vendredi 20 septembre 2019

Le visage de l'Homme de Denisova reconstitué pour la première fois

Grâce à l'ADN retrouvé sur quelques restes, des chercheurs ont reconstitué le squelette de l'Homme de Denisova. Des travaux "prometteurs" mais aux conclusions jugées "un peu prématurées" par un expert.

Voici "la première reconstruction de l'anatomie squelettique de Dénisoviens", annoncent fièrement des chercheurs israéliens dont les travaux sont publiés dans Cell. Des résultats nouveaux et intéressants, que les experts jugent "prometteurs", mais à considérer encore avec prudence, d'après un expert interrogé par nos confrères de La Recherche.

Reconstituer un squelette avec son ADN

Comment reconstituer l'apparence d'un individu dont nous n'avons retrouvé qu'un os, trois dents et une mâchoire inférieure ? C'est en effet tout ce qu'il nous reste des Hommes de Denisova, lointains cousins vivant il y a 100.000 ans, en même temps que les Néanderthaliens et nos ancêtres Homo. Il en fallait plus pour arrêter les chercheurs de l'Université de Jérusalem, qui se sont tournés vers l'ADN retrouvé sur les restes. Et plus particulièrement, les méthylations de l'ADN, c'est-à-dire les modifications activant ou "éteignant" les gènes. L'idée est qu'en comparant cette signalisation apposée sur l'ADN de Denisova à celle retrouvée chez les Néanderthaliens et à la nôtre, il sera possible d'identifier quelles méthylations correspondent à quelles caractéristiques physiques.

Portrait d'une jeune femme de Denisova d'après un profil squelettique reconstitué à partir de l'analyse de l'ADN.

Visage allongé, crâne et bassin larges

Testée sur le chimpanzé et Néanderthal, dont les caractéristiques sont connues, cette méthode a permis de prédire avec succès 85% des divergences de traits entre les deux espèces. Les chercheurs ont ainsi pu reconstituer l'ensemble du squelette des Dénisoviens, en identifiant 56 caractéristiques anatomiques par lesquelles ils différaient de l'Homme ou du Néandertal moderne, dont 34 dans le crâne. Les résultats suggèrent par exemple que les Dénisoviens partageaient probablement des traits de Néandertal, tels qu'un visage allongé et un large bassin, mais avec un crâne probablement plus large.

Des conclusions "un peu prématurées"

Portrait d'une jeune femme de Denisova d'après un profil squelettique reconstitué à partir de l'analyse de l'ADN.

"C'est une méthodologie qui sur le principe peut fonctionner", explique à La Recherche Ludovic Orlando, chercheur au Laboratoire Anthropologie Moléculaire et Imagerie de synthèse (CNRS), à Toulouse. Pour lui, il s'agit d'un "premier pas" certes "prometteur", mais dont les conclusions sont "un peu prématurées". Par exemple, "rien ne dit que l'absence de certains gènes n'est pas compensée par une surexpression d'autres gènes et amènent donc d'autres caractéristiques".

Source : Sciences et Avenir du 19/09/2019

vendredi 13 septembre 2019

En Normandie, des empreintes de Néandertaliens livrent leurs secrets

Sur le site paléolithique du Rozel, dans la Manche (Normandie), des chercheurs français ont annoncé ce lundi avoir découvert et analysé 257 traces de pas d'Homo neanderthalensis. De précieux indices pour en savoir plus sur les us et coutumes de nos lointains cousins qui cheminaient là il y a 80 000 ans.

Ici, pas de squelettes. Mais sur le site du Rozel, dans la Manche, en Normandie, paléoanthropologues et archéologues ont le coup de main pour faire parler les traces de pieds.

Depuis 2012, Dominique Cliquet et son équipe (direction régionale des affaires culturelles de Normandie) analysent des empreintes fossiles signées Neandertal, vieilles de 80 000 ans, découvertes à proximité d’une crique. (Si vos cours de préhistoire sont un peu loin, notez qu'Homo neanderthalensis a vécu entre environ 200 000 et 30 000 ans avant aujourd’hui.)

Le sable ayant agi comme précieux bouclier, elles sont remarquablement bien conservées et offrent un aperçu exceptionnel de la structure sociale des Néandertaliens.

Une bande de jeunes

Que disent-elles ? L’analyse morphométrique des 104 plus belles empreintes – plus larges que celles d'Homo sapiens – révèle que nos cousins normands vivaient vraisemblablement au sein d'un groupe de 10 à 13 individus mesurant de 66 à 189 cm. Ledit groupe était composé essentiellement d'enfants et d'adolescents, l’âge du plus jeune ayant été estimé à 2 ans, peut-on lire dans un article publié le 9 septembre 2019 dans PNAS (Comptes-rendus de l'Académie nationale des sciences des Etats-Unis).

Jusqu'alors, seules des restes squelettiques mis au jour à El Sidrón, en Espagne, avaient permis de fournir des informations solides sur la composition d'un groupe social néandertalien. Ce dernier comptait sept adultes, trois ados et trois enfants en bas âge, rappellent les chercheurs français. Pourquoi si peu d'adultes au Rozel ? Le mystère demeure.

Neandertal avaient des pieds plus larges qu'Homo sapiens. Des empreintes animales ont également été découvertes sur le site du Rozel, de même que des outils similaires à ceux trouvés dans d’autres sites néandertaliens.

Source : Géo du 11/09/2019

jeudi 12 septembre 2019

Des centaines d’empreintes de pas de Néandertaliens découvertes en Normandie

Une équipe d’anthropologues annonce la découverte de plus de 250 empreintes de pas laissées par des Néandertaliens il y a 80 000 ans en France. À Le Rozel, en Normandie, plus exactement.

