vendredi 24 juillet 2020

Des découvertes archéologiques font reculer de 15 000 ans l'arrivée des premiers hommes sur le continent américain

Des archéologues ont mis au jour des centaines d'outils en pierre taillée dans une grotte située dans le nord du Mexique. Ils révèlent l'existence d'une industrie lithique remontant jusqu'à 33 000 ans avant notre ère.  

C'est un chamboulement pour le monde de l'archéologie. Remontant en réalité à 30 000 ans, le peuplement de l'Amérique du Nord, dernier continent à avoir été occupé par l'homme, serait deux fois plus ancien qu'estimé jusqu'ici, révèlent mercredi 22 juillet deux études. 

 

En fouillant la grotte de Chiquihuite, dans le nord du Mexique, des archéologues ont mis au jour des centaines d'outils en pierre taillée révélant une industrie lithique encore méconnue, remontant jusqu'à 33 000 ans avant notre ère. Ils prouvent en outre que ce site, perché en altitude, fut occupé pendant 20 000 ans, selon deux études publiées dans la revue Nature (articles en anglais). 

 

Les plus anciens spécimens ont été datés au radiocarbone (ou carbone 14) sur une fourchette comprise entre 33 000 et 31 000 ans avant notre ère. "Ils sont peu nombreux, mais ils sont bien là", a commenté Ciprian Ardelean, auteur principal de l'une des deux études. 

 

Polémiques à venir chez les chercheurs 

 

Les origines de l'arrivée d'homo sapiens en Amérique sont âprement débattues chez les anthropologues et archéologues. Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d'un peuplement provenant de Sibérie orientale, qui aurait franchi un pont terrestre (l'actuel détroit de Béring) pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud. 

 

Ce modèle est toutefois remis en cause depuis 20 ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l'âge des premiers peuplements. Mais seulement jusqu'à 16 000 ans pour l'heure. 

 

Les résultats de ces recherches risquent donc d'être vivement contestés. "Cela arrive dès que quelqu'un trouve des sites plus vieux que 16 000 ans : la première réaction est soit le déni, soit une forte approbation", selon Ciprian Ardelean, qui a commencé à fouiller la grotte en 2012. 

 

De nombreuses questions restent en suspens, notamment celle des routes empruntées par les premiers arrivants, soit par le détroit de Béring ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte pacifique, à pied ou par de petites embarcations.

 

Source : FranceInfo du 22/07/2020

mardi 21 juillet 2020

Découverte d’un hachereau de 1,4 million d’années en os d’hippopotame

Une équipe de chercheurs annonce la découverte d’un outil vieux d’1,4 millions d’années taillé dans un os d’hippopotame. Son auteur, H. Erectus, était visiblement encore plus polyvalent que nous ne le pensions.

Des hachereaux ont déjà été retrouvés sur plusieurs sites datant de 2 à 1 million d’années. Seulement, ils sont généralement en pierre. D’où l’intérêt de cette nouvelle trouvaille faite par une équipe d’archéologues de l’Université de Tohoku (Japon) travaillant dans la formation de Konso, dans le sud de l’Éthiopie.

Un outil en os d’hippopotame

Les chercheurs sont en effet tombés sur l’un de ces outils, déterré d’une couche de sédiments vieux de 1,4 million d’années, mais cette fois taillé à partir d’un os. De rapides analyses ont finalement permis de constater que cet ancien hachereau faisait autrefois partie d’un fémur d’hippopotame (os de la cuisse).

L’auteur de cette oeuvre, selon les archéologues, serait un Homo Erectus. Évoluant il y a entre 2 millions d’années et 100 000 ans, cette espèce propagée à travers l’Afrique, l’Europe et l’Asie est à l’origine de l’invention du biface. Elle fut également la première à maîtriser le feu et la première à véritablement marcher debout.

Côté mensurations, l’outil mesure environ 13 cm dont un bord tranchant de 5 cm, et selon les chercheurs, il témoigne d’un excellent travail artisanal. Son propriétaire a visiblement écaillé, petit à petit, un gros morceau d’os plat prélevé à l’extrémité du fémur de l’animal, de manière à façonner le produit fini.

La technique est relativement standard, se rapportant au style de fabrication de certains outils en pierre. En revanche, les chercheurs soulignent une matière (os) encore plus difficile à travailler.

De plus, le fait de tomber sur un ossement assez gros pour permettre les ébauches de la bonne taille ne devait pas arriver tous les jours. Ce n’est pas pour rien que le seul autre outil de ce type (en os) jamais découvert avant celui-ci a été façonné à partir d’un os d’éléphant. Découvert dans les gorges d’Olduvai, en Tanzanie, de dernier aurait été façonné il y a entre 1,3 million et 1,6 million d’années.

