lundi 27 avril 2015

jeudi 16 avril 2015

Une étude révèle que les européens sont devenus blancs il y a seulement 8 000 ans

Jusque là, on savait que les premiers hommes installés en Europe étaient noirs de peau. C’était il y a 40 000 ans. Mais une récente étude réalisée par des anthropologues américains montre qu’il y a 8 500 ans, une majorité de la population européenne avait toujours la peau brune.

C’est au cours du récent congrès annuel de l’American Association of Physical Anthropologists qu’a été présentée une étude inédite, montrant que l’Homme européen est devenu majoritairement blanc plus tard qu’on ne le pensait, une étude rapportée par la revue Science. Si l’on savait qu’il y a 40 000 ans, les Européens avaient la peau noire, l’étude montre que les Européens ont commencé à devenir blancs au cours des 8 000 dernières années.

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont comparé le matériel génétique de 83 individus issus de différents sites archéologiques européens, notamment en Espagne, au Luxembourg et en Hongrie. Il a été déterminé que « l’Européen moderne » est issu d’une sorte de croisement entre trois populations du Néolithique, à savoir des chasseurs-cueilleurs, présents depuis le Paléolithique, des fermiers arrivés du Proche-Orient il y a 7.800 ans et enfin les Yamnaya, une population de bergers venue des steppes du nord de la mer Noire il y a 4 500 ans. Ce sont d’ailleurs probablement ces derniers qui ont introduit les langues indo-européennes en Europe.

« L’émergence de la peau dépigmentée est due à un étonnant mélange entre diverses populations dispersées dans le nord de l’Europe. Ces résultats montrent à quel point ces évolutions sont récentes », explique Nina Jablonski, paléoanthropologue à l’Université d’État de Pennsylvanie.

Deux gènes absents

On apprend notamment dans cette étude que nos ancêtres ne parvenaient pas à digérer les sucres contenus dans le lait et que la tolérance au lactose n’est apparue qu’il y a 4 300 ans. Ces travaux confirment qu’il y a environ 8 500 ans, les populations analysées en Espagne, au Luxembourg et en Hongrie ne possédaient pas les deux gènes SLC24A5 et SLC45A2 qui mènent à la dépigmentation, et par conséquent, à la peau pâle des Européens d’aujourd’hui.

Par contre, les observations menées sur le site archéologique de Motala, dans le sud de la Suède ont montré que les chasseurs-cueilleurs qui y vivaient il y a 7 700 ans possédaient bien de légères variantes de ces deux gènes, ainsi que le gène HERC2/ OCA2, responsable des yeux bleus et qui peut également contribuer à la peau claire et aux cheveux blonds. Il s’agissait là des premiers Européens blancs, ensuite, ce sont les migrations et les mélanges génétiques qui ont progressivement amené la majorité de la population d’Europe à avoir la peau blanche.

Source : SciencePost d 14/04/2015

mercredi 15 avril 2015

Comment la peau blanche est venue aux Européens il y a 8000 ans

Apparu sur Terre il y a plus de 2 millions d’années, l’hominidé des origines avait la peau plutôt foncée et… couverte de poils. Localisé en Afrique de l’Est ou en Afrique du Sud, notre ancêtre australopithèque est remonté au fil des migrations vers le Nord. A climat différent, peau différente. C’est ainsi qu’il y a environ huit millénaires, les premiers « Européens » à la peau blanche seraient apparus.

Les premiers groupes humains qui se sont installés en Europe, il y a quarante mille ans, avaient la peau foncée. Une caractéristique qu’ils conserveront plusieurs dizaines de milliers d’années, rappelle Science Magazine, qui cite de récents travaux présentés fin mars lors du congrès annuel des anthropologues américains. Ceux-ci viennent ainsi de démontrer que les habitants du continent européen avaient toujours la peau pigmentée il y a 8 500 ans.

Deux gènes impliqués

Pour le démontrer, étant donné que la peau ne se « fossilise » pas, les chercheurs ont étudié et comparé les génomes de 83 squelettes découverts sur différents sites archéologiques européens (Espagne, Luxembourg, Hongrie). Ce sont les mêmes scientifiques qui avaient révélé en février dernier que les Européens modernes descendaient pour la plupart de trois populations du Néolithique. Des chasseurs-cueilleurs arrivés depuis le Paléolithique, des fermiers venus du Proche-Orient il y a 7 800 ans et des éleveurs de troupeaux, les Yamnaya.

