samedi 19 octobre 2013

La diversité génétique des Européens plus précisément retracée

À travers l'étude de l'ADN de 364 squelettes allemands ayant vécu sur une période de 4.000 ans, des scientifiques apportent de nouveaux éléments sur les différentes migrations vers l'Europe centrale au cours du temps. De quoi préciser un peu plus l'origine de la diversité génétique des Européens actuels.

D'où venons-nous ? La réponse à cette question dépend de l'échelle utilisée. Certains expliqueront que tous les êtres vivants de cette Terre descendent d'un seul et même ancêtre commun, ayant vécu il y a plusieurs milliards d'années, et qu'ils ont subi les processus de l'évolution. D'autres commenceront l'histoire il y a environ six millions d’années, quand la lignée qui mène aux Hommes se sépare de celle qui aboutit aux chimpanzés. Les plus pragmatiques narreront l'idylle qui a suivi la rencontre de leurs parents. Il y a donc différents degrés dans le temps.

Ainsi, la National Geographic Society s'est lancée dans un vaste projet depuis quelques années : retracer les grandes migrations humaines pour comprendre la diversité génétique actuelle à travers le projet Genographic. Si là encore on peut rétorquer que le premier Homo sapiens a vu le jour en Afrique, de nombreux rebondissements ont suivi durant ces 200.000 dernières années.

Pour la seule Europe, la préhistoire est encore floue. Si l'on sait que des chasseurs-cueilleurs ont investi le Vieux continent il y a plus de 40.000 ans, que par la suite l'Homme de Néandertal a fini par disparaître, laissant dans notre ADN quelques reliques d'une hybridation ancienne, ce mode de vie ancestral et nomade a commencé à s'effacer il y a environ 7.500 ans. C'est-à-dire quand des populations venant d'Anatolie (actuelle Turquie) ont posé leurs valises et surtout planté leurs graines de céréales pour amener l'agriculture dans le centre de l'Allemagne d'aujourd'hui. Si nomadisme et sédentarité ont coexisté durant deux millénaires, comme cela vient d'être révélé dans Science, ce sont les fermiers qui ont fini par imposer leur mode de vie.

L’ADN mitochondrial fait foi !

D'ailleurs, dans la même édition de la revue états-unienne, d'autres scientifiques ont signé une seconde étude, qui cette fois ambitionne de retracer plus précisément les événements migratoires des derniers millénaires pour tenter de faire la lumière sur la diversité génétique constatée au sein de la population européenne actuelle.

De l'ADN a été récupéré sur les os et les dents de 364 squelettes, enterrés dans 25 sites au centre de l'Allemagne, dans le land de Saxe-Anhalt. La force de cette étude, c'est le nombre : d'ordinaire, les recherches de ce type échantillonnent cinq à dix fois moins de cadavres. Ainsi, les scientifiques ont pu couvrir 4.000 ans de préhistoire, entre l'arrivée des premiers agriculteurs dans la région il y a 7.500 ans, jusqu'à l'âge du bronze, il y a 3.500 ans. Ils disposent alors d'un enregistrement continu, pour observer les changements génétiques presque en « temps réel », à cela près que l'on parle de personnes décédées il y a plusieurs millénaires.

Les auteurs se sont focalisés sur l'ADN mitochondrial (ADNmt), qui renseigne sur la lignée maternelle car celui-ci, niché au cœur des organistes cellulaires fournissant de l'énergie, n'est présent que dans l'ovule au moment de la fécondation, et se transmet systématiquement de la mère à l'enfant.

Une diversité génétique expliquée par les migrations multiples

Ce travail montre que la diversité génétique actuelle ne peut s'expliquer par le seul mélange d'un agriculteur avec une chasseuse-cueilleuse (les mariages ne s'effectuant pas dans l'autre sens). Au cours du temps, de nouvelles vagues migratoires sont venues mélanger encore le patrimoine génétique des populations locales.

Il est intéressant de constater que les changements brusques de l'ADNmt, signes de l'arrivée d'une nouvelle culture, coïncident avec l'émergence de nouveaux objets, révélés par les fouilles archéologiques. Des peuples nouveaux propageaient leurs savoir-faire aussi bien que leurs gènes. Deux d'entre eux, amenant les cultures campaniformes venant d'Europe de l'Ouest il y a environ 4.200 ans, et de la céramique cordée, plus récente et issue de Russie, ont fortement compté. De façon inattendue également, alors que les traces génétiques des premiers fermiers se diluaient au cours du temps, les marqueurs associés aux chasseurs-cueilleurs sont soudainement réapparus. En tout, les individus étudiés par les chercheurs appartenaient à neuf cultures distinctes.

Ces résultats rendent compte de nombreux mouvements migratoires engendrant une multitude de mélanges, à l'origine d'une partie de la diversité actuelle. Car, on le sait plus précisément, l'histoire a une suite, avec de nouvelles migrations, de multiples invasions, conquêtes et reconquêtes, qui ont également modifié le panorama génétique de ces derniers millénaires. Mais au moins, l'arrivée de l'écriture a laissé des traces bien visibles qui permettent de réécrire le scénario avec une meilleure précision.

Source : Futura Planète du 17/10/2013

Un crâne vieux d'1,8 million d'années bouleverse l'histoire de l'espèce humaine

En Géorgie, des chercheurs ont retrouvé un crâne vieux de 1,8 million d'années. Une découverte qui remet en question toute l'histoire de l'évolution humaine car il laisse entendre que les hominidés de l’époque, qu’ils soient en Europe ou en Afrique, appartenaient à une seule et même espèce.

