mercredi 10 avril 2019

Un Français découvre une cinquième espèce humaine

Dents extraordinaires, phalange de pied courbe : une nouvelle espèce contemporaine d’Homo sapiens a été découverte aux Philippines, par une équipée dirigée par le Français Florent Détroit. Homo luzonensis vivait il y a 50.000 ans à 67.000 ans.

Place, faites place dans l'arbre des hominines à Homo luzonensis ! Ce cousin préhistorique vivait sur l'ile de Luzon, au nord des Philippines, il y a 50.000 ans, au moment où nos ancêtres Homo sapiens, mais aussi les néandertaliens, les Hommes de Denisova, et les Hommes de Florès vivaient, chassaient, dormaient... Ce qui signifie que pas moins de cinq espèces du genre Homo se partageaient la planète à l'époque.. dont ne subsiste que la nôtre aujourd'hui. La nouvelle espèce a été décrite par une équipe internationale, dirigée par Florent Détroit, du Musée de l'Homme. (MNHN) à partir de quelques restes patiemment extirpés du sol de la grotte de Callao entre 2007 et 2015. En tout et pour tout, six dents, un morceau de fémur, deux phalanges de main, et trois os de pied.



Des prémolaires très instructives

C'est maigre, certes. Mais extraordinaire, pourtant. Car ces fossiles, datés de -50.000 ans à -67.000 ans, et dûment comparés, s'avèrent à nuls autres pareils. Prenez les dents d'Homo luzonensis : ses prémolaires ont trois racines, alors que chez l'homme moderne, il n'y en a qu'une, parfois deux. Elles ont beau être petites -un trait très sapiens- elles ressemblent plutôt à des dents d'australopithèques, (telle Lucy -4 millions d'années), ou d'Homo très anciens (comme Homo habilis, -2,5 millions d'années). "Un individu possédant ces caractéristiques combinées ne peut être classé dans aucune des espèces connues aujourd'hui", explique le paléontologue Florent Détroit, dont la découverte fait la Une du magazine Nature du 11 avril !

Regardons maintenant ses pieds : "La phalange proximale présente une courbure très marquée et des insertions très développées pour les muscles assurant la flexion du pied", détaille Guillaume Daver, co-signataire de l'article et spécialiste du squelette post-crânien (en gros tout ce qui est situé en-dessous du crâne), dans l'équipe PALEVOPRIM, qui associe le CNRS et l'Université de Poitiers. Une telle courbure évoque bigrement les pieds des australopithèques, des bipèdes qui grimpaient encore aux arbres. Comment expliquer ces caractères très archaïques chez des Homo datés d'à peine 50.000 ans? Et ce, alors que la bipédie stricte est installée chez les membres du genre Homo à partir de -2 millions d'années ?

Comment a-t-il gagné l'île de Luzon?

Le petit bonhomme de Luzon, dont la stature réelle reste assez mystérieuse (voir notre vidéo) avait-il un mode de locomotion mixte, à la fois bipède et arboricole ? (voir la vidéo). Seules d'autres découvertes permettront de résoudre le mystère. Il subsiste encore bien des énigmes qui fascinent les chercheurs… Comment a-t-il gagné l'ile de Luzon, qui n'a jamais été accessible à pied sec pendant le Quaternaire? Emporté sur du bois flottant pendant un tsunami? Sur un radeau plus sophistiqué? Et qui sont ces ancêtres? Quels sont ses liens de parenté avec les premiers humains à avoir occupé l'ile? On a en effet découvert l'an dernier, des restes de rhinocéros proprement découpés, ainsi que des outils, le tout daté de -700.000 ans à quelques centaines de km de la grotte de Callao. La preuve que cette ile d'Asie du sud-est a été colonisée assez tôt, dans l'histoire de l'humanité, peut-être par des Homo erectus venus d'Afrique et passés par l'Asie. L'Homme de Luzon est-il le descendant de ces premiers colons? Ou vient-il d'une deuxième vague?

Ses caractéristiques étranges, archaïques, sidèrent. Sont-elles le fruit d'un endémisme insulaire? (Voir notre vidéo n°). Coincé sur cette ile, cet Homo a-t-il vu son génome et sa morphologie dériver? Il y a un précédent : l'Homme de Florès, alias Homo floresiensis, (-95.000 à -50.000 ans), qui s'est, lui, miniaturisé, dans un environnement sans prédateur et aux ressources limitées. "L'endémisme insulaire est la meilleure hypothèse pour expliquer la réapparition de caractéristiques primitives chez Homo luzonensis", convient Florent Détroit (voir notre vidéo n°). Enfin, pourquoi cet hominine, le plus ancien dont la présence soit attestée par des ossements dans cette région du monde, a-t-il disparu? Les Homo sapiens, de leur côté, sont réputés n'avoir débarqué qu'il y a 40.000 ans, sur une autre ile philipine, celle de Palawan, mais on suit leur trace, en Asie, dès il y a 80.000 ans. Ces deux-là ont-ils pu un jour se rencontrer? Il faudra d'autres fouilles pour le déterminer.

