lundi 9 décembre 2013

mercredi 4 décembre 2013

L’homme de Néandertal avait des salles à manger, des séjours et des chambres à coucher

ARCHÉOLOGIE – Contrairement aux idées reçues, il n’habitait pas des gites immondes…

S’il vous arrive de dîner d’un plateau-repas dans votre lit ou de dormir parfois sur le sofa de votre salon, sachez que l’homme de Néandertal, lui, n’en faisait rien. Une récente fouille archéologique menée dans un abri sous-roche en Italie a mis au jour un habitat néandertalien fortement structuré.

Dans cette grotte, les archéologues ont découvert trois niveaux distincts. Le premier, le plus haut, servait à dépecer les animaux chassés, à couper la viande, à tanner les fourrures. Une sorte de cuisine en somme.

Une cuisine américaine et une cheminée dans le salon

Le second niveau, le plus large, était le lieu de vie sociale. C’est aussi là que se déroulait la confection des outils de chasse et que se trouvait le foyer. Dans un espace secondaire de niveau, les habitants mangeaient. Une sorte de cuisine américaine ouverte sur un salon, donc.

Enfin, dans le dernier niveau étaient aménagées des couchettes. La chambre à coucher, évidemment.

La grotte, située à Riparo Bombrini, a fait l’objet de plusieurs études. Pour Julien Riel-Salvatore, un des auteurs de la plus récente étude, ce site démontre que «Néandertal utilisait une forme de logique pour organiser ses espaces de vie. Si on définit l’homme moderne selon la capacité à ordonnancer les lieux de vie, alors il faut alors considérer Néandertal comme l’un d’entre eux.»

Source : 20 minutes du 03/12/2013

vendredi 29 novembre 2013

Les Indiens d’Amérique seraient en partie originaires d’Europe

Qui étaient les premiers êtres humains à conquérir l’Amérique ? Si l’on admet depuis longtemps qu’ils sont issus de populations ayant vécu en Extrême-Orient, ils seraient le fruit d’une union avec un autre groupe d’humain, venu d’Europe. C’est du moins ce que révèle un génome vieux de 24.000 ans.

L’une des particularités de notre espèce est qu’elle a colonisé le monde entier, à l’exception des terres (ou plutôt des glaces) trop inhospitalières de l’Antarctique. Si les Hommes sont nés en Afrique, ils n’y sont pas tous restés. Certains ont migré, à la découverte de mondes nouveaux, et sont devenus des pionniers, ou ont parfois rencontré des populations humaines déjà présentes avant eux, avec lesquelles ils se sont mélangés.

Tant bien que mal, les paléoanthropologues arrivent partiellement à reconstruire certains de ces mouvements migratoires, surtout grâce à l’ADN, lorsqu’ils peuvent en récupérer des échantillons. Et Eske Willerslev, chercheur à l’université de Copenhague (Danemark), s’est rendu en 2009 au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg (Russie), pour y récolter un échantillon d’ADN depuis les restes fossilisés d’un enfant mort à Mal’ta, en Sibérie, il y a 24.000 ans. Il s’agit des plus anciennes traces de génome des Hommes modernes. Que peut-on en tirer ?

L’analyse du scientifique et de son équipe révèle des informations probablement importantes pour expliquer la conquête de l’Amérique depuis le détroit de Béring par l’Homme. Dans Nature, ils lèvent le voile sur un mystère qui intriguait les scientifiques depuis longtemps en expliquant que certains des ascendants de ces populations ayant colonisé le Nouveau Monde venaient en fait d’Europe, et pas seulement d’Extrême-Orient.

