samedi 31 mars 2012

Un pied inconnu bouscule l'évolution humaine

Des chercheurs ont découvert un surprenant fossile qui suggère que Lucy a partagé son territoire avec un autre ancêtre.

C'est une nouvelle pièce du puzzle de l'évolution de l'homme que viennent de débusquer des chercheurs du Muséum d'histoire naturelle de Cleveland aux États-Unis. Un fossile partiel de pied découvert en février 2009 près de la localité de Burtele en Éthiopie semble appartenir à un hominidé encore inconnu. Un de plus, direz-vous... Mais ce n'est pas tout ! En datant ces ossements, les scientifiques ont constaté que l'individu étrange auquel appartenait le pied, nom de code BRT-VP-2/73, avait vécu il y a environ 3,4 millions d'années, dans cette région des Afars, en même temps que la célèbre représentante des Australopithecus afarensis, Lucy.

Si ces cousins-là se sont croisés, il y a fort à parier qu'ils se sont observés avec un certain étonnement... Alors qu'Australopithecus afarensis était déjà campée sur ses deux pieds munis de cinq orteils, BRT-VP-2/73, lui, possédait encore des pouces en guise de gros orteils, lui permettant de saisir les branches des arbres pour mieux y grimper, comme les grands singes d'aujourd'hui. Or, jusqu'ici, le dernier hominidé arboricole découvert, Ardipithecus ramidus, datait de 4,4 millions d'années. Cette découverte suggère donc que nos ancêtres ont continué de vivre dans les arbres bien plus longtemps que ce que l'on pensait.

Plus habile dans les branches que sur le sol

Pour autant, les chercheurs, qui ont rendu compte de leurs travaux dans la revue Nature, pensent que le nouveau venu était également capable de se déplacer en se tenant debout sur ses jambes. C'est du moins ce que suggèrent la morphologie de son pied et, surtout, la forme singulière de ses articulations. Cela dit, cet hominidé devait être plus habile dans les branches que sur le sol, et sa démarche bien moins gracieuse que celle de Lucy.

Pour l'heure, difficile d'en dire plus, car, sans crâne ni dent, l'identité de ce nouvel ancêtre - ni Australopithecus afarensis, ni Ardipithecus ramidus - ne pourra pas être clairement établie. Il nous en dit toutefois un peu plus sur la manière dont la bipédie s'est finalement imposée. Sans doute plus progressivement que ce que l'on avait imaginé...

Source : Le Point du 30/03/2012

jeudi 29 mars 2012

Un nouveau pied dans l'évolution humaine

Le fossile partiel d'un pied découvert en Afrique pourrait bien appartenir à une nouvelle espèce d'hominien qui a vécu sur la Terre il y a environ 3,4 millions d'années dans la région des Afars, en Éthiopie.

L'équipe de Yohannes Haile-Selassie, du Cleveland Museum of Natural History, estime que cette espèce aurait été contemporaine à l'Australopithecus afarensis (Lucy), mais qu'elle avait des orteils préhensiles, qui lui permettaient de grimper aux arbres comme les singes.

Ainsi, à la différence de Lucy, la nouvelle espèce possédait des pouces à la place des gros orteils, ce qui lui permettait de saisir les branches tout en grimpant. Elle aurait été plus agile que Lucy dans les arbres, mais moins sur la terre ferme.

Les grands singes modernes sont pourvus d'un gros orteil similaire, mais les plus vieux hominidés connus à ce jour qui en possédaient étaient les Ardipithecus ramidus, qui vivaient il y a 4,4 millions d'années.

Cette découverte laisse donc penser que certains ancêtres des humains auraient vécu dans les arbres au moins un million d'années de plus que ce qui était admis à ce jour.

Les auteurs de ces travaux publiés dans le magazine Nature pensent que ce mystérieux fossile pourrait bien appartenir à une branche éteinte de la grande famille humaine. Il indiquerait également que plusieurs chemins évolutifs ont pu conduire à l'apparition de pieds adaptés à la marche debout.

mardi 27 mars 2012

Les premiers excès de la chasse, il y a 45 000 ans

Chez Homo sapiens, l'excès de prédation est peut-être un travers qui remonte loin. Et, précisément, à la toute première colonisation d'un vaste territoire précédemment vierge de toute humanité. Selon des travaux publiés vendredi 23 mars dans la revue Science, l'arrivée de l'homme moderne en Australie, il y a quelque 45 000 à 50 000 ans, s'est en effet soldée par l'éradication complète - en quelques millénaires tout de même - de la méga-faune qui peuplait l'île-continent au pléistocène.

