran-Kaya, sur la rivière Burulcha qui descend des montagnes de Crimée, a offert aux fouilleurs de nombreuses couches stratigraphiques bien rangées et donc à la chronologie intacte. Elles montrent que les plus anciens à être passés dans cet abri sous roche sont des êtres humains de culture «Paléolithique moyen» selon leurs outils de pierre- donc, en théorie des Néandertaliens dans cette région. Puis que sont arrivés des fabricants d’une énigmatique «culture de transition», explique Stéphane Péan (Muséum national d’histoire naturelle) où se mélangent des traits du Paléolithique moyen Carte crimée et supérieur… ce dernier étant en théorie spécifique d’Homo sapiens.
Or, les préhistoriens s’écharpent toujours (voir cette note : Cro-Magnon n'a jamais fait la révolution) pour déterminer si cette culture de transition - baptisée Châtelperronien en Europe de l’Ouest et Szélétien à l’Est- est le fait de Néandertaliens éventuellement influencés par des échanges culturel avec «l’homme anatomiquement moderne», comme disent les préhistoriens ou de ce dernier. Puis, surprise !, survient une nouvelle couche de Paléolithique moyen. Retour de Néandertal ? S’il est l’auteur de la culture de transition, ce serait là un indice de diversité culturelle. Et sinon, il faut imaginer qu’un groupe de Néandertaliens est passé là après des hommes modernes.
Enfin, une des dernières couches n’autorise aucun doute puisqu’à ses outils typiques du Paléolithique supérieur (de type gravettien) s’ajoutent près de 200 ossements et dents humains fossilisés, attribués à l’homme moderne. «Autrement dit, un homme biologiquement identique à nous d’après l’analyse de Sandrine Prat du CNRS», précise Stéphane Péan.
L’intérêt de cette fouille archéologique réside dans l’approche pluridisciplinaire engagée. Et surtout d’une chance assez rare : dater directement au carbone-14 (avec une double analyse, à Gronigen et à Gif sur Yvette (CNRS/CEA) sous la responsabilité d’Hélène Valladas précisant que «la date se situe entre il y a 35.400 et 35.900 ans») des fossiles humains dont la position stratigraphique et le contexte archéologique sont parfaitement connus.
Ces hommes occupaient la péninsule de Crimée dans un climat et un environnement très différent de la riviera actuelle. «Un mixte de la toundra du Grand Nord avec ses rennes, des steppes froides d’Asie centrale et de vallées boisées», risque Stéphane Péan. Les occupants passagers mais récurrents de l’abri - il n’y a pas de trace d’un campement de Perles ivoire longue durée - y ont retouché leurs outils et surtout, d’après les études de Laurent Crépin découpé de l’antilope, du cheval, du bison, du lièvre, du renard et du loup. Viandes et fourrures étaient donc leurs objectifs.
La date trouvée est très ancienne pour du Gravettien. Elle fait partie des plus anciennes traces d’Homo sapiens directement datées sur l’os dans toute l’ Europe. Mais si cette méthode offre une certitude rare en préhistoire, l’ancienneté de la grotte Chauvet (Ardèche) dont les charbons ont été datés pour les plus vieux à 35.000 ans fait remonter la présence de l’homme moderne en Europe de l’ouest à cette époque. Car nul n’imagine, même chez les préhistoriens les plus iconoclastes, d’attribuer à Néandertal cette œuvre d’art.
Les os humains de Buran-Kaya réservaient une autre surprise aux préhistoriens. Dénichés sous la forme de près de 200 petits fragments, ils constituent un tableau pour le moins étrange. Aucun os des membres, sauf quelques phalanges, et surtout des morceaux de crâne. Provenant de cinq individus différents, jeunes et adultes, d’après les dents. Et porteurs d’indubitables traces de découpe par des outils de silex et non de dents de carnivores. Boucherie humaine ?
Ce n’est pas la conclusion de l’article. D’abord en raison de la surreprésentation des os du crâne. Quand on boulotte un homme pour se nourrir, on le fait en entier ou on privilégie les parties riches en viande. Ensuite, les traces de découpe suggèrent un scalp sur l’os fronto-pariétal et la désarticulation des os occipitaux et temporaux alors qu’aucun os ne montre de trace d’extraction de la moelle, à l’inverse des os d’animaux.
Comment interpréter ce tableau ? Les auteurs évoquent une cérémonie funéraire ou post-funéraire, limitée aux têtes… Sauf qu’il n’y a aucun signe de sépulture. Le reste du squelette a t-il été transporté ailleurs ? Et qu’une question cruciale reste sans réponse : les crânes ainsi traités étaient-ils ceux de personnes membres du groupe… ou ceux d’un autre. Amis ou ennemis ? Le site de Buran-Kaya risque, comme la plupart des sites préhistoriques, de conserver longtemps, voire pour toujours, une part d’épais mystère.
