lundi 30 mai 2016

L'homme de Neandertal, un aventurier, explorait déjà les grottes il y a 176 000 ans

L'homme de Neandertal a exploré et aménagé la grotte de Bruniquel, en France, il y a 176 500 ans. Jusqu'ici, la plus ancienne preuve formelle de "vie souterraine" datait d'il y a 38 000 ans. Ces constructions sont donc parmi les plus anciennes de l'histoire de l'Humanité. Elles ont été mises au jour par une équipe de chercheurs franco-belges.

"C'est une découverte exceptionnelle." Les chercheurs franco-belges, réunis lors d'une conférence de presse au CNRS, mercredi 24 mai, ont du mal à cacher leur joie. Et pour cause, Jacques Jaubert de l'université de Bordeaux, Dominique Genty du CNRS et Sophie Verheyden de l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, ont -avec l'aide d'une équipe internationale- non seulement prouvé que Neandertal a exploré la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne) il y a 176 500 ans, mais qu'il y a aussi érigé des constructions en stalagmites.

Pourquoi est-ce une découverte majeure ?

Ces constructions sont donc parmi les plus anciennes de l'histoire de l'Humanité. Elles sont, surtout, les plus anciennes retrouvées dans une grotte. Autrement dit, elles représentent les plus anciennes preuves formelles de la fréquentation du milieu souterrain par l'Homme. La grotte de Chauvet, occupée il y a 38 000 ans, celle de Cussac (-28 500) ou encore de Lascaux (-22 000) n'ont qu'à bien se tenir.
Salle de la grotte de Bruniquel, comportant des structures aménagées datées d'environ 176 500 ans. Des traces d'arrachement de stalagmites empruntées pour la construction sont observables à proximité.

Mieux, ces structures sont quasi uniques en archéologie, car elles n'ont pas été réalisées par l'Homme moderne (qui n'est arrivée en Europe autour de -40 000), mais bien par Neandertal. Et jusqu'à maintenant, personne ne le soupçonnait d'avoir occupé des grottes ni d'avoir été capable de constructions aussi élaborées.

Plus de deux tonnes de stalagmites déplacées

Dans une salle située à 336 mètres de l'entrée de la grotte, les chercheurs ont dénombré 400 stalagmites agencées en des formes plus ou moins circulaires. Ces structures baptisées "spéléofacts" sont composées d'éléments alignés, juxtaposés et superposés, avec des étais extérieurs, comme pour les consolider, et des éléments de calage. Le tout pour un poids de matériaux déplacés estimé à 2,2 tonnes. Ce qui a nécessité une certaine organisation, mais également du temps, glissent les scientifiques.

Et ce n'est pas tout. Des traces de feu -de la calcite rougie et noircie par la suie et éclatée par l'action de la chaleur- ont aussi été découvertes à proximité des structures. Tout comme des os calcinés ayant appartenu à des ours brun, voire des élans. Autant d'indices qui confirment que les premiers Néandertaliens savaient, bien avant Homo sapiens, utiliser le feu pour s'éclairer et circuler dans un espace contraint.
Culte, stockage, cuisine: à quoi servait cette salle?

Sur ce point, les trois chercheurs restent très prudents. L'hypothèse d'un refuge leur paraît "peu probable", compte tenu de la distance -plus de 300 mètres- de l'entrée de la grotte. Ils manquent également de preuves pour déterminer si cette salle permettait aux hommes préhistoriques de trouver des matériaux, ou pour stocker de l'eau, voire pour célébrer un rite ou un culte.

Les os calcinés pourraient laisser penser que les occupants cuisaient leurs viandes dans la grotte. Mais ce serait oublier un peu vite qu'à cette époque l'os servait de combustible, rappellent-ils. Une seule chose est certaine vu l'emplacement réguliers des différents foyers, les Néandertaliens se servaient du feu pour éclairer leur grotte.

Comment les scientifiques ont-ils daté les vestiges ?

La datation au carbone 14 ne permettant que de remonter jusqu'à 47 600 ans dans le passé, les chercheurs ont donc utilisé, avec le concours de collègues des universités de Xi'an (Chine) et du Minnesota (USA), une méthode de datation appelée uranium-thorium, qui peut aller jusqu'à 500 000 ans.

Ils ont ensuite effectué des "carottages" (des prélèvements) sur les stalagmites utilisées pour les constructions et sur les nouvelles stalagmites ayant "repoussé" dessus. Ce qui leur a permis de déterminer l'âge où ces stalagmites ont été cassées et déplacées, soit 176 500 ans (à 2000 ans près). Et pour confirmer totalement leurs résultats, les scientifiques ont effectué une autre analyse, sur un os brûlé.




