jeudi 11 avril 2019
INFOGRAPHIE - Une nouvelle espèce, contemporaine d’Homo sapiens, a vécu aux Philippines
Source : La Croix du 10/04/2019
Aux Philippines, découverte d’une nouvelle espèce humaine
Au-dessus de la rivière Pinacanauan, qui serpente entre les rizières verdoyantes, une immense grotte à plusieurs chambres – dont une transformée en chapelle catholique – est creusée dans un massif calcaire recouvert de palmiers et de ficus. Nous sommes dans le nord-est de l’archipel des Philippines, sur l’île de Luçon, dans la grotte de Callao, haute de 20 mètres et couvrant 100 m2.
Là, depuis vingt ans, cohabitent touristes avides de stalagmites et paléontologues du Musée national des Philippines et du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). Dès les années 1970, des fouilles menées par les Philippins n’avaient rien donné, excepté quelques outils dans une couche à 25 000 ans. « On pensait alors qu’il n’y avait pas de traces de la préhistoire aux Philippines », observe Florent Détroit, paléoanthropologue au Muséum-CNRS. Mais Armand Salvador Mijares, directeur de la fouille, n’en était pas convaincu.
« Truelles, balayettes et tiges de bambou »
En collaboration avec des Français et des Australiens, il entame de nouvelles excavations en 2007, 2011 puis 2015. Plus profondes, elles se révéleront fructueuses, comme indiqué dans la revue Nature du 11 avril 2019. « À genoux à même le sol légèrement rougi par l’argile qui s’est infiltré par le plafond à chaque typhon, paléontologues confirmés et jeunes étudiants français et philippins, nous grattons le sol au moyen de truelles, balayettes et tiges de bambou, rapporte Florent Détroit. Très attentifs au moindre objet, nous mettons au jour, en 2011, sur une petite surface de quatre mètres carrés, des dents et des phalanges, plus tard un fragment de fémur d’une jeune personne ». Soit au moins trois personnes différentes.
Deux de ces fossiles ont été datés directement à 50 000 et 67 000 ans par la méthode des isotopes de l’uranium. « Il s’agit des plus anciens restes humains connus aux Philippines, précédant les premiers Homo sapiens datés de 30 à 40 000 ans mis au jour sur l’île de Palawan, au sud-ouest de l’archipel », insiste Florent Détroit. Les 13 pièces originelles ont été moulées avec une résine très fine puis analysées à Paris par imagerie et morphométrie 3D. Ces analyses high-tech ont permis de mettre en évidence des caractères anatomiques très instructifs.
Les prémolaires se rapprochent de celles des Australopithèques
Côté dents, les prémolaires sont dotées de deux à trois racines, alors que chez Homo sapiens il n’y en a qu’une, parfois deux. Par ce caractère et par la morphologie de l’émail et de la dentine (tissu situé sous l’émail), les prémolaires du petit nouveau se rapprochent de celles des Australopithèques et espèces anciennes du genre Homo, telles Homo habilis et Homo erectus. En revanche, les molaires, très petites, ont une morphologie très simple, plus proche de celles d’Homo sapiens. « Un individu possédant ces caractéristiques combinées ne peut donc être classé dans aucune des espèces connues aujourd’hui », conclut Florent Détroit.
Côté pieds, « la phalange proximale, la plus proche du pouce, présente une courbure très marquée et des insertions très développées pour les muscles assurant la flexion du pied », indique Guillaume Daver, paléontologue du CNRS-Université de Poitiers. Ces caractéristiques n’existent pas chez Homo sapiens. Cependant, cette phalange ressemble fortement à celles des Australopithèques, un genre éteint d’hominine ayant vécu en Afrique entre 2 et 3,5 millions d’années.
L’espèce a évolué isolée des autres humains
« Cette combinaison de caractères tout à fait singulière la différencie nettement des autres représentants du genre Homo, notamment les espèces contemporaines connues en Asie du Sud-Est, tels Homo sapiens et Homo floresiensis, un Homo de très petite taille (1 à 1,10 m) qui a vécu sur l’île de Florès entre 100 000 et 60 000 ans », observe Florent Détroit. D’où la décision d’en faire une nouvelle espèce : Homo luzonensis.
Pour l’heure, Homo luzonensis, qui présente une réapparition de caractères primitifs, est une espèce qui a évolué isolée des autres humains, à la manière d’Homo floresiensis en Indonésie. Ce qu’on appelle l’endémisme insulaire. L’hypothèse s’accorde avec l’absence de continuité géographique avec le continent durant le Quaternaire, ainsi qu’une certaine pauvreté de la flore et de la faune locales. Et la façon dont Homo luzonensis est arrivé là ? Cela demeure un mystère.
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Repères : la lignée humaine en dates
• Sahelanthropus tchadensis, dit Toumaï, – 7 millions d’années (Ma), découvert par Michel Brunet au Tchad
• Australopithecus bahrelghazali, ou Abel, - 3,5 Ma, découvert par Michel Brunet au Tchad.