Ce sujet soulève des discussions animées : d'autres hypothèses sont bien souvent mises en avant, qui exonèrent l'homme dans la survenue brutale de ces extinctions en cascade. Un changement climatique local, par exemple, aurait pu rendre les conditions de sécheresse favorables à de grands incendies, ayant eux-mêmes entraîné des changements à grande échelle sur la végétation. Et, en retour, sur l'ensemble des écosystèmes... S'ils sont confirmés, les travaux menés par Susan Rule (The Australian National University, à Canberra) et ses coauteurs scelleront ainsi un débat vieux de plus de quarante ans, montrant qu'avec un peu de temps devant eux des petits groupes d'hommes armés de pierres taillées peuvent imprimer à un vaste territoire de radicales transformations.

Les chercheurs australiens ont analysé deux grandes carottes sédimentaires prélevées dans le cratère de Lynch, dans le Nord-Est australien. Ils ont pu y détecter un certain nombre de changements intervenus au cours des derniers 130 000 ans : quantité et type de pollens, évolution de la quantité de charbons issus des feux de forêt et de broussailles... Surtout, ils ont pu suivre les variations au cours du temps de l'abondance de petits champignons coprophiles du genre Sporormiella.


mercredi 21 mars 2012

De mystérieux fossiles d’Hommes préhistoriques découverts en Chine

Des fossiles d’hominidés datant de l'âge de pierre ont été trouvés en Chine. Ces Hommes préhistoriques, présentant des caractères anatomiques à la fois archaïques, modernes et inconnus, sont bien difficiles à classer. Quoi qu’il en soit, ils ouvrent une nouvelle fenêtre sur l’histoire de l’Homme et de ses migrations dans la région la plus peuplée du monde.

L’histoire évolutive de l’Homme moderne est un sujet passionnant. Mais qu'en savons-nous au juste ? Selon une étude publiée dans la revue Nature, nos ancêtres originaires de l’Afrique subsaharienne seraient partis à la conquête de l’Europe et de l’Asie il y a environ 100.000 ans. Ils se seraient alors progressivement transformés pour donner naissance à l’Homme de Cro-Magnon, Homo sapiens sapiens, il y a quelque 40.000 ans.

L’installation de l’Homme en Europe est relativement bien documentée. En revanche, les informations retraçant son évolution sur le continent est-asiatique sont peu nombreuses. Cette région abrite pourtant plus de la moitié de la population mondiale actuelle. Cette méconnaissance est principalement due à un facteur : le manque de fossiles. Pourtant deux découvertes majeures ont été faites en 2007 : des fragments de crânes d’hominidés trouvés à Xuchang, dans la province de Henan, âgés de 80.000 à 100.000 ans, et à Zhoukoudian, près de Pékin, datés entre 38.500 et 42.000 ans.

Quatre nouveaux squelettes découverts dans le sud-ouest de la Chine viennent aujourd’hui compléter les données disponibles. Âgés de 11.500 à 14.500 ans, ils présentent à la fois des caractères archaïques et modernes. Ils appartenaient à un peuple de l’âge de pierre qui a dû cohabiter avec l’Homme moderne. Ces découvertes, publiées dans la revue Plos One, ont été faites par une équipe de chercheurs dirigée par Darren Curnoe, University of New South Wales, et Ji Xueping, Yunnan Institute of Cultural Relics and Archeology.

Des Hommes préhistoriques bien difficiles à classer

Les trois premiers individus ont été trouvés dans une grotte à Maludong (province de Yunnan) en 1989. Leur étude a seulement débuté en 2008. Le quatrième squelette provient quant à lui d’une cavité trouvée à proximité du village de Longlin (province de Guangxi). Il a été découvert en 1979, mais n'a été libéré de la roche qu'en 2009. Tous les individus mis au jour ont des crânes et des dents semblables présentant des caractères anatomiques connus et… inconnus.

