mercredi 20 mars 2013

Le cerveau des Néadertaliens trop dévolu à la vision

Malgré une taille de cerveau similaire aux humains modernes qui leur étaient contemporains, les Néandertaliens présentaient une structure cérébrale différente, une partie importante étant dévolue à la vision, au détriment d'autres fonctions comme le lien social, montre une étude publiée mercredi.

Les hommes de Néandertal ont disparu d'Europe il y a quelque 30 000 ans après avoir cohabité pendant au moins 10 000 ans avec les hommes modernes (Homo sapiens). Et l'organisation de leur cerveau n'est peut-être pas étrangère à cette disparition.

La question des différences cognitives entre hommes de Néandertal et leurs contemporains humains modernes reste très controversée.

Eiluned Pearce et Robin Dunbar (Université d'Oxford) et Chris Stringer (Musée d'histoire naturelle de Londres) ont comparé les crânes fossiles de 32 humains modernes et 13 Néandertaliens, datant de 27 000 à 75 000 ans, principalement d'Europe et du Proche-Orient. Leur analyse est publiée en ligne dans la revue Proceedings B de la Royal Society britannique.

Ils ont constaté que si les Néandertaliens et les hommes modernes de cette époque avaient sensiblement la même taille de cerveau, en revanche leurs orbites étaient beaucoup plus grandes. Ils avaient donc de plus grands yeux. Leur masse corporelle était aussi plus importante.

Des liens sociaux limités

«Ceci suggère que le cerveau des Néandertaliens avait de plus grandes zones dédiées à la vision et à la maîtrise du corps», a expliqué Eiluned Pearce à l'AFP.

Si les Néandertaliens avaient de plus grands yeux, c'est probablement parce qu'ils ont évolué en Europe, à des latitudes où la lumière est rare, alors qu'Homo Sapiens émergeait d'Afrique.

Étant donné que leur cerveau était de même taille que celui des humains modernes, il restait logiquement aux Néandertaliens moins d'espace cérébral pour d'autres fonctions cognitives, en particulier la gestion des liens sociaux.

«Nous avançons que ces différences dans l'organisation du cerveau entre les Néandertaliens et les humains modernes auraient pu signifier des différences cognitives entre ces deux espèces», a poursuivi Eiluned Pearce.

Selon le chercheur, la taille du groupe social d'un individu est liée à la taille de zones spécifiques du cerveau. Or si le cerveau des Néandertaliens était essentiellement dévolu à la vision et au mouvement, «cela peut signifier qu'ils avaient de plus petites zones du cerveau associées au traitement de la complexité sociale».

Les Néandertaliens auraient ainsi été «cognitivement limités à de plus petits groupes que ne l'étaient les hommes modernes contemporains».

Ces différences dans la structure cérébrale ont pu dès lors avoir des conséquences importantes sur leur évolution : si les Néandertaliens avaient des liens sociaux moins étendus, cela voulait dire moins de possibilités de recours en cas, par exemple, de pénurie de ressources locales.

Les petits groupes sont également plus sujets à des fluctuations démographiques, d'où un plus grand risque d'extinction. Leurs capacités à préserver les connaissances culturelles sont également moindres et les innovations sont davantage susceptibles d'être perdues.

«En résumé, si les Néandertaliens avaient de plus petits groupes sociaux, cela aurait pu conduire à leur extinction de multiples manières», a souligné Eiluned Pearce.

Ils ont ainsi pu être «plus exposés que les hommes modernes, face aux défis écologiques de l'ère glaciaire», a relevé le Pr Robin Dunbar.

Source : La Presse du 12/03/2013

mardi 19 mars 2013

Des dents de oustitis suggèrent que l'Homme de Florès était bien une espèce naine

Reconstitution de l'homme de Florès
Publiant leurs travaux dans le Journal of Evolutionary Biology, des chercheurs britanniques ont étudié les différentes modalités de croissance chez certaines espèces naines de primates. L’un de ces modèles de développement pourrait-il s’appliquer au minuscule Homme de Florès, découvert il y a une dizaine d’années ?