Le garçon de Mal’ta, un Européen à la croisée des chemins

Jusqu’à présent, les scientifiques étaient un peu dans le flou. L’histoire veut que les premiers Américains, ancêtres des Indiens d’Amérique, aient traversé le détroit de Béring à pied, il y a environ 15.000 ou 16.000 ans, avant de se répandre progressivement sur tout le continent. L’hypothèse la plus plausible considère que cette population pionnière venait de l’Asie de l’est. Mais les analyses génétiques ne semblent pas aussi formelles : s’il existe inéluctablement un lien, les Amérindiens portent également les traces caractéristiques des Européens. Une anomalie que certains scientifiques veulent expliquer en imaginant une migration à travers l’Atlantique depuis le Vieux continent, hypothèse jugée par d’autres comme un peu trop fantasque…

Le garçon de Mal’ta pourrait détenir la clé du problème. Les analyses de son ADN mitochondrial, permettant de retracer la lignée maternelle, montrent qu'il était porteur de ce que les scientifiques appellent l’haplogroupe U, caractéristiques des populations d’Europe, du nord de l’Afrique et d’Asie méridionale. En revanche, on n’en avait jamais retrouvé les traces jusqu’aux rives du lac Baïkal, où l’on pensait que seules des peuplades extrême-orientales avaient pu vivre. L’échantillon était-il contaminé ?

Eske Willerslev l’a cru, et a même mis ses résultats de côté durant une année. Puis il s’est intéressé au chromosome Y de l’enfant de Mal’ta, qui retrace quant à lui la lignée paternelle. À sa grande surprise, les résultats confirment les précédents. Plus fort encore : les scientifiques ont même retrouvé des marqueurs génétiques caractéristiques des populations amérindiennes, déjà présentes avant le débarquement de Christophe Colomb et des conquistadors après lui.

Les premiers Américains n’ont-ils que 15.000 ans ?

Pour les auteurs, le verdict est clair : la lignée de cet enfant s’est mélangée, et à plusieurs reprises, avec une population d’Extrême-Orient, et ce sont leurs descendants qui sont partis conquérir l’Amérique. L’idée est la suivante : des peuples d’Asie orientale seraient remontés vers le Nord, où ils auraient croisé des groupes humains venus d’Europe ou d’Asie occidentale.

C’est une hypothèse qui se tient. Mais il reste à déterminer s’il y a eu un seul ou plusieurs mouvements migratoires de l’Asie vers l’Amérique. La question reste en suspens.

D’autre part, une étude tout juste publiée dans Proceeding of Royal Society B pourrait remettre à plat toute l’histoire. Ce travail s’est focalisé sur des fossiles de paresseux géants datés d’il y a 30.000 ans, et semble révéler des marques d’agressions humaines sur les squelettes retrouvés. Des Hommes auraient-ils vécu au Nouveau Monde depuis si longtemps ? Les auteurs le pensent, et suggèrent même une migration directement depuis l’Afrique, dans des temps plus anciens encore, sur des bateaux qui auraient tenté leur chance vers l’ouest, et quelques-uns d’entre eux, portés par les vents et les courants, auraient pu atteindre les côtes du Brésil. Il se pourrait donc qu’il reste encore beaucoup de mystères à révéler.

Source : Futura Sciences du 23/11/2013

mercredi 27 novembre 2013

Génétique: trois plongées dans la préhistoire

En une semaine, trois annonces préhistoriques avec un point commun: les gènes de nos lointains ancêtres deviennent de plus en plus intrigants.

Un enfant de trois ans, mort en Sibérie il y a 24 000 ans, dont la famille pourrait être l’ancêtre des Amérindiens... mais qui porte en lui une lignée ancestrale européenne. Un Dénisovien qui porte en lui une lignée génétique inconnue. Et un virus du Néandertal en nous.

La course Europe-Asie-Amérique

Les cartes géographiques illustrant les déplacements de nos ancêtres Homo Sapiens contiennent généralement une flèche qui, partie d’Afrique il y a 100 000 ans, traverse le Moyen-Orient, l’Inde et la Chine puis, par la Sibérie et l’Alaska, entre en Amérique il y a 12 à 20 000 ans. Si la génétique a récemment renforcé l’hypothèse voulant que les Amérindiens tirent leurs origines de groupes venus de Sibérie, il n’en demeure pas moins que plusieurs questions restent en plan : d’où venaient ces groupes ? Quand sont-ils arrivés en Sibérie? Et ont-ils laissé une descendance là-bas ?