Sur base des détails observés, l’équipe émet deux hypothèses :
  • il pourrait s’agir d’une espèce inconnue ayant survécu jusqu’à la fin de la période glaciaire il y a 11.000 ans ;
  • il représente peut-être les descendants d’humains ayant effectué une migration plus tôt que prévu, et inconnue à ce jour, hors de l’Afrique. Dans ce cas, ce peuple n’a pas contribué génétiquement au développement des Hommes vivant actuellement sur place.

Face à cette alternative, les spécimens trouvés n’ont pas été classés et n’ont donc pas de nom scientifique, pour le moment. Ils sont simplement appelés « Hommes de la grotte du cerf rouge » (Red Deer Cave ; en hommage à cet animal disparu dont des restes ont été trouvés à Maludong).

Quoi qu’il en soit, l’une des hypothèses affirmant que l’Homme moderne n’a pas dû rencontrer de cousins en arrivant en Asie est mise à mal.

Ces fossiles, qui seraient les plus jeunes jamais trouvés sur le continent est-asiatique, fournissent un nouvel aperçu sur une des étapes de l’évolution de l’Homme.

Source : Futura Sciences du 15/03/2012

mardi 20 mars 2012

Chine : des fossiles révèlent l'existence d'une espèce humaine inconnue

Les résultats d’analyses menées par une équipe de chercheurs chinois et australiens sur une série de fossiles découverts en Chine semble indiquer la découverte d’une nouvelle espèce humaine jusqu’à présent inconnue.

Comprendre l’évolution de l’Homme est une quête complexe et pleine de rebondissements. Cette semaine, des paléoanthropologues de l'Université australienne de Nouvelles-Galles du Sud et de l'Institut d'archéologie du Yunnan en Chine ont ainsi annoncé avoir identifié des fossiles d’au moins trois individus aux caractéristiques à la fois archaïques et modernes. Or, l’espèce en question, baptisée "peuple du cerf rouge" ne semble s’affilier à aucun des représentants de la grande famille des hominidés, laissant à penser qu’il s’agirait d’un nouvel embranchement.

Les datations effectuées sur les restes fossilisés datent l’existence du "peuple du cerf rouge" à une période allant de 14.500 à 11.500 ans avant J.C. Il s’agit donc de l’espèce la plus récente en dehors d’Homo sapiens découverte sur le continent asiatique. En effet, les restes retrouvés jusqu’à présent dans cette région remonteraient à plus de 100.000 ans. Au vue de son importance, la découverte a d’ores et déjà fait l’objet d'une publication au sein de la revue PloS One.

Selon les experts, la nouvelle espèce aurait en fait évolué à peu près à la même époque que les hommes modernes au tout début de l’agriculture en Chine. "Ces nouveaux fossiles pourraient bien être ceux d'espèces inconnues ayant survécu jusqu'à la fin de l'ère glaciaire il y a environ 11.000 ans" souligne à l’AFP Darren Curnoe, directeur de l’équipe en charge des travaux de recherche. Il ajoute : "Ils pourraient aussi représenter des descendants de peuplades d'humains modernes inconnues qui auraient émigré d'Afrique plus tôt et n'auraient pas contribué génétiquement aux populations actuelles".

Mieux comprendre l’histoire évolutive de l’Homme en Asie

Les fossiles, notamment crânes et dents ont été découverts en 1989 dans la grotte de Maludong (qui signifie cerf rouge), située dans la province du Yunnan au sud de la Chine. Mais il aura fallu attendre jusqu’à 2008 pour que ces restes soient enfin analysés. "En 2009, lorsque je travaillais en Chine avec le co-auteur le Professeur Ji Xueping, il m'a montré le bloc de roche qui contenait le crâne. Après avoir ramassé ma propre mâchoire au sol, nous avons décidé de faire de ces restes une priorité dans nos recherches", se souvient pour LiveScience Darren Curnoe.

"Il est sûrement possible que le peuple du cerf rouge soit né d'un phénomène de métissage entre les humains modernes et d'autres populations telles que les Denisoviens", ajoute encore le scientifique. Aujourd'hui, la nouvelle découverte représente donc une véritable avancée dans la compréhension sur la manière dont les hommes modernes ont évolué en Eurasie. Mais les chercheurs ne comptent pas interrompre leurs travaux en si bon chemin.