Source : Sciences2 du 04/07/2011
De passage pour une expédition de chasse, ils ont boulotté force antilopes, du cheval et du lièvre. Ils ont oublié quelques perles en ivoire de mammouth, des coquillages percés. Et, probablement lors d’un épisode unique, ils ont fait des trucs vraiment bizarres avec des crânes d’humains.
Cette histoire est relatée dans la revue PLoS One par une équipe internationale (France, République Tchèque, Ukraine, Pays-Bas, Allemagne). Une équipe qui a réuni de multiples talents - paléoanthropologue, préhistoriens, spécialistes de la datation au carbone-14, archéozoologues, chimiste… - pour mettre à profit la richesse exceptionnelle d’un site découvert en 1990, en Crimée, par l’Ukrainien Alexander Yanevich.
Le site de Buran-Kaya, sur la rivière Burulcha qui descend des montagnes de Crimée, a offert aux fouilleurs de nombreuses couches stratigraphiques bien rangées et donc à la chronologie intacte. Elles montrent que les plus anciens à être passés dans cet abri sous roche sont des êtres humains de culture «Paléolithique moyen» selon leurs outils de pierre- donc, en théorie des Néandertaliens dans cette région. Puis que sont arrivés des fabricants d’une énigmatique «culture de transition», explique Stéphane Péan (Muséum national d’histoire naturelle) où se mélangent des traits du Paléolithique moyen Carte crimée et supérieur… ce dernier étant en théorie spécifique d’Homo sapiens.
Or, les préhistoriens s’écharpent toujours (voir cette note : Cro-Magnon n'a jamais fait la révolution) pour déterminer si cette culture de transition - baptisée Châtelperronien en Europe de l’Ouest et Szélétien à l’Est- est le fait de Néandertaliens éventuellement influencés par des échanges culturel avec «l’homme anatomiquement moderne», comme disent les préhistoriens ou de ce dernier. Puis, surprise !, survient une nouvelle couche de Paléolithique moyen. Retour de Néandertal ? S’il est l’auteur de la culture de transition, ce serait là un indice de diversité culturelle. Et sinon, il faut imaginer qu’un groupe de Néandertaliens est passé là après des hommes modernes.
Enfin, une des dernières couches n’autorise aucun doute puisqu’à ses outils typiques du Paléolithique supérieur (de type gravettien) s’ajoutent près de 200 ossements et dents humains fossilisés, attribués à l’homme moderne. «Autrement dit, un homme biologiquement identique à nous d’après l’analyse de Sandrine Prat du CNRS», précise Stéphane Péan.
L’intérêt de cette fouille archéologique réside dans l’approche pluridisciplinaire engagée. Et surtout d’une chance assez rare : dater directement au carbone-14 (avec une double analyse, à Gronigen et à Gif sur Yvette (CNRS/CEA) sous la responsabilité d’Hélène Valladas précisant que «la date se situe entre il y a 35.400 et 35.900 ans») des fossiles humains dont la position stratigraphique et le contexte archéologique sont parfaitement connus.
Ces hommes occupaient la péninsule de Crimée dans un climat et un environnement très différent de la riviera actuelle. «Un mixte de la toundra du Grand Nord avec ses rennes, des steppes froides d’Asie centrale et de vallées boisées», risque Stéphane Péan. Les occupants passagers mais récurrents de l’abri - il n’y a pas de trace d’un campement de Perles ivoire longue durée - y ont retouché leurs outils et surtout, d’après les études de Laurent Crépin découpé de l’antilope, du cheval, du bison, du lièvre, du renard et du loup. Viandes et fourrures étaient donc leurs objectifs.
La date trouvée est très ancienne pour du Gravettien. Elle fait partie des plus anciennes traces d’Homo sapiens directement datées sur l’os dans toute l’ Europe. Mais si cette méthode offre une certitude rare en préhistoire, l’ancienneté de la grotte Chauvet (Ardèche) dont les charbons ont été datés pour les plus vieux à 35.000 ans fait remonter la présence de l’homme moderne en Europe de l’ouest à cette époque. Car nul n’imagine, même chez les préhistoriens les plus iconoclastes, d’attribuer à Néandertal cette œuvre d’art.
Les os humains de Buran-Kaya réservaient une autre surprise aux préhistoriens. Dénichés sous la forme de près de 200 petits fragments, ils constituent un tableau pour le moins étrange. Aucun os des membres, sauf quelques phalanges, et surtout des morceaux de crâne. Provenant de cinq individus différents, jeunes et adultes, d’après les dents. Et porteurs d’indubitables traces de découpe par des outils de silex et non de dents de carnivores. Boucherie humaine ?