• Australopithecus afarensis, dont Lucy, - 4,1 à - 3 Ma, codécouverte par Yves Coppens en Éthiopie.
• Homo erectus, - 1,5 Ma à - 140 000 ans, Eurasie.
• Homo neanderthalensis, - 450 000 à - 30 000 ans, Eurasie, croisé avec Homo sapiens.
• Homo sapiens, - 300 000 ans en Afrique, - 45 000 ans en Europe.
• Homo floresensis, - 100 000 à - 60 000, île de Florès (Indonésie) en 2003
• Homo luzonensis, - 67 000 à - 50 000, ile de Luzon (Philippines), publié en 2019.
• Homo denisova, - 41 000, Sibérie (sud Russie) en 2010.
Source : La Croix du 10/04/2019
Quand plusieurs humanités peuplaient la Terre
L’île de Luçon, aux Philippines, était habitée, il y a plus de 50 000 ans, par une espèce dont quelques restes fossiles découverts dans la grotte de Callao sont décrits dans la revue Nature, publiée mercredi 10 avril. Homo luzonensis s’ajoute ainsi à la liste déjà fournie de représentants du genre Homo, défini par trois critères : la bipédie permanente, l’augmentation du volume cérébral et l’utilisation d’outils – même si des pierres taillées vieilles de 3,3 millions d’années récemment découvertes au Kenya laissent penser qu’Homo n’a pas été la première lignée de bipèdes « technologiques ». Plusieurs de ces espèces d’Homo ont été contemporaines de la nôtre, à des époques où l’humanité ne se réduisait pas au seul Homo sapiens et pouvait se conjuguer au pluriel. Album d’une famille en constante recomposition.
Homo erectus
Aiguillonné par la découverte de Néandertal (1856) et par l’évolution selon Darwin (1859), Charles Dubois, un anatomiste néerlandais, s’était mis en tête de découvrir le maillon intermédiaire entre l’homme et les grands singes. Ses fouilles à Java mirent au jour, à partir de 1890, le pithécanthrope. L’Homme de Pékin, découvert en 1921, conduisit au rapprochement des deux fossiles, sous la même appellation d’Homo erectus. Des fossiles proches retrouvés en Afrique ont depuis été réattribués à une autre espèce, Homo ergaster, généralement considérée comme l’ancêtre d’Homo antecessor en Europe, tandis qu’erectus est désormais cantonné à l’Asie. Chasseur et cueilleur, il maîtrisait le feu et fabriquait des outils de pierre taillée. Peut-être était-il aussi navigateur, s’il est bien l’ancêtre d’Homo floresiensis en Indonésie et d’H. luzonensis aux Philippines ?
Homo naledi
Lorsque la découverte d’Homo naledi dans une grotte proche de Johannesburg (Afrique du Sud) a été annoncée en 2015, Lee Berger (université de Witwatersrand), responsable des fouilles, en aurait volontiers fait l’« ancêtre de l’humanité ». Son petit crâne poussait certains, dont Yves Coppens, à préférer voir en lui un australopithèque, plus archaïque. Depuis, la datation des quinze individus entassés au fond d’un boyau quasi inaccessible s’est affinée : environ 300 000 ans. Ses doigts de main recourbés en auraient fait un bon grimpeur, capable de se servir d’outils, tandis que ses pieds et ses jambes sont parfaitement adaptés à la marche. Lee Berger estime que la présence des fossiles au fond de la grotte pourrait témoigner de pratiques funéraires, mais l’hypothèse d’une mort accidentelle ne peut être écartée. Pour l’heure, aucun outil associé à Homo naledi n’a été retrouvé.
Homo floresiensis
Découvert en 2003 dans une grotte de l’île indonésienne de Florès, le « Hobbit », ainsi surnommé en référence au héros de Tolkien, a longtemps eu un statut incertain. Sa taille minuscule et la datation initiale très récente (12 000 ans seulement) ont conduit certains à le considérer comme un Homo sapiens nain ou atteint de microcéphalie. Ces vifs débats sont terminés : en 2016, de nouvelles datations ont été proposées. La grotte où il a été retrouvé aurait été occupée entre – 100 000 et – 60 000 ans. En 2017, la description de fossiles assez similaires, trouvés dans un site proche et datés de 700 000 ans, a enfoncé le clou : Homo floresiensis était présent en Indonésie bien avant l’arrivée de notre espèce. Quant au petit crâne du Hobbit, il ne semble pas l’avoir empêché d’être astucieux : les sites archéologiques sont jonchés de ses outils, et il maîtrisait le feu…
Homo neanderthalensis
On ne le présente plus, avec son front fuyant et sa réputation de brute. Pourtant, il a fait preuve d’une ingéniosité certaine pour s’adapter à de rudes périodes de glaciation. Bien des questions demeurent sur ses pratiques culturelles et funéraires, sa maîtrise de la parole. Certains soulignent sa production propre et veulent le réhabiliter, quand d’autres voient plutôt en lui un imitateur d’Homo sapiens, moins doué que l’original. Ce qui est certain, c’est que les deux espèces probablement issues d’un ancêtre commun qui vivait il y a 700 000 ans étaient toujours interfécondes 600 000 ans plus tard, comme l’analyse du génome de Neandertal l’a prouvé : les populations non africaines actuelles comptent en moyenne 2 % d’ADN néandertalien. La paléogénomique tente désormais de démêler cet écheveau familial, et de mieux nous définir par rapport à cet héritage néandertalien.
