jeudi 27 juin 2013
L'épaule, la raison du succès du genre Homo ?
Des chercheurs américains de l'Université George Washington ont voulu mieux comprendre cette aptitude en filmant des joueurs de baseball avec une caméra 3D.
Le paléobiologiste Neil Roach et ses collègues ont découvert que la clé de l'énigme se trouve dans notre anatomie et notre faculté à entreposer de l'énergie élastique et de la restituer dans l'épaule à la manière d'un lance-pierre.
Leurs travaux publiés dans la revue Nature montrent que nos ancêtres ont développé cette faculté il y a deux millions d'années. Alors, les meilleurs chasseurs étaient ceux capables d'abattre une proie en lançant un projectile.
L'épaule est donc l'élément-clef de la mécanique du lancer et est l'un des plus beaux succès dans l'évolution de l'espèce humaine, suggèrent les chercheurs.
« Lorsque les humains lancent quelque chose, ils commencent par faire tourner leur bras en arrière par rapport à la cible. C'est durant cette phase d'"armement du bras" que les humains étirent les tendons et les ligaments qui enserrent l'épaule et entreposent ainsi l'énergie élastique. » — Neil Roach
Ainsi, lorsque cette énergie est relâchée, elle accélère le bras vers l'avant, générant le mouvement le plus rapide dont le corps humain soit capable, ce qui produit un lancer très rapide.
De l'épaule au cerveau
Les principales caractéristiques de l'épaule, du bras et du torse sont apparues chez l'Homo erectus, un prédécesseur de l'Homo sapiens, il y a quelque deux millions d'années.
Les anthropologues pensent que les humains et les chimpanzés ont emprunté des chemins différents il y a six millions d'années. Le chimpanzé, notre plus proche parent, est doté d'une force bien supérieure à la nôtre, mais sa capacité de lancer n'atteint même pas celle d'un enfant humain.
L'évolution de l'épaule humaine serait donc l'un des facteurs expliquant comment l'Homo erectus, plutôt lent et faible, dépourvu de toute arme naturelle comme des griffes ou des crocs, a pu survivre et évoluer dans un environnement hostile.
Les preuves fossiles montrent que, malgré ces désavantages physiques, nos ancêtres mangeaient déjà de la viande il y a 2,6 millions d'années, et ils chassaient probablement déjà de gros animaux il y a près de 2 millions d'années.
Les premiers homininés devaient donc fréquemment lancer des projectiles pour obtenir et défendre des carcasses d'animaux.
Lancer une pierre ou un bâton pointu était bien plus efficace et moins dangereux pour tuer une proie que de tenter de la capturer en combat rapproché comme le font les autres singes.
Par ailleurs, M. Roach explique que manger de la viande riche en calories et en graisse a dû permettre à nos ancêtres de développer des cerveaux et des corps plus volumineux, et de coloniser ainsi de nouvelles régions du globe.
Source : Radio Canada du 26/06/2013
mercredi 19 juin 2013
L'Homme moderne aurait migré vers l'Asie voilà seulement 55.000 ans
Le moment où l'Homme moderne a initié sa migration vers l’Asie est une question qui suscite un vif débat au sein de la communauté des archéologues. Il existe actuellement deux grandes théories, centrées autour d’un événement, la grande catastrophe de Toba. Voilà environ 73.000 ans, sur l’île de Sumatra, le supervolcan Toba est entré en éruption, envoyant ses cendres sur toute l'Asie du sud. L’explosion, gigantesque, aurait été 3.000 fois plus forte que celle du mont Saint Helens, au nord-ouest des États-Unis en 1980, et elle aurait fait chuter la température moyenne de 3 °C ou davantage durant plusieurs années. Ce refroidissement climatique aurait profondément affecté les populations humaines, réduisant drastiquement leurs effectifs et enrayant leurs migrations.
Une théorie suggère que l’Homme moderne est arrivé en Asie entre 50.000 et 60.000 ans, soit bien après l’éruption volcanique de Toba. Il serait venu par la mer Rouge et se serait rapidement répandu le long des côtes de l’Asie, pour atteindre l’Australie voilà 45.000 à 50.000 ans. L'autre hypothèse, plus récente, stipule au contraire qu’Homo sapiens aurait migré depuis l’Afrique vers l’Asie bien avant l’éruption, il y a 130.000 ans, c’est la théorie dite pré-Toba. Elle s’appuie essentiellement sur la découverte d’outils de pierre sous la nappe de cendres en Inde. Ils auraient été façonnés par l’Homme et seraient donc nécessairement antérieurs à l’éruption.
