Des plantes céréalières pourraient avoir été cultivées dès moins 23.000 ans, en Israël, reportant de 11.000 ans les prémices de l’agriculture.
MILLÉNAIRES. C’est sur les rives du lac de Tibériade, en Galilée, dans le nord d’Israël, que les hommes auraient, pour la première fois, tenté de cultiver des céréales sauvages il y a 23.000 ans… soit 11.000 ans plus tôt que ne le pensaient jusqu’à lors les archéologues ! Un bon impressionnant dans le temps qui fait reculer de façon spectaculaire l’apparition de l’agriculture… et qui vaudra sans doute la révision de tous les manuels de préhistoire si cette découverte était confirmée.
Le Croissant Fertile au Moyen Orient, a toujours été considéré comme le "berceau de la civilisation". C’est là en effet, au Levant, quelque part entre l’actuelle Turquie, la Syrie, l’Irak et Israël que nos ancêtres chasseurs-cueilleurs se sont sédentarisés et où sont apparues les premières grandes communautés agricoles, qui ont conduit à ce que les chercheurs appellent la "révolution néolithique" il y a environ 12.000 ans. Mais en fouillant un ancien campement préhistorique de chasseurs-cueilleurs-pécheurs (Ohalo II), un groupe d’archéologues et de botanistes des universités de Bar-Ilan, Haïfa, Tel-Aviv, Ben Gourion (Israël) et de Harvard (Etats-Unis) ont découvert des vestiges d’orge et de blé cultivés il y a 23 000 ans, comme le rapporte la revue PLOS One.
De quoi remettre toute la chronologie en question… Plusieurs campagnes de fouilles archéologiques menées dans cette région par Dani Nadel, de l’Université d’Haïfa (Israël) y ont en effet mis au jour six abris, une tombe, une importante collection de restes d’animaux, des parures de coquillages, des outils de pierre taillés - dont des lames de faucilles parmi les plus anciennes trouvées à ce jour - et surtout des vestiges de nombreuses plantes comestibles. Ce site, découvert en 1989 à 9 km au sud de l’actuelle ville de Tibériade, avait été mis au jour lors d’une baisse significative du niveau des eaux du lac au cours d’un grave épisode de sécheresse.
Selon le Professeur Ehud Weiss, de l’université Bar Ilan, un des auteurs de la publication, ces restes organiques ont été conservés dans un état exceptionnel, car ils ont été brûlés et scellés par les sédiments lacustres. C’est ainsi que plus de 140 espèces de plantes ont pu être identifiées parmi les milliers de vestiges végétaux recueillis. Une aubaine pour les scientifiques, qui ont pu alors étudier la façon dont ces céréales avaient été semées, récoltées et utilisées. Parmi celles-ci figuraient de nombreuses graines d’amidonnier sauvage (un ancêtre du blé, Triticum), de l’avoine et de l’orge. La présence sur le site d’une meule rudimentaire montre que certains grains ont été broyés pour faire de la farine.
MAUVAISES HERBES. Parmi les céréales étudiées se trouvaient également 13 "proto-mauvaises herbes", ces plantes adventices ancêtres des mauvaises herbes actuelles. Particularité : Elles prospèrent uniquement dans des champs où des plantes sont cultivées, ce qui est pour les botanistes un indice supplémentaire de culture céréalière ayant entraîné une perturbation humaine de l’écosystème naturel environnant Ohalo II.
Une découverte "unique"
Cela signifie-t-il pour autant que l’agriculture a débuté il y a 23.000 ans ?Pour les chercheurs, il convient de rester prudent. "Ce qui a été découvert à Ohalo II est pour l’instant unique, précise Georges Willcox, archéobotaniste, directeur de recherche au CNRS, (Laboratoire Archéorient), spécialiste des restes végétaux du début du Néolithique (entre 11 500 et 10 000 ans avant notre ère). Il s’agit de premières tentatives de cultures de plantes par de petites communautés". L’agriculture à grande échelle se serait bien développée beaucoup plus tard, vers 11 000 ans. Cette invention (avec l’élevage) a modifié tous les comportements humains et a été un des événements les plus décisifs de l’histoire de l’humanité, l’homme commençant alors pour la première fois à vouloir dominer la nature.
Source : Sciences et Avenir du 28/07/2015
jeudi 30 juillet 2015
mercredi 29 juillet 2015
Une dent humaine de 560 000 ans découverte dans les Pyrénées
Selon les archéologues français qui ont trouvé la dent à Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales, il s'agit d'une découverte majeure
De jeunes archéologues bénévoles français ont découvert la semaine dernière à Tautavel (Pyrénées-Orientales) une dent humaine de 560 000 ans. Soit 100 000 ans plus vieille que le célèbre Homme de Tautavel.
"Une grosse dent d'adulte - d'homme ou de femme, on ne peut pas le dire - a été trouvée pendant des fouilles dans un niveau de sol dont on sait qu'il remonte à 550 000 ans, parce qu'on a utilisé de nombreuses méthodes de datation différentes", a expliqué mardi la paléoanthropologue Amélie Viallet. "C'est une découverte majeure parce qu'on a très peu de fossiles humains à cette période-là en Europe", a-t-elle commenté.
Une pièce du puzzle "Néandertal"
"C'est une pièce du puzzle qui nous manquait pour contribuer à répondre à la question cruciale : est-ce que l'homme de Néandertal, à 120 000 ans, provient d'une lignée unique ?", a ajouté la paléoanthropologue qui travaille au centre de recherches de Tautavel et est également maître de conférence au Muséum naturel d'histoire à Paris.
La trouvaille a été faite dans la grotte ou "caune" de l'Arago, près du village de Tautavel, à 34 km au nord-ouest de Perpignan, considérée comme un poste d'observation idéal pour les chasseurs de la Préhistoire. Il s'agit de l'un des plus importants gisements préhistoriques du monde.
Sur ce site - fouillé depuis 50 ans par des milliers de bénévoles du monde entier -, plus de 140 restes de squelette de "l'homme de Tautavel", à 450 000 ans, avaient déjà été découverts.
Selon le Midi Libre, jeudi après-midi, la dent humaine a été découverte par deux jeunes bénévoles français, Camille, adolescente de 16 ans, et Valentin, âgé d'une vingtaine d'années, qui travaillent au pinceau sur un carré de fouilles.
Un débat qui fait rage
Cette dent et celle découverte l'an dernier sont "des éléments extrêmement importants car on se rapproche de l'origine de l'espèce", a déclaré de son côté Tony Chevalier. Elles vont "contribuer à éclaircir un peu le débat" qui fait actuellement rage sur l'Homo Heidelbergensis, l'ancêtre de l'Homme de Néandertal, explique cet expert de l'Université de Perpignan. "L'Homo Heidelbergensis est-il simplement européen ou également africain ? C'est un débat très important" auquel contribue Tautavel, ajoute-t-il.
La dent retrouvée la semaine dernière "rappelle ce qu'on a déjà sur l'espèce et qui date de 450 000 ans". "Donc, on peut dire que cette espèce se prolonge dans le temps. Si on trouve une mandibule entière, on pourra dire s'il y a eu une évolution ou non", explique-t-il, anticipant d'autres découvertes à venir.
Le site de fouilles de Tautavel n'a en effet pas fini de livrer ses secrets. "On a l'espoir de trouver d'autres restes. A Tautavel, on a une présence humaine qui va probablement jusqu'à 690 000 ans, ce qui dépasse l'origine de l'espèce", l'Homo Heidelbergensis remontant entre 600 et 650 000 ans, selon lui.
L'expert n'a qu'un regret : que la dent retrouvée soit une incisive inférieure. "Ce n'est pas l'élément le plus important. Ce sont des dents très simples et avec peu de caractéristiques. Si nous avions eu une prémolaire ou une molaire, on aurait eu plus d'informations sur l'espèce".