Certaines espèces de primates, bien que dérivant d’espèces de taille ‘normale’, sont minuscules, tant chez le nouveau-né que chez l’adulte. Parmi ces formes de taille réduite, celles de la famille des Cheirogaleidae (les plus petits des primates) et celles de la famille des Callitrichidae (les plus petits des singes proprement dit). Stephen Montgomery et Nicholas Mundy, de l’université de Cambridge, ont étudié les processus de croissance chez ces deux groupes.

Chez le premier, la petite taille est liée à une réduction de la durée des phases de croissance (par rapport aux familles voisines, comprenant des espèces plus grandes). Chez le second groupe, en revanche, la réduction de taille est due presque exclusivement à une altération du taux (donc de la vitesse) de la croissance prénatale. Au sein de cette dernière catégorie, le ouistiti pygmée (Callithrix pygmaea) possède, en conséquence, un phénotype (un aspect) plutôt atypique, disent les chercheurs.

Une petite taille liée à une pression environnementale ?

Or, cet aspect (dents de faible hauteur, notamment) et cette ascendance (il est issu d’une espèce de plus grande taille), selon les auteurs, rapprochent ce singe d’un des 2 modèles - antagonistes - proposés pour expliquer la taille et l’apparence du Hobbit, l’Homme de Florès (Homo floresiensis). Un homininé (contemporain de l’Homme dit 'de Cro-Magnon', notre ancêtre) dont les fossiles ont été découverts en Indonésie en 2003. Selon ce modèle, le Hobbit dériverait du ‘grand’ Homo erectus.

Selon les chercheurs, c’est sous la pression environnementale de son habitat insulaire réduit qu’il aurait évolué pour devenir ce petit homme d’environ 1 mètre. Trouver chez une autre espèce naine de primate un mode de développement compatible avec ce scénario pourrait donc renforcer les arguments des partisans de cette hypothèse. Le modèle alternatif, soutenu par d’autres anthropologues, suggère lui que les Hobbits n’étaient que des Homo sapiens atteints d’une forme de nanisme pathologique.

Source : MaxiSciences du 16/03/2013

lundi 18 mars 2013

Les Hommes de Florès étaient bien des nains, selon des ouistitis

Les ossements d’Homo floresiensis appartiennent-ils bien à une espèce d’hominidés nains ? Certains en doutent, car le cerveau et les dents des Hommes de Florès seraient anormalement petits. Une étude réalisée sur des ouistitis pygmées permettrait maintenant d’expliquer ces caractéristiques, mais tout le monde ne sera pas convaincu.

Voilà dix ans, le monde faisait la connaissance d’Homo floresiensis, un hominidé qui a vécu voilà 18.000 ans sur l'île de Florès en Indonésie, où des ossements ont été trouvés dans la grotte de Liang Bua. À cette époque, Homo sapiens avait déjà conquis le monde tandis qu’Homo erectus et Homo neanderthalensis n’existaient plus depuis longtemps. Nous ne le savions pas encore, mais cette découverte allait donner naissance à d’intenses conflits et débats entre anthropologues. Plusieurs détails morphologiques empêchent en effet une classification précise de l’Homme de Florès.

Des caractéristiques le rendent en effet unique pour son époque. Ainsi, ces hominidés mesuraient environ 1 m de haut (ce qui explique leur surnom de « Hobbits », en référence aux célèbres personnages de J. R. R. Tolkien) et possédaient une boîte crânienne relativement petite (environ 400 cm3, contre plus de 1.650 cm3 pour Homo sapiens). Pour certains spécialistes, ces caractères s’expliquent par diverses maladies, tels le crétinisme ou la microcéphalie, ayant touché des Hommes modernes, ce qui signifierait alors que nous n’avons pas affaire à une nouvelle espèce. Pour d’autres, Homo floresiensis aurait fait l’objet d’un long processus évolutif de nanisme. Il s’agit alors bien d’une nouvelle espèce dont les ancêtres doivent être de plus grande taille.

L’Homo erectus figurerait parmi ces derniers, car les deux espèces partagent plusieurs caractères morphologiques au niveau du crâne, mais un problème se pose. Proportionnellement parlant, le cerveau et les dents des Hommes de Florès sont tellement petits qu’ils ne pourraient être issus d’un processus de nanisme. Stephen Montgomery et Nicholas Mundy de l’université de Cambridge auraient trouvé une explication. La clé du mystère repose sur l’étude d’un autre primate toujours bien vivant : le ouistiti pygmée (Callithrix pygmaea).

