samedi 27 juillet 2019

Homo : une famille de plus en plus compliquée

Tous les mois, fouilles et ADN révèlent de nouveaux Homo : des oncles et des cousins qui bouleversent le vieux scénario linéaire et redessinent l'arbre buissonnant de notre histoire. Entre métissages complexes et lignées fantômes, Émilie Rauscher tente d'y voir clair.

Les histoires de famille, c'est toujours compliqué, surtout quand la famille est grande. En la matière, difficile de faire mieux que la famille humaine qui bat tous les records…

Pour raconter l'histoire de ceux dont on partage le genre, les Homo, on a pourtant longtemps privilégié un déroulé assez élémentaire, une odyssée scandée de grands anciens aux faciès archaïques : Homo habilis et H. rudolfensis (3 millions d'années), H. erect us (1,5 million d'années), Neandertal bien sûr, et d'autres, moins connus, comme H. ergaster (2 millions d'années), ou H. rhodesiensis et Heidelbergensis

Repères

Le genre Homo émerge il y a 2,8 millions d'années en Afrique (H. habilis). Les premiers pré Sapiens y apparaissent il y a 500 000 ans, et le premier " vrai " Sapiens 300 000 ans plus tard.


(500 000 ans) … Une succession linéaire censée mener jusqu'à un apogée que nous constituerions, puisque nous nous sommes auto décrétés " homme anatomiquement moderne " et Homo sapiens, autrement dit " homme sage ".

Dans cette belle histoire, les formes humaines se succédaient aimablement et se chevauchaient rarement. Une vision simple qui eut le mérite de poser des bases. Mais les paléoanthropologues savent aujourd'hui que ce fut un peu plus compliqué : il y avait plus de monde qu'escompté à la table familiale, et les parents manquants commencent à sortir du bois…

Un foisonnement de formes humaines

Ces derniers temps, les nouveaux convives se sont même précipités : Homo luzonensis, qui a fait l'actualité en avril dernier ; deux nouveaux hommes de Denisova ces derniers mois ; sans oublier, il y a deux ans, l'homme de Je-bel Irhoud, sorte de grand-oncle inattendu ; ni Homo naledi et Florès, il y a quatre et quinze ans, deux représentants de rameaux isolés…

" Beaucoup de nouvelles découvertes ont accru la complexité de l'arbre évolutif, souligne le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin, du Collège de France et de l'Institut Max-Planck de Leipzig. On est passé à quelque chose de buissonnant, dont les branches s'entrelacent et se recoupent… et souvent s'interrompent ! "

Pourquoi une telle profusion aujourd'hui ? Il y a d'abord le tempo des fouilles. " La de terrain se développe en Afrique, en Chine, en Asie du Sud-Est, appuie la paléoanthropologue Dominique Grimaud-Hervé, du Muséum national d'histoire naturelle de Paris (MNHN). Ce qui permet d'accumuler les surprises et contribue à combler les lacunes géographiques et temporelles : c'est motivant ! " " Souvent on ne trouve rien, rit Florent Détroit (MNHN). Mais quand on trouve, c'est un foisonnement ! " Et il sait de quoi il parle : il est le " père " du nouveau venu H. luzonensis, débusqué sur l'île de Luzon, aux Philippines. Une terre promise pour la recherche avec l'Indonésie voisine.

Autre raison pointée par le chercheur : " Avant les années 1950, chaque spécimen un peu particulier était classé à part, si bien qu'on était arrivé à un ensemble incompréhensible. Puis il y a eu un mouvement inverse de regroupement… avant qu'on fasse de nouveau machine arrière aujourd'hui. " " Heidelbergensis et Erectus sont devenus des groupes fourre-tout, où se retrouvent les fossiles qu'on ne sait pas où ranger ailleurs ", rappelle Dominique Grimaud-Hervé. Or, ce nouveau regard change les choses : " Sion classe deux squelettes dans un même groupe, on se dit qu'il n'y a pas grand-chose à creuser. Mais si on les sépare, alors on va chercher ce que signifient leurs variations, en quoi leurs histoires évolutives sont différentes, quelles sont leurs origines ", reprend Florent Détroit. Détails et variations retrouvent de la valeur et du sens.

H. naledi présente ainsi un mélange inédit de traits archaïques (plus proches de ce qu'on observe chez des hominidés anciens comme les Australopithèques : phalanges incurvées, volume cérébral…) et modernes (longues jambes, forme du crâne…). H. luzonensis affiche lui aussi une mosaïque en partie archaïque (prémolaire, pied) et moderne (molaire), mais différente des patchworks déjà identifiés. Bref, des êtres " chimères " qui semblent puiser leurs traits protéiformes chez plusieurs autres espèces. Et ils sont loin d'être les seuls. Des crânes et des ossements étonnants, ressortis pour réanalyses des tiroirs où ils prenaient la poussière, déploient là encore de singulières singularités : H. helmei, H. idaltu, les hommes de Kabwé, de Jebel Irhoud, en Afrique, l'homme de Hualongdong, de Dali ou de Maba, en Chine ; et même l'homme de Saccopastore en Europe…

À chacun sa petite partition anatomique

Un inventaire à la Prévert dont la poésie bouleverse notre phylogénie. Car chacun dis pose de sa petite partition anatomique archaïco-moderne personnelle, alors que tous sont " contemporains " et pas si vieux : " On connaît désormais plusieurs formes humaines coexistant au Pléis tocène moyen (-800 000 à -125 000 ans), constate Jean-Jacques Hublin. Une diversité bien plus importante que ce que l'on a longtemps imaginé, et surtout d'un autre ordre que ce qu'on peut voir aujourd'hui. Les hommes actuels appartiennent tous à la même espèce, assez homogène, mais entre ces formes anciennes les différences physiques sont comparables à celles qui séparent des espèces distinctes de mammifères. "

Le voilà incarné, le buisson ne ment de notre arbre généalogique ! Certains fossiles peuvent être associés sur des branches, elles-mêmes reliées à l'arbre humain global, quand d'autres sont encore trop mystérieux pour qu'on sache où les placer. Il y a 300 000 ans, notre histoire était incomparablement plus riche -notre solitude actuelle n'en paraît que plus singulière. Prendre conscience de cette diversité est primordial mais ne dit pas où, dans notre arbre, ajouter les branches que l'on découvre. Surtout, que racontent-elles ensemble ? Sur l'origine de Sapiens par exemple ? " Les variations entre les fossiles africains montrent qu'au lieu d'une progression linéaire vers sa morphologie, il y a eu des superpositions chronologiques entre diverses morphologies archaïques et modernes ", notait en 2016 le paléoanthropologue Christopher Stringer, du Muséum d'histoire naturel de Londres. Impossible de désigner un lieu d'émergence précis, ces superpositions évoquent davantage une évolution " fragmentée ", une origine morcelée entre des régions reliées par des échanges de gènes via des métissages.

Pour aller plus loin, les scientifiques explorent un autre grand terrain de fouilles : les génomes. Les généticiens peuvent désormais passer l'ADN ancien extrait d'ossements millénaires au tamis de leurs séquenceurs dernier cri. Un champ de recherche lancé en 2009 avec la publication du patrimoine génétique de Neandertal par le précurseur Svante Paäbo, suivi de celui de Denisova en 2010. De quoi renouveler les informations disponibles sur la morphologie, les adaptations, la diversité (quand on dispose de plusieurs génomes pour les comparer).

