dimanche 26 juillet 2020

L'Homme aurait peuplé les Amériques 15 000 ans plus tôt que ce que l'on croyait

La présence humaine semblait impossible dans un lieu aussi aride et isolé que la grotte de Chiquihuite au Mexique. Cependant, des archéologues ont mis au jour des centaines d’outils en pierre qui risquent de changer toutes les estimations pré-établies.

Lorsque les chercheurs ont foulé pour la première fois le sol d’une grotte située dans les montagnes désertiques du Mexique, ils voulaient essayer de savoir à quoi ressemblait cet environnement il y a des milliers d’années. Ils y ont fait une découverte incroyable : une ancienne pointe de lance qui les a poussés à mener des travaux de fouille pendant une décennie. De quoi réécrire l’histoire des Amériques.

Selon une étude publiée dans la revue Nature, le peuplement de l’Amérique du Nord remonterait à 30 000 ans et serait donc deux fois plus ancien qu’estimé jusqu’ici.

Quand est-ce que les êtres humains ont commencé à peupler les Amériques ? Cette question fait l’objet de débats longs de plus d’un siècle. Selon la thèse la plus communément acceptée, la présence humaine remonterait à 13 500 ans. Cependant, les découvertes récentes des archéologues ne font que chambouler ces estimations. Certains disent même avoir détecté des signes d’occupation humaine vieux de 30 000 ans. Certes, les résultats des recherches suscitent beaucoup de controverse.

« À ce stade, vous devez absolument avoir les preuves nécessaires pour convaincre », affirme Loren Davis, archéologue à l’université d’État de l’Oregon. « Pour ma part, c’est inévitable. Nous allons continuer de reculer l’âge des premiers peuplements aussi loin que possible. »

En creusant le sol de la grotte à trois mètres de profondeur, le directeur des travaux et auteur principal de l’étude Ciprian Ardelean, archéologue à l’Universidad autonoma de Zacatecas, ainsi que ses collègues chercheurs, ont réussi à déterrer des milliers de pierres qui auraient servi de lames, de pointes de lances et d’éclats. Certains outils sont faits à partir d’un type de calcaire qui n’a pas été retrouvé dans la grotte et y aurait donc été apporté d’ailleurs.

Les archéologues ont également découvert des morceaux de charbon à l’intérieur des couches de sédiments. Bien qu’il soit impossible de déterminer si le matériau brûlé est le fruit de phénomènes naturels ou d’activités humaines, les spécimens ont été datés au carbone sur une fourchette comprise entre 12 000 et 32 000 ans.

Les chercheurs n’ont trouvé aucun reste humain et très peu d’ossements d’animaux. Cependant, ils ont réussi à détecter la présence d’ADN humain dans les couches de sédiments. Impossible cependant de savoir à quelle époque remonte le matériel génétique : anciens peuples ou contamination avec de l’ADN moderne ?

« La grotte de Chiquihuite apporte ne serait-ce que de tout petits indices sur une certaine présence », dit Ardelean qui dirige les travaux de fouille dans la grotte depuis 2011.

Toute personne qui visite la grotte de Chiquihuite aujourd’hui présumerait que les êtres humains n’auraient jamais pu habiter dans un environnement aussi inhospitalier. Ils auraient pourtant bien tort.

Après extraction de pollen et d’ADN des sédiments, les chercheurs ont découvert que les zones environnantes désertes étaient jadis plus fraîches, plus vertes et plus humides. Ils ont même mis en évidence la présence de Pseudotsuga menziesii, un arbre qui n’est désormais plus originaire du Mexique, ainsi qu’un morceau de pierre que les chercheurs pensent être une lame fabriquée par des mains humaines.

Lorsque le maximum glaciaire a été atteint il y a 24 000 ans environ, les alentours de la grotte auraient été couverts de genévriers, de pins, d’épinettes et de sapins parsemés de lacs et de sources thermales. « La région aurait ressemblé à l’Oregon ou à la Colombie-Britannique », certifie Ardelean. « Croyez-moi, vous ne la reconnaîtriez pas du tout. »

Rien n'est gravé dans le marbre

L’âge attribué à la grotte de Chiquihuite ne va pas de pair avec l’idée largement admise qu’une population venue d’Asie aurait traversé un pont terrestre par le détroit de Béring pour atteindre les Amériques durant la dernière grande glaciation (il y a 26 000 à 19 000 ans), alors que l’eau retenue dans les glaciers avait fini par faire baisser le niveau des mers. Pour cela, et pour bien d’autres raisons, les chercheurs qui ont examiné les données fournies dans la revue Nature font preuve de réserve.

Les pierres, qui seraient des outils façonnés par les êtres humains, ont été soigneusement analysées. Si les chercheurs ont démontré que les morceaux proviennent de l’extérieur de la grotte, certains experts remettent en question la nature des matériaux. Ils se demandent s’il s’agit vraiment d’artefacts humains ou s’ils sont le résultat de processus géologiques naturels.

Loren Davis, l’archéologue de l’université d’État de l’Oregon qui dirige les travaux de fouille à Cooper’s Ferry dans l’Idaho, signale que les alentours de la grotte sont propices à la formation de pierres naturellement fracturées qui peuvent accidentellement être confondues avec des artefacts.

« Il faut garder en tête que les êtres humains ne détiennent pas le monopole de la physique requise pour déformer les roches », précise Davis.