Une découverte exceptionnelle

Aucun ossement n’a été retrouvé à proximité, mais nous savons que seul Neandertal fréquentait L’Europe occidentale il y a 80 000 ans. Homo sapiens est en effet arrivé environ 35 000 ans plus tard. Ces 257 empreintes, retrouvées le long d’une crique à Le Rozel, ont donc vraisemblablement été laissées par nos anciens cousins aujourd’hui disparu. Une découverte extraordinaire, dont les détails viennent d’être publiés dans la revue PNAS.

“Auparavant, seuls neuf empreintes de Néandertal étaient connues, réparties sur 4 sites différents, rappelle Jérémy Duveau du Muséum national d’histoire naturelle en France, et co-auteur de l’étude. Les empreintes de pas sont très intéressantes car non seulement elles nous donnent un instantané de la vie des Néandertaliens, mais nous permettent également d’estimer la taille et la composition du groupe qui les a constituées“.

Une grande majorité de jeunes

Pour ces travaux les chercheurs se sont concentrés sur cinq couches différentes de sédiments. Dont une, particulière, qui a conservé la grande majorité des empreintes (environ 80%). Il ressort de ces analyses que plus de 90% des empreintes identifiées ont été laissées par des enfants et des adolescents. Le plus jeune, peut-on lire, était âgé d’environ deux ans. Le groupe, dans son ensemble, était probablement composé de 10 à 13 personnes. Pour le reste, on ne peut que supposer.

“Il est difficile de comprendre pourquoi ces personnes étaient présentes à ce moment-là, note en effet Isabelle de Groote, de l’Université John Moores de Liverpool. Cherchaient-elles de la nourriture, jouaient-elles ou faisaient-elles autre chose ? Je m’attendrais à ce qu’il y ait plus d’adultes, ou du moins plus d’équilibre entre le nombre d’adultes et de jeunes“.

Neandertal plus grand que supposé ?

Il est également à noter que l’une des empreintes retrouvées semble avoir été laissée par un individu exceptionnellement grand. Du moins pour cette espèce qui, en général, ne dépassait pas les 1,60 mètres de hauteur. Celui-ci, selon les chercheurs, devait mesurer environ 1,75 mètre de haut. Il est donc possible que nos anciens cousins aient été finalement plus grands qu’on ne le pensait.

Cette nouvelle étude nous permet ainsi de brosser un tableau plus précis de la vie de Neandertal. Récemment, plusieurs autres découvertes ont été faites à son sujet. Nous savons, par exemple, qu’il utilisait de la “colle” pour fabriquer des outils de pierre. Qu’il pouvait tuer à distance avec des lances, également. Ou encore que ces nos cousins, que nous considérions auparavant comme de vraies brutes, n’étaient finalement pas plus violents que les humains.

Source : SciencePost du 10/09/2019

Un très vieux crâne découvert en Grèce appartiendrait à Homo sapiens

Des chercheurs affirment qu’un crâne découvert dans la grotte d’Apidima, en Grèce, est celui d’un Homo sapiens mort il y a quelque 210 000 ans. Mais ce résultat soulève bien des doutes.

À la fin des années 1970, Théodore Pitsios, médecin et amateur de préhistoire, découvrait deux crânes humains fossiles dans la grotte d’Apidima, en Laconie (Péloponnèse). Deux groupes de chercheurs viennent d’en publier de nouvelles analyses, qui sont contradictoires.

Selon la première équipe, celle de Marie-Antoinette de Lumley, directrice de recherche émérite au CNRS, les deux crânes sont ceux de pré-Néandertaliens de même âge, (puisqu’ils ont été trouvés ensemble) : 160 000 ans environ. Dirigée par Katerina Harvati, de l’université de Tübingen, la deuxième équipe a fait sensation : si, comme la première, elle attribue le crâne noté Apidima 2 à un pré-Néandertalien mort il y a quelque 170 000 ans, elle voit dans le crâne Apidima 1 un Homo sapiens archaïque, qui aurait vécu il y a quelque 210 000 ans. Or aucun fossile sapiens de plus de 43 000 ans n’avait jamais été trouvé jusqu’à présent en Europe !

Reste que l’étude d’Apidima 1 est plus que délicate, car le fossile se limite à une demi-calotte crânienne postérieure gauche. L’équipe de Katerina Harvati conclut qu’il est sapiens sur la base d’une analyse morphométrique, c’est-à-dire d’une comparaison statistique des détails géométriques de deux zones de la surface d’Apidima 1 avec ceux des mêmes zones sur les calottes d’autres formes humaines (Homo sapiens anciens, Néandertaliens, humains des Paléolithiques moyens africain et européen). Il en ressort que les détails observés sur Apidima 1 sont plus proches de ceux des calottes des H. sapiens anciens que de ceux des calottes de toutes les autres formes humaines considérées. D’où la proposition de ces chercheurs : Apidima 1 est un H. sapiens archaïque.