Mais cette approche a ses limites : il n'y a pas toujours de fossiles disponibles et leur ADN peut être dégradé. Temps qui passe et environnement le fragmentent, surtout dans les zones chaudes et humides telles que l'Afrique ou l'Asie, primordiales dans notre évolution.

Les gènes de populations inconnues…

Dès 2006, Jeffrey Wall et Vincent Plagnol imaginent une autre façon de faire de la paléoanthropologie génétique, moins directe et plus introspective : regarder dans notre ADN moderne pour voir si on n'y trouverait pas la trace d'autres génomes, appartenant à des hommes disparus !

Pour ceux dont on dispose d'un modèle (Neandertal et Denisova), l'identification est facile… Or les deux chercheurs veulent s'en affranchir.

Ils traquent les anomalies dans les fréquences de présence des mutations de notre texte génétique. En se basant sur le fait que la molécule de l'hérédité accumule, au fil du temps, et selon un rythme connu, des altérations, leur idée est d'identifier, grâce à des analyses statistiques, les régions dans lesquelles le nombre de mutations n'est pas normal : signe possible d'une origine étrangère, d'une autre population humaine qui aurait évolué de son côté (avec ses propres mutations) avant de se croiser avec nous. Sachant que les vestiges génétiques peuvent eux-mêmes être porteurs de vestiges d'un autre… Reste ensuite à savoir à qui appartient tout ça.

Cette méthode a aussi ses limites : " L'ADN des populations actuelles ne permet de retracer que des croisements qui ont eu une descendance jusqu'à nous ", rappelle Évelyne Heyer, spécialiste en anthropologie génétique au MNHN. Autre difficulté : la délicate interprétation des données statistiques obtenues, qui entraîne débats et résultats parfois contradictoires. Mais ça marche !

La paléogénétique introspective a permis de confirmer la présence de Neandertal en nous (et de nous en lui), ainsi que celle de Denisova. Ou plutôt " des " Denisova, comme l'a découvert le biologiste des populations Murray Cox (université de Massey, Nouvelle-Zélande) en avril dernier, en étudiant le génome des Papous et des Indonésiens : " Au lieu d'un groupe unique, il s'agit en réalité d'au moins trois groupes très différents ! Et avec plus de diversité que ce qui existe entre nous, Sapiens, aujourd'hui. " L'un des trois est même si différent que le chercheur y voit presque une espèce à part… Une semi-surprise tant l'Asie est riche en fossiles hors normes.

Car voilà bien toute la puissance de cette nouvelle approche : sa capacité à exhumer aussi des populations " fantômes " dont les membres mystérieux hantent notre génome sans qu'on leur connaisse encore de corps fossiles physiques.

Un de ces fantômes a été aperçu en 2016. L'étude d'ADN d'ossements de groupes vivant au Moyen-Orient il y a plus de 15 000 ans a révélé la présence d'un ADN de plus de 45 000 ans. Qui ne possédait pourtant aucun élément néandertalien, contrairement aux populations de la région (et d'Europe) de l'époque.

Au moment de sa sortie d'Afrique, il y a 100 000 ans, notre espèce adonc connu trois destins distincts : entre ceux restés en Afrique et ceux partis jusqu'en Amérique et en Australie (croisant Neandertal et Denisova), une population surnommée les " Eurasiens basaux " s'est isolée. Où exactement ? Et combien de temps se perpétua-t-elle ? Mystère…

Avec ses nombreux fossiles mi-archaïques mi-modernes et son incroyable diversité génétique actuelle, l'Afrique cache à coup sûr de nombreuses lignées humaines oubliées. C'est dans le génome des Biaka (Afrique centrale), des Mandenka (Afrique de l'Ouest) et des San (dans le sud), que Michael Hammer, de l'université d'Arizona, suggérait en 2011 un autre méandre inconnu de notre histoire : il y a 35 000 ans, les ancêtres de ces tribus se seraient croisés avec une autre population humaine… qui n'était pas Sapiens puisque la population en question se serait séparée de notre lignée il y a plus de 700 000 ans. Soit à l'époque où un autre groupe d'Homo sortait d'Afrique et allait vivre sa vie évolutive en Europe (pour donner Neandertal) et en Asie (Denisova).

Enfin, un troisième fantôme a été annoncé en juin. Le plus spéculatif, le plus vieux et le plus extrême. En combinant les données ADN des Sapiens africains et européens, de Neandertal et de Denisova, le spécialiste de la génétique des populations Alan Rogers (université d'Utah) aurait trouvé la trace des ancêtres communs de Neandertal et Denisova.

Mieux : il aurait repéré des indices de leur union avec un Homo super-archaïque dont ils se seraient séparés évolutivement parlant 1,3 million d'années plus tôt ! Un fantôme qui pourrait être Erectus, premier colonisateur mythique de l'Europe et de l'Asie, dont l'histoire s'est écartée de la nôtre il y a 2 millions d'années et dont nous n'avons pas l'ADN ? La possibilité d'union fertile entre deux humanités aux histoires évolutives si longtemps indépendantes donne le vertige.

En quelques années, les fossiles et les gènes ont décidément bien transformé l'arbre de notre si large famille (voir p. 99). " On en perçoit mieux l'allure générale, et dans le même temps, on se perd au niveau des branches, des nœuds avec des fossiles mosaïques, des hybridations ", s'amuse Florent Détroit.

On découvre désormais des relations entre des groupes éloignés dans le temps et l'espace, des migrations, des métissages. L'histoire de notre famille n'est plus une simple fable, mais un récit coloré et complexe, plein de rebondissements. De quoi rendre enfin hommage à tous ses membres disparus, dont nous gardons tous, en chacun de nous, une trace indélébile.

Le nouvel arbre des Homo

Si la structure générale de notre arbre semble bien établie, de nouvelles branches et des " greffes " y sont régulièrement ajoutées… que les chercheurs peinent parfois à relier au tronc commun.

L'histoire lacunaire des Homo écrite à partir des fossiles…

La mesure des traits physiques (voir ci-dessous) permet théoriquement de distinguer les populations humaines. Sauf quand les variations observées à l'intérieur de chacune font que leurs ensembles se superposent : certains Néandertaliens sont ainsi proches d'Erectus et d'autres de Sapiens. Pire : en utilisant d'autres traits, les ensembles constitués seront encore différents.

… est depuis quelques années bouleversée par les apports de la génétique

Quel que soit l'endroit du globe, notre génome conserve des bribes d'ADN provenant d'autres groupes humains. Parfois ce sont des groupes connus, comme Neandertal, parfois des espèces anciennes non identifiées. L'Afrique est la seule sans éléments néandertaliens, mais elle a conservé la trace d'espèces archaïques uniques.

Une seule espèce d'Homo ?

On a longtemps considéré distinctes deux espèces qui ne pouvaient plus se croiser. Or le séquençage du vivant a montré que l'hybridation restait possible même entre groupes séparés depuis des millions d'années. Faut-il alors les considérer comme faisant partie d'une même espèce ?