Une vitesse de croissance ralentie

Les espèces devenues naines au cours de l’évolution ont bien souvent suivi deux voies différentes. Leur temps de gestation et donc de développement du fœtus peut s’être raccourci progressivement, ou ce sont les premiers stades de vie postnatals qui ont perdu en longueur. L’animal devient alors adulte tout en ayant toujours sa taille d’enfant. Une troisième piste a cependant été découverte dernièrement : les temps de gestation et la durée des premiers stades de vie peuvent rester inchangés et c’est alors la vitesse de croissance qui diminue.

Or, les chercheurs viennent justement de montrer que le ouistiti pygmée, le deuxième plus petit primate de la planète, suivait cette troisième voie. Nous savions déjà que cette espèce avait des ancêtres de plus grande taille, mais ici aussi la petite hauteur des dents posait question, car elle ne pouvait être expliquée par les voies évolutives « habituelles » du nanisme. L’étude a été publiée dans le Journal of Evolutionary Biology.

Le raccourci est alors vite pris. Après tout, l’Homme de Florès est lui aussi un primate. Il aurait très bien pu suivre cette troisième voie, comme le ouistiti pygmée, ce qui expliquerait alors son petit cerveau et des dents de taille réduite. Homo floresiensis pourrait donc bien être, selon les chercheurs, une nouvelle espèce dont les ancêtres étaient de plus grande taille.

Cette approche ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté scientifique. Des spécialistes ont déjà fait savoir dans diverses revues qu’ils ne croyaient pas à cette hypothèse et qu’ils considéraient toujours les Homo floresiensis comme étant des Homo sapiens atteints de maladies. Précisons enfin que les restes exhumés dans la grotte de Liang Bua devaient appartenir à sept personnes. Étaient-elles toutes malades ?

Source : Futura Sciences du 12/03/2013

mardi 5 mars 2013

Le déclin de l’Homme de Néandertal lié à des lapins ?

C’est parce qu’il n’a pas su chasser les lapins que l’Homme de Néandertal aurait décliné voilà 30.000 ans ! C’est du moins ce que suggèrent l’étude et le dénombrement de restes de mammifères trouvés dans des grottes du sud de l'Europe (France, Espagne et Portugal).

La disparition de l’Homme de Néandertal suscite toujours de nombreuses interrogations, ce qui a donné naissance à un certain nombre de théories. Les Hommes anatomiquement modernes (Homo sapiens) sont ainsi régulièrement accusés d’avoir causé le déclin de leurs cousins de manière indirecte (par exemple dans le contexte d’une concurrence pour l’espace vital) ou directe (génocide). Ces hypothèses ne satisfont cependant pas tous les spécialistes, à l’image de John Fa du Durrell Wildlife Conservation Trust à Trinity (Royaume-Uni). Pour ce chercheur, c’est le régime alimentaire spécifique de notre cousin qui aurait causé sa perte.

Les Hommes de Néandertal se nourrissaient principalement de grands mammifères capturés lors de chasses. Les cerfs et les mammouths faisaient très bien l’affaire, mais des indices trouvés en 2008 ont également montré que les phoques et les dauphins constituaient parfois des mets de choix. Mais comment opéraient-ils lorsque ces proies venaient à manquer ? Pouvaient-ils se rabattre sur des animaux de plus petite taille ? Vraisemblablement non, selon le chercheur britannique qui vient de publier, en compagnie d’autres collaborateurs, un article à ce sujet dans le Journal of Human Evolution.

L’Homme moderne a su s’adapter et manger du lapin

John Fa a retracé l’évolution de la biomasse (en kg/km2) et du poids moyen (en kg) des grands mammifères ayant vécu sur la péninsule Ibérique et dans le sud de la France sur une période d'environ 50.000 ans, entre la fin du Moustérien et le Mésolithique, il y a une petite dizaine de millénaires. Pour ce faire, il a dénombré et mesuré les restes d’animaux trouvés dans des grottes habitées par des hominidés. D’importantes diminutions ont été soulignées pour les deux critères étudiés voilà 30.000 ans, ce qui soulignerait une importante raréfaction des grands mammifères à cette période.

