mardi 24 octobre 2023

Les premiers humains moderne d’Europe retrouvés grâce à la génétique

Finalement, ils ne sont pas si différents. Des scientifiques ont révélé un lien entre le génome des tout premiers Homo sapiens arrivés en Europe il y a 45 000 ans, et celui des populations du Paléolithique connue pour ses statuettes de Vénus. Seulement, avant, on pensait que les Homo sapiens n’avaient pas d’héritage génétique.

La découverte a été faite à partir de fragments de crânes du site archéologique de Buran-Kaya III. La péninsule de Crimée située au nord de la mer Noire a été fouillé il y a plus de dix ans.

Il s'agit d'os de deux individus datés de -36 000 et -37 000 ans. Récemment, le génome a pu être extrait grâce à de nouvelles techniques, selon une étude parue cette semaine dans Nature Ecology & Evolution. Les chercheurs ont comparé leurs génomes aux données des banques d'ADN, et notamment à celui d’une femme d’il y a 45 000 ans. À cette époque, les tout premiers Homo sapiens venus d'Afrique pour débarquer sur le continent eurasiatique. Le peuplement s'est fait par vagues successives. Une partie de cette population pionnière s'est implantée en Asie et a laissé un héritage génétique jusque chez les populations actuelles.

L'histoire a été plus chaotique pour la branche européenne. Jusqu’ici, aucune empreinte génétique n’avait été retrouvée, laissant supposer qu'elle avait disparu. On pensait qu’une nouvelle vague de migration, dont font partie les humains de Buran-Kaya III, avait eu lieu plusieurs milliers d’années plus tard et l’avait remplacée.

À l’origine de ce déclin : un refroidissement du climat et une aridification entre -40 000 et -45 000. Ces phénomènes ont été aggravé par une gigantesque en Italie qui a recouvert une partie de l'Europe d'un nuage de cendres.

Cette crise écologique aurait été « suffisamment grave pour entraîner la disparition de ces tout premiers Sapiens et peut-être aussi des Néandertaliens », une autre espèce humaine qui s'est éteinte à la même période, poursuit Eva-Maria Geigl, directrice de recherche à l'organisme scientifique français CNRS et co-auteure de l'étude.

Mais la découverte de leur trace dans le génome des humains du site de Crimée suggère qu’une partie de ce peuplement a survécu à la catastrophe. Leurs descendants se seraient ensuite « métissés avec les nouveaux arrivants après que le climat se soit réchauffé et soit devenu plus humide », ajoute la généticienne.

Autre révélation : les deux humains du site de Crimée sont associés à une autre population. Leurs génomes ont aussi été comparés à des population plus récentes. Ils sont génétiquement liés à des populations d'Europe de l'Ouest connue pour la production de statuettes féminines appelées Vénus, ou la Dame de Brassempouy, figurine en ivoire représentant une tête humaine.

Les fouilles de Buran Kaya III avaient mis au jour des objets assez semblables, comme des outils en pierre ou des plaques en ivoire de mammouth. Mais le lien avec le Gravettien à l'Ouest faisait débat chez les archéologues. « Les deux productions étaient trop éloignées géographiquement, et il y avait plus de 5.000 ans d'écart », souligne Thierry Grange, co-auteur de l’étude.

Ses travaux apportent la preuve génétique permettant d'affirmer que la culture gravettienne avait bien des origines à l'Est. Et finalement, que nos ancêtres issus d'Europe de l'Est ont migré vers l'Ouest, « contribuant aux génomes des Européens actuels », conclut Eva-Maria Geigl.

Source : Le Blob du 24/10/2023

La génétique retrouve la trace des premiers humains modernes d'Europe

Des scientifiques ont révélé un lien entre le génome des tout premiers Homo sapiens arrivés en Europe il y a 45.000 ans, dont on pensait n'avoir aucun héritage génétique, et celui des populations bien plus tardives d'une période du Paléolithique connue pour ses statuettes de Vénus.

La découverte a été faite à partir de fragments de crânes du site archéologique de Buran-Kaya III, dans la péninsule de Crimée au nord de la mer Noire, fouillé il y a plus de dix ans. Il s'agit d'os de deux individus datés de -36.000 et -37.000 ans, dont le génome a récemment pu être extrait grâce à de nouvelles techniques, selon une étude parue cette semaine dans Nature Ecology & Evolution.

Un peuplement qui s'est fait par vagues successives

Une équipe internationale de chercheurs a comparé leurs génomes aux données des banques d'ADN, et notamment au plus ancien génome d'humain anatomiquement moderne d'Europe, séquencé sur le crâne d'une femme d'il y a environ 45.000 ans (trouvé sur le territoire de l'actuelle République tchèque).

