samedi 31 octobre 2020

ADN de Denisovan dans le génome des premiers Asiatiques de l'Est

Les chercheurs ont analysé le génome du plus ancien fossile humain découvert en Mongolie à ce jour et montrent que la femme de 34000 ans a hérité d'environ 25% de son ADN d'Eurasie occidentale, démontrant que les gens se sont déplacés à travers le continent eurasien peu de temps après installés par les ancêtres des populations actuelles. Cet individu et un individu chinois de 40000 ans portaient également de l'ADN de Denisovans, une forme éteinte d'hominidés qui habitait l'Asie avant l'arrivée des humains modernes.

En 2006, des mineurs ont découvert une calotte d'hominidés aux caractéristiques morphologiques particulières dans la vallée de Salkhit, dans le comté de Norovlin, dans l'est de la Mongolie. On l'appelait initialement Mongolanthropus et on pensait qu'il s'agissait d'un Néandertalien ou même d'un Homo erectus. Les restes de l'individu "Salkhit" représentent le seul fossile d' hominidés du Pléistocène trouvé dans le pays.

L'ADN ancien extrait de la calotte crânienne montre qu'il appartenait à une femme humaine moderne qui a vécu il y a 34000 ans et était plus liée aux Asiatiques qu'aux Européens. Des comparaisons avec le seul autre individu originaire d'Asie de l'Est étudié génétiquement à ce jour, un mâle de 40 000 ans de la grotte de Tianyuan à l'extérieur de Pékin (Chine), montrent que les deux individus sont liés l'un à l'autre. Cependant, ils diffèrent dans la mesure où un quart de l'ascendance de l'individu Salkhit provient des Eurasiens occidentaux, probablement par mélange avec les anciens Sibériens.

Migration et interaction

«C'est une preuve directe que les communautés humaines modernes en Asie de l'Est étaient déjà assez cosmopolites il y a 34 000 ans», déclare Diyendo Massilani, auteur principal de l'étude et chercheur à l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutive. "Ce spécimen rare montre que la migration et les interactions entre les populations à travers l'Eurasie se sont produites fréquemment il y a déjà environ 35 000 ans."

Les chercheurs ont utilisé une nouvelle méthode développée à l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutive pour trouver des segments d'ADN d'hominines éteintes dans les génomes de Salkhit et de Tianyuan. Ils ont découvert que les deux génomes contiennent non seulement de l'ADN de Néandertal, mais aussi de l'ADN de Denisovans, un parent asiatique insaisissable de Néandertal. "Il est fascinant de voir que les ancêtres des humains les plus anciens d'Asie de l'Est auprès desquels nous avons pu obtenir des données génétiques s'étaient déjà mêlés aux Denisovans, une forme éteinte d'hominidés qui a contribué à l'ascendance des populations actuelles d'Asie et d'Océanie. », déclare Byambaa Gunchinsuren, chercheur à l'Institut d'archéologie de l'Académie mongole des sciences. "C'est une preuve directe que les Denisoviens et les humains modernes se sont rencontrés et mélangés il y a plus de 40 000 ans."

« Il est intéressant de noter que les fragments d'ADN de Denisovan dans ces très anciens Asiatiques de l'Est chevauchent des fragments d'ADN de Denisovan dans les génomes des populations actuelles d'Asie de l'Est, mais pas avec des fragments d'ADN de Denisovan chez les Océaniens. Cela soutient un modèle de multiples événements de mélange indépendants entre les Denisoviens et les humains modernes », dit Massilani.

Source : Source

mardi 20 octobre 2020

vendredi 9 octobre 2020

Controverse : l’énigmatique fémur de Toumaï bientôt publié

Après 20 ans de controverse et de polémiques, le fémur de Toumaï, 7 millions d’années, est enfin en cours de publication. Il prouverait la bipédie de l'hominidé, si toutefois la communauté scientifique valide sa pré-étude, disponible en ligne mais toujours en cours d’examen et objet de critiques. Explications. 


 

Une étude en cours de validation attesterait la bipédie de Toumaï, 7 millions d’années, considéré par ses découvreurs comme notre ancêtre, par d’autres comme un paléo-gorille. Mais le suspense demeure : l’article mis en ligne en pré-print (lire l'encadré), est toujours en cours de révision et n’a donc pas encore été validé par des pairs scientifiques. C’est un peu comme si on avait posté sur Internet un épisode alléchant mais inachevé de Game of Thrones, sans qu’il ait été approuvé par les producteurs, ni finalisé par le réalisateur. Et on parle ici d’un épisode capital, de ceux qui clôturent une saison, voire mettent fin en beauté à toute une série !