L’archéologue est également préoccupé par l’absence d’autres signes de présence humaine dans les dépôts de la grotte, comme les foyers et les ossements d’animaux portant des coupures.

« La liste des objets qu’on s’attend à retrouver dans un tel site est longue. Les chercheurs n’ont en leur possession que quelques morceaux de pierre », indique Davis. « Si on retire les pierres, il ne nous reste rien. » Selon lui, la recherche est certes « intrigante » mais il préfère se montrer prudent.

Le style de fabrication des outils, à savoir la forme particulière des pierres, est des plus surprenants.

« L’assemblage est très différent de tout ce qu’on a pu voir auparavant », explique Tom Dillehay, archéologue à l’université Vanderbilt. « Comment se fait-il qu’on n’ait jamais vu de pièces du genre ? Eh bien, c’est possible. »

Selon des preuves fournies par Dillehay en 1997, les premiers peuples auraient atteint l’Amérique du Sud il y a 14 500 ans, soit 1 000 ans plus tôt que les estimations communément admises. Ses résultats ont suscité beaucoup de controverse avant d’être finalement confirmés.

Dillehay affirme qu’il avait reçu des critiques similaires en lien avec les objets en pierre découverts à Monte Verde. Selon lui, les pointes de lances de Chiquihuite pourraient être les précurseurs d’autres, retrouvées au centre-nord du Mexique.

Cependant, il exprime également des doutes sur l’absence d’évolution des artefacts. Selon la datation au carbone du charbon retrouvé dans le sol, la grotte aurait été utilisée par les êtres humains il y a 20 000 ans environ. Dillehay note que les outils retrouvés à Monte Verde ont connu une évolution remarquable au fil des millénaires alors que, sur une période beaucoup plus longue, les pierres de Chiquihuite n’ont montré aucune évolution au niveau de la technique de fabrication des outils.

Dennis Jenkins, professeur à l’université d’Oregon qui dirige les travaux de fouille dans les grottes de Paisley, s’inquiète que nombre des prétendues lames ne semblent pas particulièrement tranchantes en se basant sur les photos publiées dans la revue Nature. « Certains objets ressemblent cependant à de potentiels artefacts », précise-t-il. Le fait que la pierre provienne de l’extérieur de la grotte renforce la théorie selon laquelle elle aurait été façonnée pour usage humain, dit Jenkins.

Plusieurs autres chercheurs externes contactés par National Geographic ont refusé de se prononcer sur les résultats, proposant plutôt d’entrer en contact avec Michael Waters, directeur du Centre d’études des premiers Américains à l’université A&M du Texas et expert en peuplement des Amériques. Waters a passé l’étude en revue mais a également refusé de donner son avis, demandant plutôt à National Geographic de consulter un article qu’il avait publié dans la revue Science en 2019 et selon lequel les données génétiques et archéologiques ne permettent pas de conclure que les Amériques étaient occupées il y a plus de 17 500 ans.

Prochaines démarches

L’équipe de Chiquihuite est actuellement en train d’élaborer une autre étude et Ardelean est convaincu que les nouvelles données permettront de confirmer leurs résultats. Cependant, Ardelean répète souvent à son équipe que la grotte de Chiquihuite n’est qu’un site parmi tant d’autres qui fournissent des informations plus exhaustives et plus complexes pour déterminer quand et pourquoi les peuples ont atteint les Amériques.

Cette étude montre que nous devons remettre en question ce que nous croyons savoir sur le peuplement des Amériques et, surtout, être ouverts à l’idée qu’il puisse remonter à très, très longtemps », dit Devlin Gandy, archéologue à l’université de Cambridge et membre de l’équipe de Chiquihuite.

Les dates fournies par l’équipe de recherche de Chiquihuite seront « fortement contestées », conclut Jenkins. « Il n’y a aucun doute là-dessus. »

Source : National Geographic du 24/07/2020

samedi 25 juillet 2020

L’histoire humaine du continent américain bien plus ancienne qu’estimée

C’est un chamboulement pour le monde de l’archéologie : remontant à 30 000 ans, le peuplement de l’Amérique du Nord, dernier continent à avoir été occupé par l’homme, serait deux fois plus ancien qu’estimé jusqu’ici, révèlent mercredi deux études.

En fouillant la grotte de Chiquihuite, dans le nord du Mexique, des archéologues ont mis au jour des centaines d’outils en pierre taillée révélant une industrie lithique encore méconnue, remontant jusqu’à 33 000 ans avant notre ère. Ils prouvent que ce site, perché en altitude, fut occupé pendant 20 000 ans, selon deux études publiées dans la revue Nature. « Nos recherches apportent de nouvelles preuves sur une présence ancienne des humains en Amérique », dernier continent à avoir été occupé par l’homme moderne, s’est félicité l’archéologue Ciprian Ardelean, auteur principal de l’une des deux études.

Les plus anciens spécimens ont été datés au radiocarbone (ou carbone 14) sur une fourchette comprise entre 33 000 et 31 000 ans avant notre ère. « Ils sont peu nombreux, mais ils sont bien là », a commenté ce chercheur de l’Universidad autonoma de Zacatecas au Mexique. Ils révèlent une méthode de taille de pierre unique en Amérique, utilisant le débitage en fines lamelles – une technologie avancée qui serait venue d’ailleurs, selon les auteurs. Si aucun os ni ADN humains n’ont été trouvés sur le site, « il est probable que des humains l’ont utilisé comme base assez fixe, sans doute lors d’épisodes saisonniers récurrents dans le cadre de mouvements migratoires plus larges », affirme l’étude.