Les hominines, kesaco ?

Pour distinguer les différents primates, contemporains ou disparus, la jeune génération de paléontologues utilise désormais ces taxons : Les hominines rassemblent les membres du genre Homo et leurs ancêtres ou parents fossiles (Toumaï, Orrorin, australopithèques, kenyanthropes et ardipithèques). Les hominidés désignent, le plus souvent, l'Homme actuel et ses parents grands singes, chimpanzés, bonobos, gorilles, orangs-outangs. Pour certains, il est même réservé aux seuls Hommes actuels et aux gorilles. Les hominoïdes, eux, forment une super famille de primates arboricoles ou terrestres comprenant les grands singes africains et asiatiques, l'homme et leurs ancêtres fossiles.

Source : Sciences et Avenir du 10/04/2019

samedi 23 mars 2019

L'agriculture s'est d'abord propagée grâce aux échanges culturels

Les premiers agriculteurs d'Anatolie étaient les descendants directs des chasseurs-cueilleurs de la même région. Ils ont appris à développer l'agriculture au contact des peuples du croissant fertile sans qu'aucun des deux groupes ne prenne le dessus sur l'autre.

L'agriculture est née dans le croissant fertile, entre le Tigre et l'Euphrate, il y a plus de 11.000 ans. Doucement, ce savoir-faire s'est ensuite répandu à travers toute l'Europe. Une équipe internationale de chercheurs menée par Johannes Krause de l'institut Max Planck d'Iéna (Allemagne), vient de publier un article dans la revue Nature Communication démontrant que les premiers agriculteurs d'Anatolie (Turquie actuelle) ont appris à développer l'agriculture par des échanges culturels avec leurs voisins.

Il y a deux hypothèses principales pour raconter la propagation de l'agriculture que l'on apparente à un des plus grands bouleversements de notre histoire, la révolution Néolithique. Ce savoir-faire a pu être apporté par un groupe à la faveur d'une colonisation à mesure de son expansion géographique et démographique. Ou bien, il a pu être transmis sans pour autant s'accompagner de changement de population. L'équipe de Johannes Krause a étudié le génome de huit individus ayant vécu entre 15.000 et 8000 ans. Des génomes qu'ils ont ensuite comparé avec ceux de plus de 800 individus étudiés dans des travaux antérieurs s'étalant sur toutes les périodes. «Ces travaux renforcent la deuxième possibilité», explique Evelyne Heyer, Professeur au Muséum National d'histoire Naturelle en anthropologie génétique. «L'analyse génétique des premiers fermiers d'Anatolie montre qu'il s'agit de la même population que les chasseurs-cueilleurs qui vivaient au même endroit. Ce sont leurs descendants directs.»

L'Anatolie n'est pas très éloignée du croissant fertile. Les échanges devaient donc être assez courants entre les différents groupes. L'agriculture n'a d'ailleurs pas mis très longtemps pour voyager depuis sa source initiale. Les premières fermes turques ont un peu plus de 10.000 ans. «On retrouve dans les analyses des traces génétiques venues du croissant fertile, c'est-à-dire quelques preuves de mélanges», explique Evelyne Heyer. «Il y avait donc des échanges, mais aucun des deux peuples n'a pris le dessus sur l'autre. Localement les populations sont restées les mêmes d'un point de vue génétique malgré un bouleversement comportemental et technologique.»

Les fermiers d'Anatolie à la conquête de l'Europe

Une découverte d'autant plus intéressante que ces mêmes peuples d'Anatolie, qui ont appris le savoir agricole de leur voisin, l'ont ensuite répandu à toute l'Europe. «Mais dans ce cas les choses ne se sont pas du tout passées de la même manière», explique la scientifique française. «Les analyses génétiques montrent que les agriculteurs se sont déplacés avec leur nouveau mode de vie puis se sont mélangés avec les premières populations de chasseurs-cueilleurs. Il y a eu des mélanges avec les populations locales.» En Europe, la révolution néolithique s'est accompagnée d'un changement génétique des populations.

Faut-il y voir la preuve que les Anatoliens étaient plus agressifs que leurs contemporains? «Pas nécessairement», réagit Evelyne Heyer. «Il est même possible que les Anatoliens se soient comportés avec les Européens exactement comme les peuples du croissant fertiles avec eux. Ils se sont rapprochés, ont échangé leurs technologies et se sont mélangés. À la différence que leur patrimoine génétique a pris une grande part dans celui des populations autochtones.» Ces changements de populations sont assez fréquents dans l'Histoire de l'humanité. Il ne s'accompagne pas nécessairement de guerres ou de massacres. «Il faut se resituer sur une échelle de temps long,» explique Évelyne Heyer. «Ces mouvements ont eu lieu sur plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d'années, donc sur beaucoup de générations, d'une manière ou d'une autre».