Le garçon de 24 000 ans, de même qu’un second fossile de 17 000 ans, obligeront l’ajout d’une nouvelle flèche : selon la recherche publiée dans Nature le 20 novembre et dirigée par le paléogénéticien Eske Willerslev, du Musée d’histoire naturelle de Copenhague, un groupe d’Homo sapiens est d’abord passé par l’Europe il y a 40 000 ans, où il a laissé une descendance, puis certains d'entre eux ont progressé vers l’Est jusqu’à ce qu’ils rejoignent, en pleine ère glaciaire il y a 15 000 ans, un autre groupe d’Homo sapiens déjà arrivé en Asie. Formant ainsi un groupe «hybride» dont une partie aurait colonisé les Amériques.

Au passage, ce garçon est le plus ancien humain (excluant une poignée de Néandertaliens) à avoir eu son génome décodé. Mais peut-être pas le dernier, ce qui laisse présager d’autres surprises.

Le mystère du Dénisovien

De fait, les allers et retours entre les populations humaines ou même pré-humaines sont au coeur de la deuxième étude. L’auteur principal, l’Américain David Reich, a soutenu lors d’un congrès sur «l’ADN ancien» tenu la semaine dernière, avoir identifié des fragments d’ADN jusqu’ici inconnus dans le génome du Dénisovien, une lignée humaine dont on ne connaît encore que peu de choses.

Le Dénisovien est un cas à lui tout seul : depuis 2010, on ne connaît son génome que grâce à deux dents et un doigt, vieux d’environ 40 000 ans et trouvés dans une caverne située non loin de la Mongolie. Mais son génome s’est révélé si différent de ses deux cousins de l’époque —l’Homo sapiens et le Néandertalien— que les paléogénéticiens se sont empressés d’en faire une «lignée distincte».

Ces fragments jusqu’ici inconnus pourraient être les restes d’une sous-espèce encore non-identifiée ou, plus simplement, les restes de groupes plus anciens, comme l’Homo erectus, connus par leurs ossements mais trop anciens pour qu’on ait pu jusqu’ici décoder leurs génomes.

Un virus néandertalien

Quant à la troisième étude, parue le 18 novembre dans la revue Current Biology, elle ouvre la porte sur une portion inédite du passé. En 2012, une équipe du Collège de médecine Albert Einstein, à New York, avait identifié des séquences génétiques de virus au milieu des génomes d’un Néandertalien et de cet unique Dénisovien. Or, voilà que la moitié de ces séquences génétiques (7 sur 14) ont été également identifiées chez certains d’entre nous.

Il s’agit plus précisément de rétrovirus, ceux qui ne se contentent pas d’envahir nos cellules, mais s’insèrent dans notre ADN. Selon le New Scientist, ce type de séquence génétique formerait jusqu’à 8% du génome humain et a parfois été confondu avec «l’ADN-poubelle» parce qu’elle ne semble pas contribuer au bon (ou au mauvais) fonctionnement de notre organisme.

L’équipe de Robert Belshaw et Gkikas Magiorkinis, des universités britanniques de Plymouth et d’Oxford, émet comme hypothèse que ces rétrovirus ont probablement infecté nos ancêtres il y a un demi-million d’années, soit avant la division qui a conduit à la lignée des Néandertaliens et des Dénisoviens.

Quelques dates
 :
6 millions d’années : divergence des ancêtres chimpanzés et humains

1,5 million d’années : Homo erectus s’aventure hors d’Afrique

1 million d’années : Divergence des ancêtres du Dénisovien et de nous

Environ 500 000 ans : Divergence des ancêtres Néandertaliens et de nous

300 à 500 000 ans : l’ancêtre des Néandertaliens hors d’Afrique

Moins de 100 000 ans : Homo sapiens hors d’Afrique
50 000 ans: plus anciens Homo sapiens connus en Europe

Source: Sciencepresse du 25/11/2013

samedi 9 novembre 2013

Toumaï: le Tchad fait don à l’UNESCO

Il sera remis le 11 novembre prochain à la Directrice générale, Mme Irina Bokova, par le président tchadien Idriss Déby Itno

Durant la 37ème session de la Conférence Générale de l’UNESCO qui s’est ouverte ce 5 novembre à Paris, un moulage du crâne de Toumaï, le plus vieil hominidé à ce jour, daté d’environ 7 millions d'années sera remis, à Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’organisation onusienne. La cérémonie de donation se tiendra le lundi 11 novembre prochain sous la houlette de Son Excellence M. Idriss Deby Itno, Président de la République du Tchad. Le moulage sera disposé sur une stèle en pierre taillée de la vallée de l’Homme en Dordogne, symbolisant l’immuabilité, rappelant les origines de l’humanité, et soulignant l’importance de la préservation du patrimoine mondial.