La fin d'une controverse scientifique ?

“Cet article sur le fémur de Toumaï est emblématique de l’impératif de transparence en science”, explique à Sciences et Avenir  l'un de ses premiers auteurs, Franck Guy, de l’université de Poitiers. Il est aussi révélateur de la façon dont la science se construit aujourd’hui à l’ère 2.0. (lire l'encadré). Accessible à tous, posté discrètement en septembre 2020 sur le site Research Square, il a été signalé le 2 octobre dernier aux journalistes par un tweet du paléanthropologue Jean-Jacques Hublin, du Collège de France et notre confrère suisse Heidi News .L’article était attendu avec impatience depuis des années. “Il est important, car il pourrait mettre fin à la fois à une controverse scientifique et à de longues polémiques”, explique ce dernier.

Le squelette des membres de Toumaï (Sahelanthropus) indique une forme de bipédie combinée à la persistance de déplacements dans les arbres, il y a 7 millions d’années, peu de temps après la séparation de la lignée des Hominines de celle des chimpanzés
    — Jean-Jacques Hublin (@jjhublin) October 2, 2020

Le pré-print, Kesaco ? Le pré-article sur le fémur de Toumaï est à l'étude dans une revue de Nature Research, qui décline de nombreux titres, à la réputation prestigieuse. Les pré-impressions sont des rapports préliminaires qui n'ont pas fait l'objet d'un examen par les pairs. Ils ne doivent pas être considérés comme concluants, utilisés pour informer la pratique clinique ou référencés par les médias comme des informations validées. Les revues de Nature se sont associées il y a quelques années au site d'open source (source ouverte) Research Square pour offrir en relecture un service de dépôt d'articles en pré-impression qu'ils pourraient ensuite choisir de publier ou non. Avec l’avènement d'Internet, la vénérable maison d’édition britannique a été bousculée par l’envie croissante de scientifiques de publier leurs articles en open source à la disposition de toute leur communauté. Les physiciens ont été les premiers, dès avant les années 2000, à soumettre gracieusement des articles en ligne, aux critiques de leurs confrères et consœurs, hors du processus de relecture parfois opaque, lent, frustrant des revues papier par ailleurs très onéreuses. Les paléontologues ont fondé à leur tour PCIPaleo (Peer community in Paleo) en 2016 dans un souci de transparence. Mais les articles de paléoanthropologie, qui traitent des origines humaines, y sont rarissimes. Et un article important, comme celui sur le fémur de Toumaï, peut prétendre à une publication finale dans une revue de rang A, les plus réputées.

La controverse dure depuis 20 ans, depuis la découverte même, au Tchad, des restes de Toumaï, alias Sahelanthropus tchadensis publiés dans Nature en 2001. Car alors — et jusqu’à présent —, seul le crâne de Toumaï avait été décrit, un crâne doté d’un trou à la base — le foramen magnum —, où vient s’attacher la colonne vertébrale et dont l’orientation, selon ses découvreurs, dont le professeur Michel Brunet, alors à l’Université de Poitiers, atteste qu’il était bipède. Or, la bipédie est un critère essentiel pour qualifier l'appartenance d'un fossile à la famille pré-humaine. Ce qui faisait de Toumaï, vieux de 7 millions d’années,  “le nouveau doyen du rameau humain”.  L’argument n’avait pas convaincu notamment la spécialiste des singes du miocène, Brigitte Senut, du Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN), découvreuse d’Orrorin tugenensis (un bipède de 6 millions d’années exhumé au Kenya en 2000), qui voit plutôt en Toumaï, un (superbe) “proto-gorille”. Faute de fossiles post-crâniens — du type bassin, jambe ou pied —, chacun campait sur ses positions.