La grotte de Bruniquel, découverte en février 1990, avait déjà été étudiée en 1995. Une première équipe de chercheurs et de spéléologues y avait trouvé un os brûlé âgé d'un minimum de 47 600 ans, selon une datation au carbone 14. Étonnamment, aucune suite n'avait été donnée à ces premiers travaux. Peut-être parce que cette découverte avait été publiée dans une revue de spéléologie "assez confidentielle", avance Jacques Jaubert.
Peut-on visiter la grotte?

Malheureusement non. Elle se trouve sur un terrain privé et les propriétaires n'ont, pour l'instant, aucune envie "qu'une foule de curieux" s'y précipitent, notent les chercheurs. Son emplacement exact est donc tenu secret et les visites impossible. Tout ce que l'on sait, c'est qu'elle surplombe la vallée de l'Aveyron, près du village de Bruniquel, dans le Tarn-et-Garonne.

Source : L'Express du 25/05/2016

mercredi 27 avril 2016

vendredi 15 avril 2016

La grotte Chauvet était « fréquentée » par l'Homme il y a 37 000 ans

Une chronologie précise des fréquentations par les hommes et les animaux de la grotte de Chauvet vient d'être établie par des experts Français. Une première.

« On a donné un cadre chronologique précis des fréquentations de la grotte du point de vue de l'homme et de l'ours ainsi que de son environnement. C'est la première fois qu'on obtient des dates aussi précises en années calendaires », se réjouit Anita Quiles, expert de l'Institut français d'archéologie orientale au Caire en Égypte qui a dirigé les travaux.

Cette grotte, c'est celle de Chauvet (Ardèche), l'une des plus anciennes ornées et l'une des plus riches de l'art pariétal. Et une équipe de chercheurs français vient donc d'établir pour la première fois une chronologie précise de ses fréquentations par des hommes et des animaux.

250 datations au radio-carbone

Les analyses de 250 datations au radio-carbone (plus précis que le carbone 14) effectuées ces quinze dernières années ont, en effet, révélé que les nombreuses peintures et gravures dataient d’il y a plus de 30 000 ans, soit 10 000 ans de plus que ce qui était estimé par les scientifiques.Les experts, dont les travaux ont été publiés lundi dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS, en anglais), ont analysé des morceaux de charbon de bois trouvés sur le sol de la grotte, les dessins, les marques sur les murs ainsi que sur des ossements d’animaux. À noter qu'aucune datation n’a pu être réalisée sur des restes humains, puisque l’Homme n’habitait pas la grotte Chauvet mais la « fréquentait » occasionnellement.

Des périodes en années calendaires, une première

Bilan : deux périodes d’occupation humaine se sont précisées, pour la première fois en années calendaires. La première a eu lieu il y a 37 000 ans par les Aurignaciens (hommes anatomiquement modernes) et a duré jusqu’à il y a 33 500 ans. La seconde s’est étendue entre il y a 31 000 ans à il y a 28 000 ans.

Avant cela, « nous ne savions pas combien de temps cela représentait par rapport à nous, combien d'années nous séparaient de ces différents événements car le carbone 14 n'est pas assez précis », souligne la chercheuse Anita Quiles.

Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 2014


Une scientifique qui précise que la fin de la première occupation de Chauvet par des hommes et des ours a correspondu à un éboulement qui s’est produit il y a environ 34 500 ans, fermant partiellement son accès. La deuxième période durant laquelle des humains se rendaient dans la grotte s’est achevée il y a 29 400 ans, ce qui coïncide avec le second éboulement qui a obturé l’entrée de la caverne.

Découverte en décembre 1994, la grotte de Chauvet-Pont d’Arc, située en Ardèche, a été inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 2014. Une réplique a été ouverte au public en 2015.

Source : Ouest France du 12/04/2016

samedi 2 avril 2016

L'homme de Florès a disparu plus tôt que prévu

De nouvelles datations suggèrent que le hobbit préhistorique de l’île indonésienne de Florès s’est éteint il y a 50 000 ans. Soit 38 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait.

EVANOUI. Tout comme l’homme de Neandertal, l’homme de Florès pourrait s’être évanoui de la surface de la terre beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait ! De nouvelles fouilles et datations menées dans la grotte de Liang Bua sur l'île de Flores en Indonésie, suggèrent que l'Homo floresiensis - surnommé le hobbit en raison de sa petite taille et petite tête - occupait cet abri entre -190 000 ans et -50 000 ans et non jusqu'à il y a -12.000 ans comme on le pensait précédemment. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature par des chercheurs de l’Université de Wollongong (Australie), du centre archéologique de Djarkarta (Indonésie) et de l’Université Lakehead (Canada). Les restes fossiles de H. floresiensis, une espèce d'hominidés primitifs distincte d’Homo sapiens, ont été découverts en 2003. L’âge des dépôts, qui comprenaient également des objets en pierre associés et des restes de divers animaux disparus, avait alors été estimé entre – 95 000 et – 12 000 ans. Ces âges étonnamment récents suggéraient alors que H. floresiensis avait survécu longtemps après que les humains modernes ont atteint l'Australie, il y a environ 50.000 ans.