Une période où les tout premiers Homo sapiens venus d'Afrique ont débarqué sur le continent eurasiatique, dont le peuplement s'est fait par vagues successives. Une partie de cette population pionnière s'est implantée en Asie, de manière durable puisqu'elle a laissé un héritage génétique jusque chez les populations actuelles.

L'histoire a été plus chaotique pour la branche européenne, dont on n'avait pas retrouvé jusqu'ici d'empreinte génétique, laissant supposer qu'elle avait disparu. Pour être "totalement remplacée", plusieurs milliers d'années plus tard, par une nouvelle vague de migration dont font partie les humains de Buran-Kaya III, génétiquement proches de nous, explique à l'AFP Eva-Maria Geigl, directrice de recherche à l'organisme scientifique français CNRS et co-auteure de l'étude.

Crise climatique

A l'origine de ce déclin : un refroidissement du climat et une aridification, survenus entre -45.000 et -40.000 ans, aggravés par une gigantesque éruption du volcan des Champs Phlégréens (Italie) qui a recouvert une partie de l'Europe d'un nuage de cendres. Cette crise écologique aurait été "suffisamment grave pour entraîner la disparition de ces tout premiers Sapiens et peut-être aussi des Néandertaliens", une autre espèce humaine qui s'est éteinte à la même période, poursuit la généticienne.

Mais la découverte de leur trace dans le génome des humains du site de Crimée suggère que finalement, une partie de ce peuplement pionnier a survécu à la catastrophe. "Ca a été dur pour tout le monde mais il a dû rester quelques individus puisqu'ils ont laissé une partie de leurs gènes", décrypte Thierry Grange, directeur de recherche au CNRS et co-auteur. Leurs descendants se seraient ensuite "métissés avec les nouveaux arrivants après que le climat s'est réchauffé et est devenu plus humide", ajoute Eva-Maria Geigl.

Nos ancêtres issus d'Europe de l'Est ont migré vers l'Ouest

Autre révélation : les deux humains du site de Crimée, qui ont aussi été comparés à des génomes plus récents, sont génétiquement liés à des populations d'Europe de l'Ouest associées à la culture du Gravettien, située entre -31.000 ans et -23.000 ans. Une culture connue pour la production de statuettes féminines appelées Vénus, ou la Dame de Brassempouy, figurine en ivoire représentant une tête humaine.

Les fouilles de Buran Kaya III avaient mis au jour des objets assez semblables (outils en pierre, plaque en ivoire de mammouth) mais le lien avec le Gravettien à l'Ouest faisait débat chez les archéologues. "Les deux productions étaient trop éloignées géographiquement, et il y avait plus de 5.000 ans d'écart", souligne Thierry Grange.

Ses travaux apportent la preuve génétique permettant d'affirmer que la culture gravettienne avait bien des origines à l'Est. Et finalement, que nos ancêtres issus d'Europe de l'Est ont migré vers l'Ouest, "contribuant aux génomes des Européens actuels", conclut Eva-Maria Geigl.

Source : Sciences et Avenir du 24/10/2023

jeudi 12 octobre 2023

Des empreintes de pas vieilles de 23 000 ans, nouvelles preuves du peuplement précoce de l'Amérique

Après des années de controverse, le mystère des traces de pieds humains du désert du Nouveau-Mexique pourrait bien être résolu. Bouleversant, au passage, ce que l’on croyait connaître du peuplement de l’Amérique du Nord !

En effet, pendant la majeure partie du 20e siècle, le monde archéologique estimait que les humains étaient arrivés sur le continent il y a environ 15 000 ans, en empruntant la Béringie, un pont terrestre qui reliait autrefois la Sibérie et le Canada.

Mais l’émergence, ces dernières décennies, de différents indices suggérant une présence plus ancienne a remis en question cette chronologie.

Ce fut le cas en 2021, lorsqu’une équipe scientifique américaine déclare avoir daté une série d’empreintes de pas humains retrouvées au Nouveau-Mexique. Plus précisément, ils ont daté au carbone 14 des graines écrasées par ces pas. Résultat : ceux-ci seraient vieux d’environ 21 000 ans.

Immédiatement, la controverse éclate : il s’agit de graines de Ruppia Cirrhosa, une plante aquatique. Elles ont pu absorber et conserver des molécules de carbone issues d’une eau plus ancienne, faussant le résultat. La communauté scientifique demande donc des preuves supplémentaires.