Une étude, dont les résultats viennent de paraître dans la revue Pnas, pourrait bien trancher la question. L’équipe d’archéologues, menée par Paul Mellars, chercheur à l’université de Cambridge (Royaume-Uni), montre que tant du point de vue génétique qu’archéologique, l’Homme moderne n’a pu fouler le sol asiatique qu’entre 55.000 et 60.000 ans.
L’ADN mitochondriale penche en faveur de Paul Mellars
L’analyse génétique se base sur trois systèmes génétiques précis : l’ADN mitochondrial (ADNmt) qui se transmet de la mère à l’enfant, la région mâle spécifique (MSY) du chromosome Y chez l’homme, et la partie bilatérale du chromosome X. Tout groupe humain descendant de l’Homme moderne d’Afrique porte des lignées d’ADNmt qui ne viennent que d’un seul haplogroupe (une série d’allèles située à un endroit précis du chromosome), nommé L3. Les chercheurs ont étudié l’ADN mitochondrial de centaines d’Indiens et suggèrent que l’évolution du L3 originel vers des haplogroupes spécifiques aux peuples d'Asie de l'est daterait d’environ 55.000 ans.
Par ailleurs, l’équipe a analysé les outils de pierre mis au jour à Jwalapuram, dans le sud-est de l’Inde sous les cendres. En les comparant avec les outils de la même époque, mais trouvés en Afrique et façonnés par Homo sapiens, ils en sont venus à la conclusion qu’ils n’avaient rien en commun. Les objets découverts sous les cendres appartenaient plutôt à des Hommes archaïques, ou probablement des néandertaliens.
Si l’on en croit l’étude menée par l’équipe de Paul Mellars, il n’existe aucune preuve que l’Homme moderne n’ait pu atteindre le continent asiatique avant l’éruption volcanique. Toutefois, Michael Petraglia, père fondateur de la théorie pré-Toba, réfute l’étude. Selon lui, « la plupart des généticiens admettent que la datation génétique de la migration de l'Afrique vers l’Asie est ténue. La datation varie dans les publications entre 45.000 et 130.000 ans. » En bref, pas sûr que le débat soit clos d’aussitôt.
Source : Futura Sciences du 18/06/2013
mardi 18 juin 2013
Le plus ancien fossile de primate livre ses secrets
De radiographie en radiographie
Complet, ce fossile est exceptionnellement bien conservé. Mais il est aussi très fragile car, enchevêtré dans de la roche de calcaire marneux, il se trouve sur deux plaques différentes à la fois. « Étant donné sa petite taille, il était trop risqué de dégager le squelette manuellement », explique Paul Tafforeau, l'un des auteurs de l'étude.
Xijun Ni et son équipe ont d'abord essayé d'utiliser des techniques d'imagerie traditionnelle, par absorption de rayons X, pour analyser l'objet sans l'abîmer. Néanmoins, les résultats n'étaient pas satisfaisants, « le fossile était trop plat pour être scanné, précise le chercheur. C'est alors qu'ils se sont tournés vers nous, au synchrotron de Grenoble (ESRF) ».
Paul Tafforeau est paléoanthropologue de formation. En travaillant à l'ESRF, il a adapté la technologie du synchrotron à l'observation des fossiles. Chargé d'examiner les plaques de Xijun Ni, il a utilisé « l'imagerie en contraste de phase à rayonnement synchrotron ». Un procédé totalement non invasif qui dévoile d'infimes détails. Les simulations 3D sont réalisées à partir des clichés obtenus.
Diurne et minuscule
Grâce à ces vues en trois dimensions du squelette, il est possible de déterminer l'allure que devait avoir Archicebus achilles. Avec un tronc d'environ 71 mm et un crâne de près de 25 mm de long pour 17 mm de large, sa taille devait avoisiner les 13 cm. En se basant sur les équations reliant la masse corporelle à la surface des molaires pour les primates actuels, les chercheurs estiment son poids entre 20 et 30 grammes. Il serait donc aussi petit que le lémurien microcèbe pygmé de Madagascar !
Ses petites dents pointues montrent qu'il était probablement insectivore. Constat plus surprenant, la largeur des cavités orbitales du squelette indique que l'animal menait ses activités le jour, alors que la vie des primates primitifs était supposée nocturne.
