jeudi 10 novembre 2011

Un ancêtre de 44 000 ans

Durant des décennies, les paléontologues ont pensé que ce maxillaire humain n'était qu'un fossile préhistorique parmi d'autres. En y regardant de plus près, ils se sont aperçus que son propriétaire était le plus vieil homme moderne jamais identifié en Europe occidentale.

Selon une étude publiée mercredi, le maxillaire est en effet âgé de 41 000 à 44 000 ans et appartenait à l'un de nos ancêtres Homo sapiens, qui aurait donc pu croiser un de nos lointains cousins Neandertal à la même époque, une idée qui fait toujours l'objet d'une vive polémique entre spécialistes.

Le morceau d'os et les trois dents qui y restaient attachées ont été découverts dans une caverne préhistorique du sud de l'Angleterre en 1927.

Une soixantaine d'années plus tard, des scientifiques de l'Université d'Oxford dataient le fossile, l'estimant vieux d'environ 35 000 ans. Un âge respectable, mais pas extraordinaire à l'aune des connaissances sur le peuplement de l'Europe par nos ancêtres «Homo sapiens sapiens».

Des chercheurs se sont cependant mis à douter de la validité de cette datation après avoir découvert sur ce maxillaire supérieur des traces de colle, qui a servi à conserver l'os après sa découverte et aurait pu fausser l'analyse.

«Nous savions que nous allions devoir effectuer des tests supplémentaires pour obtenir une nouvelle datation», explique Beth Shapiro, professeur à la Penn State University (USA) et coauteur de l'étude publiée mercredi dans la revue Nature.

Mais l'échantillon d'os épargné par la colle était trop petit pour autoriser une nouvelle datation au carbone 14 !

Mme Shapiro et ses collègues ont donc décidé de prendre le problème à l'envers: dans le sol de la caverne, ils ont prélevé des ossements d'animaux situés au-dessus et en dessous de la strate où le maxillaire humain avait été découvert.

Ils ont ensuite daté cet ossuaire de la faune préhistorique mêlant loups, cerfs, ours des cavernes et rhinocéros laineux, obtenant une fourchette comprise entre 50 000 et 26 000 ans. En utilisant des techniques de modélisation statistique pour situer le maxillaire dans cette chronologie, ils l'estiment désormais vieux de 41 000 à 44 000 ans.

«Nous pensons que ce morceau de maxillaire est la plus ancienne preuve directe que nous avons sur la présence des humains modernes dans le nord-ouest de l'Europe», souligne Tom Higham, responsable de l'unité de datation par le radiocarbone de l'Université britannique d'Oxford.

«Cela veut aussi dire que les premiers humains ont coexisté avec les Neandertals dans cette partie du monde, ce dont doutent certains chercheurs», assure-t-il.

Autre élément qui plaide en faveur d'une coexistence des deux espèces durant plusieurs millénaires: deux molaires découvertes dans le sud de l'Italie en 1964, et jusqu'alors attribuées à tort à un Neandertal, appartiennent en fait à un Homo sapiens.

Selon une nouvelle analyse au carbone 14 réalisée par Stefano Benazzi, de l'Université de Vienne, et publiée par Nature dans une étude distincte, ces dents sont âgées de 43 000 à 45 000 ans, soit au moins aussi vieilles que le maxillaire anglais.

Les Neandertals sont apparus voici environ 300 000 ans et ont vécu en Europe, en Asie centrale et au Proche-Orient avant de disparaître voici un peu moins de 40 000 ans, pour des raisons inconnues.

Source : Cyberpresse du 03/11/2011

mercredi 9 novembre 2011

L'homme moderne, européen de longue date

Des hommes anatomiquement modernes auraient remplacé les Néandertaliens dans le Sud de l'Italie il y a 45000 ans, soit 5 000 ans avant la date généralement admise.