Source : Sud-Ouest du 28/07/2015
De jeunes archéologues bénévoles français ont découvert la semaine dernière à Tautavel (Pyrénées-Orientales) une dent humaine de 560 000 ans. Soit 100 000 ans plus vieille que le célèbre Homme de Tautavel.
"Une grosse dent d'adulte - d'homme ou de femme, on ne peut pas le dire - a été trouvée pendant des fouilles dans un niveau de sol dont on sait qu'il remonte à 550 000 ans, parce qu'on a utilisé de nombreuses méthodes de datation différentes", a expliqué mardi la paléoanthropologue Amélie Viallet. "C'est une découverte majeure parce qu'on a très peu de fossiles humains à cette période-là en Europe", a-t-elle commenté.
Une pièce du puzzle "Néandertal"
"C'est une pièce du puzzle qui nous manquait pour contribuer à répondre à la question cruciale : est-ce que l'homme de Néandertal, à 120 000 ans, provient d'une lignée unique ?", a ajouté la paléoanthropologue qui travaille au centre de recherches de Tautavel et est également maître de conférence au Muséum naturel d'histoire à Paris.
La trouvaille a été faite dans la grotte ou "caune" de l'Arago, près du village de Tautavel, à 34 km au nord-ouest de Perpignan, considérée comme un poste d'observation idéal pour les chasseurs de la Préhistoire. Il s'agit de l'un des plus importants gisements préhistoriques du monde.
Sur ce site - fouillé depuis 50 ans par des milliers de bénévoles du monde entier -, plus de 140 restes de squelette de "l'homme de Tautavel", à 450 000 ans, avaient déjà été découverts.
Selon le Midi Libre, jeudi après-midi, la dent humaine a été découverte par deux jeunes bénévoles français, Camille, adolescente de 16 ans, et Valentin, âgé d'une vingtaine d'années, qui travaillent au pinceau sur un carré de fouilles.
Un débat qui fait rage
Cette dent et celle découverte l'an dernier sont "des éléments extrêmement importants car on se rapproche de l'origine de l'espèce", a déclaré de son côté Tony Chevalier. Elles vont "contribuer à éclaircir un peu le débat" qui fait actuellement rage sur l'Homo Heidelbergensis, l'ancêtre de l'Homme de Néandertal, explique cet expert de l'Université de Perpignan. "L'Homo Heidelbergensis est-il simplement européen ou également africain ? C'est un débat très important" auquel contribue Tautavel, ajoute-t-il.
La dent retrouvée la semaine dernière "rappelle ce qu'on a déjà sur l'espèce et qui date de 450 000 ans". "Donc, on peut dire que cette espèce se prolonge dans le temps. Si on trouve une mandibule entière, on pourra dire s'il y a eu une évolution ou non", explique-t-il, anticipant d'autres découvertes à venir.
Le site de fouilles de Tautavel n'a en effet pas fini de livrer ses secrets. "On a l'espoir de trouver d'autres restes. A Tautavel, on a une présence humaine qui va probablement jusqu'à 690 000 ans, ce qui dépasse l'origine de l'espèce", l'Homo Heidelbergensis remontant entre 600 et 650 000 ans, selon lui.
L'expert n'a qu'un regret : que la dent retrouvée soit une incisive inférieure. "Ce n'est pas l'élément le plus important. Ce sont des dents très simples et avec peu de caractéristiques. Si nous avions eu une prémolaire ou une molaire, on aurait eu plus d'informations sur l'espèce".
Source : Sud-Ouest du 28/07/2015
mardi 28 juillet 2015
Dent de Tautavel : Trois questions pour comprendre l’intérêt de la découverte
L’archéologie à la une de l’actualité, même en été, c’est une rareté ; raison de plus pour bien comprendre de quoi il retourne. Alors que la récente découverte à Tautavel, près de Perpignan, d’une dent humaine vieille de 560.000 ans, défraye la chronique, 20 Minutes répond à trois questions clés pour bien saisir l’intérêt de la trouvaille – mais aussi ses limites.
A qui appartient la dent ?
Si l’on parle de l’individu, l’aspect usé de cette incisive inférieure droite laisse penser qu’elle appartenait à un homme ou une femme de 25 ou 30 ans (assez âgé, pour l’époque). Une autre dent, une incisive inférieure gauche, aussi vieille et retrouvée l’an dernier mais dont la trouvaille avait été plus discrète, pourrait appartenir au même individu. Si on parle de l’espèce, la dent est un reste d’Homo heidelbergensis, un hominidé européen qui est l’ancêtre de l’Homme de Neandertal. « Certains pensent qu’il était également présent en Asie et en Afrique, nous précise depuis le Centre de recherches de Tautavel Tony Chevalier, de l’Université de Perpignan. Et dans ce cas, il aurait pu donner Neandertal sur notre continent, et Homo sapiens en Afrique. » Ce qui n’est à l’heure actuelle qu’une supposition, mais qui souligne l’intérêt de l’étude d’Homo heidelbergensis.
Que nous apprend-elle ?
L’intérêt principal de cette dent est le bond dans le passé qu’elle fait faire aux chercheurs, ramenés 100.000 ans en arrière par rapport aux restes humains les plus vieux du site de Tautavel. « Avec cette dent, on s’approche du début d’Homo heidelbergensis en Europe, explicite Tony Chevalier. On va pouvoir compléter nos connaissances sur cette espèce, dont l’origine est très mal connue. » D’autant plus que la grotte de Tautavel a un double intérêt : dévoiler l’anatomie de ces hommes préhistoriques, mais aussi leur environnement, grâce aux nombreux restes d’animaux et d’outils retrouvés près des fossiles humains. Et comprendre l’évolution sur des centaines de milliers d’années de cette espèce, c’est en savoir plus sur l’apparition de notre cousin Neandertal – voire, si l’on admet qu’heidelbergensis ait aussi été africain, sur la nôtre.
Quelles sont ses limites ?
« Je ne dirais pas que retrouver une seule dent constitue une découverte majeure, malheureusement » : ce manque d’enthousiasme, recueilli par l’AFP, vient du paléoanthropologue britannique Matthew Skinner. Et il est vrai qu’une dent, c’est bien, mais une incisive inférieure, c’est plutôt moyen. « Une incisive supérieure, ou une prémolaire, aurait livré plus d’informations, regrette Tony Chevalier. Ce qui serait formidable, ce serait de trouver, dans ces niveaux d’ancienneté, une mandibule, ou même un crâne. » Et même un humérus ou un fémur, pourquoi pas : n’importe quel os plus parlant que cette incisive, et comparable à des restes humains moins âgés, ravirait les chercheurs. Ces découvertes récentes sont au moins un espoir : si deux dents ont été mises au jour en un an, d’autres ossements pourraient suivre.
Source : 20 minutes du 28/07/2015
A qui appartient la dent ?
Si l’on parle de l’individu, l’aspect usé de cette incisive inférieure droite laisse penser qu’elle appartenait à un homme ou une femme de 25 ou 30 ans (assez âgé, pour l’époque). Une autre dent, une incisive inférieure gauche, aussi vieille et retrouvée l’an dernier mais dont la trouvaille avait été plus discrète, pourrait appartenir au même individu. Si on parle de l’espèce, la dent est un reste d’Homo heidelbergensis, un hominidé européen qui est l’ancêtre de l’Homme de Neandertal. « Certains pensent qu’il était également présent en Asie et en Afrique, nous précise depuis le Centre de recherches de Tautavel Tony Chevalier, de l’Université de Perpignan. Et dans ce cas, il aurait pu donner Neandertal sur notre continent, et Homo sapiens en Afrique. » Ce qui n’est à l’heure actuelle qu’une supposition, mais qui souligne l’intérêt de l’étude d’Homo heidelbergensis.
Que nous apprend-elle ?