« C'est un fossile intéressant, qui révèle des choses inattendues, souligne Marc Godinot, responsable du laboratoire d'évolution des primates à l'École pratique des hautes études (EPHE). C'est une surprise de découvrir une si petite espèce avec une morphologie adaptée aux sauts, à une époque si précoce. » Certaines particularités de l'ossature suggèrent en effet qu'Archicebus sautait sur ses quatre membres pour se déplacer. « Un nouveau squelette, un nouveau primate et un nouveau mode de locomotion : autant d'éléments qui prouvent une évolution rapide. »
Simiiformes ou tarsiiformes
Chaque découverte d'espèce fossilisée soulève la même question : où la placer sur l'arbre phylogénétique ? Selon les scientifiques chargés de l'étude, ce primate présente « une mosaïque de caractéristiques des haplorhiniens », la famille dont descendent les singes et les hommes. Cependant, il possède également des traits spécifiques aux deux sous-familles de ce groupe. Au niveau du pied, la forme de l'os calcanéen et les proportions du métatarse rappellent les simiiformes (lignée de l'homme) alors que le crâne ou la dentition indiqueraient plutôt une appartenance aux tarsiiformes (lignée des tarsiers). Finalement, la comparaison de caractères morphologiques et de données moléculaires permet de situer Archicebus achilles au tout début de la branche des tarsiiformes.
Cette découverte pourrait remettre en cause des datations retenues à ce jour. Ce spécimen est en effet proche des deux familles et donc de l'embranchement entre les deux. Or il est daté de l'Éocène et plus précisément de 55,8 à 54,8 millions d'années, une date antérieure à celle jusqu'alors retenue pour la divergence entre les tarsiiformes et les simiiformes. L'évolution divergente entre ces groupes a donc peut-être débuté plus tôt qu'on ne le pensait. Mieux encore, c'est la distinction des haplorhiniens avec les ancêtres des lémuriens qui pourrait devoir être revue. Marc Godinot invite cependant à ne pas tirer de conclusions hâtives : « C'est un fossile très difficile à étudier. J'attends avec impatience une monographie détaillée de la façon dont ils ont procédé ».
Parmi les questions encore en suspens, la localisation géographique d'Archicebus achilles : « Beaucoup de chercheurs situaient l'origine des primates en Afrique et non en Chine », explique Paul Tafforeau. Une hypothèse qui devra désormais être revue.
Source : NewsPress du 12/06/2013
vendredi 14 juin 2013
Controverse : quand Homo sapiens est-il sorti d’Afrique pour coloniser l’Asie ?
"Une des choses que nous n'avions pas en 2005, c’était ces nombreux éléments provenant de l'Inde en termes de séquences mitochondriales. Maintenant, avec tous ces gens qui font du séquençage et déposent leurs résultats dans les bases de données, il y a environ 1.000 séquences pour l'Inde", commence le Pr Martin Richards, de l’Université de Huddersfield (Royaume-Uni). Cette année-là, ce spécialiste avait dirigé une première étude pour estimer la date à laquelle les premiers migrants de notre espèce, Homo sapiens, quittant leur berceau africain, étaient arrivés en Asie du Sud.
Avec des collègues des universités de Cambridge, d'Édimbourg et d’York, et grâce notamment à ce nouvel apport de données indiennes, il a récemment mené une nouvelle étude sur ce thème, faisant, comme en 2005, parler "l’horloge moléculaire" humaine pour reconstituer les flux génétiques de notre passé à partir des données génétiques actuelles. Et il confirme sa conclusion d’il y a huit ans, à savoir qu’Homo sapiens, l’Africain, n’a arpenté l’Asie du sud qu’à partir de quelque -60.000 ans.
Une confirmation archéologique
"Nous pensons également que les similitudes étroites entre (…) les outils de pierre africains et indiens d’après -70 000 ans - ainsi que (…) des perles et des gravures - suggèrent que le matériel indien un peu postérieur à cette date a une source africaine", poursuit le Pr Richards dont l'étude est publiée dans le revue PNAS. Une confirmation archéologique des données inférées par la génétique, donc, selon le chercheur, qui dirige le groupe de recherches archéogénétiques de Huddersfield.
Ces conclusions réfutent celles d’une étude réalisée en 2007 par une autre équipe. Celle-ci avait découvert en Inde, sous les cendres volcaniques vielles de 74.000 ans issues d’une éruption du Mont Toba (Sumatra), des outils de pierre qu’elle attribuait à Homo sapiens. "Il y avait des gens en Inde avant l'éruption du Toba, puisqu’il existe des outils (…), mais ils auraient pu être néandertaliens - ou d’une autre population pré-moderne", conclut pour sa part le Pr Richards.
Source : MaxiSciences du 13/06/2013
jeudi 13 juin 2013
Moins de fruits et de feuilles, plus d’herbe pour les homininés dès - 4 Ma
Pas moins de 104 dents provenant de 91 individus de 8 espèces d'homininés africains ont été récemment analysées par plus de 20 chercheurs américains et africains. Ces derniers ont également utilisé les données issues d’analyses antérieures pour cette vaste étude, laquelle porte au total sur 173 dents issues de 11 espèces d'homininés. Le but : tenter de retracer, par l’analyse des isotopes de carbone contenus dans l’émail de ces dents, l’évolution du régime alimentaire des préhumains et humains depuis 4 millions d'années.