En revanche, un mammifère plus petit semble s’être porté à merveille à l’époque : le lapin. De plus en plus de restes de lagomorphes ont en effet été trouvés dans les grottes… mais après la disparition des Hommes de Néandertal à la fin de l’époque moustérienne voilà 30.000 ans. Il n’en fallait pas plus à l’auteur pour valider sa théorie : l’Homme de Néandertal aurait disparu à cause de son incapacité à capturer des lapins lorsque le gros gibier s'est raréfié ! Ainsi, il n’aurait pas réussi à adapter ses techniques de chasse et son régime alimentaire.

Cette hypothèse risque de faire polémique, notamment car la viande ne devait pas constituer le seul aliment consommé par les Homo neanderthalensis, comme l’ont déjà souligné certains chercheurs. Il est difficile d’expliquer pourquoi ils n’ont pas su s’adapter. Selon John Fa, cela pourrait résulter d’un manque de coopération entre les individus. Les Hommes de Néandertal utilisaient peut-être encore des lances pour capturer leurs proies quand Homo sapiens s’organisait pour encercler ses cibles avec des feux, de la fumée ou des chiens. Des études isotopiques devraient être réalisées sur des ossements d’hominidés pour confirmer ou infirmer la théorie de John Fa.

Source : Futura Sciences du 04/03/2013

mercredi 13 février 2013

Hommes préhistoriques: des chercheurs inventent un programme pour recréer leurs langues

PRÉHISTOIRE - Et si vous parliez la langue des hommes préhistoriques? Les linguistes et les archéologues du monde entier en rêvent depuis tant d'années. Des chercheurs y sont presque parvenus en créant un nouvel outil pour reconstruire des langues mortes et oubliées depuis bien longtemps, celles que les spécialistes appellent les proto-langues.

Ces langues ont donné naissance aux langues que nous parlons aujourd'hui. Prenons par exemple l'indo-européen, une langue préhistorique dont le latin (le français, l'italien, l'espagnol...), le grec ancien, le persan, le sanskrit, le proto-germanique (l'allemand, l'anglais...) et le protoslave (le polonais, le russe...) sont issus. Malheureusement, il ne reste aucune trace écrite de cette langue. C'est là que commence le travail d'orfèvre des linguistes.

"Le travail de centaines de vies humaines"

Comme l'explique un article de la BBC, les proto-langues ou langues reconstruites s'appuient sur des méthodes de linguistiques comparatives. Les linguistes comparent le même mot dans plusieurs langues de la même famille pour retrouver le mot appartenant à la proto-langue. Pour tester ce programme, l'équipe de recherche a pris 637 langues toujours parlées en Asie et dans le Pacifique et ont pu recréer la proto-langue de laquelle ils étaient issus, le proto-austronésien

Leur travail sera publié prochainement dans le Proceedings of the National Academy of Science. Les recherches linguistiques sur les proto-langues sont particulièrement lentes et difficiles. Dan Klein, un professeur associé de l'Université de Berkeley qui a participé à la recherche a expliqué à la BBC : "C'est vraiment épuisant pour les humains d'étudier toutes ces données. Il y a des milliers de langues parlées dans le monde, avec des milliers de mots."

"Mettre en parallèle toutes ces langues, noter tous les différents stades par lesquelles sont passées ces langues cela prendrait des centaines de vies humaines. Mais c'est là que les ordinateurs font leur entrée."

Remonter le temps

Les langues évoluent dans le temps. Sur plusieurs milliers d'années, de petites variations apparaissent dans la façon dont nous prononçons les mots. Tous le travail des chercheurs consiste à remonter chacune de ces étapes pour retrouver le "proto-mot".

"Les changements phonétiques sont pour la plupart réguliers, commente le Dr Klein, les mots similaires changent tous de la même façon, un homme ou un ordinateur peuvent facilement comprendre les structures linguistiques. Toute la difficulté est de repérer ces modèles linguistiques et de les appliquer à l'envers pour revenir à la forme originelle du mot."

Pour tester leur programme informatique, les scientifiques se sont donc appuyés sur 142.000 mots issus de plusieurs langues du groupe de langues austronésiennes qui sont couramment parlées dans l'Asie du sud est, en Asie continentale et dans le Pacifique.