Quelle intention ?

La question est maintenant de savoir pourquoi cet individu a fait le choix de tailler son outil à partir d’un os, alors que des pierres devaient être largement disponibles dans son environnement.

La présence d’une carcasse l’a-t-il amené à vouloir tester une autre approche ? Il y a 1,4 million d’années, la région était une zone particulièrement humide, tapissée de prairies entourant un grand lac. Il est donc possible que les hippopotames aient parfois été les cibles de chasseurs courageux.

Ou peut-être a-t-il fait face à une pénurie temporaire de pierres ? Il est en effet arrivé en Afrique de l’Est que l’activité volcanique empêche l’accès de nos ancêtres à plusieurs dépôts, et ce parfois pendant des siècles durant.

Impossible à savoir pour le moment. En revanche, les chercheurs sont au moins sûrs d’une chose. « Cet hachereau en os montre qu’à Konso, […] les H. Erectus étaient suffisamment qualifiés pour fabriquer et utiliser un tranchant durable, écrivent-ils. Nos premiers cousins étaient déjà très ingénieux, très compétents et très intelligents ».

Source : Sciencepost du 19/07/2020

vendredi 3 juillet 2020

Quelles nouvelles de notre Préhistoire ?

Quelles nouvelles de notre Préhistoire ? Comment la paléogénétique (l’étude de l’ADN ancien) nous révèle une humanité toujours plus buissonnante ? Quelles traces avons-nous gardées de tous ces métissages ?

Remontons le temps sur les traces ADN de nos ancêtres ! Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises, car c’est une vraie révolution paléo-génomique qui est en marche et nous révèle une humanité toujours buissonnante et toujours plus métissée : un véritable meeting pot dont nous avons gardé les traces ! Mais comment, à partir d’un minuscule fragment de phalange ou d’un morceau de dent et en faisant parler cet ADN ancien, les paléogénéticiens parviennent-ils à reconstituer cette foisonnante préhistoire de notre/de nos humanité/s ? Quelles traces subsistent en nous de tous ces autres humains et de tous nos métissages ?

Avec Jean-Jacques Hublin, paléoanthropologue et professeur au Collège de France pour ses dernières découvertes : la nouvelle datation des plus anciens vestiges d’Homo Sapiens en Europe témoigne d’une transition culturelle précoce en Europe, antérieure à 450 000 ans...

et Eva-Maria Geigl, paléogénéticienne (Institut Jacques Monod) qui nous parlera des deux vagues d’immigration qu’a connues la France pendant la préhistoire...

Audio à écouter ici : RFI du 01/07/2020

mardi 23 juin 2020

Cussac, le Lascaux de la gravure, révèle ses sépultures uniques

Une grotte remarquable, située en Dordogne, lève le voile sur des pratiques rituelles et des traditions funéraires vieilles de 30.000 ans.

Le cas est absolument exceptionnel ! La grotte ornée de Cussac, en Dordogne, l’un des sanctuaires gravés les plus spectaculaires de tout l’art paléolithique européen, recèle un autre trésor. Un ensemble de sépultures conservées dans les profondeurs de la cavité comme il n’en a jamais été découvert dans aucun autre site décoré. Les résultats de l’analyse de six « dépôts humains » – des ossements non ensevelis - vieux de 25.000 ans à 35.000 ans-, viennent en effet d’être publiés dans un article de la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Leur découverte remonte à l’année 2000 lorsque a été mis au jour ce gisement sur la commune du Buisson-de-Cadoin, dans la vallée de la Vézère. Ils reposaient dans trois bauges à ours situées au coeur de l’imposante cavité. Et si leur étude a pris si longtemps, c’est en raison de la difficulté rencontrée par les chercheurs pour travailler dans cette grotte ornée de près de 800 chefs d’œuvres d’art pariétal (chevaux, bisons, mammouths, rhinocéros, bouquetins, oiseaux – mais aussi d’exceptionnelles Vénus stylisées-), le tout disséminé sur 1,6 km de long.