Denisova
C’est une entité humaine en pointillé, définie d’abord par son ADN – une première ! –, plutôt que par les caractéristiques anatomiques d’un fossile : ses découvreurs ne lui ont pas encore donné de dénomination latine binomiale, car ce qui a permis de l’identifier était une minuscule phalange, vieille de plus de 50 000 ans, trouvée en 2008 dans la grotte de Denisova, dans l’Altaï, et attribuée à une jeune fille. Des vestiges plus anciens (200 000 ans) ont depuis été trouvés ainsi qu’un fragment osseux dont on a pu aussi tirer de l’ADN : nouvelle surprise, il s’agissait d’une métisse datant de 100 000 ans, dont la mère était une néandertalienne et le père, un dénisovien. Homo sapiens n’est pas non plus resté insensible au charme dénisovien: on a retrouvé de 3 à 5 % d’ADN dénisovien chez des Papous et des aborigènes d’Australie, lointains descendants de ces amours antédiluviennes.
Homo luzonensis
C’est le dernier venu dans la famille Homo, décrit dans la revue Nature le 10 avril, à partir de treize fossiles appartenant à au moins trois individus : des dents, des os de pieds et de main et un fémur partiel. Le mélange de caractères archaïques et dérivés (modernes) a conduit leurs découvreurs à proposer une nouvelle espèce, qui peuplait cette île des Philippines il y a plus de 50 000 ans. Comme pour Homo floresiensis, l’isolement aurait conduit à une évolution séparée à partir d’un ancêtre qui pourrait être le responsable de marques de boucherie trouvées sur des restes de rhinocéros vieux de 700 000 ans, trouvés eux aussi à Luçon, à quelques kilomètres à vol d’oiseau.
Homo sapiens
Notre espèce réserve encore des surprises aux paléontologues. On a longtemps cru qu’elle était née il y a 100 000 ans en Afrique de l’Est, et qu’elle avait entamé sa conquête de la planète il y a environ 60 000 ans. Deux études récentes ont chamboulé ces scénarios. La découverte au Maroc de fossiles de sapiens vieux de 315 000 ans, annoncée en juin 2017, vieillissait de 100 000 ans le registre fossile pour notre espèce. Et plaidait pour son origine « panafricaine », d’autant que les outils retrouvés sur place en évoquent d’autres trouvés ailleurs en Afrique, parfois plus anciens encore. Autre surprise : la découverte sur le mont Carmel, en Israël, d’une demi-mâchoire vieille de 180 000 ans, annoncée début 2018, montre que notre espèce était déjà dans les starting-blocks pour conquérir la planète bien plus tôt qu’on ne l’avait imaginé.
Source : Le Monde du 10/04/2019
Une nouvelle espèce humaine découverte aux Philippines
Cette phalange d’un orteil découverte dans la grotte de Callao, aux Philippines, appartiendrait à une nouvelle espèce d’hominidés, Homo luzonensis
Une nouvelle branche vient s’ajouter sur l’arbre généalogique humain : l’équipe de Florent Détroit, du Muséum national d’histoire naturelle, à Paris, a mis au jour les restes d’une espèce d’hominidé inconnue dans une grotte aux Philippines. Ce nouveau membre de la famille humaine, qui était probablement de petite taille, a été nommé Homo luzonensis.
Cette découverte, rapportée dans le journal Nature du 10 avril, devrait relancer le débat sur la date à laquelle les ancêtres des lignées humaines ont quitté l’Afrique. Et l’âge de ces restes – supérieur à 50 000 ans – suggère que plusieurs espèces humaines différentes coexistaient autrefois en Asie du Sud-Est.
Les premières traces de cette nouvelle espèce sont apparues il y a plus d’une décennie, lorsque des chercheurs ont découvert un os de pied datant d’au moins 67 000 ans dans la grotte de Callao, sur l’île de Luzon, aux Philippines. Ils ne savaient pas de quelle espèce provenait cet os, mais ils ont rapporté qu’il ressemblait à celui d’un petit Homo sapiens.
D’autres fouilles de la grotte de Callao ont mis au jour sept dents, deux os du pied et deux de la main. Selon Florent Détroit et ses collègues, ces os ont des caractéristiques différentes de celles d’autres parents humains. Les restes proviennent d’au moins deux adultes et un enfant.
Sept dents d’hominidés, dont ces molaires et prémolaires, ont été trouvées dans la grotte de Callao
Homo luzonensis est la deuxième nouvelle espèce humaine à être découverte en Asie du Sud-Est ces dernières années. En 2004, une autre équipe avait annoncé la découverte d’Homo floresiensis – le « Hobbit » – une espèce qui mesurait un peu plus d’un mètre, sur l’île indonésienne de Florès.