L’intérêt principal de cette dent est le bond dans le passé qu’elle fait faire aux chercheurs, ramenés 100.000 ans en arrière par rapport aux restes humains les plus vieux du site de Tautavel. « Avec cette dent, on s’approche du début d’Homo heidelbergensis en Europe, explicite Tony Chevalier. On va pouvoir compléter nos connaissances sur cette espèce, dont l’origine est très mal connue. » D’autant plus que la grotte de Tautavel a un double intérêt : dévoiler l’anatomie de ces hommes préhistoriques, mais aussi leur environnement, grâce aux nombreux restes d’animaux et d’outils retrouvés près des fossiles humains. Et comprendre l’évolution sur des centaines de milliers d’années de cette espèce, c’est en savoir plus sur l’apparition de notre cousin Neandertal – voire, si l’on admet qu’heidelbergensis ait aussi été africain, sur la nôtre.
Quelles sont ses limites ?
« Je ne dirais pas que retrouver une seule dent constitue une découverte majeure, malheureusement » : ce manque d’enthousiasme, recueilli par l’AFP, vient du paléoanthropologue britannique Matthew Skinner. Et il est vrai qu’une dent, c’est bien, mais une incisive inférieure, c’est plutôt moyen. « Une incisive supérieure, ou une prémolaire, aurait livré plus d’informations, regrette Tony Chevalier. Ce qui serait formidable, ce serait de trouver, dans ces niveaux d’ancienneté, une mandibule, ou même un crâne. » Et même un humérus ou un fémur, pourquoi pas : n’importe quel os plus parlant que cette incisive, et comparable à des restes humains moins âgés, ravirait les chercheurs. Ces découvertes récentes sont au moins un espoir : si deux dents ont été mises au jour en un an, d’autres ossements pourraient suivre.
Source : 20 minutes du 28/07/2015
Une dent humaine de 550.000 ans à Tautavel
Sur le site préhistorique de la Caune de l'Arago, près de Perpignan, on a trouvé une dent humaine 100.000 ans plus vieille que l'Homme de Tautavel !
TAUTAVEL. Une dent humaine vieille de 550.000 ans a été découverte sur le célèbre site préhistorique de Tautavel, une grotte perchée au-dessus des gorges du Verdouble, non loin de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales. Si son âge était confirmé, elle deviendrait un des plus vieux fossiles humains trouvé en France avec une canine du même âge, seul autre vestige de même époque retrouvé dans l’aven de Vergranne, dans le Doubs.
La Caune (grotte en Catalan) de l’Arago où a été trouvée cette précieuse "incisive centrale inférieure", est un gisement exceptionnel, puisque depuis près d’un demi-siècle y ont été mis au jour des milliers de vestiges datés de 80.000 à 550.000 ans. Cette dent constitue d’ailleurs le 149e reste d’hominidé découvert dans la cavité occupée pendant plus de 600 000 ans, soit une grande partie du Pleistocène moyen (781.000 à 126.000 ans). Parmi la centaine de vestiges humains exhumés depuis 1971 par le préhistorien Henry de Lumley et son équipe, se trouvait surtout un crâne. Celui de l’Homme de Tautavel (450.000 ans), témoins des plus anciennes présences d’hominidés en France (Prénéandertaliens ou Homo heidelbergensis). Cette dent humaine d’adulte (plus vieille de 100.000 ans que l’illustre crâne), se trouvait dans des niveaux riches en restes fossiles d’espèces adaptées aux périodes froides (bison, bœuf musqué, ou cheval etc.). La campagne de fouilles bat actuellement son plein et pourrait bien réserver d’autres surprises.
Source : Sciences et Avenir du 28/07/2015
TAUTAVEL. Une dent humaine vieille de 550.000 ans a été découverte sur le célèbre site préhistorique de Tautavel, une grotte perchée au-dessus des gorges du Verdouble, non loin de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales. Si son âge était confirmé, elle deviendrait un des plus vieux fossiles humains trouvé en France avec une canine du même âge, seul autre vestige de même époque retrouvé dans l’aven de Vergranne, dans le Doubs.
La Caune (grotte en Catalan) de l’Arago où a été trouvée cette précieuse "incisive centrale inférieure", est un gisement exceptionnel, puisque depuis près d’un demi-siècle y ont été mis au jour des milliers de vestiges datés de 80.000 à 550.000 ans. Cette dent constitue d’ailleurs le 149e reste d’hominidé découvert dans la cavité occupée pendant plus de 600 000 ans, soit une grande partie du Pleistocène moyen (781.000 à 126.000 ans). Parmi la centaine de vestiges humains exhumés depuis 1971 par le préhistorien Henry de Lumley et son équipe, se trouvait surtout un crâne. Celui de l’Homme de Tautavel (450.000 ans), témoins des plus anciennes présences d’hominidés en France (Prénéandertaliens ou Homo heidelbergensis). Cette dent humaine d’adulte (plus vieille de 100.000 ans que l’illustre crâne), se trouvait dans des niveaux riches en restes fossiles d’espèces adaptées aux périodes froides (bison, bœuf musqué, ou cheval etc.). La campagne de fouilles bat actuellement son plein et pourrait bien réserver d’autres surprises.
Source : Sciences et Avenir du 28/07/2015
mercredi 22 juillet 2015
Découverte du plus ancien cas de chirurgie dentaire
Le dentiste travaillait au silex... C'était au temps du paléolithique supérieur, il y a 14.000 ans !
Il avait 25 ans et a dû souffrir le martyre en offrant sa mâchoire aux mains expertes d’un "dentiste"… préhistorique ! L’analyse d’une molaire d’un squelette âgé de 14.000 ans, et conservé à l’université de Ferrare (Italie), prouve en effet que celle-ci a été forée de façon méthodique à l’aide d’un outil en silex. Ce qui constitue la plus ancienne intervention chirurgicale dentaire jamais décrite à ce jour ! Cette étonnante séance chez le dentiste a eu lieu au paléolithique supérieur, dans le nord de l’Italie, selon Stefano Benazzi, paléoanthropologue à l’université de Bologne (Italie). C’est en utilisant un microscope électronique à balayage que les chercheurs ont fait cette découverte stupéfiante sur cette mâchoire mise au jour en 1988 dans un des abris sous-roche de Ripari Villabruna, dans le Val du Cismòn, au cœur des Dolomites (Vénétie). "La cavité présente sur la molaire avait jusqu’alors été décrite comme une lésion carieuse, mais il s’agissait en fait de tout autre chose !", explique Stefano Benazzi. Des stries particulières ont en effet été relevées sur la surface interne de la perforation de cette molaire inférieure. Et prouvent l’usage d’un microlithe -un petit outil de pierre taillée- pour le creusement de la dent afin que le "praticien" puisse accéder aux tissus infectés.
Une fissure dentaire colmatée à la cire d'abeille
Si ce cas de chirurgie dentaire est le plus ancien jamais décrit, il n’est cependant pas le premier découvert chez nos aïeux de la préhistoire. En 2006, d’autres chercheurs italiens avaient pu observer, sur une dent provenant d’une mâchoire néolithique vieille de 6500 ans trouvée en Slovénie au 19e siècle, la présence d’une fissure colmatée à la cire d’abeille. Une substance connue pour ses propriétés antibactériennes. Sans oublier les manipulations dentaires mises en évidence sur des molaires vieilles de 9000 ans et retrouvées au Pakistan en 2006 : Les habitants de Mehrgarh semblent en effet avoir fait appel à d’habiles tailleurs de perles pour soulager leurs maux. Ces artisans, connus pour la finesse de leurs travaux de polissage, avaient en effet appliqué leur immense savoir-faire à la dentisterie comme le montre l’étude de 4000 dents provenant de 225 sépultures de la nécropole de cette cité du Balouchistan. Les chercheurs y ont mis en évidence des traces de perforations d’à peine 1,3 à 3,2 mm réalisées in vivo sur des dents postérieures. Un petit perçoir en bois muni d’une pointe de silex actionné par un archet faisait office de roulette. Des restes de bitume retrouvés dans certaines cavités, traduisaient peut-être aussi l’usage d’antalgiques. Souhaitons que les tous premiers hommes du paléolithique supérieur aient pu, eux aussi, bénéficier de quelques remèdes contre la douleur... Quant au patient de Ripari Villabruna, il semble avoir survécu à cette roulette préhistorique !