Cet événement est donc d’une grande importance, à la fois symbolique et historique pour l’UNESCO et ses partenaires. Ce moulage offrira également une portée pédagogique, transmettant ainsi de nouveaux éléments pour les théories paléoanthropologiques des origines de l’Homme, et offrant une contribution à l’Histoire générale de l’Afrique et de l’humanité. L’UNESCO, à travers la Directrice, est honorée de la contribution de la République du Tchad à l’effort mutuel de préservation du patrimoine mondial de l’humanité. Ce geste marquera la continuité de la bonne coopération entre l’Organisation et la République du Tchad, et ce depuis l’entrée de ce pays à l’UNESCO en 1960.

En marge de cet événement, la Délégation permanente de la République du Tchad organisera une exposition de pièces fossiles paléoanthropologiques. Celle-ci sera précédée, les 6 et 7 novembre, en partenariat avec le Secteur de la Culture, d’un colloque scientifique sur la découverte du crâne et ses contributions historiques. Ce colloque réunira une quinzaine d’experts internationaux qui discuteront de l’état actuel des recherches paléoanthropologiques, et posera les bases d’un plus grand évènement se déroulant en 2014 à N’Djamena au Tchad dans le cadre de la préparation du 9ème volume de l’Histoire générale de l’Afrique. Il est par ailleurs prévu que Son Excellence Monsieur Idriss Deby intervienne devant la Conférence générale de l’UNESCO.

La découverte du crâne de Toumaï a eu lieu le 19 juillet 2001, lorsqu’Ahounta Djimdoumalbaye, un des membres de la mission paléoanthropologique franco-tchadienne - dirigée par le paléontologue français Michel Brunet, ici assisté par Alain Beauvilain -, découvre le crâne d'un hominidé qui vivait, il y a 7 millions d'années au miocène supérieur, et est donc le plus vieil hominidé jamais découvert. Toumaï est unique en son genre, scientifiquement il s'agit d'un nouveau genre et d'une nouvelle espèce: Sahelanthropus tchadensis.

Source : Journal du Tchad du 05/11/2013

vendredi 8 novembre 2013

Un visage venu de la préhistoire, les yeux dans les yeux

À l’écart des grands sites préhistoriques de la vallée de la Vézère, bien connus des touristes, il en existe de plus secrets, tout aussi riches, et qui réservent d’autres émotions.


On se rappelle l’histoire de la grotte de Lascaux, redécouverte au milieu du XXe siècle par des enfants à la recherche de leur chien tombé dans un trou. Dans cette même vallée périgourdine, aux falaises de calcaire toutes percées de cavités, et habitées depuis la préhistoire, s’égrène une litanie de sites, gouffres, cavernes, abris sous roche, villages troglodytiques, fouillés au fil des XIXe et XXe siècles… Les Eyzies-de-Tayac, devenu le siège d’un pôle international de la préhistoire, et d’un musée national flambant neuf, attire des millions de touristes du monde entier. Au point que Lascaux, asphyxiée par de trop nombreux visiteurs, a été fermée au public et doublée d’une copie, Lascaux II ; avant Lascaux III, sa version virtuelle en trois dimensions.

Mais d’autres grottes moins célèbres se visitent aussi, où l’histoire de nos lointains ancêtres continue de s’écrire, au fil des trouvailles et des travaux des préhistoriens. Sans publicité, sans parkings aménagés, sans billetterie ni buvette.