Et si les chercheurs s'étaient trompés au sujet de l'évolution de l'espèce humaine ? Aussi étonnant que cela puisse paraitre, c'est bel et bien ce que suggère une nouvelle étude publiée par des chercheurs suisses et géorgiens dans la revue Science. A l'origine de ces travaux : un crâne vieux de 1,8 millions d'années découvert en Géorgie, dans un village appelé Dmanisi. Celui-ci est l'un des plus anciens sites connus pour avoir été peuplés par les ancêtres de l'Homme une fois ceux-ci sortis d'Afrique.

Les archéologues ont d'ailleurs déniché à Dmanisi la collection la plus complète d'ossements, crânes et mâchoires, d'Homo erectus. Le nouveau crâne découvert il y a 5 ans maintenant, est le fossile le mieux préservé d'un ancêtre de l'homme connu à ce jour. Baptisé "crâne 5", il a été trouvé à côté des restes de quatre autres crânes, tous associés au même lieu et à la même époque. Toutefois, le fossile a présenté des caractéristiques tout à fait étonnantes, des caractéristiques similaires à ceux de la même époque retrouvés en Afrique.

Or, les scientifiques ne s'attendaient pas à cette ressemblance. En effet, les hommes modernes, ou Homo sapiens, sont actuellement le seul membre en vie de la lignée Homo apparue sur Terre en Afrique il y a quelque 2 millions d'années. Toutefois, avant qu'Homo sapiens ne fasse son apparition, plusieurs autres espèces d'Homo auraient existé tels qu'Homo habilis, Homo rudolfensis, Homo ergaster ou encore Homo erectus.

Plusieurs espèces qui n'en font qu'une ?

C'est du moins ce qu'estime actuellement la majorité des scientifiques au vu des nombreuses découvertes réalisées jusqu'ici. Mais le "crâne 5" bouleverse complètement cette théorie et suggère qu'il n'y aurait pas eu plusieurs hominidés présents à cette époque en Afrique et en Europe, mais une seule et même espèce globale. En effet, les chercheurs ont constaté que le crâne possédait une face longue, une mâchoire massive et de grosses dents, le tout associé à une petite boite crânienne.

D'après l'étude, cette dernière mesurerait environ le tiers de celle retrouvée chez les hommes modernes et ne serait pas plus grosse que celle de la plupart des fossiles primitifs africains. C'est la première fois qu'une telle combinaison de caractéristiques est observée sur un fossile d'Homo. Le niveau de variation d'un fossile à l'autre est normalement utilisé pour définir des espèces séparées. Mais les scientifiques estiment que les différences observées entre le crâne 5 et les quatre autres ne sont pas si importantes.

"Les individus de Dmanisi appartiennent tous à une population d'une espèce unique d'Homo. Les cinq individus de Dmanisi sont sensiblement différents, mais pas plus différents que cinq individus modernes ou cinq chimpanzés d'une population donnée", a expliqué Christoph Zollikofer, de l'institut d'anthropologie de l'université de Zurich.

Homo erectus en Europe et en Afrique

Au cours de leur étude, les scientifiques ont également enquêté sur le niveau de variation existant chez des fossiles d'Homo trouvés en Afrique. Ils ont constaté un niveau de diversité comparable à celui observé chez les fossiles de Dmanisi. D'après les chercheurs, les fossiles ne traduiraient donc pas l'existence de plusieurs espèces différentes vivant dans des habitats propres mais des variants d'une seule lignée qui aurait émergé en Afrique et qui aurait été capable de se spécialiser dans une variété d'habitats.

"Ce que nous pouvons déduire de notre étude à Dmanisi, c'est qu'il y a 1,8 millions d'années, il y avait une autre espèce humaine unique et globale", à l'instar d'Homo sapiens aujourd'hui, a précisé Zollikofer à LiveScience. Mais alors de quelle espèce s'agissait-il ? "Nous pensons qu'il est sensé d'attribuer tous les spécimens à Homo erectus", a encore ajouté le chercheur car les fossiles géorgiens présentent de longues jambes et des hanches étroites qui signent un bipédisme.

Mais les chercheurs restent modérés : ils ne proposent pas d'attribuer tous les fossiles trouvés à Homo erectus. "Nous parlons seulement de la période datant d'il y a 1,8 à 2 millions d'années", a souligné Zollikofer. Homo erectus serait donc apparu il y a deux millions d'années en Afrique. Il se serait ensuite propagé en Eurasie, en passant par la Géorgie, la Chine et Java, où les traces les plus anciennes qui ont été retrouvées remontent à 1,2 million d'années.

Une découverte qui suscite le débat

Sans surprise, cette nouvelle découverte divise les chercheurs. Ian Tattersall, paléoanthropologue interrogé par LiveScience trouve la découverte fantastique mais n'est pas vraiment convaincu. "C'est le spécimen le plus extraordinaire et important" jamais trouvé. Mais "je crois que c'est une erreur d'imposer Homo erectus dans l'intérêt de maintenir une image linéaire de l'évolution humaine. Le spécimen est en réalité très distinct d'un point de vue morphologique, et souligne que l'évolution humaine a impliqué une diversification vigoureuse et une expérimentation du potentiel des hominidés".