« Toucher uniquement avec les yeux »

Trop chargé en dioxyde de carbone, l’air y est en effet irrespirable. Les équipes autorisées à s’y déployer depuis une dizaine d’années, ne peuvent le faire que quelques jours par an, uniquement en hiver, chaque visite ne devant pas excéder deux heures. Y intervenir signifie aussi « toucher uniquement avec les yeux ». En effet, comme pour la grotte Chauvet (Ardèche) et tant d’autres sites préhistoriques aujourd’hui, tout est fait pour conserver ces environnements tels qu’ils ont été laissés par les chasseurs de la préhistoire. Ainsi, il est impossible aux chercheurs de circuler autrement qu’en suivant des trajets balisés destinés à préserver les sols limoneux recouverts de calcite. Encore moins, d’effleurer les parois où figurent les réalisations des groupes de la culture Gravettienne (nommée d’après le site de la Gravette, en Dordogne) auxquelles toutes ces œuvres sont reliées. Combinaisons de protection et bottes stérilisées sont obligatoires, aucun micro-organisme ne devant pénétrer dans ce haut-lieu de la préhistoire.

De fait, seules les nouvelles technologies et l’imagerie 3D sont sollicitées pour étudier les œuvres mais aussi les ossements. Des données photogrammétriques d’une précision inframillimétrique. C’est ainsi, -à distance sociale-, dirait-on aujourd’hui, qu’ont été analysés les restes organiques conservés dans les anciennes bauges à ours, utilisées par les occupants de la grotte longtemps après que ces derniers plantigrades aient disparu. D’infimes échantillons ont tout de même été prélevés sur les vestiges osseux à des fins de datations et d’analyses paléogénétiques. « Nous avons pu déterminer que ces restes humains appartenaient à six individus – un adolescent et cinq adultes masculins. Tous arrangés de manière particulière. Dans certains cas, les os de plusieurs personnes étaient mêlés », explique le préhistorien Jacques Jaubert, du Laboratoire Pacea* de l’Université de Bordeaux-1, qui dirige ces travaux.

Tous étaient recouverts de pigments d’ocre, traduisant des comportements symboliques complexes. « Ces éléments de squelettes ont été intentionnellement déposés dans deux secteurs proches situés très profondément à l’intérieur de la grotte. La plupart sont sans crâne, même si quelques dents ont été retrouvées. Seul un individu est complet », précise le spécialiste, joint par Sciences et Avenir. Autant d’informations qui révèlent des manipulations de cadavres, des traitements post-mortem des os, reflets des croyances et pratiques funéraires des populations du Gravettien, la deuxième grande culture du Paléolithique supérieur européen. Aucun nourrisson ni enfant n’y figuraient. «Ces résultats ouvrent une fenêtre sur la diversité sociale et les interactions complexes entre les vivants et les morts au sein de ces populations de chasseurs-cueilleurs », estime Jacques Jaubert. A ce jour, les sépultures gravettiennes précédemment rencontrées – à l’instar de l’Abri Pataud, ou du site de Cro-Magnon- l’ont été dans des sites de plein air, des abris sous roche ou à l’entrée de grottes. Jamais dans les profondeurs d’une caverne. Qui plus est, un site où sont associés des morts et des animaux gravés.

Source : Sciences et Avenir du 20/06/2020

vendredi 19 juin 2020

Découverte des plus anciennes traces d’utilisation d’arcs et flèches hors d’Afrique

De premières preuves d’usage d’arc et flèches par des hommes préhistoriques hors du continent africain ont été attestées dans les forêts tropicales du Sri Lanka, en Asie du Sud. Elles remonteraient à 48 000 ans.

A plus d’un jet de flèche… C’est à l’ouest de l’île du Sri Lanka, l’ancienne Ceylan, dans l’Océan Indien, que les plus anciens témoignages de chasse à l’arc identifiés en dehors de l’Afrique, auraient été mis au jour dans la grotte de Fa Hien Lena. Dans une étude publiée dans la revue Science Advances, une équipe internationale de chercheurs de l'Institut Max Planck pour la science de l'histoire humaine (MPI-SHH) en Allemagne, de l'Université Griffith en Australie et du Département d'archéologie du gouvernement du Sri Lanka, ont ainsi apporté les preuves d’une utilisation précoce d’arc et flèche avec la découverte de pointes taillées sur os, retrouvées aux côtés d’une abondante quantité de vestiges - perles colorées d’ocre, outils pour traiter des peaux pour confectionner des vêtements, ou tresser des filets - tous retrouvés dans des niveaux archéologiques remontant à 45-48 000 ans.

Célèbre depuis les années 1980 pour recéler la présence de fossiles humains du Pléistocène supérieur, la vaste cavité du district de Kalutara, un des plus importants sites archéologiques d’Asie du Sud, fait ainsi de nouveau parler d’elle. Entre 2009 et 2012, les archéologues y auraient en effet collecté, près de 130 pointes de projectiles montrant des traces d’impact et de fractures "compatibles avec des dommages de chasse", explique Michelle Langley, co-auteur des recherches. Des encoches et usures mises en évidence lors d’examens réalisés à l’aide de microscopes, sur ces pointes de flèches taillées sur os de sanglier, de cerf ou encore de primates.