Ainsi, à quelques kilomètres des Eyzies, la grotte ornée de Bernifal. Ses peintures, gravures et sculptures, plus d’une centaine expertisées à ce jour, sont datées de l’ère magdalénienne (autour de – 15 000 ans avant notre ère) contemporaines de celles de Lascaux. Bernifal appartient aux 15 « sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère » classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

Mais elle se mérite ! Perdue au fond des bois, propriété d’une famille d’agriculteurs qui habite depuis toujours à proximité, elle a été explorée dès le début du XXe siècle par les premiers archéologues, puis est restée en l’état. Sans doute à peu près telle que l’ont connue les hommes de la préhistoire. Il y a à peine vingt-cinq ans, Gilbert Pémendrant, l’actuel maître des lieux, et son frère, ont pratiqué une porte, et charrié les quelques centaines de mètres cubes de calcaire stérile, issu des couches profondes de la forêt, pour rendre accessible le sol escarpé. Sous la stricte égide cependant des Monuments historiques.

sombre cathédrale faite de draperies et de colonnes de concrétions

Depuis, il gère « sa » grotte, à sa manière, avec passion, hors de tout circuit commercial. Muni seulement d’une torche de sa fabrication – l’électricité n’arrive pas jusqu’ici – et d’un téléphone portable, pour communiquer avec les visiteurs qui font l’expédition. Soit quelques groupes de passionnés, préhistoriens et spéléologues, des écoles, et durant la belle saison quelques dizaines de curieux par jour.

Sur la départementale qui relie les Eyzies à Sarlat, un panneau signalétique officiel indique Bernifal. Mais l’aventure commence après que l’on s’est garé en contrebas, dans la petite vallée où coule la Beune. Il faut alors, suivant des indications écrites à la main sur un morceau de carton ondulé, s’enfoncer à pied dans les bois, longeant une roche trouée d’anciens abris troglodytiques. Quelques flèches disséminées, un demi-kilomètre de marche sur un tapis de feuilles mortes sans rencontrer âme qui vive, et voici une porte de tôle pratiquée dans un repli du terrain.

Frappez, Monsieur Pémendrant, septuagénaire bon pied, bon œil, vous ouvrira. Du moins si vous montrez patte blanche et avez pris rendez-vous.

On franchit donc la porte qui se referme derrière nous, et on s’enfonce dans l’obscurité la plus complète, guidés par l’unique torche de notre guide, et son chaleureux accent occitan.

Interdiction de toucher les murs

À coups de pinceaux de lumière, Gilbert Pémendrant dévoile les contours d’une première « salle », sombre cathédrale faite de draperies et de colonnes de concrétions, stalactites et stalagmites. La grotte est toujours « active », c’est-à-dire animée par l’écoulement naturel de l’eau contre ses parois, selon une musique qui varie avec les saisons, gouttelettes ou ruissellement. Il y a là, nous dira-t-il, 120 mètres de galeries s’enfonçant sous la terre, réparties en trois salles principales.

Interdiction de toucher les murs, injonction de regarder où on met les pieds, et obligation de se placer dans les angles de vision définis par notre truculent cicérone. Ses ordres sonnent clair et net ; ainsi perdus dans l’obscurité la plus complète, en équilibre sur la roche suintante et glissante, nous sommes tout prêts à obéir !

À mesure que nous progressons, dans les ronds de lumière successifs, apparaît un bestiaire fantastique : deux mammouths au plafond, un petit âne, un bouquetin, un poisson aux nageoires striées, un aurochs dessiné au manganèse, un bison qui épouse les formes de la roche… Et puis encore une étoile à six branches, unique en son genre explique-t-il, des dessins « tectiformes », c’est-à-dire en forme de toit de maison, mais pour lesquels il n’existe actuellement aucune explication convaincante ; et puis des mains dessinées, gravées, ou peintes « en négatif », selon une technique dite de la peinture soufflée.

Plus étonnant encore : un petit équidé, dit « le cheval bridé de Bernifal », parce qu’on voit nettement les traits d’une bride autour des naseaux et du chanfrein. Il a été gravé à une époque où l’homme était censé ne pas avoir domestiqué l’animal… Dans un interstice, un silex taillé en couteau, long d’une vingtaine de centimètres, a été oublié là et s’est calcifié avec le temps, pour l’éternité.