Ces derniers, les Yamnaya, sont arrivés depuis les steppes situées au nord de la mer Noire : les chercheurs pensent d‘ailleurs que ce sont eux qui pourraient avoir introduit les langues indo-européennes en Europe. Selon l’étude présentée lors du Congrès des anthropologues, cette population serait arrivée il y a environ 4 500 ans. Ensuite, c’est le mélange entre les trois groupes dispersés au nord de l’Europe qui est à l’origine de l’éclaircissement de la peau. Une simple question de sélection génétique a présidé à cette modification.

Vivant dorénavant dans une région faiblement ensoleillée par rapport à l’Afrique originelle, la production de mélanine de ces individus s’est modifiée de façon à favoriser la synthèse de la vitamine D. Cette mutation qui favorise la dépigmentation de la peau a été identifiée par les scientifiques en comparent les génomes des 83 squelettes entre eux et avec ceux d’un millier d’Européens contemporains. Ils ont ainsi pu observer qu’elle ne concernait que deux gènes ; le SLC24A5 et le SLC45A2 dont l’absence est associée à une teinte claire de la peau.

Yeux, peau et cheveux

Cette sélection se serait produite il y a environ 8 000 ans ce qui est relativement récent à l’échelle de l’histoire d’Homo Sapiens. Les mêmes chercheurs ont également isolé sur des restes humains (datant de 7 700 ans) trouvés au sud de la Suède les deux variants de la peau claire, mais aussi un troisième gène modifié, le HERC2/OCA2 qui signe les yeux bleus et pourrait être associé à la peau blanche et aux cheveux blonds.

D’autres caractéristiques génétiques ont été trouvées comme celles issues d’interactions complexes favorisant la haute taille, cela dans le nord et le centre de l’Europe. Les premières traces datant de 8 000 ans se sont vues nettement multipliées à partir de 4 800 ans, une période coïncidant avec l’arrivée des Yamnaya. Les travaux présentés lors du Congrès ont par ailleurs montré que ces nouveaux caractères génétiques se sont répandus en Europe bien plus rapidement que ce que les recherches antérieures laissaient supposer.

Source : RFI du 14/04/2015

lundi 13 avril 2015

Un os de babouin dans le squelette de Lucy

Pendant plus de 40 ans, on a cru que le squelette de Lucy, vieux de 3,2 millions d’années, comprenait 89 os. Mais en voulant faire une copie des restes du fameux australopithèque, deux chercheurs du Musée d'histoire naturelle de New York ont noté qu’un fragment de vertèbre paraissait trop petit pour s'intégrer au reste de sa colonne vertébrale...

Le magazine New Scientist raconte comment, après une étude plus poussée, l’os a été identifié comme appartenant... à un babouin. Si ce fragment a été inclus au squelette par erreur, les scientifiques restent toutefois rassurant quant à la provenance des 88 os restants : ils seraient bien ceux du plus célèbre des préhumains.

Source : 20 minutes du 11/04/2015

samedi 11 avril 2015

"Petit pied", un cousin sud-africain pour Lucy

L’Afrique de l’est n'est pas la seule à avoir été peuplée il y a plus de 3,5 millions d’années. Une nouvelle étude sur l'australopithèque "Little Foot" met en avant l'Afrique du Sud comme terrain de jeu des hominidés.

Il a 3,67 millions d’années déjà, un hominidé au "petit pied" (alias "Little foot", son surnom en anglais) arpentait les grottes de Sterkfontain, en Afrique du Sud et s’y cassait le nez… Une nouvelle datation, parue dans la revue Nature, est venue confirmer le grand âge de cet australopithèque qui divise la communauté scientifique depuis 1997. Il confirme que cette région de l’Afrique était également peuplée au moment où Lucy et les siens crapahutaient à l’est du rift africain (voir carte).

Pour son malheur- et pour le plus grand bonheur des chercheurs- le petit australopithèque est tombé dans une crevasse de 20m à 30m avant d’être enseveli sous un éboulement du plafond rocheux. Treize longues et patientes années ont été nécessaires à l’équipe du paléontologue Ron Clarke de l’université de Witwatersrand pour dégager « Little Foot » de sa gangue rocheuse, des millions d’années après sa dégringolade mortelle.