À ce propos, Kathleen Springer, co-autrice de l’étude initiale et géologue à l’Institut d’études géologiques des États-Unis, déclare : « Nous étions sûrs de nos datations initiales (…), mais nous savions qu’un contrôle chronologique indépendant était capital. »

C’est ce que fournit aujourd’hui son équipe, par l’analyse d’autres éléments tirés des traces de pas. Cette fois, c’est du pollen issu de conifères, non susceptible d’être « contaminé » par de l’eau, qui a été daté au carbone 14. Son âge : au moins 22 600 ans. Ils ont aussi employé une technique appelée luminescence optiquement stimulée pour l’appliquer à du quartz tiré des empreintes. Elle permet de savoir quand un minéral a été exposé pour la dernière fois à la lumière. En l’occurrence, il y a 21 500 ans.

« Nos nouvelles datations (…) soutiennent sans équivoque le fait que les humains étaient présents en Amérique du Nord durant le pic de la dernière ère glaciaire. » Conclut Kathleen Springer.

Source : Le Blob du 11/10/2023

mardi 10 octobre 2023

Une preuve inédite (et incontestable) que des humains étaient déjà présents en Amérique il y a 23.000 ans

L’être humain avait déjà mis le pied sur le continent américain il y a 23.000 ans, au cours du dernier maximum glaciaire. De nouvelles analyses rigoureuses tendent vers un même résultat et obligent les archéologues à revoir les modèles de peuplement historiques qui plaçaient l’arrivée d’Homo sapiens en Amérique après le dernier maximum glaciaire il y a environ 18.000 ans.

Au Nouveau-Mexique (États-Unis), des empreintes laissées par des humains sont fossilisées dans le lac Otero du parc national des White Sands. En 2021, des paléoanthropologues se sont lancés dans la datation des graines d’une plante aquatique sédimentées dans le creux de ces traces.

Les traces de pas fossilisées dans le lac Otero, du parc national des White Sands, au Nouveau-Mexique, Etats-Unis. Elles avaient déjà fait l'objet d'une étude scientifique publiée en 2021 dans la revue Science.

La nouvelle étude des traces du lac Otero devrait établir un consensus

Leurs résultats indiquaient que ces marques étaient âgées de 21.000 à 23.000 ans, ce qui correspond à une période interne au dernier maximum glaciaire, une époque glaciale s’étendant entre 19.000 et 26.500 ans avant notre ère.

Si ces conclusions ne faisaient pas consensus à l’époque, de récents résultats vont certainement forcer un accord dans la communauté scientifique.

Une nouvelle étude a utilisé des échantillons d’origines différentes et d’autres techniques d’analyses afin de vérifier l’âge de ces empreintes fossilisées. Finalement, les divers examens montrent que ces traces seraient bien âgées de 21.000 à 23.000 ans.

"Un très beau travail"

"C’est un très beau travail qui a attaqué le problème en faisant une analyse indépendante avec d’autres traceurs, ce qui rend l’étude très solide et difficilement contestable", estime dans un échange avec La Recherche Antonio Pérez-Balarezo, archéologue au laboratoire archéologie et sciences de l’antiquité, à Nanterre et spécialiste de la préhistoire ancienne de l'Amérique du Sud.

Cette nouvelle datation confirmée va conduire les archéologues à considérer un peuplement qui aurait démarré en plein dernier maximum glaciaire. "Je suis très ému d'être témoin de ce changement de paradigme", confie l’archéologue.

Source : Sciences et Avenir du 10/10/2023

jeudi 5 octobre 2023

Cette nouvelle découverte révèle le couloir que les Homo sapiens auraient emprunté pour quitter l’Afrique

Il y a 129 à 71 000 ans, les premiers humains ont migré de l’Afrique vers l’Eurasie à plusieurs reprises entre le milieu et la fin du Pléistocène. Le chemin était ardu et la réussite n’était pas toujours au rendez-vous. Une nouvelle étude avance que la Vallée du rift du Jourdain serait une route que les Homo sapiens ont choisie pour se rendre en Eurasie.

Les scientifiques ont longtemps estimé que la route de prédilection des Homo sapiens pour quitter l’Afrique était la traversée de la mer Rouge depuis la corne de l’Afrique vers le sud-ouest de la péninsule arabique. Une nouvelle étude, publiée dans le journal Science Advances, avance qu’ils auraient migré en Eurasie depuis l’Afrique du Nord-est, jusqu’au Levant, en passant par l’actuelle Jordanie.