Mais Florent Détroit et ses collègues soutiennent que les restes de la grotte de Callao sont distincts de ceux d’Homo floresiensis et d’autres hominidés – y compris Homo erectus, le premier parent humain ayant quitté l’Afrique, il y a environ 2 millions d’années.
Les molaires découvertes sont extrêmement petites comparées à celles d’autres parents humains. Comme chez Homo sapiens, les cuspides des molaires (les petites pointes sur la face supérieure de la dent), ne sont pas aussi prononcées que chez les hominidés plus anciens. La forme de l’émail sur la face intérieure des molaires ressemble à celle des spécimens d’Homo sapiens et d’Homo erectus découverts en Asie. Les prémolaires sont petites, mais encore dans la gamme de celles d’H. sapiens et H. floresiensis. Mais les auteurs rapportent que la taille globale des dents ainsi que le rapport entre la taille des molaires et des prémolaires sont différents de ceux des autres membres du genre Homo.
Comparaison des dents d’Homo luzonensis (à gauche), d’Homo erectus (au centre) et d’Homo sapiens (à droite)
La forme des os du pied d’H. luzonensis diffère également. Ils ressemblent plus à ceux d’un Australopithèque – des hominidés plus anciens, dont le plus célèbre représentant est Lucy, qui est supposé n’avoir jamais quitté l’Afrique. La courbure des os des orteils et l’os d’un doigt suggèrent qu’H. luzonensis était adapté pour grimper dans les arbres.
Comparaison de la phalange proximale CCH4 d’Australopithecus afarensis, d’Homo floresiensis, d’H. luzonensis et d’Homo sapiens, de gauche à droite
Florent Détroit et ses collègues sont prudents quant à l’estimation de la taille d’H. luzonensis, car il n’y a que peu de vestiges. Mais compte tenu de ses petites dents et de la taille de l’os du pied découvert en 2010, ils estiment que sa taille se situait dans la fourchette des petits H. sapiens, comme les membres de certains groupes ethniques indigènes vivant aujourd’hui sur l’île Luzon et ailleurs aux Philippines, collectivement désignés sous le nom de Négritos. Les hommes de ces groupes vivant sur l’île de Luzon ont une taille moyenne d’environ 151 centimètres et les femmes d’environ 142 centimètres.
Les chercheurs sont divisés sur la façon dont H. luzonensis s’intègre dans l’arbre généalogique humain. Florent Détroit privilégie l’idée que la nouvelle espèce descend d’un groupe d’Homo erectus ayant progressivement évolué vers une forme différente.
« Les îles présentent souvent différentes voies d’évolution, explique Gerrit van den Bergh, paléontologue à l’université de Wollongong, en Australie. On peut imaginer qu’en arrivant sur des îles comme Luzon ou Florès, Homo erectus n’avait plus besoin d’être taillé pour la course de fond, mais plutôt de s’adapter pour passer la nuit dans les arbres. »
Mais, étant donné les similitudes de l’espèce avec Australopithecus, Matthew Tocheri, de l’université Lakehead, à Thunder Bay, au Canada, se demande si les habitants de la grotte de Callao ne descendent pas d’une lignée qui aurait migré hors d’Afrique avant Homo erectus.
Le matériel génétique pourrait aider les scientifiques à identifier la relation de cette nouvelle espèce avec d’autres hominidés, mais les efforts pour extraire l’ADN d’H. luzonensis ont échoué jusqu’ici. Cependant, les os et les dents ont été datés d’au moins 50 000 ans. Cela suggère que l’espèce a pu vivre en Asie du Sud-Est en même temps qu’H. sapiens, H. floresiensis et même des Dénisoviens, un groupe dont l’ADN a été trouvé chez des hommes contemporains en Asie du Sud-Est.
« L’Asie du Sud-Est insulaire semble être pleine de surprises paléontologiques qui compliquent le tableau de l’évolution humaine », conclut William Jungers, paléoanthropologue à l’université de Stony Brook, à New York.
Source : Pour la Science du 11/04/2019
Découverte de l’Homo luzonensis : «Notre arbre généalogique a mille bras»
Une équipe de scientifiques menée par un Français a découvert des fossiles d’une nouvelle espèce humaine aux Philippines. L’Homo luzonensis vivait il y a plus de 50 000 ans, était petit et grimpait aux arbres. Pour Gilles Berillon, paléoanthropologue au CNRS, « on est en train de comprendre que l’homme est un animal comme les autres », qui « a connu de multiples tentatives d’évolutions ».
Pourquoi la découverte de ce nouvel « homo » est importante ?
GILLES BERILLON. Cela montre que nous ne connaissons pas tous nos cousins. Jusque-là, on pensait qu’il n’y avait que trois espèces qui peuplaient en même temps, la Terre, il y a environ 40 000 ans. On sait maintenant qu’elles sont au moins quatre : l’Homo sapiens, l’Homo neanderthalensis, l’Homo floresiensis et maintenant l’Homo luzonensis. Notre arbre généalogique ne cesse de s’enrichir…
Doit-on s’attendre à d’autres surprises ?
