mercredi 15 juillet 2015

Un métissage tardif entre sapiens et néandertal en Europe

Le génome d'un homo sapiens découvert en Roumanie suggère que la première vague de peuplement de l'homme moderne en Europe s'est métissée avec les néandertaliens, mais sans que cela laisse de traces notables dans nos gènes…

Il y a entre 45 000 et 30 000 ans, Homo sapiens se répand en Europe, tandis que la lignée néandertalienne, présente depuis 300 000 ans, disparaît. Pourquoi ? La question fait couler beaucoup d'encre. Qiaomei Fu, de l’Académie des sciences chinoise et des collègues américains et européens apportent une nouvelle pierre au débat : ils ont séquencé l'ADN d'un Homo sapiens mort il y a plus de 40 000 ans en Roumanie, qui se révèle contenir deux à trois fois plus d’ADN néandertalien que chez les Eurasiens actuels !

L'individu en question, OASE 1, n'est connu que par une mandibule découverte dans la grotte roumaine de Pestera cu Oase. Cette mandibule n'est rattachée à aucun vestige culturel, car la grotte était tanière d'ours. La datation par radiocarbone de ce fossile indique un âge compris entre 37 000 et 42 000 ans. OASE 1 faisait donc partie des tous premiers hommes anatomiquement modernes arrivés en Europe. La morphologie de sa mandibule est moderne, mais certains traits suggèrent des ancêtres néandertaliens. Les fouilles qui ont suivi la découverte de la mandibule ont livré le crâne d'un autre individu, OASE 2, qui présente aussi des traits potentiellement néandertaliens.

Le séquençage de l'ADN d'OASE 1 apporte plus de précisions sur cette question du métissage entre les hommes modernes et les néandertaliens. Il ne se serait pas limité aux premiers homme modernes ayant quitté l’Afrique, mais s’est aussi produit ailleurs, et certainement en Europe. De l’ordre de 7,3 % de l’ADN d'OASE 1 était néandertalien, soit trois fois plus que chez les Eurasiens actuels (1 à 3% de nos gènes sont d'origine néandertalienne). L’étude de sept segments particulièrement longs d’ADN néandertalien représentant entre 1,6 et 6,3 % du génome d'OASE 1 montre qu’il a eu un ancêtre néandertalien seulement 4 à 6 générations avant lui. Tout aussi frappant : il est davantage apparenté aux Extrêmes orientaux et aux Amérindiens modernes qu'aux Européens actuels…

Comment interpréter ces constatations ? Une point semble désormais certain : un métissage a eu lieu en Europe. Puisque les néandertaliens disparaissent vers - 40 000 ans, ce métissage est tardif. Avec qui se produit-il ? OASE 1 était vraisemblablement membre d’une population de primo-arrivants sapiens, les porteurs de la culture aurignacienne (- 40 000 à - 28 000 ans). Les aurignaciens, fortement métissés avec les derniers néandertaliens, semblent pourtant n'avoir que que peu contribué au génome de la population européenne. Pourquoi ?

Longtemps après, une immigration massive, en provenance de Sibérie, a sans doute recouvert la nappe aurignacienne : la culture gravettienne (- 31 000 à - 22 000 ans, mais - 38 000 à l'est de l'Europe), qui succède à la culture aurignacienne et s'étend de l'Europe à la Sibérie. Ses porteurs disposent d'outils comparables à ceux des chasseurs-cueilleurs d’Amérique du Nord, assez efficaces pour permettre des populations nombreuses. Ainsi, les Gravettiens, nettement plus nombreux que les Aurignaciens mais moins métissés avec les néandertaliens, auraient recouvert la nappe aurignacienne, rendant le métissage moins signifiant génétiquement. Vers - 8 000 ans, l'arrivée depuis le Proche-Orient des agriculteurs-éleveurs, dont les ancêtres n'ont participé qu'au premier métissage néandertalien-sapiens au Proche-Orient, a sans doute achevé de rendre le métissage néandertalien-sapiens tardif peu significatif en Europe.

Source : Pour la Science du 12/07/2015

samedi 4 juillet 2015

L’homme moderne serait sorti d’Egypte

Nos ancêtres Homo sapiens ont quitté le continent africain via l’Egypte puis le Sinaï il y a 100 000 ans, selon une étude américaine.

PRÉHISTOIRE. Nos ancêtres, on ne cesse de le répéter, sont sortis d’Afrique… C’est en effet en Éthiopie que l’on trouve la trace du plus vieux membre de l’espèce Homo, daté d’il y a 2,8 millions d’années. Et c’est vers ce continent que pointent également les études de génétique qui travaillent à retracer les grandes épopées migratoires de l’humanité.