Source : Sciences et Avenir du 20/07/2015
Il avait 25 ans et a dû souffrir le martyre en offrant sa mâchoire aux mains expertes d’un "dentiste"… préhistorique ! L’analyse d’une molaire d’un squelette âgé de 14.000 ans, et conservé à l’université de Ferrare (Italie), prouve en effet que celle-ci a été forée de façon méthodique à l’aide d’un outil en silex. Ce qui constitue la plus ancienne intervention chirurgicale dentaire jamais décrite à ce jour ! Cette étonnante séance chez le dentiste a eu lieu au paléolithique supérieur, dans le nord de l’Italie, selon Stefano Benazzi, paléoanthropologue à l’université de Bologne (Italie). C’est en utilisant un microscope électronique à balayage que les chercheurs ont fait cette découverte stupéfiante sur cette mâchoire mise au jour en 1988 dans un des abris sous-roche de Ripari Villabruna, dans le Val du Cismòn, au cœur des Dolomites (Vénétie). "La cavité présente sur la molaire avait jusqu’alors été décrite comme une lésion carieuse, mais il s’agissait en fait de tout autre chose !", explique Stefano Benazzi. Des stries particulières ont en effet été relevées sur la surface interne de la perforation de cette molaire inférieure. Et prouvent l’usage d’un microlithe -un petit outil de pierre taillée- pour le creusement de la dent afin que le "praticien" puisse accéder aux tissus infectés.
Une fissure dentaire colmatée à la cire d'abeille
Si ce cas de chirurgie dentaire est le plus ancien jamais décrit, il n’est cependant pas le premier découvert chez nos aïeux de la préhistoire. En 2006, d’autres chercheurs italiens avaient pu observer, sur une dent provenant d’une mâchoire néolithique vieille de 6500 ans trouvée en Slovénie au 19e siècle, la présence d’une fissure colmatée à la cire d’abeille. Une substance connue pour ses propriétés antibactériennes. Sans oublier les manipulations dentaires mises en évidence sur des molaires vieilles de 9000 ans et retrouvées au Pakistan en 2006 : Les habitants de Mehrgarh semblent en effet avoir fait appel à d’habiles tailleurs de perles pour soulager leurs maux. Ces artisans, connus pour la finesse de leurs travaux de polissage, avaient en effet appliqué leur immense savoir-faire à la dentisterie comme le montre l’étude de 4000 dents provenant de 225 sépultures de la nécropole de cette cité du Balouchistan. Les chercheurs y ont mis en évidence des traces de perforations d’à peine 1,3 à 3,2 mm réalisées in vivo sur des dents postérieures. Un petit perçoir en bois muni d’une pointe de silex actionné par un archet faisait office de roulette. Des restes de bitume retrouvés dans certaines cavités, traduisaient peut-être aussi l’usage d’antalgiques. Souhaitons que les tous premiers hommes du paléolithique supérieur aient pu, eux aussi, bénéficier de quelques remèdes contre la douleur... Quant au patient de Ripari Villabruna, il semble avoir survécu à cette roulette préhistorique !
Source : Sciences et Avenir du 20/07/2015
mercredi 15 juillet 2015
Un métissage tardif entre sapiens et néandertal en Europe
Le génome d'un homo sapiens découvert en Roumanie suggère que la première vague de peuplement de l'homme moderne en Europe s'est métissée avec les néandertaliens, mais sans que cela laisse de traces notables dans nos gènes…
Il y a entre 45 000 et 30 000 ans, Homo sapiens se répand en Europe, tandis que la lignée néandertalienne, présente depuis 300 000 ans, disparaît. Pourquoi ? La question fait couler beaucoup d'encre. Qiaomei Fu, de l’Académie des sciences chinoise et des collègues américains et européens apportent une nouvelle pierre au débat : ils ont séquencé l'ADN d'un Homo sapiens mort il y a plus de 40 000 ans en Roumanie, qui se révèle contenir deux à trois fois plus d’ADN néandertalien que chez les Eurasiens actuels !
L'individu en question, OASE 1, n'est connu que par une mandibule découverte dans la grotte roumaine de Pestera cu Oase. Cette mandibule n'est rattachée à aucun vestige culturel, car la grotte était tanière d'ours. La datation par radiocarbone de ce fossile indique un âge compris entre 37 000 et 42 000 ans. OASE 1 faisait donc partie des tous premiers hommes anatomiquement modernes arrivés en Europe. La morphologie de sa mandibule est moderne, mais certains traits suggèrent des ancêtres néandertaliens. Les fouilles qui ont suivi la découverte de la mandibule ont livré le crâne d'un autre individu, OASE 2, qui présente aussi des traits potentiellement néandertaliens.
Le séquençage de l'ADN d'OASE 1 apporte plus de précisions sur cette question du métissage entre les hommes modernes et les néandertaliens. Il ne se serait pas limité aux premiers homme modernes ayant quitté l’Afrique, mais s’est aussi produit ailleurs, et certainement en Europe. De l’ordre de 7,3 % de l’ADN d'OASE 1 était néandertalien, soit trois fois plus que chez les Eurasiens actuels (1 à 3% de nos gènes sont d'origine néandertalienne). L’étude de sept segments particulièrement longs d’ADN néandertalien représentant entre 1,6 et 6,3 % du génome d'OASE 1 montre qu’il a eu un ancêtre néandertalien seulement 4 à 6 générations avant lui. Tout aussi frappant : il est davantage apparenté aux Extrêmes orientaux et aux Amérindiens modernes qu'aux Européens actuels…
Comment interpréter ces constatations ? Une point semble désormais certain : un métissage a eu lieu en Europe. Puisque les néandertaliens disparaissent vers - 40 000 ans, ce métissage est tardif. Avec qui se produit-il ? OASE 1 était vraisemblablement membre d’une population de primo-arrivants sapiens, les porteurs de la culture aurignacienne (- 40 000 à - 28 000 ans). Les aurignaciens, fortement métissés avec les derniers néandertaliens, semblent pourtant n'avoir que que peu contribué au génome de la population européenne. Pourquoi ?
Longtemps après, une immigration massive, en provenance de Sibérie, a sans doute recouvert la nappe aurignacienne : la culture gravettienne (- 31 000 à - 22 000 ans, mais - 38 000 à l'est de l'Europe), qui succède à la culture aurignacienne et s'étend de l'Europe à la Sibérie. Ses porteurs disposent d'outils comparables à ceux des chasseurs-cueilleurs d’Amérique du Nord, assez efficaces pour permettre des populations nombreuses. Ainsi, les Gravettiens, nettement plus nombreux que les Aurignaciens mais moins métissés avec les néandertaliens, auraient recouvert la nappe aurignacienne, rendant le métissage moins signifiant génétiquement. Vers - 8 000 ans, l'arrivée depuis le Proche-Orient des agriculteurs-éleveurs, dont les ancêtres n'ont participé qu'au premier métissage néandertalien-sapiens au Proche-Orient, a sans doute achevé de rendre le métissage néandertalien-sapiens tardif peu significatif en Europe.