Bien sûr, l’odyssée de l’espèce humaine depuis sa bifurcation d’avec les grands singes, est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. L’histoire racontée à l’école qui fait dériver l’homme en droite ligne de l’australopithèque, c’est du cinéma. C’est beaucoup plus complexe que cela. Il serait beaucoup plus pertinent de voir notre arbre généalogique comme un arbre aux mille bras, avec des rameaux qui ont avorté, d’autres qui ont survécu et donné eux-mêmes lieu à un buissonnement d’espèces au cours des 200 000 dernières années. Et même si une seule espèce a perduré – nous, Homo sapiens – la marche de l’évolution va continuer.
En clair, il faut cesser avec notre vision linéaire ?
Oui. On est en train de comprendre que l’homme est un animal comme les autres. Et que tout comme les éléphants, les lézards ou les oiseaux, l’homme a connu de multiples tentatives d’évolutions. Au fil des peuplements d’Est en Ouest, du Sud vers le nord, des groupes se sont isolés comme l’Homo luzonensis. Et si une seule espèce a fini par perdurer, – l’Homo sapiens –, il y a eu beaucoup de dégâts entre-temps…
Quel est notre plus lointain ancêtre connu à ce jour ?
Aujourd’hui, rien ne vient contredire l’idée que le berceau de l’espèce humaine est africain. Quant à savoir quel est le premier « homines », c’est une autre histoire… Pour l’instant, cela reste Toumaï découvert au Tchad en 2001 et dont on estime qu’il a environ 7 millions d’années. Mais on peut envisager de trouver un fossile encore plus ancien que Toumaï, car il apparaît assez probable que l’émergence à partir des grands singes remonte à plus de 8 millions d’années. Avant Toumaï, il y avait eu Orrorin trouvé en 2000 au Kenya, âgé d’environ 6 millions d’années, et bien sûr Lucy vieille de 3, 2 millions d’années et découverte en Éthiopie en 1974. Elle a pourtant vécu 600 000 ans, deux fois plus longtemps qu’Homo sapiens, cela ne l’a pas empêchée d’être détrônée.
Source : Le Parisien du 10/04/2019
mercredi 10 avril 2019
Découverte de l’Homo luzonensis, nouvelle espèce humaine cousine de l’Homo sapiens
Sept dents, deux os de mains, un fémur, trois os de pieds dont une phalange étonnante… Au total, treize fossiles appartenant à au moins deux adultes et un enfant, et une certitude : Homo sapiens a un nouveau cousin, Homo luzonensis. Et comme ce n’est pas tous les jours qu’on découvre une nouvelle espèce du genre Homo, cette découverte d’une équipe de paléontologues franco philippine fait la une de la prestigieuse revue Nature.
Homo luzonensis ne vient pas d’une région inaccessible. Sa dernière adresse connue figure même dans le guide Lonely Planet, il s’agit de la grotte de Callao, « un site situé au Nord de l’île de Luzon, la plus grande île des Philippines, celle sur laquelle se trouve Manille, la capitale », explique Florent Détroit, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle, qui a codirigé les fouilles.
Des prémolaires et molaires appartenant à un seul et même individu
Des os vieux de 50 000 à 67 000 ans
C’est là qu’en 2007, au sommet de 184 marches glissantes, juste près de l’entrée principale, qu’un premier petit os de pied est trouvé. Le fossile, aux proportions curieuses, intrigue ; après analyse, il s’avère qu’il n’est pas celui d’un primate. Mais bizarre, ce métatarse est du genre Homo sapiens (le nôtre !) mais sans coller parfaitement à cette espèce. En 2009, les fouilles reprennent plus profond, puis en 2011, bingo ! « En deux jours, on a trouvé tout un ensemble de phalanges, de dents, ainsi qu’un fémur d’enfant », raconte le paléontologue. Reste aux archéologues à comprendre de quoi il retourne.
Première trouvaille : la datation de deux des fossiles exhumés révèle qu’ils sont en présence d’os vieux de 50 000 à 67 000 ans, datant d’avant les premiers Homo sapiens dont on a retrouvé la trace dans l’archipel. Une autre énigme surgit : en examinant notamment les dents et certains os des pieds, les chercheurs s’aperçoivent qu’il est impossible de relier ces fossiles à une espèce connue.
Des ancêtres chinois ?
Certains détails les font pencher du côté de l’Homo sapiens et d’autres du côté de l’Australopithèque, vieux lui d’environ 2 à 3 millions d’années. L’analyse des dents particulièrement les plonge dans un abîme de perplexité : sur le chantier, ils ont mis au jour un ensemble de prémolaires et molaires appartenant à un seul et même individu, mais « les premières très petites faisaient penser à un Homo sapiens quand les secondes se rapprochaient de la denture d’un Australopithèque », précise Florent Détroit.
Pour les chercheurs, il y a une solution à ce capharnaüm : les ossements trouvés à Callao correspondent en fait à une nouvelle espèce d’hominidés, comme en son temps l’Homo florensiensis trouvé en 2004, en Indonésie. Mais alors à quoi ressemblait cet Homo luzonensis ?