L'Égypte aurait été comme le dernier “arrêt” de nos ancêtres avant qu’ils ne se déploient partout dans le monde

Mais par où exactement ces hommes préhistoriques sont-ils passés ? Et plus précisément, quelle route a emprunté notre ancêtre direct, l'Homo Sapiens qui s’est lancé, avec un succès que l'on pourrait qualifier de meurtrier, dans la conquête de toute la planète ? « C’est via l’Egypte et le Sinaï que H. sapiens est sorti d’Afrique, entre -100 000 ans et -50 000 ans, tranche aujourd’hui le généticien Luca Pagani, de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) dans l’American Journal of Human Genetics. Son équipe a analysé des génomes de 100 Égyptiens et 125 Éthiopiens d’aujourd’hui… « Résultat : il y a une plus grande proximité génétique des génomes égyptiens avec ceux des Européens et des Asiatiques, souligne le chercheur. Cela conforte l’idée que l’Égypte aurait été comme le dernier “arrêt” de nos ancêtres avant qu’ils ne se déploient partout dans le monde » Il semble donc que "le passage nord" (voir notre carte) ait été la voie majeure empruntée par les ancêtres pour se déployer hors de leur berceau africain. L’autre hypothèse, soutenue jusqu’à présent par des archéologues, était que les migrants préhistoriques avaient suivi la "route sud", partant d’Éthiopie, empruntant les eaux peu profondes du détroit de Bab el Manded puis la péninsule Arabique pour gagner l’Asie notamment.

Source : Sciences et Avenir du 23/06/2015

mardi 23 juin 2015

Le premier métis néandertalien reconnu

Un fossile découvert en 2002 en Roumanie se révèle être l’arrière-arrière-arrière-petit-fils d’un homme de Néandertal.

CARPATES. L’ADN a levé le doute. Le jeune homme de Pestera cu Oase ("la caverne aux ossements") découvert dans une grotte des Carpates au sud-ouest de la Roumanie il y a 13 ans, et daté d'environ 40.000 ans, est bien un métis, fruit du croisement entre un Homo neanderthalensis et un Homo sapiens sapiens. Des chercheurs de l’université d’Harvard (États-Unis), de l'institut du Max-Planck (Allemagne) et de l’Académie des sciences chinoises estiment aujourd’hui "qu’il a hérité environ un dixième de son ADN et de gros morceaux de chromosomes d’un ancêtre néandertalien". Leur résultat, annoncé par la paléogénéticienne Qiamei Fu lors du dernier meeting sur la Biologie des génomes de mai 2015 à New York, et publié ce jeudi 25 juin dans Nature fait sensation. "Cette découverte est importante, car il s’agit de la première évidence directe d’un mélange récent survenu en Europe", souligne dans la revue Science le généticien Laurent Excoffier de l’université de Berne (Suisse). Elle appuie la thèse jusqu'à présent minoritaire – portée par l'anthropologue américain Erik Trinkaus de l’université de Washington (États-Unis) – selon laquelle les hommes modernes et les hommes de Neandertal se sont accouplés sur le tard en Europe, lors des quelques milliers d’années où les deux espèces ont cohabité, aux alentours de 40.000 ans.
LireNeandertal a disparu plus tôt que prévu

Jusqu’à présent, l’analyse d’ADN anciens et modernes menée par les généticiens de l’institut Max Planck à Leipzig suggérait plutôt qu’Homo neanderthalensis et Homo sapiens sapiens s’étaient "croisés" de façon marginale, il y a 150.000 à 80.000 ans au moins, au Moyen-Orient. Ces résultats bouleversent - et prolongent - donc l’histoire de la liaison entre nos deux espèces : le croisement remonterait à quatre à six générations, pas plus, avant la mort du jeune homme, il y a 40.000 ans environ selon les spécialistes.

Deux métis du paléolithique. En haut et en bas à droite, le crâne d'Oase 2, un adolescent de 15 ans. En bas à gauche, deux vues de la mandibule d'Oase 1, un jeune homme dont l'ADN a révélé les origines néandertaliennes. © Joao Zilhao/Université de Bristol.
13 ans après, l'ADN donne raison aux partisans des amours mixtes

Lors de sa découverte, en 2002, le fossile Oase 1 (voir photo), qui se résumait en tout et pour tout à une mâchoire, avait provoqué une passionnante controverse. La mandibule présentait en effet des caractères archaïques intrigants "notamment des dents de sagesse très fortes et un petit orifice sur la face interne présent chez la moitié des hommes de Néandertal", selon les paléontologues qui l’avaient analysé. Erik Trinkaus avançait alors qu’il avait peut-être découvert le premier hybride néandertalien, la preuve que les deux espèces s’étaient accouplées. A l’époque, sa démonstration n’avait guère convaincu ses confrères (lire S. et A. n° 659).

Treize ans après, l’ADN donne enfin raison à Trinkaus et aux partisans des amours mixtes entre les deux espèces. Mais ce n’est pas tout : la grotte d’Oase recelait sans doute un deuxième métis. Erik Trinkaus et son collègue Joao Zilhao, de l’université de Barcelone, y ont trouvé, puis assemblé, les morceaux d’un superbe crâne (voir photo), "portant également un mélange de traits néandertalien et moderne, impossible à expliquer autrement que par un croisement". Le tout appartenait à un adolescent de 15 ans, surnommé Oase 2 (voir photo). "Mais il est peu vraisemblable que nous lui fassions passer un test ADN à lui aussi, confie Erik Trinkaus à Sciences et Avenir. Les os ont été trop lessivés. Je ne veux pas broyer une partie du fossile pour un ADN qui a peu de chance d’être là".