Désormais, ceux-ci veulent extraire l'ADN des fossiles et le tester afin de voir à quel point le peuple du cerf rouge est proche des humains modernes ou même des Denisoviens. "Nous avons déjà fait un essai, mais sans succès", regrette Darren Curnoe. Malgré tout, "la découverte de ces nouveaux humains, peuple du cerf rouge, ouvre le prochain chapitre dans l'histoire de notre évolution, celui de l'Asie, et cette histoire n'en est qu'à ses débuts", conclut le co-auteur de l'étude.

Source : MaxiSciences du 15/03/2012

lundi 19 mars 2012

Une nouvelle espèce d'hommes (peut-être) découverte

De mystérieux fossiles retrouvés dans le sud de la Chine pourraient appartenir à une branche à part de la famille des hominidés.

Ils auront patienté plus de vingt ans avant que des scientifiques ne se penchent sur leur cas. Ils, ce sont quatre fossiles humains découverts dans le sud de la Chine, trois en 1989 dans une grotte du Yunnan baptisée Maludong (la grotte du Cerf rouge), près de la ville de Mengzi, et un quatrième repéré, dès 1979, à proximité du village de Longlin, dans la région voisine du Guangxi. En les étudiant de près, une équipe de paléoanthropologues de l'université australienne de Nouvelle-Galles du Sud et de l'Institut chinois d'archéologie du Yunnan vient de faire une étonnante découverte. Ils pourraient appartenir à une espèce humaine tardive encore jamais décrite !

D'abord, les scientifiques ont cherché à dater les ossements et se sont aperçus qu'ils étaient relativement récents. Selon les résultats de leur étude publiée dans la revue spécialisée PLos ONE, ils remonteraient à l'âge de pierre et auraient à tout casser de 11 500 à 14 500 ans. Ce qui signifie qu'ils étaient présents dans cette partie de l'Asie à la toute fin de la période glaciaire et aux prémices de l'agriculture, en même temps que l'homme moderne. Sauf que leur constitution physique ne correspond pas à celle de l'homo sapiens...
Un curieux mélange

En analysant les crânes et les dents de ceux qu'ils ont déjà baptisés "peuple du cerf rouge", les chercheurs ont constaté qu'ils présentaient un surprenant mélange de caractéristiques archaïques et modernes, ainsi que des traits spécifiques encore jamais observés. Ils possèdent notamment un front haut et large, proche de celui de l'homo sapiens, mais des arcades sourcilières proéminentes et quasiment pas de menton, ce qui est associé à des homo beaucoup plus anciens. Leur boîte crânienne est de taille relativement modérée, et leurs molaires sont particulièrement larges. Ainsi, même si les paléoanthropologues tiennent à rester prudents, ces individus pourraient bien appartenir à une branche à part dans la famille des hominidés.

L'équipe scientifique de Darren Curnoe et Ji Xueping émet à leur sujet deux hypothèses. Soit il s'agit d'"une espèce inconnue ayant survécu là jusqu'à la fin de la période glaciaire", soit ils sont "les descendants de peuplades d'humains modernes inconnues qui auraient émigré plus tôt d'Afrique et n'auraient pas contribué génétiquement aux populations actuelles". Pour en savoir plus, les chercheurs espèrent bien maintenant parvenir à extraire l'ADN de ces mystérieux fossiles, afin de savoir quels sont les plus proches parents connus des hommes de la grotte du Cerf rouge. Des éléments pour une meilleure compréhension du peuplement de l'Asie, qui reste aujourd'hui encore très mal connu.

Source : Le Point du 15/03/2012

samedi 17 mars 2012

Un homme mystère découvert en Chine

Ce n'est pas un Homo sapiens et pourtant il vivait il y a un peu plus de 10.000 ans seulement en Asie. Qui est cet homme primitif dont les fossiles ont été retrouvés en Chine ?

Des os fossiles ayant appartenu à d’anciens humains vivant il y a 11.000 à 14.000 ans ont été découverts dans le sud-ouest de la Chine, dans les provinces voisines du Yunnan et du Guangxi. Avec ses os solides, sa face plate et ses arcades sourcilières proéminentes, cet individu ne ressemble pas à un Homo sapiens. Qui était-il ? Pour l’instant, les chercheurs australiens et chinois qui présentent ces fossiles dans la revue PLoS ONE se gardent bien de le classer sous un nom d’espèce.