Les ossements trouvés correspondent en fait à une nouvelle espèce d’hominidés, l’Homo luzonensis
Sans être nain comme son cousin l’homme de Florès – les os de ses pieds disent l’inverse – il n’était pas très grand et très probablement bipède quoique prêt pour la grimpe, « il est probable qu’il descendait d’un Homo erectus chinois », estime le scientifique. Comment est-il arrivé sur cette île ? Comme le remarquent les auteurs de l’article publié dans Nature, « celle-ci n’a jamais été accessible à pied sec au quaternaire ». Homo luzonensis avait-il le pied marin ?
Source : Le Parisien du 10/04/2019
Un Français découvre une cinquième espèce humaine
Place, faites place dans l'arbre des hominines à Homo luzonensis ! Ce cousin préhistorique vivait sur l'ile de Luzon, au nord des Philippines, il y a 50.000 ans, au moment où nos ancêtres Homo sapiens, mais aussi les néandertaliens, les Hommes de Denisova, et les Hommes de Florès vivaient, chassaient, dormaient... Ce qui signifie que pas moins de cinq espèces du genre Homo se partageaient la planète à l'époque.. dont ne subsiste que la nôtre aujourd'hui. La nouvelle espèce a été décrite par une équipe internationale, dirigée par Florent Détroit, du Musée de l'Homme. (MNHN) à partir de quelques restes patiemment extirpés du sol de la grotte de Callao entre 2007 et 2015. En tout et pour tout, six dents, un morceau de fémur, deux phalanges de main, et trois os de pied.
Des prémolaires très instructives
C'est maigre, certes. Mais extraordinaire, pourtant. Car ces fossiles, datés de -50.000 ans à -67.000 ans, et dûment comparés, s'avèrent à nuls autres pareils. Prenez les dents d'Homo luzonensis : ses prémolaires ont trois racines, alors que chez l'homme moderne, il n'y en a qu'une, parfois deux. Elles ont beau être petites -un trait très sapiens- elles ressemblent plutôt à des dents d'australopithèques, (telle Lucy -4 millions d'années), ou d'Homo très anciens (comme Homo habilis, -2,5 millions d'années). "Un individu possédant ces caractéristiques combinées ne peut être classé dans aucune des espèces connues aujourd'hui", explique le paléontologue Florent Détroit, dont la découverte fait la Une du magazine Nature du 11 avril !
Regardons maintenant ses pieds : "La phalange proximale présente une courbure très marquée et des insertions très développées pour les muscles assurant la flexion du pied", détaille Guillaume Daver, co-signataire de l'article et spécialiste du squelette post-crânien (en gros tout ce qui est situé en-dessous du crâne), dans l'équipe PALEVOPRIM, qui associe le CNRS et l'Université de Poitiers. Une telle courbure évoque bigrement les pieds des australopithèques, des bipèdes qui grimpaient encore aux arbres. Comment expliquer ces caractères très archaïques chez des Homo datés d'à peine 50.000 ans? Et ce, alors que la bipédie stricte est installée chez les membres du genre Homo à partir de -2 millions d'années ?
Comment a-t-il gagné l'île de Luzon?
Le petit bonhomme de Luzon, dont la stature réelle reste assez mystérieuse (voir notre vidéo) avait-il un mode de locomotion mixte, à la fois bipède et arboricole ? (voir la vidéo). Seules d'autres découvertes permettront de résoudre le mystère. Il subsiste encore bien des énigmes qui fascinent les chercheurs… Comment a-t-il gagné l'ile de Luzon, qui n'a jamais été accessible à pied sec pendant le Quaternaire? Emporté sur du bois flottant pendant un tsunami? Sur un radeau plus sophistiqué? Et qui sont ces ancêtres? Quels sont ses liens de parenté avec les premiers humains à avoir occupé l'ile? On a en effet découvert l'an dernier, des restes de rhinocéros proprement découpés, ainsi que des outils, le tout daté de -700.000 ans à quelques centaines de km de la grotte de Callao. La preuve que cette ile d'Asie du sud-est a été colonisée assez tôt, dans l'histoire de l'humanité, peut-être par des Homo erectus venus d'Afrique et passés par l'Asie. L'Homme de Luzon est-il le descendant de ces premiers colons? Ou vient-il d'une deuxième vague?
Ses caractéristiques étranges, archaïques, sidèrent. Sont-elles le fruit d'un endémisme insulaire? (Voir notre vidéo n°). Coincé sur cette ile, cet Homo a-t-il vu son génome et sa morphologie dériver? Il y a un précédent : l'Homme de Florès, alias Homo floresiensis, (-95.000 à -50.000 ans), qui s'est, lui, miniaturisé, dans un environnement sans prédateur et aux ressources limitées. "L'endémisme insulaire est la meilleure hypothèse pour expliquer la réapparition de caractéristiques primitives chez Homo luzonensis", convient Florent Détroit (voir notre vidéo n°). Enfin, pourquoi cet hominine, le plus ancien dont la présence soit attestée par des ossements dans cette région du monde, a-t-il disparu? Les Homo sapiens, de leur côté, sont réputés n'avoir débarqué qu'il y a 40.000 ans, sur une autre ile philipine, celle de Palawan, mais on suit leur trace, en Asie, dès il y a 80.000 ans. Ces deux-là ont-ils pu un jour se rencontrer? Il faudra d'autres fouilles pour le déterminer.