Une pièce essentielle du puzzle dormait dans un tiroir

C'est ainsi que la polémique naît un peu plus tard. Une étudiante, Aude Bergeret et son enseignant l'anthropologue Roberto Marchielli, travaillant tous deux dans le même laboratoire que Michel Brunet, identifient en 2004, parmi les restes découverts en 2001, un morceau de fémur appartenant à un primate. Mais l’os n’est pas décrit et publié. Et l’existence de ce morceau de choix, qui permet de déterminer si son propriétaire se dressait ou non sur ses deux jambes, est tenue quasi secrète pendant de longues années. De premières photos sont publiées par le géographe Alain Beauvillain, en conflit avec Michel Brunet qui l'a exclu de la mission franco-tchadienne, et le mensuel La Recherche [qui a fusionné avec Sciences et Avenir cette année NDLR] évoque l’existence du fémur en juillet 2009. En 2017, Roberto Marchielli, qui a rejoint le MNHN, évente le secret de polichinelle dans un colloque du CNRS, Et s’interroge : “Pourquoi cet os n’a pas été publié au cours de ces 15,5 dernières années ? ”

Face aux interrogations croissantes, Michel Brunet promettait le 25 janvier 2018 — en exclusivité à Sciences et Avenir — de  publier l’étude du fémur dans les meilleurs délais. “Je dirige et coordonne l’étude anatomique et phylogénétique en cours, détaillait alors le professeur émérite du Collège de France. J’ai déjà rencontré les collègues d’Amérique du Nord qui ont mis le matériel original ou des moulages de fossiles de différents primates à ma disposition pour une comparaison à Harvard, Tempe, Berkeley, Kent State University, etc.” Pourtant, c’est simplement une équipe poitevine et tchadienne, menée par le paléontologue Franck Guy qui signe l’article. Sans les laboratoires anglo-saxons que Michel Brunet disait avoir mis à contribution. Et sans lui. Pour le moment. Même s’il est crédité dans les remerciements. Sollicité à nouveau par Sciences et Avenir, Michel Brunet n’a pas répondu à nos questions.

L'analyse montre que la créature serait bien un hominidé bipède mais aussi arboricole

Que dit l’étude en question, que Franck Guy a refusé de commenter “avant la fin du processus de révision”, signalant simplement que son équipe répondait actuellement “aux critiques et questions de trois relecteurs scientifiques anonymes” ? Les ossements proviendraient d’un individu appartenant à la même espèce que Toumaï, même si on ne peut pas garantir qu’il s’agisse d’une partie de son corps. La créature serait bien un hominidé bipède, après analyse d’un fémur (os de la jambe), mais pas un bipède exclusif, puisque que deux cubitus (os du bras) montrent qu’elle était encore arboricole, ce qui n’a rien d’étonnant pour l’époque. Des millions d’années plus tard, les australopithèques marchaient et grimpaient toujours aux arbres.

Le fémur est malheureusement fragmentaire, dépourvu de ses extrémités, dont le col qui aurait pu montrer comment il s’emboîtait dans la hanche. Mais l’aplatissement de l’os dans sa partie supérieure suggère qu’il était allongé. Une “tubérosité” , ainsi qu'une ligne âpre à l'arrière suggère même l’insertion de muscles importants.  Les parois épaisses du fémur en certains points spécifiques seraient conforme aux contraintes mécaniques qu'impose la bipédie.

“Cet article n'est qu'un préprint et sa version finale sera probablement différente suite aux retours des relecteurs”, prévient Franck Guy. On a hâte, mais le processus pourrait prendre encore des mois...“Il faut laisser le temps à la science de se faire”, rétorque à Sciences et Avenir Brigitte Sénut, qui n'a pas encore lu l'article. “Moi aussi j'ai des ossements que n'ai pas encore eu le temps de publier !” avance-t-elle... “Dans 20 ans, tout le monde se fichera de savoir combien d'années il a fallu pour publier cet os”, ajoute en réponses à nos questions Jean-Jacques Hublin, qui, lui, a épluché l'étude et la juge “dotée d'arguments raisonnables. Ce qui importe, ce sont les résultats, validés.”


Source : Science et Avenir du 07/10/2020

jeudi 8 octobre 2020

Des traces de pas d’Homo sapiens de 120 000 ans découvertes en Arabie saoudite

Des empreintes de pieds laissées dans la boue d’un ancien lac illustrent le peuplement par notre espèce de la péninsule Arabique pendant l’avant-dernier interglaciaire.