Sourc : Sciences et Avenir du 22/06/2015

jeudi 4 juin 2015

Le nouvel australopithèque qui complique le portrait de famille

Cette mâchoire appartient-elle à une nouvelle espèce d’australopithèque ou s’agit-il d’une variation d’une espèce connue ? La question ne sera pas réglée de sitôt, mais elle rappelle combien il reste à apprendre sur ces ancêtres qui n’étaient plus des singes mais pas tout à fait des humains.

Une mandibule et quelques dents : c’est la découverte de l’année pour les paléontologues et la discussion qui les passionne depuis le dévoilement officiel dans Nature, le 27 mai : cette mâchoire, mise à jour en Éthiopie, est vieille de 3,3 à 3,5 millions d’années. Soit l’époque de Lucy, la plus célèbre des australopithèques, découverte en 1974 dans la même région d’Éthiopie. D’emblée, le chercheur principal, Yohannes Haile-Selassie, du Musée d’histoire naturelle de Cleveland, l’a associée à une nouvelle espèce, australopithecus deyiremeda. Les sceptiques préfèrent la laisser dans l’espèce australopithecus afarensis, celle de Lucy.

Quelle importance à ce débat d’experts ? D’abord, le fait que la «biodiversité» de l’espèce humaine - des Homo sapiens qui ont côtoyé des Néandertaliens qui ont côtoyé des Dénisoviens et sans doute d’autres encore - est peut-être de l’histoire (très) ancienne : plutôt que d’avoir une seule lignée d’hominidés qui se serait séparée des grands singes il y a six ou sept millions d’années avant de se diversifier «récemment» (en gros, dans les deux derniers millions d’années), peut-être y a-t-il eu plusieurs lignées très tôt. Auquel cas Lucy ne serait que la représentante de la lignée dite «gracile», par opposition à l’autre, parfois appelée «robuste», qui aurait conduit jusqu’à nous.

Ce n’est pas une idée nouvelle. Des ossements découverts en Afrique du Sud en 1995 font l’objet d’un débat depuis cette époque, leur découvreur, Ronald J. Clarke, de l’Université de Witwatersrand, insistant pour les rebaptiser australopithecus prometheus, là aussi une lignée «robuste». D’autres ossements de la même caverne sont censés être dévoilés bientôt. Il y a par ailleurs ce crâne de trois millions et demi d’années, découvert en 2001 au Kenya, que ses gens tiennent à appeler kenyanthropus platyops. Le mois dernier, une équipe de l’Université Stony Brook lui a attribué des outils qu’ils datent de 3,3 millions d’années.

Que ces ossements disparates (et tous incomplets) appartiennent à des lignées différentes ou non, ils n’en suggèrent pas moins des adaptations différentes à des environnements différents - et s’il fallait découvrir, un jour prochain, d’autres outils de pierre vieux de plus de 3 millions d’années, cela poserait en des termes inédits la question de la transition de la famille Australopithecus à la famille Homo - parce que l’australopithèque demeure dans une catégorie à part : pas un singe, mais pas encore un humain.

Source : Agence Science-Presse du 02/06/2015

lundi 1 juin 2015

Origine de l'Homme : découverte d'une nouvelle espèce d'australopithèque

La découverte d’une nouvelle espèce d’hominine, Australopithecus deyiremeda illustre à nouveau un phénomène que l’on a mis en évidence depuis quelques décennies avec l’arbre généalogique de l’humanité. Plusieurs espèces parmi les hominines ont coexisté et il est parfois difficile de préciser laquelle était l’ancêtre d’une autre. Cette dernière pourrait bien détrôner Lucy au titre de représentant de l’espèce ayant conduit directement au genre Homo.

Depuis quelques mois, les passionnés par les origines de l’Homme sont à la fête avec des annonces spectaculaires d’équipes d’archéologues et de paléoanthropologues. En mars 2015, on apprenait qu’il fallait repousser les origines du genre Homo d’au moins 400.000 ans suite à l’annonce d’une découverte remontant à janvier 2013. Le paléoanthropologue Éthiopien Chalachew Seyoum était tombé à l’époque sur un fragment de mâchoire inférieure fossilisée portant des dents alors qu’il participait à la campagne de fouilles de l’Arizona State University (ASU) explorent la région de Ledi-Geraru, proche d’Hadar en Éthiopie. Son étude et sa datation ont montré qu’elle appartenait à un hominine du genre Homo et qui vivait il y a entre 2,75 à 2,80 millions d’années. Il semble qu’il ne s’agissait pas d’un Homo habilis.

Plus récemment, l’archéologue française du CNRS, Sonia Harmand, qui codirige le West Turkana Archaeological Project (WTAP) a annoncé avec ses collègues qu’avaient été découverts en 2011 les plus vieux outils connus à ce jour, au Kenya cette fois-ci, non loin du lac Turkana. Âgés d’environ 3,3 millions d’années, il ne semble pas possible de les attribuer à des membres du genre Homo mais il était tentant d’y voir la trace d’une industrie lithique propre à Australopithecus afarensis, un hominine rendu célèbre par la découverte de Lucy dont l’espèce vivait précisément dans la région, il y a entre 3,8 et 2,9 millions d’années.