Vue d'artiste de l'Homme de la grotte aux cerfs d'après les fossiles.

Un premier squelette partiel a été découvert en 1979 par un géologue chinois près du village de Longlin : il était resté encastré dans son bloc rocheux jusqu’à ce que l’équipe sino-australienne de Darren Curnoe (University of New South Wales, Australie) et Ji Xueping (Yunnan University, Chine) s’en empare, le dégage de sa gangue et le reconstitue. D’autres fossiles ont été trouvés à Maludong en 1989 par des archéologues chinois et exploités par la même équipe à partir de 2008.

Crâne d'un individu de la grotte aux cerfs.

Les crânes et les dents découvertes à Maludong et à Longlin sont similaires: ils associent des traits archaïques et modernes et portent des caractéristiques encore jamais rencontrées, rapportent les chercheurs. Ils les surnomment les «Hommes de la grotte aux cerfs» car des restes d’une espèce disparue de cervidés a été retrouvés dans la grotte de Maludong. Cervidés qu’ils chassaient pour se nourrir.

Ces hommes primitifs ont probablement partagé leur territoire avec des hommes modernes, des Homo sapiens qui, il y a plus de 10.000 ans, se lançaient dans les prémices de l’agriculture, analysent les chercheurs. Les mangeurs de cervidés pourraient appartenir à une lignée très ancienne et encore inconnue, et ayant conservé ses caractères archaïques très tardivement, un peu comme Neandertal en Europe.

Beaucoup de questions restent en suspens : sont-ils issus de l’une des multiples sorties d’Afrique, selon le schéma défendu notamment par le paléoanthropologue français Yves Coppens ? Sont-ils issus d’une autre lignée ayant évolué en Asie ? Ont-ils des liens avec les Dénisoviens de la Sibérie, qui se distinguent des Néandertaliens et des hommes modernes ? Certaines réponses seront peut-être apportées par de futures analyses ADN si les chercheurs parviennent à extraire la précieuse molécule des os fossilisés de ces mystérieux individus.

L’histoire du peuplement de l’Asie est encore méconnu. Le catalogue des fossiles est beaucoup moins important pour cette région du monde -aujourd’hui très peuplée- que pour l’Afrique ou l’Europe. C’est un autre berceau de l’histoire de l’homme qui reste à explorer.

Source : Sciences et Avenir du 15/03/2012

vendredi 16 mars 2012

Les gènes méditerranéens d'Ötzi

Le génome d'Ötzi, le célèbre « homme des glaces », vient d'être entièrement séquencé. Les analyses suggèrent qu'Ötzi appartenait à la première vague de paysans néolithiques méditerranéens, dont les traces génétiques semblent s'être partiellement maintenues en Corse et en Sardaigne.

Ötzi, un lointain cousin des Sardes et des Corses ? La première analyse du génome de cet homme de la fin du néolithique, retrouvé dans un glacier à la frontière italo-autrichienne en 1991, montre qu'il portait des gènes qui se retrouvent aujourd'hui le plus fréquemment au Nord de la Sardaigne et au Sud de la Corse.

Autour d'Albert Zink, de l'Institut pour les momies et l'homme des glaces de Bolzano, en Italie, une équipe internationale, comprenant Jacques Chiaroni, Julie Dicristofaro et Stéphane Mazières de l'Université de Méditerranée, vient d'achever le séquençage du génome d'Ötzi, et a entamé son analyse. Les chercheurs ont d'abord recherché une affinité entre les gènes autosomes d'Ötzi (les gènes issus des chromosomes non sexuels) et ceux de diverses populations contemporaines de la péninsule Arabique, de l'Afrique du Nord et de l'Europe. L'affinité est plus grande avec les gènes autosomes de la population du Sud de l'Europe, notamment avec l'échantillon de gènes italiens ; et parmi ces derniers, elle est maximale avec l'échantillon de gènes sardes. Or les gènes d'une population insulaire sont moins susceptibles d'avoir été brassés au cours des millénaires que ceux d'une population continentale.