La péninsule Arabique abrite les déserts parmi les plus secs du monde. Toutefois, les incursions des moussons africaines ou indiennes dans le sud ou l’extension des précipitations méditerranéennes dans le nord ont à plusieurs reprises transformé la péninsule en une contrée de lacs et de savanes, fréquentée par la même faune qu’en Afrique. Et Homo sapiens en faisait partie, comme en témoignent des traces de pas datées par l’équipe de Mathew Stewart, de l’institut Max-Planck d’écologie chimique, à Iéna, en Allemagne.

Les chercheurs ont découvert 376 empreintes animales dans la boue d’un ancien lac situé au lieu-dit d’Alathar, dans le Nefoud, un désert du nord de la péninsule Arabique. Ces empreintes illustrent un phénomène banal encore en cours dans la savane africaine : le rassemblement de la grande faune autour des points d’eau pendant la saison sèche. Des éléphants – d’une si grande taille que les chercheurs envisagent une espèce inconnue –, de petits équidés (des ânes sauvages ?), un buffle géant et d’autres bovidés, des oryx et des gazelles ont foulé à Alathar la boue d’un lac en voie d’assèchement. Une telle concentration d’herbivores est une aubaine pour les prédateurs, qui sont également nombreux à avoir laissé des traces. Et parmi elles des hommes ont laissé sept traces de pas bien distinctes.

Ces traces de pieds semblent avoir été laissées par deux ou trois individus se dirigeant ensemble vers le sud. Les chercheurs les ont datées par luminescence stimulée optiquement, une technique de datation exploitant la thermoluminescence pour estimer la durée depuis laquelle un minéral – ici choisi dans les sédiments entourant les empreintes – n’a plus été exposé au jour. La fourchette d’âges de 112 000 à 12 000 ans avant le présent (à 10 000 ans près) implique que ces traces de pieds datent du stade isotopique marin 5 (MIS 5, 130 000 à 71 000 ans), un épisode interglaciaire qui fut en moyenne bien plus humide qu’aujourd’hui.

Quelle espèce humaine a laissé ces empreintes ? D’après les auteurs, il ne peut s’agir que d’Homo sapiens, tant les indices de l’arrivée de notre espèce en Arabie depuis l’Afrique de l’Est pendant le stade isotopique marin 5 sont nombreux. Ainsi, en 2011, l’équipe de Hans-Peter Uerpmann, de l’université de Tübingen, a daté à – 125 000 ans des bifaces découverts dans la corne de la péninsule Arabique (aux Émirats arabes unis), taillés selon une technique issue d’Afrique.

En 2013, Rémy Crassard, du CNRS, a de son côté, avec un collègue, étudié une dizaine de sites dans la région d’Al-Kharj, en plein centre de la péninsule, et mis en évidence la présence d’assemblages lithiques relevant du débitage Levallois nubien, une technique de production d’éclats tranchants présente en Afrique de l’Est pendant le Paléolithique moyen africain (400 000-50 000 ans).

En 2018, une équipe dirigée par Michael Petraglia, de l’institut Max-Planck pour l’histoire humaine, à Iéna, a mis en évidence sur le site d’Al-Buhayrah, dans le sud de l’Arabie saoudite, des assemblages lithiques datés d’entre – 100 000 et – 80 000 ans présentant des affinités avec ceux de l’Afrique de l’Est. Ces sites situés dans le nord, le sud et l’est de la péninsule Arabique suggèrent qu’une population sapiens originaire d’Afrique et peut-être aussi du Levant peuplait cette région durant le stade isotopique marin 5.

Le même phénomène a pu se produire pendant le stade isotopique marin 7 (MIS 7, 243 000 à 191 000 ans), une autre période interglaciaire humide, comme d’autres études récentes à Al-Kharj l’ont révélé. Pendant la période glaciaire du MIS 6, qui les sépare, le niveau de l’océan était plus de 50 mètres plus bas, ce qui signifie que des groupes d’Homo sapiens ont pu franchir le golfe Persique et passer en Asie pour fuir l’aridité de l’Arabie. La péninsule Arabique a encore beaucoup à nous apprendre sur quand et comment les humains ont quitté l’Afrique pour conquérir l’Eurasie.

Source : Pour la Science du 07/10/2020

samedi 19 septembre 2020

Des empreintes humaines vieilles de 120 000 ans découvertes en Arabie saoudite

D’anciennes traces de pas animaux ont également été découvertes dans le désert du Nefoud, qui était autrefois plus vert et plus humide.