Trois ancêtres potentiels directs pour Homo

Mais un autre préhumain potentiel pouvait aussi faire l’affaire, Kenyanthropus platyops. Ses restes fossilisés, plus précisément un crâne, ont en effet été déterrés en 1999 non loin du site de Lomekwi 3 où les membres du WTAP ont fait leur extraordinaire découverte. Il existe cependant des polémiques quant à l’interprétation de ces restes âgés d’environ 3,5 à 3,2 millions d’années. Pour certains chercheurs, il pourrait s’agir simplement d’un spécimen d’Australopithecus afarensis dont le crâne est déformé. Mais pour d’autres ce crâne évoque plutôt celui d’Homo rudolfensis qui avec Homo habilis fait partie des tout premiers représentants du genre Homo, Kenyanthropus platyops est peut-être même un ancêtre direct de celui-ci. Si tel est le cas, il se pourrait bien qu’Australopithecus afarensis ne soit pas vraiment à l’origine de l’espèce humaine.

Or voilà que d’autres paléoanthropologues viennent encore de compliquer l’arbre généalogique en ce qui concerne les ancêtres directes d’Homo dans une publication du journal Nature.

Une équipe internationale dirigée par Yohannes Haile-Selassie du Muséum d’histoire naturelle de Cleveland annonce en effet qu’a été découvert une autre espèce d’australopithèque qui côtoyait celle de Lucy en Éthiopie, il y a entre 3,5 et 3,3 millions d’années. Elle a été baptisée Australopithecus deyiremeda, deyiremeda signifiant « proche parent » en langue afar, une peuplade vivant en Éthiopie et à Djibouti.

Les fragments de mâchoires et quelques dents, appartenant à au moins deux individus de cette nouvelle espèce, ont été découverts en 2011, à 35 km de distance seulement du lieu où vers la fin de l’année 1974, une équipe d’une trentaine de chercheurs éthiopiens, américains et français codirigée par Donald Johanson (paléoanthropologie), Maurice Taieb (géologie) et Yves Coppens (paléontologie) a effectué les fouilles ayant conduit à la découverte de Lucy.

Un arbre généalogique complexe pour les hominines

Haile-Selassie n’hésite pas à affirmer avec ses collègues que : « Cette nouvelle espèce est une autre confirmation que celle de Lucy, Australopithecus afarensis, n’était pas la seule ancêtre potentielle de l’Homme habitant ce qui est maintenant la région de l’Afar en Éthiopie pendant le Pliocène moyen. L’étude des fossiles trouvés sur le site de Woranso-Mille montre clairement qu’il y avait au moins deux, et peut-être trois espèces de préhumains vivant à la même époque et géographiquement proche les unes des autres. Cette nouvelle espèce trouvée en Éthiopie place le débat en cours sur la diversité des préhumains à un autre niveau » et le chercheur ajoute que « certains de nos collègues vont être sceptiques en ce qui concerne cette nouvelle espèce, ce qui n’est pas inhabituel. Toutefois, je pense qu’il est temps que nous regardions les premières phases de notre évolution avec un esprit ouvert et que nous examinions soigneusement les preuves fossiles à notre disposition plutôt qu’en les rejetant immédiatement quand elles ne se conforment pas à nos préjugés ».

Source : Futura Sciences du 31/05/2015

dimanche 31 mai 2015

Le plus vieux meurtre du monde découvert en Espagne

En retrouvant un crâne humain fracturé vieux de 430.000 ans, des chercheurs espagnols ont conclu qu'il s'agissait d'un meurtre, le plus ancien connu à ce jour.

Voici un assassinat dont la justice ne se saisira pas. Mais des scientifiques espagnols ont étudié ce fossile de crâne découvert au fond d'une grotte, au nord de l'Espagne. Un morceau de squelette qui montre des signes révélateurs d'une attaque meurtrière: deux fractures ont été donné avec la même arme, d'après une étude publiée dans la revue scientifique Plos One. Le crâne, appartenant à un membre de la lignée primitive de Neandertal, a été retrouvé dans la Sima de los Huesos («Grotte des Os»), située sur le site préhistorique d'Atapuerca, en Espagne, qui contient les restes d'au moins 28 personnes. Ce site est donc très prisé des chercheurs pour tenter de démêler l'histoire de l'origine humaine. Ce lieu funéraire est étudié depuis plus de trois décennies mais en 2013, un ADN a été extrait d'un os conservé, ce qui conduit certains experts à suggérer que les habitants de cette grotte ont été les premiers représentants de la lignée de Neanderthal.

Un acte intentionnel

«Cranium 17» est composé de 52 fragments d'os, avec un squelette facial et une dentition complète qui appartiennent à un jeune adulte, d'après Juan Luis Arsuaga, professeur de paléontologie à l'Université Complutense de Madrid et principal auteur de ces travaux. Mais on ignore encore s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. «Nous avons examiné les os au microscope et utilisé la tomodensitométrie», déclare le paléontologue. Les chercheurs ont observés les blessures de près de deux centimètres de large en utilisant des méthodes médico-légales comme celles employées par la police.