Recréer une langue parlée il y a plus de 7.000 ans


Les scientifiques ont pu recréer une langue parlée il y a plus de 7.000 ans. Ils ont ensuite comparé les trouvailles de l'ordinateur avec celles de vrais linguistes. 85% des mots de la proto-langue trouvés par le logiciel ressemblaient à une lettre ou un son près à ceux que les linguistes avaient identifiés manuellement.

Mais attention, mettent en garde les scientifiques, si cette méthode est bien plus rapide, elle ne remplacera jamais l'expertise d'un linguiste. Malgré toutes ses imperfections, ce logiciel offre de vraies perspectives. Si les chercheurs sont désormais capables de recréer des langues parlées il y a des milliers d'années, la question de savoir s'il sera un jour possible d'aller encore plus loin et de reconstituer la toute première proto-langue, celle qui donna naissance à toutes les autres. Un rêve de linguiste.

Source : 20 minutes du 12/02/2013

vendredi 8 février 2013

Les néandertaliens espagnols prennent un coup de vieux

Une nouvelle datation fait reculer de 10.000 ans l'âge des derniers hommes de Neandertal relégués au sud de la péninsule ibérique.

On sait depuis le début des années 1990 que les derniers hommes de Neandertal ont trouvé refuge dans le sud de l'Espagne et du Portugal. Après avoir régné sans partage sur l'Europe de l'Ouest pendant près de 120.000 ans, cette espèce cousine de la nôtre n'a pas résisté à l'arrivée des premiers Homo sapiens, venus d'Afrique et du Proche-Orient il y a environ 35.000 ans. Selon l'hypothèse privilégiée aujourd'hui, elle s'est trouvée reléguée aux marges de son ancien empire: l'extrême sud de la péninsule ibérique d'un côté et la Crimée de l'autre.

Affrontements meurtriers, fuite devant l'avancée des hommes modernes, modification du climat, déficit démographique, épidémies? Les raisons, vraisemblablement multiples, de la disparition des néanderthaliens ne sont toujours pas élucidées. À ce jour, les traces de leurs derniers survivants ont été retrouvées à Zafarraya, au nord-est de Malaga (- 33.000 ans), et à Gibraltar, dans la grotte de Gorham (- 28.000 à - 24.000 ans).

Transition entre néandertaliens et hommes modernes plus complexe

Problème: cette chronologie ne fait pas l'unanimité chez les préhistoriens, en raison, notamment, du manque de fiabilité des méthodes de datation au carbone 14 utilisées jusqu'à présent. Du coup, «il y a un débat intense autour de la date de l'extinction des “derniers” néandertaliens de la péninsule ibérique et par conséquent de la longueur de la période pendant laquelle ils pu ont cohabiter avec des hommes modernes», expliquent les auteurs d'une étude parue mardi dans les Annales de l'Académie américaine des sciences (Pnas).

Cette équipe dirigée par Rachael Wood, de l'université de Canberra (Australie), a procédé à une nouvelle datation de plusieurs os fossiles provenant de différents sites espagnols en retirant, par ultrafiltration, du carbone issu de contaminations récentes. Résultat: l'âge de tous les échantillons recule de 10.000 ans en moyenne! De quoi remettre en cause les scénarios d'occupation privilégiés jusqu'à présent. Pour Bruno Maureille, préhistorien à l'université de Bordeaux, «cela n'a rien d'étonnant. La transition entre néandertaliens et hommes modernes est tellement plus complexe que ce que l'on peut restituer avec nos outils actuels qu'il faut se garder d'avancer des hypothèses trop simplificatrices.»

Source : Le Figaro du 07/02/2013

jeudi 7 février 2013

En image : la grotte Chauvet candidate au patrimoine mondial de l’Unesco

Le gouvernement français présente la candidature de la grotte Chauvet, trésor de l’Ardèche, au patrimoine mondial de l’Unesco. Jean Clottes, préhistorien et spécialiste de la grotte, détaille pour Futura-Sciences le caractère exceptionnel de Chauvet. Voyage au cœur de la préhistoire en image.