Cette conclusion soulève de nombreux doutes chez les préhistoriens. L’un s’étonne par exemple qu’aucune comparaison n’ait été entreprise avec des crânes prénéandertaliens européens de même époque, par exemple avec ceux vieux de 200 000 ans de la grotte de la Chaise, en Charente (abri Suard). Pour sa part, Silvana Condemi, du CNRS, ne croit pas que l’absence sur Apidima 1 d’un « chignon néandertalien » (une petite bosse nucale), soulignée par l’équipe de Katerina Harvati, soit significative : on ne le connaît en effet que sur des Néandertaliens plus tardifs. En revanche, elle note sur les scans d’Apidima 1 présentés par les chercheurs que « les insertions des muscles sur la nuque ressemblent à celles des Néandertaliens ; et que la largeur maximale du crâne est en position basse comme chez tous les Néandertaliens » ; pour elle, il est clair que ce morceau de calotte ne suffira pas à établir un diagnostic précis d’espèce, et il lui semble plutôt prénéandertalien.

Les datations d’Apidima 1 et 2 sont aussi problématiques. Pour commencer, les fossiles ont été trouvés à quelques centimètres l’un de l’autre au sein du remplissage détritique d’une fente soudé par une matrice minérale fine, donc en l’absence de contexte stratigraphique aidant à dater. Dès lors, l’estimation de leurs âges ne pouvait que reposer sur une méthode physique : la datation par l’uranium-thorium. Or l’application de cette technique s’est révélée difficile : les chercheurs ont écarté 19 des 25 points de mesure choisis, parce que trop douteux (en raison d’une vraisemblable migration d’uranium entre la matrice et le fossile) ; et les autres font varier l’âge minimal du fossile entre 50 000 et 350 000 ans. En fin de compte, l’âge de 210 000 ans attribué à Apidima 1 est une moyenne entre des résultats hautement variables…

Par ailleurs, le statut problématique d’Apidima 1 n’est pas étonnant si l’on considère le cas d’un autre fossile grec : le crâne de Petralona. Depuis sa découverte, l’âge de ce fossile est controversé : le consensus est qu’il daterait de 200 000 à 400 000 ans. Or, a fait remarquer dans sa thèse le paléoanthropologue Gaspard Guipert, de l’université de Lyon, le crâne de Petralona est morphologiquement très proche de celui de Kabwe, en Zambie, vieux de 150 000 à 300 000 ans, et de celui de Bodo, en Éthiopie, âgé de 500 000 à 600 000 ans. Une constatation qui illustre les limites de l’analyse morphologique en l’absence, sur un fossile, de traits diagnostiques de l’espèce : que dit cette méthode en effet quand elle conduit à rapprocher des fossiles aussi dispersés dans le temps et dans l’espace que ceux de Kabwe et de Bodo ? Et que dit-elle dans le cas d’une demi-calotte postérieure gauche, difficile à dater, péniblement tirée d’une gangue minérale, qui s’est sans doute mélangée avec elle et l’a déformée, et tout cela compte tenu de la variabilité existant toujours au sein d’une espèce ?

Source : Pour la Science du 11/09/2019

mercredi 11 septembre 2019

Vers un portrait-robot de l’ancêtre commun à tous les Homo sapiens

À partir des crânes et des génomes (ADN) d’Homo africains datés d’entre 2 millions d’années à aujourd’hui, des anthropologues ont modélisé le crâne de l’homme moderne, d’Homo sapiens, qui pourrait être celui correspondant le mieux à celui de l’ancêtre commun.

On sait aujourd’hui que notre espèce, Homo sapiens, est apparue en Afrique il y a environ 300 000 ans. Mais dans quelle région et comment restent des questions sans réponse, qui tarabustent les paléoanthropologues depuis des années. Aussi Aurélien Mounier, anthropologue CNRS au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et Marta Mirazon Lahr, professeure de paléoanthropologie à l’université de Cambridge (Royaume-Uni), ont-ils proposé une méthode pour tenter de caractériser les traits principaux du crâne de l’ancêtre commun. Ce qui, pensent-ils, leur permettrait de dater et de localiser finement la survenue de cet ancêtre commun, en le comparant à des fossiles déjà connus.

Une méthode quelque peu complexe

Pour cela, ils ont choisi 263 crânes fossiles d’Homo sapiens et d’Australopithèques, datés d’entre 2 millions et 300 000 ans et regroupées en 29 populations, dont on avait déjà mesuré les données morphologiques et, pour la plupart d’entre eux, séquencé le génome, afin de les modéliser en trois dimensions (3D). À partir de là, « nous avons mis en œuvre une modélisation mathématique permettant de remonter le temps et qui nous permet d’obtenir une sorte de portrait-robot », indique Aurélien Mounier, chargé de recherche au CNRS.

« Résultat : notre modèle virtuel, dont l’âge théorique serait de 300 000 ans, présente une boîte crânienne arrondie, un front relativement haut, des bourrelets sus-orbitaires discrets et une face verticale, peu projetée vers l’avant, décrit le chercheur. Ce qui le rapproche à la fois de l’homme moderne actuel et de certains fossiles datés de seulement 100 000 ans, comme l’Homme de la grotte de Qafzeh (Israël) par exemple ».

Deux conclusions majeures

En le comparant à cinq crânes fossiles l’ensemble des Homo découverts en Afrique âgés de 130 000 à 350 000 ans, présentés par leur découvreur comme bon candidat au statut d’ancêtre de l’homme moderne, « nous émettons l’hypothèse que notre espèce serait née du croisement (hybridation) de populations du sud et de l’est de l’Afrique », précise Aurélien Mounier.