Questionné par BBC News, Fred Spoor de l'University College London estime lui que les méthodes d'analyse utilisées pour étudier les crânes n'étaient pas assez efficaces pour assurer qu'ils appartiennent à la même espèce. "Ils ont réalisé une analyse très générale de la forme du crâne qui décrit la forme de la face et de la boite crânienne avec des termes généraux et abusifs", a t-il expliqué. De même, Chris Stringer du Natural History Museum in London émet des doutes quant à l'appartenance à l'espèce Homo erectus.

L'équipe a fait du bon travail avec "ce nouveau crâne remarquable et sa mâchoire énorme", image de la variation naturelle de la population de Dmanisi. Mais classer tous les fossiles sous l'espèce Homo erectus est difficile. "Les créatures ont commencé à utiliser des outils et manger de la viande, et ceci a conduit l'évolution. Mais je pense que cela a aussi généré de la diversité. Le groupe de Dmanisi est un exemple des espèces qui ont émergé de cela et continué ensuite en se disséminant à travers tout le vieux monde".

Source : MaxiSciences du 18/10/2013

Le crâne préhistorique qui bouleverse l'évolution humaine

Ce fossile vieux de 1,8 millions d'années et découvert en Géorgie simplifie considérablement l'arbre généalogique des hominidés.


GÉNÉALOGIE. C'est un sacré bouleversement qui vient de se produire dans la famille des hominidés dont nous autres, Homo sapiens, sommes les derniers représentants.

Jusqu'à présent, les membres les plus anciens du genre Homo qui vivaient il y a un peu plus de 2 millions d'années étaient séparés en plusieurs espèces distinctes, telles que Homo rudolfensis, Homo habilis, Homo ergaster, Homo georgicus...

Les différentes espèces d'hominidés telles qu'on les concevait jusqu'à aujourd'hui.

De subtiles différences morphologiques entre les différents fossiles (à partir des crânes notamment) retrouvés sur les sites de fouilles avaient conduit les paléoanthropologues à penser que toutes ces espèces étaient bien distinctes.

Une seule et même espèce

Toutefois, un article publié vendredi 18 octobre 2013 dans le magazine américain Science remet en cause cette théorie. D'après une équipe internationale de chercheurs, menée par le Muséum National de Géorgie à Tbilisi, ces divisions n'ont plus lieu d'être car tous ces hominidés feraient en fait partie d'une seule et même espèce : l'Homo erectus.

Le nouvel arbre généalogique des hominidés tels que le proposent les chercheurs du Muséum National de Géorgie.

Pour appuyer cette affirmation, l'équipe de chercheurs s'est appuyée sur l'étude approfondie d'un crâne vieux de 1,8 million d'années découvert en 2005 sur le site de Dmanisi en Géorgie.

Le point rouge matérialise la localisation du site de Dmanisi, en Géorgie.

TRÉSORS. Véritable caverne d'Ali Baba, ce site a déjà livré des dizaines de milliers de fossiles de plantes et d'animaux, ainsi que des outils en pierre. Mais on lui doit surtout la découverte de cinq crânes hominidés, dans un excellent état de conservation :

"Skull 5", l'un des crânes découverts sur le site de Dmanisi en 2005.

Et c'est sur ce crâne (dont la mandibule avait été découverte seule cinq ans auparavant) que les chercheurs ont trouvé les indices remettant en cause la classification actuelle des hominidés les plus anciens.

A l'instar de Homo habilis, ce fossile présente en effet une boîte crânienne relativement petite (546 cm3) soit le tiers de celle d'un homme moderne, mais aussi une face allongée et prognathe (comme Homo erectus) avec de grandes dents (comme Homo rudolfensis).

Analyse des caractères morphologiques du crâne découvert en Géorgie et des points communs qu'il partage avec de d'autres crânes identifiés comme appartenant à d'autres espèces d'hominidés.

Ces éléments aurait pu laisser à penser que ce crâne est celui d'un ancêtre des autres espèces du genre Homo dont il porte les caractéristiques. "Si la boîte crânienne et la face de ce crâne avaient été trouvés séparément et à différents endroits en Afrique, ils auraient pu être attribués à des espèces différentes, car ce crâne est le seul à ce jour à réunir de telles caractéristiques", abonde Christoph Zollikofer de l'Institut d'anthropologie de Zürich (Suisse), un des coauteurs de cet article, dans un communiqué.

Mais tel ne fut pas le cas : le crâne et la mâchoire cohabitaient l'un près de l'autre. Et en les associant, les chercheurs ont obtenu "Skull 5", le premier crâne parfaitement conservé d'un hominidé du début du Pléistocène. Un fossile exceptionnel daté de 1,8 million d'années, comme les autres crânes découverts à proximité.

Reconstitution informatique des 5 crânes découverts à Dmanisi.

COMPARAISON. L'équipe s'est donc livrée à une comparaison morphologique des 5 crânes de Dmanisi : le fameux "Skull 5" et les quatre autres découverts sur le site. Puis ils les ont comparés à d'autres fossiles d'hominidés découverts en Afrique, en Asie ou en Europe, tous datés entre 1,8 à 1,2 million d'années.

Leur conclusion : les différences morphologiques que l'on peut observer entre ces fossiles sont grosso modo les mêmes que celles que l'on pourrait observer au sein d'un groupe d'humains ou d'un groupe de chimpanzés aujourd'hui.