Carte montrant les archives archéologiques, paléoclimatologiques et paléoenvironnementales du Levant et de l’Arabie

La Vallée du rift du Jourdain : le chemin des Homo sapiens pour se rendre en Eurasie

Pendant les périodes glaciaires, lorsque les niveaux d’eau de la mer Rouge étaient au plus bas, les premiers humains auraient pu effectivement traverser par la route du sud-ouest de l’Arabie. « Cependant, notre étude confirme l’existence d’un passage bien fréquenté vers le nord, à travers la seule route terrestre reliant l’Afrique à l’Eurasie », a affirmé Paul Carling, professeur de géomorphologie à l’Université de Southampton et l’un des auteurs de l’étude.

Le paysage aurait été très différent…

Les chercheurs ont entamé des fouilles dans la Vallée du rift du Jourdain, où ils ont trouvé des outils manuels en pierre, appelés « flocons » (flakes). Ces artefacts ont été trouvés au bord des canaux de rivières asséchés. Grâce à des techniques de luminescence, les scientifiques ont pu estimer l’âge des outils mis au jour : ils seraient vieux de 84 000 ans ! Cette technique de datation permet effectivement d’estimer la dernière fois que la matière étudiée a été exposée à la lumière.

Si aujourd’hui, il est difficile d’imaginer le passage des familles par ce paysage désertique, à cette période-là, ce chemin aurait été beaucoup plus bienveillant et accueillant pour le passage. L’étude des sédiments a révélé que le paysage de cette vallée était très différent il y a 80 mille ans, possédant une végétation riche. « Plutôt qu’un désert sec, les prairies de savane auraient fourni les ressources indispensables à la survie des hommes pendant leur voyage hors d’Afrique vers l’Asie du Sud-ouest et au-delà », a déclaré Mahmoud Abbas, géochronologue de l’Université de Hantou et l’un des auteurs de l’étude.

Avec cette étude, les scientifiques estiment avoir trouvé des preuves convaincantes que la route du Levant, via la Vallée du rift du Jourdain, aurait été un chemin bien rodé par les Homo sapiens migrant en Eurasie.

Source : Science et Vie du 05/10/2023

lundi 2 octobre 2023

Göbekli Tepe : le mystérieux site archéologique livre la plus ancienne sculpture peinte de l'humanité

La découverte de nouvelles sculptures réalistes à Göbekli Tepe et Karahan Tepe, dans la province Şanlıurfa, en Turquie, vient rappeler à quel point ce site archéologique encore incompris est crucial dans l'évolution de l'humanité.

Le "premier temple de l’humanité" ne cesse décidément d'apporter son lot de merveilles. Le ministère turc de la Culture et du Tourisme a annoncé avoir découvert sur le site de Göbekli Tepe, où a lieu depuis plusieurs semaines une nouvelle fouille, une statue de sanglier peinte. L'artefact, dont "la surface présente des résidus de pigments rouges, blancs et noirs", devient ainsi la plus ancienne sculpture peinte de notre histoire, puisque Göbekli Tepe, site mégalithique perdu aux confins de l’Anatolie, a été édifié il y a près de 10.000 ans (jusqu'à 11.400 ans pour certains chercheurs).

Un site charnière

Göbekli Tepe, littéralement "la colline ventrue" en turc, est l'un des sites archéologiques les plus importants au monde non seulement pour son âge reculé, mais aussi parce qu'il lie l'humanité au sacré. Plus de 7000 ans avant Stonehenge en Angleterre et les pyramides égyptiennes, des humains se réunissaient ici, entre ces mégalithes richement ornés, sans doute pour se recueillir.

Découvert en 1994 par l'archéologue et préhistorien allemand Klaus Schmidt, le site est encore nimbé de mystère. D’abord considéré comme un lieu à la seule fonction cultuelle, il pourrait en réalité avoir été habité, comme le laissent entendre de possibles traces de bâtiments semblables à ceux de la même époque dans le nord de la Syrie voisine (la Turquie constituait l'une des provinces de la Haute-Mésopotamie). Ainsi, Göbekli Tepe se placerait à la jonction entre les sociétés de chasseurs-cueilleurs de l'Âge de pierre et les prémices de la sédentarisation.

Il pourrait également faire partie d'un vaste ensemble sacré qui englobe d'autres sites à proximité, parfois plus anciens encore, dont le site de Karahan Tepe, localisé plus tardivement. Depuis plusieurs semaines, neuf de ces sites sont fouillés dans le cadre du projet "Stone Hills".

Serpents et phallus

La sculpture de sanglier en calcaire, grandeur nature, a été découverte dans la structure dite "D" du site. Elle était posée sur un piédestal orné de décorations, parmi lesquels un symbole en forme de H, un croissant, deux serpents et trois visages ou masques humains, toujours selon les déclarations du ministère turc de la Culture et du Tourisme.