Pour vérifier cette interprétation, les chercheurs ont exploité le fait qu'Ötzi est porteur de l'haplogroupe G2a. Cet ensemble de gènes du chromosome Y constitue un marqueur génétique qui serait issu d'une mutation survenue il y a plus de 10 000 ans au Proche-Orient. Il serait ensuite parvenu en Europe avec les premiers paysans néolithiques, qui ont pénétré en Europe par deux voix, l'une danubienne et l'autre méditerranéenne. De fait, la fréquence de l'haplogroupe G2a est maximale dans le Caucase, où les montagnes pourraient avoir favorisé le maintien de populations anciennes, non loin du début de l'axe danubien. Elle est aussi importante en Italie (11 pour cent de la population), pays au centre de la voie méditerranéenne de « néolithisation ».

Les chercheurs ont situé Ötzi dans l'arbre phylogénétique des sous-groupes de l'haplogroupe G et constaté qu'il est porteur du sous-haplogroupe G2a4-L91. Or il s'agit là d'un marqueur génétique rare puisque, d'après les données disponibles, sa fréquence n'excède guère un pour cent en Europe (y compris en Italie et en Sicile). Excepté en Sardaigne du Nord, où elle est de 9 pour cent, et en Corse du Sud, où elle atteint 25 pour cent !

Qu'en conclure ? Les archéologues ont établi que la Corse et la Sardaigne ont été colonisées pour la première fois il y a quelque 8 000 ans par des paysans venus d'Italie. C'est à peu près à cette époque que d'autres paysans créent le plus ancien village néolithique connu en France, à deux pas de l'actuel emplacement de la Gare Saint-Charles à Marseille. En France, ce courant méditerranéen va fusionner avec le courant danubien pour donner il y a 7 200 ans la culture chasséenne. Présente en Suisse, en Italie, dans les îles tyrrhéniennes (Corse et Sardaigne) et dans le Nord de l'Espagne, cette culture est caractérisée par une structuration forte du territoire entre des tribus. Cela n'empêche pas, toutefois, d'intenses échanges économiques au long cours. Les mines d'obsidienne de Sardaigne, par exemple, donnent lieu à une véritable industrie et à un commerce jusque notamment dans tout le Sud de la France.

Vers 3 500 avant notre ère, cependant, le complexe chasséen est remplacé par un pavage d'entités culturelles plus petites, interconnectées par les réseaux de diffusion des premières métallurgies (or et cuivre). De fait, Ötzi a été retrouvé en possession d'une hache de cuivre, typique de la culture du lac de Mondsee, au Nord des Alpes et en Haute Autriche. Pour autant, il est plausible que malgré d'éventuelles migrations, le patrimoine génétique des paysans du lac de Mondsee était encore proche de celui de la première vague de paysans méditerranéens, devenue chasséenne. Sa proximité génétique avec les habitants actuels des îles tyrrhéniennes, où s'est étendue la culture chasséenne, suggère que l'homme des glaces portait un génome typique des premiers paysans méditerranéens d'Europe. Toutefois, le patrimoine génétique de ces premiers paysans méditerranéens a ensuite été brassés avec ceux des populations mésolithiques, des paysans danubiens, puis de tous les peuples venus s'amalgamer en Europe pendant cinq millénaires…

Le même phénomène s'est produit dans une moindre mesure en Corse et en Sardaigne, mais l'isolement relatif de ces îles y aurait conduit à une plus grande conservation des chromosomes Y chasséens. Cela explique peut-être que certains des gènes des chromosomes sexuels d'Ötzi ne sont nulle part aussi fréquents en Europe qu'en Corse ou qu'en Sardaigne.


Source : Pour la Science du 15/03/2012

mercredi 14 mars 2012

L'homme de Néandertal était-il déjà un artiste ?

Des analyses effectuées sur des restes organiques situés à proximité des peintures rupestres de la grotte de Nerja (Malaga), en Espagne, découvertes en 1970 conduisent à dater ces prélèvements à environ 43.000 ans. Si les peintures situées à proximité devaient avoir le même âge (ce qui reste à établir), elles seraient les oeuvres d'art les plus anciennes de l'humanité, détrônant ainsi celles de la grotte de Chauvet en France dont l'ancienneté est estimée à 32.000 ans.

Une telle découverte, si elle était confirmée, ébranlerait en outre les fondements de la paléontologie puisque toutes les "oeuvres" connues de ce type sont attribuées à l'homo sapiens sapiens apparu il y a environ 35.000 ans. Celles de Nerja seraient donc plus anciennes et devraient être attribuées à l'homme de Néandertal (homo sapiens).

