lundi 23 décembre 2013

1. Quelles nouvelles de la préhistoire ?






 

   

      Autour de la question - 17/12/2013  - 1ère partie  
          (19:31)
     
         

           
     
   

 
     
   
     

 

 

   

         
Source : RFI du 17/12/2013

jeudi 19 décembre 2013

“La prochaine grande espèce qui disparaîtra ? Probablement nous !”

Pascal Picq est paléoanthropologue au Collège de France. Il est spécialiste de l’évolution de l’Homme et des grands singes. Des théories qu’il applique... à l’entreprise et à l’économie. Il s’inquiète aussi fortement de la perte de la biodiversité sur Terre. C’est ce qu’il explique dans son ouvrage "De Darwin à Lévi-Strauss : l’Homme et la diversité en danger" (Odile Jacob 2013). Dans ce cadre, il sera l’orateur des Grandes conférences liégeoises, ce soir.

Vous insistez sur le fait que Darwin est plus que jamais d’actualité. Notamment en raison de la disparition actuelle de la biodiversité ?

En effet. La théorie de l’évolution, qui est une théorie du changement dans la nature, montre que les espèces n’évoluent pas seules. Il y a coévolution. La biodiversité est la fille naturelle de l’évolution et, sans diversité, pas d’évolution. Moins il y a de diversité, moins les espèces peuvent s’adapter : c’est la règle d’or. La biodiversité se construit dans le tissu des relations entre les espèces d’une même communauté écologique, avec toutes les formes de parasitismes et toutes les sortes de compétition, de prédation, d’entraide …etc. L’Homme fait partie de ces diversités. Mais depuis plusieurs milliers d’années et, avec une brutalité inouïe depuis un siècle, notre espèce fait disparaître des espèces sauvages et domestiques a un rythme effarant et, aussi, des langues et des cultures humaines. En agissant ainsi, nous mettons en danger le devenir de notre espèce.

Alors, la prochaine grande espèce qui disparaîtra, c’est nous ?

Si on ne prend pas rapidement conscience des désastres en cours, c’est probable. Depuis que je suis né (1954) la population mondiale a été multipliée par trois ! A cela, vous ajoutez une consommation d’énergie multipliée en moyenne par cinquante par individu. La Terre ne peut plus le supporter. Cependant, la vraie question n’est pas la survie de l’homme en tant qu’espèce, mais celle de tous nos enfants. Nous assistons à une concentration phénoménale de l’urbanisation. Bientôt, 70% de la population mondiale vivra dans des mégapoles. Imaginez – et cela arrivera – qu’un agent pathogène débarque dans le Bénélux, une des régions les plus densément peuplée de la Terre ? Même si la médecine moderne a accompli des progrès fantastiques, nous ne sommes jamais sortis des mécanismes de la coévolution et de la sélection naturelle. Par exemple, il faut réapprendre à vivre avec des maladies que nous savons soigner mais qui nous protègent d’autres sources pathogènes avec lesquelles nous n’avons pas coévolué. Donc voilà le paradoxe de l’humanité actuelle : nous sommes plus de 7 milliards – quel succès !- mais si nous ne comprenons pas les enjeux des diversités, il y a de fortes chances que dans un avenir plus ou moins lointain, les populations qui assureront le devenir de notre espèce soient celles que nous méprisons et que certains appellent “primitives”. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elles participent de notre diversité et qu’elles continuent à vivre avec leurs communauté écologiques ; une véritable assurance vie de notre espèce.

Pour vous, Darwin est partout … Même dans l’entreprise selon vous ! Parce que l’entreprise est une jungle ?

Vous savez, une mauvaise compréhension de l’évolution conduit à une mauvaise économie. La loi du plus fort, la survie du plus apte, la compétition à outrance … ce sont des clichés que l’on retrouve en biologie et en économie, comme le “gène égoïste” à l’époque du libéralisme débridé des années Thatcher et Reagan. La sélection naturelle explique comment certains individus laissent une plus grande descendance que d’autres, et cela passe par une grande diversité de mécanisme comme la prédation, la compétition, mais aussi l’entraide et la coévolution (coopétition par exemple). Les entreprises sont comme des espèces, avec des individus différents apportant différentes contribution au succès à l’adaptation.