Une incroyable variabilité entre les individus

Autrement dit, certains hominidés de l'époque avaient des dents un peu plus grosses, d'autres un visage un peu plus prognathe, et d'autres encore une tête un peu plus grosse ou plus petite que la moyenne.

« Les fossiles trouvés à Dmanisi semblent très différents les uns des autres, et il serait tentant de publier leur découverte sous la forme d'espèces distinctes » explique Christoph Zollikofer. « Nous savons cependant que ces individus venaient du même endroit et de la même période géologique, aussi ils pourraient en principe représenter une seule population d'une seule espèce. » Une espèce qui, partie de l'Est de l'Afrique, se serait répandue sur toute la planète.


Source : Sciences et Avenir du 18/10/2013


Vue d'artiste de ce à quoi pouvait ressembler le propriétaire de "Skull 5". Crédit : J.H. Matternes / NY Times

CONTROVERSE. Toutefois, cette découverte ne fait pas l'unanimité. Interrogé par l'AFP, le paléobiologiste Bernard Wood, professeur à l'université George Washington, s'est ainsi déclaré "très sceptique" sur les conclusions de l'analyse du crâne de Dmanisi. S'il juge également très probable que les crânes trouvés sur le site de fouille géorgien appartiennent à une seule et même espèce d'hominidés, il n'est en revanche pas convaincu par l'extrapolation que font les auteurs à l'ensemble des autres espèces d'hominidés.

Les distinctions entre les différentes espèces d'Homo qui avaient cours jusqu'à présent ne sont pas basées que sur la morphologie crânienne, explique-t-il dans un entretien au magazine National Geographic. D'autres éléments tels que la longueur des bras par exemple entrent en ligne de compte pour séparer les différentes espèces. Il n'est donc pas forcément nécessaire de jeter aux orties l'ancienne classification.

"L'analyse de Skull 5, mais aussi des autres crânes et mandibules de Dmanissi montre l’incroyable variabilité morphologique observée sur ces individus datés de 1.8 million d’années et appartenant probablement à une même espèce… bien sûr, ces résultats doivent être validés par des études complémentaires sur les autres ossements de ce gisement qui est loin d’avoir livré tous ses secrets, mais ils posent quand même la question de l’interprétation des caractères morphologiques dans l’attribution des fossiles à une espèce donnée, et dans une plus large perspective dans la compréhension du buisson évolutif de l’Homme " nous explique Dominique Grimaud-Hervé, professeur au département de préhistoire du Muséum d'Histoire Naturelle.

vendredi 18 octobre 2013

Les mains peintes dans les grottes préhistoriques seraient l’œuvre de femmes

Un anthropologue de l’université de Pennsylvanie estime que les négatifs de mains peintes dans huit grottes préhistoriques européennes ont été majoritairement réalisés par des femmes.

Cette estimation repose sur l’étude morphométrique de 32 représentations de mains, un échantillon insuffisant pour en tirer des conclusions définitives selon d’autres archéologues.

Découvertes pour la première fois dès les années 1900, étudiées dans les années 1950, les empreintes de mains, notamment les mains négatives, font encore parler d’elles aujourd’hui. En effet, à qui appartiennent-elles ? À des femmes et des hommes adultes, des adolescents ou bien des enfants ?

Le mystère des mains négatives

On les appelle des mains négatives. Au sein des grottes, l’artiste les représente selon la technique du pochoir, en apposant sa propre main sur la paroi rocheuse puis en crachotant dessus avec sa bouche un mélange coloré à base d’argile rouge. Une fois enlevée, apparaît le détour de la main, à l’instar d’un négatif photographique. Une technique que les préhistoriens ont observée dans des grottes ou des abris situés sur tous les continents habités : Europe, Afrique, Asie (Indonésie), Australie) et Amérique du sud (Argentine).

Une étude morphométrique

Dans la dernière livraison du journal trimestriel American Antiquity, Dean Snow, archéologue à l’université d’Etat de Pennsylvanie, présente l’étude de 32 de ces représentations de mains relevées dans huit grottes de l’époque gravettienne (– 25 000 ans), dont 16 dans la grotte d’El Castillo en Cantabrie (sur la côte nord de l’Espagne), six dans la grotte de Gargas (Hautes-Pyrénées) et cinq dans la célèbre grotte du Pech Merle (Lot).

En se basant sur un algorithme et quatre mesures morphométriques dont l’indice de Manning, un ratio qui établit que l’homme a un annulaire plus long que l’index, tandis que ces deux doigts sont à peu près aussi longs chez la femme, Dean Snow estime que 75 % des mains pariétales sont celles de femmes.

Un échantillonnage trop restreint

« Il faut rester prudent car l’étude se base sur 32 représentations de mains, parmi des centaines disponibles », indique Jean-Michel Geneste, directeur du Centre national de préhistoire des Eyzies (Dordogne) et directeur des recherches de la grotte Chauvet (Ardèche), elle aussi caractérisée par la présence de très belles mains négatives.

En outre il est difficile d’estimer parfaitement la longueur des doigts du fait de déformations ou d’erreurs d’optique lors de la mesure. « Dans la grotte Chauvet, nous poursuivons actuellement une étude analogue et, à ce jour, on a plutôt affaire à des grandes mains, ce qui fait davantage penser à des mains d’homme », ajoute Jean-Michel Geneste.