" Non, car ils conservent des différences, affirme Jean-Jacques Hublin. Même s'ils se sont croisés, et Sapiens se distinguent parfaitement : les contacts ne signifient pas la dilution d'une entité dans l'autre. Ce qui compte pour définir les espèces, ou plutôt le s'lignées de méta population s', c'est la préservation de trajectoires évolutives propres. " Reste à comprendre comment elles conservent leurs spécificités...

Source : Science et vie du 26/07/2019

mercredi 17 juillet 2019

Ce crâne est le plus vieux fossile humain jamais découvert hors d'Afrique

Une étude récente soutient qu'Homo sapiens était présent en Grèce il y a 210 000 ans et déclenche un débat intense chez les experts.

Ces fossiles fragmentés découverts à quelques centimètres l'un de l'autre pourraient être les crânes de deux espèces distinctes d'hominini séparées par plusieurs dizaines de milliers d'années : un néandertalien âgé de 170 000 ans (à gauche) et potentiellement un Homme moderne âgé de 210 000 ans.

Sur le littoral escarpé du sud de la Grèce, nos ancêtres pourraient bien avoir séjourné dans ce qui était autrefois un doux refuge aux glaciers qui gagnaient peu à peu du terrain au Pléistocène moyen. Alors que la plupart d'entre eux ont disparu sans laisser de trace, les crânes de deux individus ont quant à eux trouvé leur chemin jusqu'à une fissure dans le sol où ils ont fini par être cimentés dans un mélange de terre.

Des centaines de milliers d'années plus tard, les analyses réalisées sur ces restes pointent vers une identité insoupçonnée : un fragment de crâne pourrait avoir appartenu à un Homme moderne qui aurait vécu il y a au moins 210 000 ans, ce qui fait de lui le plus vieux fossile humain découvert en dehors du continent africain.

« C'est captivant ! » commente par e-mail l'auteure principale de l'étude Katerina Harvati, scientifique rattachée à l'université Eberhard Karl de Tübingen. « C'est vraiment gratifiant de voir que mes hypothèses sur l'importance de la région dans l'évolution de l'Homme sont appuyées par nos résultats. »

Si elle est confirmée, cette découverte permettra de clarifier les premiers déplacements de notre espèce à l'heure où Homo sapiens sapiens quittait l'Afrique pour explorer le monde. Cependant, nombreux sont ceux qui émettent des réserves quant à la solidité de la preuve avancée.

« Je ne vois rien qui témoigne de l'appartenance de cet individu à la lignée sapiens, » observe Juan Luis Arsuaga, paléoanthropologue à l'université de Madrid. L'analyse qu'il a réalisée en 2017 avec ses collègues sur un crâne découvert non loin de là avait abouti à la conclusion que tous les restes appartenaient vraisemblablement à des Néandertaliens ayant parcouru la Terre il y a environ 160 000 ans.

« J'étais totalement abasourdi, » dit-il à propos des conclusions provocatrices de l'équipe.


DE NOUVELLES TECHNIQUES POUR D'ANCIENNES TROUVAILLES

Mis au jour dans les années 1970, les fragments de crâne proviennent d'un mur de la grotte d'Apidima, un site situé en périphérie d'Aeropoli, une ville du Péloponnèse. L'étude des fossiles d'Apidima, c'est le nom qui leur a été donné, ne s'est pas faite sans obstacle. Premièrement, les crânes fragmentés étaient encastré dans leur matrice rocheuses jusque dans les années 1990 à 2000. Même après avoir été dégagés de la roche, leurs identités ne tombaient pas immédiatement sous le sens.

L'un des crânes était presque complet bien que déformé par les milliers d'années passées dans son boîtier rocheux. Reste qu'une précédente étude avait pu l'attribuer à Néandertal, ce que ne contredit pas ce dernier rapport. Le second fragment de crâne était logé à quelques centimètres dans la roche et d'une taille réduite par rapport au premier, une pièce unique à peine plus large qu'une paume de main adulte. L'étude antérieure avait donc conclu qu'il était de la même espèce et du même âge que le premier fragment. (À lire : Homme de Néandertal : une analyse ADN sème le doute sur sa migration.)

Dans le cadre des analyses menées sur ces fossiles énigmatiques, les scientifiques du musée d'anthropologie de l'université d'Athènes ont contacté Harvati pour lui proposer de prendre part au projet. Impatients à l'idée d'appliquer des techniques modernes à ces fossiles célèbres, elle et ses collègues ont immédiatement sauté sur l'occasion.

« C'est une coïncidence troublante de retrouver deux crânes à 30 cm l'un de l'autre, » s'émerveille l'auteur de l'étude Rainer Grün de l'université Griffith en Australie. « Sur tout le territoire grec, il n'y a qu'un seul crâne de plus et c'est tout, pour cette période. C'est donc une merveille de la nature de retrouver ces deux crânes ensemble. »

Harvati et son équipe ont donc passé les fossiles au scanner puis deux de ses équipiers ont travaillé séparément sur des reconstructions virtuelles, avec deux protocoles différents dans le but de réduire la marge d'erreur induite par la manipulation numérique des fossiles. Enfin, les scientifiques ont comparé les caractéristiques des reconstructions à divers crânes d'Homo sapiens ou de Néandertalien ainsi qu'à des crânes eurasiens et africains datant du Pléistocène moyen dont l'espèce est toujours débattue.


ESSAYER ENCORE ET ENCORE

L'équipe fut la première surprise par les résultats de son analyse menée sur le petit fragment de crâne : il ressemblait étrangement aux crânes de l'Homme moderne.

Même si un fragment de crâne peut être perçu comme une preuve très mince pour une conclusion aussi saisissante, il convient de rappeler que l'arrière de la tête renferme bon nombre de preuves pointant vers Homo sapiens. Il est presque aussi révélateur que le menton, un trait propre à Homo sapiens au sein des hominidés, fait remarquer le paléoanthropologue Eric Delson de l'université de la ville de New York, non impliqué dans l'étude mais auteur d'un article l'accompagnant paru dans la revue Nature News and Views.

Tout d'abord, il y a la forme. Si vous passez la main sur l'arrière de votre crâne, vous devriez le sentir se courber comme une orange. La tête des Néandertaliens en revanche était plus allongée, avec une protubérance connue sous le nom de chignon. On ne retrouve pas cette élongation sur le fragment de crâne d'Apidima.

À ce stade, l'équipe a décidé de soumettre leurs résultats à la publication et ils ont été refusés. À l'époque, les chercheurs avaient supposé que la proximité des fossiles indiquait qu'ils étaient tous deux du même âge, remontant au moins à 160 000 ans. Il n'existe toutefois aucune preuve physique de ces populations dans la région avant au moins 60 000 ans, les examinateurs étaient donc « naturellement sceptiques » à l'idée que ces fossiles puissent être ceux d'un Homme moderne positionnés aussi près de restes néandertaliens, explique l'un des auteurs, Chris Stringer, du musée d’histoire naturelle de Londres.

L'équipe a donc redoublé d'efforts pour appuyer ses analyses et tenter de dater le fragment. À la (seconde) surprise générale, leurs résultats suggéraient un âge d'environ 210 000 ans. S'il est confirmé, l'âge des fossiles dépasse celui du précédent plus ancien fossile d'Homme moderne, un fragment de mâchoire supérieure retrouvé en Israël et daté à environ 180 000 ans. Par ailleurs, ces fossiles auraient 150 000 ans de plus que les précédents plus anciens fossiles d'Homo sapiens découverts en Europe.