La grotte Chauvet a été découverte en 1994, non loin du pont d’Arc, dans le sud de l’Ardèche. Et quelle découverte ! Longue de 400 m, d’une superficie de 8.500 m2, elle recèle un millier de dessins pariétaux. « C’est une grotte qui sort de l’ordinaire », confie le préhistorien Jean Clottes, qui dirigeait l’équipe scientifique d’étude de la grotte à sa découverte. Son caractère exceptionnel est dû à sa grande superficie et à l’étonnante qualité de conservation des dessins, mais également au nombre et la qualité artistique des représentations.

Le panneau des chevaux est l’un des plus spectaculaires de la grotte Chauvet-Pont-d’Arc.

Sur les murs des différentes salles, creusées naturellement par l’érosion, on peut trouver 430 représentations d’animaux. Contrairement aux grottes plus récentes, du type de la grotte de Lascaux, les animaux que les Hommes dessinaient n’étaient pas ceux qu’ils chassaient. On retrouve des lions des cavernes ou des rhinocéros. C’est l’une des originalités de cette grotte.

En effet, la grotte Chauvet était un lieu de cérémonie, où les Hommes pratiquaient la magie. Ils choisissaient donc les animaux qu’ils dessinaient. « Ils représentaient les animaux qui étaient importants dans le cadre de leur mythe, de leur vie sacrée », explique Jean Clottes. Sur les murs, il y a 75 lions des cavernes, car ils étaient sacrés pour ces Homo sapiens du paléolithique supérieur. Ces dessins traduisent donc le mode de pensée des chasseurs-cueilleurs aurignaciens. Les plus anciens sont datés de 36.000 ans, ce qui fait de la grotte Chauvet l’une des plus vieilles manifestations artistiques d’Europe.

Salle du fond, paroi gauche. Des lions chassent des bisons.

La candidature de Chauvet au patrimoine de l’Unesco bien méritée

La datation au carbone 14 a révélé qu’il y avait eu deux périodes de fréquentation. L’une autour de 35.000 à 36.000 ans, et l’autre autour de 30.000 ans. D’après Jean Clottes, la plupart des dessins seraient de la première période. En effet, il n’y a pas de superposition dans les représentations, c'est-à-dire que les Hommes de la seconde période n’ont pas dessiné sur les premiers dessins. Néanmoins, il est impossible de le prouver. Sur les 430 animaux, seule une dizaine a été datée. La méthode au carbone 14 est trop destructive pour être utilisée sur toutes les représentations.

Salle du crâne. On y voit un crâne d’ours des cavernes posé sur une pierre plate. Des crânes d’ours jonchent le sol.

Jeudi 24 janvier, c’est devenu officiel : le gouvernement français présente la candidature de la grotte Chauvet pour son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Une étape majeure, mais la route est longue. Il faudra encore attendre un an et demi avant de célébrer l’inscription officielle.

Inscrire la grotte Chauvet au patrimoine de l’Unesco favoriserait la préservation du lieu. « C’est la grotte la plus ancienne, la plus garnie et d’une qualité artistique étonnante. La grotte Chauvet est tout à fait exceptionnelle », déclare Jean Clottes. En outre, le site verra naître un centre de découverte, afin de permettre au grand public de comprendre la grotte, tout en préservant la grotte originale.

Source : Futura Sciences du 31/01/2013

jeudi 31 janvier 2013

Le peuplement de la planète et la diversité de notre espèce (2/3)

La France réessaie d’inscrire Chauvet au patrimoine mondial

La démarche a été annoncée par le président de République et le gouvernement. L'examen du dossier va prendre 18 mois mais il y a eu un précédent, 2012.

DOSSIER. Le président de la République François Hollande et le Gouvernement français ont annoncé aujourd’hui avoir « décidé de présenter la candidature de La Grotte Chauvet Pont-d'Arc à l’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco », alors qu'un fac-simile de la grotte, comme pour Lascaux, est en cours de construction depuis l'automne 2012.

La France n'en est cependant pas à son coup d’essai. En janvier 2012, elle avait déjà déposé un dossier auprès de l'Unesco pour faire reconnaitre la célèbre cavité découverte à Vallon-Pont-d’Arc (Ardèche) en décembre 1994, ornée de peintures préhistoriques datant de 25.000 à 37.000 ans. Préparé de longue date, il avait cependant été retiré en catastrophe à la veille de la session annuelle du Patrimoine mondial de l'Unesco, en juillet 2012 à Saint-Pétersbourg (en Russie).