Un logiciel pour déterminer le sexe à partir des mesures des mains

En 2006, Jean-Michel Chazine (CNRS EHESS université de Provence) et Arnaud Noury (informaticien) ont mis au point un logiciel permettant de déterminer le sexe de l’artiste en se basant, eux aussi, sur l’indice de Manning. Appliquant leur logiciel aux mains négatives de la grotte de Gua Masri II (Bornéo, Indonésie), ils en ont conclu que le panneau de mains avait été réalisé par des hommes et des femmes, les deux sexes ayant toutefois travaillé chacun dans une zone définie de la paroi.

Dans la grotte Cosquer, où certaines mains ont la particularité d’être incomplètes (formées seulement de deux ou trois doigts), le logiciel est inapplicable. En revanche, pour les mains complètes, le logiciel a montré que les mains féminines étaient plus nombreuses que les mains masculines. Les chercheurs sont en train de mettre au point un logiciel amélioré.

Pour Jean-Michel Chazine, « cette étude montre que les femmes ont pu être des artistes préhistoriques, et que ce n’était pas l’apanage des hommes. Une donnée qu’il reste à confirmer mais qui collerait bien avec le symbolisme chamanique et les usages de thérapie magique des tradipraticiens à base d’imposition des mains, de masticage de substances et de souffle projeté. Des pratiques qui, dans bien des sociétés primitives étaient remplies par une chamane femme », conclut l’ethno-archéologue.

Source : La Croix du 17/10/2013

Un crâne d'1,8 million d'années bouleverse la théorie de l'évolution

SCIENCES - Le fossile, retrouvé en Géorgie, est l'ancêtre le plus ancien de l'homme découvert hors du continent africain...

La découverte du fossile d'un crâne vieux d'1,8 million d'années paraît indiquer que les lointains ancêtres de l'homme appartenaient à une seule espèce, conclut jeudi une recherche qui vient alimenter le débat parmi les paléontologues sur l'histoire de l'évolution humaine.

Contrairement aux autres fossiles connus du genre Homo, ce crâne bien préservé mis au jour à Dmanisi, en Géorgie, comprend une petite boite crânienne, une longue face et de grandes dents, précisent les chercheurs, soulignant qu'il s'agit de l'ancêtre le plus ancien de l'homme découvert hors du continent africain.

Des différences au niveau de l'apparence

Les différentes lignées auxquelles se réfère la paléobiologie, comme l'Homo habilis, l'Homo rudolfensis et l'Homo erectus, ne différaient en fait selon les auteurs de ces travaux que par leurs apparences.

La mâchoire appartenant au crâne de Dmanisi a été trouvée cinq ans avant le reste du crâne, le plus massif jamais découvert sur le site de Dmanisi en partie excavé et qui fait dire aux chercheurs qu'il s'agissait d'un mâle.

Sur ce site, les chercheurs ont aussi mis au jour quatre autres crânes d'hominidés ainsi que divers animaux et plantes fossilisés, et quelques outils de pierre.

Un «état de préservation exceptionnel»

Fait sans précédent, ces vestiges se trouvaient tous au même endroit et datent de la même période, ce qui a permis de comparer les traits physiques de plusieurs ancêtres de l'homme moderne qui ont coexisté.

«Leur état de préservation est exceptionnel, ce qui fait que de nombreux aspects inconnus du squelette d'hominidés peuvent être étudiés pour la première fois chez plus d'un individu», a expliqué lors d'une conférence de presse téléphonique David Lordkipanidze, directeur du musée national géorgien à Tbilissi.

«Si le fossile de la boîte crânienne et de la face de ce crâne avaient été trouvés séparément et à différents endroits en Afrique, ils auraient pu être attribués à des espèces différentes car ce crâne est le seul découvert à ce jour à réunir de telles caractéristiques», a souligné Christoph Zollikofer de l'Institut d'Anthropologie de Zürich (Suisse), un des co-auteurs de cette découverte parue dans la revue américaine Science.

Un grand visage protubérant

Outre la petite taille de son cerveau, environ un tiers de celle d'un homme moderne, le crâne découvert avait un grand visage protubérant, une forte mâchoire avec de longues dents et des arcades sourcilières épaisses.

Avec leurs différentes caractéristiques morphologiques, les fossiles de Dmanisi ont été comparés entre eux et à divers autres fossiles d'hominidés trouvés en Afrique remontant à 2,4 millions d'années et à d'autres mis au jour en Asie ou en Europe vieux d'1,8 à 1,2 million d'années, précisent ces paléontologues.

«Les variations morphologiques entre les spécimens de Dmanisi n'excèdent pas celles trouvées parmi les populations modernes de notre propre espèce ou parmi les chimpanzés», souligne le professeur Zollikofer.

Une seule espèce à cette période

«Comme nous constatons un type et une gamme de variations semblables dans les fossiles d'hominidés africains il est raisonnable de penser qu'il n'y avait qu'une seule espèce à ces périodes en Afrique», a-t-il poursuivi. «Et comme les hominidés de Dmanisi ressemblent beaucoup à ceux d'Afrique, et notamment aux premiers à avoir divergé de l'Australopithèque --la célèbre Lucy--, nous pouvons penser qu'ils appartiennent bien tous à la même espèce», a-t-il conclu.

Ces conclusions vont à l'encontre d'autres recherches récentes dont celle publiée en août 2012 dans la revue britannique Nature.

Les analyses d'une face, d'une mâchoire inférieure complète et d'une partie d'une seconde mâchoire inférieure découvertes entre 2007 et 2009 au Kenya ont alors conduit les chercheurs à conclure que ces fossiles confirmaient que deux espèces distinctes d'Homo erectus (Homo habilis et Homo rudolfensis) ont co-existé en Afrique il y a près de deux millions d'années.