À partir d’échantillons dentaires fossilisés détenus par des musées locaux, une 1ère équipe, dirigée par William Kimbel, de l'Arizona State University, a travaillé sur des homininés du bassin de Hadar Awash, en Éthiopie. Une 2ème équipe, dirigée par Meave Leakey, du Turkana Basin Institute, Thure Cerling et Frank Brown, de l’Université de l’Utah, travaillait elle sur des homininés du bassin du Turkana, au Kenya. Des dents d’anciennes espèces de babouins ont également été analysées.
Globalement, les résultats montrent que vers -3,5 millions d'années environ, les homininés ont complété leur régime ‘simien’ de fruits et de feuilles par une consommation de plus en plus importante de graminées tropicales et de plantes du genre Carex (‘herbes’ et joncs à feuilles coupantes). La méthode isotopique ne permet pas, toutefois, de préciser le mode d’ingestion de ces plantes : directement ou par la consommation d’insectes ou autres animaux eux-mêmes herbivores (ceci est davantage du ressort de l’archéologie préhistorique).
De nouvelles possibilités de régime
"Au final, nous avons un regard sur 4 Ma de l'évolution alimentaire des humains et de leurs ancêtres", dit cependant le géochimiste Thure Cerling, un des auteurs principaux de l’étude. "Pendant longtemps, les primates s’en sont tenu aux anciens aliments - feuilles et fruits - et, vers 3,5 Ma, ils ont commencé à explorer de nouvelles possibilités de régime - graminées tropicales et carex (…). Nous constatons un recours croissant à cette nouvelle ressource par les ancêtres de l'Homme, ressource que la plupart des primates n'utilisent toujours pas aujourd'hui", conclut le chercheur.
Source : MaxiSciences du 08/06/2013
mercredi 12 juin 2013
La plus vieille jambe de bois
Une jambe de bois de qualité étonnante a été retrouvée dans une tombe du IIIe siècle avant notre ère, du bassin du Tarim, en Chine. Ce serait la plus ancienne prothèse de jambe fonctionnelle.Entouré de montagnes, le bassin du Tarim, entre Chine et Afghanistan, est l’une des régions les plus sèches du monde. Cette particularité assure une très bonne conservation des matériaux organiques. Pour preuve, Mayke Wagner, de l’Institut archéologique allemand, et ses collègues viennent de trouver dans une tombe une prothèse de jambe en bois vieille de 2 200 à 2 300 ans.
Alors qu’à l'époque, Alexandre le grand avançait en Asie centrale par l’Ouest et que l’Empire chinois des Han s'étendait depuis l’Est, des communautés agropastorales occupaient les oasis du Tarim. Celles du Nord-Ouest voisinaient avec les Xiongnus, une confédération de tribus proto turco-mongoles, qui dans les derniers siècles avant notre ère établit un empire en Transbaïkalie, en Mongolie et en Chine du Nord. Par ailleurs, dans le désert du Taklamakan, dans le Sud du bassin du Tarim, de nombreuses momies d'hommes et de femmes de type européen ont été retrouvées, tandis que des Scythes vivaient dans le massif de l'Altaï en Mongolie voisine et que des proto-Iraniens occupaient le Nord-Est du Tarim. Bref, aucune certitude n'existe sur l'appartenance ethnique des habitants du Nord-Est du bassin du Tarim dans les derniers siècles de notre ère. Les archéologues chinois, pour leur part, se refèrent à un royaume de Cheshi, cité dans les textes chinois anciens, sans qu'il soit possible d'affirmer qu'il était relié aux Xiongnus. Quoi qu'il en soit, la tombe récemment fouillée relève d'une culture agro-pastorale de l'oasis de Tourfan, dans l'actuel Turkestan chinois (Xinjiang).
La tombe fait partie d'une nécropole de 31 tombes située à 35 kilomètres à l’Est de Tourfan. Un homme y a été enterré à un mètre de profondeur avec un peu de vaisselle et deux arcs à double courbure, typiques des guerriers montés nomades d’Asie centrale (Xiongnu, Huns, etc.), redoutés de toutes les civilisations de l’Antiquité. La tombe, qui avait été bourrée de paille lors de son inhumation, fut réouverte par la suite pour y placer une femme, peut-être sa compagne. D’une taille d'au moins 1,75 mètre et de constitution robuste, l’homme semble avoir eu une vie active jusqu’à sa mort. Toutefois, il a été ateint de la tuberculose, qui a laissé des nécroses sur ses vertèbres et ses côtes. L'individu semble avoir résisté pendant des années à la maladie. La surface de ses os nécrosés est en effet, ce qui prouve que l’infection a été stoppée des années avant sa mort. Toutefois, la maladie l’a sérieusement estropié, puisqu’elle a provoqué une ankylose osseuse de son genou gauche, c’est-à-dire une fusion complète du fémur, de la rotule, du péroné et du tibia. Résultat : sa jambe s’est retrouvée bloquée selon un angle de 135 degrés et tournée vers l’intérieur de 11 degrés. Impossible dès lors de marcher !