Les origines de l’arrivée d’Homo sapiens en Amérique – dernier continent peuplé par notre espèce – sont âprement débattues chez les anthropologues et archéologues. Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d’un peuplement provenant de Sibérie orientale, qui aurait franchi un pont terrestre – l’actuel détroit de Béring – pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud.

« Culture Clovis »

Des preuves archéologiques, dont des pointes de lance servant à tuer les mammouths, ont longtemps suggéré un peuplement vieux de 13 500 associé à une culture dite de Clovis – du nom d’une ville de l’Etat du Nouveau Mexique aux Etats-Unis – considérée comme la première culture américaine d’où sont issus les ancêtres des Amérindiens. Ce modèle de la « culture Clovis primitive » est remis en cause depuis 20 ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l’âge des premiers peuplements. Mais seulement jusqu’à 16 000 ans.

Les résultats de ces recherches risquent donc d’être vivement contestés. « Cela arrive dès que quelqu’un trouve des sites plus vieux que 16 000 ans : la première réaction est soit le déni, soit une forte approbation », selon le chercheur qui a commencé à fouiller la grotte en 2012. « Il est clair que des peuplements se trouvaient dans les Amériques bien avant le développement de la culture Clovis », écrit Ruth Gruhn, professeur d’anthropologie à l’Université d’Alberta, dans un commentaire accompagnant les publications.

La seconde étude, des chercheurs ont réussi à dater des échantillons de 42 sites à travers l’Amérique du Nord, utilisant la datation par radiocarbone et par luminescence. Grâce à des modèles statistiques, ils ont démontré une répartition de la présence humaine « avant, pendant et immédiatement après la période du dernier maximum glaciaire », entre 27 000 et 19 000 ans. Cet épisode de glaciation est crucial, car il est communément admis que les calottes glaciaires couvrant à l’époque la plupart du nord du continent ont rendu impossible toute migration humaine venue d’Asie.

« Donc, si des humains se trouvaient là durant cette dernière période glaciaire, c’est forcément parce qu’ils étaient arrivés avant », relève le Pr Ardelean. La présence très ancienne de populations à travers le continent coïncide aussi avec la disparition de la mégafaune nord-américaine, dont les mammouths et autres espèces disparues de dromadaires et de chevaux. « Nos analyses suggèrent que l’expansion généralisée des hommes à travers l’Amérique du Nord a été un facteur clé de l’extinction des grands mammifères terrestres », conclut cette étude.

De nombreuses questions restent en suspens, notamment celle des routes empruntées par les premiers arrivants, soit par le détroit de Béring ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte pacifique, à pied ou par des petites embarcations.

Source : Le Blob du 23/07/2020

vendredi 24 juillet 2020

Le peuplement humain du continent américain serait deux fois plus ancien qu'estimé jusqu'à présent

Deux études majeures sur le peuplement de l'Amérique du Nord révèlent qu'il serait deux fois plus ancien qu'estimé jusqu'à présent.

C'est un chamboulement pour le monde de l'archéologie : remontant à 30.000 ans, le peuplement de l'Amérique du Nord, dernier continent à avoir été occupé par l'Homme, serait deux fois plus ancien qu'estimé jusqu'ici, révèlent mercredi 22 juillet 2020 deux études. En fouillant la grotte de Chiquihuite, dans le nord du Mexique, des archéologues ont mis au jour des centaines d'outils en pierre taillée révélant une industrie lithique encore méconnue, remontant jusqu'à 33.000 ans avant notre ère. Ils prouvent que ce site, perché en altitude, fut occupé pendant 20.000 ans, selon deux études publiées dans la revue Nature.

"Ils sont peu nombreux, mais ils sont bien là"

"Nos recherches apportent de nouvelles preuves sur une présence ancienne des humains en Amérique", dernier continent à avoir été occupé par l'Homme moderne, s'est félicité auprès de l'AFP l'archéologue Ciprian Ardelean, auteur principal de l'une des deux études. Les plus anciens spécimens ont été datés au radiocarbone (ou carbone 14) sur une fourchette comprise entre 33.000 et 31.000 ans avant notre ère. "Ils sont peu nombreux, mais ils sont bien là", a commenté ce chercheur de l'Universidad autonoma de Zacatecas au Mexique. Ils révèlent une méthode de taille de pierre unique en Amérique, utilisant le débitage en fines lamelles - une technologie avancée qui serait venue d'ailleurs, selon les auteurs.

Si aucun os ni ADN humains n'ont été trouvés sur le site, "il est probable que des humains l'aient utilisé comme base assez fixe, sans doute lors d'épisodes saisonniers récurrents dans le cadre de mouvements migratoires plus larges", affirme l'étude. Les origines de l'arrivée d'Homo sapiens en Amérique - dernier continent peuplé par notre espèce - sont âprement débattues chez les anthropologues et archéologues. Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d'un peuplement provenant de Sibérie orientale, qui aurait franchi un pont terrestre - l'actuel détroit de Bering - pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud.