Une autre statue, cette fois anthropomorphe, a été mise au jour à Karahan Tepe, situé à environ 45 km de Göbekli Tepe. Haute de 2,3 mètres et dotée d’une expression faciale déjà réaliste, cette sculpture présente de grandes similitudes avec la figure d’un relief découvert lors des fouilles de Sayburç en 2021. L'un des panneaux de Sayburc représente en effet un personnage masculin tenant son phallus dans la main droite. Le personnage trouvé à Karahan Tepe, lui, tient son phallus des deux mains. Même si ces détails laissent figurer un culte à la fertilité masculine, il est aujourd'hui encore impossible d'établir la fonction précise du lieu.

Dans le même secteur a enfin été trouvée une autre sculpture, figurant ce que les archéologues interprètent comme un vautour.

Source : Sciences et Avenir du 02/10/2023

mercredi 27 septembre 2023

Moins de 2 000 individus seraient à l’origine de la population humaine actuelle

Une nouvelle simulation de la diversité génétique passée suggère qu’il y a 900 000 ans, la population humaine a été réduite à moins de quelques milliers d’individus aptes à se reproduire, qui sont à l’origine de la population actuelle.

Homo heidelbergensis (à gauche), l’ancêtre présumé d’Homo sapiens (à droite, l'homme de Cro Magnon), serait issu d'une population passée par un effectif extrêmement réduit.

Selon une nouvelle étude, une grande crise climatique a failli faire disparaître nos ancêtres à la fin du Pléistocène inférieur (2,59 millions d’années à 774 000 ans). Haipeng Li, de l’Académie chinoise des sciences, et ses collègues avancent que cette crise aurait presque éradiqué la population ancestrale d’Homo sapiens, il y a entre 930 000 et 813 000 ans.

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont élaboré une nouvelle méthode afin de simuler l’évolution génétique humaine en « remontant le temps », qu’ils ont nommé « processus de coalescence rapide en temps infinitésimal » ou FitCoal. Ils sont partis pour cela de la mesure de fréquence de certains polymorphismes nucléotidiques (variations d’une seule paire de bases) dans 3 154 génomes issus de 10 populations africaines et de 40 populations non africaines actuelles. Pour l’essentiel, le principe de la méthode FitCoal est de décrire par des probabilités la coalescence – la fusion de lignées – et l’apparition spontanée de mutations de génération en génération.

Les résultats obtenus suggèrent qu’à la fin du Pléistocène inférieur, la population effective moyenne – c’est-à-dire le nombre d’individus aptes à se reproduire – n’aurait plus été que de 1 280 individus. Les chercheurs notent que ce goulot d’étranglement génétique expliquerait la rareté des fossiles humains entre 950 000 et 650 000 ans en Afrique et en Eurasie. Comme le peu de fossiles retrouvé en Afrique pour cette période – Tighennif, en Algérie, Gombore, en Éthiopie – ont des traits osseux en commun retrouvés chez Homo heidelbergensis, les paléontologues supposent que l’ancêtre présumé des Néandertaliens, des Dénisoviens et des Homo sapiens est issu de la population ancestrale qui a subsisté à cette réduction génétique. Or l’horloge génétique suggère que le plus récent ancêtre commun de ces trois formes humaines a vécu entre 700 000 et 500 000 ans, ce qui est compatible avec la possibilité d’un goulot d’étranglement survenu juste avant.

Il y a quelque 900000 ans, la population africaine ancestrale d'H. sapiens serait passée par un goulots d'étranglement génétique, qui aurait réduit sa population effective – le nombre d'individus reproducteurs – à un effectif de seulement 1280 !

Le généticien des populations Yun-Xin Fu, de l’université du Texas, l’un des inventeurs de la méthode, estime que « le fait que FitCoal puisse détecter cette baisse brutale de diversité génétique à partir de seulement quelques séquences représente une percée ».

Un enthousiasme que ses confrères accueillent avec prudence. Ainsi, Nick Ashton, du Muséum de Londres, qui a commenté l’article dans Science, pointe que s’il ya bien eu un goulot d’étranglement, moins de fossiles auraient dû être découverts en Eurasie. S’exprimant dans le New York Times, le généticien des populations à l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig, Stephan Schiffels, a pour sa part exprimé par une métaphore ses réserves par rapport à FitCoal : la méthode « revient un peu à tenter de déduire la taille d’une pierre tombée au milieu d’un grand lac à partir des ondelettes parvenant sur la rive ». L’avenir dira si FitCoal est un pavé dans la mare de la paléogénétique ou un coup d’épée dans l’eau.