Ce n’est pas la conclusion de l’article. D’abord en raison de la surreprésentation des os du crâne. Quand on boulotte un homme pour se nourrir, on le fait en entier ou on privilégie les parties riches en viande. Ensuite, les traces de découpe suggèrent un scalp sur l’os fronto-pariétal et la désarticulation des os occipitaux et temporaux alors qu’aucun os ne montre de trace d’extraction de la moelle, à l’inverse des os d’animaux.
Comment interpréter ce tableau ? Les auteurs évoquent une cérémonie funéraire ou post-funéraire, limitée aux têtes… Sauf qu’il n’y a aucun signe de sépulture. Le reste du squelette a t-il été transporté ailleurs ? Et qu’une question cruciale reste sans réponse : les crânes ainsi traités étaient-ils ceux de personnes membres du groupe… ou ceux d’un autre. Amis ou ennemis ? Le site de Buran-Kaya risque, comme la plupart des sites préhistoriques, de conserver longtemps, voire pour toujours, une part d’épais mystère.
Source : Sciences2 du 04/07/2011
Henry de Lumley : itinéraire d'un préhistorien
Directeur de l'Institut de paléontologie humaine, Henry de Lumley a ouvert les fouilles de sites préhistoriques majeurs, comme Terra Amata à Nice, ou Tautavel. Entretien avec un chercheur dont la passion est intacte.
Le Figaro Magazine : Quelles ont été les étapes de votre carrière de préhistorien ?
Henry de Lumley Je suis un Provençal né à Marseille en 1934, ville où j'ai d'ailleurs fait mes études. Je me suis passionné pour la préhistoire dès l'âge de 10 ans après avoir lu La Guerre du feu de Rosny Aîné. Je me souviens, d'ailleurs, que j'ai découvert cet ouvrage le 27 mai 1944 alors que les écoles et les collèges avaient été fermés suite au bombardement de la ville. Lorsque j'avais un moment, j'allais également visiter des musées ; l'été, je me rendais sur des sites.
Comme il m'a paru intéressant de relier l'homme à son milieu naturel et à son environnement, j'ai voulu devenir préhistorien mais dans une optique de naturaliste. J'ai donc étudié les sciences naturelles à la faculté des sciences de Marseille et c'est la soutenance d'un mémoire universitaire qui m'a permis d'entrer au CNRS à l'âge de 20 ans. Je me suis particulièrement intéressé aux industries anciennes et aux premiers peuplements préhistoriques du Midi méditerranéen, dans le cadre d'une thèse de doctorat que j'ai soutenue à la Sorbonne en 1965. Mes premières fouilles se situaient quant à elles dans le Luberon où j'ai étudié un site moustérien - dont l'âge est donc compris entre 60 000 et 35 000 ans - extrêmement riche.
J'ai ensuite publié de nombreux articles, j'ai effectué des fouilles sur des sites préhistoriques dans le monde entier et, sur un plan plus institutionnel, j'ai exercé diverses fonctions au CNRS, au Muséum national d'histoire naturelle. Je dirige, depuis 1981, l'Institut de paléontologie humaine.
Dans L'Atelier du préhistorien, vous évoquez trois stades de l'hominisation : esthétique, mythique, symbolique.
Il y a 2,5 millions d'années apparut en Afrique de l'Est l'Homo habilis, lequel marche debout parfaitement, commence à acquérir un langage articulé et se met à fabriquer les premiers outils. C'est alors que commence vraiment la fabuleuse aventure culturelle de l'homme et qu'émerge la pensée conceptuelle. Les outils sont d'abord très archaïques puis, vers 1,5 million d'années en Afrique et 600 000 ans en Europe, l'homme devient chasseur et fabrique de grands couteaux, les bifaces, à partir de grands éclats de pierres. Parfaitement symétriques et réguliers, ils sont parfois très beaux - certains sont même élaborés à partir de roches de couleur. Or, ce n'est pas parce qu'un outil est beau qu'il est plus fonctionnel : les hommes cherchent donc l'harmonie et la beauté pour elles-mêmes.
La domestication du feu, entre 400 000 et 380 000 ans, à la limite nord des zones tempérées chaudes de la planète - nous le constatons, par exemple, sur le site de Terra Amata dans les Alpes-Maritimes -, constitua un formidable moteur de l'hominisation. L'homme a pu ainsi pénétrer dans le fond des grottes mais également découvrir de nouveaux territoires dans les zones tempérées froides, améliorer la fabrication de ses outils. La cuisson de la viande a aussi permis de détruire des parasitoses et, donc, d'accroître l'espérance de vie. Mais, surtout, le feu a été un facteur de convivialité : autour du foyer, on raconte et on embellit des histoires de chasseurs - lesquels se transforment peu à peu en héros. La pensée mythique fait son apparition et, avec elle, les identités culturelles régionales.
Quant à la pensée symbolique, vous affirmez qu'elle se développe en trois temps. Quels sont-ils ?