Une collaboration européenne rassemblant 13 laboratoires, dont ceux d'anthropologie des Universités d'Aix-Marseille et de Bordeaux, vient de montrer que deux dents de lait retrouvées en 1964 dans les Pouilles, en Italie, appartiennent à Homo sapiens alors qu'elles sont vieilles de quelque 45000 ans ! De quoi revoir la chronologie de la transition Néandertaliens-Homo sapiens…

Mal définie sur le plan chronologique par manque de datations fiables, cette période s'étend de l'arrivée des Homo sapiens en Europe à la disparition des Néandertaliens. Du point de vue de la culture matérielle, elle correspond au remplacement progressif en Europe des industries typiquement néandertaliennes du Moustérien (–300 000 à –30 000 ans) par de nouvelles industries lithiques intermédiaires entre les industries moustériennes et celles de l'Aurignacien (–37 000 à –28 000 ans) dues à l'homme anatomiquement moderne. On hésite donc à attribuer ces cultures intermédiaires aux Néandertaliens plutôt qu'aux Homo sapiens. En Europe centrale, il s'agit par exemple du Széletien (–50 000 à –35 000 ans), en Italie, de l'Uluzzien (de –37 000 à –33 000 ans), en France du Châtelperronien (–38 000 à –32 000 ans).

Le réexamen de deux molaires trouvées en 1964 dans la Grotta del Cavallo à Uluzzo, en Italie, et supposées appartenir à des Néandertaliens, clarifie le cas de l'Uluzzien. Après avoir minutieusement comparé la géométrie, l'épaisseur de l'émail et la structure interne de ces dents à celles de Néandertaliens et d'hommes modernes, les chercheurs ont conclu qu'il s'agit de dents de laits d'Homo sapiens très anciennes. Les datations au carbone 14 de huit perles en coquillage trouvées dans les mêmes strates que les dents situent en effet leur âge entre 44 000 et 45 000 ans. En outre, rien n'indique que les porteurs de la culture uluzzienne sont les descendants de ceux de la culture moustérienne (les Néandertaliens), puisque dans la Grotta del Cavallo, les strates moustériennes et les strates uluzziennes sont séparées par des couches de cendres volcaniques stériles. Les porteurs de la culture uluzzienne étaient manifestement des hommes modernes, ce qui en fait les plus anciens d'Europe…

Source : Pour la Science du 03/11/2011


Cro Magnon européen depuis 45.000 ans !

Deux articles paraissent ce matin dans la revue Nature qui vieillissent l'arrivée de Cro Magnon en Europe.

A l'aide de dents dénichées il y a longtemps en Grande Bretagne et en Italie, mais datées de manière plus précise et plus fiable, les archéologues datent désormais d'il y a 42.000 à 45.000 ans l'arrivée de "l'Homme anatomiquement moderne" - l'expression en vigueur dans les laboratoires pour désigner les populations d'Homo sapiens semblables à nous, Cro Magnon n'étant plus qu'un terme journalistique ou de chansons - en Europe.

Cette datation implique que la co-existence en Europe des populations de Néandertaliens et de Cro-Magnon a duré plusieurs milliers d'années.

Ces deux articles viennent alimenter un débat intense sur les relations entre nos ancêtres directs et les hommes de Néandertal qui peuplaient l'Europe depuis 200.000 ans, descendants des Homo erectus présents, eux, depuis plusieurs centaines de milliers d'années. Relations génétiques (des relations sexuelles fécondes) ? Relations culturelles ? Et pourquoi les Néandertaliens ont-ils disparu ?

Le premier article, signé de plusieurs grosses pointures de l'archéologie (Chris Stringer, Erik Trinkaus) a repris un morceau de machoire et des dents découverts en 1927 dans la Caverne de Kent (Torquay). Elles avaient été datées en 1989 a environ 35.000 ans. Une nouvelle analyse, plus précise grace à une ultrafiltration, les vieillit à environ 42.000 ans. En outre une analyse fine des morphologies montre que les dents sont plus "modernes" que néandertaliennes. Bilan : Cro-Magnon, venu du sud, avait déjà passé la Manche (à l'époque un simple fleuve car les calottes de l'ère glaciaire avaient considérablement abaissé le niveau marin).