Berceau de l’humanité. Le site de Sterkfontein, situé dans la province du Gauteng au nord-ouest de Johannesbourg, a été inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 2000 sous le nom de « Berceau de l’Humanité » aux côtés des sites archéologiques voisins de Swartkrans, Kromdraai et Wonder Cave. Il a livré plus de 500 restes d’hominidés fossiles dont un autre australopithèque célèbre et plus jeune Australopithecus africanus, vieux d’au moins 2,5 millions d’années.


CALCIFICATION. La calcification totale du squelette dans les sédiments n’a pas facilité la tâche mais le jeu en valait la chandelle. Car avec ses jolis doigts de pieds et orteils (qui lui ont valu son surnom), il "serait l’un des squelettes les plus complets découvert à ce jour" selon ses découvreurs. A titre de comparaison le fossile de Lucy n’est reconstitué qu’à 40%. Notons que la description totale de Petit Pied, attribué pour le moment à l’espèce Australopithecus prometheus n’a pas encore été publiée...

En revanche, depuis sa découverte, les spécialistes discutaient de l’ancienneté exacte du fossile. Les âges de 3,3 millions d’années voire 4 millions d’années ont été avancés par des chercheurs sud-africains puis américains. En 2006, une datation uranium/plomb des coulées stalagmitiques de calcite entourant le squelette le rajeunissent brutalement: petit pied n'aurait que 2,2 millions d’années seulement ! Le paléontologue Ron Clarke n'est pas convaincu: –« Les coulées stalagmitiques pourraient être bien plus récentes que le squelette » imaginait il alors. La démonstration sera faite en 2014 seulement : Laurent Bruxelles un chercheur de l’Inrap, (laboratoire Traces, UMR CNRS-université Toulouse-Jean Jaurès) et l’équipe sud-africaine ont prouvé que les coulées stalagmitiques de 2,2 millions d’années s’étaient formées dans des vides sous le fossile et sont donc plus récentes que celui-ci. Aujourd’hui, les spécialistes précisent dans Nature et grâce à un affinement des méthodes de datation, dite cosmogéniques- l’âge précis de Little Foot : soit 3,67 millions d’années !

La datation d'exposition par isotopes cosmogéniques est une méthode de datation géochimique qui utilise la production par les rayons cosmiques d'isotopes rares, de l'hydrogène et son produit l'hélium , du béryllium , du carbone, du néon (21Ne), de l'aluminium , et du chlore, puis leur accumulation dans le réseau cristallin des minéraux pour déterminer un âge d'exposition.

Cela n’en fait pas le plus ancien hominidé fossile, ni même le plus vieux des autralopithèques pour autant comme on a pu l’écrire ici et là. Lucy a bien été datée de 3,2 millions d’années seulement, mais son espèce, celle des Australopithecus afarensis est réputée avoir vécu entre 4,2 et 3 millions d’années. Ensuite, à la même époque que « petit Pied » deux autres espèces au moins arpentaient l’actuel Kenya : l’Australopithecus anamensis , supposé être un bipède évolué, et le Kenyanthrope à l’étrange face aplatie. A y regarder de plus près (voir notre carte), c’est bien l’Afrique de l’est qui reste aujourd'hui la région du monde où on a trouvé le plus d’ancêtres fossiles des hominidés. Sans compter que c’est en Ethiopie , toujours, qu’on a exhumé, le mois dernier le plus ancien reste du genre Homo, une mâchoire vieille de 2,8 millions d’années. Bref, malgré sa grande ancienneté, et n'en déplaise à l'Unesco, Petit pied ne suffit pas à faire de l'Afrique du sud, le berceau de l'humanité.

Source : Sciences et Avenir du 09/04/2015

jeudi 9 avril 2015

Dynamique des changements comportementaux dans la préhistoire africaine (3/3)

Les Européens ne sont pas blancs depuis très longtemps

Selon une étude d'une équipe internationale de chercheurs présentée au congrès annuel de l'American Association of Physical Anthropologists, à Saint-Louis, et relayée par le site d'informations néerlandais NU.nl, la plupart des Européens ne seraient blancs que depuis 6.000 ans.