Doutes sur la stratigraphie

Pourtant, dès 2007, l’Australien Mike Morwood, l’un des découvreurs aujourd’hui décédé de Homo floresiensis - confiait à Sciences et Avenir que "la stratigraphie du site était complexe , incertaine, et qu’il faudrait peut-être revoir les datations ". C’est donc chose faite. De 2009 à 2014, Thomas Sutikna, du centre archéologique de Djakarta et ses collègues ont travaillé d’arrache-pied pour caler plus précisément la chronologie et la stratigraphie de Liang Bua: "En mettant à nu des parties encore inconnues de la grotte , nous avons alors constaté que les couches de sédiments dans la grotte n’étaient pas déposées uniformément" explique le premier (voir la vidéo ci dessous). Les nouvelles datations, par les techniques isotopiques uranium/thorium ou argon/argon, situent désormais les restes du squelette de H. floresiensis et les dépôts qui les contiennent entre - 100.000 et - 60.000 ans, alors que des objets en pierre qui peuvent être raisonnablement attribués à cette espèce vont d'environ -190.000 ans à -50.000 ans.

Victime de l'homme moderne ?

Dès lors, Homo floresiensis a-t-il survécu assez longtemps pour rencontrer l'homme moderne ? La question reste ouverte. "La première preuve connue de l'homme moderne sur Flores date d’environ 11.000 ans, souligne Bert Roberts, de l’Université de Wollongong. En revanche, Homo sapiens était sur d'autres îles de la région et a atteint l'Australie il y a 50.000 ans." Sur ce continent, l’homme moderne a joué d'ailleurs un rôle décisif dans l'extinction des animaux endémiques géants (la «mégafaune») qui parcouraient autrefois le continent. "Homo floresiensis est–il une autre victime de la propagation de notre espèce ? C’est une possibilité que nous prenons au sérieux, mais des preuves solides sont nécessaires, précise t-il. Il est impossible de se limiter au site de Florès pour tirer ces chapitres de la préhistoire au clair". Récemment, des outils attribués à l’homme de Florès ou un mystérieux parent ont été trouvés sur l’île proche de Sulawesi. Mais il reste encore beaucoup de confettis rocheux à fouiller sur l’archipel indonésien pour trouver des traces de présence, voire de cohabitation, d’Homo floresiensis et d’Homo sapiens et en savoir plus sur leur destin commun. C’est la tâche à laquelle doit désormais s’atteler Thomas Sutkina.

Source : Sciences et Avenir du 01/04/2016

vendredi 1 avril 2016

L’« homme de Flores », alias le « Hobbit », aurait disparu bien plus tôt qu’on ne le pensait

Quand donc l’« homme de Flores » a-t-il disparu, et pourquoi ? On pensait jusqu’alors qu’Homo floresiensis, un fossile découvert en 2003 dans une grotte de l’île de Flores, en Indonésie, s’était éteint il y a environ 12 000 ans, à une époque où l’homme moderne était présent depuis longtemps dans la région.

Ce scénario est aujourd’hui remis en question par de nouvelles datations présentées dans la revue Nature. L’équipe responsable des fouilles initiales dans la grotte de Liang Bua a réétudié la stratigraphie du site, et considère désormais que le « Hobbit », ainsi surnommé en raison de sa petite taille (1,06 mètre), y a vécu entre − 100 000 et − 60 000 ans.

Cette révision modifie sensiblement l’histoire du peuplement humain dans la région, et va relancer les spéculations sur les causes de la disparition de ce petit représentant du genre Homo, dont on suppose qu’il aurait été un descendant d’Homo erectus, présent en Asie depuis un million d’années.

Sa petite stature s’expliquerait par son isolement géographique, un phénomène de « nanisme insulaire », observé chez d’autres espèces – et sa petite boîte crânienne (400 cm3, l’équivalent de celle de Lucy l’australopithèque, un tiers de la nôtre) n’aurait rien à voir avec une forme de microcéphalie pathologique.

