mardi 24 septembre 2019

Un fossile rare datant de 10 millions d’années éclaire l’évolution de l’Homme

Pendant 10 millions d'années, un singe fossilisé a attendu près de Rudabánya (Hongrie) que des anthropologues l'étudient. Et ce que ces derniers concluent d'une analyse de son bassin, c'est que la bipédie humaine pourrait avoir des origines plus profondes qu'ils le pensaient jusqu'alors.

Rudapithecus. C'est le nom que les chercheurs ont donné à un grand singe qui vivait en Europe au Miocène supérieur, il y a environ 10 millions d'années. Et aujourd'hui, une étude réalisée sur des restes fossilisés d'un spécimen de ce signe offre aux scientifiques une nouvelle perspective sur l'apparition de la bipédie chez l'Homme. 

Rappelons que des travaux d'anthropologues de l'université de Toronto (Canada) sur les os des membres, les mâchoires et les dents de Rudapithecus avaient déjà montré qu'il appartenait à la fois à la famille des humains et à celle des singes d'Afrique. Une information en elle-même déjà étonnante compte tenu de l'endroit dans lequel les restes fossilisés ont été découverts : à Rudabánya, en Hongrie.

Mais c'est lorsque les chercheurs de l'université du Missouri (États-Unis) ont découvert, puis analysé un bassin de Rudapithecus -- un os rarement préservé dans le temps -- qu'ils ont eu la plus grande surprise. Les singes d'Afrique modernes présentent un bassin long et un bas du dos étroit. L'une des raisons pour lesquelles ils marchent généralement à quatre pattes. Les Hommes, en revanche, jouissent d'un bas du dos plus long et plus souple qui leur permet de se tenir debout et de marcher sur deux jambes.  

Le bassin est l’un des os les plus informatifs du squelette — il donne notamment des informations sur la posture et les techniques de déplacement —, mais aussi l’un des moins préservés à travers le temps. Ici, un bassin de Rudapithecus au centre, de macaque à gauche et d’orang-outan à droite.

Où l’Homme et le singe d’Afrique s'éloignent 

Le bassin de Rudapithecus trouvé à Rudabánya n'étant pas complet, les chercheurs se sont appuyés sur des techniques de modélisation 3D pour extrapoler sa forme et la comparer à celle de singes modernes. « Le bassin de Rudapithecus est bien différent de celui des singes d'Afrique. Même s'il devait se déplacer dans les arbres de branches en branches comme eux, une fois à terre, il est probable qu'il avait adopté la bipédie », déclare Carol Ward, chercheur à l'université du Missouri. 

Ainsi, peut-être qu'au lieu de nous demander pourquoi nos ancêtres ont abandonné la marche à quatre pattes pour la bipédie, devrions-nous plutôt nous demander pourquoi nos ancêtres n'ont pas abandonné la bipédie pour la marche à quatre pattes. Car, selon Carol Ward, pour que « les humains évoluent à partir d'un corps en forme de singe africain, des changements substantiels pour allonger le bas du dos et raccourcir le bassin sont nécessaires. Pour que les humains évoluent d'un ancêtre plus proche de Rudapithecus, cette transition est beaucoup plus simple. »  

Des ancêtres morphologiquement différents des singes d’Afrique 

L'équipe espère désormais modéliser d'autres parties du corps fossilisé de Rudapithecus afin d'en apprendre un peu plus sur sa façon de se déplacer. Et peut-être soutenir l'idée -- déjà suggérée par d'autres preuves -- que nos ancêtres pourraient avoir été bâtis différemment des singes d’Afrique modernes.

Source : Futura Sciences du 19/09/2019