Le second article, portant sur l'Italie, résulte d'une coopération de 13 équipes européennes dont deux chercheurs (Cnrs et Universités d'Aix-Marseille de Bordeaux). Il a étudié et daté des dents de lait et des coquillages. Priscilla Bayle (Bordeaux) me précise qu'il s'agit «de matériels découverts il y a longtemps dans cette grotte du Cavalier.» Les fouilles datent en effet de 1964, dans cette grotte de l'Apulie, au sud de l'Italie.

Les reconstructions en 3D, permises par des microtomographies en rayons X des dents de la Grottte du Cavallo ont été comparées à des dents néandertaliennes et modernes. Ce qui a montré qu'elles appartenaient à des Hommes modernes. La datation au carbone 14) de coquilles perforées, des mêmes niveaux archéologiques que les dents, a montré qu'elles remontent à 43 000 à 45 000 ans.

Ces nouvelles informations sur le propriétaires des dents et sur son ancienneté bouleverse la première interprétation des outils et ornements en coquillages découverts en 1964. Ils avaient été attribués à des néandertaliens et à une culture baptisée d'Uluzzienne (du nom de la ville d'Uluzzo) qui montre des traits "modernes" (os, ornements, colorants...).

Avec la culture dite du "Chatelperonnien" en France - grottes d'Arcy sur Cure et Saint Cezaire - il s'agit d'une des cultures dites de "transition" entre le paléolithique moyen et le paléolithique supérieur, ce dernier étant censé découler de l'arrivée de l'homme moderne. Bref, un Cro Magnon plus "évolué" culturellement que les Néandertaliens.

Ces cultures de transition ont souvent été interprêtées comme le signe de relations culturelles entre les deux populations, les Néandertaliens ayant été "inspiré" par leurs cousins. Cette histoire a désormais de plus en plus de plomb dans l'aile... même si, précise Bayle : «c'est surtout le doute qui grandit. On avait raisonné par analogie avec le Chatelperonnien en France, attribué à des néandertaliens (Saint Cezaire, Arcy sur Cure). L'argument tombe, car les niveaux archéologiques ont été redatés et sont plus anciens. Le doute grandit finalement sur les auteurs des industries de transitions. On ajoute au doute. Mais ils vont tous dans la même direction : les industries dites de transitions peuvent être des mélanges entre niveaux archéologiques ou le fait d'hommes modernes.»

Source : Sciences2 du 03/11/2011

mardi 8 novembre 2011

La préhistoire des Européens revisitée

L'homme moderne est arrivé à l'ouest du continent plus tôt qu'on ne le pensait.

Cela faisait des dizaines d'années qu'«il» patientait dans les réserves du musée de Torquay, ville de la riviera anglaise où naquit Agatha Christie. Quoi de plus normal qu'après une enquête scientifique serrée menée par une équipe internationale, il s'avère que ce «il» est le plus ancien fossile d'homme moderne jamais caractérisé en Europe de l'Ouest (Nature du 3 novembre 2011)? Ce bout de maxillaire, qui présente encore trois dents, a plus de 40.000 ans (entre 44,2 et 41,5 milliers d'années) et risque de bouleverser l'histoire des hommes modernes en Europe. Il avait été découvert en 1927 dans la Kent's Cavern, immense grotte devenue le plus important site paléolithique de Grande-Bretagne.

On estime que l'homme a peuplé la terre à partir d'un «berceau» des hominidés situé en Afrique. Il en est sorti, par vagues successives et très espacées, pour coloniser ou recoloniser, entre autres, le Proche-Orient, le Caucase, les Balkans et toute l'Europe occidentale. Le plus vieux fossile d'hominidé trouvé en Europe de l'Ouest, une mandibule, date d'un peu plus de 1 million d'années. Plusieurs autres spécimens découverts en Géorgie datent de 1,7 million d'années. Sans doute la première vague.