L’invention de l’arc et de la flèche a été une des grandes innovations technologiques des sociétés de chasseurs du Paléolithique. Elle a permis aux humains d’atteindre toutes sortes de proies, sans avoir à s’en approcher de trop près. En particulier, lorsqu’il s’agissait d’attraper de gros animaux terrestres ou aquatiques, où d’autres arboricoles, plus petits, à l’instar des singes dans les zones tropicales. Sans compter les oiseaux, souvent hauts perchés dans la canopée. Une arme utilisée pour se nourrir mais aussi pour faire la guerre. Quand a-t-elle été inventée ? A quelle époque ? Ces questions sont toujours débattues.

A ce jour, les plus anciennes preuves d’utilisation d’arc et flèches proviennent de la grotte de Sibudu, en Afrique du Sud, où elles sont datées d’environ 64 000 ans. En dehors de ce continent, des flèches avec des fragments d’arc, ont également été trouvées en Europe, en particulier dans des tourbières. C’est ainsi que des vestiges de ces armes âgées de 12 000 ans ont été exhumés à Stelmoor, en Allemagne, mais malheureusement détruits pendant la Seconde guerre mondiale. Plus anciennes, remontant à l’époque Gravétienne (29 000 à 22 000 ans), de petites pointes de pierre taillées, appelées microlithes, rencontrées en abondance, pourraient être des survivances d’arcs et flèches. Certains ont même été préservés entiers. Ainsi, en France, un arc de 4600 ans avant notre ère, taillé dans de l’if, a été retrouvé sur les quais de Seine, lors des fouilles du site de Bercy, en 1991.

Quoiqu’il en soit, parce que ces armes sont principalement fabriquées à partir de matériaux périssables (bois, tendons, fibres), les petites pointes osseuses de Fa-Hien Lena constituent une découverte importante. Aujourd’hui, de très nombreux groupes humains continuent à utiliser des arcs et flèches pour chasser, particulièrement en Amazonie, en Afrique du Sud, ou en Asie du Sud et du Sud-Est.

Source : Sciences et avenir du 18/06/2020

mercredi 17 juin 2020

Le tir à l’arc pourrait remonter à 48 000 ans en Asie du Sud

Des chercheurs annoncent la découverte de pointes de flèches vieilles de plus de 48 000 ans au Sri Lanka. Ce sont, à ce jour, les plus anciens témoignages de cette technologie de chasse hors Afrique. Et ce n’est pas tout.

Le Sri Lanka, au sud du sous-continent indien, abrite les premiers fossiles de notre espèce en Asie du Sud. L’île préserve également des preuves d’occupation humaine dans ces forêts tropicales. La question de savoir comment ces ancêtres obtenaient au départ leurs ressources dans cet environnement très dense et humide, peuplé de proies agiles et rapides, n’était pas encore très bien comprise.

Une équipe de chercheurs de l’Institut Max Planck en Allemagne, de l’Université Griffith en Australie, et du Département d’archéologie du gouvernement du Sri Lanka, nous livre aujourd’hui la réponse.

Les scientifiques expliquent en effet avoir trouvé plusieurs pointes de flèches (taillées dans des os) dans la grotte de Fa-Hien Lena, considérée comme l’un des sites archéologiques les plus importants d’Asie du Sud depuis les années 1980. Datées à environ 48 000 ans, elles sont à ce jour les plus anciennes retrouvées hors Afrique. Mais ce n’est pas tout.

Un réseau social humain complexe et précoce

Les chercheurs expliquent en effet avoir isolé d’autres outils. Certains semblent avoir été associés à la pêche en eau douce dans les cours d’eau tropicaux, et d’autres au travail de la fibre pour fabriquer des filets ou des vêtements.

« Nous avons également trouvé des preuves évidentes de la production de perles colorées à partir d’ocre minérale, et de la fabrication raffinée de perles de coquillage commercialisées depuis la côte, à un âge similaire à d’autres matériaux de “signalisation sociale” trouvés en Eurasie et en Asie du Sud-Est il y a environ 45 000 ans », explique Michelle Langley, co-auteure de ces travaux.