Les hominines, kesaco ?
Pour distinguer les différents primates, contemporains ou disparus, la jeune génération de paléontologues utilise désormais ces taxons : Les hominines rassemblent les membres du genre Homo et leurs ancêtres ou parents fossiles (Toumaï, Orrorin, australopithèques, kenyanthropes et ardipithèques). Les hominidés désignent, le plus souvent, l'Homme actuel et ses parents grands singes, chimpanzés, bonobos, gorilles, orangs-outangs. Pour certains, il est même réservé aux seuls Hommes actuels et aux gorilles. Les hominoïdes, eux, forment une super famille de primates arboricoles ou terrestres comprenant les grands singes africains et asiatiques, l'homme et leurs ancêtres fossiles.
Source : Sciences et Avenir du 10/04/2019
samedi 23 mars 2019
L'agriculture s'est d'abord propagée grâce aux échanges culturels
Les premiers agriculteurs d'Anatolie étaient les descendants directs des chasseurs-cueilleurs de la même région. Ils ont appris à développer l'agriculture au contact des peuples du croissant fertile sans qu'aucun des deux groupes ne prenne le dessus sur l'autre.
L'agriculture est née dans le croissant fertile, entre le Tigre et l'Euphrate, il y a plus de 11.000 ans. Doucement, ce savoir-faire s'est ensuite répandu à travers toute l'Europe. Une équipe internationale de chercheurs menée par Johannes Krause de l'institut Max Planck d'Iéna (Allemagne), vient de publier un article dans la revue Nature Communication démontrant que les premiers agriculteurs d'Anatolie (Turquie actuelle) ont appris à développer l'agriculture par des échanges culturels avec leurs voisins.
Il y a deux hypothèses principales pour raconter la propagation de l'agriculture que l'on apparente à un des plus grands bouleversements de notre histoire, la révolution Néolithique. Ce savoir-faire a pu être apporté par un groupe à la faveur d'une colonisation à mesure de son expansion géographique et démographique. Ou bien, il a pu être transmis sans pour autant s'accompagner de changement de population. L'équipe de Johannes Krause a étudié le génome de huit individus ayant vécu entre 15.000 et 8000 ans. Des génomes qu'ils ont ensuite comparé avec ceux de plus de 800 individus étudiés dans des travaux antérieurs s'étalant sur toutes les périodes. «Ces travaux renforcent la deuxième possibilité», explique Evelyne Heyer, Professeur au Muséum National d'histoire Naturelle en anthropologie génétique. «L'analyse génétique des premiers fermiers d'Anatolie montre qu'il s'agit de la même population que les chasseurs-cueilleurs qui vivaient au même endroit. Ce sont leurs descendants directs.»
L'Anatolie n'est pas très éloignée du croissant fertile. Les échanges devaient donc être assez courants entre les différents groupes. L'agriculture n'a d'ailleurs pas mis très longtemps pour voyager depuis sa source initiale. Les premières fermes turques ont un peu plus de 10.000 ans. «On retrouve dans les analyses des traces génétiques venues du croissant fertile, c'est-à-dire quelques preuves de mélanges», explique Evelyne Heyer. «Il y avait donc des échanges, mais aucun des deux peuples n'a pris le dessus sur l'autre. Localement les populations sont restées les mêmes d'un point de vue génétique malgré un bouleversement comportemental et technologique.»
Les fermiers d'Anatolie à la conquête de l'Europe
Une découverte d'autant plus intéressante que ces mêmes peuples d'Anatolie, qui ont appris le savoir agricole de leur voisin, l'ont ensuite répandu à toute l'Europe. «Mais dans ce cas les choses ne se sont pas du tout passées de la même manière», explique la scientifique française. «Les analyses génétiques montrent que les agriculteurs se sont déplacés avec leur nouveau mode de vie puis se sont mélangés avec les premières populations de chasseurs-cueilleurs. Il y a eu des mélanges avec les populations locales.» En Europe, la révolution néolithique s'est accompagnée d'un changement génétique des populations.
Faut-il y voir la preuve que les Anatoliens étaient plus agressifs que leurs contemporains? «Pas nécessairement», réagit Evelyne Heyer. «Il est même possible que les Anatoliens se soient comportés avec les Européens exactement comme les peuples du croissant fertiles avec eux. Ils se sont rapprochés, ont échangé leurs technologies et se sont mélangés. À la différence que leur patrimoine génétique a pris une grande part dans celui des populations autochtones.» Ces changements de populations sont assez fréquents dans l'Histoire de l'humanité. Il ne s'accompagne pas nécessairement de guerres ou de massacres. «Il faut se resituer sur une échelle de temps long,» explique Évelyne Heyer. «Ces mouvements ont eu lieu sur plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d'années, donc sur beaucoup de générations, d'une manière ou d'une autre».