Source : Pour la Science du 12/07/2015
Il y a entre 45 000 et 30 000 ans, Homo sapiens se répand en Europe, tandis que la lignée néandertalienne, présente depuis 300 000 ans, disparaît. Pourquoi ? La question fait couler beaucoup d'encre. Qiaomei Fu, de l’Académie des sciences chinoise et des collègues américains et européens apportent une nouvelle pierre au débat : ils ont séquencé l'ADN d'un Homo sapiens mort il y a plus de 40 000 ans en Roumanie, qui se révèle contenir deux à trois fois plus d’ADN néandertalien que chez les Eurasiens actuels !
L'individu en question, OASE 1, n'est connu que par une mandibule découverte dans la grotte roumaine de Pestera cu Oase. Cette mandibule n'est rattachée à aucun vestige culturel, car la grotte était tanière d'ours. La datation par radiocarbone de ce fossile indique un âge compris entre 37 000 et 42 000 ans. OASE 1 faisait donc partie des tous premiers hommes anatomiquement modernes arrivés en Europe. La morphologie de sa mandibule est moderne, mais certains traits suggèrent des ancêtres néandertaliens. Les fouilles qui ont suivi la découverte de la mandibule ont livré le crâne d'un autre individu, OASE 2, qui présente aussi des traits potentiellement néandertaliens.
Le séquençage de l'ADN d'OASE 1 apporte plus de précisions sur cette question du métissage entre les hommes modernes et les néandertaliens. Il ne se serait pas limité aux premiers homme modernes ayant quitté l’Afrique, mais s’est aussi produit ailleurs, et certainement en Europe. De l’ordre de 7,3 % de l’ADN d'OASE 1 était néandertalien, soit trois fois plus que chez les Eurasiens actuels (1 à 3% de nos gènes sont d'origine néandertalienne). L’étude de sept segments particulièrement longs d’ADN néandertalien représentant entre 1,6 et 6,3 % du génome d'OASE 1 montre qu’il a eu un ancêtre néandertalien seulement 4 à 6 générations avant lui. Tout aussi frappant : il est davantage apparenté aux Extrêmes orientaux et aux Amérindiens modernes qu'aux Européens actuels…
Comment interpréter ces constatations ? Une point semble désormais certain : un métissage a eu lieu en Europe. Puisque les néandertaliens disparaissent vers - 40 000 ans, ce métissage est tardif. Avec qui se produit-il ? OASE 1 était vraisemblablement membre d’une population de primo-arrivants sapiens, les porteurs de la culture aurignacienne (- 40 000 à - 28 000 ans). Les aurignaciens, fortement métissés avec les derniers néandertaliens, semblent pourtant n'avoir que que peu contribué au génome de la population européenne. Pourquoi ?
Longtemps après, une immigration massive, en provenance de Sibérie, a sans doute recouvert la nappe aurignacienne : la culture gravettienne (- 31 000 à - 22 000 ans, mais - 38 000 à l'est de l'Europe), qui succède à la culture aurignacienne et s'étend de l'Europe à la Sibérie. Ses porteurs disposent d'outils comparables à ceux des chasseurs-cueilleurs d’Amérique du Nord, assez efficaces pour permettre des populations nombreuses. Ainsi, les Gravettiens, nettement plus nombreux que les Aurignaciens mais moins métissés avec les néandertaliens, auraient recouvert la nappe aurignacienne, rendant le métissage moins signifiant génétiquement. Vers - 8 000 ans, l'arrivée depuis le Proche-Orient des agriculteurs-éleveurs, dont les ancêtres n'ont participé qu'au premier métissage néandertalien-sapiens au Proche-Orient, a sans doute achevé de rendre le métissage néandertalien-sapiens tardif peu significatif en Europe.
Source : Pour la Science du 12/07/2015
samedi 4 juillet 2015
L’homme moderne serait sorti d’Egypte
Nos ancêtres Homo sapiens ont quitté le continent africain via l’Egypte puis le Sinaï il y a 100 000 ans, selon une étude américaine.
PRÉHISTOIRE. Nos ancêtres, on ne cesse de le répéter, sont sortis d’Afrique… C’est en effet en Éthiopie que l’on trouve la trace du plus vieux membre de l’espèce Homo, daté d’il y a 2,8 millions d’années. Et c’est vers ce continent que pointent également les études de génétique qui travaillent à retracer les grandes épopées migratoires de l’humanité.
L'Égypte aurait été comme le dernier “arrêt” de nos ancêtres avant qu’ils ne se déploient partout dans le monde
Mais par où exactement ces hommes préhistoriques sont-ils passés ? Et plus précisément, quelle route a emprunté notre ancêtre direct, l'Homo Sapiens qui s’est lancé, avec un succès que l'on pourrait qualifier de meurtrier, dans la conquête de toute la planète ? « C’est via l’Egypte et le Sinaï que H. sapiens est sorti d’Afrique, entre -100 000 ans et -50 000 ans, tranche aujourd’hui le généticien Luca Pagani, de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) dans l’American Journal of Human Genetics. Son équipe a analysé des génomes de 100 Égyptiens et 125 Éthiopiens d’aujourd’hui… « Résultat : il y a une plus grande proximité génétique des génomes égyptiens avec ceux des Européens et des Asiatiques, souligne le chercheur. Cela conforte l’idée que l’Égypte aurait été comme le dernier “arrêt” de nos ancêtres avant qu’ils ne se déploient partout dans le monde » Il semble donc que "le passage nord" (voir notre carte) ait été la voie majeure empruntée par les ancêtres pour se déployer hors de leur berceau africain. L’autre hypothèse, soutenue jusqu’à présent par des archéologues, était que les migrants préhistoriques avaient suivi la "route sud", partant d’Éthiopie, empruntant les eaux peu profondes du détroit de Bab el Manded puis la péninsule Arabique pour gagner l’Asie notamment.
Source : Sciences et Avenir du 23/06/2015
PRÉHISTOIRE. Nos ancêtres, on ne cesse de le répéter, sont sortis d’Afrique… C’est en effet en Éthiopie que l’on trouve la trace du plus vieux membre de l’espèce Homo, daté d’il y a 2,8 millions d’années. Et c’est vers ce continent que pointent également les études de génétique qui travaillent à retracer les grandes épopées migratoires de l’humanité.
L'Égypte aurait été comme le dernier “arrêt” de nos ancêtres avant qu’ils ne se déploient partout dans le monde
Mais par où exactement ces hommes préhistoriques sont-ils passés ? Et plus précisément, quelle route a emprunté notre ancêtre direct, l'Homo Sapiens qui s’est lancé, avec un succès que l'on pourrait qualifier de meurtrier, dans la conquête de toute la planète ? « C’est via l’Egypte et le Sinaï que H. sapiens est sorti d’Afrique, entre -100 000 ans et -50 000 ans, tranche aujourd’hui le généticien Luca Pagani, de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) dans l’American Journal of Human Genetics. Son équipe a analysé des génomes de 100 Égyptiens et 125 Éthiopiens d’aujourd’hui… « Résultat : il y a une plus grande proximité génétique des génomes égyptiens avec ceux des Européens et des Asiatiques, souligne le chercheur. Cela conforte l’idée que l’Égypte aurait été comme le dernier “arrêt” de nos ancêtres avant qu’ils ne se déploient partout dans le monde » Il semble donc que "le passage nord" (voir notre carte) ait été la voie majeure empruntée par les ancêtres pour se déployer hors de leur berceau africain. L’autre hypothèse, soutenue jusqu’à présent par des archéologues, était que les migrants préhistoriques avaient suivi la "route sud", partant d’Éthiopie, empruntant les eaux peu profondes du détroit de Bab el Manded puis la péninsule Arabique pour gagner l’Asie notamment.
Source : Sciences et Avenir du 23/06/2015
mardi 23 juin 2015
Le premier métis néandertalien reconnu
Un fossile découvert en 2002 en Roumanie se révèle être l’arrière-arrière-arrière-petit-fils d’un homme de Néandertal.