Des représentations humaines, si rares dans l’art pariétal

Ces points, ces traits, ces coups de silex dans la roche, il faut être expert pour y voir la main de l’homme, et se risquer à les interpréter. Et quelquefois un peu d’imagination pour suivre les traits de la lampe électrique qui danse dans le noir, dessinant des formes, pointant des reliefs improbables. Plus tard, on se tournera vers Gilles et Brigitte Delluc, les spécialistes du paléolithique qui ont publié une étude de référence sur la grotte de Bernifal. Ils confirment, au moins pour l’essentiel !

Alors, on peut se laisser aller à l’émotion, tout en regardant toujours où l’on met les pieds, étant donné la déclivité humide des salles successives. Émotion en particulier lorsque l’on se retrouve face à face avec des représentations humaines, si rares dans l’art pariétal. À hauteur de notre regard, sur une paroi bombée, un fin visage aux yeux bien dessinés, étonnamment contemporain, semble nous regarder, et depuis si longtemps… On peine à détacher les yeux, comme une impolitesse envers l’hôte de ces lieux.

Et encore un profil humain, à la fois sculpté et gravé dans la pierre, dont il utilise le relief. Il faut pour l’apercevoir entrer un par un dans un « diverticule », petite galerie adjacente, s’accroupir et braquer la lumière en oblique, à partir d’une « cheminée » haute et étroite. C’est la fierté du propriétaire, qui l’a découvert par hasard en 2009. Depuis, elle a été authentifiée. Car, précise Gilbert Pémendrant, « je ne vous montre pas tout, seulement ce qui a été expertisé ! » On paye en remontant à l’air libre, dans tous les sens du terme. Un prix aussi modique que variable, si on est content de la visite !

Ensuite, rien n’empêche de retrouver la civilisation, les parkings où l’on fait la queue, pour voir les mêmes merveilles, avec des éclairages, et des explications, mieux calibrées et plus scientifiques.

***

« Le dernier paysanpréhistorien »

La réalisatrice Sophie Cattoire vient de consacrer un film à ce « dernier paysan préhistorien ». Au-delà du personnage truculent, de sa ferme et de ses trésors préhistoriques, on y trouvera le témoignage de la vie autarcique des petits agriculteurs périgourdins, dans ces maisons troglodytiques accrochées à la falaise et perdues dans les bois. De très belles images, et un mode de vie venu du fond des âges, depuis les chasseurs-cueilleurs du paléolithique, aujourd’hui en voie de disparition.

Ce film, primé dans de nombreux festivals – prix du meilleur film pour la recherche créative au festival Icronos de Bordeaux, prix du jury du festival de Nyon en Suisse – est sélectionné pour le festival Arkhaios aux États-Unis.

Il vient de paraître en DVD : avec sous-titres en anglais, 52 mn, 20 € sur commande à Ferrassie TV, 24260 Savignac-de-Miremont.

Source : La Croix du 29/10/2013

jeudi 7 novembre 2013

Quatre sites de la préhistoire reconstitués en 3D

Le ministère de la culture vient de lancer un site très riche sur les abris sous-roche sculptés au cours du Magdalénien, il y a 15 000 ans.

Une période marquée par un foisonnement artistique et symbolique sans précédent dans l’histoire de l’humanité. La Renaissance ? La Révolution industrielle ? Il s’agit en fait du Magdalénien, dernière grande époque du Paléolithique supérieur, qui s’étend entre 15 000 et 9 000 avant Jésus-Christ. Lors du Magdalénien moyen (15 500-13 500 av. J.-C.), les abris sous-roche situés au pied des falaises sont occupés par des hommes dont l’ingéniosité technique a permis de dégager des surfaces aptes à accueillir les sculptures. Considéré comme le « Lascaux de la sculpture », le site du Roc-aux-Sorciers, à Angles-sur-l’Anglin (Vienne), en constitue un exemple significatif. Des sculptures pariétales monumentales peuvent être observées sur plus de 50 mètres.