Les scientifiques ont étudié le matériel génétique de 83 squelettes issus de plusieurs régions européennes. Les premiers Européens venus d'Afrique il y a environ 40.000 ans avaient la peau foncée, tout comme les chasseurs-collecteurs qui vivaient en Espagne, au Luxembourg et en Hongrie vers 8.500 avant Jésus-Christ.

Par contre, une analyse de matériel génétique issu de Scandinavie démontre qu'il y a 7.700 ans une partie de la population de cette région avait la peau blanche et les yeux bleus. Cependant, la peau blanche n'est devenue dominante dans le reste du Vieux Continent que lorsque des paysans blancs originaires du Proche-Orient, les bergers Yamnaya, sont entrés en Europe il y a environ 6.000 ans.

Ces résultats contredisent le consensus scientifique selon lequel les Européens étaient déjà blancs il y a 40.000 ans.

"Nous pensions que l'apparition de la peau blanche en Europe était une histoire relativement simple, mais quand les populations se dispersent dans les régions climatiques au nord, on voit qu'il s'agit d'une véritable mosaïque de sélections" explique Nina Jablonski, paléoanthropologue à Université d'État de Pennsylvanie.

Source : Le vif.be du 07/04/2015

mardi 7 avril 2015

« Petit pied » pourrait être à l’origine de l’humanité

L’australopithèque Little Foot, exhumé il y a près de vingt ans en Afrique du Sud, serait âgé de 3,67 millions d’années, d’après une nouvelle méthode de datation.

Plus âgée que la fameuse Lucy éthiopienne (3,2 millions), australopithèque elle aussi, cette découverte recentre l’origine de l’humanité sur l’Afrique du sud.

Une équipe internationale de paléoanthropologues vient de dater à nouveau le squelette de Little Foot à – 3,67 millions d’années, ce qui en fait l’un des plus vieux australopithèques et relance l’Afrique du sud comme berceau de l’humanité.

« Cela remet l’Afrique du Sud dans la course de l’évolution humaine », alors que depuis plusieurs décennies, l’Afrique de l’Est tenait la corde, explique Laurent Bruxelles, chercheur de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) au laboratoire Traces (CNRS-Université de Toulouse) et médaille de bronze du CNRS en 2015.

Un australopithèque sud-africain

« Avec un âge de 3,67 +/– 0,16 millions d’années, Little Foot arrive devant l’Éthiopienne Lucy (Australopithecus afarensis) âgée de 3,2 millions d’années et largement avant Homo Habilis, notre ancêtre direct, apparu il y a environ 2,5 millions d’années », souligne Laurent Bruxelles.

« Dans ce cas, rien ne s’oppose à ce que cet australopithèque (« singe austral ») sud-africain soit à l’origine de l’humanité. » « Tout reste possible », a souligné M. Bruxelles qui a participé à une étude internationale publiée dans la revue britannique Nature.

Une méthode de datation plus précise

Cette date est le fruit de l’invention d’une nouvelle méthode de datation par isotopes cosmogéniques. Celle-ci consiste à mesurer l’âge d’atomes radioactifs d’aluminium et de berylium arrivés sur terre par les rayonnements cosmiques en s’aidant d’un spectromètre de masse, une technique mise au point à l’université Purdue (Indiana).

Un puzzle rocambolesque

Tout a commencé par la découverte en 1994 dans une grotte du site de Sterkfontein, au nord-ouest de Johannesburg (Afrique du sud), de quatre petits os provenant d’un pied gauche d’un hominidé très ancien que Ronald Clarke, professeur de paléoanthropologie à l’Université Witwatersrand de Johannesburg, baptise « Little Foot » (« Petit pied »).

En 1997, le chercheur trouve dans une autre boîte des os de pied provenant du même « préhomme » et un morceau de tibia.

Gangue de calcite

Avec ces indices, son équipe retrouve dans la grotte le squelette quasi entier de Little Foot enserré dans une gangue de calcite aussi dure que du béton que les scientifiques doivent dégager à l’aide d’instruments de dentisterie. Étonnante, cette exhumation (les os étaient littéralement connectés avec la roche) relève de la découverte d’une aiguille dans une meule de foin. Là, le squelette gît à 25 mètres de profondeur, et l’homme à qui il appartenait a sans doute fait une chute mortelle dans le gouffre.