L'ÉPOPÉE DES HOMINIDÉS

Si l'équipe ne se trompe pas, alors le fragment de crâne d'Apidima rejoindra le flot de preuves indiquant que l'Homme moderne aurait quitté l'Afrique bien plus tôt qu'initialement supposé. Jusqu'à il y a peu, on pensait que l'Homme moderne avait mis un certain temps avant de s'aventurer en dehors du continent africain et on retraçait les origines des populations actuelles à un groupe d'Homo sapiens ayant effectué ce voyage il y a environ 60 000 ans.

À titre de comparaison, certains anciens parents de l'Homme avaient déjà atteint la Chine centrale il y a 2,1 millions d'années comme le démontrent les outils en pierre qu'ils ont laissés derrière eux. Les ancêtres du petit Homo floresiensis étaient quant à eux arrivés dans le Sud-Est asiatique il y a 700 000 ans. Les prédécesseurs des Néandertaliens avaient mis le cap sur l'Europe il y a un demi-million d'années et s'étaient séparés de leurs cousins dénisoviens il y a 400 000 ans.

Harvati affirme que cette dernière découverte laisse entendre que l'Homme moderne s'était aventuré bien plus au nord que ne l'avait imaginé la communauté scientifique jusque-là, et ce, bien plus tôt que prévu. Cependant, de nombreux chercheurs pensent qu'il est encore trop tôt pour réécrire l'Histoire.

« Pour être en mesure de faire une telle déclaration, il faudrait un visage, » souligne Arsuaga.

Dans le cadre d'une étude menée en 2014, Arsuaga et ses collègues avaient décrit une boîte crânienne âgée de 430 000 ans découverte en Espagne dans la Sima de los Huesos, ou « fosse aux ossements », dont le visage présentait toutes les caractéristiques des Néandertaliens sans l'élongation typique au niveau du crâne. Peut-être que, de la même façon, le fragment de crâne d'Apidima était celui d'un des premiers Hommes de Néandertal, suggère-t-il. Les auteurs de la nouvelle étude admettent que c'est une possibilité mais ils insistent sur le fait que le fragment d'Apidima est différent des ossements de la Sima de los Huesos et également différent des autres fossiles néandertaliens d'un âge similaire.

« Comme pour toute nouvelle découverte sujette à débat, la réaction initiale appropriée est un scepticisme raisonnable, même lorsque mon propre nom apparaît sur le rapport, » déclare Stringer. « Nous ne disposons pas de l'os frontal, de l'arcade sourcilière, du visage, des dents ou du menton qui auraient tous pu être moins caractéristiques de l'Homme moderne dans leur forme. » Il insiste toutefois sur les nombreuses mesures prises par l'équipe pour réduire les marges d'erreur.

« Les reconstructions sont un peu à la croisée de l'art et des sciences, » observe Christopher Walker, anthropologue biologiste rattaché à l'université d'État de Caroline du Nord. Bien que de telles analyses puissent être influencées par les attentes et les modèles crâniens utilisés pour la comparaison, il reconnaît le travail consciencieux effectué par l'équipe de scientifiques et admet que le fragment de crâne constitue bel et bien un « mélange de caractéristiques rappelant Homo sapiens. »

D'un autre côté, Warren Sharp du Berkeley Geochronology Center rejette la datation si ancienne des fragments et va même jusqu'à qualifier les résultats « d'imprécis et très dispersés. » Sharp est également dubitatif quant à la datation de l'autre plus ancien fossile d'Homo sapiens mis au jour en Israël et assure qu'il ne peut pas remonter à plus de 70 000 ans.

« Nous donnons tous les détails dans l'article, » rétorque Grün. « Nous n'avons rien dissimulé et nos conclusions sont, selon moi, la meilleure interprétation possible des résultats. »

Quoi qu'il en soit, qu'Homo sapiens ait réussi ou non à atteindre la Grèce il y a 210 000 ans, il semblerait que ce groupe d'éclaireurs ne soit pas resté longtemps dans les parages et que ses membres soient morts sans laisser leur empreinte dans le patrimoine génétique de l'Homme moderne. Des indices liés à ces populations énigmatiques pourraient cependant résider dans les fragments d'ADN retrouvés chez les Néandertaliens rappelant le génome d'Homo sapiens, le résultat d'une phase antérieure de reproduction entre les deux groupes remontant vraisemblablement à des centaines de milliers d'années.

Peut-être que les fossiles d'Apidima appartenaient à une population qui avait rencontré et s'était accouplée avec nos cousins néandertaliens, suggère Harvati. Toutefois, sans plus de preuve, il est difficile de dire où s'était établie cette population ou combien de temps elle était restée.

« Nous avons là un bref aperçu, » conclut Delson. « Ce qui nous montre clairement qu'il serait utile de chercher ailleurs. »

Source : National Geographic de 07/2019

lundi 15 juillet 2019

Le plus vieil Homo sapiens d’Europe serait arrivé en Grèce il y a 210.000 ans

Selon une étude publiée dans Nature, le plus vieil Homo sapiens « non africain » serait grec et vieux de 210.000 ans. Les derniers travaux avancent ainsi de plus de 150.000 ans l'arrivée de notre espèce en Europe.

« Plus tôt, plus loin » : le plus vieil Homo sapiens « non africain » mis au jour serait grec et vieux de 210.000 ans selon des travaux publiés mercredi qui avancent de plus de 150.000 ans l'arrivée de notre espèce en Europe. Apidima 1, comme l'ont baptisé les scientifiques, est « plus vieux que tous les autres spécimens d'Homo sapiens retrouvés hors d'Afrique », explique à l'AFP Katerina Harvati de l'université de Tübingen en Allemagne, coauteure de l'étude publiée dans la revue Nature.

Un fragment de mâchoire d'un Homo sapiens retrouvé dans une grotte en Israël remonterait à une période allant de 177.000 à 194.000 ans. Les autres « plus anciens » des Hommes modernes trouvés hors d'Afrique avoisineraient plutôt les 90.000 à 120.000 ans. En Europe, 70.000 ans.

C'est une reconnaissance tardive pour Apidima 1, trouvé à la fin des années 1970. Découvert par le Musée d'anthropologie de l'université d'Athènes dans une cavité du massif d'Apidima dans le Péloponnèse, il avait été, à l'époque, catalogué comme pré-néandertalien. Mais les techniques modernes de datation et d'imagerie ont permis à Katerina Harvati et son équipe de mettre en évidence « un mélange de caractéristiques humaines modernes et archaïques » qui en font « un Homo sapiens précoce ».

La dispersion de l'Homme moderne hors d'Afrique s'est étendue jusqu'en Europe

Petit bémol, les archéologues n'ont retrouvé que la partie arrière de son crâne, et « certains pourraient soutenir que le spécimen est trop incomplet pour que son statut d'Homo sapiens soit sans équivoque », explique Éric Delson du Lehman College de New York dans un commentaire publié avec l'étude. « Apidima 1 prouve que la dispersion de l'Homo sapiens hors d'Afrique a non seulement eu lieu plus tôt qu'on ne le pensait, il y a plus de 200.000 ans, mais aussi qu'elle s'est étendue jusqu'en Europe », explique Katerina Harvati.