«Très sceptique»

Le paléobiologiste Bernard Wood, professeur à l'Université George Washington, s'est ainsi déclaré «très sceptique» jeudi des conclusions de l'analyse des crânes de Dmanisi.

Il a expliqué à l'AFP que la méthode retenue par les auteurs ne prend pas en compte d'autres différences importantes entre les spécimens, dont entre autres les mandibules.

Selon lui, ce crâne sans précédent dans ses caractéristiques «pourrait bien être en fait celui d'une nouvelle espèce d'hominidé».

Source : 20 minutes du 18/10/2013

jeudi 26 septembre 2013

Lucy relookée : la petite australopithèque "s’humanise"

Élaborée à partir des plus récentes découvertes, une nouvelle reconstitution du célèbre australopithèque surnommé Lucy a été présentée vendredi 20 septembre à Cleveland lors d’un colloque sur les origines de l’Homme.

C’est au Muséum d’histoire naturelle de Cleveland (Ohio), à l’occasion d’un symposium de paléoanthropologie qu’a été dévoilée la toute nouvelle ‘statue’ de Lucy, cette femelle d’Australopithecus afarensis vieille de 3,2 millions d'années découverte dans les années 1970 et qui est sans doute le fossile préhumain le plus célèbre du monde. La reconstitution est due au talent de l'artiste John Gurche.

Comme l’a expliqué Carol Ward, paléoanthropologue à l'Université du Missouri à Columbia, cette ‘nouvelle’ Lucy a bénéficié des dernières découvertes de fossiles de cette espèce sur le terrain, notamment de nouvelles côtes et un os du pied. Ces nouveaux éléments ont permis de corriger certains aspects un peu trop simiens des précédentes reconstitutions, élaborées à partir d’éléments fragmentaires et en partie inspirées de la morphologie des grands singes.

Un cou plus marqué, une cage thoracique arrondie et une taille étroite remplaçant le tronc en forme de cône de l’ancien modèle, et enfin un pied plus arqué : telles sont les principales caractéristiques de la nouvelle version de Lucy, toujours en partie arboricole mais un peu plus bipède. Yohannes Haile-Selassie, paléoanthropologue au Muséum de Cleveland, a supervisé son élaboration pour en restituer au mieux les détails.

Cette reconstitution de Lucy est installée juste à côté du squelette de l'australopithèque et est la pièce centrale de la nouvelle galerie montrant les origines de l'homme du Muséum de Cleveland. "Nous sommes ravis de dévoiler cette exposition dynamique et engageante qui met en lumière les découvertes majeures et les recherches en cours sur les origines de l'homme", explique le Dr Evalyn Gates, directrice du CMNH citée par Newsnet5.

Source : MaxiSciences du 25/09/2013

jeudi 19 septembre 2013

Le génome de l'Homme de Denisova livre ses secrets

Des chercheurs ont réussi à décoder le génome de l'Homme de Denisova, un homme primitif qui vivait il y a entre 1 million et 400.000 ans. Ceci leur a permis de comparer son génome à ceux de Néandertaliens et d'Homo Sapiens.

L'Homme de Denisova livre une nouvelle partie de ses mystères. Dans la revue Science parue jeudi, des chercheurs annoncent en effet être parvenus à fournir un élément de plus au sujet de cet hominidé primitif et pas des moindres : son génome entièrement décodé. C'est à partir d'un échantillon d'ADN microscopique prélevé sur un os vieux d'environ 80.000 ans que les scientifiques ont mené leurs travaux dont ils avaient en vérité déjà annoncé la fin en février dernier. Mais la tâche n'était pas simple dans la mesure où les restes fossiles de l'Homme de Denisova sont extrêmement rares.

Aujourd'hui, ils se réduisent à des fragments d'une phalange d'auriculaire appartenant à une fillette d'environ sept ans, découverts en 2010 à proximité d'une dent dans une grotte du sud de la Sibérie. Aussi, pour décoder son génome, Svante Pääbo, de l'Institut Max Planck de Leipzig et son équipe ont inventé une technique leur permettant de démêler la double hélice de l'ADN pour en analyser séparément chacun des brins. Un séquençage tellement précis qu'il a pu être comparé avec celui de onze hommes modernes (Homo sapiens) de différentes parties du monde et celui du Néandertal. "Ce décryptage d'un génome éteint atteint une précision sans précédent", assure ainsi Matthias Meyer, auteur principal de l'étude cité par l'AFP.

Mieux encore, "pour la majorité du génome, nous avons même pu déterminer les différences entre les deux jeux de chromosomes que la fillette denisovienne a hérité de son père d'une part et de sa mère d'autre part", souligne-t-il. Grâce à cela, les scientifiques ont pu constater que la diversité génétique existant chez les Denisoviens était beaucoup plus faible que celle qui existe actuellement chez les humains. Ce phénomène est probablement dû au fait que leur population initiale était restreinte et qu'elle a rapidement augmenté au fur et à mesure qu'elle s'étendait sur une vaste zone géographique, de la Sibérie au Pacifique sud, explique les chercheurs.