Enfin, en se basant sur l’étude de l’ADN mitochondrial – un petit patrimoine génétique qui ne se transmet que de mère en fille – nous soutenons l’hypothèse établie par des collègues allemands selon laquelle Homo sapiens serait, dans un premier temps, sorti d’Afrique et n’aurait laissé de traces qu’en Australie et PapouaCe travail innovant vient s’ajouter à des propositions d’apparition de l’homme de Neandertal et de l’homme moderne publiés en 2013 et 2016 et devrait ré-alimenter le débat. Trouver le fossile qui va éclaircir, voire changer, l’histoire de l’humanité est une œuvre au long cours, qui n’a pas fini de faire couler de l’encre.ie-Nouvelle Guinée. Puis, dans un deuxième temps, une sortie qui aurait permis à Homo sapiens de peupler successivement l’Europe, l’Asie et enfin l’Amérique.

Ce travail innovant vient s’ajouter à des propositions d’apparition de l’homme de Neandertal et de l’homme moderne publiés en 2013 et 2016 et devrait ré-alimenter le débat. Trouver le fossile qui va éclaircir, voire changer, l’histoire de l’humanité est une œuvre au long cours, qui n’a pas fini de faire couler de l’encre.

Source : La Croix du 10/09/2019

vendredi 6 septembre 2019

L’étrange phalange de l’homme de Denisova

Il n’y a aujourd’hui qu’une seule espèce d’homme sur Terre, Homo Sapiens. Cela n’a pas toujours été le cas. Si l’homme de Neandertal est connu, son cousin l’homme de Denisova l’est moins. C’est pourtant lui qui est au centre d’une découverte importante qui fait l’objet d’une publication dans la revue Science Advance. Il ne serait en effet pas si éloigné de nous qu’on le pensait auparavant.

C’est une simple phalange, retrouvée dans la grotte de Denisova, en Sibérie. Elle est pourtant riche d’enseignement. En 2010, son analyse génétique avait révélé qu’elle avait appartenue à une population humaine encore inconnue jusque-là, les Dénisoviens. Cette analyse avait également révélé que cette nouvelle espèce humaine était proche de Neandertal.

Cependant, une nouvelle étude rebat un peu les cartes. Menées par des équipes de l’Institut Jacques Monod de Paris, du laboratoire CNRS PACEA de l’université de Bordeaux et de l’université de Toronto, elle révèle que l’homme de Denisova était peut-être plus proche de nous que de Neandertal. C’est l’analyse morphologique de cette phalange qui a permis d’arriver à cette conclusion : elle est en effet très proche des humains modernes.

Un paradoxe qu’on dû surmonter les paléoanthropologues, explique Eva-Maria Geigl, de l’institut Jacques Monod : « Cette phalange doit-être plésiomorphe. Cela veut dire qu’on la retrouve dans la lignée ancestrale de Homo Sapiens et qu’elle s’est transmise au fil des générations. Ce serait Neandertal qui aurait développé d’autres caractéristiques ».

Un manque d'informations

En clair, Sapiens, Neandertal et l’homme de Denisova partageaient tous un même ancêtre qui aurait eu cette phalange caractéristique. Puis, « l’ancêtre des Néandertaliens et des Dénisoviens est sorti d’Afrique, il y a environ 600 000 ans. Les deux branches se sont ensuite séparées : une en Europe avec Neandertal, et une en Asie qui a donné les Dénisoviens. Les ancêtres de Sapiens sont eux restés en Afrique, et en sont sortis plus tard », explique Eva-Marie Geigl.

Malgré ces avancées, les archéologues manquent cruellement d’informations sur les Dénisoviens. On ne sait pas aujourd’hui à quoi il ressemblait. Jusqu’à présent, la première analyse génétique les avait poussés à chercher quelque chose qui pouvait ressembler à Neandertal, mais cette nouvelle étude montre que les traits morphologiques pouvaient donc être différents. Seules des analyses génétiques pourront ainsi déterminer si des ossements dénichés appartenaient bien à cette « troisième humanité » encore méconnue.
Arbre phylogénétique Denisova

Source : RFI du 04/09/2019

mardi 3 septembre 2019

Éthiopie : découverte du plus vieux crâne d'australopithèque jamais mis au jour

Ce fossile extraordinaire offre un instantané de l'aube de l'évolution humaine. "C'est le crâne que nous attendions", s'est réjouie une paléoanthropologue de l'Université du Missouri.

Officiellement nommé MRD-VP-1/1, ce nouveau crâne appartient à un ancien ancêtre humain appelé Australopithecus anamensis.


Une découverte fortuite dans un enclos éthiopien a permis de mettre à jour un fossile unique en son genre : le crâne quasi-complet d'un ancêtre de l'Homme décédé il y a 3,8 millions d'années.

Le nouveau spécimen - décrit cette semaine dans la revue Nature - est le plus vieux crâne d'australopithèque jamais découvert, un groupe pivot d'anciens ancêtres humains ayant vécu il y a entre 1,5 et 4 millions d'années. C'est aussi le tout premier crâne d'Australopithecus anamensis, l'un des premiers membres de ce genre, jamais découvert.

« Cela nous emmène 3,8 millions d'années en arrière et nous donne un aperçu de ce à quoi nos ancêtres ressemblaient à cette époque », explique l'auteur principal de l'étude, Yohannes Haile-Selassie, paléoanthropologue au Museum d'Histoire naturelle de Cleveland. « C'est vraiment un moment exaltant.

Le paléoartiste John Gurche a reconstitué le visage de A. ananmensis, à partir des scans du crâne mis au jour

La découverte pourrait combler plusieurs lacunes importantes dans l’étude de l’évolution humaine. Les fossiles d'hominidés, ou ancêtres humains, de cette période sont extrêmement rares et il s'agit le plus souvent de simples fragments d'os. Mais contre toute attente, le nouveau crâne est presque intact, ce qui devrait nous en apprendre beaucoup sur la vie et l’évolution de nos plus vieux ancêtres.

