On n'arrête pas de découvrir de nouvelles espèces humaines : homo luzonensis, de Denisova, de Florès, hybridations avec Néandertal... inimaginables il y a peu, ces découvertes bouleversent nos connaissances sur l'homme actuel. Le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin en explique les enjeux.
"Depuis que j'ai passé ma thèse, on a trouvé plus d'hommes fossiles que dans le siècle qui s'est écoulé auparavant." Pour le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin, aujourd'hui professeur au Collège de France et chercheur à l'Institut Max-Planck, penser, comme il le croyait quand il était jeune étudiant, que tout avait déjà été découvert était une monumentale erreur.
Les découvertes sur les espèces humaines se développent à un rythme effréné ces dernières années - voire ces derniers mois : Homme de Luzonensis découvert en avril 2019 dans une grotte aux Philippines, homme de Denisova découvert en Sibérie en 2010, dont la présence vient d'être confirmée par Jean-Jacques Hublin lui-même ce mois de mai au Tibet il y a "seulement" 160 000 ans et à 3 300 mètres d'altitude, hybridations génétiques entre homo sapiens et Néandertal avérées à plusieurs reprises en 2014 et 2017, homme de Florès découvert en 2003...
L'histoire de l'espèce humaine ne suit pas un déroulé linéaire, contrairement à une idée reçue communément admise. Elle est le fruit du buissonnement de plusieurs branches, et d'hybridations avec homo sapiens au moment du remplacement hégémonique par homo sapiens.
Qu'est-ce que ce buissonnement dit de nous ? Peut être que la leçon à en tirer est que notre espèce, aujourd'hui homogène et hégémonique, aurait déjà commencé son oeuvre d'extinction de masse qui nous préoccupe tant aujourd'hui, il y a plus de 200 000 ans.
Source : France Culture du 06/05/2019