Heureusement, les artisans de l'oasis de Tourfan semblent avoir eu assez de savoir-faire pour l’aider. Ils ont façonné une prothèse de jambe d'une qualité étonnante : elle est comparable aux prothèses utilisées pour les mutilés de guerre après 1918 ! Longue de 89,2 centimètres, elle comporte quatre parties. D’abord, une plaque de bois (probablement en peuplier) de 52 centimètres de longueur et jusqu’à 2,5 centimètres d'épaisseur percée de 16 trous d’arrimage montait jusqu'à la taille. Elle se prolongeait par un pilon, dont l'extrémité s’enfonce dans une corne de chèvre ou de mouton destinée à assurer le contact avec le sol. Finalement, une rondelle taillée dans un sabot d’âne ou de cheval limitait l’enfoncement du pilon dans les sols meubles.
Cette prothèse de jambe se fixait à la cuisse par l’extérieur, comme l’indique l’usure de la plaque fémurale par le genou. Les deux trous supérieurs servaient probablement à fixer le haut de la prothèse à une ceinture, tandis que les six paires de trous placées de part et d’autre de la plaque acceuillaient sans doute des lacets de cuir enserrant la jambe. L’usure des trous et de la plaque indique que cette jambe de bois a été utilisée pendant des années, jusqu’à faire partie du corps de son propriétaire au point d'être placée dans sa tombe avec lui.
Les datations au carbone 14 de 10 échantillons d’os et de bois placent la vie des occupants de la tombe entre 200 et 300 avant notre ère, et l’abattage de l’arbre dans lequel fut taillée la jambe de bois vers 320. Avant la découverte de la jambe de bois de Tourfan, la plus ancienne prothèse de jambe attestée était la jambe de bois et de bronze découverte en 1885 dans la tombe d’un riche habitant de Capoue, en Italie, qui daterait de 2300 ans d'après les céramiques retrouvées dans la tombe. Mais elle n'était guère fonctionnelle. À peu près aussi ancienne, la jambe de bois de Tourfan est donc la plus ancienne prothèse de jambe fonctionnelle de l’humanité.
Source : Pour la Science du 30/05/2013
mardi 11 juin 2013
Un petit dinosaure chinois, nouvel ancêtre des oiseaux
On ne compte plus les découvertes de fossiles de dinosaures à plumes dans le gisement de Tiaojishan, situé dans la province de Liaoning, dans le nord-est de la Chine. Le nouveau spécimen, enseveli sous les cendres lors d'une éruption volcanique, gisait dans une couche du jurassique moyen datant de 155 millions d'années. Cette catastrophe l'a très bien conservé. L'empreinte des os est parfaitement visible, ce qui est idéal pour les paléontologues. Celle des plumes est en revanche incomplète et abîmée. «Cet animal est l'oiseau le plus primitif connu au monde», affirme Pascal Godefroit, de l'Institut royal des sciences naturelles de Bruxelles, premier auteur de l'étude publiée dans la revue Nature datée du 30 mai 2013.
Le nouveau venu se nomme Aurornis xui (oiseau de l'aube), «xui» en hommage au paléontologue chinois Xu Xing qui a décrit de nombreux dinosaures à plumes au cours des quinze dernières années. De la taille d'un dindon, Aurornis mesurait 50 cm du bec à l'extrémité de la queue. Il devait gambader dans les marécages et grimper aux arbres mais ne pouvait pas voler. Ses petites dents laissent penser qu'il était insectivore.
Au début de l'année, Pascal Godefroit et son équipe avaient déjà consacré une étude à un autre petit dinosaure à plumes chinois, l'Eosinopteryx brevipenna. Ils lui avaient alors trouvé une place dans l'arbre généalogique des ancêtres des oiseaux, mais ne sont pas parvenus à y ranger leur dernière découverte. «On a dû repartir complètement à zéro», confie le chercheur belge.
Là où la classification traditionnelle prend en compte 370 caractères anatomiques, les chercheurs en ont sélectionné pas moins de 1500. Pour Pascal Godefroit, la révision est nécessaire. «Quand on trouve un crâne, on ne sait même pas si c'est un crâne de dinosaure ou d'oiseau», souligne-t-il. Il s'attend à ce que le nouveau modèle de classification ne fasse pas l'unanimité. «Nos collègues vont nous haïr, s'amuse-t-il à l'avance, mais nous avons fait le boulot et nous avons été séduits par nos résultats.» Les choses sont désormais plus claires: les dinosaures à plumes et les ancêtres des oiseaux ont cohabité pendant des millions d'années. Ils avaient beaucoup de traits communs mais ils étaient déjà différenciés.