Les premières traces de Neandertal, un Homo, apparaissent, elles, il y a environ 450.000 ans. C'est peut-être la deuxième vague. Ces traces fossiles disparaîtront quelque 420.000 ans plus tard. C'est l'époque des grandes périodes glaciaires entrecoupées de «pauses» tempérées, comme il y a environ 40.000 ans, conduisant à un fort recul des glaciers, ouvrant ainsi des passages vers ces territoires longtemps «verrouillés» par les glaces. Et ouvrant la voie à l'homme moderne Homo sapiens sapiens, aussi appelé homme de Cro-Magnon. Neandertal et Cro-Magnon se sont-ils croisés, fréquentés ? D'après ces dernières données, ils ont cohabité pendant sans doute plus de 10.000 ans. Et Neandertal a disparu, sans que l'on sache exactement pourquoi.

Tous ces travaux s'appuient sur de petits et fragiles fossiles. Leur datation ou l'interprétation des données morphologiques nécessitent des techniques de plus en plus sophistiquées. La fameuse datation au carbone 14 n'est plus qu'un premier indicateur de datation. On emploie par exemple aujourd'hui des analyses sur les différents isotopes d'oxygène. Les chercheurs ont également tenté des études génétiques sur l'ADN du fossile. Mais ce qu'ils ont récupéré ne pouvait être clairement distingué d'une éventuelle «contamination» par ceux qui l'avaient manipulé.

Autre découverte dans la grotte du Cavallo

«C'est un résultat très intéressant, estime Marylène Patou-Mathis, préhistorienne au CNRS et au Muséum national d'histoire naturelle, également conseiller scientifique du film AO, le dernier Neandertal. Car dater et travailler directement sur des restes humains est important. Et cela confirme bien que Neandertal et l'homme moderne ont dû vivre côte à côte.»

Dans le même numéro de la revue Science, une autre équipe internationale revendique la caractérisation du plus ancien fossile d'homme moderne de l'Europe du Sud-Est. Deux molaires découvertes en 1964 dans la grotte du Cavallo (sud de l'Italie) ont été réexaminées de manière très fine. Elles datent de 45.000 à 43.000 années. Ce qui confirme que homme moderne et Neandertal ont vécu en ces lieux au même moment. Mais aussi que les hommes modernes ont colonisé l'Europe de l'Ouest de manière bien plus rapide qu'on ne le croyait.

Source : Le Figaro du 02/11/2011

Homo Sapiens : son arrivée en Europe plus précoce qu'on ne le pensait

L'arrivée de l'Homme moderne en Europe a eu lieu plusieurs millénaires avant les estimations jusqu'alors admises. Une découverte permise grâce à l'analyse de dents qui au moment où elles ont été trouvées, il y a une cinquantaine d'années, ont été à tort attribuées à des Néandertaliens. En réalité, elles appartiendraient aux premiers Homo sapiens européens.

Les premiers Hommes modernes (Homo sapiens) auraient foulé le sol européen il y a environ 43.000 à 45.000 ans, plusieurs millénaires avant la date de leur arrivée jusqu'alors admise par les scientifiques. Cette découverte a été permise grâce à la collaboration de treize équipes européennes, rapporte le CNRS dans un communiqué.

Les chercheurs, dont deux français, ont analysé deux dents de lait découvertes dans une grotte préhistorique italienne, la Grotta del Cavallo, il y a une cinquantaine d'années. Ces dents, qui d'après une datation au carbone 14, sont vieilles de 45.000 ans environ, avaient été considérées à tort comme celles de Néandertaliens. Mais en réalité, elles appartiennent à un Homo sapiens, ont révélé des reconstructions en 3D des restes humains comparées à un grand échantillon de dents néandertaliennes et modernes. Cette découverte constitue alors le plus ancien témoignage des Hommes modernes européens.

Dans la revue Nature, les scientifiques qui ont mené cette étude expliquent avoir obtenu grâce à leurs travaux un nouvel éclairage pour mieux comprendre l'arrivée des premiers Homo Sapiens en Europe, et la période de transition entre cette diffusion et la disparition des Néandertaliens, qui ont vécu en Europe pendant plus de 200.000 ans. L'hypothèse la plus largement répandue au sein de la communauté scientifique avance que cette disparition est liée à l'arrivée des Hommes modernes. Les dents de la grotte italienne révèlent une diffusion plus précoce des Homos Sapiens, et confirment alors une longue période de coexistence des deux espèces, souligne le CNRS.