Un exemple concret ?

La vie innove et s’adapte depuis plus de 3 milliards d’années et il est utile de connaître ces mécanismes dans une économie mondialisée de l’innovation. Mon intérêt et mon travail actuel sur ces question vient d’un constat : pourquoi l’Europe continentale n’est pas capable de faire émerger des GAFAT (Google, Apple, Facebook, Amazon, Tweeter) ? Parce que nos pays restent imprégnés par la pensée du grand Jean-Baptiste de Lamarck. L’innovation se comprend comme une réaction active à un changement d’environnement. C’est la parabole de la girafe qui allonge son cou pour attraper des feuilles. Traduction dans nos entreprises : le marché impose d’innover pour survivre et pour cela on mobilise notre créativité. Donc, nous somme bon pour nous adapter à un marcher préexistant. Par contre, nous sommes incapables de voir ce qui va changer le marcher (“change the world” selon Steve Jobs). En d’autres termes, si nous savons développer des filières existantes, nous sommes mauvais pour en faire émerger de nouvelles. Et c’est bien une question de culture, donc d’anthropologie et de vision du monde.

Quelle serait “l’entreprise darwinienne”, alors ?

L’innovation lamarckienne vise à améliorer les produits, les services …. L’innovation darwinienne s’articule en trois temps : variation, sélection, développement. Dans la nature, nos gènes font de la variation, puis l’environnement sélectionne. Toutes les entreprises les plus innovantes (Google, 3M, Facebook …) suscitent de la variation de la part de leurs agents. Comme chez Darwin, elles ont compris que toute personne dans l’entreprise peut être capable d’innover car toute différence est une potentialité pour l’adaptation de l’espèce. Mais entendez-moi bien : il ne s’agit de copier telle ou telle espèce ou entreprise. Il faut mettre en place des mécanismes universels de l’innovation et de l’adaptation qui, évidemment, donneront des résultats qui dépendent des histoires de chacune et de leurs contextes.

Source : La Libre du 12/12/2013

samedi 14 décembre 2013

Les cousins américains de l'enfant de Mal'ta

Le séquençage du génome d'un enfant qui vécut il y a quelque 24 000 ans en Sibérie centrale suggère que les Européens et les Amérindiens sont apparentés.

Apparentés aux Européens, les Sibériens du Paléolithique supérieur préglaciaire (35 000 à 10 000 ans avant notre ère) ont fortement contribué à la population amérindienne. C’est à cette conclusion qu’est parvenue une équipe internationale menée par Maanasa Raghavan, du Muséum national d’histoire naturelle du Danemark, après avoir séquencé le génome d’un enfant de la culture de Mal’ta.

Tirant son nom d'un site se trouvant le long d'une rivière près du village de Mal’ta, non loin du lac Baïkal, cette culture paléolithique découverte dans les années 1920 a fasciné les préhistoriens, qui n’imaginaient pas rencontrer en Sibérie une culture préhistorique aussi complexe que celles d’Europe. La culture de Mal’ta est aussi connue pour ses tentes en peau semi enterrés, soutenues par des os de mammouth, des bois de cerfs et des pierres, et pour ses nombreuses vénus (figurines féminines) en ivoire et autres jouets d’enfants, dont le style est très proches des objets européens de la même époque.

En 2009, les chercheurs ont prélevé au musée de l’Hermitage à Saint-Petersbourg 0,15 gramme de l'os d'un enfant retrouvé dans l’une des tombes de la culture de Mal’ta. La datation au radiocarbone indique un âge d’environ 24 000 ans, antérieur au dernier maximum glaciaire (autour de -18 000 ans). Il s’est avéré que cet os contenait assez de restes d’ADN pour permettre de séquencer le génome mitochondrial (contenu dans les mitochondries, des organites cellulaires) avec une marge d'erreur presque nulle, et le chromosome Y du génome nucléaire avec une fiabilité moindre.