Tout d'abord, vers 300 000 ans, l'homme acquiert la conscience de la mort comme en atteste un aven spécifiquement sépulcral, le plus ancien de l'histoire de l'humanité, qui a été découvert près de Burgos. Un biface très bien taillé, en quartz rouge, qui ne comporte aucune trace d'usure et qui n'a donc jamais été utilisé - mes collègues espagnols l'ont appelé Excalibur ! - y avait été déposé en offrande funéraire. Ensuite, vers 100 000 ans, les hommes enterrent véritablement leurs morts en creusant des fosses pour y déposer le défunt ainsi que des offrandes afin que ce dernier puisse poursuivre sa route au-delà de la mort. L'angoisse métaphysique vient de surgir : l'homme ne veut pas mourir. Vers 30 000 ans, enfin, les hommes inventent l'art pariétal et mobilier ainsi que la parure. Ils perforent de petites coquilles ou des dents d'animaux pour fabriquer des pendentifs ou des colliers. C'est également à ce moment-là qu'apparaissent des figurines féminines aux formes avantageuses symbolisant la fécondité.
Croyant, vous faites référence à la notion de «noosphère» chère à Teilhard de Chardin, éminent jésuite et paléontologue. Sommes-nous à la veille d'une nouvelle étape de l'hominisation ?
En effet : le développement planétaire du multimédia et la fulgurance avec laquelle les hommes peuvent être mis en relation les uns avec les autres constituent cette « noosphère ». Teilhard a bien montré que l'histoire de l'univers, de la vie, de l'homme, évolue vers une complexité de plus en plus grande.
Sur un plan physique, dites-vous, «on peut imaginer l'homme du futur avec une grosse tête ronde, des membres très courts et des pouces très longs».
A chacun des stades dont nous avons parlé, la capacité crânienne de l'homme a augmenté, la forme du crâne évoluant en quelque sorte du ballon de rugby au ballon de football. Il n'y a pas de raison que cela s'arrête même s'il faut plus de 100 000 ans pour qu'une différence significative soit constatable. Par ailleurs, comme l'on ne se sert pas de nos membres antérieurs pour nous déplacer, ils deviennent de plus en plus courts et grêles. Enfin, l'allongement notable du pouce a contribué à améliorer notre prise : un australopithèque ne serait sans doute pas parvenu à manipuler un transistor !
Source : Le Figaro Magazine du 04/07/2011
Le Figaro Magazine : Quelles ont été les étapes de votre carrière de préhistorien ?
Henry de Lumley Je suis un Provençal né à Marseille en 1934, ville où j'ai d'ailleurs fait mes études. Je me suis passionné pour la préhistoire dès l'âge de 10 ans après avoir lu La Guerre du feu de Rosny Aîné. Je me souviens, d'ailleurs, que j'ai découvert cet ouvrage le 27 mai 1944 alors que les écoles et les collèges avaient été fermés suite au bombardement de la ville. Lorsque j'avais un moment, j'allais également visiter des musées ; l'été, je me rendais sur des sites.
Comme il m'a paru intéressant de relier l'homme à son milieu naturel et à son environnement, j'ai voulu devenir préhistorien mais dans une optique de naturaliste. J'ai donc étudié les sciences naturelles à la faculté des sciences de Marseille et c'est la soutenance d'un mémoire universitaire qui m'a permis d'entrer au CNRS à l'âge de 20 ans. Je me suis particulièrement intéressé aux industries anciennes et aux premiers peuplements préhistoriques du Midi méditerranéen, dans le cadre d'une thèse de doctorat que j'ai soutenue à la Sorbonne en 1965. Mes premières fouilles se situaient quant à elles dans le Luberon où j'ai étudié un site moustérien - dont l'âge est donc compris entre 60 000 et 35 000 ans - extrêmement riche.
J'ai ensuite publié de nombreux articles, j'ai effectué des fouilles sur des sites préhistoriques dans le monde entier et, sur un plan plus institutionnel, j'ai exercé diverses fonctions au CNRS, au Muséum national d'histoire naturelle. Je dirige, depuis 1981, l'Institut de paléontologie humaine.
Dans L'Atelier du préhistorien, vous évoquez trois stades de l'hominisation : esthétique, mythique, symbolique.
Il y a 2,5 millions d'années apparut en Afrique de l'Est l'Homo habilis, lequel marche debout parfaitement, commence à acquérir un langage articulé et se met à fabriquer les premiers outils. C'est alors que commence vraiment la fabuleuse aventure culturelle de l'homme et qu'émerge la pensée conceptuelle. Les outils sont d'abord très archaïques puis, vers 1,5 million d'années en Afrique et 600 000 ans en Europe, l'homme devient chasseur et fabrique de grands couteaux, les bifaces, à partir de grands éclats de pierres. Parfaitement symétriques et réguliers, ils sont parfois très beaux - certains sont même élaborés à partir de roches de couleur. Or, ce n'est pas parce qu'un outil est beau qu'il est plus fonctionnel : les hommes cherchent donc l'harmonie et la beauté pour elles-mêmes.