CARPATES. L’ADN a levé le doute. Le jeune homme de Pestera cu Oase ("la caverne aux ossements") découvert dans une grotte des Carpates au sud-ouest de la Roumanie il y a 13 ans, et daté d'environ 40.000 ans, est bien un métis, fruit du croisement entre un Homo neanderthalensis et un Homo sapiens sapiens. Des chercheurs de l’université d’Harvard (États-Unis), de l'institut du Max-Planck (Allemagne) et de l’Académie des sciences chinoises estiment aujourd’hui "qu’il a hérité environ un dixième de son ADN et de gros morceaux de chromosomes d’un ancêtre néandertalien". Leur résultat, annoncé par la paléogénéticienne Qiamei Fu lors du dernier meeting sur la Biologie des génomes de mai 2015 à New York, et publié ce jeudi 25 juin dans Nature fait sensation. "Cette découverte est importante, car il s’agit de la première évidence directe d’un mélange récent survenu en Europe", souligne dans la revue Science le généticien Laurent Excoffier de l’université de Berne (Suisse). Elle appuie la thèse jusqu'à présent minoritaire – portée par l'anthropologue américain Erik Trinkaus de l’université de Washington (États-Unis) – selon laquelle les hommes modernes et les hommes de Neandertal se sont accouplés sur le tard en Europe, lors des quelques milliers d’années où les deux espèces ont cohabité, aux alentours de 40.000 ans.
LireNeandertal a disparu plus tôt que prévu
Jusqu’à présent, l’analyse d’ADN anciens et modernes menée par les généticiens de l’institut Max Planck à Leipzig suggérait plutôt qu’Homo neanderthalensis et Homo sapiens sapiens s’étaient "croisés" de façon marginale, il y a 150.000 à 80.000 ans au moins, au Moyen-Orient. Ces résultats bouleversent - et prolongent - donc l’histoire de la liaison entre nos deux espèces : le croisement remonterait à quatre à six générations, pas plus, avant la mort du jeune homme, il y a 40.000 ans environ selon les spécialistes.
Deux métis du paléolithique. En haut et en bas à droite, le crâne d'Oase 2, un adolescent de 15 ans. En bas à gauche, deux vues de la mandibule d'Oase 1, un jeune homme dont l'ADN a révélé les origines néandertaliennes. © Joao Zilhao/Université de Bristol.
13 ans après, l'ADN donne raison aux partisans des amours mixtes
Lors de sa découverte, en 2002, le fossile Oase 1 (voir photo), qui se résumait en tout et pour tout à une mâchoire, avait provoqué une passionnante controverse. La mandibule présentait en effet des caractères archaïques intrigants "notamment des dents de sagesse très fortes et un petit orifice sur la face interne présent chez la moitié des hommes de Néandertal", selon les paléontologues qui l’avaient analysé. Erik Trinkaus avançait alors qu’il avait peut-être découvert le premier hybride néandertalien, la preuve que les deux espèces s’étaient accouplées. A l’époque, sa démonstration n’avait guère convaincu ses confrères (lire S. et A. n° 659).
Treize ans après, l’ADN donne enfin raison à Trinkaus et aux partisans des amours mixtes entre les deux espèces. Mais ce n’est pas tout : la grotte d’Oase recelait sans doute un deuxième métis. Erik Trinkaus et son collègue Joao Zilhao, de l’université de Barcelone, y ont trouvé, puis assemblé, les morceaux d’un superbe crâne (voir photo), "portant également un mélange de traits néandertalien et moderne, impossible à expliquer autrement que par un croisement". Le tout appartenait à un adolescent de 15 ans, surnommé Oase 2 (voir photo). "Mais il est peu vraisemblable que nous lui fassions passer un test ADN à lui aussi, confie Erik Trinkaus à Sciences et Avenir. Les os ont été trop lessivés. Je ne veux pas broyer une partie du fossile pour un ADN qui a peu de chance d’être là".
Sourc : Sciences et Avenir du 22/06/2015
CARPATES. L’ADN a levé le doute. Le jeune homme de Pestera cu Oase ("la caverne aux ossements") découvert dans une grotte des Carpates au sud-ouest de la Roumanie il y a 13 ans, et daté d'environ 40.000 ans, est bien un métis, fruit du croisement entre un Homo neanderthalensis et un Homo sapiens sapiens. Des chercheurs de l’université d’Harvard (États-Unis), de l'institut du Max-Planck (Allemagne) et de l’Académie des sciences chinoises estiment aujourd’hui "qu’il a hérité environ un dixième de son ADN et de gros morceaux de chromosomes d’un ancêtre néandertalien". Leur résultat, annoncé par la paléogénéticienne Qiamei Fu lors du dernier meeting sur la Biologie des génomes de mai 2015 à New York, et publié ce jeudi 25 juin dans Nature fait sensation. "Cette découverte est importante, car il s’agit de la première évidence directe d’un mélange récent survenu en Europe", souligne dans la revue Science le généticien Laurent Excoffier de l’université de Berne (Suisse). Elle appuie la thèse jusqu'à présent minoritaire – portée par l'anthropologue américain Erik Trinkaus de l’université de Washington (États-Unis) – selon laquelle les hommes modernes et les hommes de Neandertal se sont accouplés sur le tard en Europe, lors des quelques milliers d’années où les deux espèces ont cohabité, aux alentours de 40.000 ans.
LireNeandertal a disparu plus tôt que prévu
Jusqu’à présent, l’analyse d’ADN anciens et modernes menée par les généticiens de l’institut Max Planck à Leipzig suggérait plutôt qu’Homo neanderthalensis et Homo sapiens sapiens s’étaient "croisés" de façon marginale, il y a 150.000 à 80.000 ans au moins, au Moyen-Orient. Ces résultats bouleversent - et prolongent - donc l’histoire de la liaison entre nos deux espèces : le croisement remonterait à quatre à six générations, pas plus, avant la mort du jeune homme, il y a 40.000 ans environ selon les spécialistes.
Deux métis du paléolithique. En haut et en bas à droite, le crâne d'Oase 2, un adolescent de 15 ans. En bas à gauche, deux vues de la mandibule d'Oase 1, un jeune homme dont l'ADN a révélé les origines néandertaliennes. © Joao Zilhao/Université de Bristol.
13 ans après, l'ADN donne raison aux partisans des amours mixtes
Lors de sa découverte, en 2002, le fossile Oase 1 (voir photo), qui se résumait en tout et pour tout à une mâchoire, avait provoqué une passionnante controverse. La mandibule présentait en effet des caractères archaïques intrigants "notamment des dents de sagesse très fortes et un petit orifice sur la face interne présent chez la moitié des hommes de Néandertal", selon les paléontologues qui l’avaient analysé. Erik Trinkaus avançait alors qu’il avait peut-être découvert le premier hybride néandertalien, la preuve que les deux espèces s’étaient accouplées. A l’époque, sa démonstration n’avait guère convaincu ses confrères (lire S. et A. n° 659).
Treize ans après, l’ADN donne enfin raison à Trinkaus et aux partisans des amours mixtes entre les deux espèces. Mais ce n’est pas tout : la grotte d’Oase recelait sans doute un deuxième métis. Erik Trinkaus et son collègue Joao Zilhao, de l’université de Barcelone, y ont trouvé, puis assemblé, les morceaux d’un superbe crâne (voir photo), "portant également un mélange de traits néandertalien et moderne, impossible à expliquer autrement que par un croisement". Le tout appartenait à un adolescent de 15 ans, surnommé Oase 2 (voir photo). "Mais il est peu vraisemblable que nous lui fassions passer un test ADN à lui aussi, confie Erik Trinkaus à Sciences et Avenir. Les os ont été trop lessivés. Je ne veux pas broyer une partie du fossile pour un ADN qui a peu de chance d’être là".