Source : MaxiSciences du 03/11/2011

lundi 7 novembre 2011

Sapiens et Neandertal ont cohabité plus longtemps que prévu en Europe


Les premiers Hommes modernes seraient arrivés en Europe il y a environ 45 000 ans, soit plusieurs millénaires avant la date communément admise jusqu'ici.

Une mâchoire, deux dents de lait.. et on repart quelques milliers d’années plus en arrière que prévu. Des fossiles ont été mal interprétés lors de leur découverte, signalent deux études publiées conjointement par la revue Nature. Leurs conclusions : l’Homme moderne (Homo sapiens) a débarqué en Europe il y a environ 45.000 ans et il s’est ensuite rapidement dispersé sur tout le continent.

La mâchoire d'Homme moderne découverte en Angleterre

Erreurs d'interprétations

La mâchoire découverte en Angleterre en 1927 avait bien été attribuée à Sapiens mais sa datation au radiocarbone réalisée en 1989 indiquait que le fossile était âgé d'environ 35.000 ans. En utilisant l'ultrafiltration, une technique de datation au carbone plus raffinée, des paléontologues anglais démontrent que la mâchoire date de 44.200 à 41.500 ans. La morphologie dentaire indique bien cependant que son attribution à Sapiens plutôt qu'à Neandertal est fiable.

Quant aux deux dents, provenant de la grotte del Cavallo, en Italie, et exhumées en 1960, elles furent après leur découverte attribuées aux Néandertaliens. Ces derniers étaient alors considérés comme les artisans des ornements et des outillages caractéristiques de la culture qui avait régné dans cette région.


De nouvelles analyses effectuées par une équipe internationale -impliquant deux laboratoires français- viennent contredire ces précédentes conclusions. Les reconstructions en 3D, issues d'enregistrements par microtomographie, ont été comparées à un large échantillon de dents néandertaliennes et modernes.

Dent de lait de Cavallo

En analysant les paramètres de leur structure interne et externe (en particulier l'épaisseur de l'émail et le contour des couronnes dentaires), les chercheurs ont découvert que les deux dents de Cavallo appartenaient en fait à des Hommes modernes. D'autre part, la datation au carbone 14 sur des coquilles perforées, issues des mêmes niveaux archéologiques que les dents, a montré que ces deux dents dateraient d'environ 43.000 à 45.000 ans.

Une longue cohabitation

Ces résultats indiquent donc qu’il y a environ 45.000 ans Homo sapiens était déjà présent en Europe et qu’il s’est très rapidement dispersé sur le continent, comme en témoigne la mâchoire découverte en Angleterre. Cela signifie également qu’il y a eu une longue période de coexistence des Hommes modernes avec les Néandertaliens.

Durant cette période, les deux espèces ont entretenu par moment des liens très étroits puisque les dernières analyses génétiques indiquent qu’il y a eu un croisement entre elles, et que les Homo sapiens en ont gardé un souvenir dans leur génome, ce dernier étant composé de 1 à 4 % d’ADN néandertalien.

Source :Sciences et Avenir du 02/11/2011

Une dent européenne de 45 000 ans

Grâce à elle, on sait maintenant que la colonisation de l'Europe par l'homme moderne date de plusieurs milliers de décennies.

La nouvelle datation de 43 000 à 45 000 ans de ces deux dents trouvées en Italie du Sud en 1964 fait d'elles les plus anciens restes de l'homme moderne jamais retrouvés en Europe  

La prochaine fois que mon dentiste voudra m'arracher une vieille dent pour la remplacer par un implant afin de payer les traites de sa Ferrari, je le mettrai en garde : attention à la destruction d'indice ! Je lui parlerai alors de ces deux vieilles molaires italiennes dont on avait cru qu'elles appartenaient à une mâchoire néandertalienne, et qui se révèlent finalement être celles d'hommes modernes (de Cro-Magnon).