Les chercheurs ont ainsi établi que l'haplotype du génome mitochondrial de l’enfant de Mal’ta est de type U (l'haplotype est l'ensemble des allèles caractéristiques d’une population, car transmissibles). Or l'haplotype U est aussi caractéristique du génome mitochondrial des chasseurs européens du Paléolithique supérieur et du Mésolithique (10 000 à 5 000 ans). Il est en outre fréquent chez les Européens actuels, mais rare chez les Hans (chinois) et autres peuples d'Extrême Orient.

L'équipe de M. Raghavan a ensuite séquencé 5,8 millions de bases du chromosome Y, établissant avec une fiabilité suffisante son appartenance à l’haplotype R, répandu quant à lui en Eurasie occidentale, dans l’Altaï (Mongolie) et en Sibérie du Sud, mais pas chez les asiatiques d’Extrême Orient. Or l’haplotype R est proche de la base génétique à partir de laquelle l’haplotype Q, dominant chez les Amérindiens, a évolué.

Ainsi, les gens de la Culture de Mal’ta sont reliés génétiquement à la fois aux Européens et aux Amérindiens. Pour s'en assurer, les chercheurs ont réalisé une analyse dite en composantes principales à partir d’une large bibliothèque de gènes issus de la population mondiale, qui confirme que l’enfant de Mal’ta est génétiquement plus proche des populations européenne et amérindienne que de toute autre.

Il semble donc que les populations paléolithiques préglaciaires apparentées aux populations européennes actuelles ont été plus présentes dans le Nord-Est de l’Eurasie que ce que l’on pensait jusqu’à présent. Sans doute étaient-elles répandues jusqu’à la Sibérie orientale, et qu'une partie d’entre eux est passée en Amérique du Nord par le détroit de Béring pendant le dernier maximum glaciaire, il y a quelque 20 000 ans, lorsque le nivau des océans était plus bas de 120 mètres. Ces populations auraient alors contribué au fond génétique précolombien. Selon les estimations de l’équipe de M. Raghavan, un flux de gènes issu de la population europoïde de Sibérie aurait fourni entre 14 et 38 pour cent des gènes amérindiens actuels.

Ce résultat pourrait expliquer la proximité génétique étonnante constatée entre certaines ethnies amérindiennes (Algonquins, Sioux, Ojibwa,...) et les Européens, ainsi que le caractère europoïde de certains crânes amérindiens anciens. Cette proximité est aussi archéologique, puisque la ressemblance frappante entre l’industrie lithique des Solutréens – une culture européenne remontant au maximum glaciaire, soit vers - 18 000 ans – et la culture Clovis – une culture américaine apparue vers - 12 000 ans – a poussé certains archéologues à imaginer que des membres de la culture solutréenne se sont rendus en Amérique pendant le maximum glaciaire en passant le long d'une banquise recouvrant l’Atlantique nord. Certains linguistes sont ensuite venus à l’appui de cette surprenante théorie en repérant de possibles similitudes entre les langues algonquines et la langue… basque (qui passe pour avoir une origine européenne préglaciaire).

Que conclure ? D’abord qu’il existe une explication alternative à celle d'une migration solutréenne vers l’Amérique pour expliquer les caractéristiques génétiques, physiques voire culturelles des Amérindiens anciens : le passage en Amérique de contingents europoïdes à travers le détroit de Béring. Ensuite, que nos ancêtres europoïdes ont emprunté l’autoroute de la toundra périglaciaire depuis l’Europe de l’Ouest jusqu’à la Sibérie orientale. Or si une chose caractérisait cette immense région prisée des mammouths, c’est le froid qui y régnait ! Cela suggère que les membres de la culture de Mal’ta, les ancêtres europoïdes des Européens et des Amérindiens actuels, étaient extrêmement bien adaptés au froid, ce qui n’était vraisemblablement pas le cas des ancêtres des Mongoloïdes qui les ont remplacés ou absorbés dans toute l’Asie du Nord-Est.

Source : Pour la Science du 11/12/2013

vendredi 13 décembre 2013

Le plus vieil ADN humain connu livre ses secrets

Une séquence génétique tirée d'un Européen datant de 400.000 ans montre des liens inattendus avec un hominidé sibérien.