Source : Pour la Science du 26/09/2023

mardi 12 septembre 2023

Les ancêtres des singes africains et des humains seraient originaires d’Europe

L’origine des hominidés reste l'un des sujets les plus controversés en paléoanthropologie. Depuis Darwin, l'opinion traditionnelle soutient que nos ancêtres sont originaires d'Afrique, où évoluent aujourd'hui tous les hominidés non humains existants. Cependant, de plus en plus de preuves suggèrent une origine européenne. Une récente étude publiée dans la revue Nature semble confirmer cette hypothèse.

L’origine des hominidés

L’évolution des hominidés n’est pas linéaire mais ramifiée, avec de multiples branches dont les feuilles manquent encore. C’est pourquoi il est difficile, encore aujourd’hui, de démêler toute cette histoire très complexe. L’origine de cette grande famille de primates, qui comprend les humains, les singes africains (chimpanzés, bonobos et gorilles) et leurs ancêtres fossiles, fait donc encore l’objet de débat en paléoanthropologie.

Pendant longtemps, la plupart des preuves scientifiques semblaient néanmoins soutenir l’hypothèse d’une origine africaine. Cependant, la découverte de plusieurs fossiles en Europe et en Anatolie (aujourd’hui Turquie) a récemment conduit certains chercheurs à repenser nos origines. Ce point de vue suggère que les hominidés ont d’abord vu le jour en Europe avant de se disperser en Afrique il y a entre 7 et 9 millions d’années.

Un singe nouvellement identifié, nommé Anadoluvius turkae, va dans le sens de cette idée. Les résultats de ces travaux sont signés d’une équipe de chercheurs dirigée par le professeur David Begun de l’Université de Toronto, et le professeur Ayla Sevim Erol,de l’Université d’Ankara.

Imagerie miroir

Les restes de cet animal (la majeure partie de la structure faciale et la partie avant du boîtier cérébral) ont été découverts en 2015 sur le site fossilifère de Çorakyerler, en Anatolie centrale (Turquie). Pour son analyse, les chercheurs ont fait appel à une technique bien connue en anthropologie : celle de l’imagerie miroir. Celle-ci est particulièrement utile pour la reconstruction de fragments osseux fragmentaires ou endommagés.

Concrètement, l’imagerie miroir est basée sur le principe de symétrie. L’idée est que de nombreuses parties des hominidés ont une symétrie bilatérale, ce qui signifie qu’elles sont en grande partie symétriques par rapport à un axe central. Pour utiliser cette technique, les paléoanthropologues placent leur fossile, souvent fragmentaire, entre deux miroirs inclinés l’un vers l’autre de manière à créer une image réfléchie du fossile à partir d’un côté du miroir. Lorsque la lumière atteint le miroir, elle est réfléchie, créant alors une image inversée du fragment sur le côté opposé.

Les chercheurs ajustent ensuite la position des miroirs de manière à superposer l’image réfléchie avec le fragment original. Lorsque les deux images se chevauchent correctement, elles forment alors une image complète de l’os ou de la dent, comme si le fragment manquant était réapparu de l’autre côté du miroir. La superposition précise des images permet finalement aux chercheurs de reconstruire la partie manquante ou endommagée du fragment pour profiter d’une image complète de la structure.

Le crâne partiel de la femelle Anadoluvius turkae.

Taillé comme un chimpanzé

Cela étant dit, l’analyse de ces fossiles complétés par l’imagerie miroir suggère que cet animal vieux de 8,7 millions d’années avait à peu près la taille d’un grand chimpanzé mâle.

Sur la base des fossiles d’autres animaux trouvés à ses côtés – tels que des girafes, des phacochères, des rhinocéros, des antilopes, des zèbres, des éléphants, des porcs-épics et des hyènes – ainsi que d’autres preuves géologiques, Anadoluvius turkae vivait probablement dans des conditions relativement ouvertes. Les mâchoires puissantes et les grandes dents épaisses de l’animal suggèrent également que ce primate se nourrissait d’un régime comprenant des aliments durs ou coriaces provenant de sources terrestres tels que des racines et des rhizome.

Une migration d’Europe

Les chercheurs suggèrent qu’A. turkae et d’autres singes fossiles des régions voisines, tels que Ouranopithecus (découvert Grèce et en Turquie) et Graecopithecus (découvert en Bulgarie), formaient un groupe d’hominidés primitifs. Leur présence dans la région à cette époque laisse donc à penser que les ancêtres des singes africains et des humains sont bel et bien apparus en Europe et en Méditerranée orientale, avant de migrer ensuite vers le continent africain au même titre que la faune qui les accompagnait dans leur environnement d’origine.