La "Culture Clovis"

Des preuves archéologiques, dont des pointes de lance servant à tuer les mammouths, ont longtemps suggéré un peuplement vieux de 13.500 associé à une culture dite de Clovis - du nom d'une ville de l'Etat du Nouveau-Mexique aux Etats-Unis - considérée comme la première culture américaine d'où sont issus les ancêtres des Amérindiens. Ce modèle de la "culture Clovis primitive" est remis en cause depuis 20 ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l'âge des premiers peuplements. Mais seulement jusqu'à 16.000 ans.

Les résultats de ces recherches risquent donc d'être vivement contestés. "Cela arrive dès que quelqu'un trouve des sites plus vieux que 16.000 ans : la première réaction est soit le déni, soit une forte approbation", selon le chercheur qui a commencé à fouiller la grotte en 2012. "Il est clair que des peuplements se trouvaient dans les Amériques bien avant le développement de la culture Clovis", écrit Ruth Gruhn, professeur d'anthropologie à l'Université d'Alberta, dans un commentaire accompagnant les publications.

Un peuple déjà là durant la dernière période glaciaire

Dans la seconde étude, des chercheurs ont réussi à dater des échantillons de 42 sites à travers l'Amérique du Nord, utilisant la datation par radiocarbone et par luminescence. Grâce à des modèles statistiques, ils ont démontré une répartition de la présence humaine "avant, pendant et immédiatement après la période du dernier maximum glaciaire", entre 27.000 et 19.000 ans. Cet épisode de glaciation est crucial, car il est communément admis que les calottes glaciaires couvrant à l'époque la plupart du nord du continent ont rendu impossible toute migration humaine venue d'Asie.

"Donc, si des humains se trouvaient là durant cette dernière période glaciaire, c'est forcément parce qu'ils étaient arrivés avant", relève le Pr Ardelean. La présence très ancienne de populations à travers le continent coïncide aussi avec la disparition de la mégafaune nord-américaine, dont les mammouths et autres espèces disparues de dromadaires et de chevaux. "Nos analyses suggèrent que l'expansion généralisée des Hommes à travers l'Amérique du Nord a été un facteur clé de l'extinction des grands mammifères terrestres", conclut cette étude. De nombreuses questions restent en suspens, notamment celle des routes empruntées par les premiers arrivants, soit par le détroit de Bering ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte pacifique, à pied ou par des petites embarcations.

Source : Sciences et Avenir du 23/07/2020

Des découvertes archéologiques font reculer de 15 000 ans l'arrivée des premiers hommes sur le continent américain

Des archéologues ont mis au jour des centaines d'outils en pierre taillée dans une grotte située dans le nord du Mexique. Ils révèlent l'existence d'une industrie lithique remontant jusqu'à 33 000 ans avant notre ère.  

C'est un chamboulement pour le monde de l'archéologie. Remontant en réalité à 30 000 ans, le peuplement de l'Amérique du Nord, dernier continent à avoir été occupé par l'homme, serait deux fois plus ancien qu'estimé jusqu'ici, révèlent mercredi 22 juillet deux études. 

 

En fouillant la grotte de Chiquihuite, dans le nord du Mexique, des archéologues ont mis au jour des centaines d'outils en pierre taillée révélant une industrie lithique encore méconnue, remontant jusqu'à 33 000 ans avant notre ère. Ils prouvent en outre que ce site, perché en altitude, fut occupé pendant 20 000 ans, selon deux études publiées dans la revue Nature (articles en anglais). 

 

Les plus anciens spécimens ont été datés au radiocarbone (ou carbone 14) sur une fourchette comprise entre 33 000 et 31 000 ans avant notre ère. "Ils sont peu nombreux, mais ils sont bien là", a commenté Ciprian Ardelean, auteur principal de l'une des deux études. 

 

Polémiques à venir chez les chercheurs 

 

Les origines de l'arrivée d'homo sapiens en Amérique sont âprement débattues chez les anthropologues et archéologues. Pendant des décennies, la thèse la plus communément acceptée a été celle d'un peuplement provenant de Sibérie orientale, qui aurait franchi un pont terrestre (l'actuel détroit de Béring) pour débarquer en Alaska, puis se répandre plus au sud. 

 

Ce modèle est toutefois remis en cause depuis 20 ans, avec de nouvelles découvertes qui ont reculé l'âge des premiers peuplements. Mais seulement jusqu'à 16 000 ans pour l'heure. 

 

Les résultats de ces recherches risquent donc d'être vivement contestés. "Cela arrive dès que quelqu'un trouve des sites plus vieux que 16 000 ans : la première réaction est soit le déni, soit une forte approbation", selon Ciprian Ardelean, qui a commencé à fouiller la grotte en 2012. 

 

De nombreuses questions restent en suspens, notamment celle des routes empruntées par les premiers arrivants, soit par le détroit de Béring ou, comme le suggèrent de récentes découvertes, le long de la côte pacifique, à pied ou par de petites embarcations.

 

Source : FranceInfo du 22/07/2020

mardi 21 juillet 2020

Découverte d’un hachereau de 1,4 million d’années en os d’hippopotame

Une équipe de chercheurs annonce la découverte d’un outil vieux d’1,4 millions d’années taillé dans un os d’hippopotame. Son auteur, H. Erectus, était visiblement encore plus polyvalent que nous ne le pensions.