C'est un témoin clé de l'histoire de l'humanité, rendu un peu plus bavard par des techniques d'interrogatoire poussées, qui vient de livrer une partie de son histoire. Il ­attendait ce moment depuis quelque 400.000 ans. Une équipe internationale (Allemands, Chinois, Espagnols) a réussi le tour de force de réussir à lire de l'ADN d'un hominidé qui vivait au pléistocène moyen. Le plus vieil ADN de la lignée humaine jamais reconstitué (travaux publiés dans la revue Nature).

Il vivait à la préhistoire dans ce qui est aujourd'hui le nord de l'Espagne, plus précisément dans la Sierra de Atapuerca. Là se trouve un site archéologique exceptionnel, baptisé Sima de los Huesos («le gouffre des os»), possédant des conditions de conservation exceptionnelles. D'innombrables os, venant de 28 individus, certains presque complets, y ont été exhumés. Ils datent de plus de 300.000 ans. Matthias Meyer, de l'institut Max Planck d'anthropologie de l'évolution à Leipzig (Allemagne), a développé une technique novatrice, bien plus performante que les précédentes, pour extraire (à partir de prélèvements de 1,95 g dans un fémur), décrypter les bouts d'ADN ainsi isolés (longs d'au moins 45 «lettres») et reconstituer une séquence complète d'ADN mitochondrial longue de 30.000 «lettres». «C'est tout à fait extraordinaire, estime Jean-Jacques Hublin, professeur de paléoanthropologie et col­lègue de Matthias Meyer à l'institut Max Planck de Leipzig. Obtenir une séquence complète sur un ADN aussi vieux est une vraie performance technique. Vu les caractéristiques très particulières du site de Sima de los Huesos, on peut d'ailleurs se demander si une telle découverte a des chances de se renouveler ailleurs.»

Vives discussions

Que nous apprend cette séquence d'ADN ? C'est là que cela se corse. L'un des scénarios classiques de l'histoire des hominidés est que, après leur sortie d'Afrique, ils ont progressivement colonisé l'Europe et l'Eurasie, se scindant en deux groupes il y a entre 300.000 et 350.000 ans. Pour le groupe d'Asie, l'un des témoins principaux est représenté par une phalange d'auriculaire d'un enfant de 7 ans, plus quelques dents datant d'il y a 50.000 à 80.000 ans (homme de Denisova, trouvé en Sibérie). La même équipe avait séquencé l'ADN de cette phalange en 2010.

À la grande surprise des chercheurs, l'«Espagnol» d'il y a 400.000 ans et le Denisovien sont proches, beaucoup plus proches que l'on pouvait s'y attendre. «Les discussions vont être vives sur les hypothèses proposées par les auteurs pour expliquer ce résultat, reconnaît Jean-Jacques Hublin. Aucune ne peut être entièrement validée à l'aune de nos connaissances. J'ai quelques préférences, comme celle de considérer qu'ils ont tous deux conservé des bribes d'un génome plus ancien. Mais il y a en­core du pain sur la planche pour le prouver.» Si on ne peut plus parler de «chaînon manquant», ce nouveau témoin clé de l'évolution de la branche Homo nous apprend que toutes les pièces du puzzle ne sont peut-être pas dans le bon ordre.

Source : Le Figaro du 04/12/2013

Paranthropus boisei : un homininé fossile plus robuste qu’on ne le pensait

Une équipe internationale de chercheurs a étudié de nouveaux ossements fossilisés d’un préhumain d’une espèce déjà connue, Paranthropus boisei. Ils ont ainsi précisé les caractéristiques de cette espèce jusqu’alors mal connue à cause du caractère fragmentaire des précédents fossiles.

Découvert lors de fouilles menées en 2010-2011 dans les gorges d’Olduvaï, en Tanzanie, haut lieu de la paléontologie humaine, ce squelette partiel d’un Paranthropus boisei adulte est une mine d’informations pour les scientifiques américains, tanzaniens et espagnols qui l’ont étudié. Il comprend en effet des os du bras, de la main, de la jambe et du pied, alors qu’on connaissait surtout, jusqu’à présent, le crâne et la mâchoire de cette espèce.