Faudra-t-il revoir la chronologie de l'humanité, accepter que l'homme de Néandertal était déjà capable de représentations symboliques, et réinterroger la distinction entre l'homme de Néandertal et son successeur ? La polémique fait rage en Espagne: "révolution scientifique" ou "paroles en l'air" sur ce qui n'est encore qu'une hypothèse de travail, les fragments des peintures elles-mêmes n'ayant pas encore fait l'objet d'un travail de datation.

Source : Techno-science-net du 06/03/12

lundi 12 mars 2012

Néandertal a-t-il décoré la grotte espagnole de Nerja ?

Coup de tonnerre dans le monde de la préhistoire : de récentes datations au carbone 14, encore confidentielles, feraient remonter les peintures de la grotte ornée de Nerja, en Andalousie, à plus de 43 000 ans… Soit 7000 de plus que celles de la grotte Chauvet. Plus étonnant encore : cet art rupestre élaboré serait l’œuvre de l’homme de Néandertal, qui n’avait jusqu’à présent laissé aucune trace artistique.

« Ce que j’ai pensé en découvrant les résultats ? 43 000 ans, mais c’est une bombe ! » Le préhistorien espagnol Antonio Garrido Luque, conservateur de la grotte andalouse de Nerja, n’est pas prêt d’oublier ce jour de mai 2011 où il a reçu, par la poste, les datations au C14 de cinq échantillons de charbon de bois, commandés quelques mois plus tôt au laboratoire spécialisé américain Beta Analytics. Des résultats qui indiquent, ni plus ni moins, que cette vaste cavité ornée, située à proximité de la ville de Malaga, renfermerait les plus anciennes peintures connues à ce jour…

Ocre rouge et charbon de bois

À l’origine, ces datations devaient simplement permettre aux préhistoriens de préciser la chronologie de l’occupation de ce site préhistorique, surtout visité par le public pour ses beautés minéralogiques, et connu depuis les années 1960 pour ses peintures rupestres rouges et noires. Des figures, 589 au total, de facture assez classique pour la période paléolithique, puisqu’essentiellement constituées de signes et de motifs géométriques, ainsi que d’animaux, en moindre proportion : cerfs, capridés, et surtout phoques. Ces derniers, peints à l’ocre rouge, font la spécificité de Nerja, d’autant que des vestiges d’ossements de ce mammifère marin ont aussi été retrouvés dans la cavité. De là à penser que les hommes dessinaient sur les parois les animaux qu’ils venaient de chasser et dépecer, il n’y a qu’un pas, que franchissent les archéologues espagnols…

Par ailleurs, Nerja était déjà considérée comme une grotte ancienne, sur la base de datations et d’études antérieures : « L’homme y est présent depuis 25 000 ans jusqu’aux périodes protohistoriques récentes, autour de 1 500 av. J.-C.. Les principales périodes culturelles du paléolithique y sont représentées, comme le Solutréen et le Magdalénien. En conséquence, l’art de Nerja était attribué à des chasseurs-cueilleurs anatomiquement modernes, des sapiens, comme ceux d’Altamira en Espagne, ou de Lascaux et Chauvet en France », explique le chercheur.

Art néandertalien ?

Les derniers résultats ont tout bouleversé. Les six échantillons analysés, tous issus de petits amas de charbon calciné retrouvés au sol, ont en effet livré des âges très variés, qui s’échelonnent sur plus de 30 000 ans : depuis 12 800 ans BP (avant le présent) pour le plus récent, à 18 000 et 24 000 ans BP, les deux plus anciens culminant à 42 570 ans BP et 43 500 BP! Or, à des périodes aussi reculées, la présence de l’homme anatomiquement moderne, Homo sapiens, n’est pas connue dans cette région du sud de la péninsule ibérique… Conclusion avancée par les scientifiques espagnols : les charbons de bois ont du être manipulés par les seuls hommes présents à l’époque dans la région : les Néandertaliens.