L'Homo sapiens, également appelé l'Homme moderne, est apparu en Afrique. Les plus anciens représentants connus de notre espèce sont vieux de 300.000 ans et ont été mis au jour au Maroc, sur le site de Jbel Irhoud. On a longtemps estimé qu'ils n'avaient quitté leur « berceau » que bien plus tard, il y a environ 70.000 ans, en une vague majeure.
Homo sapiens présent en Europe avant l'Homme de Néandertal ?

Mais depuis quelques années, les découvertes ne cessent de remettre en cause cette théorie, avançant toujours plus la date de leurs premières migrations et étendant la zone de leur dispersion. Apidima 1 avait été découvert face à un autre crâne, baptisé Apidima 2. Selon l'étude - et la présence sur l'os occipital d'un bourrelet osseux horizontal -, il s'agirait d'un Néandertalien âgé de 170.000 ans.


« Nos résultats suggèrent qu'au moins deux groupes de personnes vivaient au Pléistocène moyen dans ce qui est aujourd'hui le sud de la Grèce : une population précoce d'Homo sapiens et, plus tard, un groupe de Néandertaliens », avance la spécialiste suggérant que les deuxièmes avaient remplacé les premiers, avant d'être à leur tour remplacés par d'autres Homo sapiens, nouvellement arrivés, il y a environ 40.000 ans quand les Hommes de Néandertal ont définitivement disparu. « Peut-être une ou plusieurs fois, les deux espèces se sont remplacées l'une l'autre », explique Éric Delson.

Cette nouvelle découverte renforce l'idée que de multiples dispersions d'êtres humains hors d'Afrique se sont produites. Le mouvement migratoire et la colonisation de l'Eurasie étant sûrement beaucoup plus complexes qu'on ne le pensait. « Plutôt qu'une seule sortie d'hominines d'Afrique pour peupler l'Europe et l'Asie, il doit y avoir eu plusieurs dispersions, certaines ne donnant pas lieu à des installations permanentes », juge Éric Delson. Même si tous les groupes qui se sont développés hors d'Afrique il y a plus de 60.000 ans ont totalement disparu, ne laissant aucune trace dans notre génome actuel.

Source : Futura Sciences du 14/07/2019

vendredi 12 juillet 2019

Bienvenue à Apidima 1 ! Le plus vieil Homo sapiens non africain a été retrouvé

Le plus vieil Homo sapiens non africain serait grec et vieux de 210.000 ans selon une étude publiée dans la revue Nature, mercredi 10 juillet 2019.

« Plus tôt, plus loin » : le plus vieil Homo sapiens « non africain » mis au jour serait grec et vieux de 210 000 ans selon des travaux publiés mercredi 10 juillet 2019 qui avancent de plus de 150 000 ans l’arrivée de notre espèce en Europe.

Apidima 1, comme l’ont baptisé les scientifiques, est « plus vieux que tous les autres spécimens d’Homo sapiens retrouvés hors d’Afrique », explique à l’AFP Katerina Harvati de l’université de Tübingen en Allemagne, coauteure de l’étude publiée mercredi dans la revue Nature.

Un fragment de mâchoire d’un Homo sapiens retrouvé dans une grotte en Israël remonterait à une période allant de 177 000 à 194 000 ans. Les autres « plus anciens » des hommes modernes trouvés hors d’Afrique avoisineraient plutôt les 90 000 à 120 000 ans. En Europe, 70 000 ans.

C’est une reconnaissance tardive pour Apidima 1, trouvé à la fin des années 70. Découvert par le Musée d’anthropologie de l’Université d’Athènes dans une cavité du massif d’Apidima dans le Péloponnèse, il avait été, à l’époque, catalogué comme pré-néandertalien.

Mais les techniques modernes de datation et d’imagerie ont permis à Katerina Harvati et son équipe de mettre en évidence « un mélange de caractéristiques humaines modernes et archaïques » qui en font « un Homo sapiens précoce ».

Petit bémol, les archéologues n’ont retrouvé que la partie arrière de son crâne, et « certains pourraient soutenir que le spécimen est trop incomplet pour que son statut d’Homo sapiens soit sans équivoque », explique Eric Delson du Lehman College de New York dans un commentaire publié avec l’étude.

« Apidima 1 prouve que la dispersion de l’Homo sapiens hors d’Afrique a non seulement eu lieu plus tôt qu’on ne le pensait, il y a plus de 200 000 ans, mais aussi qu’elle s’est étendue jusqu’en Europe », explique Katerina Harvati.

L’Homo sapiens, également appelé l’homme moderne, est apparu en Afrique. Les plus anciens représentants connus de notre espèce sont vieux de 300 000 ans et ont été mis au jour au Maroc, sur le site de Jbel Irhoud.

On a longtemps estimé qu’ils n’avaient quitté leur « berceau » que bien plus tard, il y a environ 70 000 ans, en une vague majeure.

Présent avant l’Homme de Néandertal

Mais depuis quelques années, les découvertes ne cessent de remettre en cause cette théorie, avançant toujours plus la date de leurs premières migrations et étendant la zone de leur dispersion.

Apidima 1 avait été découvert face à un autre crâne, baptisé Apidima 2. Selon l’étude (et la présence sur l’os occipital d’un bourrelet osseux horizontal), il s’agirait d’un Néandertalien âgé de 170 000 ans.

« Nos résultats suggèrent qu’au moins deux groupes de personnes vivaient au Pléistocène moyen dans ce qui est aujourd’hui le sud de la Grèce », avance la spécialiste suggérant que les deuxièmes avaient remplacé les premiers :

Une population précoce d’Homo sapiens et, plus tard, un groupe de Néandertaliens.

Avant d’être à leur tour remplacés par d’autres Homo sapiens, nouvellement arrivés, il y a environ 40 000 ans quand les hommes de Néandertal ont définitivement disparu.

« Peut-être une ou plusieurs fois, les deux espèces se sont remplacées l’une l’autre », explique Eric Delson.

Cette nouvelle découverte renforce l’idée que de multiples dispersions d’êtres humains hors d’Afrique se sont produites. Le mouvement migratoire et la colonisation de l’Eurasie étant sûrement beaucoup plus complexes qu’on ne le pensait.

Plutôt qu’une seule sortie d’hominines d’Afrique pour peupler l’Europe et l’Asie, il doit y avoir eu plusieurs dispersions, certaines ne donnant pas lieu à des installations permanentes.

Même si tous les groupes qui se sont développés hors d’Afrique il y a plus de 60 000 ans ont totalement disparu, ne laissant aucune trace dans notre génome actuel.

Source : Actu.fr du 11/07/2019

Homo Sapiens est arrivé en Europe quatre fois plus tôt qu'on ne le pensait

Un crane d'Homo sapiens qui daterait de 210.000 ans a été retrouvé en Grèce. Mais cette lignée n'a pas réussi à survivre, peut-être à cause de l'homme de Néandertal.

SCIENCE - Dans la vulgate archéologique, on dit souvent qu’Homo Sapiens, notre espèce, a remplacé un peu partout l’homme de Néandertal. Et si avant cela, l’inverse s’était produit? C’est l’une des interprétations possibles d’une étude publiée ce mercredi 10 juillet dans Nature.