Des hachereaux ont déjà été retrouvés sur plusieurs sites datant de 2 à 1 million d’années. Seulement, ils sont généralement en pierre. D’où l’intérêt de cette nouvelle trouvaille faite par une équipe d’archéologues de l’Université de Tohoku (Japon) travaillant dans la formation de Konso, dans le sud de l’Éthiopie.

Un outil en os d’hippopotame

Les chercheurs sont en effet tombés sur l’un de ces outils, déterré d’une couche de sédiments vieux de 1,4 million d’années, mais cette fois taillé à partir d’un os. De rapides analyses ont finalement permis de constater que cet ancien hachereau faisait autrefois partie d’un fémur d’hippopotame (os de la cuisse).

L’auteur de cette oeuvre, selon les archéologues, serait un Homo Erectus. Évoluant il y a entre 2 millions d’années et 100 000 ans, cette espèce propagée à travers l’Afrique, l’Europe et l’Asie est à l’origine de l’invention du biface. Elle fut également la première à maîtriser le feu et la première à véritablement marcher debout.

Côté mensurations, l’outil mesure environ 13 cm dont un bord tranchant de 5 cm, et selon les chercheurs, il témoigne d’un excellent travail artisanal. Son propriétaire a visiblement écaillé, petit à petit, un gros morceau d’os plat prélevé à l’extrémité du fémur de l’animal, de manière à façonner le produit fini.

La technique est relativement standard, se rapportant au style de fabrication de certains outils en pierre. En revanche, les chercheurs soulignent une matière (os) encore plus difficile à travailler.

De plus, le fait de tomber sur un ossement assez gros pour permettre les ébauches de la bonne taille ne devait pas arriver tous les jours. Ce n’est pas pour rien que le seul autre outil de ce type (en os) jamais découvert avant celui-ci a été façonné à partir d’un os d’éléphant. Découvert dans les gorges d’Olduvai, en Tanzanie, de dernier aurait été façonné il y a entre 1,3 million et 1,6 million d’années.

Quelle intention ?

La question est maintenant de savoir pourquoi cet individu a fait le choix de tailler son outil à partir d’un os, alors que des pierres devaient être largement disponibles dans son environnement.

La présence d’une carcasse l’a-t-il amené à vouloir tester une autre approche ? Il y a 1,4 million d’années, la région était une zone particulièrement humide, tapissée de prairies entourant un grand lac. Il est donc possible que les hippopotames aient parfois été les cibles de chasseurs courageux.

Ou peut-être a-t-il fait face à une pénurie temporaire de pierres ? Il est en effet arrivé en Afrique de l’Est que l’activité volcanique empêche l’accès de nos ancêtres à plusieurs dépôts, et ce parfois pendant des siècles durant.

Impossible à savoir pour le moment. En revanche, les chercheurs sont au moins sûrs d’une chose. « Cet hachereau en os montre qu’à Konso, […] les H. Erectus étaient suffisamment qualifiés pour fabriquer et utiliser un tranchant durable, écrivent-ils. Nos premiers cousins étaient déjà très ingénieux, très compétents et très intelligents ».

Source : Sciencepost du 19/07/2020

vendredi 3 juillet 2020

Quelles nouvelles de notre Préhistoire ?

Quelles nouvelles de notre Préhistoire ? Comment la paléogénétique (l’étude de l’ADN ancien) nous révèle une humanité toujours plus buissonnante ? Quelles traces avons-nous gardées de tous ces métissages ?

Remontons le temps sur les traces ADN de nos ancêtres ! Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises, car c’est une vraie révolution paléo-génomique qui est en marche et nous révèle une humanité toujours buissonnante et toujours plus métissée : un véritable meeting pot dont nous avons gardé les traces ! Mais comment, à partir d’un minuscule fragment de phalange ou d’un morceau de dent et en faisant parler cet ADN ancien, les paléogénéticiens parviennent-ils à reconstituer cette foisonnante préhistoire de notre/de nos humanité/s ? Quelles traces subsistent en nous de tous ces autres humains et de tous nos métissages ?

Avec Jean-Jacques Hublin, paléoanthropologue et professeur au Collège de France pour ses dernières découvertes : la nouvelle datation des plus anciens vestiges d’Homo Sapiens en Europe témoigne d’une transition culturelle précoce en Europe, antérieure à 450 000 ans...

et Eva-Maria Geigl, paléogénéticienne (Institut Jacques Monod) qui nous parlera des deux vagues d’immigration qu’a connues la France pendant la préhistoire...

Audio à écouter ici : RFI du 01/07/2020

mardi 23 juin 2020

Cussac, le Lascaux de la gravure, révèle ses sépultures uniques

Une grotte remarquable, située en Dordogne, lève le voile sur des pratiques rituelles et des traditions funéraires vieilles de 30.000 ans.

Le cas est absolument exceptionnel ! La grotte ornée de Cussac, en Dordogne, l’un des sanctuaires gravés les plus spectaculaires de tout l’art paléolithique européen, recèle un autre trésor. Un ensemble de sépultures conservées dans les profondeurs de la cavité comme il n’en a jamais été découvert dans aucun autre site décoré. Les résultats de l’analyse de six « dépôts humains » – des ossements non ensevelis - vieux de 25.000 ans à 35.000 ans-, viennent en effet d’être publiés dans un article de la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Leur découverte remonte à l’année 2000 lorsque a été mis au jour ce gisement sur la commune du Buisson-de-Cadoin, dans la vallée de la Vézère. Ils reposaient dans trois bauges à ours situées au coeur de l’imposante cavité. Et si leur étude a pris si longtemps, c’est en raison de la difficulté rencontrée par les chercheurs pour travailler dans cette grotte ornée de près de 800 chefs d’œuvres d’art pariétal (chevaux, bisons, mammouths, rhinocéros, bouquetins, oiseaux – mais aussi d’exceptionnelles Vénus stylisées-), le tout disséminé sur 1,6 km de long.