L'homininé est apparu il y a 2,3 millions d'années et descend probablement de certains australopithèques. Décrit dans la revue PLoS ONE, le nouveau fossile, qui date de 1,34 million d'années, est sans doute celui d’un des derniers représentants de l’espèce. "C'est la première fois que nous trouvons des os suggérant que cette créature - combinant locomotion terrestre bipède et certains comportements arboricoles - était bâtie de façon plus robuste que nous ne l’avions pensé".

"Elle semble avoir les muscles de l'avant-bras bien formés, utiles pour le grimper, la manipulation fine [d’objets] et toutes sortes de comportements", explique l’anthropologue Charles Musiba, de l'Université du Colorado à Denver.

Un individu très fort

La découverte permet de mieux comprendre la physiologie de cette espèce et comment elle était adaptée à la nature de son habitat. "Nous savions [déjà] quel type de nourriture elle mangeait - elle était omnivore, avec une préférence pour les aliments végétaux - mais nous savons maintenant […] comment elle se déplaçait, et [notamment] qu'elle grimpait aux arbres".

"Nous savons [aussi] qu'elle était très forte. C'est une chose sans précédent de voir combien cet individu était fort", précise le chercheur. Le squelette fossilisé sera exposé, à partir de 2014, au Musée national de Dar es Salaam, en Tanzanie, dans le cadre d'une grande exposition sur les origines de l’Homme.

"C'est une autre branche de notre arbre d'ascendance. [P. boisei] est apparu plus tard que les autres homininés, et la question est maintenant : que lui est-il arrivé ? Nous allons faire d’autres recherches sur sa biomécanique pour voir ce que cette créature pouvait faire d’autre. Plus nous trouvons de ces fossiles, plus nous en apprenons sur l'histoire de ces espèces", conclut Musiba.

Source : Maxi Sciences du 07/12/2013

jeudi 12 décembre 2013

Un ADN humain vieux de 400 000 ans livre de nouveau secrets sur l'origine de l'homme

Des chercheurs sont parvenus à reconstituer l'ADN d'un être humain vieux de 400.000 ans à partir d'un os. Cette première mondiale pourrait permettre de mieux retrouver les traces des ancêtres de l'homme. Pourtant, elle plonge un peu plus les scientifiques dans la perplexité...

Un grand pas pour l'humanité ? Enfin, c'est surtout un grand pas dans le passé ! Jusqu’à présent, le plus ancien génome humain séquencé était âgé de "seulement" 70.000 à 80.000 ans. Il appartenait à une fillette membre d'un groupe d'hominidés primitifs, les "Hommes de Denisova", proches cousins de Neandertal et de l'humain moderne.

Seulement voilà, l’ADN d’os retrouvés dans le Sima de los Huesos (le "Gouffre des os"), le plus grand gisement de fossiles humains du Pléistocène moyen vieux de 500.000 à 120.000 ans, en Espagne, a lui aussi pu être étudié. Pour cela, il aura fallu attendre que l’Allemand Matthias Meyer et son équipe d'anthropologie évolutionniste de l'Institut Max Planck, à Leipzig, mettent au point une nouvelle technique pour exploiter l’ADN d’ossements détériorés ou considérés comme trop vieux pour être analysés.

Après de nombreuses études menées sur l'ADN retrouvé sur ce site, les scientifiques se sont rendus compte que les échantillons dataient en vérité de 400.000 ans, éclipsant complétement l'ancien record.

Des os datant de Mathusalem ?

Au moins 28 squelettes d'hominidés ont été découverts par Juan-Luis Arsuaga et son équipe dans le "Gouffre des os". Ils appartiennent à des Homo heidelbergensis, bien qu'ils possèdent aussi des traits typiques des Néandertaliens. "Ce résultat inattendu indique que l'origine des Néandertaliens et des humains modernes a suivi une évolution complexe", explique Juan-Luis Arsuaga, auteur de l'étude et directeur du Centre pour la recherche sur l'évolution et le comportement humain de Madrid.

En travaillant conjointement avec le chercheur, les spécialistes allemands ont commencé, dès 2010, à tester des restes d'ours des cavernes. Ceux-ci se sont révélés être vieux de 300.000 ans. Ils se sont ensuite penchés sur le cas des ossements humains. Grâce à deux grammes de poudre d'os fémoral, ils ont pu reconstituer l'ADN mitochondrial, transmis par la mère, très utile pour retracer l'évolution d'une espèce au fil du temps. Ce sont ces résultats qui ont permis d'estimer que l'hominidé était vieux de 400.000 ans, rapporte la revue Nature.