« C'est le crâne que nous attendions », déclare Carol Ward, une paléoanthropologue de l'Université du Missouri qui n'a pas pris part à l'étude. « Les crânes d'Hominidés sont des trésors exceptionnellement rares, et en trouver un aussi ancien et aussi complet est presque sans précédent. »

« SES MAINS TREMBLAIENT »

Les racines enchevêtrées de l'arbre généalogique de l'Homme remontent au continent africain, il y a plus de 4 millions d'années, dans une ménagerie d'anciens primates tels que Ardipithecus et Sahelanthropus. Il a fallu jusqu'à trois millions d'années pour que notre genre Homo arrive, une saga évolutive dans laquelle des ancêtres comme l'Australopithecus afarensis ont joué un rôle de premier plan.

Surtout connu par le biais des fossiles appartenant à celle que les scientifiques ont appelée « Lucy », cet ancêtre de l'Homme avait un cerveau plus gros que les primates l'ayant précédé, était capable de marcher sur deux pieds et possédait une forte mâchoire qui lui permettait de manger une grande variété d'aliments. Cette flexibilité lui aurait été utile : à l'apogée de A. afarensis il y a 3,5 millions d'années, des changements climatiques naturels rendaient l'Afrique de l'Est plus fraîche et plus sèche, réduisant ainsi les forêts dans lesquelles nos ancêtres évoluaient. Au fil du temps, l'évolution a amené A. afarensis et ses descendants à tirer parti d'environnements plus ouverts et variés.

Mais A. afarensis n'était pas la première créature à posséder ces caractéristiques. En 1995, des scientifiques ont décrit A. anamensis, un australopithèque encore plus ancien et l’ancêtre probable de A. afarensis. L'espèce a séduit les scientifiques, car elle partageait les caractéristiques principales avec Lucy et d'australopithèques ultérieurs. Mais A. anamensis est resté un profond mystère. Les seuls vestiges connus qui lui sont rattachés sont des fragments de dents et de mâchoire. « Malgré les nombreux crânes d'A. Afarensis, nous n'avions pas d'idée précise de ce à quoi ressemblaient les tout premiers membres du genre », explique Zeray Alemseged, paléoanthropologue de l'Université de Chicago, qui n'a pas pris part à la présente étude.

Le mystère s'est un peu éclairci le 10 février 2016, grâce à la découverte fortuite faite par Ali Bereino, un éleveur.

À l'époque, une expédition co-dirigée par Haile-Selassie conduisait des fouilles à Woranso-Mille, un terrain situé dans la région d'Afar en Éthiopie, à moins de cinq kilomètres de Miro Dora, où Bereino vivait et travaillait. Selon Haile-Selassie, Bereino avait essayé pendant des années de se faire embaucher dans l'équipe d'Haile-Selassie. Il a même prétendu que des fossiles avaient émergé d'un rocher érodé ; mais quand Hailé-Sélassié lui rendait visite il n'en voyait aucun.

Ce jour-là, Bereino était en train de creuser pour ajouter un enclos temporaire pour ses chèvres lorsqu'il a remarqué un os exposé à la surface du grès. Bereino a contacté un représentant du gouvernement local, qui a convenu que cela pourrait être quelque chose d'intéressant pour Haile-Selassie.

Celui-ci était sceptique, et a simplement répliqué que Bereino devait marquer l'endroit où il avait trouvé le fossile et le lui apporter dans son camp. Quand Bereino et le fonctionnaire sont arrivés, Haile-Selassie a vite compris l'ampleur de la découverte. Bereino venait de mettre au jour un maxillaire supérieur appartenant à un ancien hominidé.

Haile-Selassie a immédiatement arrêté ce qu'il était en train de faire et a parcouru les quatre kilomètres qui le séparait de l'enclos de Bereino. À quelques pas de l'endroit où Bereino avait trouvé le maxillaire, Haile-Selassie a rapidement découvert la majeure partie du crâne restant. « Je ne l'ai même pas ramassé et j'ai commencé à sauter partout », explique Haile-Selassie. « Le [fonctionnaire] m'a regardé et a dit à ses amis : « Que se passe-t-il avec le docteur ? Est-ce qu'il est devenu fou ? »

Quand Haile-Selassie s'est aperçu que le maxillaire et le crâne s'emboîtaient l'un dans l'autre, il est revenu au camp avec les fossiles, les maintenant dans un foulard qu'il avait emprunté. « Je ne l'ai jamais vu aussi heureux de ma vie », se souvient la coauteure de l'étude, Stephanie Melillo, paléontologue à l'Institut Max Planck, spécialiste de l'anthropologie évolutive et membre de l'expédition. « Les mots ne sortaient même plus de sa bouche ; ses mains tremblaient. »

UN REPÈRE FAIT DE CENDRES

Le lendemain, Haile-Selassie, Melillo et leur équipe se sont rendus à Miro Dora. Déterminés à tamiser le moindre fragment d'os, ils se sont déployé sur une zone de cinq mètres de côté. Pour être minutieux, ils ne s'en sont pas moins salis. La zone était parsemée d'années de bouse de chèvres de plusieurs centimètres d'épaisseur. Mais braver la puanteur en valait la peine. Au cours des jours qui ont suivi, les chercheurs ont découvert une plus grande partie du crâne, notamment une pommette, sous la pile d'excréments.

De retour au laboratoire, l'équipe de Haile-Selassie a découvert que les maxillaires et les dents du crâne ressemblaient de près à ceux d'A. Anamensis. Mais associer le crâne à un de nos ancêtres, ce n'était résoudre qu'une partie du mystère. Quand et où A. anamensis avait-il vécu ?