Leur reconstitution virtuelle a montré que les deux fractures clairement visibles, au-dessus de l'œil gauche, sont presque identiques, ce qui suggère fortement qu'elles ont été causées par le même objet. «Basé sur les similitudes de formes et de taille des blessures, nous croyons que le résultat des coups répétés avec le même objet et infligés par une autre personne, était sûrement une rencontre en face-à-face», explique Nohemi Sala, chercheuse à l'Université Complutense de Madrid qui déclare aussi que l'arme était peut-être une lance en bois, une pointe de lance en pierre ou un pierre biface. «Le crâne indique qu'il n'y a pas eu de cicatrisation, ce qui prouve que la personne est décédée par la suite», indique Marylène Patou-Mathis, préhistorienne au Muséum national d'Histoire naturelle (MHNN) et directrice de recherche au CNRS. «Les deux blessures identiques de cet Homo erectus montrent que les coups étaient intentionnels», ajoute-t-elle.

Le crâne a été déposé volontairement


Cependant, le motif précis du décès et le meurtrier ont peu de chances d'être connus un jour. «Malheureusement, il est impossible d'interpréter la motivation de l'assassinat. Même Sherlock Holmes ne peut pas nous aider», déclare Nohemi Sala. «Il faut cependant faire attention avec le mot meurtre, c'est peut-être une querelle interpersonnelle qui a mal tourné», confie Marylène Patou-Mathis. Cette affaire, vieille de 430.000 ans, est sûrement le meurtre mystérieux le plus vieux du monde.

Les scientifiques disent que l'étude fournit la preuve macabre que la violence est une partie intrinsèque de la culture humaine. Homo sapiens ne peut donc clamer le monopole de la violence. «Ils sont comme nous finalement», déclare Marylène Patou-Mathis. Cependant, la préhistorienne assure que la violence était rare à cette époque prénéandertalienne, car pour se reproduire, il fallait une bonne entente et des échanges entre les hommes. «Ce qui est le plus intriguant, c'est que le crâne a été déposé volontairement sans le reste du corps, comme un rituel. Ce n'est pas anodin», poursuit-elle.

Source : Le Figaro du 29/05/2015

vendredi 29 mai 2015

Découverte d’un nouvel australopithèque en Ethiopie

Le passé des hominidés est décidément foisonnant de diversité : la découverte d’un nouvel australopithèque, Australopithecus deyiremeda, vient d’être annoncée dans la revue Nature du jeudi 28 mai. Vieux de 3,4 millions d’années, il vivait en Ethiopie à la même époque que les australopithèques de l’espèce afarensis, dont la célèbre Lucy, mise au jour à 35 km de distance seulement. Mais il était aussi le quasi contemporain de plusieurs autres hominidés peuplant alors l’Afrique.

Le nouveau venu a été découvert en mars 2011 par l’équipe de Yohannes Haile-Selassie (Muséum d’histoire naturelle de Cleveland, université Case Western Reserve), dans la région de l’Afar, à quelques centaines de kilomètres au nord-est d’Addis Abebba. Il n’est connu que par des fragments de mâchoires et quelques dents, appartenant à au moins deux individus, qui émergeaient à la surface du sol.



Pour Yohannes Haile-Selassie et ses collègues, la morphologie de ces ossements les rattache au genre des australopithèques, mais permet de définir une espèce nouvelle, baptisée deyiremeda, signifiant « proche parent », en langue afar.
Un tableau de famille compliqué

Sa découverte va, de fait, compliquer un peu plus le tableau de famille des hominidés à cette époque, le pliocène moyen. Qu’on en juge : on connaissait déjà Lucy et ses semblables, les Australopithecus afarensis, descendants supposés d’Australopithecus anamensis. Mais il y avait aussi Australopithecus bahrelghazali, découvert par l’équipe du Français Michel Brunet, au Tchad, en 1996. Surnommé Abel et vieux de 3,6 millions d’années, il est connu grâce à une mâchoire inférieure partielle. Et encore Kenyanthropus platyops, un crâne de 3,4 millions d’années découvert en 2001 sur le site de Lomekwi – à 1 kilomètre seulement d’un lieu où ont tout récemment été mis au jour les plus anciens outils de pierre connus, vieux quant à eux d’environ 3,3 millions d’années.

Il faut compter à la même époque avec un pied découvert lui aussi en Ethiopie, en 2012, par l’équipe de Haile-Selassie, daté à 3,4 millions d’années. « Malheureusement, écrit le chercheur, ces ossements et ceux d’Australopithecus deyiremeda, trouvés sur le même site, ne sont pas clairement associés », si bien que le pied solitaire n’a pas encore trouvé son propriétaire légitime !
« Il y a désormais une preuve indiscutable que plusieurs espèces d’hominidés ont vécu au même moment en Afrique de l’Est »

Les branches de notre arbre généalogique se chargent donc régulièrement de nouveaux arrivants, sans que la position des uns par rapport aux autres soit bien claire. Lucy, que le grand public considère souvent comme notre ancêtre directe – ce dont la plupart des paléontologues doutent – se voit plus encore reléguée par ce nouveau cousin sur un rameau mort. Quoi qu’il en soit, insistent Haile-Selassie et ses collègues, « il y a désormais une preuve indiscutable que plusieurs espèces d’hominidés ont vécu au même moment en Afrique de l’Est », et ce avec une grande proximité géographique.