Une équipe internationale de paléontologues affirme avoir trouvé un morceau de crâne d’un Homo Sapiens, dans la grotte d’Apidima en Grèce, datant de 210.000 ans. C’est la plus ancienne preuve d’une présence en Europe de notre espère. C’est même quatre fois plus ancien que ce que l’on pensait (environ 48.000 ans).

Évidemment, comme tous les travaux d’archéologie, cette découverte est sujette à débat et demandera confirmation, mais l’équipe est plutôt sûre de ses résultats. Si la date et l’appartenance à notre espèce de ce fossile sont confirmées, cela changera radicalement notre connaissance de cette période.

Deux fossiles très différents

La grotte d’Apidima a été découverte dans les années 70. On avait alors excavé deux crânes, baptisés Apidima 1 et 2. Mais ils ont été peu étudiés. Les auteurs de l’étude se sont intéressés à nouveau à ces fragments. Ils ont reconstitué en 3D le reste du crâne pour caractériser l’espèce et ont utilisé une méthode de datation à l’uranium pour découvrir à quand remonte l’existence de ces hominidés.

Le résultat: Apidima 2 est un homme de Néandertal qui a vécu en Grèce il y a 170.000 ans et Apidima 1 un Homo sapiens qui a foulé le sol il y a approximativement 210.000 ans. Il n’est pas si illogique que deux crânes différents soient retrouvés côte à côte: la forme même de ces grottes et les processus sédimentaires peuvent ainsi faire s’accumuler des restes humains et animaux. “Tous nos résultats pointent vers la même conclusion”, a affirmé dans une conférence de presse Katerina Harvati, coautrice de l’étude.

Dispersion et extinction anticipée pour l’Homo sapiens européen

Cela voudrait donc dire que des Homo sapiens ont cohabité avec l’homme de Néandertal en Europe, avant de finalement s’éteindre. En effet, “nous savons, grâce à des preuves génétiques, que l’humanité actuelle est issue d’une dispersion massive hors d’Afrique qui a eu lieu il y a environ 40.000 ans”, précise Katerina Harvati.

Cela veut dire que le fossile découvert dans la grotte d’Apidima n’a aucun lien de descendance avec l’homme moderne. Cela pose plusieurs questions, pour l’autrice de l’étude: “Qu’est-ce qui a permis cette dispersion anticipée, une avancée technologique, de langage? Et pourquoi se sont-ils éteints?”

Une possibilité, c’est qu’ils n’aient pas été adaptés au climat de l’époque. Ou encore que l’homme de Néandertal ait pris le dessus. Voire que les deux espèces se sont mélangées avant de s’éteindre, des dizaines de milliers d’années plus tard, avec l’arrivée de l’ancêtre de l’homme moderne.

Car ici aussi, il faut rappeler qu’il y a plusieurs différences entre Homo Sapiens et l’homme moderne, même si nous sommes de la même espèce, comme nous le précisions lors de la découverte des plus vieux Homo sapiens au Maroc, en 2017.

L’évolution des premières formes d’Homo sapiens vers celle que nous connaissons aujourd’hui a été graduelle, avec des mutations qui ont notamment affecté le développement du cerveau. Cela, c’est ce qu’affirment déjà les récents travaux de paléogénétique publiés ces dernières années. Selon ces analyses, l’homme moderne n’a pas émergé d’un coup, il y a 200.000 ans en Afrique de l’Est. L’éloignement avec les autres espèces cousines de l’homme aurait commencé il y a plus de 500.000 ans.

Faisceaux d’indices

Cette étude sera certainement critiquée. D’ailleurs, les auteurs notent à la fin de leur article que, quelques mois avant la publication, une étude de Marie-Antoinette de Lumley, célèbre paléontologue française, affirme que ces crânes étaient ceux d’hominidés situés entre Erectus et Néandertal. Pour les auteurs de l’étude, leurs multiples analyses sont plus complètes et ne vont pas du tout dans ce sens.

Mais, quels que soient les critiques, le fait est que des faisceaux d’indices s’accumulent depuis des années du côté de la théorie de plusieurs dispersions hors d’Afrique avant celle que nous connaissons bien.

En avril 2018, un doigt découvert en Arabie Saoudite datant de 85.000 ans montrait qu’Homo sapiens avait quitté l’Afrique et le Levant (la côte méditerranéenne du Proche-Orient) plus tôt qu’on ne le pensait. Quelques mois plus tôt, un fossile d’Homo sapiens vieux de 194.000 ans a été découvert en Israël, dans la grotte de Mislya.

Il faudra tout de même d’autres découvertes ou de nouvelles analyses pour mieux comprendre l’histoire de notre espèce. Justement, une technique récente, la paléoprotéomique, permet dans certaines conditions d’analyse un ADN ancien, chose que l’on pensait impossible il y a encore quelques années.

Les auteurs de l’étude affirment qu’une telle analyse d’Apidima 1 va avoir lieu, de même que de nouvelles fouilles dans cette grotte. La quête de notre préhistoire ne fait que commencer.

Source : Huffington Post du 11/07/2019

jeudi 11 juillet 2019

Le premier «Homo sapiens» d’Europe était-il grec ?

Un fragment de crâne daté de 210 000 ans trouvé dans une grotte du Péloponnèse en 1976 aurait appartenu à un représentant de notre espèce. Mais cette interprétation est controversée

Plus de quarante ans après sa découverte, un bout de crâne humain trouvé dans une grotte du Péloponnèse parle enfin. Mais ses «traducteurs», les paléoanthropologues, rapportent des propos contradictoires. Pour l’équipe de Katerina Harvati (universités de Tübingen et d’Athènes), qui le décrit dans la revue Nature du 11 juillet, il s’agirait du premier représentant en Europe de notre espèce, un Homo sapiens daté de 210 000 ans. Henry de Lumley (Institut de paléontologie humaine), coauteur d’une monographie sur le fossile publiée début juin par CNRS Editions, y voit quant à lui «un prénéandertalien jeune». Comme souvent en paléoanthropologie, le temps finira par imposer une vérité. Mais pour l’heure, chaque camp semble sûr de son fait.

Revenons-en donc au fossile lui-même. Ou plutôt aux fossiles, car la grotte a livré deux crânes. Du premier, baptisé Apidima 1, ne subsiste qu’une partie de la calotte postérieure gauche, mais rien de la face avant. L’autre, Apidima 2, offre une mosaïque assez complète mais très déformée du visage, tandis que la partie postérieure fait défaut.

Apidima 1 a été repéré en 1976 par un archéologue amateur, Andreas Andreikos, qui a deviné sur la paroi d’une grotte uniquement accessible par la mer, à 4 mètres au-dessus des flots, ce qui évoquait la coupe d’un crâne humain tronqué par l’érosion. En 1978, Theodoros Pitsios, professeur de l’Université d’Athènes, confirme sur place cette intuition. L’année suivante, Andreas Andreikos repère à 15 cm seulement à droite du premier crâne un second fossile, Apidima 2, lui aussi pris en masse dans la roche. Theodoros Pitsios procède à l’extraction du bloc contenant les deux fossiles, qui en seront patiemment extraits et donneront lieu à une série de publications plus ou moins confidentielles.