« Toucher uniquement avec les yeux »

Trop chargé en dioxyde de carbone, l’air y est en effet irrespirable. Les équipes autorisées à s’y déployer depuis une dizaine d’années, ne peuvent le faire que quelques jours par an, uniquement en hiver, chaque visite ne devant pas excéder deux heures. Y intervenir signifie aussi « toucher uniquement avec les yeux ». En effet, comme pour la grotte Chauvet (Ardèche) et tant d’autres sites préhistoriques aujourd’hui, tout est fait pour conserver ces environnements tels qu’ils ont été laissés par les chasseurs de la préhistoire. Ainsi, il est impossible aux chercheurs de circuler autrement qu’en suivant des trajets balisés destinés à préserver les sols limoneux recouverts de calcite. Encore moins, d’effleurer les parois où figurent les réalisations des groupes de la culture Gravettienne (nommée d’après le site de la Gravette, en Dordogne) auxquelles toutes ces œuvres sont reliées. Combinaisons de protection et bottes stérilisées sont obligatoires, aucun micro-organisme ne devant pénétrer dans ce haut-lieu de la préhistoire.

De fait, seules les nouvelles technologies et l’imagerie 3D sont sollicitées pour étudier les œuvres mais aussi les ossements. Des données photogrammétriques d’une précision inframillimétrique. C’est ainsi, -à distance sociale-, dirait-on aujourd’hui, qu’ont été analysés les restes organiques conservés dans les anciennes bauges à ours, utilisées par les occupants de la grotte longtemps après que ces derniers plantigrades aient disparu. D’infimes échantillons ont tout de même été prélevés sur les vestiges osseux à des fins de datations et d’analyses paléogénétiques. « Nous avons pu déterminer que ces restes humains appartenaient à six individus – un adolescent et cinq adultes masculins. Tous arrangés de manière particulière. Dans certains cas, les os de plusieurs personnes étaient mêlés », explique le préhistorien Jacques Jaubert, du Laboratoire Pacea* de l’Université de Bordeaux-1, qui dirige ces travaux.

Tous étaient recouverts de pigments d’ocre, traduisant des comportements symboliques complexes. « Ces éléments de squelettes ont été intentionnellement déposés dans deux secteurs proches situés très profondément à l’intérieur de la grotte. La plupart sont sans crâne, même si quelques dents ont été retrouvées. Seul un individu est complet », précise le spécialiste, joint par Sciences et Avenir. Autant d’informations qui révèlent des manipulations de cadavres, des traitements post-mortem des os, reflets des croyances et pratiques funéraires des populations du Gravettien, la deuxième grande culture du Paléolithique supérieur européen. Aucun nourrisson ni enfant n’y figuraient. «Ces résultats ouvrent une fenêtre sur la diversité sociale et les interactions complexes entre les vivants et les morts au sein de ces populations de chasseurs-cueilleurs », estime Jacques Jaubert. A ce jour, les sépultures gravettiennes précédemment rencontrées – à l’instar de l’Abri Pataud, ou du site de Cro-Magnon- l’ont été dans des sites de plein air, des abris sous roche ou à l’entrée de grottes. Jamais dans les profondeurs d’une caverne. Qui plus est, un site où sont associés des morts et des animaux gravés.

Source : Sciences et Avenir du 20/06/2020

vendredi 19 juin 2020

Découverte des plus anciennes traces d’utilisation d’arcs et flèches hors d’Afrique

De premières preuves d’usage d’arc et flèches par des hommes préhistoriques hors du continent africain ont été attestées dans les forêts tropicales du Sri Lanka, en Asie du Sud. Elles remonteraient à 48 000 ans.

A plus d’un jet de flèche… C’est à l’ouest de l’île du Sri Lanka, l’ancienne Ceylan, dans l’Océan Indien, que les plus anciens témoignages de chasse à l’arc identifiés en dehors de l’Afrique, auraient été mis au jour dans la grotte de Fa Hien Lena. Dans une étude publiée dans la revue Science Advances, une équipe internationale de chercheurs de l'Institut Max Planck pour la science de l'histoire humaine (MPI-SHH) en Allemagne, de l'Université Griffith en Australie et du Département d'archéologie du gouvernement du Sri Lanka, ont ainsi apporté les preuves d’une utilisation précoce d’arc et flèche avec la découverte de pointes taillées sur os, retrouvées aux côtés d’une abondante quantité de vestiges - perles colorées d’ocre, outils pour traiter des peaux pour confectionner des vêtements, ou tresser des filets - tous retrouvés dans des niveaux archéologiques remontant à 45-48 000 ans.

Célèbre depuis les années 1980 pour recéler la présence de fossiles humains du Pléistocène supérieur, la vaste cavité du district de Kalutara, un des plus importants sites archéologiques d’Asie du Sud, fait ainsi de nouveau parler d’elle. Entre 2009 et 2012, les archéologues y auraient en effet collecté, près de 130 pointes de projectiles montrant des traces d’impact et de fractures "compatibles avec des dommages de chasse", explique Michelle Langley, co-auteur des recherches. Des encoches et usures mises en évidence lors d’examens réalisés à l’aide de microscopes, sur ces pointes de flèches taillées sur os de sanglier, de cerf ou encore de primates.