La domestication du feu, entre 400 000 et 380 000 ans, à la limite nord des zones tempérées chaudes de la planète - nous le constatons, par exemple, sur le site de Terra Amata dans les Alpes-Maritimes -, constitua un formidable moteur de l'hominisation. L'homme a pu ainsi pénétrer dans le fond des grottes mais également découvrir de nouveaux territoires dans les zones tempérées froides, améliorer la fabrication de ses outils. La cuisson de la viande a aussi permis de détruire des parasitoses et, donc, d'accroître l'espérance de vie. Mais, surtout, le feu a été un facteur de convivialité : autour du foyer, on raconte et on embellit des histoires de chasseurs - lesquels se transforment peu à peu en héros. La pensée mythique fait son apparition et, avec elle, les identités culturelles régionales.
Quant à la pensée symbolique, vous affirmez qu'elle se développe en trois temps. Quels sont-ils ?
Tout d'abord, vers 300 000 ans, l'homme acquiert la conscience de la mort comme en atteste un aven spécifiquement sépulcral, le plus ancien de l'histoire de l'humanité, qui a été découvert près de Burgos. Un biface très bien taillé, en quartz rouge, qui ne comporte aucune trace d'usure et qui n'a donc jamais été utilisé - mes collègues espagnols l'ont appelé Excalibur ! - y avait été déposé en offrande funéraire. Ensuite, vers 100 000 ans, les hommes enterrent véritablement leurs morts en creusant des fosses pour y déposer le défunt ainsi que des offrandes afin que ce dernier puisse poursuivre sa route au-delà de la mort. L'angoisse métaphysique vient de surgir : l'homme ne veut pas mourir. Vers 30 000 ans, enfin, les hommes inventent l'art pariétal et mobilier ainsi que la parure. Ils perforent de petites coquilles ou des dents d'animaux pour fabriquer des pendentifs ou des colliers. C'est également à ce moment-là qu'apparaissent des figurines féminines aux formes avantageuses symbolisant la fécondité.
Croyant, vous faites référence à la notion de «noosphère» chère à Teilhard de Chardin, éminent jésuite et paléontologue. Sommes-nous à la veille d'une nouvelle étape de l'hominisation ?
En effet : le développement planétaire du multimédia et la fulgurance avec laquelle les hommes peuvent être mis en relation les uns avec les autres constituent cette « noosphère ». Teilhard a bien montré que l'histoire de l'univers, de la vie, de l'homme, évolue vers une complexité de plus en plus grande.
Sur un plan physique, dites-vous, «on peut imaginer l'homme du futur avec une grosse tête ronde, des membres très courts et des pouces très longs».
A chacun des stades dont nous avons parlé, la capacité crânienne de l'homme a augmenté, la forme du crâne évoluant en quelque sorte du ballon de rugby au ballon de football. Il n'y a pas de raison que cela s'arrête même s'il faut plus de 100 000 ans pour qu'une différence significative soit constatable. Par ailleurs, comme l'on ne se sert pas de nos membres antérieurs pour nous déplacer, ils deviennent de plus en plus courts et grêles. Enfin, l'allongement notable du pouce a contribué à améliorer notre prise : un australopithèque ne serait sans doute pas parvenu à manipuler un transistor !
Source : Le Figaro Magazine du 04/07/2011
mardi 5 juillet 2011
L'homme moderne n'a pas coexisté avec son ancêtre l'Homo erectus
L'homme moderne n'aurait jamais coexisté avec son ancêtre l'Homo erectus qui serait beaucoup plus ancien que ce que l'on croyait jusqu'à présent, selon des travaux scientifiques publiés mercredi et apportant un nouvel éclairage sur la nature de l'évolution humaine.
L'Homo erectus est considéré comme un ancêtre direct de l'Homo sapiens (ou homme moderne). Il lui ressemblait sous de nombreux aspects, à l'exception du cerveau qui était plus petit et de la forme du crâne.
L'Homo erectus a été le premier de nos lointains cousins à émigrer hors de l'Afrique il y a 1,8 million d'années.
Il s'est éteint sur le continent africain et une grande partie de l'Asie il y a 500 000 ans, mais il semblait avoir survécu jusqu'à une période allant de 50 000 à 35 000 ans avant notre ère sur le site de Ngandong, sur les rives du fleuve Solo, dans l'île de Java en Indonésie.
Les derniers Homo erectus auraient ainsi pu partager ces lieux avec les premiers membres de notre espèce, les Homo sapiens, dont l'arrivée en Indonésie remonte à 40 000 ans.
Les dernières datations sur lesquelles s'appuyait cette hypothèse avaient été effectuées en 1996 sur des dents d'animaux et des restes fossilisés d'Hominidés.