Chikayas académiques

Pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps pour aboutir à des descriptions plus complètes? Lors d’une conférence de presse téléphonique organisée par Nature, lundi 8 juillet, Katerina Harvati a indiqué «qu’il n’était pas facile de nettoyer ces spécimens de la roche qui les entourait et qu’étant donné les déformations qu’ils ont subies, ils étaient difficiles à interpréter».

De fait, dès 1999, la paléoanthropologue avait suggéré qu’il pouvait s’agir d’Homo heidelbergensis, puis dix ans plus tard, une nouvelle analyse la faisait hésiter avec Néandertal. A partir de 2012, l’équipe de Henry de Lumley a été conviée par Theodoros Pitsios à étudier les deux crânes. Une double expertise parallèle due à ces chikayas académiques dont la paléontologie a le secret, laisse entendre Henry de Lumley.

A droite, crâne partiel du fossile grec Apidima 1, et sa reconstitution vue de derrière (milieu) et de côté (à droite), montrant une forme arrondie typique de notre espèce, «Homo sapiens»

La première datation directe à l’uranium/thorium, effectuée en 2010, a porté sur un fragment d’os d’Apidima 2, et a abouti à la proposition d’une date minimum de 160 000 ans. A cette époque plus froide, le niveau de la mer était bien inférieur et la cavité accessible depuis la plaine en contrebas.

L’article de Nature fait état de nouvelles datations, réalisées par le même spécialiste, Rainer Grün (Griffith University, Australie). En moyenne, elles donnent une date centrée sur 210 000 ans pour Apidima 1 et 170 000 ans pour Apidima 2. Pour le premier crâne cependant, les datations présentent une très large dispersion, entre 50 000 et 350 000 ans. «Mon interprétation pour les dates bien plus récentes est qu’elles proviennent d’un apport ultérieur d’uranium dans la roche», indique le chercheur allemand, qui se défend d’«avoir rien laissé sous le tapis» à ce sujet.

Coïncidence extraordinaire

Nous voici donc face à deux crânes qui, coïncidence extraordinaire, se seraient retrouvés dans la même anfractuosité d’une grotte à 40 000 ans d’intervalle, puis fossilisés dans des sédiments. Autre conclusion inattendue, ils correspondraient à deux espèces distinctes, le plus ancien, Apidima 1, appartenant en outre à celle qui est apparue le plus récemment, Homo sapiens, quand Apidima 2 est attribué à un néandertalien.

Le distingo entre les deux crânes repose sur l’analyse de la courbure de l’arrière d’Apidima 1. Il est globulaire, alors que celui des néandertaliens présente généralement une sorte de chignon osseux. Pour Katerina Harvati, «Apidima 1 ne présente aucune des caractéristiques typiques des néandertaliens, ou de celles associées à des prénéandertaliens. Mais il montre un profil très arrondi à l’arrière du crâne, un caractère qui apparaît avec les humains modernes.»

Henry de Lumley ne partage pas cette analyse. Dans la monographie qu’il cosigne, les deux crânes sont présentés comme étant deux individus d’une même espèce: «Nous les considérons comme des Homo erectus évolués en voie de néandertalisation.» L’équipe franco-grecque y publie même un dessin où l’on voit un humain archaïque ceint d’une peau de bête déposer au fond d’une grotte deux crânes accompagnés de trois galets, le tout évoquant «un dépôt rituel».

C’est peu dire que cette version de l’histoire n’impressionne guère Katerina Harvati. «L’équipe de Lumley s’est concentrée sur Apidima 2 et a présumé qu’Apidima 1 était de la même espèce car ils avaient été trouvés ensemble. Notre étude plus complète montre qu’ils n’étaient ni du même âge ni de la même espèce. Concernant le comportement rituel, leur interprétation me paraît datée. Il faudrait d’abord exclure des processus naturels qui auraient pu réunir les deux crânes. Le fait que 40 000 ans les séparent interdit qu’ils aient pu être enterrés ensemble.» Henry de Lumley reste imperturbable: «Les datations, vous savez, il faut en prendre et en laisser…»

Vraiment, un sapiens ?

Dans l’hypothèse où Apidima 1 serait bien un sapiens de 210 000 ans, cela en ferait le plus ancien représentant de notre espèce en Europe, arrivé là 160 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait jusqu’alors. Un scénario pas totalement incongru. Le fossile le plus ancien d’un sapiens a été retrouvé au Maroc à Djebel Irhoud et daté de 315 000 ans, et on a aussi découvert un sapiens d’au moins 177 000 ans en Israël à Misliya (Mont Carmel).

Avant cela, il y a eu plusieurs sorties d’Afrique, rappelle Eric Delson (Muséum national d’histoire naturelle, New York) dans un commentaire publié dans Nature: Homo erectus il y a environ 2 millions d’années, puis les ancêtres des néandertaliens il y a 800 000 ans. Plus récemment, écrit-il, le Levant a vu passer puis refluer des populations évoquant néandertaliens et hommes modernes: «Ces anciens fossiles eurasiens semblent représenter ce qu’on pourrait appeler des dispersions ratées hors d’Afrique: ils ont rejoint le Proche-Orient ou le sud-est de l’Europe, mais n’y ont pas persisté.»

Cette vision est séduisante, «peut-être même juste», convient le paléoanthropologue Antoine Balzeau, du Museum national français d’histoire naturelle à Paris, mais elle lui semble prématurée: «Avant d’évoquer ces migrations, assurons-nous qu’Apidima 1 est bien un sapiens.»

Pour lui, la démonstration est incomplète. L’article de Nature, «contrairement à son titre, très affirmatif, évoque une ressemblance avec sapiens, fondée sur un seul caractère morphologique. Seules les vues qui supportent cette hypothèse sont montrées, la documentation présentée est insuffisante pour se faire une idée.» Même s’il qualifie l’étude de «solide», son collègue Florent Détroit note qu’Apidima 1 est «tout de même extrêmement reconstruit» pour être intégré aux analyses, «sa morphologie H. sapiens est donc peut-être un peu surinterprétée». Au final, regrette Antoine Balzeau, «il est dommageable pour notre discipline que les critères scientifiques de ce journal [Nature] soient ainsi revus à la baisse.»

Source : Le Temps du 10/07/2019

mercredi 10 juillet 2019

Le plus vieil Homo sapiens non africain serait grec et vieux de 210.000 ans

DECOUVERTE Des travaux publiés mercredi avancent de plus de 150.000 ans l'arrivée de notre espèce en Europe

Il serait grec et un peu âgé : 210.000 ans, rien que ça ! Lui ? C’est Apidima 1, le plus vieil Homo sapiens non africain qui a été retrouvé grâce à des travaux publiés mercredi, qui avancent de plus de 150.000 ans l'arrivée de notre espèce en Europe.

Apidima 1 est « plus vieux que tous les autres spécimens d’Homo sapiens retrouvés hors d’Afrique », explique à l’AFP Katerina Harvati de l’université de Tübingen en Allemagne, coauteure de l’étude publiée mercredi dans la revue Nature. Un fragment de mâchoire d’un Homo sapiens retrouvé dans une grotte en Israël remonterait à une période allant de 177.000 à 194 000 ans. Les autres « plus anciens » des hommes modernes trouvés hors d’Afrique avoisineraient plutôt les 90.000 à 120.000 ans. En Europe, 70.000 ans.
Une reconnaissance tardive

C’est une reconnaissance tardive pour Apidima 1, lui qui avait été trouvé à la fin des années 1970. Découvert par le Musée d’anthropologie de l’Université d’Athènes dans une cavité du massif d’Apidima dans le Péloponnèse, il avait été, à l’époque, catalogué comme prénéandertalien.