Il y a 120 000 ans, dans le nord de l’Arabie saoudite moderne, un groupe d’Homo sapiens, des humains identiques à nous-mêmes, s’est arrêté près d’un lac également fréquenté par des chameaux, des buffles et des éléphants plus grands que les espèces actuelles. Les visiteurs ne sont pas restés longtemps, le lac n’étant qu’une étape au cours d’un long voyage.

La scène a été reconstruite par des chercheurs dans une étude publiée jeudi 17 septembre dans la revue Science Advances, après la découverte d’anciennes traces de pas humains et d’animaux dans le désert du Nefoud, nouveaux indices sur les chemins empruntés par nos lointains ancêtres après leur sortie d’Afrique.

La péninsule Arabique est aujourd’hui constituée de grands déserts peu accueillants, mais des scientifiques ont depuis une décennie établi qu’elle a été autrefois plus verte et plus humide. « Il y eut des moments dans le passé où les déserts qui dominent l’intérieur de la péninsule se sont transformés en de grandes prairies, avec la présence de lacs permanents et de rivières », dit à l’Agence France-Presse (AFP) un coauteur de l’étude, Richard Clark-Wilson, de l’université anglaise Royal Holloway.

Des empreintes datées grâce à la luminescence optique stimulée

Le premier auteur de l’étude, Mathew Stewart, de l’institut Max-Planck en Allemagne, raconte avoir découvert les empreintes pendant son doctorat en 2017, après l’érosion de sédiments sur le site d’un ancien lac baptisé Alathar (« la trace », en arabe).

« Les empreintes sont une forme unique de preuves fossiles qui représentent un instant dans le temps, de l’ordre de quelques heures ou quelques jours. On n’a pas cette résolution avec les autres relevés », dit-il.

Les empreintes ont été datées à l’aide d’une technique appelée luminescence optique stimulée, consistant à émettre une lumière vers les grains de quartz et à mesurer l’énergie émise par eux.

Sur les centaines d’empreintes découvertes, sept ont été confirmées comme appartenant à des hominidés, dont quatre appartenant à deux ou trois individus voyageant ensemble, étant donné leur orientation commune, la distance entre elles et les différences de tailles.

Un territoire très attractif pour les humains

Pour les chercheurs, la stature et la masse des humains indiquent qu’il s’agissait d’humains modernes et non de Néandertaliens, ces derniers n’ayant de toute façon pas été présents dans cette région à l’époque.

Le fait qu’aucun outil de pierre n’ait été découvert a conduit les chercheurs à exclure que le site ait été habité durablement. « Il semble que ces gens passaient par le lac pour se ravitailler en eau et trouver de la nourriture, en même temps que les animaux », dit Mathew Stewart.

La présence d’éléphants suggère que la région abondait en végétation et en eau. Les scientifiques ont également déterré sur place 233 fossiles accréditant l’hypothèse que des espèces carnivores venaient chasser les herbivores autour du lac, comme elles le font aujourd’hui dans les savanes africaines.

Il a été établi que les humains ont colonisé l’Eurasie par la Grèce et le Levant, en exploitant les ressources des littoraux. Ces nouveaux travaux indiquent que « les voies intérieures, suivant lacs et rivières, ont peut-être été particulièrement importantes », selon Mathew Stewart. « La présence de grands animaux tels que les éléphants et les hippopotames, combinée aux vastes prairies et aux abondantes ressources aquatiques, a peut-être rendu le nord de l’Arabie très attractif pour les humains entre l’Afrique et l’Eurasie », résume un autre coauteur, Michael Petraglia, de Max-Planck.

Source : Le Monde du 18/09/2020

jeudi 17 septembre 2020

Des empreintes humaines vieilles de 120.000 ans découvertes en Arabie saoudite

HOMO SAPIENS La péninsule arabique est aujourd'hui constituée de grands déserts peu accueillants, mais des scientifiques ont depuis une décennie établie qu'elle a été autrefois plus verte et plus humide.

Il y a 120.000 ans, dans le nord de l’Arabie saoudite moderne, un groupe d’Homo sapiens, des humains identiques à nous-mêmes, s'est arrêté près d’un lac également fréquenté par des chameaux, des buffles et des éléphants plus grands que les espèces actuelles. Les visiteurs ne sont pas restés longtemps, le lac n’étant qu’une étape au cours d’un long voyage.