Aurornis fait partie des ancêtres des oiseaux, à côté de l'étrange Anchiornis à la grande huppe, qui pratiquait le vol plané comme le font les écureuils volants. Archeopteryx, que les découvertes chinoises des dernières années avaient relégué parmi les dinosaures à plumes, fait aussi son grand retour dans l'arbre généalogique des oiseaux. Eosinopteryx, comme beaucoup d'autres découvertes chinoises récentes, est logé dans la lignée des dinosaures carnivores à plumes. Le tableau est posé, en attendant une prochaine découverte importante. «Cette fois, elle ne viendra peut-être pas de Chine», glisse Pascal Godefroit, sans en dire plus.
Source : Le Figaro du 04/06/2013
lundi 10 juin 2013
Découverte de l'Archicebus, le plus vieux primate connu à ce jour
C'est une découverte capitale dans l'histoire des primates, leur évolution et par connexion logique, celle de l'Homme que la revue britannique Nature a dévoilée mercredi. Une équipe de paléontologues chinois menée par le chercheur Xijun Ni est parvenue à identifier le plus vieux primates connu à ce jour. L'heureux élu a été baptisé Archicebus achilles : Archicebus pour "premier singe à queue" et achilles en référence au célèbre guerrier grec et à l'anatomie un peu particulière des chevilles du petit primate.
Mais la découverte ne date pas d'hier : les paléontologues ont étudié le spécimen pendant plus de dix avant de publier enfin leur trouvaille. Le fossile de l'animal a été trouvé dans la carrière proche de Jingzhou (près du fleuve Yang-Tsé) par un paysan. L'objet a été extrait d'une roche fendue en deux et montré à Xijun Ni qui menait des fouilles dans la province chinoise du Hubei. Ce dernier l'a alors étroitement étudié pendant plusieurs années via notamment de nombreux scanner 3D qui ont permis d'aboutir à une image complète et détaillée du spécimen.
Aujourd'hui, l'équipe en charge du projet peut affirmer que ce spécimen est le plus vieux primate jamais découvert, datant d'environ 55 millions d'années et détrônant ainsi de 7 millions d'années le Darvinius découvert à Messel en Allemagne et à Notharctus aux Etats-Unis. Jusqu'ici, ce primate était tenu comme le plus ancien de l'ordre et son fossile fut découvert en 1983 avant d'être publié en 2009. "Ce squelette va nous dire une grande partie de l'histoire sur les origines des primates et nos lointains ancêtres", explique Ni cité par l'AFP.
Le plus vieux et le plus petit
Mais ce primate n'est pas que le plus vieux, c'est aussi le plus petit jamais répertorié. Si le record est tenu aujourd'hui par l'actuel lémurien pygmée de Madagascar le "microcèbe de Mme Berthe" (Microcebus Berthae) avec 9 centimètres, l'Archicebus lui mesurait environ 7 cm et ne pesait pas plus de 30 grammes, selon les paléontologues.
Il était doté d'une longue queue et de doigts osseux facilitant le déplacement arboricole. Comme l'ont souligné les scientifiques, son squelette presque complet est visiblement adapté à une vie dans les arbres, notamment au vu de ses membres élancés. Il suggère que l'animal était "actif durant le jour" et se nourrissait "essentiellement d'insectes".
Ce petit primate est "radicalement différent de tous les primates connus vivants ou fossiles", comme un "hybride bizarre, avec les pieds d'un petit singe, les bras, les jambes et les dents d'un primate très primitif et un crâne doté d'yeux étonnamment petits", décrit Chris Beard du Carnegie Museum of Natural History de Pittsburg aux Etats-Unis ayant travaillé sur le projet.
Un témoin de l'évolution des primates
Avec son statut de plus vieux primate connu, l'Archicebus est important pour les paléontologues car il pourrait donner de nouvelles et précieuses informations sur l'évolution de les primates. En effet, l'animal a vécu à la période de l'Eocène lorsque les différentes espèces de primates ont commencé à diverger donnant d'un côté les tarsiers actuels (des primates nocturnes arboricoles aux yeux exorbités) et de l'autre les anthropoïdes ou singes sans queue comme les chimpanzés, l'orang-outan ou encore le gorille.
L'Eocène était une "période formidable pour les primates", estime Beard. Pour ce spécialiste, la découverte d'Archicebus en Chine n'est d'ailleurs pas le fruit du hasard. A l'Eocène, la région était un "point chaud" de la biodiversité qui a très probablement donné naissance aux premiers primates, estime-t-il. "Les dernières découvertes paléontologiques indiquent que les premiers pas décisifs dans l'évolution des primates, y compris l'évolution vers les anthropoïdes, ont vraisemblablement été accomplis en Asie, et non pas en Afrique comme on le pensait encore voici vingt ans", assure encore le chercheur.