Si la découverte se confirmait, elle bouleverserait bien des certitudes sur les origines de l’art et les capacités symboliques de l’homme de Neandertal, présent en Europe depuis 200 000 ans avant de disparaître il y a 25 000 ans environ. Jamais, en effet, un site néandertalien n’avait livré de dessins ou de peintures, même si on le savait déjà capable de pratiques symboliques et religieuses élaborées : usage de parures, emploi de l’ocre peut-être à des fins de décoration corporelle, inhumation des défunts… Mais la pratique de l’art est considérée comme l’apanage exclusif de l’homme anatomiquement moderne, arrivé en Europe il y a 40 000 ans.

Ce sont ainsi des Homo sapiens, les Aurignaciens, qui ont orné il y a 36 000 ans les parois de la grotte Chauvet en Ardèche, récemment proposée par la France pour rejoindre la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. D’où l’émoi provoqué dans la communauté des préhistoriens par ces résultats, qui n’ont même pas encore été publiés dans une revue scientifique… Pourquoi ? : « Le programme de recherche de Nerja étant financé par la province d’Andalousie, nous réservons nos premières conclusions à l’administration, avant qu’elles ne soient communiquées dans un journal spécialisé. Mais l’importance de la découverte fait qu’elle s’est répandue chez nos collègues, et au-delà », répond Antonio Garrido Luque.

La datation en question

Alors, que penser de cette annonce, encore incomplète, et de ses implications sur les origines de l’art ? De l’avis même des auteurs, la prudence est encore de mise. Ainsi, ce ne sont pas les pigments des peintures qui ont été datés directement, mais des échantillons de charbon prélevés à leurs pieds. Pourquoi ce choix ?
Relevés de température et d’hygrométrie

« La plupart des peintures sont peintes à l’ocre, qui ne peut être daté car il ne contient pas de matière organique. Quant aux dessins noirs, réalisés au charbon, ils sont recouverts d’une fine couche de calcite blanche qui rend impossible tout prélèvement sans risquer d’altérer les dessins, détaille le conservateur, avant d’argumenter. Pour autant, certains charbons que nous avons datés étaient déposés à dix centimètres à peine des peintures, ce qui rend très probable une association entre le foyer au sol, servant à éclairer la salle, avec les oeuvres pariétales ».

Autre point qui devra être approfondi : la fiabilité des datations. Certes, le laboratoire américain qui les a réalisées, Beta Analytics, situé à Miami, bénéficie d’une bonne réputation. Il a ainsi réalisé près de 300 000 analyses depuis les années 1980, pour plus de 9 000 équipes de recherches et universités à travers le monde. Mais au regard de l’enjeu scientifique, de nouvelles datations devront être réalisées pour constituer une certitude, comme en convient l’équipe espagnole elle-même : « Nous réfléchissons actuellement aux laboratoires spécialisés auxquels nous allons confier cette vérification », précise Antonio Garrido Luque.

Scepticisme

En attendant, certains préhistoriens se montrent encore sceptiques, d’abord sur l’ancienneté de l’art. « Autour de 40 000 ans, on se situe aux limites de la datation par le carbone, ce qui doit nous rendre très prudents sur ces résultats, tempère ainsi Jean Clottes, spécialiste français de l’art pariétal paléolithique. De plus, il subsistera toujours un doute sur le fait que ceux qui ont allumé les foyers au pied des parois étaient aussi les auteurs des peintures. Est-on sûr de dater l’art, et non le passage d’autres hommes dans la cavité ? »

Quant à l’attribution à Neandertal de l’art de Nerja, elle fait également débat : « Même si la grande ancienneté de cet art se confirmait, on pourrait aussi penser que les hommes anatomiquement modernes sont arrivés dans le sud de l’Espagne plus tôt que prévu, et sont les auteurs de ces peintures ». Tout en admettant que des analyses plus poussées doivent encore être réalisées, le préhistorien José Luis Sanchidrian, de l’Université de Cordoba, qui a dirigé les travaux scientifiques à Nerja, pense, malgré tout, « qu’à la lumière des résultats, l’hypothèse la plus probable est bien que Neandertal soit l’auteur de ces peintures ».

Seule certitude : les recherches à venir dans la cavité andalouse, qui recèle des sols potentiellement riches en vestiges et dont la richesse archéologique « n’a été exploitée qu’à 20% », seront surveillées de très près par la communauté internationale des préhistoriens. Avec, comme enjeu, l’attribution à l’homme de Neandertal les mêmes capacités artistiques que son homologue Sapiens…

Source : Sciences Actualités du 23/02/2012