La scène a été reconstruite par des chercheurs dans une étude publiée, ce jeudi, dans la revue Science Advances, après la découverte d’anciennes traces de pas humains et animaux dans le désert du Néfoud, nouveaux indices sur les chemins empruntés par nos lointains ancêtres après leur sortie d’Afrique.

La péninsule arabique est aujourd’hui constituée de grands déserts peu accueillants, mais des scientifiques ont depuis une décennie établie qu’elle a été autrefois plus verte et plus humide. « Il y eut des moments dans le passé où les déserts qui dominent à l’intérieur de la péninsule se sont transformés en de grandes prairies, avec la présence de lacs permanents et de rivières », explique l’un des auteurs de l’étude, Richard Clark-Wilson, de l'université anglaise Royal Holloway.

Sept empreinte ont été confirmées comme appartenant à des hominidés

Le premier auteur de l’étude, Mathew Stewart, de l’institut Max Planck en Allemagne, raconte avoir découvert les empreintes pendant son doctorat en 2017, après l’érosion de sédiments sur le site d’un ancien lac baptisé « Alathar » («la trace », en arabe) : « Les empreintes sont une forme unique de preuves fossiles qui représentent un instant dans le temps, de l’ordre de quelques heures ou quelques jours. On n’a pas cette résolution avec les autres relevés. »

Sur l’ensemble d’empreintes découvertes [datées à l’aide d’une technique appelée luminescence optique stimulée], sept ont été confirmées comme appartenant à des hominidés, dont quatre appartenant à deux ou trois individus voyageant ensemble, étant donné leur orientation commune, la distance entre elles et les différences de tailles.

Les scientifiques ont également déterré sur place 233 fossiles

Pour les chercheurs, la stature et la masse des humains envisagent qu’il présente d’humains modernes et non de Neandertaliens, ces derniers n’ayant pas de façon pas été présente dans cette région à l’époque. Le fait l’outil de pierre n’ait pas été découvert un conduit les chercheurs à exclure que le site ait été habité durablement. « Il semble que ces gens passaient par le lac pour se ravitailler en eau et trouver de la nourriture, en même temps que les animaux », détaille Mathew Stewart.

Les scientifiques ont également déterré sur place 233 fossiles accréditant l’hypothèse que des espèces carnivores venaient chasser les herbivores autour du lac, comme elles le font aujourd’hui dans les savanes africaines. Il a été établi que les humains ont colonisé l’Eurasie par la Grèce et le Levant, en exploitant les ressources des littoraux. Ces nouveaux travaux d’examen que « les voies intérieures, suivant lacs et rivières, ont peut-être été particulièrement importantes », selon Mathew Stewart.

« La présence de grands animaux tels que les éléphants et les hippopotames, combinée aux vastes prairies et aux abondantes ressources aquatiques, a peut-être rendu le nord de l’Arabie très attractif pour les humains entre l’Afrique et l’Eurasie », résume un autre auteur, Michael Petraglia, de Max Planck.

Source : 20 mn du 17/09/2020

mercredi 16 septembre 2020

Découverte d’une nouvelle espèce de primate vieille de 13 millions d’années

Une dent de primate vieille de treize millions d’années découverte dans le nord de l’Inde appartenait au plus ancien ancêtre connu des gibbons modernes. Les détails de l’étude sont publiés dans les Actes de la Royal Society B.

En 2015, alors qu’il faisait une petite pause dans sa recherche de fossiles sur le site de Ramnaga, dans le nord de l’Inde, le paléontologue Christopher Gilbert et quelques-uns de ses amis sont tombés sur quelque chose de brillant qui semblait sortir du sol. Après l’avoir déterré, le chercheur s’est rapidement rendu compte qu’il s’agissait d’une molaire, et pas n’importe laquelle.

“Nous avons immédiatement su que c’était une dent de primate, mais elle ne ressemblait à la dent d’aucun des primates précédemment trouvés dans la région“, explique le chercheur. “D’après sa forme et sa taille, notre hypothèse initiale était qu’elle provenait peut-être d’un ancêtre des gibbons, mais cela semblait trop beau pour être vrai, étant donné que les archives fossiles de petits singes sont pratiquement inexistantes dans la région“.