L’invention de l’arc et de la flèche a été une des grandes innovations technologiques des sociétés de chasseurs du Paléolithique. Elle a permis aux humains d’atteindre toutes sortes de proies, sans avoir à s’en approcher de trop près. En particulier, lorsqu’il s’agissait d’attraper de gros animaux terrestres ou aquatiques, où d’autres arboricoles, plus petits, à l’instar des singes dans les zones tropicales. Sans compter les oiseaux, souvent hauts perchés dans la canopée. Une arme utilisée pour se nourrir mais aussi pour faire la guerre. Quand a-t-elle été inventée ? A quelle époque ? Ces questions sont toujours débattues.

A ce jour, les plus anciennes preuves d’utilisation d’arc et flèches proviennent de la grotte de Sibudu, en Afrique du Sud, où elles sont datées d’environ 64 000 ans. En dehors de ce continent, des flèches avec des fragments d’arc, ont également été trouvées en Europe, en particulier dans des tourbières. C’est ainsi que des vestiges de ces armes âgées de 12 000 ans ont été exhumés à Stelmoor, en Allemagne, mais malheureusement détruits pendant la Seconde guerre mondiale. Plus anciennes, remontant à l’époque Gravétienne (29 000 à 22 000 ans), de petites pointes de pierre taillées, appelées microlithes, rencontrées en abondance, pourraient être des survivances d’arcs et flèches. Certains ont même été préservés entiers. Ainsi, en France, un arc de 4600 ans avant notre ère, taillé dans de l’if, a été retrouvé sur les quais de Seine, lors des fouilles du site de Bercy, en 1991.

Quoiqu’il en soit, parce que ces armes sont principalement fabriquées à partir de matériaux périssables (bois, tendons, fibres), les petites pointes osseuses de Fa-Hien Lena constituent une découverte importante. Aujourd’hui, de très nombreux groupes humains continuent à utiliser des arcs et flèches pour chasser, particulièrement en Amazonie, en Afrique du Sud, ou en Asie du Sud et du Sud-Est.

Source : Sciences et avenir du 18/06/2020

mercredi 17 juin 2020

Le tir à l’arc pourrait remonter à 48 000 ans en Asie du Sud

Des chercheurs annoncent la découverte de pointes de flèches vieilles de plus de 48 000 ans au Sri Lanka. Ce sont, à ce jour, les plus anciens témoignages de cette technologie de chasse hors Afrique. Et ce n’est pas tout.

Le Sri Lanka, au sud du sous-continent indien, abrite les premiers fossiles de notre espèce en Asie du Sud. L’île préserve également des preuves d’occupation humaine dans ces forêts tropicales. La question de savoir comment ces ancêtres obtenaient au départ leurs ressources dans cet environnement très dense et humide, peuplé de proies agiles et rapides, n’était pas encore très bien comprise.

Une équipe de chercheurs de l’Institut Max Planck en Allemagne, de l’Université Griffith en Australie, et du Département d’archéologie du gouvernement du Sri Lanka, nous livre aujourd’hui la réponse.

Les scientifiques expliquent en effet avoir trouvé plusieurs pointes de flèches (taillées dans des os) dans la grotte de Fa-Hien Lena, considérée comme l’un des sites archéologiques les plus importants d’Asie du Sud depuis les années 1980. Datées à environ 48 000 ans, elles sont à ce jour les plus anciennes retrouvées hors Afrique. Mais ce n’est pas tout.

Un réseau social humain complexe et précoce

Les chercheurs expliquent en effet avoir isolé d’autres outils. Certains semblent avoir été associés à la pêche en eau douce dans les cours d’eau tropicaux, et d’autres au travail de la fibre pour fabriquer des filets ou des vêtements.

« Nous avons également trouvé des preuves évidentes de la production de perles colorées à partir d’ocre minérale, et de la fabrication raffinée de perles de coquillage commercialisées depuis la côte, à un âge similaire à d’autres matériaux de “signalisation sociale” trouvés en Eurasie et en Asie du Sud-Est il y a environ 45 000 ans », explique Michelle Langley, co-auteure de ces travaux.

Ces découvertes, explique-t-elle, « révèlent un réseau social humain complexe et précoce dans les tropiques de l’Asie du Sud ». De quoi bouleverser nos idées traditionnelles sur la façon dont certaines innovations humaines sont liées à des exigences environnementales spécifiques.

Considérer les régions “oubliées”

Les produits culturels européens (art rupestre, sculptures ou autres outils et vêtements sur-mesure) ont souvent été présentés comme l’apogée du développement culturel humain du Pléistocène supérieur.

Avant cela, les découvertes d’anciennes technologies de chasse et de comportements artistiques dans les prairies ouvertes ou les zones côtières en Afrique ont défini la savane et les environnements marins comme les principaux moteurs des premières chasses et expériences culturelles de nos ancêtres.

elon Patrick Roberts, co-auteur de cette nouvelle étude, « ces orientations ont fait que d’autres parties de l’Afrique, de l’Asie, de l’Australasie et des Amériques ont souvent été mises de côté dans les discussions sur les origines du matériel (outils de chasse et innovations culturelles) ».