Treize années ont été nécessaires pour dégager Little Foot. Ce fossile est, selon les chercheurs, un représentant de l’espèce Australopithecus prometheus. Rapidement, Ronald Clarke attribue un âge de 3,3 millions d’années à Little Foot en se basant sur la morphologie de l’hominidé et sur une première datation des coulées stalagmitiques de la grotte.

Un âge très discuté

Puis en 2003, le géologue Darryl Granger de l’université Purdue suggère une datation des sédiments entourant le fossile d’environ 4 millions d’années, en utilisant la datation par isotopes cosmogéniques (ancienne méthode).

« Mais la marge d’erreur était de plus ou moins un million d’années », explique M. Bruxelles. En 2007, une étude britannique, sème le trouble : Little Foot n’aurait que 2,2 millions d’années, selon l’analyse des coulées stalagmitiques de calcite entourant le squelette.

Démêler la succession de strates

Ronald Clarke ne parvient pas à y croire et il demande en 2006 à Laurent Bruxelles, spécialiste des cavités calcaires (karst), de démêler la succession de strates qui entourent le fossile. La grotte a subi des inondations, des effondrements et des dynamitages par les mineurs.

En 2014, le géomorphologue de l’Inrap établit que les dépôts calcaires datés de 2,2 millions d’années sont postérieurs à Little Foot. Chose extraordinaire et difficile à démontrer, les coulées stalagmitiques se sont insinuées dans les espaces vides, y compris sous le fossile, et sont plus récentes que celui-ci ! C’est alors que Darryl Granger refait les analyses avec la méthode de datation cosmogénique améliorée.

Une histoire de berceau à roulettes

« Les résultats sont étonnants », souligne l’Université de Witwatersrand de Johannesburg. Sur les onze échantillons récoltés au cours de la dernière décennie, neuf se trouvent sur une unique courbe, apportant ainsi « une datation solide au dépôt », souligne l’université.

Finalement, cette découverte rebat les cartes et confirme que l’Afrique du sud est un potentiel berceau de l’humanité, au même titre que l’Afrique de l’est. Un événement scientifique et culturel qui devait amuser l’Abbé Breuil, préhistorien français de renommée internationale décédé en 1961, qui, dans les années 1950 avait pertinemment fait remarquer que si le berceau de l’humanité était bien en Afrique, c’en était pas moins un berceau… à roulettes.

Source : La Croix du 06/04/2015

lundi 6 avril 2015

Comment les Européens sont devenus blancs et buveurs de lait

Il y a 8000 ans, la plupart des Européens avaient la peau plus sombre qu’aujourd’hui et ne digéraient pas le lait, selon une nouvelle étude réalisée par une équipe internationale de généticiens. Cette étude montre que les populations européennes ont eu une évolution complexe et contrastée jusqu’à une période récente et ont dû s’adapter à de nouveaux environnements, notamment du fait de l’essor de l’agriculture.

Iain Mathieson, de la Harvard Medical School (Boston), et ses collègues ont utilisé des méthodes d’analyse qui permettent de comparer les ADN anciens et ceux des populations actuelles, et de repérer les gènes qui ont été soumis à une pression de sélection ; autrement dit, ceux qui ont connu des mutations liées à des adaptations à l’environnement. L’étude (pré-publiée sur le site biorxiv) porte sur des échantillons d’ADN anciens correspondant à 83 individus qui ont vécu en Europe au cours des 8000 dernières années. Ces ADN anciens ont été comparés à ceux de 503 Européens actuels de différentes régions (Europe du nord, Finlande, Grande-Bretagne, Espagne, Italie).

Les populations européennes d’aujourd’hui sont un mélange d’au moins trois groupes arrivés en plusieurs migrations successives : des chasseurs-cueilleurs anciens, des agriculteurs du néolithique et des bergers Yamnaya venus de la steppe pontique, au nord de la mer noire, qui sont arrivés il y a environ 4500 ans, et ont probablement introduit les langues indo-européennes en Europe, explique la revue Science. Les gènes des populations actuelles résultent de ce mélange et ont aussi été influencés par des adaptations qui diffèrent selon les régions.