Pour le savoir, une équipe de géologues dirigée par Beverly Saylor a examiné en détails le terrain Woranso-Mille. Ils étaient plus particulièrement à la recherche de tufs, des couches de sédiments créées par d'anciennes chutes de cendres volcaniques. Certains minéraux du tuf contiennent des traces de potassium 40 radioactif. En comptant les éléments en désintégration, l'équipe de Saylor a pu déterminer quand les cristaux - et le tuf dans son ensemble - avaient été créés. Donc, pour dater le crâne, l'équipe devait trouver deux tufs qui prenaient en sandwich les sédiments du fossile.

Dans une deuxième étude publiée dans Nature, l'équipe de Saylor indique qu'un tuf s'était formé au-dessus du crâne s'est formé il y a entre 3,76 et 3,77 millions d'années et un second sous le crâne il y a un peu plus de 3,8 millions d'années. En outre, des chercheurs ont reconstitué l'environnement d'inhumation du crâne : ils ont découvert que le crâne était enterré dans un delta d'une rivière au bord d'un lac, entouré d'arbustes et de parcelles d'arbres. « C'était probablement le long de la rivière ou le long des rives de ce lac. Il est mort là-bas, puis il a été transporté et enterré dans le delta », explique Saylor, stratigraphe à la Case Western Reserve University.

LES NOMBREUX MODES D'ÉVOLUTION

À bien des égards, le crâne correspond bien aux attentes des chercheurs. Comme celui d’autres australopithèques, le visage de A. anamensis était long et incliné, contrairement aux visages plats de l’Homme moderne. Les dimensions de ses dents et de ses mâchoires font également sens : les australopithèques ultérieurs avaient des visages larges pour accueillir les os et les muscles nécessaires à des régimes alimentaires plus difficiles. Bien que A. anamensis ait été doté d'un visage plus robuste que les primates précédents, il n’était pas aussi grand que celui de ses cousins ​​ultérieurs.

Mais si Haile-Selassie et Melillo ont raison, le crâne pourrait soulever d'autres questions sur l'évolution d'A. Afarensis.

Une caractéristique clef des crânes d'hominidés est la manière dont le crâne se rétrécit derrière les orbites. Les hominidés plus anciens et plus primitifs ont tendance à présenter un crâne plus étroit. Or le nouveau crâne de A. anamensis se rétrécit considérablement derrière les orbites. Cette caractéristique pourrait clarifier l'identité du « frontal de Belohdeli », un fragment de crâne d'australopithèque datant de 3,9 millions d'années découvert en 1981.

Lorsque le frontal de Belohdeli a été découvert, certains chercheurs ont pensé qu'il appartenait à A. afarensis, mais ils ne pouvaient en être sûrs. La situation s'est compliquée quand A. anamensis a été découvert. Les chercheurs n'ont pas pu confirmer si l'os appartenait à A. anamensis, car personne n'avait documenté de frontaux nets de cette espèce.

« Ce fossile a traîné dans des limbes taxonomiques pendant des décennies », explique Melillo.

Maintenant qu'ils ont le nouveau crâne pour référence, Melillo et Haile-Selassie indiquent que le frontal de Belohdeli n'appartenait pas A. anamensis mais plutôt à A. afarensis.

Parce que le frontal de Belohdeli est plus ancien que le nouveau crâne, la découverte suggère que A. anamensis et A. afarensis se sont chevauchées dans le temps, il y a 3,8 à 3,9 millions d'années. C'est un bouleversement évolutif : les scientifiques présupposaient jusqu'alors que les générations successives d'A. Anamensis avaient évolué en A. afarensis, un processus linéaire qui aurait permis d'éviter tout chevauchement. Les chercheurs affirment qu’il y a déjà 3,9 millions d’années, un groupe de A. anamensis s’est séparé du reste de l'espèce et a évolué pour devenir A. afarensis.

Pour les scientifiques, la confirmation de ce scénario évolutif nécessitera la mise au jour de davantage de fossiles. « Il faut de très bons échantillons », déclare William Kimbel, paléoanthropologue à l'Institute of Human Origins de l'Arizona State University, qui n'a pas pris part à l'étude. « Vous ne pouvez pas affirmer avec force un mode d'évolution basé sur seulement deux spécimens. »

L’équipe de recherche déclare avoir davantage d’études à l’esprit, notamment un examen plus détaillé des différences entre A. anamensis et A. afarensis dans leur régime alimentaire et leur mode de vie. Mais même maintenant, les scientifiques qui étudient le fossile doivent faire face à un nouveau plaisir : un fossile qui peut regarder en arrière.

« C'est vraiment merveilleux », dit Melillo. « Pouvoir voir le visage de cette entité avec laquelle j'étais déjà si familier et avoir tant d'idées était vraiment cool. »

Source : National Geographic du 02/09/2019

lundi 2 septembre 2019

Australopithèque : un crâne exceptionnel de 3,8 millions d'années découvert en Éthiopie

La découverte, en Éthiopie, d'un crâne vieux de 3,8 millions d'années, dans un état de conservation exceptionnel, relance le débat sur la compréhension du processus d'évolution des hominidés. Ce fossile est peut-être le chaînon manquant entre les célèbres Toumaï, Ardi et Lucy, entre nos plus anciens ancêtres et les groupes les plus récents.