Si cette vague migratoire a apporté l'agriculture en Europe, les travaux de Johannes Krause soulèvent une nouvelle interrogation. Les auteurs notent en effet la présence des marqueurs génétiques correspondant aux yeux bleus. Or cette mutation était présente en Europe bien des années avant l'arrivée des Anatoliens. Où, quand et par qui cette mutation est-elle arrivée en premier? Le mystère reste entier...

Source : Le Figaro du 22/03/2019

mercredi 20 mars 2019

Espagne : les hommes ont été décimés par un peuple barbare il y a 4.500 ans

L'arrivée d'un peuple venu des steppes orientales a entraîné la disparition complète des lignées masculines locales dans la péninsule ibérique vers 2500 avant J.-C., alors que le patrimoine génétique des femmes a lui été préservé. Que s'est-il passé ? Les chercheurs tentent toujours de le savoir.

« Le grand remplacement » a bien eu lieu. Non pas aujourd'hui en France, mais il y a 4.500 ans en Espagne. C'est le résultat d'une étude publiée dans la revue Science le 15 mars dernier, qui a analysé le génome de 271 individus ayant vécu dans la péninsule ibérique entre 7.000 ans av. J.-C. et 1.500 ans apr. J.-C. Leurs résultats, ainsi que de précédentes études génétiques, permettent de retracer l'histoire des migrations en Europe.

Les Yamnaya, ce peuple d’éleveurs venu des steppes russes

On sait que l'homme de Néandertal a disparu il y a environ 45.000 ans, sans doute évincé par Homo Sapiens. Mais ce dernier ne connaîtra qu'un court répit, jusqu'à l'arrivée il y a 9.000 ans d'agriculteurs venus du Proche-Orient. Vers 4.500 ans avant notre époque a débarqué de Russie un groupe de bergers nomades, les Yamnaya. Essentiellement pastoraux, ces derniers vivaient de l'élevage plutôt que de l'agriculture. Après s'être étendus dans le Nord et l'Est de l'Europe, les Yamnaya ont peu a peu gagné du terrain vers l'ouest et le sud. « Sur le plan génétique, les Yamnaya sont les principaux ascendants des Européens modernes », explique David Reich, chercheur à la Harvard Medical School de Boston et l'un des coauteurs.

Dans une précédente étude publiée dans Nature en février, David Reich et son équipe s'étaient penchés sur le sort des anciens peuples à l'arrivée des Yamnaya en Grande-Bretagne, entre 2.500 et 1.800 ans av. J.-C. Ces derniers avaient rapidement pris l'ascendant, 90 % de l'ADN des populations existantes ayant disparu en l'espace de quelques centaines d'années. Ont-ils été massacrés ? Ont-ils été décimés par une maladie apportée par les nouveaux occupants ? Se sont-ils mal adaptés au changement de climat ? Le mystère demeure encore sur ce qui s'est réellement passé.

L’ADN des hommes locaux intégralement remplacé par celui des arrivants

Le tableau semble un peu différent pour la péninsule ibérique. Contrairement aux malheureux Britanniques, il semble que les Espagnols ont mieux résisté à l'invasion, coexistant beaucoup plus longtemps avec les Yamnaya. Vers 2000 av. J.-C., la diversité génétique de la population se stabilise autour d'un mélange d'environ 40 % d'ascendance d'Ibérique et 60 % de Yamnaya.

Ce chiffre a priori optimiste cache une réalité beaucoup moins rose. Car les chromosomes Y, présents uniquement chez les hommes, ont eux été remplacés à 100 %. Autrement dit, les anciennes lignées masculines ont été décimées par les nouveaux arrivants. Là encore, les chercheurs restent au stade des hypothèses. Les arrivants, en majorité des hommes, se seraient reproduits prioritairement avec les femmes locales, éliminant peu à peu leurs anciens partenaires. Bénéficiaient-ils d'un avantage reproductif ? Ont-ils sciemment tué ou écarté les hommes pour s'emparer de leurs femmes ? Il n'existe en tout cas aucune trace de massacre.