Afin de mettre en valeur ce patrimoine méconnu, le ministère de la culture vient de mettre en ligne un site Internet très riche et instructif sur ce type d’abris sous-roches ornés de sculptures pariétales représentant chasseurs, formes féminin et animales (bouquetins, bisons, etc.). Hormis le Roc-Aux-Sorciers, trois autres gisements ont été modélisés en images de synthèse en 3D afin d’offrir aux internautes une spectaculaire visite virtuelle de ces lieux mystérieux : la Chaire-à-Calvin, à Mouthiers-sur-Boëme (Charente), Reverdit, à Sergeac (Dordogne), le Cap Blanc, à Marquay (Dordogne).
Sens des œuvres peut-être lié à la fonction des sites

Un bouton situé en haut de la page permet d’afficher les contours des sculptures pariétales et d’afficher le détail de chacune d’elles. Un panneau latéral, situé à gauche de l’écran, permet de resituer le contexte de l’époque : vie quotidienne, climat, développement technique, etc.

« Le sens des œuvres, dont le sens nous échappe encore, est probablement lié à la fonction des sites qu’elles ornent (occupations, « sanctuaires ») », explique le site Internet, réalisé en partenariat avec le musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Pour les réaliser, différentes techniques ont été employées : la gravure, fine ou profonde, la peinture et la sculpture.

Près de 300 grottes ou abris ornés sont connus à ce jour, répartis essentiellement en France, Espagne et Italie.

Source : La Croix du 29/10/2013

mercredi 6 novembre 2013

Qui était l'homme de Denisova ?


Le séquençage du génome d'un bout de phalange découvert dans la grotte de Denisova, dans les montagnes de l'Altaï, au sud de la Sibérie confirme qu'il y a 30.000 ans vivaient dans cette région des humains d'une espèce encore inconnue. Yves Coppens s'interroge sur les origines de ces lointains "dénisoviens".

Dans l'histoire de la lignée humaine, on sait aujourd'hui que nos ancêtres les plus lointains sont nés en Afrique, et ont donné naissance à de nombreuses espèces.Homo Habilis ,Homo erectus, Homo sapiens...

Toutes ces espèces ont quitté l'Afrique et se sont répandues dans le monde entier. Si Homo erectus est sorti d'Afrique il y a près de 2 millions d'années, Homo sapiens (notre espèce) il y a quelques dizaines de milliers d'années seulement rencontrait sur son chemin celui que nous appelons l'homme de Néanderthal.

En 2010, une publication de l'analyse génétique d'un morceau de phalange découvert dans la grotte de Denisova, par l'équipe russe du paléo-généticien Svante Pääbo, montre l'existence il y a environ 30.000 ans d'une espèce humaine n'appartenant ni aux sapiens, ni aux néanderthaliens : les dénisoviens. Pour en comprendre l'origine, Yves Coppens retrace pour nous l'histoire des migrations humaines.

Source : France Info du 03/11/2013

mardi 5 novembre 2013

La préhistoire


"Les fossiles hominidés de Dmanisi dans le sud de la Géorgie, sont les représentants les plus anciens du genre Homo hors d'Afrique" affirme le professeur Lordkipanidze, directeur du muséum national de Géorgie, à Tbilissi, premier signataire de la publication relatant cette découverte dans la revue Science.

Michel Serres et Michel Polacco parlent de la préhistoire alors que la découverte en Géorgie d'un crâne complet vieux de 1,8 million d'année bouleverse la vision de nos origines.

Source : France Info du 27/10/2013

lundi 4 novembre 2013

Les longues marches d’Homo sapiens

L’homme, le genre Homo, apparaît en Afrique vers 2 millions d’années. Longtemps, on a pensé - moi compris - que seuls des grands hommes nantis de cerveaux développés et artisans d’outils complexes avaient été capables de s’affranchir du monde des forêts et d’investir de nouveaux territoires loin des arbres. Une étude publiée cette semaine sur les restes fossiles du site de Dmanisi, en Géorgie - aux portes de l’Europe et de l’Asie -, montre que les premiers conquérants à l’aube de l’humanité n’étaient pas très corpulents, et leurs cerveaux pas si gros que cela. Ce qui ne les a pas empêchés de s’installer dans d’autres écosystèmes, tâche difficile pour toute espèce. Et début de la longue marche du genre Homo sur la Terre.