Comment expliquer une telle diversité d’animaux très proches sur le plan morphologique, dans un écosystème commun ? « Une séparation des niches écologiques, impliquant une diversité des préférences alimentaires, des stratégies de recherche de nourriture, de choix d’habitat et de mouvements de population, sera probablement un facteur-clé », répond Fred Spoor (University College de Londres) dans un article de commentaire.
Retourner sur le terrain

Mais faire le lien entre ces caractéristiques et les différences morphologiques ou moléculaires observées sur les fossiles risque d’être délicat, admet-il. A moins que l’on ne parvienne à identifier le fabriquant des premiers outils de pierre kényans – la maîtrise d’une telle technologie ayant sans doute conféré à ses inventeurs un avantage décisif pour le charognage et l’alimentation carnée. Mais là encore, les débats risquent d’être vifs entre paléontologues. Seule solution : « retourner sur le terrain, pour trouver de nouveaux fossiles », concluent Haile-Selassie et ses collègues.

Source : Le Monde du 27/05/2015

vendredi 22 mai 2015

Et si les premiers outils n'étaient pas l'oeuvre du genre humain ?

Des chercheurs ont découvert les pierres taillées les plus vieilles du monde, façonnées il y a 3,3 millions d'années. Une date qui change tout ! Interview.

C’est une découverte majeure dévoilée aujourd’hui dans la célèbre revue Nature . Une équipe scientifique franco-américano-kenyane a mis au jour des pierres taillées bien plus anciennes que tout ce qui était connu jusqu’ici. De quoi remettre potentiellement en cause la paternité des premiers outils taillés dans la pierre et ainsi bouleverser peut-être l’histoire des hominidés. Hélène Roche, directrice de recherche émérite au CNRS et coauteur de ces travaux, nous explique cette découverte en détail.


Le Point.fr : À quoi ressemblent les lieux où ces outils ont été retrouvés ?

Hélène Roche : Ces objets ont été mis au jour tout à fait au nord du Kenya, sur la rive ouest du lac Turkana. Une région semi-aride, désertique, où l’on trouve des formations sédimentaires, c’est-à-dire des empilements de couches de sédiments permettant de remonter dans le temps. C’est un lieu exceptionnel, riche des dizaines de sites archéologiques qui s’échelonnent, à présent, avec la découverte de celui où ont été retrouvés ces outils, de - 3,3 millions d’années à - 700 000 ans. Les sédiments permettent de faire défiler véritablement toute la séquence, ce qui est quelque chose d’absolument unique au monde.

De quel type d ’outils parle-t-on et comment parvient-on à savoir qu ’ils ont été façonnés par la main d ’un être, quel qu ’il soit ?

Il n’y a aucune ambiguïté sur ce point, car nous avons retrouvé, à la fois, les éclats tranchants, les gros blocs de pierre desquels ils ont été prélevés ainsi que les percuteurs et les enclumes (toujours en pierre, NDLR) qui ont servi à les fabriquer. De plus, ce sont, au fond, des outils assez similaires à ceux que l’on retrouve plus tard, possiblement destinés à débiter de la viande.

Comment avez-vous pu déterminer leur âge ?

En réalité, on ne date pas les outils eux-mêmes mais les sédiments dans lesquels ils sont enfouis. Dans le Turkana, comme dans toute cette région de la vallée du Grand Rift, extrêmement active en particulier à l’époque où ont été façonnés ces outils, il y a, mêlées aux sédiments, des cendres volcaniques qui nous permettent de dater les différentes couches. Par ailleurs, on se sert également de ce que l’on appelle la magnétostratigraphie, une technique qui repose sur une sorte d’échelle, de chronologie, basée sur le fait que la Terre connaît régulièrement des inversions de ses pôles magnétiques. Et ces deux techniques donnent le même résultat : ce site date bien d’il y a 3,3 millions d’années.

En quoi est-ce une révolution ?


C’est une révolution à deux titres. D’abord, simplement par l’âge de ces outils qui ont pas moins de 700 000 ans de plus que les plus anciens découverts avant eux, en Éthiopie, datés de 2,6 millions d’années. Quant au Turkana, nous n’avions jusqu’ici mis au jour que des sites datant de 2,3 millions d'années, soit un bond d’un million d’années en arrière. C’est fabuleux ! Le deuxième élément qui est très intéressant, c’est qu’à cette époque il n’y a pas, à notre connaissance, d’hominidés apparentés au genre humain. Ainsi, alors qu’une bonne partie de la communauté scientifique attribuait jusqu'ici la fabrication d’outils aux seuls «homo», ces objets auraient été taillés par d’autres espèces, vraisemblablement de genre australopithèque. Je suis, depuis très longtemps, persuadé que d’autres espèces d’hominidés appartenant à d’autres genres que le genre humain ont très bien pu parvenir à tailler des outils. C’en est la confirmation. Néanmoins, je m’attends à ce que, très vite, certains affirment qu’ils sont probablement l’œuvre d’ancêtres inconnus de la lignée du genre humain…

Dans les espèces déjà connues, y a-t-il des candidats possibles ?