Toutefois, le fait que les dents fossilisées d'animaux soient mélangées, dans les couches de sédiments, avec des fossiles d'hominidés beaucoup plus anciens avait suscité des interrogations quant à l'âge réel de celles-ci.
Depuis 2004, une équipe internationale d'anthropologues, co-dirigée par Etty Indriati de l'Université Gadjah Mada en Indonésie et par Susan Anton de l'Université de New York, a conduit le projet Solo River Terrace (SoRT) et fait de nouvelles analyses en recourant à différentes méthodes de datation.
Les chercheurs ont déterminé que les fossiles d'hominidés, les dents d'animaux et les sédiments sur ces sites, dataient tous de la même époque.
Quelles que soient les méthodes utilisées, elles donnent un âge maximum et un âge minimum qui, dans les deux cas, remonte à une période plus ancienne que la datation des premiers fossiles d'Homo sapiens découverts en Indonésie.
De ce fait, «les homo erectus n'ont probablement jamais coexisté dans cet habitat avec les humains modernes», souligne Etty Indriati.
Les analyses menées dans le projet SoRT laissent penser que les Homo erectus se sont éteints il y a 143 000 ans au plus tard et, plus généralement, il y a 550 000 ans.
Une coexistence des Homo erectus et des humains modernes aurait conforté la théorie selon laquelle ces derniers auraient remplacé leurs ancêtres au cours de l'évolution.
En revanche, le second modèle dit «d'origine multirégionale» (suivi par le projet SoRT) tend à montrer que les humains modernes seraient issus de multiples contributions génétiques de différents groupes d'hominidés ayant vécu en Afrique, Asie et Europe.
Source : Cyberpresse.ca du 29/06/2011
L'Homo erectus est considéré comme un ancêtre direct de l'Homo sapiens (ou homme moderne). Il lui ressemblait sous de nombreux aspects, à l'exception du cerveau qui était plus petit et de la forme du crâne.
L'Homo erectus a été le premier de nos lointains cousins à émigrer hors de l'Afrique il y a 1,8 million d'années.
Il s'est éteint sur le continent africain et une grande partie de l'Asie il y a 500 000 ans, mais il semblait avoir survécu jusqu'à une période allant de 50 000 à 35 000 ans avant notre ère sur le site de Ngandong, sur les rives du fleuve Solo, dans l'île de Java en Indonésie.
Les derniers Homo erectus auraient ainsi pu partager ces lieux avec les premiers membres de notre espèce, les Homo sapiens, dont l'arrivée en Indonésie remonte à 40 000 ans.
Les dernières datations sur lesquelles s'appuyait cette hypothèse avaient été effectuées en 1996 sur des dents d'animaux et des restes fossilisés d'Hominidés.
Toutefois, le fait que les dents fossilisées d'animaux soient mélangées, dans les couches de sédiments, avec des fossiles d'hominidés beaucoup plus anciens avait suscité des interrogations quant à l'âge réel de celles-ci.
Depuis 2004, une équipe internationale d'anthropologues, co-dirigée par Etty Indriati de l'Université Gadjah Mada en Indonésie et par Susan Anton de l'Université de New York, a conduit le projet Solo River Terrace (SoRT) et fait de nouvelles analyses en recourant à différentes méthodes de datation.
Les chercheurs ont déterminé que les fossiles d'hominidés, les dents d'animaux et les sédiments sur ces sites, dataient tous de la même époque.
Quelles que soient les méthodes utilisées, elles donnent un âge maximum et un âge minimum qui, dans les deux cas, remonte à une période plus ancienne que la datation des premiers fossiles d'Homo sapiens découverts en Indonésie.
De ce fait, «les homo erectus n'ont probablement jamais coexisté dans cet habitat avec les humains modernes», souligne Etty Indriati.
Les analyses menées dans le projet SoRT laissent penser que les Homo erectus se sont éteints il y a 143 000 ans au plus tard et, plus généralement, il y a 550 000 ans.
Une coexistence des Homo erectus et des humains modernes aurait conforté la théorie selon laquelle ces derniers auraient remplacé leurs ancêtres au cours de l'évolution.
En revanche, le second modèle dit «d'origine multirégionale» (suivi par le projet SoRT) tend à montrer que les humains modernes seraient issus de multiples contributions génétiques de différents groupes d'hominidés ayant vécu en Afrique, Asie et Europe.
Source : Cyberpresse.ca du 29/06/2011
lundi 4 juillet 2011
De vieilles traces humaines dans le Sud-Est de l'Europe
Des restes humains découverts en Crimée ont été datés de 32 000 ans par une équipe européenne. Il s'agit du plus ancien témoignage direct de la présence d’Homo sapiens au Sud-Est de l'Europe.