Si cette vague migratoire a apporté l'agriculture en Europe, les travaux de Johannes Krause soulèvent une nouvelle interrogation. Les auteurs notent en effet la présence des marqueurs génétiques correspondant aux yeux bleus. Or cette mutation était présente en Europe bien des années avant l'arrivée des Anatoliens. Où, quand et par qui cette mutation est-elle arrivée en premier? Le mystère reste entier...
Source : Le Figaro du 22/03/2019
mercredi 20 mars 2019
Espagne : les hommes ont été décimés par un peuple barbare il y a 4.500 ans
L'arrivée d'un peuple venu des steppes orientales a entraîné la disparition complète des lignées masculines locales dans la péninsule ibérique vers 2500 avant J.-C., alors que le patrimoine génétique des femmes a lui été préservé. Que s'est-il passé ? Les chercheurs tentent toujours de le savoir.
« Le grand remplacement » a bien eu lieu. Non pas aujourd'hui en France, mais il y a 4.500 ans en Espagne. C'est le résultat d'une étude publiée dans la revue Science le 15 mars dernier, qui a analysé le génome de 271 individus ayant vécu dans la péninsule ibérique entre 7.000 ans av. J.-C. et 1.500 ans apr. J.-C. Leurs résultats, ainsi que de précédentes études génétiques, permettent de retracer l'histoire des migrations en Europe.
Les Yamnaya, ce peuple d’éleveurs venu des steppes russes
On sait que l'homme de Néandertal a disparu il y a environ 45.000 ans, sans doute évincé par Homo Sapiens. Mais ce dernier ne connaîtra qu'un court répit, jusqu'à l'arrivée il y a 9.000 ans d'agriculteurs venus du Proche-Orient. Vers 4.500 ans avant notre époque a débarqué de Russie un groupe de bergers nomades, les Yamnaya. Essentiellement pastoraux, ces derniers vivaient de l'élevage plutôt que de l'agriculture. Après s'être étendus dans le Nord et l'Est de l'Europe, les Yamnaya ont peu a peu gagné du terrain vers l'ouest et le sud. « Sur le plan génétique, les Yamnaya sont les principaux ascendants des Européens modernes », explique David Reich, chercheur à la Harvard Medical School de Boston et l'un des coauteurs.
Dans une précédente étude publiée dans Nature en février, David Reich et son équipe s'étaient penchés sur le sort des anciens peuples à l'arrivée des Yamnaya en Grande-Bretagne, entre 2.500 et 1.800 ans av. J.-C. Ces derniers avaient rapidement pris l'ascendant, 90 % de l'ADN des populations existantes ayant disparu en l'espace de quelques centaines d'années. Ont-ils été massacrés ? Ont-ils été décimés par une maladie apportée par les nouveaux occupants ? Se sont-ils mal adaptés au changement de climat ? Le mystère demeure encore sur ce qui s'est réellement passé.
L’ADN des hommes locaux intégralement remplacé par celui des arrivants
Le tableau semble un peu différent pour la péninsule ibérique. Contrairement aux malheureux Britanniques, il semble que les Espagnols ont mieux résisté à l'invasion, coexistant beaucoup plus longtemps avec les Yamnaya. Vers 2000 av. J.-C., la diversité génétique de la population se stabilise autour d'un mélange d'environ 40 % d'ascendance d'Ibérique et 60 % de Yamnaya.
Ce chiffre a priori optimiste cache une réalité beaucoup moins rose. Car les chromosomes Y, présents uniquement chez les hommes, ont eux été remplacés à 100 %. Autrement dit, les anciennes lignées masculines ont été décimées par les nouveaux arrivants. Là encore, les chercheurs restent au stade des hypothèses. Les arrivants, en majorité des hommes, se seraient reproduits prioritairement avec les femmes locales, éliminant peu à peu leurs anciens partenaires. Bénéficiaient-ils d'un avantage reproductif ? Ont-ils sciemment tué ou écarté les hommes pour s'emparer de leurs femmes ? Il n'existe en tout cas aucune trace de massacre.
Des migrants africains en Europe il y a déjà 4.000 ans
Dans toute l'Europe, les mélanges de population ont continué au cours des siècles suivants au gré des arrivées des Romains, des Saxons, des Goths, des Grecs, des Berbères ou des Turcs. Autre enseignement de l'étude de Science : les chercheurs ont découvert une personne vivant entre 2.400 et 2.000 ans av. J.-C. avec une ascendance entièrement nord-africaine, ce qui montre que des échanges entre les deux rives de la Méditerranée se produisaient déjà à cette époque. Cependant, aucune autre invasion n'a eu d'impact génétique aussi fort que celle des Yamnaya, concluent les chercheurs.
Source : Futura Sciences du 19/03/2019
