Ces découvertes, explique-t-elle, « révèlent un réseau social humain complexe et précoce dans les tropiques de l’Asie du Sud ». De quoi bouleverser nos idées traditionnelles sur la façon dont certaines innovations humaines sont liées à des exigences environnementales spécifiques.

Considérer les régions “oubliées”

Les produits culturels européens (art rupestre, sculptures ou autres outils et vêtements sur-mesure) ont souvent été présentés comme l’apogée du développement culturel humain du Pléistocène supérieur.

Avant cela, les découvertes d’anciennes technologies de chasse et de comportements artistiques dans les prairies ouvertes ou les zones côtières en Afrique ont défini la savane et les environnements marins comme les principaux moteurs des premières chasses et expériences culturelles de nos ancêtres.

elon Patrick Roberts, co-auteur de cette nouvelle étude, « ces orientations ont fait que d’autres parties de l’Afrique, de l’Asie, de l’Australasie et des Amériques ont souvent été mises de côté dans les discussions sur les origines du matériel (outils de chasse et innovations culturelles) ».

Néanmoins, nous savons depuis quelques années que les humains du Pléistocène occupaient et s’adaptaient également à d’autres environnements, parfois extrêmes. On pense aux déserts, ou aux plateaux de haute altitude. Mais n’oublions pas non plus les forêts tropicales, comme celles du Sri Lanka.

Pour les chercheurs, il convient alors de ne plus lier les développements technologiques, symboliques ou culturels de notre espèce à une seule région ou un seul environnement.

« Les preuves sri-lankaises montrent que l’invention des arcs et des flèches, des vêtements et de la signalisation symbolique s’est produite plusieurs fois et à plusieurs endroits différents. Y compris dans les forêts tropicales humides d’Asie », conclut Michael Petraglia, co-auteur de l’étude.

Si en Europe on confectionnait à cette époque des vêtements pour se protéger du froid, les vêtements pourraient ici avoir permis de se protéger contre les moustiques tropicaux. « Et au lieu de simplement chasser les grands mammifères des prairies, ajoute l’archéologue Noel Amano, les arcs et les flèches ont probablement aidé les humains à chasser des petits primates, et autres rongeurs arboricoles ».

Source : Sciencepost du 15/06/2020

mardi 16 juin 2020

Le plus vieux dessin du monde découvert en Afrique du Sud

Il s’agit du plus ancien exemplaire connu de dessin abstrait réalisé au crayon d’ocre. Découvert sur un fragment de roche dans la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, il renouvelle notre connaissance de l’usage symbolique des signes par les premiers Homo sapiens.

De prime abord, l’objet ne paie pas de mine : un fragment de roche portant sur un côté neuf traits de couleur formant un croisillon. Découvert sur le site de la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, il a été prélevé dans une couche archéologique datée de 73 000 ans avant notre ère, en même temps que différents outils lithiques et d’autres témoignages de la vie des anciens occupants du lieu. Il fallait toute l’expérience d’un archéologue pour déceler dans ce morceau de roche sans prétention la promesse d’une découverte exceptionnelle…

Fragment de silcrète portant sur l’une de ses faces un dessin composé de neuf lignes tracées au crayon d’ocre

De fait, ce motif, tracé au crayon d’ocre, constitue dorénavant le plus ancien exemplaire connu de dessin abstrait. La découverte, qui nous ramène aux sources de l’art et de la représentation, vient d’être confirmée par une étude du laboratoire Pacea (CNRS/Université de Bordeaux/Ministère de la Culture) et du laboratoire Traces (CNRS/Université Toulouse – Jean Jaurès/Ministère de la Culture), parue il y a seulement quelques heures.

Dessin ou gribouillage ?

Les analyses chimiques et microscopiques des pigments ont tout d’abord démontré que ces lignes étaient bien de main d’homme et qu’elles avaient été tracées volontairement, sur une surface préalablement polie de la roche. Il y a donc bien une intention à l’œuvre dans cette représentation symbolique dont on ignore cependant la signification. Le site de la grotte de Blombos, fouillé depuis le début des années 1990 par des équipes norvégiennes et sud-africaines, a livré en 2011, dans la même couche archéologique, un morceau d’ocre gravé d’un motif de croisillon similaire. La reproduction d’une même forme sur différents supports témoigne de la capacité des premiers Homo sapiens à la symbolisation, c’est-à-dire à la représentation d’une réalité, abstraite ou concrète, à l’aide de symboles, qu’il s’agisse aussi bien d’images mentales que de signes graphiques.