Cette découverte publiée dans la revue Nature par une équipe multinationale est de première importance, car la nouvelle datation de 43 000 à 45 000 ans de ces deux dents trouvées dans la grotte de Cavallo, en Italie du Sud, en 1964 fait d'elles les plus anciens restes de l'homme moderne jamais retrouvés en Europe. On savait que le bougre avait débarqué du Moyen-Orient dans ces eaux-là. En voici donc la confirmation, et la découverte de sa rapide dispersion en Europe puisqu'on l'a retrouvé au fond de la botte italienne.

D'autant qu'une autre équipe, britannique elle, vient d'effectuer un constat similaire. L'âge d'un fragment de mâchoire d'homme moderne contenant encore trois dents, retrouvé dans la grotte de Kent (Devon), vient d'être considérablement vieilli. Il n'a pas 35 000 ans, comme on le croyait jusqu'ici, mais entre 41 500 et 44 200 ans. Cette découverte d'une présence anticipée de l'homme moderne dans toute l'Europe amène une autre constatation : celle d'une plus longue cohabitation avec Néandertal, ce qui renforce l'opinion de ceux qui ont tendance à innocenter Cro-Magnon de l'extinction de ces lointains cousins.

Les révolutions de palais sont fréquentes

La réattribution des deux dents italiennes à l'homme moderne a une autre conséquence non négligeable : celle de réattribuer la fabrication d'outils en pierre sophistiqués retrouvés dans le sud de l'Italie aux hommes modernes et non plus aux Néandertal. Une sacrée déconvenue pour ceux qui prenaient à témoin cette culture de l'Uluzzien pour faire des Néandertal les quasi égaux des hommes modernes.

Il faut dire qu'en paléontologie les révolutions de palais sont fréquentes. La découverte du moindre crâne ou bout de fémur remet souvent en cause toutes les théories précédentes en cause. C'est vrai que celles-ci reposent souvent sur la grande imagination des paléoanthropologues. À partir d'une banale molaire, certains sont capables de vous expliquer 200 000 ans de l'épopée humaine. Un peu comme si la découverte d'une pièce de puzzle montrant le sommet de l'obélisque était utilisée pour reconstituer la place de la Concorde.

En attendant, la canine que vient de m'extraire mon dentiste, je la mets au coffre. Non seulement parce qu'il m'en a coûté une fortune pour la remplacer, mais aussi parce que, dans 10 000 ans, elle sera peut-être utile à un paléontologue pour écrire une thèse sur l'évolution du polymorphisme crânien du journaliste du XXIe siècle.
Source : Le Point du 05/11/2011

vendredi 4 novembre 2011

Une découverte sur le passé de l'Homme

Les premiers hommes modernes (homo sapiens) sont arrivés plusieurs millénaires plus tôt que ce qui était communément admis, soit il y a 45 000 ans. C'est ce que nous apprend la publication, hier, du travail de treize équipes européennes de chercheurs mobilisées depuis deux ans. Priscillia Bayle, enseignante-chercheuse à l'université de Bordeaux-I et spécialisée en paléoanthropologie, a participé à ses études. « L'imagerie haute résolution, maîtrisée depuis une dizaine d'années, m'a permis d'obtenir des informations sur l'intérieur des deux dents de lait examinées », explique cette spécialiste. Ces dents de lait ont été trouvées dans une grotte préhistorique dans le sud de l'Italie, dans les années 1960. Cette découverte ouvre des pistes d'études sur l'artisanat qu'on considérait alors comme l'œuvre des néanderthaliens, sur la plus grande cohabitation entre néanderthaliens et hommes modernes et sur l'évolution, qui doit alors être reconsidérée, de l'homme moderne.

Source : 20mn du 04/11/2011

jeudi 3 novembre 2011

Datation des restes d'homme moderne les plus anciens d'Europe

Des restes humains fossilisés découverts en Italie et en Angleterre s'avèrent être les plus anciennes preuves de la présence de l'homme moderne en Europe. Ils auraient entre 41.500 et 45.000 ans, alors que les plus vieux connus jusque-là dataient de 40.000 ans, selon deux études publiées mercredi.