Précisons tout de même que les chercheurs parlent ici de l’ancêtre commun des hominidés, et non de la lignée humaine après qu’elle ait divergé des ancêtres des chimpanzés et des bonobos. La majeure partie de l’histoire de l’évolution humaine s’est en effet déroulée en Afrique.

« Nos découvertes suggèrent en outre que les hominidés ont non seulement évolué en Europe occidentale et centrale, mais ont passé plus de cinq millions d’années à y évoluer et à se propager à la Méditerranée orientale avant de finalement se disperser en Afrique, probablement en raison de changements d’environnement et de diminution des forêts« , précise David Begun, co-auteur de ces travaux. « Les membres de cette radiation à laquelle appartient Anadoluvius ne sont actuellement identifiés qu’en Europe et en Anatolie« .

Pourquoi l’Afrique ?

Cette nouvelle découverte, si elle se confirme, soulève tout de même au moins deux questions : pourquoi, si les hominidés sont apparus en Europe, ils n’y sont plus, à l’exception des humains récemment arrivés ? Et pourquoi les anciens hominidés ne se sont pas également dispersés en Asie ?

À ces questions, David Begun répond que l’évolution n’est pas très prévisible. « Cela se produit lorsqu’une série d’événements aléatoires et non liés interagissent« , dit-il. « Nous pouvons supposer que les conditions n’étaient pas réunies pour que les singes se déplacent de la Méditerranée orientale vers l’Asie à la fin du Miocène, mais qu’elles étaient réunies pour une dispersion vers l’Afrique« .

En outre, rien ne dit qu’aucune de ces espèces ne s’est jamais retrouvée en Asie. Rappelons ce vieil axiome paléontologique : « l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence« . Il est aussi possible que certaines espèces aient migré vers l’Asie, mais qu’elle se soient ensuite éteintes. Quoi qu’il en soit, de futurs travaux de terrain en Afrique et en Eurasie à la recherche de singes fossiles pourraient potentiellement aider à clarifier ces questions sur nos ancêtres lointains.

Source : Science et Vie du 11/09/2023

vendredi 8 septembre 2023

Un os d’Homo sapiens trouvé dans une grotte de Néandertaliens en Bourgogne évoque de «potentiels contacts»

Le paléoanthropologue Bruno Maureille, directeur de recherche au CNRS, a récemment publié une étude sur une découverte qui mènerait vers la piste d’une possible cohabitation il y a 40 000 ans.

De quoi jeter un nouveau regard sur les relations entre les premiers hommes modernes d’Europe occidentale et nos anciens cousins disparus. Des scientifiques ont identifié l’os d’un bébé Homo sapiens dans une grotte en France qu’ils pensaient occupée uniquement par des Néandertaliens, il y a plus de 40 000 ans, une période de déclin des populations néandertaliennes et d’expansion des premiers groupes d’Homo Sapiens en Eurasie occidentale.

La découverte a été une surprise pour le paléoanthropologue Bruno Maureille, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui a piloté une étude parue récemment dans la revue Nature Scientific Reports. Ce spécialiste des Néandertaliens, travaillait à l’inventaire de fossiles humains excavés entre 1949 et 1963 en Bourgogne, dans la grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure (Yonne).

En passant en revue les 64 fossiles, conservés au Musée national de la préhistoire des Eyzies en Dordogne, Bruno Maureille est tombé sur un os pas comme les autres : celui du bassin supérieur d’un nouveau-né, un ilion (fragment de hanche) de la taille d’une pièce de deux euros. La différence morphologique lui a sauté aux yeux : «J’ai tout de suite vu que ça n’était pas un bébé néandertalien», raconte-t-il.

L’os en question n’avait pas la même longueur ni la même orientation que les autres, précise Juliette Henrion du laboratoire d’étude de la préhistoire de l’université de Bordeaux, coautrice de l’étude, soulignant que les Homo sapiens et les hommes de Néandertal présentent «des différences morphologiques sur quasiment tous les ossements du squelette, chez les bébés comme chez les adultes». Une analyse «morphométrique» en 3D du petit os a ensuite confirmé qu’il s’agissait d’un humain anatomiquement moderne – Homo sapiens –, bien qu’encore différent de nous.

«Potentiels contacts»

«C’est la première fois qu’on retrouve un humain moderne dans un site» de cette époque, commente Bruno Maureille, insistant sur le fait que le fameux ilion moderne et les os néandertaliens sont issus de la même couche archéologique. La découverte de la grotte du Renne pose donc la question de «potentiels contacts» entre ces deux humanités biologiquement différentes, selon un communiqué du CNRS cette semaine.