Morceau d’ocre gravé d’un motif abstrait découvert dans la grotte de Blombos, dans la même couche archéologique qui a livré le fragment de silcrète portant le dessin

Du spirituel dans l’art… préhistorique

Pendant longtemps, les chercheurs ont considéré que les premiers symboles étaient apparus vers – 40 000, au moment où les premiers hominidés ont colonisé les territoires européens. Puis des exemples de motifs abstraits datés du Paléolithique ont été découverts dans plusieurs sites d’Afrique, d’Asie ou d’Europe. La plus ancienne gravure connue à ce jour, un zigzag incisé sur une moule d’eau douce, a notamment été découverte à Trinil, sur l’île de Java, dans des couches archéologiques datant de 540 000 ans.

Différents sites de fouilles africains ont également révélé l’existence d’objets de parure incisés, datés entre 120 000 et 70 000 ans avant notre ère. Mais il s’agit cependant uniquement de témoignages gravés. Pour ce qui concerne le dessin, les plus anciens exemplaires avaient été découverts dans des sites à datation bien plus récente, comme la grotte Chauvet (France), la grotte d’El Castillo (Espagne), la grotte Apollo 11 (Namibie) ou encore celle Maros caves (Indonésie).

Le fragment découvert à Blombos témoigne donc d’une utilisation bien plus ancienne de la technique du dessin pour traduire des représentations abstraites. En 2011, l’équipe de fouilles avait déjà mis au jour une véritable trousse d’artiste abritant notamment des coquilles d’escargots contenant des résidus de peinture riches en ocre. La grotte de Blombos peut dorénavant être considérée comme le lieu de naissance du dessin, une forme d’art nouvelle apparue il y 73 000 ans.

Source : Connaissance des Arts du 14/06/2020

lundi 15 juin 2020

Vieux de 13.000 ans au moins, un minuscule oiseau éclaire d'un jour nouveau l'histoire de la sculpture

Du haut de ses quelques millimètres, cette figurine d'oiseau retrouvée sur le site chinois de Lingjing fait reculer de plus de huit millénaires l'apparition de la sculpture figurative en Asie de l'Est. Il pourrait également aider à mieux comprendre pourquoi cette dernière est apparue bien plus tôt en Europe, il y a entre 35.000 et 40.000 ans. 

Ce minuscule oiseau retrouvé sur le site de plein air de Lingjing, en Chine, mesure à peine 2 cm. Pourtant, il est l'oeuvre d'art la plus ancienne jamais inventoriée dans le pays.

 

Il s’en est fallu de peu pour que ce minuscule oiseau aux allures d’osselet finisse enfoui dans un sac de gravas bon pour la décharge. Car c’est lors du creusement d’un puits, et non au cours de fouilles archéologiques, que la petite statuette a été trouvée. Zhanyang Li, archéologue et paléontologue à l’Université de Shandong, à l’est de la Chine, a heureusement eu le bon sens de passer au tamis cette terre directement prélevée sur un site préhistorique qui avait déjà livré bien des trésors : celui de Lingjing, dans la province chinoise du Henan. En 2007 et 2008, les fragments de deux crânes humains adultes datés de 105.000 à 125.000 ans y avaient notamment été récupérés dans des sédiments lacustres. 

 

 Un simple bout d'os ? Non, de l'art miniature


La petite statuette figurant sans doute un passereau n’a, elle, "que" 13.000 ans environ. Il s’agit pourtant de la plus ancienne sculpture figurative jamais découverte à ce jour dans toute l’Asie de l’Est, une zone qui s’étend de la Chine à l’Australie. Ce mercredi 10 juin 2020, un article dans la revue PLOS ONE lui est consacré. Pour trouver à cette petite oeuvre sculptée une aïeule sur le continent asiatique, il faut se rendre sur le site paléolithique de Malta, à l’ouest de la Sibérie, où plusieurs sculptures figuratives datées de 16.000 ans ont été mises au jour. "Malta restant à plus de 2000 kilomètres de Liungjing, il reste tout de même difficile de relier ces découvertes", prévient Francesco d’Errico, archéologue au laboratoire "De la préhistoire à l'actuel : culture, environnement et anthropologie" (CNRS/Université de Bordeaux), et auteur principal de l’étude.