Après dix ans de fouille et d’analyses, le site de Buran-Kaya III, dans le sud montagneux de la Crimée (Ukraine), a livré ses trésors : 162 fragments d'ossements humains aux côtés d'os d'animaux (essentiellement des antilopes saïga, des renards et des lièvres), d'outils en pierres taillées et en os et d'objets de parure comme des perles en ivoire de mammouth et des coquillages perforés.
Les ossements humains mis au jour dans l'abri appartiennent à au moins cinq individus : un enfant, deux adolescents et deux adultes. On retrouve essentiellement des morceaux de crâne, des dents, une vertèbre, des fragments de côtes et de phalanges. Leur description détaillée fait l’objet d’une publication dans la revue PLoS ONE.
La datation au carbone 14 d'un os humain et d'un os de cerf a établi que leurs propriétaires avaient vécu il y a 32 000 ans, ce qui fait de ce site un des plus anciens occupés par l'Homme moderne en Europe. Seuls un site roumain et un site russe s'avèrent plus vieux (34 000 ans pour le site roumain et 33 000 ans pour le russe), tandis que les sites d'Europe occidentale sont tous plus récents. Cette découverte va dans le sens des découvertes actuelles, à savoir une colonisation de l’Europe par l’Est à travers les régions sud-orientales bordant la Mer Noire depuis le Moyen-Orient.
Enfin, autre particularité, les paléontologues n’ont pas retrouvé d’os longs comme le fémur et les crânes ont été détachés du reste du corps, comme l'indiquent plusieurs traces de découpe présentes sur plusieurs os. Le traitement des restes osseux étant différent sur les hommes et les animaux, les chercheurs estiment qu'il ne s'agit pas d'un cannibalisme nutritionnel, mais plutôt d'un rituel post mortem.. Il s'agit des plus anciennes traces de découpe observées sur des hommes modernes aussi anciens en Europe.
Source : Sciences et Avenir du 29/06/2011
Après dix ans de fouille et d’analyses, le site de Buran-Kaya III, dans le sud montagneux de la Crimée (Ukraine), a livré ses trésors : 162 fragments d'ossements humains aux côtés d'os d'animaux (essentiellement des antilopes saïga, des renards et des lièvres), d'outils en pierres taillées et en os et d'objets de parure comme des perles en ivoire de mammouth et des coquillages perforés.
Les ossements humains mis au jour dans l'abri appartiennent à au moins cinq individus : un enfant, deux adolescents et deux adultes. On retrouve essentiellement des morceaux de crâne, des dents, une vertèbre, des fragments de côtes et de phalanges. Leur description détaillée fait l’objet d’une publication dans la revue PLoS ONE.
La datation au carbone 14 d'un os humain et d'un os de cerf a établi que leurs propriétaires avaient vécu il y a 32 000 ans, ce qui fait de ce site un des plus anciens occupés par l'Homme moderne en Europe. Seuls un site roumain et un site russe s'avèrent plus vieux (34 000 ans pour le site roumain et 33 000 ans pour le russe), tandis que les sites d'Europe occidentale sont tous plus récents. Cette découverte va dans le sens des découvertes actuelles, à savoir une colonisation de l’Europe par l’Est à travers les régions sud-orientales bordant la Mer Noire depuis le Moyen-Orient.
Enfin, autre particularité, les paléontologues n’ont pas retrouvé d’os longs comme le fémur et les crânes ont été détachés du reste du corps, comme l'indiquent plusieurs traces de découpe présentes sur plusieurs os. Le traitement des restes osseux étant différent sur les hommes et les animaux, les chercheurs estiment qu'il ne s'agit pas d'un cannibalisme nutritionnel, mais plutôt d'un rituel post mortem.. Il s'agit des plus anciennes traces de découpe observées sur des hommes modernes aussi anciens en Europe.
Source : Sciences et Avenir du 29/06/2011
vendredi 1 juillet 2011
L'homme moderne n'a pas coexisté avec son ancêtre "Homo erectus"
L'homme moderne n'aurait jamais coexisté avec son ancêtre Homo erectus, qui serait beaucoup plus ancien que ce que l'on croyait jusqu'à présent, selon des travaux scientifiques, publiés mercredi 29 juin, qui apportent un nouvel éclairage sur la nature de l'évolution humaine.
Homo erectus est considéré comme un ancêtre direct d'Homo sapiens (ou "homme moderne"). Il lui ressemblait sous de nombreux aspects, à l'exception du cerveau, qui était plus petit et de la forme du crâne.
LES MYSTÈRES DE L'ÎLE DE JAVA
Homo erectus a été le premier de nos lointains cousins à émigrer hors de l'Afrique, il y a 1,8 million d'années. Il s'est éteint sur le continent africain et une grande partie de l'Asie il y a 500 000 ans, mais il semblait avoir survécu jusqu'à une période allant de 50 000 à 35 000 ans avant notre ère sur le site de Ngandong, sur les rives du fleuve Solo, dans l'île de Java en Indonésie.