Il y a une dizaine d’années, dans les mêmes sédiments, datant de la même époque et très près géographiquement de l’endroit où nous avons trouvé ces objets, des collègues paléoanthropologues ont effectivement retrouvé les restes d’un australopithèque baptisé Kenyanthropus platyops, parfois rattaché au genre Australopithecus afarensis, dont fait partie Lucie que nous connaissons tous. Cependant, nous ne pouvons absolument pas dire que ce sont des individus de ce genre qui ont taillé ces outils, seulement qu’ils vivaient au même endroit, au même moment. Mais, à moins de retrouver un fossile d’hominidé une pierre à la main (rires), la preuve est vraiment difficile à apporter.

Pensez-vous tout de même réussir à en savoir plus ?

Bien sûr. D’ailleurs, depuis cette découverte qui remonte maintenant à plus de trois ans, nous avons continué de travailler. Nous avons trouvé d’autres outils qui ne sont pas décrits dans l’article publié aujourd’hui et nous savons qu’il y a d’autres sites à proximité. Il va falloir continuer d’explorer les sédiments de cette période pour accumuler d’autres informations. Nous pouvons également chercher dans des zones où il y a des sédiments un peu plus anciens. Toutefois, je ne pense pas que l’on puisse faire un bond similaire et reculer les premiers outils d’encore plusieurs centaines de milliers d’années. Je pense que l’on s’approche désormais au plus près de l’origine de la taille de la pierre. Car, d’une part, je ne crois pas que des hominidés beaucoup plus anciens aient pu avoir cette habileté, d'autre part, parce que les gestes techniques qui ont permis de produire ses outils peuvent sembler, par certains côtés, assez proches de la manière dont de grands singes, comme les chimpanzés, parviennent à casser les fruits trop durs avec des pierres, par percussion...

Source : Le Point du 21/05/2015

jeudi 21 mai 2015

Les plus anciens outils de pierre découverts au Kenya

Le scénario favori des archéologues concernant l’apparition des premiers outils avait survécu à bien des vicissitudes. Il vient d’être mis à mal par un article très attendu de la revue Nature, jeudi 21 mai, qui décrit la découverte au Kenya, par une équipe conduite par l’archéologue française Sonia Harmand, des plus anciennes pierres taillées, datées à 3,3 millions d’années avant notre ère – soit un bond dans le passé de quelque 700 000 ans ! Un passé où le genre humain n’était pas encore de ce monde.

Jusqu’ici, pour les outils, tout commençait il y a entre 3 et 2 millions d’années. C’est l’époque où, selon les spécialistes, les routes des australopithèques − la famille de « Lucy » − se séparent. Le gros de la troupe disparaît ou évolue vers des espèces plus robustes, aux mâchoires puissantes, les paranthropes, éteints il y a environ un million d’années. Quant au reste, il donne naissance au genre humain.

Cette lignée, le genre Homo, aurait alors quitté définitivement les arbres pour devenir, de plus en plus, un fabricant d’outils. C’est en effet à peu près en même temps qu’apparaissaient les premiers fossiles humains et les plus anciens outils connus jusqu’à présent, âgés de 2,6 millions d’années, en Ethiopie. Réalisés en retirant des éclats de pierre à des blocs ou des galets, ces derniers servaient sans doute, entre autres, à dépecer des proies ou des charognes. C’est ce qu’indiquent des os d’animaux striés par quelque chose de tranchant, qui apparaissent peu de temps après, également en Éthiopie.

L’archéologue Sonia Harmand avait une idée derrière la tête : « Et s’il existait des sites encore plus vieux que Lokalalei au Kenya ? »

Curieusement, les premiers tailleurs d’outils semblaient déjà assez expérimentés. C’est ce que montraient, en 1999, les travaux de l’équipe d’Hélène Roche, du CNRS, sur le site de « Lokalalei 2C », au Kenya. Prenant sa retraite en 2011, cette dernière confie alors la responsabilité de la mission à son ancienne élève Sonia Harmand (CNRS, université Stony Brook, New York).

Celle-ci a une idée derrière la tête. « Et s’il existait des sites encore plus vieux que celui de Lokalalei, au Kenya ? » Consultés, des géologues indiquent qu’il y a bien dans la même région des sédiments anciens, d’au moins 2,7 millions d’années. S’ils contenaient des outils, ceux-ci seraient donc les plus vieux du monde − d’une courte tête. Alors Sonia Harmand demande puis obtient une bourse, et monte une équipe.

À l’été 2011, l’expédition est prête et se dirige vers la zone. « On est partis à plusieurs voitures, et le 9 juillet, on s’est perdus. » Les cartes géologiques et les repérages préalables sur les images satellites n’ont pas été d’un grand secours : dans ce désert de cailloux, de broussailles et d’acacias, il n’y a pas beaucoup de points de repère. « L’endroit où nous étions arrivés était assez inhabituel. Nous sommes montés sur un petit promontoire pour essayer de voir où nous nous trouvions. Là-haut, il y avait une vue assez incroyable sur une sorte de cirque. Alors j’ai proposé de prospecter la zone. »

L’équipe, munie de talkies-walkies, se disperse. Mais à peine quelques minutes plus tard, son mari, qui participe à la mission, l’appelle. « Il m’a dit : “Il faudrait que tu viennes voir, un des prospecteurs a repéré des choses intéressantes.” Quand je suis arrivée, j’ai tout de suite vu de curieuses grosses pierres », raconte-t-elle. Elle commence à ficher près de l’une d’entre elles un de ces petits drapeaux qu’utilisent les archéologues pour signaler les pièces intéressantes lors des prospections. Mais bientôt, le doute n’est plus permis : la zone se couvre de drapeaux. Elle appelle alors le reste de l’équipe.