Plus que l’âge de la statue, c’est surtout l’important travail fourni pour sa conception qui a tenu en haleine le chercheur dans son laboratoire bordelais. "L’oiseau présente pas moins de 68 micro-facettes indiquant qu’il s’agit bien d’une création anthropique et non d’un accident de la nature : des marques d’abrasion, d’enlèvement de copeaux, de raclage, d’incision…", énumère Francesco d’Errico. "L’os a aussi sans doute été volontairement brûlé pour arriver à cette teinte marron. En réalité, rien que la façon dont est proportionné l’oiseau démontre que l’homme ou la femme qui l’a créé cherchait à atteindre un résultat précis avec des techniques qu’il ou elle maîtrisait." Sa queue, en l’occurence, est volontairement disproportionnée par rapport au reste de son corps afin qu’il ne s’effondre pas vers l’avant une fois posé sur son petit piédestal. "Le sculpteur savait très bien ce qu’il faisait. Et pour un objet de si petite taille, c’est beaucoup d’efforts."


Car notre petit oiseau taillé dans l’os brûlé n’est pas plus grand… qu’un haricot sec. Une particularité fort contraignante pour parvenir à le dater au carbone 14 : cette technique efficace mais invasive nécessite de prélever l'équivalent d'un échantillon de 1x1 centimètre sur l'œuvre. Soit la moitié de l'oiseau ! "C'était impossible. Nous avons dû nous appuyer sur l'analyse au carbone 14 d'autres bouts d'os calcinés retrouvés dans le sédiment", précise Francesco d'Errico, qui a également soumis l'objet à des techniques d'analyses de pointe comme la microscopie confocale ou encore la microtomographie.

Source : Science et Avenir du 10/06/2020

mardi 2 juin 2020

Une arme de jet vieille de 300 000 ans découverte en Allemagne

Un bâton de jet en bois vieux de 300 000 ans a récemment été mis au jour dans le nord de l’Allemagne. Une arme probablement utilisée par Homo heidelbergensis pour chasser de petites proies à distance.

La localité de Schöningen est connue des archéologues et anthropologues. Et pour cause, il est possible d’y trouver une vingtaine de sites datant du pléistocène moyen sous lesquels ont notamment été excavés plusieurs bâtons de jet longs de 1,80 m à 2,50 m entre 1994 et 1998. Toutes ces armes ont probablement appartenu aux derniers représentants de l’espèce Homo heidelbergensis. Pour rappel, ces ancêtres présumés de Neandertal ont fréquenté la région il y a entre 700 000 et 300 000 ans.

La plus ancienne arme de jet

Plus récemment, sur le même site (Schöningen 13 II-4) a été retrouvée une nouvelle arme de jet, elle aussi en très bon état, vieille de 300 000 ans. C’est accessoirement la plus ancienne jamais mise au jour. Une découverte exceptionnelle qui vient de faire l’objet d’une publication dans la revue Nature Ecology & Evolution.

“Les chances de trouver des artefacts paléolithiques en bois sont normalement nulles“, explique Nicholas Conard du Département de préhistoire de l’Université de Tübingen. “Mais Schöningen, avec sa conservation exceptionnelle, regroupe de loin la plus large et la plus importante collection d’outils en bois et équipements de chasse du Paléolithique“.

Cette lance, taillée dans le bois d’un épicéa, mesure 64,5 cm de long et pèse 264 grammes. Une analyse de l’usure de l’artefact faite avec un microscope stéréoscopique a également permis de constater que son fabricant a utilisé des outils en silex pour couper la branche de l’arbre avant d’en lisser la surface et d’en épointer les deux extrémités.

Ces analyses ont également révélé des “fractures d’impact” et autres dommages “conformes à ceux trouvés sur des exemples ethnographiques et expérimentaux de lancer de bâtons“, peut-on lire dans l’étude.

Deux vues du bâton de jet de 300.000 ans. Arme de chasse utilisée par Homo heidelbergensis.

Chasser de petites proies à distance

Les chercheurs émettent l’hypothèse que les anciens chasseurs utilisaient ces armes pour chasser principalement des oiseaux aquatiques. “Des ossements de cygnes, de canards ont été recueillis dans les mêmes niveaux archéologiques que le bâton de jet“, explique en effet à Science & Avenir Veerle Rots, archéologue du laboratoire Tracéolab de l’Université de Liège. Ces bâtons étaient sans doute également utilisés pour chasser du petit gibier, comme les lapins ou les lièvres.

Selon des documents ethnographiques, ces armes étaient tenues par la pointe lorsqu’elles étaient lancées. Elles tournoyaient alors jusqu’à atteindre leur cible située à plusieurs dizaines de mètres de distance. À titre d’information, le bâton de jet le plus “abouti” reste aujourd’hui le boomerang, dont les propriétés de vol assurent normalement un retour à l’envoyeur.