Les chercheurs ont identifié cinq gènes, associés au régime alimentaire ou à la pigmentation de la peau, et qui ont été soumis à la sélection. L’un de ces gènes correspond à la présence d’une enzyme, la lactase, qui permet à l’organisme de digérer le lactose et donc le lait. Confirmant des études antérieures, les chercheurs ont constaté que les chasseurs-cueilleurs d’il y a 8000 ans ne digéraient pas le lait. Mais contrairement à ce que l’on pensait, ni les anciens agriculteurs, ni les pasteurs Yamnaya ne toléraient le lactose, en dépit du fait qu’ils possédaient du bétail domestiqué. Selon Mathieson et ses collègues, la première apparition du gène qui permet de digérer le lait remonte à un individu qui a vécu il y a environ 4300 ans.

Trois autres gènes identifiés par les chercheurs sont liés à la pigmentation de la peau et tendent à la rendre plus claire. Deux d’entre eux sont présents chez presque tous les Européens actuels. Par contre, ils sont absents ou très rares chez les anciens chasseurs-cueilleurs qui vivaient il y a 8000 ans dans les régions qui correspondent aujourd’hui à l’Espagne, à la Hongrie ou au Luxembourg. Ces anciens chasseurs-cueilleurs avaient probablement la peau sombre.

Mais le tableau n’est pas le même pour la partie nord de l’Europe, et l’actuelle Scandinavie. Mathieson et ses collègues ont analysé l’ADN de sept individus vieux de 7700 ans, retrouvés sur le site de Motala en Suède. Ceux-là avaient déjà les deux gènes associés à une peau plus claire, et ils en possédaient un troisième, qui favorise les yeux bleux et peut aussi contribuer à un teint pâle et à des cheveux blonds. Autrement dit, il y avait déjà des Nordiques blonds aux yeux bleus et à la peau laiteuse il y a près de 8000 ans.

Pour le reste de l’Europe, l’évolution s’est faite en plusieurs temps. Lorsque les premiers agriculteurs sont venus du Proche-Orient, ils étaient porteurs des deux gènes favorisant une peau claire. Ils se sont métissés avec les anciens chasseurs-cueilleurs, et l’un des gènes s’est rapidement diffusé. De ce fait, le teint des habitants d’Europe centrale et du sud a commencé à s’éclaircir. L’autre gène ne s’est diffusé à grande échelle qu’il y a 5 800 ans, et a accentué la tendance favorisant une peau plus claire.

La raison la plus plausible pour laquelle les gènes associés au teint pâle ont été sélectionnés est d’optimiser la synthèse de vitamine D : une peau claire absorbe plus d’UV, ce qui permet de synthétiser plus de vitamine D. C’est pour cette raison que les habitants des régions nordiques, moins ensoleillées, sont aussi les plus blancs. Les gènes qui permettent de métaboliser le lactose correspondent aussi à une adaptation, car ils permettent d’utiliser la vitamine D naturellement présente dans le lait.

Mathieson et ses collègues ont aussi identifié un gène associé au niveau de vitamine D circulant dans le sang, qui peut donc avoir été sélectionné pour la même raison. Enfin, les chercheurs ont repéré un gène qui est lié au métabolisme des acides gras, et donc au régime alimentaire. Il est associé à une baisse des triglycérides, et pourrait donc avoir été sélectionné en relation avec les changements de régime alimentaire dus au développement de l’agriculture.

Mathieson et ses collègues ont aussi étudié l’évolution de la stature, qui dépend de l’interaction de gènes multiples. Leur analyse montre qu’il existait déjà, il y a 8000 ans, un contraste nord-sud : les habitants des régions nordiques et d’Europe centrale étaient en moyenne plus grands que ceux d’Europe du sud et de la péninsule ibérique. Les pasteurs Yamnaya, arrivés il y a 4 800 ans, étaient plus grands que tous les Européens, et ont pu accentuer la tendance, car ils sont arrivés en Europe centrale et se sont répandus dans le nord (ils représentent la moitié de l’ascendance des Européens du nord actuels).

De plus, selon les chercheurs, la sélection a pu favoriser des tailles plus petites en Europe du sud, en particulier en Espagne, où la taille a diminué il y a environ 6000 ans, ce qui peut être lié à un refroidissement du climat et à un régime alimentaire plus pauvre.