Un nouveau candidat pour le panthéon préhistorique ? Un crâne d'Australopithèque vieux de 3,8 millions d'années et « remarquablement complet » a été mis au jour en Éthiopie, une découverte qui bouscule une nouvelle fois notre vision de l'évolution.

« Ce crâne est l'un des plus complets des fossiles d'hominidés de plus de 3 millions d'années », explique à l'AFP, Yohannes Haile-Selassie du Museum of Natural history de Cleveland (États-Unis), coauteur de deux études publiées mercredi dans la revue Nature.

Un atout qui pourrait lui valoir de « devenir une nouvelle icône de l'évolution humaine », juge Fred Spoor du Natural History Museum de Londres dans un commentaire. Et de rejoindre ainsi les célèbres Toumaï, Ardi et Lucy.

Yohannes Haile-Selassie, du Museum of Natural history de Cleveland, pose avec un fragment du crâne de l'Australopithèque découvert en Éthiopie, le 28 août 2019

À titre de comparaison, Toumaï (un Sahelanthropus tchadensis), considéré par certains paléontologues comme le premier représentant de la lignée humaine, est vieux d'environ 7 millions d'années. Il a été mis au jour en 2001 au Tchad. Ardi (pour Ardipithecus ramidus, une autre espèce d'hominidé) découvert en Éthiopie aurait 4,5 millions d'années et Lucy, la très célèbre Australopithèque, découverte en Éthiopie en 1974, est âgée de 3,2 millions d'années. D'autres fossiles d'Australopithèques, moins connus, datent d'au moins 3,9 millions d'années mais seules des mâchoires et des dents avaient été retrouvées. Sans « vieux » crâne, notre compréhension de l'évolution de ces hominidés éteints restait très partielle.

Découvert en février 2016 sur le site de Woranso-Mille, dans la région Afar en Éthiopie (à 55 km de là où a été découverte Lucy), ce nouveau fossile, appelé MRD, appartiendrait à l'un des tout premiers Australopithèques, appelés Australopithecus anamensis.

fragment de crâne d'Australopithèque vieux de 3,8 millions d'années découvert en Ethiopie

Lequel a chassé l'autre ?

« Nous pensions que A. anamensis (MRD) se transformait progressivement en A. afarensis (Lucy) avec le temps », explique Stephanie Melillo du Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology en Allemagne, coauteur des deux études. Mais voici que cette dernière découverte relance les dés, révélant que les deux espèces se seraient croisées dans les savanes de l'Afar pendant environ 100.000 ans.

« Cela change notre compréhension du processus d'évolution et soulève de nouvelles questions : étaient-ils en compétition pour la nourriture ou l'espace ? », s'interroge Stephanie Melillo.

Même s'il est tout petit, le crâne devait être celui d'un adulte, a priori masculin. Des reconstitutions faciales réalisées à partir des caractéristiques du fossile présentent un hominidé aux pommettes projetées vers l'avant, à la mâchoire proéminente, au nez épaté et au front étroit. « C'est bon de pouvoir enfin mettre un visage sur un nom », s'enthousiasme la paléoanthropologue.

Un moment Eurêka ! qui comble l'espace entre deux groupes

À la surprise des chercheurs, le crâne s'avère être un mélange de caractéristiques propres aux Sahelanthropus comme Toumaï et aux Ardipithecus comme Ardi mais aussi à d'autres d'espèces plus récentes. « Jusqu'à présent, il y avait un grand fossé entre les ancêtres humains les plus anciens, qui ont environ 6 millions d'années, et des espèces comme celle de Lucy, qui ont deux à trois millions d'années, raconte Stephanie Melillo pour qui cette découverte, relie l'espace morphologique entre ces deux groupes ».

Le fossile n'a d'abord laissé entrevoir que sa mâchoire. « Je n'en croyais pas mes yeux quand j'ai vu le reste du crâne », se souvient Yohannes Haile-Selassie qui décrit un moment eurêka !, « un rêve devenu réalité ».

Source : Futura Sciences du 29/08/2019

dimanche 1 septembre 2019

Les Hommes sont arrivés en Amérique plus tôt que ce que l’on pensait

Des artéfacts découverts dans l’Idaho suggèrent que les premiers humains sont arrivés en Amérique il y a 16 000 ans. Et ils sont venus par la mer. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Science.

Il y a environ 16 000 ans, sur les rives d’une rivière de l’ouest de l’Idaho, des humains se sont installés. Ils ont fabriqué des outils, chassé et allumé des feux. Ces activités ont laissé des traces, aujourd’hui retrouvées par une équipe d’anthropologues de l’Oregon State University. Une découverte qui souligne deux choses. La première est que les Hommes sont arrivés en Amérique plus tôt qu’on ne le pensait (les preuves les plus anciennes étaient jusqu’alors datées à 14 000 ans). Et ils ne sont pas arrivés par le détroit de Béring. Mais par la côte Pacifique.

Une arrivée par le fleuve Columbia

Quatre outils en pierre, plus précisément, ont été retrouvés, ainsi qu’une quarantaine d’éclats de pierre résultant de la fabrication de ces outils. Des fragments d’os suggèrent également que des animaux ont été tués et dépecés sur place. Enfin, du charbon de bois et des roches fissurées suggèrent que des feux ont été allumés pour cuire des aliments. Le site est également important – Cooper’s Ferry -, se plaçant à la jonction entre Rock Creek et la Lower Salmon River, un affluent du plus grand bassin du fleuve Columbia. Autrement dit, ce fleuve aurait pu être le point d’entrée qui permit, à l’époque, aux premiers humains d’arriver.