L’étude avance plusieurs hypothèses, dont celle de groupes mixtes, cohabitant sur un même site et partageant la même culture. Ils auraient pu aussi occuper la grotte à tour de rôle, se succédant «sur quelques milliers d’années», analyse Juliette Henrion.

Cette découverte «nous éclaire sur l’arrivée de l’homme moderne à l’Ouest de l’Europe», ajoute la chercheuse. «Nos résultats disent que l’histoire du peuplement de cette période est peut-être plus complexe que ce qu’on croyait, montrant des occupations plurielles du territoire européen et non un scénario où tel groupe aurait remplacé l’autre à tel endroit», selon Bruno Maureille. Les chercheurs n’excluent pas de fouiller à nouveau la grotte pour trouver de nouveaux ossements.

Source : Libération du 08/09/2023

jeudi 7 septembre 2023

Les sphéroïdes préhistoriques étaient conçus à dessein, mais dans quel but ?

On ne sait toujours pas à quoi ils pouvaient servir, mais des archéologues sont convaincus que les premiers humains taillaient à dessein des sphères de pierre, appelées sphéroïdes, il y a au moins 1,4 million d'années, selon une étude.

Ces drôles de cailloux sont-ils le résultat involontaire de la percussion d'une pierre à l'aide d'une autre, pour fabriquer un outil, ou le résultat délibéré d'une taille visant à obtenir une forme sphérique ?

Le premier exemple de la capacité à "imposer intentionnellement une forme symétrique à une pierre"

Pour l'équipe d'Antoine Muller, archéologue au laboratoire d'informatique archéologique de l'Université hébraïque de Jérusalem, l'étude de 150 sphéroïdes de calcaire extraits du site d'Ubeidiya, fait pencher la balance vers la deuxième hypothèse. Situé dans le nord de l'actuel Israël, Ubeidiya est connu comme le site le plus ancien, en dehors de l'Afrique, représentatif de l'Acheuléen, un type de fabrication d'outils de pierre, documenté sur le continent africain il y a environ 1,7 million d'années.

A cette époque, les premiers homininés, ancêtres de la lignée humaine, fabriquent des bifaces, des outils de pierre qui, sur le modèle d'une hache, sont considérés comme le premier exemple de la capacité à "imposer intentionnellement une forme symétrique à une pierre", selon l'étude signée par Antoine Muller dans Royal Society Open Science.

Les sphéroïdes représentent un pas supplémentaire dans cette démarche, visant à ajouter une dimension "géométrique" à ce travail, selon l'équipe de Jérusalem. Qui en fait la démonstration à l'aide de méthodes de pointe d'analyse des formes en trois dimensions.

"L'étude est très intéressante dans l'approche et le résultat, car la méthode est quantitative et réplicable sur d'autres séries de sphéroïdes d'autres sites", commente auprès de l'AFP l'archéologue Julia Cabanès, doctorante au Muséum national d'histoire naturelle et signataire d'une autre étude remarquée sur le sujet.

Cette méthode pourrait par exemple s'appliquer aux plus anciens sphéroïdes répertoriés, datant de 2 millions d'années, dans les gorges d'Olduvaï, en Tanzanie.

"Des capacités exceptionnelles de taille de la pierre et un objectif très clair"

Selon l'étude de l'équipe d'Antoine Muller, les "artisans" du site d'Ubeidiya - dont on ignore à quelle lignée humaine ils appartenaient - ont effectué une séquence de réduction d'une pierre afin d'obtenir une sphère. Un travail requérant des "capacités exceptionnelles de taille de la pierre et un objectif très clair", selon un communiqué de l'Université hébraïque de Jérusalem. Autrement dit, il fallait aux auteurs "une séquence préconçue mentalement avant l'exécution", explique Julia Cabanès à l'AFP. Et donc les capacités cognitives permettant cette réalisation.

Avec ce procédé, "les sphéroïdes ne sont pas devenus plus lisses, mais avant tout plus sphériques", concluent les chercheurs. Une précision importante, car si la nature sait rendre un galet très lisse, comme ceux que l'on trouve sur une plage ou dans un torrent, celui-ci n'approche "quasiment jamais" une forme réellement sphérique de manière naturelle.

Quant à savoir quel pouvait être l'usage de ces pierres rondes, le mystère reste entier. On suppose la fabrication d'un outil servant à briser les os pour mieux en extraire la moelle ou permettant de broyer des végétaux. Des scientifiques avancent que ces sphères ont pu servir de projectiles. Sans exclure une finalité symbolique ou purement esthétique. "Toutes les hypothèses sont possibles", selon Julia Cabanès. Et selon elle, on "ne pourra sans doute jamais vraiment connaître la réponse".

Source : Sciences et Avenir du 05/09/2023