Dès lors, plusieurs années d’études ont été nécessaires pour analyser la dent et positionner son espèce dans l’arbre généalogique des singes. Des comparatifs ont notamment été faits avec des molaires dents de primates vivants et éteints.

Le plus ancien ancêtre connu des gibbons

Ces travaux ont finalement révélé que la molaire, vieille de treize millions d’années, appartenait à un singe dont le genre et l’espèce étaient jusqu’alors inconnus. Ils ont également confirmé qu’il s’agissait bien d’un ancêtre du gibbon moderne. C’est d’ailleurs son plus ancien ancêtre connu. Le primate vient d’être nommé Kapi ramnagarensis.

Jusqu’à présent, les vestiges les plus anciens de cette lignée (des petites dents retrouvées en Chine) dataient en effet d’environ sept à neuf millions d’années. “Même si pour l’instant nous n’avons qu’une seule dent et que, par conséquent, nous devons être prudents, il s’agit d’une découverte unique“, souligne Alejandra Ortiz, coauteure de l’étude. “Elle repousse d’au moins cinq millions d’années le plus ancien registre fossile de gibbons“.

En outre, des études génétiques sur des primates vivants suggèrent que les ancêtres du gibbon seraient apparus il y a au moins vingt millions d’années en Afrique. Ainsi, cette nouvelle découverte comble un vide majeur dans les archives fossiles.

Notez que cette molaire provient également de gisements qui ont précédemment livré les fossiles d’un ancêtre des orangs-outans. Autrement dit, il est possible que tous ces primates aient rejoint l’Asie du Sud depuis l’Afrique à peu près au même moment.

La carte positionne Kapi ramnagarensis (étoile noire) par rapport aux populations modernes (en vert foncé) et historiques (en vert clair) de petits singes. Les triangles bleus représentent la répartition approximative des premiers primates fossiles retrouvés en Afrique de l’Est. Les deux triangles verts marquent l’emplacement des gibbons fossiles précédemment découverts.

lundi 14 septembre 2020

Lascaux : « Décorer une grotte n’était pas anodin pour les hommes du paléolithique »

Ce samedi 12 septembre marque les 80 ans de la découverte de la grotte de Lascaux, en Dordogne. La France est riche de plus de 170 grottes ornées du Paléolithique. Décryptage de Patrick Paillet, spécialiste de l’art pariétal au Muséum national d’histoire naturelle.

La Croix : Avec plus de 170 grottes ornées, la France concourt avec l’Espagne en matière d’art pariétal. Pourquoi a-t-on autant de grottes ornées dans l’Hexagone ?

Patrick Paillet : Déjà pour des raisons géologiques. Cela semble évident, mais pour avoir des grottes ornées, il faut qu’il y ait eu des cavités durant la préhistoire ! Le sud-ouest de la France, les Pyrénées et le piémont cantabrique notamment, au nord de l’Espagne, sont riches en grottes qui devaient être plus visibles dans les paysages ouverts de l’époque.

L’autre raison tient à la recherche archéologique. C’est en France et en Espagne que se développe au XIXe siècle l’intérêt scientifique pour le monde souterrain, dont on pensait à l’époque qu’il servait de lieu d’habitation aux hommes préhistoriques. On sait aujourd’hui qu’en réalité Cro-Magnon n’a jamais vécu dans des grottes de façon pérenne, mais cela a favorisé les recherches et donc la découverte des grottes ornées.

Depuis une dizaine d’années, on effectue de nouveaux travaux en Europe centrale et orientale où l’on en découvre également. Au fur et à mesure des recherches, la carte de l’art pariétal s’élargit et se complète. Hors de l’Europe, il en existe également à Bornéo et en Australie, par exemple.

Dans d’autres régions, en Amérique et en Asie, les grottes ornées, quand elles existent, sont plus récentes : elles datent en général de la période Holocène, c’est-à-dire d’environ 10 000 ans à nos jours. Les grottes ornées françaises et espagnoles remontent pour la plupart au Pléistocène, la fin des temps paléolithiques.

Existe-il des différences notables entre les différentes grottes, ou bien sont-elles le fruit d’un même peuple à la même culture ?