Du génome denisovien chez certaines populations d'Asie du sud-est

D'après les observations décrites, les Denisoviens étaient notamment porteurs de matériel génétique aujourd'hui associé avec une peau sombre, des cheveux bruns et des yeux marrons. "Si les recherches à venir sur le génome du Néandertal montrent que leur population a évolué de manière similaire, il est fort possible qu'une seule et même population ayant quitté l'Afrique ait donné naissance à la fois aux Denisoviens et aux Néandertals", estime Svante Pääbo, pionnier suédois de l'exploration de l'ADN ancien. Grâce à ce nouveau matériel, les chercheurs ont été en mesure de dater la divergence entre les populations de Denisoviens et d'hommes modernes entre 170.000 et 700.000 ans. En outre, ils ont daté la phalange retrouvée en Sibérie à de 74.000 à 82.000 ans.

Mais ce n'est pas tout puisque le décodage du génome a également confirmé que les Denisoviens ont contribué au génome des populations des Mélanésiens, aborigènes australiens et autres habitants actuels des îles d'Asie du sud-est, en particulier chez les Papous de Nouvelle-Guinée. Selon les calculs et les comparaisons faites, 6% du génome des Papous provient de ces hominidés, vraisemblablement par le biais de croisements entre des Denisoviens et des Homo sapiens. On en retrouve aussi des traces chez tous les Eurasiens, mais aucune chez les Africains.

Enfin, l'analyse a également permis aux scientifiques d'identifier quelque 100.000 changements survenus dans le génome humain après la séparation d'avec les Denisoviens. Des observations d'autant plus importantes que certaines de ces modifications affectent les gènes associés aux fonctions cérébrales et au développement du système nerveux. "Ces recherches aideront à comprendre comment les populations humaines modernes ont pu augmenter considérablement leur taille et leur complexité culturelle tandis que les humains archaïques ont fini par décliner puis s'éteindre", relève ainsi M. Pääbo.

Source : MaxiSciences du 31/08/2013

mercredi 18 septembre 2013

L'étrange visage de l'homme de Florès

Des scientifiques ont dressé le portrait du petit hominidé après avoir reconstitué son crâne.

L'homme de Florès a un nouveau visage. Une équipe australienne a reconstruit la face de cet hominidé d'un mètre de haut qui vivait il y a plusieurs dizaines de milliers d'années sur l'île indonésienne (Journal of Archaeological Science, décembre 2013). Parmi les neuf portraits d'Homo floresiensis, découvert en 2003 dans la grotte de Liang Bua, c'est le plus scientifique. Sans doute le plus étrange aussi.

En effet, les chercheurs ont appliqué les connaissances, développées depuis quelques années à partir d'hommes anatomiquement modernes, sur les relations entre os du crâne et tissus mous. Autrement dit, ils ont habillé de chair les os du crâne de l'homme de Florès, en prenant comme modèle l'homme d'aujourd'hui, d'où son caractère étrangement contemporain. C'est un peu comme si Homo erectus portait un jean et une chemise. L'image scientifique s'avère ainsi aussi éloignée de la réalité que les différents dessins d'artiste réalisés jusqu'alors.

Tous les deux sont confrontés à la même difficulté: les traits de nos plus lointains ancêtres sont perdus à jamais, puisqu'il n'en reste plus que quelques fragments d'os.

Reconstruire le crâne à partir de fragments

En archéologie, reconstituer un visage consiste avant tout à reconstruire le crâne à partir des fragments d'os découverts. Cette étape est délicate. Cela a été le cas avec le premier spécimen d'Homo floresiensis découvert par les archéologues, baptisé LB1 (Liang Bua 1), en réalité, une femme âgée de 30 ans. «Elle reposait au fond d'un puits étroit sous six mètres de sédiments. Ses os étaient mous comme du beurre», souligne Susan Hayes, de l'université de Wollongong, en Australie. Les autres reconstitutions n'ont peut-être pas assez pris en compte les dommages que le crâne a subis.»

Le portrait de l'homme de Florès s'adresse donc plutôt à des spécialistes. «Nous n'avons pas cherché à lui donner une expression quelconque car il n'est pas destiné à être présenté dans un musée», précise Susan Hayes, qui a été surprise de l'intérêt suscité par son travail. «La Hobbit (c'est son surnom en raison de sa petite taille, en référence aux personnages de Tolkien) est très populaire. Une vraie star internationale.»

Susan Hayes apprécie la peinture de l'homme de Florès réalisée par l'artiste française Élisabeth Daynès. Elle voudrait bien connaître la façon dont les équipes ont travaillé pour reconstituer le visage d'Homo floresiensis. «L'ostéoarchéologie est un domaine de recherche fascinant, mais il faudrait beaucoup plus de transparence et de collaboration entre les différentes équipes», plaide Susan Hayes.

Cette étude est l'une des dernières à laquelle a participé Mike Moore, l'archéologue australien qui a découvert les fossiles d'Homo floresiensis. Il est mort d'un cancer en juillet dernier à l'âge de 63 ans.

Source : Le Figaro du 25/08/2013

mardi 13 août 2013

Un outil de l'homme de Néandertal toujours utilisé en tannerie

L'homme de Néandertal pourrait avoir inventé le premier outil spécialisé en Europe il y a 50.000 ans, encore utilisé aujourd'hui, selon des chercheurs dont l'étude, parue lundi, donne un nouvel éclairage sur les capacités de ces cousins de l'homme moderne.

Les archéologues ont mis au jour dans deux sites paléolithiques du sud-ouest de la France des fragments de quatre outils fabriqués avec des côtes de renne.