Les scientifiques soupçonnaient depuis longtemps, d'après des outils de pierre et autres artefacts, que les premières populations d'homo sapiens s'étaient installées sur le continent il y a 42.000 à 44.000 ans mais on ne connaissait aucun fossile humain remontant au-delà de 40.000 ans.

Deux études publiées par la revue "Nature" comblent ce vide, grâce à deux équipes de chercheurs de Vienne (Autriche) et d'Oxford qui ont repris des fossiles déjà examinés pour les dater avec de nouvelles technologies.

Les restes trouvés en Italie remonteraient à 43.000 à 45.000 ans, et ceux d'Angleterre à 41.500 à 44.200 ans.

Ces résultats "repoussent l'époque à laquelle nous pouvons dire avec certitude" que l'homme moderne se trouvait en Europe, explique Shara Bailey, anthropologue à l'université de New York, qui n'a pas participé à ces travaux, dans un courrier électronique à l'Associated Press.

Cela confirme aussi que l'homme moderne a co-habité pendant plusieurs milliers d'années avec l'homme de Néanderthal, qui a disparu il y a environ 30.000 ans. Des travaux génétiques récents suggèrent des croisements entre Néanderthals et Homo Sapiens au Moyen-Orient.

Source : NouvelObs du 02/11/2011

mercredi 2 novembre 2011

Homo sapiens et Néandertaliens auraient pu se croiser

Durant des décennies, les paléontologues ont pensé qu'un maxillaire humain n'était qu'un fossile préhistorique parmi d'autres. En y regardant de plus près, ils se sont aperçus que son propriétaire était le plus vieil homme moderne jamais identifié en Europe occidentale.

Selon une étude publiée mercredi, le maxillaire est en effet âgé de 41'000 à 44'000 ans et appartenait à l'un de nos ancêtres Homo sapiens, qui aurait donc pu croiser un de nos lointains cousins du Neandertal à la même époque, une idée qui fait toujours l'objet d'une vive polémique entre spécialistes.

Cette découverte confirmerait que les Néandertaliens et les Homo Sapiens auraient pu se croiser.

Le morceau d'os et les trois dents qui y restaient attachées ont été découverts dans une caverne préhistorique du sud de l'Angleterre en 1927.

Une soixantaine d'années plus tard, des scientifiques de l'Université d'Oxford ont daté le fossile, l'estimant vieux d'environ 35'000 ans. Un âge respectable mais pas extraordinaire à l'aune des connaissances sur le peuplement de l'Europe par nos ancêtres "Homo sapiens sapiens".
Première datation erronée

Des chercheurs se sont cependant mis à douter de la validité de cette datation après avoir découvert sur ce maxillaire supérieur des traces de colle, qui a servi à conserver l'os après sa découverte et aurait pu fausser l'analyse.

"Nous savions que nous allions devoir effectuer des tests supplémentaires pour obtenir une nouvelle datation", explique Beth Shapiro, professeur à la Penn State University (USA) et co-auteur de l'étude publiée mercredi dans la revue Nature.

Mais l'échantillon d'os épargné par la colle était trop petit pour autoriser une nouvelle datation au carbone 14.
Nouveau calcul

Beth Shapiro et ses collègues ont donc décidé de prendre le problème à l'envers: dans le sol de la caverne, ils ont prélevé des ossements d'animaux situés au-dessus et en-dessous de la strate où le maxillaire humain avait été découvert.

Ils ont ensuite daté cet ossuaire de la faune préhistorique mêlant loups, cerfs, ours des cavernes et rhinocéros laineux, obtenant une fourchette comprise entre 50'000 et 26'000 ans.

En utilisant des techniques de modélisation statistique pour situer le maxillaire dans cette chronologie, ils l'estiment désormais vieux de 41'000 à 44'000 ans.

Source : TSR du 02/11/2011