Le dernier Homo erectus aurait ainsi pu partager ces lieux avec les premiers membres de notre espèce, Homo sapiens, dont l'arrivée en Indonésie remonte à 40 000 ans. Les dernières datations sur lesquelles s'appuyait cette hypothèse avaient été effectuées en 1996 sur des dents d'animaux et des restes fossilisés d'hominidés.
Toutefois, le fait que les dents fossilisées d'animaux soient mélangées dans les couches de sédiments avec des fossiles d'hominidés beaucoup plus anciens avait suscité des interrogations quant à l'âge réel de celles-ci.
Depuis 2004, une équipe internationale d'anthropologues, codirigée par Etty Indriati, de l'université Gadjah Mada, en Indonésie, et par Susan Anton, de l'université de New York, a conduit le projet Solo River Terrace (SORT) et fait de nouvelles analyses en recourant à différentes méthodes de datation.
"ORIGINE MULTIRÉGIONALE"
Les chercheurs ont déterminé que les fossiles d'hominidés, les dents d'animaux et les sédiments sur ces sites dataient tous de la même époque. Quelles que soient les méthodes utilisées, elles donnent un âge maximum et un âge minimum qui, dans les deux cas, remontent à une période plus ancienne que la datation des premiers fossiles d'Homo sapiens découverts en Indonésie.
De ce fait, "les homo erectus n'ont probablement jamais coexisté dans cet habitat avec les humains modernes", souligne Etty Indriati. Les analyses menées dans le projet SORT laissent penser que Homo erectus s'est éteint il y a 143 000 ans au plus tard et, plus généralement, il y a 550 000 ans.
Une coexistence d'Homo erectus et des humains modernes aurait conforté la théorie selon laquelle ces derniers auraient remplacé leurs ancêtres au cours de l'évolution. En revanche, le second modèle dit "d'origine multirégionale" (suivi par le projet SORT) tend à montrer que les humains modernes seraient issus de multiples contributions génétiques de différents groupes d'hominidés ayant vécu en Afrique, en Asie et en Europe.
Source : Le Monde du 29/06/2011
Homo erectus est considéré comme un ancêtre direct d'Homo sapiens (ou "homme moderne"). Il lui ressemblait sous de nombreux aspects, à l'exception du cerveau, qui était plus petit et de la forme du crâne.
LES MYSTÈRES DE L'ÎLE DE JAVA
Homo erectus a été le premier de nos lointains cousins à émigrer hors de l'Afrique, il y a 1,8 million d'années. Il s'est éteint sur le continent africain et une grande partie de l'Asie il y a 500 000 ans, mais il semblait avoir survécu jusqu'à une période allant de 50 000 à 35 000 ans avant notre ère sur le site de Ngandong, sur les rives du fleuve Solo, dans l'île de Java en Indonésie.
Le dernier Homo erectus aurait ainsi pu partager ces lieux avec les premiers membres de notre espèce, Homo sapiens, dont l'arrivée en Indonésie remonte à 40 000 ans. Les dernières datations sur lesquelles s'appuyait cette hypothèse avaient été effectuées en 1996 sur des dents d'animaux et des restes fossilisés d'hominidés.
Toutefois, le fait que les dents fossilisées d'animaux soient mélangées dans les couches de sédiments avec des fossiles d'hominidés beaucoup plus anciens avait suscité des interrogations quant à l'âge réel de celles-ci.
Depuis 2004, une équipe internationale d'anthropologues, codirigée par Etty Indriati, de l'université Gadjah Mada, en Indonésie, et par Susan Anton, de l'université de New York, a conduit le projet Solo River Terrace (SORT) et fait de nouvelles analyses en recourant à différentes méthodes de datation.
"ORIGINE MULTIRÉGIONALE"
Les chercheurs ont déterminé que les fossiles d'hominidés, les dents d'animaux et les sédiments sur ces sites dataient tous de la même époque. Quelles que soient les méthodes utilisées, elles donnent un âge maximum et un âge minimum qui, dans les deux cas, remontent à une période plus ancienne que la datation des premiers fossiles d'Homo sapiens découverts en Indonésie.
De ce fait, "les homo erectus n'ont probablement jamais coexisté dans cet habitat avec les humains modernes", souligne Etty Indriati. Les analyses menées dans le projet SORT laissent penser que Homo erectus s'est éteint il y a 143 000 ans au plus tard et, plus généralement, il y a 550 000 ans.
Une coexistence d'Homo erectus et des humains modernes aurait conforté la théorie selon laquelle ces derniers auraient remplacé leurs ancêtres au cours de l'évolution. En revanche, le second modèle dit "d'origine multirégionale" (suivi par le projet SORT) tend à montrer que les humains modernes seraient issus de multiples contributions génétiques de différents groupes d'hominidés ayant vécu en Afrique, en Asie et en Europe.
Source : Le Monde du 29/06/2011
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