Sourc : Sciences et Avenir du 22/06/2015
jeudi 4 juin 2015
Le nouvel australopithèque qui complique le portrait de famille
Cette mâchoire appartient-elle à une nouvelle espèce d’australopithèque ou s’agit-il d’une variation d’une espèce connue ? La question ne sera pas réglée de sitôt, mais elle rappelle combien il reste à apprendre sur ces ancêtres qui n’étaient plus des singes mais pas tout à fait des humains.
Une mandibule et quelques dents : c’est la découverte de l’année pour les paléontologues et la discussion qui les passionne depuis le dévoilement officiel dans Nature, le 27 mai : cette mâchoire, mise à jour en Éthiopie, est vieille de 3,3 à 3,5 millions d’années. Soit l’époque de Lucy, la plus célèbre des australopithèques, découverte en 1974 dans la même région d’Éthiopie. D’emblée, le chercheur principal, Yohannes Haile-Selassie, du Musée d’histoire naturelle de Cleveland, l’a associée à une nouvelle espèce, australopithecus deyiremeda. Les sceptiques préfèrent la laisser dans l’espèce australopithecus afarensis, celle de Lucy.
Quelle importance à ce débat d’experts ? D’abord, le fait que la «biodiversité» de l’espèce humaine - des Homo sapiens qui ont côtoyé des Néandertaliens qui ont côtoyé des Dénisoviens et sans doute d’autres encore - est peut-être de l’histoire (très) ancienne : plutôt que d’avoir une seule lignée d’hominidés qui se serait séparée des grands singes il y a six ou sept millions d’années avant de se diversifier «récemment» (en gros, dans les deux derniers millions d’années), peut-être y a-t-il eu plusieurs lignées très tôt. Auquel cas Lucy ne serait que la représentante de la lignée dite «gracile», par opposition à l’autre, parfois appelée «robuste», qui aurait conduit jusqu’à nous.
Ce n’est pas une idée nouvelle. Des ossements découverts en Afrique du Sud en 1995 font l’objet d’un débat depuis cette époque, leur découvreur, Ronald J. Clarke, de l’Université de Witwatersrand, insistant pour les rebaptiser australopithecus prometheus, là aussi une lignée «robuste». D’autres ossements de la même caverne sont censés être dévoilés bientôt. Il y a par ailleurs ce crâne de trois millions et demi d’années, découvert en 2001 au Kenya, que ses gens tiennent à appeler kenyanthropus platyops. Le mois dernier, une équipe de l’Université Stony Brook lui a attribué des outils qu’ils datent de 3,3 millions d’années.
Que ces ossements disparates (et tous incomplets) appartiennent à des lignées différentes ou non, ils n’en suggèrent pas moins des adaptations différentes à des environnements différents - et s’il fallait découvrir, un jour prochain, d’autres outils de pierre vieux de plus de 3 millions d’années, cela poserait en des termes inédits la question de la transition de la famille Australopithecus à la famille Homo - parce que l’australopithèque demeure dans une catégorie à part : pas un singe, mais pas encore un humain.
Source : Agence Science-Presse du 02/06/2015
Une mandibule et quelques dents : c’est la découverte de l’année pour les paléontologues et la discussion qui les passionne depuis le dévoilement officiel dans Nature, le 27 mai : cette mâchoire, mise à jour en Éthiopie, est vieille de 3,3 à 3,5 millions d’années. Soit l’époque de Lucy, la plus célèbre des australopithèques, découverte en 1974 dans la même région d’Éthiopie. D’emblée, le chercheur principal, Yohannes Haile-Selassie, du Musée d’histoire naturelle de Cleveland, l’a associée à une nouvelle espèce, australopithecus deyiremeda. Les sceptiques préfèrent la laisser dans l’espèce australopithecus afarensis, celle de Lucy.
Quelle importance à ce débat d’experts ? D’abord, le fait que la «biodiversité» de l’espèce humaine - des Homo sapiens qui ont côtoyé des Néandertaliens qui ont côtoyé des Dénisoviens et sans doute d’autres encore - est peut-être de l’histoire (très) ancienne : plutôt que d’avoir une seule lignée d’hominidés qui se serait séparée des grands singes il y a six ou sept millions d’années avant de se diversifier «récemment» (en gros, dans les deux derniers millions d’années), peut-être y a-t-il eu plusieurs lignées très tôt. Auquel cas Lucy ne serait que la représentante de la lignée dite «gracile», par opposition à l’autre, parfois appelée «robuste», qui aurait conduit jusqu’à nous.
Ce n’est pas une idée nouvelle. Des ossements découverts en Afrique du Sud en 1995 font l’objet d’un débat depuis cette époque, leur découvreur, Ronald J. Clarke, de l’Université de Witwatersrand, insistant pour les rebaptiser australopithecus prometheus, là aussi une lignée «robuste». D’autres ossements de la même caverne sont censés être dévoilés bientôt. Il y a par ailleurs ce crâne de trois millions et demi d’années, découvert en 2001 au Kenya, que ses gens tiennent à appeler kenyanthropus platyops. Le mois dernier, une équipe de l’Université Stony Brook lui a attribué des outils qu’ils datent de 3,3 millions d’années.
Que ces ossements disparates (et tous incomplets) appartiennent à des lignées différentes ou non, ils n’en suggèrent pas moins des adaptations différentes à des environnements différents - et s’il fallait découvrir, un jour prochain, d’autres outils de pierre vieux de plus de 3 millions d’années, cela poserait en des termes inédits la question de la transition de la famille Australopithecus à la famille Homo - parce que l’australopithèque demeure dans une catégorie à part : pas un singe, mais pas encore un humain.
Source : Agence Science-Presse du 02/06/2015
lundi 1 juin 2015
Origine de l'Homme : découverte d'une nouvelle espèce d'australopithèque
La découverte d’une nouvelle espèce d’hominine, Australopithecus deyiremeda illustre à nouveau un phénomène que l’on a mis en évidence depuis quelques décennies avec l’arbre généalogique de l’humanité. Plusieurs espèces parmi les hominines ont coexisté et il est parfois difficile de préciser laquelle était l’ancêtre d’une autre. Cette dernière pourrait bien détrôner Lucy au titre de représentant de l’espèce ayant conduit directement au genre Homo.
Depuis quelques mois, les passionnés par les origines de l’Homme sont à la fête avec des annonces spectaculaires d’équipes d’archéologues et de paléoanthropologues. En mars 2015, on apprenait qu’il fallait repousser les origines du genre Homo d’au moins 400.000 ans suite à l’annonce d’une découverte remontant à janvier 2013. Le paléoanthropologue Éthiopien Chalachew Seyoum était tombé à l’époque sur un fragment de mâchoire inférieure fossilisée portant des dents alors qu’il participait à la campagne de fouilles de l’Arizona State University (ASU) explorent la région de Ledi-Geraru, proche d’Hadar en Éthiopie. Son étude et sa datation ont montré qu’elle appartenait à un hominine du genre Homo et qui vivait il y a entre 2,75 à 2,80 millions d’années. Il semble qu’il ne s’agissait pas d’un Homo habilis.
Plus récemment, l’archéologue française du CNRS, Sonia Harmand, qui codirige le West Turkana Archaeological Project (WTAP) a annoncé avec ses collègues qu’avaient été découverts en 2011 les plus vieux outils connus à ce jour, au Kenya cette fois-ci, non loin du lac Turkana. Âgés d’environ 3,3 millions d’années, il ne semble pas possible de les attribuer à des membres du genre Homo mais il était tentant d’y voir la trace d’une industrie lithique propre à Australopithecus afarensis, un hominine rendu célèbre par la découverte de Lucy dont l’espèce vivait précisément dans la région, il y a entre 3,8 et 2,9 millions d’années.