Les géologues confirment que les sédiments où se trouvent les pierres sont bien ces couches anciennes que recherchait l’équipe. Plus tard, la fouille du site, appelé « Lomekwi 3 », montrera que pierres et sédiments sont bien contemporains. Au total, après plusieurs missions, les archéologues ont collecté plus d’une centaine de ces pierres qui « semblent bien avoir été taillées intentionnellement », selon Dietrich Stout, de l’université Emory, aux États-Unis. Les hominidés utilisaient pour cela deux méthodes simples, avec une pierre servant d’enclume.

Ces outils ne ressemblent pas du tout à ceux que connaissaient les archéologues pour les époques anciennes, car ceux-ci dépassent rarement une dizaine de centimètres. Or à Lomekwi, plusieurs blocs flirtent allègrement avec les trente centimètres, le plus lourd atteignant quinze kilos.

De très vieux outils, donc, mais de quel âge exactement ? Et c’est là que les datations prennent tout le monde de court. Les pierres taillées remontent en fait à 3,3 millions d’années, et non 2,7 comme le pensaient initialement les géologues. Ce sont bien, de loin, les plus vieux outils du monde. Ce sont aussi les plus anciennes traces d’une activité de type humain. Le plus vieux site archéologique, en somme.

Sauf que tout cela se place 500 000 ans avant l’apparition des premiers humains. Alors, qui a fabriqué ces outils ? Les membres du genre Homo, qui n’apparaissent qu’il y a 2,8 millions d’années, semblent pour le moment exclus. Il peut s’agir des australopithèques, dont plusieurs fossiles sont connus pour cette période, mais en Éthiopie.

Reste encore un autre candidat, qui n’est pas le moins intéressant. Car en se perdant, l’équipe est tombée à seulement un kilomètre du site d’une autre découverte, faite dix ans plus tôt. C’est celle d’un fossile qui date à peu près de la même époque, entre 3,2 et 3,5 millions d’années. Une sorte de franc-tireur de la paléoanthropologie : le « kenyanthrope ». Il n’est représenté que par un seul fossile, un crâne au visage relativement plat. Ne sachant pas bien où le ranger, les paléoanthropologues lui ont créé un nouveau genre, ce que certains de leurs collègues contestent.

Quoi qu’il en soit, les humains ne sont sans doute pas les premiers inventeurs des outils. Les australopithèques ou les kenyanthropes étaient capables d’en concevoir. Leurs outils sont rudimentaires, mais cela tient sans doute plus à leur anatomie qu’à leurs capacités cognitives. « Quand on essaie d’apprendre aux bonobos à tailler des pierres comme cela se faisait il y a 2,5 millions d’années, explique Dietrich Stout, ils refusent, préférant utiliser des méthodes plus simples, similaires à celles de Lomekwi. » Leur pouce n’est en effet pas assez robuste. Ce qui était sans doute le cas des hominidés de Lomekwi, même si leur préhension était sans doute meilleure, d’après les études sur les australopithèques.

Source : Le Monde du 20/05/2015

mercredi 20 mai 2015

Ce sont les plus vieux outils humains jamais retrouvés : des pierres taillées de 3,3 millions d'années mises au jour au Kenya

La découverte d'outils humains vieux de 3,3 millions années, annoncée dans la revue "Nature" mercredi, révolutionne les connaissances sur l'évolution humaine en prouvant que nos ancêtres les fabriquaient plus tôt que ce que l'on pensait.

La découverte, faite à l'ouest du lac Turkana au Kenya, recule de 700.000 ans l'apparition des premiers outils de pierre taillée. A ce jour, les plus anciens instruments dataient de 2,5 millions d'années et avaient été découverts sur le site de Gona en Ethiopie.

"Alors que la communauté scientifique a longtemps supposé que les premiers outils de pierre avaient été fabriqués par le genre Homo, notre découverte montre qu'un autre genre d'hominidé, peut-être une forme d'australopithèque plus ancienne, avait déjà toutes les capacités cognitives et motrices nécessaires à la fabrication d'outils", explique Sonia Harmand, de l'université Stony Brook, chargée de recherche au CNRS.

"Notre découverte réfute l'hypothèse de longue date selon laquelle Homo habilis a été le premier fabricant d'outils", poursuit la chercheuse française, qui codirige le West Turkana Archaeological Projet.

Ces nouveaux instruments mis au jour sont en majorité des blocs de lave, lourds et volumineux servant d'enclume, des percuteurs, des éclats ou des nucléus (des blocs de pierre débités pour produire des éclats ou des lames).

Source : L'Obs du 20/05/2015