Les premiers primates seraient ainsi apparus en Asie avant que les anthropoïdes ne migrent vers l'Afrique il y a 38 millions d'années. Les humains eux auraient divergé des primates il y a 5 ou 10 millions d'années.
Une mine de trésors pour les paléontologues
La carrière dans laquelle l'Archicebus a été découvert est devenue un vrai vivier pour les paléontologues qui ont depuis retrouvé de nombreux fossiles d'oiseaux et de poissons datant de la même époque. A cette période très chaude, l'Asie était une grande serre où les palmiers s'étendaient jusqu'en Alaska.
En savoir plus: http://www.maxisciences.com/primate/decouverte-de-l-039-archicebus-le-plus-vieux-primate-connu-a-ce-jour_art29752.html
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dimanche 9 juin 2013
Aurornis xui replace l'archéoptéryx parmi les ancêtres des oiseaux
Certains seront encore surpris, mais les oiseaux sont bien des dinosaures, les derniers théropodes maniraptors qui subsistent sur notre planète. Si ce fait est de plus en plus accepté, l’histoire évolutive des oiseaux reste en revanche largement débattue. Elle vient de connaître un nouveau rebondissement, suite à la publication d’une étude coécrite par Pascal Godefroit dans la revue Nature. Ce chercheur de l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique (IRSNB) aurait découvert « le plus vieil oiseau connu » dans les collections d’un musée chinois, le Fossil and Geology Park de Yizhou.
Le fossile d’Aurornis xui a été mis au jour par un fermier de la localité de Yaolugou (province du Liaoning), sur un site où affleure la formation géologique de Tiaojishan qui date de la fin du Jurassique (entre 153 et 156 millions d’années). Le squelette est complet et articulé. Cet animal mesurait 51 cm de long (entre la pointe de son museau et l’extrémité postérieure de sa queue), possédait des plumes, avait de petites dents acérées et se déplaçait grâce à de longues pattes. Selon les chercheurs, il ne pouvait très certainement pas voler, mais la mauvaise conservation de ses plumes ne fournit aucune certitude. En revanche, il aurait pu utiliser ses ailes pour planer, par exemple d’un arbre à un autre.
De nombreux caractères morphologiques ont été mesurés, puis intégrés dans un modèle de reconstruction phylogénétique, le but étant de comparer la position d’Aurornis xui par rapport à 101 taxons de dinosaures aviaires ou non aviaires. Les résultats ont placé cet animal à la base de la lignée des avialiens, sous l’Anchiornis huxleyi et… les archéoptéryx. Ce qui relance le débat...
Le vol battu n’est apparu que dans une seule lignée
En effet, les archéoptéryx ont longtemps été considérés comme les ancêtres des oiseaux modernes, jusqu’à ce qu’une étude parue en 2011 ne les fasse basculer dans le groupe des déinonychosaures. Or, ce taxon rassemble des dinosaures non-aviaires, comme les microraptors et les vélociraptors. Ce changement a eu d’importantes conséquences sur notre compréhension de l’histoire évolutive du vol. Puisque les archéoptéryx savaient voler à l’aide de leurs membres antérieurs, et qu’ils étaient des non aviaires, les chercheurs de l'époque avaient donc conclu que le vol battu était apparu dans deux lignées de dinosaures différentes.Ainsi, en replaçant les archéoptéryx dans le groupe des dinosaures aviaires, la présente étude change à nouveau l’histoire évolutive du vol : il serait donc bien apparu dans une seule lignée !
Grâce notamment à des caractères observés sur les os de la hanche, les chercheurs belges et chinois impliqués dans cette découverte sont convaincus qu’Aurornis xui est bien « le plus vieil oiseau connu ». Mais à la vue des résultats, certains spécialistes restent sceptiques, préférant au mieux réserver ce titre à l’archéoptéryx, tout en reconnaissant que le nouveau dinosaure devait être apparenté aux premiers oiseaux. Le mot de la fin revient à Pascal Godefroit qui s’est exprimé dans Nature News : « Nous sommes aux origines d’un groupe. Les différences entre oiseaux et dinosaures non aviaires sont très subtiles ». Un nouveau débat vient-il de voir le jour ?
Source : Futura Sciences du 02/06/2013
samedi 8 juin 2013
Découverte de l'Archicebus, le plus vieux primate connu à ce jour
Mercredi, une étude chinoise a annoncé la découverte en Chine du plus vieux primate connu à ce jour, l'Archicebus achilles. Ce petit tarsier primitif aurait vécu il y a 55 millions d'années et présente une importance capitale pour une meilleure compréhension de l'évolution des primates.