P. P. : Toutes ces grottes, en France, en Espagne ou en Europe centrale, ont été ornées (peintes ou gravées) par des Homo sapiens, c’est-à-dire des hommes anatomiquement modernes et identiques du point de vue biologique. Mais les paysages, la faune et la flore n’étaient pas semblables en Cantabrie, en Dordogne ou dans l’Oural par exemple. L’art pariétal reflète ces particularités et les figures représentées ne sont pas les mêmes partout.

L’environnement a pu également influencer les techniques et les styles : tous n’avaient pas les mêmes outils ni les mêmes pigments à disposition. Enfin, on note des évolutions en fonction des époques et des lieux, avec une période de plus ou moins 20 000 ans et des territoires aussi immenses que l’Eurasie.

Aller décorer une grotte n’était pas un geste anodin pour les hommes du paléolithique. D’ailleurs, pour donner un exemple, sur les milliers de cavités recensées en Dordogne, seule une soixantaine est ornée ; elles ont été choisies sciemment. La dimension culturelle et symbolique de ces peintures et de ces gravures pariétales est prégnante.

La France est-elle en pointe sur la conservation de ces grottes ?

P. P. : Nous pourrions faire mieux ! Depuis les problèmes qu’a connus Lascaux à partir des années 1960, une prise de conscience a permis de revoir la conservation de ces lieux exceptionnels. Pour faire des relevés des dessins par exemple, il n’est plus question de coller directement les calques aux parois.

Dans l’ensemble, nous ne sommes ni meilleurs ni plus mauvais que les Espagnols. Mais chez eux, la très grande majorité des grottes sont gérées par les communautés autonomes ou par l’État. En France, de nombreuses grottes appartiennent à des privés et il peut parfois arriver que la conservation échappe à tout contrôle scientifique.

Source : La Croix du 12/09/2020

dimanche 13 septembre 2020

Découverte d'une nouvelle espèce de singe en Inde

C'est ce qu'on appelle la sérendipité, le fait de faire une découverte scientifique par hasard. Des archéologues de l'université de l'Arizona ont découvert une nouvelle espèce de singe du Miocène au détour d'une promenade en Inde.

C'est une histoire qui a commencé par une simple promenade. Christopher Campisano, archéologue à l'université de l'Arizona, et ses collègues grimpaient une colline près du site archéologique de Ramnagar en Inde quand Christopher Campisano a remarqué un petit objet brillant au milieu de la poussière. Au premier coup d'œil, il a su qu'il venait de découvrir quelque chose d'important.

Après analyses, il s'avère que l'objet était une molaire inférieure appartenant à une espèce de singe ayant vécu il y a 13 millions d'années, durant le Miocène. Cette espèce, baptisée Kapi ramnagarensis, n'a jamais été décrite auparavant et serait l'ancêtre le plus récent des gibbons actuels. Ils ont publié leur découverte dans Proceedings of The Royal Society B.

La dent d'un singe inconnu

Cette découverte a eu lieu en 2015. Il a fallu plusieurs années de recherche pour trouver le propriétaire de cette dent. Les scientifiques ont effectué des scanners de la molaire pour comparer sa structure à d'autres dents de singes vivants ou éteints.

« Nos résultats étaient assez convaincants et soulignaient indéniablement les liens étroits de cette dent vieille de 13 millions d'années avec les gibbons », explique Alejandra Ortiz, qui a pris part à cette recherche, dans un communiqué de presse.

Mais aucun fossile relié aux gibbons datant d'il y a environ 13 millions d'années dans cette région n'était documenté. Ceux répertoriés étaient plus récents d'environ cinq millions d'années. Les chercheurs ont donc conclu que la dent appartenait à une nouvelle espèce, Kapi ramnagarensis.

Carte de la migration des Kapi ramnagarensis jusqu'en Asie du Sud-Est où les gibbons actuels vivent. La dent a été trouvée à mi-chemin au nord de l'Inde.

Cette dent permet aussi de dater l'arrivée des premiers Hylobatidés en Asie du Sud-Est depuis l'Afrique. Des fossiles de grands singes, datant également du Miocène, ont été aussi retrouvés dans différents sites de fouille d'Asie du Sud-Est, suggérant que les premiers gibbons ont migré ensemble avec les premiers grands singes et les ancêtres des orangs-outangs.

Source : Futura Sciences du 11/09/2020