L'une des deux extrémités avait été lustrée avec une pierre abrasive pour lui donner une forme ogivale qui permettait de travailler les peaux d'animaux pour, par exemple, les rendre plus imperméables.

Cet outil est similaire au lissoir encore utilisé aujourd'hui par les tanneurs pour travailler le cuir, bien qu'il soit fait de nos jours de côtes de bovins, précisent les auteurs de la découverte, issus de l'Institut Max-Planck à Leipzig en Allemagne dont les travaux paraissent dans les Comptes rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS).

"Pour le moment, ces outils sont l'un des meilleurs indices qui montrent que les Néandertaliens ont inventé une technique attribuée jusqu'alors à l'homme moderne", explique Shannon McPherron, archéologue au département d'Anthropologie évolutive de l'Institut Max-Planck.

"Puisque ces outils ont été créés par des Néandertaliens, il est possible qu'ils aient transmis ce savoir-faire aux hommes modernes venus d'Afrique en Europe, uniquement munis d'outils pointus faits d'os, et que ces derniers aient commencé à faire des lissoirs", souligne Marie Soressi, professeur d'Archéologie à l'Université de Leyde (Pays-Bas) et chercheuse à l'Institut Max-Planck.

"Il s'agit de la première indication possible d'une transmission d'un savoir-faire de l'homme de Néandertal à l'homme moderne", a-t-elle dit à l'AFP.

Mme Soressi précise que les deux sites où ont été découverts ces lissoirs, à Abri Peyrony et Pech-de-l'Azé dans le Périgord, remontent à au moins 50.000 ans et n'ont été occupés que par des Néandertaliens.

Les hommes modernes sont arrivés en Europe de l'Ouest il y a 40.000 ans, après avoir quitté l'Afrique 20.000 ans plus tôt pour entrer tout d'abord au Proche-Orient avant de conquérir le continent européen.

"A travers les millénaires"

"Les lissoirs sont d'excellents outils pour travailler le cuir, à tel point que 50.000 ans après leur invention par les Néandertaliens, j'ai pu en acheter un en ligne sur un site spécialisé dans les outils de travail artisanal", raconte la chercheuse.

"Cet outil est tellement efficace qu'il a traversé les millénaires sans quasiment aucun changement et pourrait bien être le seul legs des Néandertaliens utilisé aujourd'hui dans notre société", souligne l'archéologue.

Toutefois, ajoute-t-elle, on ne peut pas totalement exclure la possibilité que les hommes modernes soient arrivés plus tôt en Europe et qu'ils aient ainsi commencé à influencer les Néandertaliens plus tôt qu'estimé.

Pour une réponse définitive, il faudrait trouver d'autres sites en Europe centrale, plus anciens et contenant des os mieux préservés que ceux découverts jusqu'à présent dans cette région, explique Marie Soressi. Elle note qu'aucun lissoir n'a jamais été découvert sur aucun site au Proche-Orient.

Cette découverte devrait alimenter le débat sur les Néandertaliens, dont les raisons de l'extinction il y a 40.000 ans restent encore obscures, et conforter l'hypothèse selon laquelle ils avaient des capacités techniques et culturelles propres similaires à celles de l'homme moderne.

Des anthropologues font valoir que l'homme de Néandertal a acquis un savoir-faire plus sophistiqué seulement après avoir été en contact avec l'hommes moderne.

Selon Marie Soressi, on peut à ce jour attribuer seulement deux apports de l'homme moderne aux Néandertaliens: les parures de perles et des armes formées d'une série de petits silex attachés sur une hampe en bois.

Source : Sciences et Avenir du 12/08/2013

vendredi 2 août 2013

Et si une partie de notre langage provenait des Néandertaliens ?

Publiant leur étude sur PLoS One, des chercheurs allemands suggèrent que l’homme de Néandertal, tout comme l’homme moderne, avait un langage articulé : un héritage provenant d’un ancêtre commun aux deux espèces.

Dan Dediu et Stephen C. Levinson, chercheurs en psycholinguistique à l’Institut Max Planck (Allemagne), ont voulu repenser certains aspects de la "personnalité" de l’homme de Néandertal à la lumière des publications paléoanthropologiques et archéologiques de ces dernières années. Ils en tirent une hypothèse : le langage articulé remonterait au moins à l’ancêtre commun aux hommes anatomiquement modernes, aux Néandertaliens et aux Denisoviens (encore mal connus).

En effet, Néandertal, notre plus proche cousin, partage avec nous un "aïeul" qui vivait il y a environ un demi-million d'années (Homo heidelbergensis, selon certains chercheurs) et possédait des capacités et une culture comparables à celles des Homo sapiens de la même époque. Loin d’être apparu chez ces derniers il y a quelques dizaines de millénaires à la suite d’une brusque mutation génétique (comme le proposent certains scientifiques), le langage aurait émergé il y a bien plus longtemps, suggèrent les auteurs.

Peut-être dès -1 million d'années environ, quelque part entre les origines du genre Homo (-1,8 Ma) et l'émergence d'Homo heidelbergensis (-0,6 Ma), par l'accumulation progressive d’innovations biologiques et culturelles. Mieux : de la même façon que notre hybridation biologique avec Néandertal a laissé des traces génétiques dans notre ADN, la rencontre des deux cultures pourrait avoir laissé des traces de langage néandertalien (peut-être repérables) dans nos langues actuelles, proposent Dediu et Levinson.

Source : MaxiSciences du 14/07/2013