Trois ancêtres potentiels directs pour Homo
Mais un autre préhumain potentiel pouvait aussi faire l’affaire, Kenyanthropus platyops. Ses restes fossilisés, plus précisément un crâne, ont en effet été déterrés en 1999 non loin du site de Lomekwi 3 où les membres du WTAP ont fait leur extraordinaire découverte. Il existe cependant des polémiques quant à l’interprétation de ces restes âgés d’environ 3,5 à 3,2 millions d’années. Pour certains chercheurs, il pourrait s’agir simplement d’un spécimen d’Australopithecus afarensis dont le crâne est déformé. Mais pour d’autres ce crâne évoque plutôt celui d’Homo rudolfensis qui avec Homo habilis fait partie des tout premiers représentants du genre Homo, Kenyanthropus platyops est peut-être même un ancêtre direct de celui-ci. Si tel est le cas, il se pourrait bien qu’Australopithecus afarensis ne soit pas vraiment à l’origine de l’espèce humaine.
Or voilà que d’autres paléoanthropologues viennent encore de compliquer l’arbre généalogique en ce qui concerne les ancêtres directes d’Homo dans une publication du journal Nature.
Une équipe internationale dirigée par Yohannes Haile-Selassie du Muséum d’histoire naturelle de Cleveland annonce en effet qu’a été découvert une autre espèce d’australopithèque qui côtoyait celle de Lucy en Éthiopie, il y a entre 3,5 et 3,3 millions d’années. Elle a été baptisée Australopithecus deyiremeda, deyiremeda signifiant « proche parent » en langue afar, une peuplade vivant en Éthiopie et à Djibouti.
Les fragments de mâchoires et quelques dents, appartenant à au moins deux individus de cette nouvelle espèce, ont été découverts en 2011, à 35 km de distance seulement du lieu où vers la fin de l’année 1974, une équipe d’une trentaine de chercheurs éthiopiens, américains et français codirigée par Donald Johanson (paléoanthropologie), Maurice Taieb (géologie) et Yves Coppens (paléontologie) a effectué les fouilles ayant conduit à la découverte de Lucy.
Un arbre généalogique complexe pour les hominines
Haile-Selassie n’hésite pas à affirmer avec ses collègues que : « Cette nouvelle espèce est une autre confirmation que celle de Lucy, Australopithecus afarensis, n’était pas la seule ancêtre potentielle de l’Homme habitant ce qui est maintenant la région de l’Afar en Éthiopie pendant le Pliocène moyen. L’étude des fossiles trouvés sur le site de Woranso-Mille montre clairement qu’il y avait au moins deux, et peut-être trois espèces de préhumains vivant à la même époque et géographiquement proche les unes des autres. Cette nouvelle espèce trouvée en Éthiopie place le débat en cours sur la diversité des préhumains à un autre niveau » et le chercheur ajoute que « certains de nos collègues vont être sceptiques en ce qui concerne cette nouvelle espèce, ce qui n’est pas inhabituel. Toutefois, je pense qu’il est temps que nous regardions les premières phases de notre évolution avec un esprit ouvert et que nous examinions soigneusement les preuves fossiles à notre disposition plutôt qu’en les rejetant immédiatement quand elles ne se conforment pas à nos préjugés ».
Source : Futura Sciences du 31/05/2015
Depuis quelques mois, les passionnés par les origines de l’Homme sont à la fête avec des annonces spectaculaires d’équipes d’archéologues et de paléoanthropologues. En mars 2015, on apprenait qu’il fallait repousser les origines du genre Homo d’au moins 400.000 ans suite à l’annonce d’une découverte remontant à janvier 2013. Le paléoanthropologue Éthiopien Chalachew Seyoum était tombé à l’époque sur un fragment de mâchoire inférieure fossilisée portant des dents alors qu’il participait à la campagne de fouilles de l’Arizona State University (ASU) explorent la région de Ledi-Geraru, proche d’Hadar en Éthiopie. Son étude et sa datation ont montré qu’elle appartenait à un hominine du genre Homo et qui vivait il y a entre 2,75 à 2,80 millions d’années. Il semble qu’il ne s’agissait pas d’un Homo habilis.
Plus récemment, l’archéologue française du CNRS, Sonia Harmand, qui codirige le West Turkana Archaeological Project (WTAP) a annoncé avec ses collègues qu’avaient été découverts en 2011 les plus vieux outils connus à ce jour, au Kenya cette fois-ci, non loin du lac Turkana. Âgés d’environ 3,3 millions d’années, il ne semble pas possible de les attribuer à des membres du genre Homo mais il était tentant d’y voir la trace d’une industrie lithique propre à Australopithecus afarensis, un hominine rendu célèbre par la découverte de Lucy dont l’espèce vivait précisément dans la région, il y a entre 3,8 et 2,9 millions d’années.
Trois ancêtres potentiels directs pour Homo
Mais un autre préhumain potentiel pouvait aussi faire l’affaire, Kenyanthropus platyops. Ses restes fossilisés, plus précisément un crâne, ont en effet été déterrés en 1999 non loin du site de Lomekwi 3 où les membres du WTAP ont fait leur extraordinaire découverte. Il existe cependant des polémiques quant à l’interprétation de ces restes âgés d’environ 3,5 à 3,2 millions d’années. Pour certains chercheurs, il pourrait s’agir simplement d’un spécimen d’Australopithecus afarensis dont le crâne est déformé. Mais pour d’autres ce crâne évoque plutôt celui d’Homo rudolfensis qui avec Homo habilis fait partie des tout premiers représentants du genre Homo, Kenyanthropus platyops est peut-être même un ancêtre direct de celui-ci. Si tel est le cas, il se pourrait bien qu’Australopithecus afarensis ne soit pas vraiment à l’origine de l’espèce humaine.
Or voilà que d’autres paléoanthropologues viennent encore de compliquer l’arbre généalogique en ce qui concerne les ancêtres directes d’Homo dans une publication du journal Nature.
Une équipe internationale dirigée par Yohannes Haile-Selassie du Muséum d’histoire naturelle de Cleveland annonce en effet qu’a été découvert une autre espèce d’australopithèque qui côtoyait celle de Lucy en Éthiopie, il y a entre 3,5 et 3,3 millions d’années. Elle a été baptisée Australopithecus deyiremeda, deyiremeda signifiant « proche parent » en langue afar, une peuplade vivant en Éthiopie et à Djibouti.
Les fragments de mâchoires et quelques dents, appartenant à au moins deux individus de cette nouvelle espèce, ont été découverts en 2011, à 35 km de distance seulement du lieu où vers la fin de l’année 1974, une équipe d’une trentaine de chercheurs éthiopiens, américains et français codirigée par Donald Johanson (paléoanthropologie), Maurice Taieb (géologie) et Yves Coppens (paléontologie) a effectué les fouilles ayant conduit à la découverte de Lucy.
Un arbre généalogique complexe pour les hominines
Haile-Selassie n’hésite pas à affirmer avec ses collègues que : « Cette nouvelle espèce est une autre confirmation que celle de Lucy, Australopithecus afarensis, n’était pas la seule ancêtre potentielle de l’Homme habitant ce qui est maintenant la région de l’Afar en Éthiopie pendant le Pliocène moyen. L’étude des fossiles trouvés sur le site de Woranso-Mille montre clairement qu’il y avait au moins deux, et peut-être trois espèces de préhumains vivant à la même époque et géographiquement proche les unes des autres. Cette nouvelle espèce trouvée en Éthiopie place le débat en cours sur la diversité des préhumains à un autre niveau » et le chercheur ajoute que « certains de nos collègues vont être sceptiques en ce qui concerne cette nouvelle espèce, ce qui n’est pas inhabituel. Toutefois, je pense qu’il est temps que nous regardions les premières phases de notre évolution avec un esprit ouvert et que nous examinions soigneusement les preuves fossiles à notre disposition plutôt qu’en les rejetant immédiatement quand elles ne se conforment pas à nos préjugés ».
Source : Futura Sciences du 31/05/2015
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