Mais les techniques modernes de datation et d’imagerie ont permis à Katerina Harvati et son équipe de mettre en évidence « un mélange de caractéristiques humaines modernes et archaïques » qui en font « un Homo sapiens précoce ».
Un spécimen trop incomplet ?

Petit bémol : les archéologues n’ont retrouvé que la partie arrière de son crâne, et « certains pourraient soutenir que le spécimen est trop incomplet pour que son statut d’Homo sapiens soit sans équivoque », explique Eric Delson du Lehman College de New York dans un commentaire publié avec l’étude.

Pour Katerina Harvati, « Apidima 1 prouve que la dispersion de l’Homo sapiens hors d’Afrique a non seulement eu lieu plus tôt qu’on ne le pensait, il y a plus de 200.000 ans, mais aussi qu’elle s’est étendue jusqu’en Europe ».

L’Homo sapiens, également appelé l’homme moderne, est apparu en Afrique. Les plus anciens représentants connus de notre espèce sont vieux de 300.000 ans et ont été mis au jour au Maroc, sur le site de Jbel Irhoud. On a longtemps estimé qu’ils n’avaient quitté leur « berceau » que bien plus tard, il y a environ 70.000 ans, en une vague majeure. Mais depuis quelques années, les découvertes ne cessent de remettre en cause cette théorie, avançant toujours plus la date de leurs premières migrations et étendant la zone de leur dispersion.
Un Homme de Néandertal à ses côtés

Apidima 1 avait été découvert face à un autre crâne, baptisé Apidima 2. Selon l’étude (et la présence sur l’os occipital d’un bourrelet osseux horizontal), il s’agirait d’un Néandertalien âgé de 170.000 ans.

« Nos résultats suggèrent qu’au moins deux groupes de personnes vivaient au Pléistocène moyen dans ce qui est aujourd’hui le sud de la Grèce : une population précoce d’Homo sapiens et, plus tard, un groupe de Néandertaliens », avance la spécialiste suggérant que les deuxièmes avaient remplacé les premiers.

Source : 20 minutes du 10/07/2019

mercredi 26 juin 2019

La démographie des néandertaliens était fragile

À l’aide de simulations, des chercheurs ont mis en évidence qu’une très faible baisse de la fertilité des jeunes néandertaliennes aurait suffi à faire disparaître l’espèce. Un point à prendre en compte dans les scénarios tentant d’expliquer leur disparition.

C’est un fait, les néandertaliens ont disparu il y a environ 40 000 ans, en 4 à 10 000 ans. Pourquoi ? Les scénarios invoquant une cause extérieure sont légion : génocide perpétré par Homo sapiens, cancer de la peau, inversion du champ magnétique terrestre, choc viral et bactérien, etc. Tout aussi improbables sont la plupart des explications fondées sur une cause interne à l’espèce Homo neanderthalensis : infériorité cognitive par rapport aux sapiens, suicides, stérilité, etc. Anna Degioanni, de l’université d’Aix-Marseille, et ses collègues ont voulu mettre de l’ordre à cette frénésie explicative en éclairant le contexte démographique de la disparition des néandertaliens.

Les chercheurs ont considéré H. neanderthalensis d’un point de vue écologique, c’est-à-dire comme une espèce animale en équilibre avec son environnement. Afin de décrire la dynamique démographique de cette espèce occupant un territoire allant de la Grande-Bretagne à la Sibérie et dont le nombre n’a probablement pas excédé les 70 000 individus, ils ont employé un modèle démographique servant habituellement à décrire l’évolution d’une population animale. Ce type de modèle dépend de nombreux paramètres décrivant le climat et les conditions de vie ainsi que les caractéristiques biologiques de l’espèce (mortalité, reproduction, etc.). Le premier souci des chercheurs a été de définir les paramètres reproduisant la stabilité démographique de cette population préhistorique divisée en au moins trois sous-groupes. Ce modèle n’est pas réaliste, puisque les néandertaliens ont disparu, mais il est utile pour identifier les valeurs démographiques à modifier pour reproduire la disparition de la population.

Ensuite, les chercheurs ont modifié les valeurs de certains paramètres démographiques (par exemple le nombre d’enfants par femme, la mortalité, la migration…) et simulé les générations successives afin de reproduire une disparition des Néandertaliens en 10 000, 6 000 ou 4 000 ans. Après avoir écarté les hypothèses qui feraient disparaître la population bien trop vite (augmentation brutale de la mortalité due à des guerres ou à des épidémies), ils sont parvenus après des milliers de simulations à la conclusion qu’une très légère baisse de la fertilité des femmes les plus jeunes suffit à provoquer la disparition de la population dans l’intervalle de temps attendu.

Bien que le but de ces travaux ne soit pas d’expliquer pourquoi il aurait pu y avoir une diminution de la fertilité, les chercheurs soulignent l’existence de facteurs de risque biologiquement confirmés : le fait que les premières grossesses, surtout chez les femmes jeunes, sont en moyenne plus à risques que les suivantes ; ou qu’une une réduction des calories est préjudiciable pour la grossesse. Selon les chercheurs, un bouleversement climatique aurait pu suffire à réduire les ressources et entraîner une légère baisse de la fertilité des néandertaliennes, qui aurait été fatale à l’espèce.

Pour autant, les néandertaliens ont traversé sans bouleversement majeur pas moins de quatre grandes glaciations (et de nombreux épisodes froids). Pour de nombreux chercheurs, ces explications ne semblent donc pas suffisantes. Or il y a environ 45 000 ans, une nouveauté a irrémédiablement changé l’équilibre d’Homo neanderthalensis au sein de sa niche écologique : l’irruption d’Homo sapiens. Connu aussi pour avoir entraîné la disparition des mammouths, des tigres à dents de sabres, des ours des cavernes, etc., ce concurrent très prolifique a pu aussi faire baisser indirectement la fertilité des néandertaliennes, par exemple par les effets alimentaires de la concurrence ou la désorganisation des réseaux d’échanges.

Une autre possibilité proposée par d’autres chercheurs est l’échange de femmes entre clans néandertaliens et sapiens. Les habitants de l’Eurasie possèdent entre 1 et 3 % de gènes néandertaliens. L’équipe de généticiens de Fernando Mendez, de l’université Stanford en Californie, a montré en 2016 une certaine divergence entre le chromosome Y chez H. sapiens et H. neanderthalensis, qui suggère que les unions entre les hommes néandertaliens et les femmes sapiens étaient quasi stériles, au contraire des unions entre un homme sapiens et une femme néandertalienne. Ces métissages pourraient avoir privé les clans néandertaliens d’une partie de leurs jeunes femmes, faisant chuter la fertilité globale des néandertaliennes.

Ainsi, le grand intérêt de l’étude paléodémographique d’Anna Degioanni et ses collègues est d’abord de mettre en évidence la fragilité reproductive des néandertaliens, ce qui aide à préciser les scénarios plausibles de leur disparition.

Source : Pour la Science du 25/06/2019