"Nos résultats montrent que nous pouvons désormais étudier l'ADN de nos ancêtres humains vieux de centaines de milliers d'années. Cela ouvre la voie à l'analyse des gènes des ancêtres des Néandertaliens et des Denisoviens. C'est incroyablement enthousiasmant", commente Svante Pääbo, directeur de l'Institut Max Planck et expert mondialement reconnu dans ce domaine.

Un imbroglio génétique

De plus, en comparant cet échantillon unique avec celui des Néandertaliens, des Dénisoviens, des humains modernes et des autres primates, les scientifiques ont constaté que cet ADN de "l'homme de Sima", était plus que complexe. En effet, s'il partage bien des traits avec les Denisoviens, il s’en est également éloigné il y a maintenant 700.000 ans.

De quoi poser de nombreux questionnements aux scientifiques et d'ouvrir de nouvelles voies aux études génétiques de l'homme. "J'espère que de nouvelles recherches vont pouvoir clarifier les relations génétiques entre les hominidés de Sima de los Huesos d'un côté et les Néandertaliens et Denisoviens de l'autre", conclut ainsi Juan-Luis Arsuaga repris par l'AFP.

Source : Maxi Sciences du 05/12/2013

Le plus vieil ADN humain du monde a été séquencé

Vieux de 400.000 ans et récupéré sur un os découvert dans une grotte espagnole, il montre des liens génétiques étonnants entre nos lignées d'ancêtres.

Des fouilles dans la grotte de Sima de los Huesos cave en Espagne. 

PERFORMANCE. C'est un record qui vient d'être littéralement pulvérisé. Jusqu'à présent, le plus ancien génome humain séquencé jusqu'alors était âgé de "seulement" 70.000 à 80.000 ans : il appartenait à une fillette membre d'un groupe d'hominidés primitifs, les "Hommes de Denisova", proches cousins de Neandertal et de l'humain moderne, qui ont transmis certains de leurs gènes aux habitants actuels de l'Asie du sud-est, en particulier aux Papous.

A partir d'un fémur...

Mais une équipe internationale de chercheurs est parvenue à extraire et à analyser de l'ADN vieux de 400 000 ans sur un fémur trouvé dans le Sima de los Huesos (le "gouffre des os" d'Atapuerca, nord de l'Espagne). Un gisement censé abriter des ossements des formes les plus primitives d'hommes de Néandertal (dont les descendants ont colonisé l'Europe il y a 30 000 ans), voire de leur ancêtre Homo heidelbergensis.

L'analyse génétique a révélé tout autre chose. L'ADN extrait de ce vieil ossement est apparenté non pas à celui des Néandertaliens, dont les squelettes exhumés dans la grotte possèdent pourtant de nombreux traits distinctifs, mais s'avère être proche de celui des Dénisoviens. Une lignée d'hominidés plus récente qui a vécu dans le Sud-Ouest de la Sibérie.


Arbre généalogique humain.

"Ce résultat inattendu indique que l'origine des Néandertaliens et des humains modernes a suivi une évolution complexe. J'espère que de nouvelles recherches vont pouvoir clarifier les relations génétiques entre les hominidés de Sima de los Huesos d'un côté et les Néandertals et les Dénisoviens de l'autre", souligne dans un communiqué l'un des auteurs de l'étude, Juan-Luis Arsuaga, directeur du Centre pour la recherche sur l'évolution et le comportement humain de Madrid.


Le fémur vieux de 400 000 ans dont a été extrait l'ADN.

Situé à trente mètres sous la surface, saturé d'humidité et bénéficiant d'une température quasi-constante de 10,6°C, le "gouffre des os" constitue le plus grand gisement de fossiles humains du Pléistocène moyen, vieux de 500.000 à 120.000 ans environ. Outre des ossements d'animaux, il a livré au moins 28 squelettes d'hominidés mis au jour par Juan-Luis Arsuaga et son équipe.