Des migrants africains en Europe il y a déjà 4.000 ans

Dans toute l'Europe, les mélanges de population ont continué au cours des siècles suivants au gré des arrivées des Romains, des Saxons, des Goths, des Grecs, des Berbères ou des Turcs. Autre enseignement de l'étude de Science : les chercheurs ont découvert une personne vivant entre 2.400 et 2.000 ans av. J.-C. avec une ascendance entièrement nord-africaine, ce qui montre que des échanges entre les deux rives de la Méditerranée se produisaient déjà à cette époque. Cependant, aucune autre invasion n'a eu d'impact génétique aussi fort que celle des Yamnaya, concluent les chercheurs.

Source : Futura Sciences du 19/03/2019

lundi 31 décembre 2018

jeudi 27 décembre 2018

lundi 24 décembre 2018

jeudi 13 décembre 2018

Le fléau de la peste présent en Europe encore plus tôt que prévu

La plus ancienne souche de peste retrouvée parmi des populations agricoles du Néolithique, il y a 4900 ans, dans le sud de la Suède.

La peste a une longue histoire… plus longue même qu’estimée ! Une souche auparavant inconnue de Yersinia pestis, la bactérie à l’origine de cette dramatique maladie, vient en effet d’être trouvée dans le matériel génétique d’une jeune femme de 20 ans (Gökhem2) décédée en Suède, au Néolithique, il y a 4900 ans. Ainsi que dans celui d’un agriculteur (Gökhem4) provenant de la même fosse funéraire de Frälsegården, à Falbygden, dans le sud du pays. La découverte a eu lieu alors que des chercheurs analysaient les bases de données d'ADN ancien de 1058 génomes humains pour mieux comprendre l’histoire évolutive de ce fléau, rapporte un article publié le 6 décembre 2018 dans la revue Cell. L’équipe internationale dirigée par Simon Rasmussen (Université de Copenhague, Danemark) a ainsi repéré cette souche - dite de Gökhem – qui porte les marques génétiques de la peste pneumonique. Ce qui expliquerait pourquoi, comme l’avaient montré de précédents travaux effectués sur ce même site de Frälsegården, 78 personnes auraient été inhumées dans un laps de temps très court, il y a 4900 ans. Toutes ayant pu périr lors d’une épidémie.

La comparaison de cette souche de Yersinia Pestis avec celles déjà connues indique qu’elle aurait divergé vers 5783 ans. Elle serait donc, si l’on en croit les conclusions de l’étude, la plus ancienne souche de peste identifiée à ce jour. Jusqu’à cette trouvaille, les chercheurs pensaient en effet que ceux qui avaient introduit la peste parmi les populations agricoles d’Europe étaient des pasteurs nomades venus des steppes eurasiennes, comme le laissait entendre un article publié en 2017 dans la revue Current Biology . Or ces résultats révèlent que la peste était déjà présente sur le continent européen avant leur arrivée. En réalité, quand les éleveurs Yamna (ou Yamnaya) ont atteint l’Europe depuis les steppes d’Asie centrale il y a 4700 ans environ, ils auraient rencontré des populations déjà décimées par ce mal, explique Simon Rasmussen. « Au moment où nous voyons la peste se propager, de grandes innovations technologiques, telles que le transport par chariots et la traction animale, voyaient le jour. Un moyen idéal pour propager un agent pathogène sur de longues distances », a déclaré le généticien. Pour les signataires de l’article, la peste se serait donc répandue via ces premiers réseaux d’échanges commerciaux, plutôt que par des vagues de migrations massives, comme cela a souvent été suggéré. Ces auteurs estiment surtout que l’on pourrait être, en Suède, face aux vestiges de la première grande pandémie de l’humanité.

Toutefois, rappellent ces spécialistes, les pestes du néolithique et de l’âge du bronze étaient probablement moins virulentes que les effroyables pandémies qui suivirent, à l’instar de l’épisode du règne de Justinien au VIe siècle qui fit quelque 40 millions de morts ; de la terrifiante « peste noire » du XIVe siècle, au Moyen Age, qui anéantit la moitié des habitants de l’Europe; ou encore de l’épidémie qui décima en Inde et en Chine près de 12 millions de personnes en 1855. "Nous pensons souvent que ces super-pathogènes ont toujours existé, mais ce n'est pas le cas », rappelle Simon Rasmussen. La peste aurait en fait évolué à partir d'un organisme moins virulent : à l’âge du Bronze, la bactérie se serait propagée d’humain à humain, par la toux, en affectant principalement le système respiratoire. Ce n’est qu’après avoir subi plusieurs mutations génétiques que ce bacille, alors transmis par les puces et les rats, aurait évolué vers sa terrible forme bubonique, aux alentours de 1000 avant notre ère. Toujours selon ces auteurs, cette pandémie préhistorique pourrait expliquer le déclin qu’ont connu certaines colonies de peuplement en Europe, à l’aube de l’âge du bronze. Un thème qui fait l’objet de grandes discussions.

Source : Science et Avenir du 11/12/2018

jeudi 6 décembre 2018