C'est une découverte capitale dans l'histoire des primates, leur évolution et par connexion logique, celle de l'Homme que la revue britannique Nature a dévoilée mercredi. Une équipe de paléontologues chinois menée par le chercheur Xijun Ni est parvenue à identifier le plus vieux primates connu à ce jour. L'heureux élu a été baptisé Archicebus achilles : Archicebus pour "premier singe à queue" et achilles en référence au célèbre guerrier grec et à l'anatomie un peu particulière des chevilles du petit primate.
Mais la découverte ne date pas d'hier : les paléontologues ont étudié le spécimen pendant plus de dix avant de publier enfin leur trouvaille. Le fossile de l'animal a été trouvé dans la carrière proche de Jingzhou (près du fleuve Yang-Tsé) par un paysan. L'objet a été extrait d'une roche fendue en deux et montré à Xijun Ni qui menait des fouilles dans la province chinoise du Hubei. Ce dernier l'a alors étroitement étudié pendant plusieurs années via notamment de nombreux scanner 3D qui ont permis d'aboutir à une image complète et détaillée du spécimen.
Aujourd'hui, l'équipe en charge du projet peut affirmer que ce spécimen est le plus vieux primate jamais découvert, datant d'environ 55 millions d'années et détrônant ainsi de 7 millions d'années le Darvinius découvert à Messel en Allemagne et à Notharctus aux Etats-Unis. Jusqu'ici, ce primate était tenu comme le plus ancien de l'ordre et son fossile fut découvert en 1983 avant d'être publié en 2009. "Ce squelette va nous dire une grande partie de l'histoire sur les origines des primates et nos lointains ancêtres", explique Ni cité par l'AFP.
Le plus vieux et le plus petit
Mais ce primate n'est pas que le plus vieux, c'est aussi le plus petit jamais répertorié. Si le record est tenu aujourd'hui par l'actuel lémurien pygmée de Madagascar le "microcèbe de Mme Berthe" (Microcebus Berthae) avec 9 centimètres, l'Archicebus lui mesurait environ 7 cm et ne pesait pas plus de 30 grammes, selon les paléontologues.
Il était doté d'une longue queue et de doigts osseux facilitant le déplacement arboricole. Comme l'ont souligné les scientifiques, son squelette presque complet est visiblement adapté à une vie dans les arbres, notamment au vu de ses membres élancés. Il suggère que l'animal était "actif durant le jour" et se nourrissait "essentiellement d'insectes".
Ce petit primate est "radicalement différent de tous les primates connus vivants ou fossiles", comme un "hybride bizarre, avec les pieds d'un petit singe, les bras, les jambes et les dents d'un primate très primitif et un crâne doté d'yeux étonnamment petits", décrit Chris Beard du Carnegie Museum of Natural History de Pittsburg aux Etats-Unis ayant travaillé sur le projet.
Un témoin de l'évolution des primates
Avec son statut de plus vieux primate connu, l'Archicebus est important pour les paléontologues car il pourrait donner de nouvelles et précieuses informations sur l'évolution de les primates. En effet, l'animal a vécu à la période de l'Eocène lorsque les différentes espèces de primates ont commencé à diverger donnant d'un côté les tarsiers actuels (des primates nocturnes arboricoles aux yeux exorbités) et de l'autre les anthropoïdes ou singes sans queue comme les chimpanzés, l'orang-outan ou encore le gorille.
L'Eocène était une "période formidable pour les primates", estime Beard. Pour ce spécialiste, la découverte d'Archicebus en Chine n'est d'ailleurs pas le fruit du hasard. A l'Eocène, la région était un "point chaud" de la biodiversité qui a très probablement donné naissance aux premiers primates, estime-t-il. "Les dernières découvertes paléontologiques indiquent que les premiers pas décisifs dans l'évolution des primates, y compris l'évolution vers les anthropoïdes, ont vraisemblablement été accomplis en Asie, et non pas en Afrique comme on le pensait encore voici vingt ans", assure encore le chercheur.
Les premiers primates seraient ainsi apparus en Asie avant que les anthropoïdes ne migrent vers l'Afrique il y a 38 millions d'années. Les humains eux auraient divergé des primates il y a 5 ou 10 millions d'années.
Une mine de trésors pour les paléontologues
La carrière dans laquelle l'Archicebus a été découvert est devenue un vrai vivier pour les paléontologues qui ont depuis retrouvé de nombreux fossiles d'oiseaux et de poissons datant de la même époque. A cette période très chaude, l'Asie était une grande serre où les palmiers s'étendaient jusqu'en Alaska.
Source : MaxiSciences du 06/06/2013