De l'ADN extrait des mitochondries

Ces fossiles humains sont classés par les spécialistes parmi les Homo heidelbergensis, bien qu'ils possèdent aussi des traits typiques des Néandertaliens. Et jamais auparavant les chercheurs n'avaient réussi à exploiter leur ADN, beaucoup trop vieux.

Jusqu'à ce que Matthias Meyer et son équipe de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig, en Allemagne, ne développent des techniques pour exploiter l'ADN ancien fortement détérioré.

Unissant leurs forces avec Juan-Luis Arsuaga, les experts allemands ont commencé en 2010 par tester, avec succès, leur trouvaille sur des restes d'ours des cavernes trouvés sur le site de Sima de los Huesos, vieux de plus de 300.000 ans.

Ils se sont ensuite attaqués aux humains qui gisaient aux côtés de la bête. Grâce à deux grammes de poudre d'os provenant d'un fémur, ils ont pu reconstituer l'ADN de la mitochondrie, "moteur" fournissant l'énergie aux cellules.

Principal atout de cet ADN mitochondrial pour les généticiens : il existe en grande quantité (car il y a plus d'un millier de mitochondries dans une cellule). On en trouve donc de nombreuses copies, contrairement à l'ADN du noyau qui, lui, n'existe qu'en un seul exemplaire dans chaque cellule. Autre avantage de cet ADN mitochondrial : il se transmet exclusivement par la lignée maternelle, ce qui est très utile pour retracer l'évolution d'une espèce au fil du temps.

Lignées maternelles

Il ne restait dès lors plus qu'à comparer cet ADN maternel avec celui des Néandertaliens, des Dénisoviens, des humains modernes et des autres primates.

L'absence des mutations les plus récentes dans ce génome a permis d'estimer que l'hominidé avait foulé le sol espagnol voici environ 400.000 ans, indique l'étude publiée mercredi dans Nature.

Et s'il partage bien des traits avec les Dénisoviens, "l'homme de Sima" en a divergé quelque 700.000 ans avant notre ère, souligne-t-elle.

"Nos résultats montrent que nous pouvons désormais étudier l'ADN de nos ancêtres humains vieux de centaines de milliers d'années. Cela ouvre la voie à l'analyse des gènes des ancêtres des Néandertaliens et des Dénisoviens. C'est incroyablement enthousiasmant", résume Svante Pääbo, directeur de l'Institut Max Planck et mondialement connu pour ses travaux sur la génétique des hominidés.

Source : Sciences et Avenir du 05/12/2013

mercredi 11 décembre 2013

L’Homme de Denisova s'est-il hybridé avec une espèce humaine inconnue ?

Une analyse plus précise du génome de l’Homme de Denisova révèle qu’il se serait métissé avec une population humaine plus archaïque. Mais qui est donc cet inconnu mystérieux ?

Fini le temps où l’on voyait l’évolution humaine comme une succession simple et linéaire des espèces. Les nombreuses découvertes paléoanthropologiques de ces dernières décennies montrent indubitablement que cette évolution a été buissonnante, ce qui rend l’histoire (ou plutôt la préhistoire) bien plus difficile à écrire et à concevoir. Où placer l’Homme de Florès dans l’arbre évolutif humain ? Quid de l’Homme de Denisova, décrit depuis 2010 seulement ? Les exemples de situations encore floues ne manquent pas.

D’autre part, comme si cela ne suffisait pas, les différentes populations se sont même hybridées. On sait désormais qu’une petite partie de notre génome provient de l'Homme de Néandertal, et que certains ancêtres des populations mélanésiennes et aborigènes se sont unis avec les Dénisoviens, car ils doivent environ 6 % de leur ADN à ce groupe humain disparu. En résumé, la situation est confuse, et les scientifiques connaissent des difficultés à classer fermement ces populations dans des espèces réellement distinctes.

Pire encore : David Reich (université Harvard) et Svante Pääbo (Institut Max Planck) précisent lors du congrès de la Royal Society (Londres) que la vérité pourrait bien être encore plus complexe. À partir d’ADN dénisovien de grande qualité (ce qui n’avait pas été obtenu jusque-là), ils sont parvenus à déterminer que cet Homme sibérien portait en plus les traces d’un métissage avec une population humaine mystérieuse et surtout plus archaïque, qui représente environ 1 % de leur génome.