« Au départ, les éléments les plus anciens sur lesquels nous tombions dataient principalement de l’âge de 13 000 ans. Les témoignages les plus anciens de présence humaine dans les Amériques, découverts sur d’autres sites, dataient jusqu’alors d’un peu plus de 14 000 ans, explique Loren Davis, principal auteur de l’étude. Quand j’ai vu pour la première fois que la couche archéologique inférieure contenait des âges au radiocarbone âgés de plus de 14 000 ans, j’étais abasourdi. Mais aussi sceptique. Je devais donc répéter encore et encore ces résultats pour être sûr qu’ils étaient corrects. Nous avons donc multiplié les analyses au radiocarbone. La couche inférieure était alors systématiquement datée à entre 14 000 et 16 000 ans ».

Des chasseurs-cueilleurs, habitués des lieux

L’hypothèse du détroit de Béring suggère que les premiers humains sont arrivés en Amérique il y a entre 13 000 et 14 000 ans, la fonte de certains glaciers à l’est de la Russie ayant permis un accès jusqu’en Alaska. Mais ces nouvelles découvertes réfutent cette idée. Les premiers migrants ont visiblement trouvé un autre chemin d’accès (voir ci-dessus). Ils sont arrivés non pas à pied, mais par bateau. Probablement depuis les îles situées autour de la partie nord de la Ceinture de feu, estiment les chercheurs. Les artefacts retrouvés ressemblent en effet étonnamment à ceux retrouvés à l’époque en Asie du Nord-Est.

On apprend également que ces premières populations, arrivées il y a entre 15 300 et 16 600 ans, sont revenues plusieurs fois jusqu’à il y a environ 13 300 ans. Et que ces groupes, composés probablement d’une vingtaine de personnes tout au plus, avaient adopté un mode de vie de chasseurs-cueilleurs.

Source : Sciencepost du 31/08/2019

Découverte d'un crâne vieux de 3,8 millions d'années

Un nouveau candidat pour le panthéon préhistorique ? Un crâne d'Australopithèque vieux de 3,8 millions d'années et "remarquablement complet" a été mis au jour en Ethiopie, une découverte qui bouscule une nouvelle fois notre vision de l'évolution.

"Ce crâne est l'un des plus complets des fossiles d'hominidés de plus de 3 millions d'années", explique à l'AFP Yohannes Haile-Selassie du Museum of Natural history de Cleveland (Etats-Unis), coauteur de deux études publiées mercredi dans la revue Nature.

Un atout qui pourrait lui valoir de "devenir une nouvelle icône de l'évolution humaine", juge Fred Spoor du Natural History Museum de Londres dans un commentaire. Et de rejoindre ainsi les célèbres "Toumaï", "Ardi" et "Lucy".

A titre de comparaison, "Toumaï" (un Sahelanthropus tchadensis), considéré par certains paléontologues comme le premier représentant de la lignée humaine, est vieux d'environ 7 millions d'années. Il a été mis au jour en 2001 au Tchad.

Ardi (pour Ardipithecus ramidus, une autre espèce d'hominidé) découvert en Ethiopie aurait 4,5 millions d'années et "Lucy", la très célèbre Australopithèque, découverte en Ethiopie en 1974, est âgée de 3,2 millions d'années.

D'autres fossiles d'Australopithèque, moins connus, datent d'au moins 3,9 millions d'années mais seules des mâchoires et des dents avaient été retrouvées. Sans "vieux" crâne, notre compréhension de l'évolution de ces hominidés éteints restait très partielle.

Découvert en février 2016 sur le site de Woranso-Mille, dans la région Afar en Ethiopie (à 55 km de là où a été découverte Lucy), ce nouveau fossile, appelé MRD, appartiendrait à un des tout premiers Australopithèques, appelés Australopithecus anamensis.

- "rêve devenu réalité" -

"Nous pensions que A. anamensis (MRD) se transformait progressivement en A. afarensis (Lucy) avec le temps", explique Stephanie Melillo du Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology en Allemagne, coauteur des deux études.

Mais voici que cette dernière découverte relance les dés, révélant que les deux espèces se seraient croisées dans les savanes de l'Afar pendant environ 100.000 ans.

"Cela change notre compréhension du processus d'évolution et soulève de nouvelles questions: étaient-ils en compétition pour la nourriture ou l'espace ?", s'interroge Stephanie Melillo.

Même s'il est tout petit, le crâne devait être celui d'un adulte, a priori masculin. Des reconstitutions faciales réalisées à partir des caractéristiques du fossile présentent un hominidé aux pommettes projetées vers l'avant, à la mâchoire proéminente, au nez épaté et au front étroit.

"C'est bon de pouvoir enfin mettre un visage sur un nom", s'enthousiasme la paléoanthropologue.


Évolution des hominidés

A la surprise des chercheurs, le crâne s'avère être un mélange de caractéristiques propres aux Sahelanthropus comme "Toumaï" et aux Ardipithecus comme Ardi mais aussi à d'autres d'espèces plus "récentes".

"Jusqu'à présent, il y avait un grand fossé entre les ancêtres humains les plus anciens, qui ont environ 6 millions d'années, et des espèces comme celle de 'Lucy', qui ont deux à trois millions d'années", raconte Stephanie Melillo pour qui cette découverte "relie l'espace morphologique entre ces deux groupes".

Le fossile n'a d'abord laissé entrevoir que sa mâchoire, "je n'en croyais pas mes yeux quand j'ai vu le reste du crâne" se souvient Yohannes Haile-Selassie qui décrit un moment "eureka", "un rêve devenu réalité".

Source : Sciences et Avenir du 28/08/2019