L’étude n’a pas mis en évidence de sélection sur les gènes associés au système immunitaire. C’est une surprise, car on pensait que le développement de l’agriculture, et une plus grande densité de population, auraient eu pour effet d’augmenter la fréquence de maladies contagieuses. Et donc de susciter des adaptations des défenses immunitaires. Mathieson et ses collègues n’ont pas observé un tel phénomène, et ne proposent pas d’explication précise de cette découverte inattendue. Mais il se peut que le développement de l’agriculture ait été assez progressif et n’ait pas eu d’effet assez soudain pour donner un signal détectable. A suivre.

Source : Mediapart du 04/04/2015

samedi 4 avril 2015

Toulouse: L'australopithèque «Little Foot» secoue l'arbre généalogique de l'Humanité

SCIENCE Des scientifiques toulousains ont permis de donner un âge à l'un des plus vieux australopithèques, découvert en Afrique du Sud...

Lucy l'Ethiopienne peut aller se rhabiller. Avec ses 3,2 millions d'années, cet australopithèque fait figure de jeune fille. Little Foot, découvert il y a près de vingt ans en Afrique du Sud, serait lui âgé de 3,67 millions d'années, à 160.000 ans près.

C'est la découverte réalisée par des chercheurs toulousains de l'Institut de recherches archéologiques préventives (Inrap) et des Universités Paul-Sabatier et Jean-Jaurès.

Lucy l'Ethiopienne peut aller se rhabiller. Avec ses 3,2 millions d'années, cet australopithèque fait figure de jeune fille. Little Foot, découvert il y a près de vingt ans en Afrique du Sud, serait lui âgé de 3,67 millions d'années, à 160.000 ans près.

C'est la découverte réalisée par des chercheurs toulousains de l'Institut de recherches archéologiques préventives (Inrap) et des Universités Paul-Sabatier et Jean-Jaurès.

Plus vieux que notre ancêtre Homo Habilis

Jusqu'à présent, le CV de ce petit homme singe affichait 2,2 millions d'années. Il vient donc de prendre un sérieux coup de vieux et cela permet de remettre l'Afrique du Sud dans la course de l'évolution humaine.

«Little Foot arrive largement avant Homo Habilis, notre ancêtre direct, apparu il y a environ 2,5 millions d'années. Rien ne s'oppose à ce que cet australopithèque sud-africain soit à l'origine de l'humanité», explique Laurent Bruxelles, chercheur du laboratoire Travaux et recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés (TRACES) de l'Université Jean-Jaurès et du CNRS.

Dans les résultats de l'étude publiée ce jeudi dans le magazine Nature, il démontre que la première datation de Little Foot, qui se basait sur la calcite qui l'entourait, n'était pas la bonne. Son découvreur Ronald Clarke ne s'en est d'ailleurs jamais satisfait.

Plus de quinze ans pour lui trouver le bon âge

C'est lui qui en 1997 a trouvé Little Foot dans une grotte du site de Sterkfontein, au nord-ouest de Johannesbourg, gisant à 25 m de profondeur. Trois ans plus tôt, alors qu'il classait des boîtes, il avait trouvé un pied d'adulte australopithèque, de petite taille, d'où le nom attribué à l'individu.

Après une bataille d'experts pour trouver son âge, Ronald Clarke, a donc demandé en 2006 aux scientifiques toulousains d'intervenir pour faire le tri entre l'âge des différentes strates qui entourent le fossile.

«Il existe peut-être encore des centaines de Little Foot»

Laurent Bruxelles, géomorphologue, va éclaircir l'horizon: les dépôts calcaires datent bien de 2,2 millions d'années, mais ils sont arrivés là après Little Foot. Grâce à de nouvelles datations cosmogéniques effectuées sur onze échantillons, la nouvelle tombe: il est l'un des plus vieux australopithèques de l'Humanité, en concurrence avec quelques congénères d'Afrique de l'Est.

«Il existe peut-être encore des centaines de Little Foot qu'il faut chercher dans leur piège géologique, reprend le géomorphologue. Nous avons d'ailleurs un projet de creuser une tranchée juste à côté de l'endroit où il a été découvert. En décembre, nous partons pour une mission de quatre ans en Namibie où nous allons aussi fouiller une série de grottes.»

Source : 20 minutes du 02/04/2015