Les Dénisoviens ont les dents larges

Repartons des connaissances actuelles pour tenter de bien comprendre. Que sait-on de l’Homme de Denisova ? Pour l’heure, on estime que cette lignée humaine s’est distinguée de la nôtre voilà environ 800.000 ans (une étude très récente suggère que cela pourrait être moins ancien), tandis que celle menant aux Néandertaliens s’est séparée il y a environ 400.000 ans. La phalange et les quelques dents retrouvées dans la grotte sibérienne éponyme semblent indiquer que ces homininés présentaient des caractères plus anciens que leurs cousins disparus et que nos ancêtres directs, leurs quenottes étant relativement larges par exemple. Cette étude génétique en apporterait-elle la justification ?

La découverte place les scientifiques devant un nouveau mystère. Avec qui les Dénisoviens se sont-ils hybridés ? Est-ce un groupe jamais identifié ou bien une espèce déjà décrite ? Impossible de répondre avec fermeté, mais le débat qui a suivi l’annonce montre que les scientifiques penchent pour cette seconde hypothèse.

Les premières traces d’ADN de nos ancêtres

La piste la plus sérieuse serait celle d’Homo heidelbergensis, qui a quitté l’Afrique il y a environ un million d’années et notamment migré vers l’Asie. Des individus auraient pu se trouver sur le chemin migratoire des Dénisoviens, arrivés bien des millénaires plus tard. Homo erectus figure également parmi la liste des suspects, car il avait une aire de répartition géographique plus vaste et vivait même à Java.

Pour trancher, il faudrait retrouver des traces d’ADN de ces espèces et les comparer avec les séquences observées chez l’Homme de Denisova. Malheureusement, la performance est bien plus simple à évoquer qu’à réaliser. Alors que les Dénisoviens vivaient dans des régions froides et sèches où la molécule peut surmonter l’épreuve du temps, les fossiles de leurs cousins sont retrouvés dans des zones géographiques plus chaudes et humides, facilitant la dégradation de l’acide nucléique. Le mystère reste donc entier.

Cependant, de manière indirecte, nous disposons d’un fragment d’ADN de ce groupe humain inconnu. Une base de travail pour peut-être construire progressivement une image génétique plus précise de nos ancêtres !

Source : Futura Sciences du 22/11/2013

lundi 9 décembre 2013

mercredi 4 décembre 2013

L’homme de Néandertal avait des salles à manger, des séjours et des chambres à coucher

ARCHÉOLOGIE – Contrairement aux idées reçues, il n’habitait pas des gites immondes…

S’il vous arrive de dîner d’un plateau-repas dans votre lit ou de dormir parfois sur le sofa de votre salon, sachez que l’homme de Néandertal, lui, n’en faisait rien. Une récente fouille archéologique menée dans un abri sous-roche en Italie a mis au jour un habitat néandertalien fortement structuré.

Dans cette grotte, les archéologues ont découvert trois niveaux distincts. Le premier, le plus haut, servait à dépecer les animaux chassés, à couper la viande, à tanner les fourrures. Une sorte de cuisine en somme.

Une cuisine américaine et une cheminée dans le salon

Le second niveau, le plus large, était le lieu de vie sociale. C’est aussi là que se déroulait la confection des outils de chasse et que se trouvait le foyer. Dans un espace secondaire de niveau, les habitants mangeaient. Une sorte de cuisine américaine ouverte sur un salon, donc.

Enfin, dans le dernier niveau étaient aménagées des couchettes. La chambre à coucher, évidemment.

La grotte, située à Riparo Bombrini, a fait l’objet de plusieurs études. Pour Julien Riel-Salvatore, un des auteurs de la plus récente étude, ce site démontre que «Néandertal utilisait une forme de logique pour organiser ses espaces de vie. Si on définit l’homme moderne selon la capacité à ordonnancer les lieux de vie, alors il faut alors considérer Néandertal comme l’un d’entre eux.»

Source : 20 minutes du 03/12/2013