Une espèce minuscule

Lors de l’annonce de sa découverte, dans Nature en 2004, le premier squelette d’H. floresiensis était daté à 18 000 ans, mais d’autres restes apparaissaient dans des couches géologiques formées entre 95 000 à 12 000 ans. Ces datations, étonnamment récentes, impliquaient qu’après l’arrivée depuis l’Afrique dans l’archipel indonésien des premiers Homo sapiens, qui ont atteint l’Australie il y a environ 50 000 ans, cette espèce minuscule avait survécu presque quarante millénaires. Le robuste homme de Néandertal, qui a disparu d’Europe peu de temps après sa colonisation par l’homme moderne, ne pouvait pas en dire autant.

Mais de nouvelles fouilles, conduites entre 2007 et 2014 par une équipe internationale, ont montré que la stratigraphie complexe de la grotte avait pu induire les chercheurs en erreur. « Nous n’avions pas réalisé, durant les premières fouilles, que les dépôts sédimentaires où les restes du Hobbit étaient présents, près de la paroi est de la grotte, étaient d’un âge similaire à ceux du centre de la grotte, que nous avions datés à 74 000 ans, indique Thomas Sutikna (université de Wollongong, Australie, centre archéologique de Jakarta). En avançant dans les fouilles, année après année, il est apparu de plus en plus clairement qu’une large part des dépôts anciens avait été érodée. »

Cette surface a ensuite été recouverte par de nouveaux sédiments au cours des derniers 20 000 ans, et malheureusement, ce sont ces strates qui avaient été retenues pour les datations initiales.

« Véritable travail interdisciplinaire »

L’équipe a donc repris le travail à zéro, pour constater que la présence la plus récente d’H. floresiensis dans la grotte remontait à 60 000 ans, tandis que des outils lithiques qui pouvaient « raisonnablement » lui être attribués étaient encore présents il y a 50 000 ans, et remontaient pour les plus anciens, à 190 000 ans.

Les datations, par les techniques isotopiques uranium/thorium ou argon/argon, semblent cette fois solides. Appliquées à un os d’H. sapiens, elles le datent à − 7 500 ans, ce qui correspond à des traces de charbon présentes dans les strates adjacentes. De nouvelles datations par luminescence infrarouge suggèrent que les grains de feldspath analysés en 2003 provenaient en fait de strates d’époques très distantes, et que la moyenne obtenue était erronée.

Le compte est-il bon, cette fois-ci ? Pour Laurent Bruxelles, de l’Institut national de recherches archéologiques préventives, spécialiste de la stratigraphie des grottes, « cette publication résulte d’un véritable travail interdisciplinaire, et c’est cette approche qui réunit le plus de chances que les résultats, notamment lorsqu’il s’agit de datation, soient le plus fiables possible. »

Même s’il n’a pas encore eu l’occasion de se rendre dans cette grotte, M. Bruxelles estime que « les résultats convergents obtenus sont un argument de poids, solide, pour penser que les niveaux stratigraphiques, tels qu’ils sont présentés, sont cohérents. »

Trois autres lignées humaines connues

L’équipe dirigée par Richard Roberts, de l’université de Wollongong, a aussi réanalysé les restes animaux présents dans la grotte, pour constater que plusieurs espèces disparaissaient subitement de la stratigraphie il y a environ 50 000 ans : des vautours, des marabouts géants, des stégodons pygmées (un proche parent de l’éléphant aujourd’hui disparu), ou encore le dragon de Komodo. Au moment même où H. floresiensis s’évanouissait.

« Beaucoup de gens auront des idées intéressantes sur ces disparitions simultanées, mais la vérité est que nous n’en comprenons par la raison précise – et nous ne la connaîtrons pas avant que beaucoup de travail soit accompli à Liang Bua et d’autres sites sur Flores », estime Matt Tocheri, de l’université Lakehead au Canada, l’un des signataires de l’étude de Nature.

Le fait est que ces disparitions coïncident avec l’arrivée d’H. sapiens dans la région, et que de nombreuses espèces animales succomberont aussi, peu après son irruption sur le sol australien. Notre espèce coexistait à l’époque sur la planète avec trois autres lignées humaines connues, qui lui ont cédé la place : l’homme de Neandertal (Europe) et les Dénisoviens (Sibérie, Asie), dont on sait, grâce à l’ADN ancien, qu’ils ont pu se métisser avec H. sapiens. Mais aussi le petit homme de Flores, qui vivait dans une région chaude, malheureusement peu propice à la conservation de l’ADN, et dont le croisement avec nos ancêtres restera hypothétique.

Notre espèce est-elle responsable de la disparition du Hobbit, il y a 50 000 ans ? « Savoir si H. floresiensis a survécu après cette époque, ou s’il a rencontré des hommes modernes, des Dénisoviens ou d’autres espèces d’hominidés à Flores ou ailleurs, sont autant de questions ouvertes, auxquelles seules de futures découvertes pourraient aider à répondre », concluent les chercheurs dans Nature.

Source : Le Monde du 30/03/2016