Source :SciencePost du 01/06/2020

lundi 1 juin 2020

La France a connu deux vagues d’immigration pendant la préhistoire

Le génome des hommes préhistoriques confirme l’arrivée de deux grandes vagues de migrants dans l’Hexagone, l’une pendant le Néolithique, il y a environ 6 300 ans, et la deuxième pendant l’Âge du bronze, il y a environ 4 200 ans.

Qu’ont découvert les généticiens ?

Pour la première fois en France, une étude menée par Eva-Maria Geigl et Thierry Grange, paléogénéticiens, et leur équipe à l’Institut Jacques Monod (CNRS/Université de Paris), a mis en évidence, en étudiant le génome de fossiles d’hommes et de femmes remontant jusqu’à 7 000 ans avant le présent, que le métissage, entre les chasseurs-cueilleurs autochtones du mésolithique et les premiers migrants du néolithique venant d’Anatolie persiste jusqu’à nos jours dans le génome des Français (1).

Les chercheurs ont également montré que le métissage des populations néolithiques avec celles des steppes pontiques venues du nord-est de la Mer Noire (actuelle Ukraine), les Yamnayas, arrivées il y a 4 200 ans sur ce qui est aujourd’hui le territoire français, a laissé une empreinte pérenne. En effet, le chromosome Y de la majorité des hommes en France porte, aujourd’hui encore, la signature de ces hommes des steppes.

Plus précisément, lors de la première migration, les agriculteurs anatoliens, venus du Croissant fertile proche-oriental, maîtrisaient l’agriculture et l’élevage. Ils seraient partis d’Anatolie il y a 7 500 ans via le Bosphore, le sud-est des Balkans (actuelles Bulgarie et Roumanie), puis les Carpates, la Hongrie où ils auraient rencontré des populations pratiquant la culture dite de la « céramique linéaire rubanée ».

Ils auraient ensuite remonté la vallée du Danube (Autriche, Allemagne), franchi le Rhin, et continué jusqu’en Champagne et jusqu’au Bassin parisien (7 200 ans), puis divergé, un groupe poursuivant vers l’Espagne et l’Italie, un autre vers la Belgique. Lors de ce voyage de plusieurs siècles, les Anatoliens se seraient mélangés avec des chasseurs-cueilleurs mésolithiques, en chemin et en France.

Les Yamnayas, eux, constituent une population d’éleveurs de bovins, ayant probablement domestiqué le cheval et inventé la roue. Ils enterraient leurs morts au sein de grands tumulus appelés kourganes et ils auraient également apporté la maîtrise de la métallurgie. « On sait qu’à l’Age du Bronze, en 4 500 (2 500 av. J.-C.), ils étaient arrivés en Allemagne », précise Eva-Maria Geigl.

► Comment ont-ils procédé ?

Au total ont été analysés 243 crânes (notamment une zone de l’os temporal où l’ADN est mieux conservé) ou ossements du reste du corps exhumés par les archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives et des universités françaises dans l’Est, le nord et le sud de la France.

Les biologistes moléculaires ont séquencé l’ADN ancien, en se focalisant sur l’ADN mitochondrial pour retracer la lignée maternelle et le chromosome sexuel Y pour suivre la lignée paternelle.

► Qu’apprend-on de plus d’un point de vue anthropologique ?

« La présence d’une signature génétique des hommes des steppes, les Yamnayas, jusqu’à aujourd’hui, signifie, au sens de l’évolution darwinienne, qu’ils se sont davantage reproduits que les hommes du néolithique, estime Eva-Maria Geigl. Il s’agit bien d’une reproduction plus performante et non pas d’un remplacement ni d’un esclavage », poursuit la chercheuse. Une fouille pratiquée en Bavière a d’ailleurs montré, grâce à l’analyse isotopique des os servant de véritable GPS, que les hommes installés et riches épousaient des femmes venant de l’est.

Toutefois, en mai 2019, l’archéologue danois Kristian Kristiensen de l’université de Göteborg (Suède) a publié dans New Scientist une version vulgarisée de ses travaux allant dans le sens d’une colonisation brutale au cours de laquelle ces guerriers ont tué un grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfants du sud de l’Angleterre au nord de l’Écosse. Et plusieurs chercheurs de se demander si les Yamnayas n’ont pas été l’un des peuples les plus meurtriers de tous les temps. Une nouvelle controverse scientifique en perspective.

Ce travail illustre bien, en tout cas, que les migrations ont été la normalité durant l’histoire de l’humanité et que la population française actuelle est bien issue d’un véritable puzzle, d’un melting-pot des origines.

(1) Publié dans PNAS le 25 mai 2020.
Source : La Croix du 27/05/2020