Mais, chemin faisant, Homo piétine ses frères africains les plus proches de lui, comme les descendants de Lucy. Alors il se déploie et, au fil des millénaires, le rameau africain s’étend sur trois continents, avec les hommes de Neandertal au nord de la Méditerranée, Homo sapiens au sud (nous), les hommes (femmes) de Denisova en Asie centrale, d’autres en Asie orientale au statut encore incertain, d’autres encore à Java et aussi les controversés petits hommes de Florès. Que d’hommes sur l’Ancien Monde il y a à peine 100 000 ans !

Puis se met en place la longue marche de notre espèce Sapiens depuis l’Afrique, entre 100 000 et 50 000 ans. Les ancêtres immédiats de toutes les femmes et les hommes d’aujourd’hui se lancent comme une traînée d’ocre sur les vieux continents, d’abord sur les franges méridionales de l’Asie, puis vers l’Europe. Chemin faisant, ils contribuent à la disparition des autres espèces d’hommes tandis qu’ils atteignent les nouveaux mondes par voie d’eau : Australie, Amériques et Océanie. Dans une interprétation aussi sinistre qu’erronée de Darwin, quel succès ! D’un point de vue réellement darwinien, ces pertes de la diversité humaine révèlent que notre espèce est la seule survivante d’une lignée jadis florissante. Aujourd’hui, l’expansion démographique est une affaire d’hommes à hommes au sein de notre espèce.

L’homme est le plus formidable bipède jamais créé par l’évolution. Ses plus grandes avancées politiques et intellectuelles se sont faites avec ses pieds. Sa liberté vient du talon et des orteils de son pied. C’est un péripatéticien dans l’âme et, navré de le constater, les penseurs bien en chaire, trop installés sur leur séant et leurs certitudes, n’ont jamais changé le monde. Au contraire, ils s’opposent aux mouvements du monde. Rien de pire que les corps et les pensées immobiles.

Je pense au héros de Romain Gary dans « Les Racines du ciel » qui, via une longue marche dans le bush, fait prendre conscience au monde de la disparition des éléphants au mitan du XXe siècle. Je pense à Schaller qui, à la même époque, traverse les savanes durant des semaines pour montrer que ce n’est pas un enfer ravagé par les griffes et les crocs des prédateurs et des charognards.

Quand les femmes et les hommes s’insurgent contre des malédictions, le malheur, l’incompréhension et l’ignorance, ils processionnent. Quand ils recherchent le salut ou la sagesse, ils vont en pèlerinage. Quand ils espèrent un retour en politique, ils traversent des déserts, réels ou médiatiques. Quand ils protestent contre les décisions des puissants ou les diktats de l’économie, ils manifestent.

Les chemins de la liberté se font pas à pas, comme la marche de Martin Luther King pour les droits civiques des Noirs en 1963 avec, à l’arrivée, Barack Obama. Celle des Beurs en 1983 qui, partis à une trentaine de Marseille à pied - et sans ballon - arrivèrent une centaine de milliers à Paris… mais si peu occupent des positions politiques majeures. Même si les pays du Maghreb ont donné de beaux coureurs de fond à la France, la course n’est pas finie.

Revenons à la fin de la préhistoire des Homo sapiens. À pied, en bateau, ils vont conquérir presque tous les écosystèmes de la Terre, ce que n’a jamais fait aucune espèce. Aujourd’hui, des Sapiens fuient la misère, la tyrannie et le changement climatique vers des pays figés par la crise et le vieillissement de leurs populations. Mais ils meurent d’épuisement en chemin ou se noient.

L’écrivain voyageur Bruce Chatwin a écrit qu’un gros cerveau sert à marcher en chantant dans le désert. Hélas, les chants des pistes disparaissent avec les derniers Aborigènes, et ainsi s’achève le temps du rêve par-delà l’horizon : « I have a dream. »

Pascal picq
paléoanthropologue
au collège de France

Source : Sud-Ouest du 19/10/2013