URGENCE. Pour quelle raison la France avait-elle fait machine arrière ? Il semble qu'une demande de « procédure d’urgence » de dernière minute fût à la source du retrait anticipé. C'est que, contre toute attente, ce dossier – avec plusieurs autres cas –, avait été retoqué en première instance par l'Unesco le 1er mars 2012 pour des raisons administratives : il avait été jugé incomplet. Dès lors, l'administration Française avait fait le choix risqué de passer en force en sollicitant un dispositif d'urgence invoquant « les conditions climatiques à l'intérieur de la grotte ».

En mettant en avant la notion de « péril » éventuellement encouru par la cavité, les autorités françaises pouvaient prétendre à cette procédure d'exception telle qu'elle est définie dans les paragraphes 161-162 des Orientations de l'organisme international. « Des concentrations de dioxyde de carbone et de radon » (naturellement présents dans la cavité) ont ainsi été invoqués pour justifier cette requête.

RADON. En mai 2012, un expert de l’ICOMOS, le Conseil International des Monuments et des Sites, avait donc été dépêché sur place. Si celui-ci a bien confirmé « la valeur universelle exceptionnelle, l'intégrité et l'authenticité du site [...].» Il n'a pas, en revanche, mis en évidence un quelconque péril, « les concentrations de CO2 et de radon n'étant pas anormales dans une telle grotte [...].» La France a dû alors se résoudre à retirer sa demande d'urgence.

En voulant forcer un simple « goulet » administratif, les Français ne s'étaient-ils pas fourvoyés ? Avaient-ils été mal conseillés par de hauts responsables ? Le choix de la procédure d'urgence était-il opportun ? Toujours est-il que le dossier repart aujourd'hui de zéro. Il va être à nouveau expertisé, ce qui devrait prendre pas moins de 18 mois. Ainsi, le verdict du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco n’est pas attendu avant l’été 2014.

Source : Sciences et Avenir du 25/01/2013

mercredi 30 janvier 2013

Un ADN de 40.000 ans en Chine lié aux Asiatiques modernes et aux Amérindiens

L'analyse d'ADN extrait de l'os d'une jambe datant de 40.000 ans, retrouvé dans la grotte Tianyuan près de Pékin, révèle un lien entre les hommes qui vivaient à cette époque et nombre d'Asiatiques modernes et d'Améridiens, selon une étude parue aux Etats-Unis.

Le profil génétique de l'un des premiers ancêtres des hommes d'aujourd'hui indique également qu'il avait déjà divergé génétiquement de ceux dont descendent les Européens modernes.

Cette recherche, réalisée par des anthropologues de l'Institut Max Planck de Leipzig en Allemagne et de l'Académie chinoise des sciences, montre que les proportions d'ADN appartenant aux hommes de Néandertal et de Denisovan, trouvées dans cet ancêtre de l'homme moderne, n'étaient pas plus élevées que dans ses descendants vivants aujourd'hui.

Les Néandertaliens et les Denisoviens sont des cousins éteints de l'homme moderne.

L'os de la jambe découvert dans la grotte de Tianyuan en 2003 a été utilisé pour les analyses génétiques ainsi que pour la datation au carbone 14, précisent les auteurs de cette découverte.

Des hommes avec une morphologie similaire à ceux d'aujourd'hui sont apparus dans les fossiles à travers l'Eurasie il y a 40.000 à 50.000 ans, ajoutent-ils.

Les liens génétiques entre ces premiers hommes modernes et les populations d'aujourd'hui n'avaient pas été jusqu'alors établis, soulignent encore ces anthropologues.

"Cet individu de la grotte de Tianyuan vivait à un moment important de la transition dans l'évolution, quand certains hommes modernes partageaient encore des traits physiques avec notamment des Néandertaliens et des Denisoviens", note Svante Pääbo, de l'Institut Max Planck et principal auteur de l'étude.

"D'autres analyses des hommes modernes à travers l'Eurasie permettront d'affiner notre compréhension de quand et comment ils se sont répandus à travers l'Europe et l'Asie", ajoute-t-il.

Ces travaux paraissent dans la dernière édition des Annales de l'Académie américaine des sciences (PNAS) datées du 21 au 25 janvier.

Source : Voilà Actualités du 23/01/2013