Néanmoins, nous savons depuis quelques années que les humains du Pléistocène occupaient et s’adaptaient également à d’autres environnements, parfois extrêmes. On pense aux déserts, ou aux plateaux de haute altitude. Mais n’oublions pas non plus les forêts tropicales, comme celles du Sri Lanka.

Pour les chercheurs, il convient alors de ne plus lier les développements technologiques, symboliques ou culturels de notre espèce à une seule région ou un seul environnement.

« Les preuves sri-lankaises montrent que l’invention des arcs et des flèches, des vêtements et de la signalisation symbolique s’est produite plusieurs fois et à plusieurs endroits différents. Y compris dans les forêts tropicales humides d’Asie », conclut Michael Petraglia, co-auteur de l’étude.

Si en Europe on confectionnait à cette époque des vêtements pour se protéger du froid, les vêtements pourraient ici avoir permis de se protéger contre les moustiques tropicaux. « Et au lieu de simplement chasser les grands mammifères des prairies, ajoute l’archéologue Noel Amano, les arcs et les flèches ont probablement aidé les humains à chasser des petits primates, et autres rongeurs arboricoles ».

Source : Sciencepost du 15/06/2020

mardi 16 juin 2020

Le plus vieux dessin du monde découvert en Afrique du Sud

Il s’agit du plus ancien exemplaire connu de dessin abstrait réalisé au crayon d’ocre. Découvert sur un fragment de roche dans la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, il renouvelle notre connaissance de l’usage symbolique des signes par les premiers Homo sapiens.

De prime abord, l’objet ne paie pas de mine : un fragment de roche portant sur un côté neuf traits de couleur formant un croisillon. Découvert sur le site de la grotte de Blombos, en Afrique du Sud, il a été prélevé dans une couche archéologique datée de 73 000 ans avant notre ère, en même temps que différents outils lithiques et d’autres témoignages de la vie des anciens occupants du lieu. Il fallait toute l’expérience d’un archéologue pour déceler dans ce morceau de roche sans prétention la promesse d’une découverte exceptionnelle…

Fragment de silcrète portant sur l’une de ses faces un dessin composé de neuf lignes tracées au crayon d’ocre

De fait, ce motif, tracé au crayon d’ocre, constitue dorénavant le plus ancien exemplaire connu de dessin abstrait. La découverte, qui nous ramène aux sources de l’art et de la représentation, vient d’être confirmée par une étude du laboratoire Pacea (CNRS/Université de Bordeaux/Ministère de la Culture) et du laboratoire Traces (CNRS/Université Toulouse – Jean Jaurès/Ministère de la Culture), parue il y a seulement quelques heures.

Dessin ou gribouillage ?

Les analyses chimiques et microscopiques des pigments ont tout d’abord démontré que ces lignes étaient bien de main d’homme et qu’elles avaient été tracées volontairement, sur une surface préalablement polie de la roche. Il y a donc bien une intention à l’œuvre dans cette représentation symbolique dont on ignore cependant la signification. Le site de la grotte de Blombos, fouillé depuis le début des années 1990 par des équipes norvégiennes et sud-africaines, a livré en 2011, dans la même couche archéologique, un morceau d’ocre gravé d’un motif de croisillon similaire. La reproduction d’une même forme sur différents supports témoigne de la capacité des premiers Homo sapiens à la symbolisation, c’est-à-dire à la représentation d’une réalité, abstraite ou concrète, à l’aide de symboles, qu’il s’agisse aussi bien d’images mentales que de signes graphiques.

Morceau d’ocre gravé d’un motif abstrait découvert dans la grotte de Blombos, dans la même couche archéologique qui a livré le fragment de silcrète portant le dessin

Du spirituel dans l’art… préhistorique

Pendant longtemps, les chercheurs ont considéré que les premiers symboles étaient apparus vers – 40 000, au moment où les premiers hominidés ont colonisé les territoires européens. Puis des exemples de motifs abstraits datés du Paléolithique ont été découverts dans plusieurs sites d’Afrique, d’Asie ou d’Europe. La plus ancienne gravure connue à ce jour, un zigzag incisé sur une moule d’eau douce, a notamment été découverte à Trinil, sur l’île de Java, dans des couches archéologiques datant de 540 000 ans.

Différents sites de fouilles africains ont également révélé l’existence d’objets de parure incisés, datés entre 120 000 et 70 000 ans avant notre ère. Mais il s’agit cependant uniquement de témoignages gravés. Pour ce qui concerne le dessin, les plus anciens exemplaires avaient été découverts dans des sites à datation bien plus récente, comme la grotte Chauvet (France), la grotte d’El Castillo (Espagne), la grotte Apollo 11 (Namibie) ou encore celle Maros caves (Indonésie).

Le fragment découvert à Blombos témoigne donc d’une utilisation bien plus ancienne de la technique du dessin pour traduire des représentations abstraites. En 2011, l’équipe de fouilles avait déjà mis au jour une véritable trousse d’artiste abritant notamment des coquilles d’escargots contenant des résidus de peinture riches en ocre. La grotte de Blombos peut dorénavant être considérée comme le lieu de naissance du dessin, une forme d’art nouvelle apparue il y 73 000 ans.

Source : Connaissance des Arts du 14/06/2020